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L’ESCOLE
PAROISSIALE,
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ovt de mesme, que le cœur est le premier viuant & le dernier mourant en l’homme, & qu’il est le siege principal de l’ame ; ainsi le Maistre dans l’Escole deuant estre le cœur, animé de l’esprit de Dieu, qui donne la vie spirituelle à tous les membres de sa petite famille : Nous commencerons par les qualités dont il doit estre doüé, lesquelles nous partagerons par articles des trois Vertus Theologales & quatre Cardinales, concluant par l’humilité qui est le fondement de toutes : car ainsi que pour donner l’esprit de la reigle aux Nouices d’vn Ordre bien reglé, l’on choisit toûjours quelqu’vn des plus zelés, pieux, & doctes de la compagnie, de mesme pour donner l’esprit Chrestien à des enfans dans les Petites Escoles ; il faut choisir vn homme soit Ecclesiastique, soit Laïque, qui aye non seulement les Vertus Chrestiennes, & communes, mais qui les aye tellement estudiées, qu’il les sçache enseigner auec facilité à tous ceux que l’on doit mettre sous sa conduite, & par preceptes & par exemples. Non seulement il doit instruire le enfans à la vertu, mai encor toutes ses actions doiuent tellement estre compassées, qu’il soit comme vn miroir dans lequel les petits enfans se regardent, comme en vn liure viuant, où ils voyent l’exemple de ce qu’ils doiuent faire, pour estre bons Chrestiens. L’on compare ordinairement la façon d’enseigner à vn liure qui est bien long à escrire, si on veut l’auoir à la main, mai qui estant composée en vne planche d’imprimerie, on en tire tant de copies que l’on veut, & ce en vn moment. Ce sont les paralelles de l’exemple & des preceptes. Longum iter per præcepta : breue per exempla.
A Foy est vn don de Dieu, & vne lumiere, par laquelle nous croyons tout ce que Dieu a reuelé à son Eglise ; soit escrit ou tradition.
A Foy suppose vne instruction de toutes les choses necessaires, à sçauoir pour le salut. Car quomodo credent esse quem non audierunt ? dit S. Paul ; il faut donc que le Maistres soient bien instruits, non seulement dans les articles du Symbole, les sept demandes du Pater, les Commandemens de Dieu, les sept Sacremens de l’Eglise : mais mesme qu’ils les sçachent expliquer : il faut qu’il connoissent encor les mysteres des principales Festes de l’année, la Vie des Saints Patrons du Diocese, de la Paroisse, ou de la Ville : afin d’en donner vne suffisante connoissance à leurs enfans, & comme vne bonne mere nourice, ils prennent la nourriture eux mesmes, pour la faire succer à leurs petits, qui attẽdent d’eux le laict de la Doctrine Chrestienne ; quasi modo geniti infantes : comme des petit enfants nouueaux nez en Iesus-Christ, & pour cét effect ils doiuent auoir des liures propres à cela, comme le Catechisme du Diocese, celuy de Turlot, le Pedagogue Chestien dernier imprimé à Mons, ou à Rouën, in quarto, & s’il entend le Latin, Hortus Pastorum & Catechismus Romanus, le Catechisme de Bellarmin & le petit Catechisme ou Instructions des Festes de l’année luy seront tres vtiles. Ce n’est pas assez de croire, & auoir la Foy speculatiue de tous les mysteres, mais il la faut tesmoigner par les œuures, & par exemple, portant vn grand respect à toutes les choses Saintes, ne parlant, ny souffrant iamais parler qu’auec respect de nostre S. Pere le Pape, de Messieurs les Prelats de l’Eglise, de ses Ceremonies, des Prestres, & de tous les Ecclesiastiques.
E Maistre aura soin de ne souffrir aucun liure aux enfans qui ne soit Catholique, & bien approuué des Docteurs, leur recommandant souuent de ne dire iamais ou parler contre les pratiques de l’Eglise, mais en honnorer toutes les ceremonies & Commandements.
S’il a des enfans des heretiques dans son Escole, il leur tesmoignera vne grande affection, les gouuernant auec toute sorte de ciuilité & bien-veillan- ce, pour les gagner à Iesus-Christ, & mesme à leurs parens qui les leur presenteront, ou qui les viendront visiter.
Ils ne seront pourtant receus dans l’Escole qu’à condition, 1. Qu’ils n’y apporteront aucun liure qui ne soit Catholique, 2. Pour y estre Catechisés & instruits à la Foy & Religion Catholique, Apostolique & Romaine, & 3. Pour estre menez à la Messe, Vespres, Catechisme & autres instructions qui se font en la Paroisse, comme les autres enfans de l’Escole.
Il ne doit iamais souffrir qu’ils parlent de leur huguenoterie à aucun des autres enfans, ny en particulier, ny en public ; à quoy il faut auoir vne grande circonspection : comme aussi que tous les escoliers ne hantent aucuns enfans des heretiques, de peur qu’ils ne se peruertisent : ce qui se fait aisément par ces petits tisons d’enfer : car les enfans estant encor dociles, à leur aage, comme la cire molle, sont prests à receuoir telle forme ou cachet qu’on leur voudra imprimer, & ils peuuent facilement estre induits & persuadés en leur aage à receuoir des pratiques d’heresie, lesquelles peut-estre ils ne feront paroistre d’abord, mais qu’ils garderont pour luy faire produire au temps de leur liberté leur maudit effect : dequoy nous ne voyons que trop de funestes exemples, par la licence que les parens donnent à leurs enfans, & leur en montrent mesme l’exemple, en hantant les heretiques par complaisance, simpatie, voisinage, parenté & sans necessité, qui mesme doit estre grande : à raison du peril euident, dont l’on court risque auec telles gens, qui ne peuuent este fidelles aux hommes, n’ayant pas gardé la fidelité à Dieu, laquelle ils ont protestée solemnellement Baptesme. Car tout ainsi que les parents hantent les grands, les petits enfans des vns & des autres se familiarisent & se perdent l’vn auec l’autre. C’est ce que le Maistre doit recommander à ses escoliers exactement, sur tout, de ne hanter aucuns enfans heretiques, mesme parents : & en montrer l’importance à leur pere ou mere, & en cas de resistance, il leur rendra leurs enfans, de peur qu’estans gastés par leur mauuaise conduitte, ils n’endomageassent quelques-vns de son petit troupeau.
Enfin le Maistre doit auoir grand soin de bien instruire dans ses Catechismes & lectures Spirituelles ses escolliers comme nous dirons cy-apres. Voyla ce qui regarde la Foy : passons à l’Esperance.
a Foy nous ayant affermy en la croyance de Dieu nous donne Esperance de recourir à luy en toutes nos necessités spirituelles & corporelles en cette vie, & d’obtenir la recompense de nos bonnes œuures en l’autre, auec toute sorte de confiance. Or le Maistre doit estre muny de cette vertu principalement : car l’humilité & pauureté de sa nature luy faisant reconnoistre son petit pouuoir & d’ailleurs les grands besoins qu’il a de toutes sortes de vertus, tant pour sa propre perfection, que pour celles des enfans qu’il entreprendra d’enseigner : luy donnera confiance de recourir à Dieu, dont la puissance est infinie & qui seul luy peut donner ce dont il a besoin pour vn si saint ouurage, duquel la bonté estant vn tresor inépuisable de misericorde à l’endroit de ceux qui ont recours à luy auec reuerence & confiance d’obtenir leur necessités ; il doit conceuoir vne ferme esperance que Dieu ne luy deniera rien s’il luy demande comme il faut.
’Acte principal de l’Esperance, c’est la Priere laquelle doit estre familiere au Maistre, puisqu’il rencontrera mille & mille occasions de s’en seruir.
Or la Priere doit estre faicte premierement, auec humilité, qui est vne humble reconnoissance de son neant & de ses pechez & imperfections, qui le mettent au dessous de toutes les creatures. Secondement, en esprit & verité. In Spiritu & veritate oportet adorare & Pater tales quærit qui adorent eum. C’est à dire qu’il faut adorer Dieu en esprit & en verité, & le Pere Eternel cherche de personnes de telle sorte qui l’adorent ; enseignoit nostre Seigneur à la Samaritaine. Troisiesmement, il faut demander au nom de nostre Seigneur : tout ce que vous demanderés à mon Pere en mon nom, il vous le donnera, quiequid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis. Quatriesmement, auec ferueur & assiduité, ne se contentant pas d’auoir demandé deux, quatre, six fois vne mesme chose à Dieu : mais il doit reïterer, & continuer comme cette Veufue de l’Euangile, qui obtint par importunité ce qu’elle demandoit à ce Iuge si méchant, qui nec Deum timebat nec homines reuerebatur, & mesme si la chose est de consequence, il doit y adjouster le jeusne & l’aumosne pour l’obtenir : l’Oraison du Iuste continuée est bien forte, dit. S. Iacques, multum valet deprecatio iusti assidua. Bona est oratio cum ieiunio & eleemosina, l’Oraison est bonne, auec le Ieusne & l’Aumosne, disoit Tobie à son fils.
Es actions specialles ausquelles il doit auoir recours à l’Oraison, c’est au commencement de la leçon, demandant lumiere à Dieu pour la bien faire ce iour la, en representant à sa bonté toutes les difficultés qui s’y rencontreront, & notamment s’il a preueu y en auoir ce iour la quelqu’vne : comme quand il aura à traitter auec des parens difficiles des enfans fascheux, & incorrigibles. Il pourra encor offrir cela durant la Messe qu’il entendra, ou celebrera, durant sa priere du matin, ou d’apres midy, offrant de bon cœur toutes ces petites ames à nostre Seigneur, à leurs Anges Gardiens & aux Saints Patrons du Diocese, & du Royaume, & apres les Prieres du soir & du matin, il doit remercier Dieu en general, & en particulier, du bon succez de sa leçon, demander pardon à Dieu des defauts qu’il reconnoistra auoir commis, faisant resolution d’agir mieux à l’aduenir, en preuoyant les moyens à cet effet auec sa sainte grace.
L doit auoir recours à Dieu deuant que de commencer ses Catechismes, taschant mesme d’aller à l’Eglise deuant le S. Sacrement, pour demander à nostre Seigneur l’effect de sa parole, qu’il anime son discours, & luy donne l’intelligence de ce qu’il a à traitter à ses enfans pour les en bien instruire, il inuoquera à Paris S. Denis comme l’Apostre de la France, qu’il luy plaise luy impetrer de Dieu vne portion de son Esprit, pour renouueller en l’Esprit de ses enfans la Doctrine qu’il a enseignée aux despens de sa propre vie. Et ailleurs le Saint Patron du Diocese.
De la pratique de l’Esperance à l’esgard des escoliers en general. §. 5.
L aura grand soin de bien enseigner & par paroles & par exemples à prier Dieu à ses enfans, prenant garde exactement de se trouuer aux Prieres, & regarder par tout si chacun de siens est dans la posture decente, ne badine point, notamment à l’Eglise durant la Messe & les prieres publiques de l’Ecole, & notés qu’il ne faut iamais pardonner telles impietés aux enfans, leur monstrant que c’est vne espece de sacrilege que de badiner en priant Dieu, & que c’est se mocquer de luy, ce qui est le plus grand peché que l’on puisse commettre.
Des pratiques des enfans en particulier. §. 6.
L leur recommandera souuent de faire la Priere à genoux au soir & au matin, sans manquer vn seul iour auec grand respect & reuerence, & mesme chastiera ceux dont il aura aduis qu’ils y auront manqué en ayant esté par luy aduertis, il leur enseignera à la bien faire, dans les Catechismes par des comparaisons familieres, & il aura soin de leur bien apprendre à prononcer le Pater, l’Aue, le Credo, Confiteor en Latin, & en François, & aussi le Benedicite & les Prieres de l’Exercice du Chrestien : leur monstrant puisque nous croyons qu’il y a vn Dieu, tout puissant & tout bon, qu’il le faut honorer & auoir recours à luy en toutes nos necessités, auec vne grande confiance & humilité & c’est , veritable Esperance d’vn bon Maistre d’Escole : voyons la troisieme Vertu Theologale.
A Charité est vne vertu par laquelle nous aymons Dieu sur toutes choses, & nostre prochain comme nous mesmes pour l’amour de Dieu.
Les appartenances de la Charité. §. 1.
Ette Vertu estant la Reine de toutes les autres ; aussi doit elle regner dans le cœur du Maistre par eminence. Pour ce qui regarde Dieu : il le doit aymer en qualité de Chrestien par dessus toutes les choses , & en qualité de Maistre, comme il doit auoir toutes les Vertus en plus grande perfection que les autres, aussi la Charité qui est la principale, doit eclater en son ame d’auantage enuers Dieu, puisque il ne doit point entreprendre cét office pour aucun respect humain ; autrement il n’y fera rien que s’y damner auec ceux qu’il conduira, mais purement & principalement pour Dieu ; & par ce moyen il supportera facilement les difficultés qui s’y rencontreront, par le moyen des consolations qu’il receura de son Createur, qui l’a appellé à cét exercice, & qui luy fournira les moyens de s’y perfectionner & en suitte receuoir la recompense eternelle apres sa vie.
De la pratique de Charité à l’esgard du Maistre. §. 2.
A pratique de cette Vertu consiste dan vn fidelle accomplissement de la volonté de Dieu, qui contient premierement, les Commandemens de Dieu, 2. Ceux de son Eglise, 3. Tous le Edits & Ordonnances des Superieurs Ecclesiastiques, laïques & domestiques, sçauoir de Nostre Saint Pere le Pape, de Messieurs le Euesques & Curez, les re- glemens de Messieurs les Directeurs des Escoles, des Communautés, où on reside, car qui potestati resistit, Dei ordinationi resistit & damnationem sibi acquirit, quia quæ à Deo sunt ordinata sunt. C’est à dire, que celuy qui resiste aux puissances, resiste à l’ordre de Dieu & s’acquiert la damnation, parce que tout ce qui est de Dieu est selon l’Ordre. 4. enfin la volonté de Dien, consiste à s’acquitter de l’exercice de sa vacation. C’est à quoy doit bien prendre garde le Maistre, puisque sa vacation n’estant pas seulement à l’esgard des choses inanimées comme les arts & mestiers communs du siecle, mais qui contient le gouuernement, bonne education & reparation des mœurs des enfans, qui sont si precieux à Dieu, qu’il n’a pas espargné la vie de son propre Fils pour les rachepter : c’est pourquoy cela luy doit donner vn grand soin de s’y perfectionner, puisqu’il ne peut esperer de salut, s’il ne s’en acquitte selon la volonté de Dieu, voyla ce qui est proprement faire sa volonté.
R la Charité ayant deux faces, apres en auoir rapporté les obligations à l’esgard de Dieu, il faut specifier quelque chose à l’esgard du prochain : car il est à remarquer que Dieu nous commandant d’aimer nôtre prochain, il ne nous a point dit de l’aymer comme vn pere, comme le frere : sçachant bien qu’il y a assés de mauuais enfans & de barbares freres ; mais il a dit, tu l’aymeras comme toy mesme : car nemo carnem suam unquam odio habuit : personne ne hait iamais sa propre chair, dit l’Apostre. De ce fondement il faut conclure, que dans les actions particulieres, le Maistre doit beaucoup supporter les infirmités de ses enfans, non pas des ri- ches plustost que des pauures, de ses amys plustost que des autres : mais regardant ses enfans esgalement d’vn œil Chrestien, comme tous ses petits freres, enfans adoptifs de Dieu, & freres de nostre Seigneur Iesus Christ. Quand ie dis supporter, ce n’est pas qu’il ne les faille corriger auec la prudence requise dans les occasions, mais non point par caprice, par vengeance, par colere, par indignation de leurs parens, à qui ils auroient fait quelque rapport, qui seroient venu crier & faire du bruit à l’Escole, mais supporter tout cela en patience, se souuenant de ce que dit saint Pierre, non reddentes malum pro malo nec maledictum pro maledicto ne rendant point le mal pour mal, ny malediction pour malediction : vous rendant semblables en tout à celuy qui estant frappé, souffleté, n’a rien respondu, estant maudit & iniurié, l’a enduré patiemment, & mesme a rendu le bien pour le mal offrant les douleurs de sa Passion à son Pere Eternel, pour ceux mesme qui le crucifioient.
V’il tasche par cette mesme Charité d’ayder les enfans grossiers doucement, taschant de les polir auec le temps, & non pas dans l’impatience : que la mesme Charité luy doit faire supporter les mescontentemens, les plaintes, les iniures des parens (qui ne se font que trop frequemment) taschant de leur répondre doucement, amiablement : sermo mollis frangit iram, la parole douce appaise la colere, dit le Sage, leur remonstrant la verité & faisant enrendre le contraire de ce qu’ils croyent, &s’ils perseuerent, il doit prier Dieu pour eux, & ne tesmoigner iamais aucun mescontentement, ny chastier leurs enfans (mesme quand ils auront failly) ius- que à ce que cette bourrasque soit passé, Charitas mnia suffert, omnia suffinct, la Charité souffre tout, elle supporte tout, dit S. Paul.
De la Charité du Maistre a l’efgard de ses Confreres & des panures, §. 5.
A Charité l’oblige à ne faire iamais tort aux autres Maiſtres : au contraire, par exemple, quand les parens présentent leurs enfans & qu’ils font des plaintes du Maustre, où l’enfant a. esté à l’Eſcole : il doit l’exculer & rejetter la faute sur l’enfant plutoft que sur le Maiſtre, il doit têteuoir les pauures auec autant de Chariré comme les riches, & encor da. uantage : les regardant & leur faisant entendre qu’ils font les membres de Dieu, pourueu qu’ils agreent leur pauureté (ce qui s’entend en tant que la commodité le puisse permettre) c’est pourquoy quand ils preſenteront leurs enfans, il les retreura auce honneur & respect, regardant la présence de nostre Seigneur en eux pluftoft que leur infirmiré puisque le même Sauueur nous a donné pour marque, de sa venuë d’euangelifer & instruire les pauures.
De la pratique de Charité à l’esgard des escoliers entre eux. §. 6.
L entretiendra de cette verru fouuent les escohiers, leur enseignant de ne s’accuser iamais l’un l’autre, s’ils n’en ont la charge ; de n’auoir aucune eruie, saloufie haine, mauuaise volonté l’un contre l’autre : mefme s’il apperceuoit quelques escoliers se hair, il tafchera auec adresse, soit en particulier ou en public de leur faire vuider leurs petits diffèrents & les reconcilier ensemble, les faisane embrasser l’un l’autre & demander pardon à Dieu, leur monstrant combien ce vice est dangereux, & qu’il conduit en enfer la pluspart des Chrestiens, qui le gardent en leur cœur ; il leur fera aussi rendre des petits seruices à celuy de qui ils auront receu quelque tort, comme de demander pardon pour luy & s’ils demandent pardon d’eux-mesmes pour celuy qui les a offencé qu’ils en prient le Maistre il pardonnera à l’aggresseur, luy faisant faire satisfaction à la partie lesée, comme de luy demander pardon mesme à genoux, ainsi que la prudence luy dictera.
Punition des batteries mutuelles. §.7.
tem s’il arriuoit que quelqu’vn eust battu son compagnon, dit des injures, & que l’autre se fust reuangé, il les chastiera tous deux, & en suitte les fera reconcilier, s’il y en a vn des deux qui aye souffert d’être battu ou iniurié, il luy fera faire satisfaction par l’autre, luy demandant pourtant s’il ne luy pardonne point de bon cœur, & s’il ne voudroit pas subir la peine que son frere Chrestien va souffrir pour l’auoir offencé ; luy qui n’est qu’vn petit ver de terre, & neantmoins que Dieu commande de le punir.
De la visite mutuelle des compagnons malades. §.8.
tem il les doit inuiter à s’entre aller voir en leurs maladies, pourueu qu’elles ne soient point dangereuses, comme veroles, rougeolles, fiévres chaudes, pourpreuses &c, car alors ils prieront Dieu pour le malade seulement ; & le Maistre mesme n’y doit aller qu’auec tres-grande nécessité & precaution, y allant le soir & faisant vn tour apres cela pour dissiper le mauuais air qu’il pourroit auoir contracté.
De la Charité enuers les pauures. §.9.
ITem il les doit inuiter à faire l’aumofne d’vne Ipartie de leur déjeuner, ou goufſter aux pauures de l’Efcole ou aux autres : mefme si on leur donne quelque double, il les inuitera de le donner aux pauures, enfin le Maistre entretiendra cette sainte Vertu qui est l’ame du Christennisme, dans le cœur de ses enfans, leur en faisant exercer des actes fouuent dans les rencontres, affin de les efleuer en vrais Chrectiens. Enfin vn bon moyen encor de faire pratiquer cette vertu, c’est de faire en forte que quelque bon escolier qui aura bonne place, la cede à vn paresseux par amitié fraternelle pour l’exciter à bien faire.
Enfin il incitera ceux qui font parens à s’entraimer l’un l’autre, se faisant du bien & s’entrefurportant pour Dieu les infirmités les vis des autres, affin de gaigner le Ciel. Voila ce qui est des Vertus Théologales : passons maintenant aux quatres Cardinaires ou Morales, & premièrement de la Prudence.
ARTICLE IV.
DE LA PRVDENCE DV MAISTRE.
Ce que c’est que prudence. §. 1.
LA Prudence est au dire de Saint Bernard, non solum virtus, sed auriga virtutum, non seulement vne des quatre Vertus Cardinales, mais la premiere & la principalle : puisque c’est elle qui gouuerne toutes les autres : c’est cette vertu qui fait trouuer le milieu en toutes nos actions, Or s’il y a office dans lequel on ays besoin de prudence, c’est en celuy du Maistre d’Escole ; ayant à conduire tant de sorte d’esprits, qui à peine se peuuent reconnoi- stre, veu le bas aage où il sont, les difficultés de traiter & gouuerner les parens, & enfin en toutes les actions de cette charge, en laquelle il faut que le Maistre d’Escole soit vn fidelle & prudent seruiteur, que Dieu a constitué sur sa petite famille pour la gouuerner.
E premier acte de Prudence que le Maistre doit exercer, c’est de voir s’il a les vertus & qualités necessaires auant que d’entreprendre cét office ; (ie sçay bien que l’on ne peut pas estre parfait tout d’vn coup) mais il doit voir s’il y a de la disposition, s’il y est appellé de Dieu, laquelle vocation doit estre reconnuë par l’aptitude, affection & zele à vn office qui est reputé si bas parmy le monde, il doit prendre conseil sur cela de personnes prudentes, pieuses & doctes ; apres l’auoir souuent recommandé à Dieu : car s’il l’entreprend pour le gain temporel comme vn mestier pour y gaigner sa vie, c’est vn mercenaire & non pas vn Pasteur, vn loup rauissant qui vient seulement pour tirer la laine & le laict de ces petites oüailles, & non pas pour les repaistre & nourrir de l’Esprit du Chrestien, qu’il n’a pas luy mesme : & partant il ne doit aucune portion en l’heritage des vrais Maistres de nostre Seigneur, mais l’heritage des hypocrites (en la diuision de son Ame d’auec le corps) qui est l’Enfer.
Out ainsi que le Maistre en l’escriture doit donner vn exemple bien formé & auec perfection & se contenter de son escolier qui n’escrira qu’imparfaitement en son commencement : de mesme le Maistre d’Escole doit estre parfait en tout ce qu’il aura à enseigner à ses escoliers & se doit contenter d’vn chacun de ceux, qu’il connoistra faire leur petit pouuoir squoy qu’ils fassent peu de chose) si ce n’est qu’ils fussent tout à fait ineptes à apprendre à lire, ce qui le verra aux vns apres vn mois ou deux, aux autres apres quatre ou six, selon la peine & l’industrie qu’il y employra : & alors les ayant tenté par toute forte de voyes, il en doit actuertir leurs parens, les priant d’auoir patience & leur donner esperance, que peut estre son esprit reuiendra & qu’il ayent pour agreable de le reprendre, iusques à quelque temps ; car bien souuent ils s’en prennent au Maistre en tel cas que l’enfant ne sçait rien & non à l’escolier, que si les parens estoient honnestes & gens qu’ils priassent de le garder pour l’empescher de faire mal, n’ayant rien à l’occuper, il le retiendra encor vn peu : & s’il est tout à fait inepte à l’estude, il luy apprendra les principes de la Foy & le r’enuoyra de peur de perdre d’auantage le temps au tour de luy.
LE Maistre doit auoir non seulement les Vertus Théologales & Morales, mais il doit posseder les sciences qu’il a à enseigner en son Escole : non seulement pour s’en seruit, mais la methode facile de les enseigner à ses escoliers vtilement, comme par exemple dans les Escoles ordinaires on y doit enseigner (outre la pieté, ciuilité, bonnes mœurs) à lire, escrire, compter, jetter aux gettons & à la plume, & les principes du Latin & du Grec à ceux qui y feront propres, pour les rendre capables d’entrer en quelque bon Collège & y estre des meilleurs de leur Classe.
L doit se mettre & conseruer en grand credit non seulement parmi ses enfans, mais encore estre estimé des parens : de sorte que ce qu’il aura dit ou fait, puisse estre de tel poids, qu’il ne puisse estre reuoqué en doute qu’il n’a eu raison de dire, ou de faire ainsi : ce qui luy doit donner vne grande prudence & discretion en toutes ses paroles & actions, notamment quand il a à conuerser & conferer auec les parens, & à enseigner ses enfans.
L est la forme & le patron, sur qui ses escoliers & partant luy importe grandement en conscience d’estre assorty de beaucoup de perfections, & estre esloigné de toute forte de vices. Car les enfans prendront sur luy le ply qu’ils garderont toute leur vie, soit au bien ou au mal ; que s’ils prennẽt de luy vn bon exemple voila de grandes recompenses pour luy en semais s’ils tirent de luy quelque exemple vitieux, en voyant quelque sienne imperfection, ce sont autant de tortures & de supplices qu’il se prepare en l’autre vie.
’Experience nous apprend que les enfans retience est proposé, aussitost le mal que le bien, estans comme des tables rases qui n’ont ny connoissance ny experience : d’où vient qu’on remarque que plusieurs sont demeurés tels qu’ils ont esté esleués en leur ieunesse : l’on en voit qui estoient bien droits, & qui sont deuenus boiteux ayant demeuré auec vn Maistre boiteux : l’on en voit d’humeur douce, ayant vescu auec vn Maistre de douce humeur. L’on remarque des esprits querelleux & accariastres, parce qu’ils ont esté conduits par des Maistres qui auoient ce vice là. Saint Thomas d’Aquin, Saint Maur, Saint Placide, S. Oüen & ses freres, ayant esté esleués dés leur ieunesse par des Maistres sages prudents & vertueux, sont paruenus à vne grande Saincteté : au contraire Iulien l’Apostat ayant esté enseigné par vn Maistre idolatre, nourrit en son cœur cette perfidie, & quoy qu’il eust plusieurs Vertus Morales & en apparence Chrestiennes, auant qu’il fust Empereur ; neantmoins estant deuenu libre de ses actions, il descouurit le masque de son impieté, & se manifesta idolatre, & vn des plus cruels persecuteurs de l’Eglise de Iesus-Christ. Alexandre le Grand qui a subiugué toute la terre à son Empire, n’a pas peu s’exempter des vices qu’il auoit apris de son Maistre Leonides. Voyla le bien & le mal que peuuent causer les mauuais Maistres à l’endroit des enfans.
A prudence du Maistre consiste à estre exact à se contenir en son deuoir, il doit estre doux & graue aux enfans, non comme vne mauuaise mere les gastant en les flattant ; mais comme vn pere raisonnable se gardant bien de familiariser auec ses escoliers, qui le puisse faire mespriser : s’abstenant sur toutes choses de les baisotter, mignarder ou faire autres choses semblables, & ce pour plusieurs bonnes raisons : il doit auoir la patience pour supporter leurs deffauts, la prudence de les conduire & la methode pour les instruire vtilement. Ce n’est pas pourtant que cette regle soit absolument necessaire & generalle, car quand on voit de bons escoliers, on peut quelquefois leur tesmoigner quelque petite bien-veillance de la veuë ou de parolle, d’amitié pour les encourager dauantage à bien faire, en particulier & rarement en public, de peur de ialousie, & notamment aux plus petits pour les attirer doucement.
L doit faire en forte par sa prudence qu’il puisse endroit, & qu’ils puissent auoir vne bonne volonté de bien faire profit de ses instructions, & mefme à tous ceux desquels il se seruira pour les instruire.
L doit sçauoir son Reglement sur le doigt pour le bien pratiquer en temps & lieu : c’est pourquoy il le doit lire souuent, comme tous les deux mois, & notamment toutes les sepmaines l’agenda, que nous auons mis à la fin, à ce qu’il ne puisse obmettre aucune des petites pratiques & obseruations ordonnées en iceluy, pour le profit des enfans tant au Spirituel qu’au temporel, il y aura aussi recours dans les occasions où il doutera de quelque chose par le moyen de la table.
E qui seruira beaucoup à la conduite des enfans, c’est que la prudence du Maistre doit se monstrer à bien reconnoistre leur naturel : à quoy seruiront les conferences qu’il aura auec leurs parens, quand ils seront presents, comme nous dirons cy-apres : à cét effect il obseruera soigneusement les nouueaux receus à l’Escole pour recon- noistre quel est leur naturel, s’ils sont d’humeur douce & tranquille : ce qu’il reconnoistra à la première correction, qu’il leur fera : s’ils s’humilient & apprehendent le foüer, ou ferule &c. s’ils se rebutent en se réuanchant, s’ils grondent ne voulant obeïr, il les domptera doucement pour le commencement, & notamment s’ils ont esté endurcis au fouet, ou aux coups par leurs parens, ouMaiſtre d’Efcole precedent : & alors il trauaillera auec grand soin à les corriger, tafchant de les gaigner s’il peut par amitié, caresses, promesses ; que s’ils font orgueilleux, il les faut punir par quelque contusion, taschant de les conuaincre toûjours de leur faute, auant que d’en venir à ce remede, parce qu’alors s’ils s’humilient, on leur pourra pardonner pour la 1. & 2. fois, mais non pas toujours, de peur qu’ils n’en abusent. Voila à peu prés quelques pratiques de Prudence. Nous en dirons dauantage en parlant des autres Vertus. Mais à present parlons de la Temperance seconde Vertu Cardinale.
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