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L’Éducation sentimentale (1845)

Gustave Flaubert · 1910 · Free in the US

201,792 words · about 14 h 8 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1910 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=L’Éducation_sentimentale_(1845)&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Language
French
Published
1910
Length
201,792 words · about 14 h 8 min
Sections
29 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (29)
  1. Front matter under 1 min
  2. I about 2 min
  3. Texte entier about 7 h 4 min
  4. II about 6 min
  5. III about 5 min
  6. IV about 1 min
  7. V about 7 min
  8. VI about 11 min
  9. VII about 11 min
  10. VIII about 8 min
  11. IX about 10 min
  12. X about 11 min
  13. XI about 14 min
  14. XII about 16 min
  15. XIII about 10 min
  16. XIV about 14 min
  17. XV about 20 min
  18. XVI about 2 min
  19. XVII about 12 min
  20. XVIII about 11 min
  21. XIX about 14 min
  22. XX about 7 min
  23. XXI about 26 min
  24. XXII about 32 min
  25. XXIII about 28 min
  26. XXIV about 32 min
  27. XXV about 6 min
  28. XXVI about 21 min
  29. XXVII about 1 h 26 min

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Front matter

(version de .)

I

Le héros de ce livre, un matin d’octobre, arriva à Paris avec un cœur de dix-huit ans et un diplôme de bachelier ès lettres.

Il fit son entrée dans cette capitale du monde civilisé par la porte Saint-Denis, dont il put admirer la belle architecture ; il vit dans les rues des voitures de fumier traînées par un cheval et un âne, des charrettes de boulanger tirées à bras d’homme, des laitières qui vendaient leur lait, des portières qui balayaient le ruisseau. Cela faisait beaucoup de bruit. Notre homme, la tête à la portière de la diligence, regardait les passants et lisait les enseignes.

Quand, après être descendu de voiture, avoir payé sa place, avoir fait visiter ses paquets par l’employé des contributions indirectes, s’être choisi un commissionnaire et décidé enfin pour un hôtel, il se trouva tout à coup dans une chambre vide et inconnue, il s’assit dans un fauteuil et se prit à réfléchir au lieu de déboucler ses malles et de se laver la figure.

Les poignets sur les cuisses, les yeux tout grands ouverts, il contemplait d’un air stupide les quatre pieds de cuivre d’une vieille commode en acajou plaqué qui se trouvait là.

Quoi de plus triste qu’une chambre d’hôtel, avec ses meubles jadis neufs et usés par tout le monde, son demi-jour faux, ses murs froids qui ne vous ont jamais renfermé, et la vue dont on jouit sur des arrière-cours de dix pieds carrés, ornées aux angles les de gouttières crasseuses avec des cuvettes de plomb a chaque étage. Vive plutôt une chambre d’auberge, parquetée en bois blanc, ayant pour tous meubles deux chaises d’église, un grand lit recouvert d’une serge verte, et, sur la cheminée de plâtre, un pauvre bénitier en or avec une branche de buis bénit ! Il y a une seule fenêtre donnant sur la grande route, on est a la hauteur du bouchon suspendu au-dessus de la porte, on peut le prendre avec la main ; la vigne qui tapisse toute la maison grimpe jusqu’à vous, et ses feuilles, quand vous vous penchez pour voir, vous caressent la joue. On entend de là les moissonneurs qui fanent dans les champs, et, le soir, le bruit ferré des grands chariots qui rentrent.

Sa mère lui dit :

— Eh bien, à quoi rêves-tu donc ?

Et comme il ne bougea nullement, elle le secoua par le bras en réitérant la même question.

— Ce que j’ai ? ce que j’ai ? dit-il, se redressant en sursaut, — mais je n’ai rien du tout.

Il avait pourtant quelque chose.

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