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L’Heureuse rencontre

Mme_Rozet · 1771 · Free in the US

15,346 words · about 1 h 4 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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Licence: PD-US · Published in 1771 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=L’Heureuse_rencontre&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Mme_Rozet
Language
French
Published
1771
Length
15,346 words · about 1 h 4 min
Sections
4 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (4)
  1. Front matter about 32 min
  2. Fragment de lettre about 4 min
  3. L’Heureuse rencontre about 28 min
  4. Approbation under 1 min

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Front matter

…… Dans le climat éloigné où l’héroïſme de la tendreſſe maternelle vous a conduite, c’eſt en liſant notre ouvrage que vous apprendrez ſon ſuccès. Nos lettres, mon Amie, ſeront réſervées à des objets plus intéreſſans pour mon cœur & pour le vôtre.

Nous avions penſé que ce petit Drame dont la compoſition nous avoit amusées, pourroit peut-être amuſer à la repréſentation ; mais le Public, ou du moins une partie du public, lui fait tant de reproches, que ceux qui la compoſent ſont ſûrement bien loin de s’y être divertis : car je ne croirai jamais qu’on puiſſe ſe réſoudre à trouver mauvais ce qui nous affecte agréablement.

On blâme d’abord le choix du ſujet ; (on ne peut pas ſavoir l’occaſion & le défi qui ont donné naiſſance à cette Piece.) « Des Payſans, des Soldats, dit-on ; comment peut-on expoſer de pareils êtres ſur la Scène Françoiſe ?

Fragment de lettre

…… Dans le climat éloigné où l’héroïſme de la tendreſſe maternelle vous a conduite, c’eſt en liſant notre ouvrage que vous apprendrez ſon ſuccès. Nos lettres, mon Amie, ſeront réſervées à des objets plus intéreſſans pour mon cœur & pour le vôtre.

Nous avions penſé que ce petit Drame dont la compoſition nous avoit amusées, pourroit peut-être amuſer à la repréſentation ; mais le Public, ou du moins une partie du public, lui fait tant de reproches, que ceux qui la compoſent ſont ſûrement bien loin de s’y être divertis : car je ne croirai jamais qu’on puiſſe ſe réſoudre à trouver mauvais ce qui nous affecte agréablement.

On blâme d’abord le choix du ſujet ; (on ne peut pas ſavoir l’occaſion & le défi qui ont donné naiſſance à cette Piece.) « Des Payſans, des Soldats, dit-on ; comment peut-on expoſer de pareils êtres ſur la Scène Françoiſe ?

Sans chercher à nous défendre ſur cet article, il me ſouvient qu’un jour où nous cauſions enſemble, nous crumes voir qu’au lieu d’aggrandir le champ théâtral, on ſembloit avoir pris à tâche de le retrécir. Le bon Moliere ne refuſoit aucun maſque, Médecin, Philoſophe, Maitre à Danſer, Marquis, Fagotier, Bourgeois, Payſans, Valets, &c. tous les états ; toutes les conditions, tous les âges, offroient leurs ridicules à ce génie immortel, dont le pinceau les exprima tous avec autant de force que de vérité. Regnard & Dufreſny, qui ſuivirent ſes traces, s’ôterent déja de ſes reſſources, & choiſirent parmi les perſonnages de Moliere dont ils rebuterent pluſieurs ; Dancourt & Marivaux, ce dernier ſur-tout, ne garderent que les Payſans & les Valets ; Deſtouches & la Chauſſée ſe ſont preſque réduits aux Valets ; à préſent les Valets mêmes ſont à-peu-près exclus de nos Comédies modernes ; on ne nous montre que des gens de qualité, des Comtes, des Barons, qui ſont fort élégans, prodigieuſement ſpirituels, mais néceſſairement froids à la longue, parce que des Epigrammes, des ſaillies, quelque vives qu’elles ſoient, laiſſant le cœur ſans intérêt, finiſſent par fatiguer l’eſprit, & laſſer l’attention. D’un autre côté, les Grands ne ſont jamais comiques pour les ſpectateurs. Accoutumés à reſpecter l’homme, nous ne ſaurions mépriſer ſa conduite, ni nous moquer de ſes ſottiſes : on ſourit d’un trait qui lui échappe, mais c’eſt en quelque ſorte d’un ſourire de complaiſance, tel que celui que nous arracheroit ſa préſence, & bien de ce rire inextinguible qu’excite en nous Sganarelle forcé de ſe reconnoitre pour Médecin ; la Servante de M. Jourdain, pouſſant une botte à ſon Maitre ; Scapin à genoux confeſſant ſes friponneries, &c. D’ailleurs, de quels avantages on ſe prive du côté de la vraisemblance & de la variété ! Vous l’avouerai-je ? en réfléchiſſant ſur tout ceci, je ſerois portée à me perſuader, que ce ſont moins les charmes de la muſique ou de la mode, que la naïveté, & la vérité frappante de quelques Scènes de preſque tous nos Opéra-Comiques, qui conduiſent la foule aux Italiens.

Quoiqu’il en ſoit, m’allez vous dire, ſi le ſujet a déplu, on aura pu l’excuſer en faveur des détails, ou bien on aura jugé l’un & l’autre moins ſévérement en penſant au ſexe des Auteurs.

Sans doute on a eu de l’indulgence : mais en a-t-on eu aſſez ? Et les Critiques ont-ils tenu la balance bien juſte ? Ils prétendent que le Dialogue eſt rempli de choſes triviales, & que le rôle du Sergent eſt pitoyable.

Eſt-ce bien là le ſentiment du Public ? Dans toutes les Langues il eſt deux claſſes d’expreſſions & de tours, pour rendre les mêmes choſes. Les uns ſont nobles ; ce ſont ceux qui ſont employés par les gens de diſtinction : les autres paſſent pour bas & triviaux ; ce ſont ceux qui ſont à l’uſage du peuple, & des perſonnes du dernier étage. Lorſque dans la Force du Naturel de Deſtouches, Julie parlant à celle qui ſe croit ſa mere, dit du Comte d’Orenville… Comme il eſt pour m’avoir. La mere a raiſon de répondre : le beau terme ! La fille d’une Marquiſe doit s’exprimer d’une maniere différente ; mais la fille d’une Fermiere peut, ou même ne doit pas parler autrement. Ces expreſſions familieres, ces proverbes uſés, que nous avons affectés, ſont en effet du ſtyle trivial ; mais le ſtyle trivial eſt le langage naturel ; quelqu’un a dit, je crois, le ſublime du Payſan : peut-on nous faire un crime de ce que nos Auteurs s’énoncent naturellement ? Quant au rôle du Sergent, ſi les raiſons nous manquoient pour le juſtifier, nous aurions au moins des exemples en quantité : les raiſonnemens du Médecin malgré lui, le Franciſque de la Ceinture Magique, le Paſquin du Glorieux, & tant d’autres. La ſource du plaiſant eſt dans le contraſte des diſcours, celle du comique eſt dans le contraſte des ſituations. D’après ce principe, notre caricature auroit pu faire rire ; & nous ſommes excuſables de nous l’être imaginé, quoiqu’elle ait manqué ſon effet.

À préſent, je vais vous faire en deux mots l’hiſtoire de nos divers ſuccès. Le premier jour l’Heureuſe Rencontre fut aſſez bien reçûe, elle le fut mieux encore le ſecond ; le troiſiême elle alla on ne peut plus mal ; j’en demande pardon à notre Parterre, mais un mot entendu de travers, une phraſe ſottement interprétée, une mauvaiſe pointe, ne doivent pas décider du ſort d’un ouvrage. Les deux repréſentations qui ont ſuivi cette troiſiême avoient, m’a-t-on aſſuré, de quoi flatter un Auteur difficile. Les Vacances l’ont interrompue, on doit la reprendre après Pâques.

Quelques Juges, certainement trop faciles, ont dit que les Scènes étoient aſſez bien liées, qu’il y avoit de la ſimplicité dans la conduite, & de la gaieté dans le Dialogue, que les caractères étoient vrais, le ſtyle ſimple, & le dénouement heureux. Ceci reſſemble trop à des complimens, pour que nous puiſſions croire qu’ils ſoient ſincères ; nous ſommes bien perſuadées que nous ne méritons d’éloges, que ceux que l’on doit, ſi l’on en doit, au deſir d’en mériter.

Voilà tout ce que j’avois à vous mander ſur ce chapitre. Comme j’ai été prolixe ! Et tout ce verbiage auroit rempli une des que j’écris à mon Amie !

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