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L’art de la teinture du coton en rouge

Jean-Antoine_Chaptal · 1807 · Free in the US

47,538 words · about 3 h 20 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Jean-Antoine_Chaptal
Language
French
Published
1807
Length
47,538 words · about 3 h 20 min
Sections
13 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (13)
  1. Front matter about 1 h 40 min
  2. Discours about 5 min
  3. Chapitre 1 about 6 min
  4. Chapitre 2 about 21 min
  5. Chapitre 3 about 16 min
  6. Chapitre 4 about 9 min
  7. Chapitre 5 about 13 min
  8. Chapitre 6 about 10 min
  9. Chapitre 7 about 4 min
  10. Chapitre 8 about 2 min
  11. Chapitre 9 about 6 min
  12. Chapitre 10 about 8 min
  13. Explication des figures under 1 min

Continue:

Front matter

Cet Ouvrage est mis sous la sauve-garde des loix : tout contrefacteur, distributeur ou débitant d’édition contrefaite, sera poursuivi devant les tribunaux. Deux exemplaires ont été déposés à la Bibliothèque impériale.

Chimie appliquée aux Arts. Paris, 1807, 4 gros vol. in-.

Membre et Trésorier du Sénat, Grand-Officier de la Légion d’Honneur, Membre de l’Institut de France, Professeur honoraire de l’École de Médecine de Montpellier, etc. etc. etc.

Discours

a complication des procédés de la teinture, et la nature mobile et fugace des principes colorans, en ont rendu l’étude très-difficile : l’extrême embarras où se trouve le chimiste pour exécuter les opérations de cet art dans son laboratoire, et la difficulté de les suivre dans les ateliers, ne lui permettent pas de voir par lui-même tous les phénomènes qu’elles présentent ; et, dès-lors, peu familier avec elles, il se borne à raisonner sur des procédés qui lui sont transmis avec plus ou moins d’exactitude.

Presque jusqu’à ces derniers temps, la théorie que les chimistes ont appliquée aux opérations de la teinture, étoit plus propre à en retarder la marche qu’à l’éclairer. Par une aberration bien étrange de l’esprit humain, au moment même où l’analyse commençoit à reconnoître les affinités comme le principe et la cause déterminante de toute action chimique, Hellot et Macquer rapportoient à la mécanique tous les résultats de la teinture : c’étoient par-tout des pointes, des trous, des aiguilles, des chatons, etc.

Cependant, on ne peut pas disconvenir que les écrits d’Hellot, sur la teinture des laines, et ceux de Macquer, sur celle des soies, n’aient rendu de grands services : ils ont fixé les procédés de l’art ; ils ont donné aux opérations une marche plus régulière, et ils ont confié à la réflexion et à un nouvel examen, des procédés qui, jusqu’à eux, étoient restés secrets ou décrits avec peu d’exactitude.

Mais c’est sur-tout Bergmann, et après lui M. Berthollet qui ont ramené à des loix constantes tous les phénomènes de la teinture : ils ont fait rentrer cette partie précieuse de nos arts dans le domaine des affinités chimiques ; et on peut dire avec vérité, qu’ils ont été les premiers à poser les bases de la science tinctoriale.

La teinture du fil et du coton a été encore plus négligée que celle des laines et des soies : la raison de cette différence est facile à trouver : cette teinture n’est connue parmi nous que depuis un demi-siècle ; les procédés en sont longs et pénibles, et on en a fait un secret jusqu’à ces derniers temps. En outre, le fil et le coton résistant, par la nature de leur tissu, à l’action des lessives alkalines, on a voulu que ces couleurs fussent à l’épreuve de ces mêmes lessives ; de sorte que les mordans et les principes colorans ont dû nécessairement être réduits à un très-petit nombre : jusqu’ici, la seule garance et quelques oxides métalliques ont pu réunir tous ces avantages.

Cette belle couleur, qu’on donne au coton par le moyen de la garance, étoit préparée dans le Levant, long-temps avant qu’elle fût introduite en France, où ce procédé n’a été connu que vers le milieu du dernier siècle. Les premiers établissemens de ce rouge (appelé rouge d’Andrinople) qu’on a formés parmi nous, ont été créés et dirigés par des teinturiers qu’on avoit fait venir de Smirne.

Les fabriques des tissus de coton, établies à Montpellier et à Rouen, ont été long-temps alimentées par les cotons teints dans les Échelles du Levant ; mais enfin elles s’affranchirent de cette dépendance, en appelant des teinturiers grecs, auxquels on confia d’abord la direction exclusive des établissemens de teinture qu’ils formèrent chez nous. Peu à peu, les procédés qu’on s’efforçoit de tenir secrets, furent achetés ou découverts ; et l’art de la teinture en rouge sur coton ne tarda pas à être généralement pratiqué par des Français.

L’opération de la teinture du coton en rouge de garance, est, sans contredit, la plus compliquée et la plus difficile que les arts nous présentent : il faut vingt à trente jours d’un travail non interrompu pour la terminer. Pendant ce long espace de temps, le même coton doit passer, au moins une fois par jour, par les mains de l’ouvrier ; il doit recevoir successivement l’action de huit à neuf substances différentes, toutes nécessaires pour obtenir une couleur solide et bien nourrie.

On peut voir, d’après cela, quelle attention et quelle habileté il faut supposer dans un ouvrier, qui, conduisant à-la-fois une masse de coton très-considérable, et la travaillant sans interruption pendant un mois, doit donner à toutes les parties les mêmes soins ; car, sans ces précautions et cette attention de chaque instant, on n’obtiendroit qu’une couleur peu solide, et sur-tout mal unie.

J’ai formé moi-même, et j’ai dirigé pendant trois ans, un des plus beaux établissemens de teinture en coton qu’il y ait en France : un double intérêt, celui de la propriété et celui de la science, m’a constamment animé pendant tout le temps que j’ai conduit ma teinture ; et je puis avouer qu’il est peu de procédés que je n’aie pratiqués, peu de moyens d’amélioration ou de perfectionnement que je n’aie tentés, peu d’expériences que je n’aie répétées. Dans mes recherches, il ne s’est jamais présenté un résultat utile que je n’aie de suite transporté dans mes ateliers, pour y recevoir la terrible épreuve du travail en grand.

Je n’offre donc au public, ni des conceptions hasardées, ni les résultats de quelques essais, ni les procédés, trop souvent trompeurs, qui s’échappent des ateliers. Je dis ce que j’ai vu ; je publie ce que j’ai fait ; je décris ce que j’ai exécuté moi-même ; je ne copie que le résultat de mes expériences ; et je me borne à présenter, pour ainsi dire, la carte de ma fabrique et le journal de mes opérations. Voilà mes titres à la confiance du public.

Celui qui fait mieux, lira, peut-être, mon ouvrage sans fruit ; mais celui qui sait moins, n’y trouvera que des vérités utiles : j’imite le voyageur qui, après avoir parcouru péniblement un pays peu connu, nous associe à ses travaux par la connoissance qu’il nous donne de tout ce qu’il a vu : et comme, en comparant les relations des voyageurs, nous parvenons à acquérir des notions exactes sur les pays qu’ils décrivent, nous pourrons obtenir de semblables résultats dans les arts, si ceux qui les pratiquent nous communiquent, non ce qu’on leur a dit, mais ce qu’ils ont vu, non ce qu’ils ont imaginé, mais ce qu’ils ont pratiqué.

Quelques lecteurs trouveront, peut-être, pénible de parcourir tous les détails que je donne, sur les manipulations, les constructions, le choix des matières, la conduite des ouvriers, le régime intérieur de l’atelier, &c. Mais l’artiste qui veut opérer, l’artiste qui sait qu’on ne dirige bien qu’autant qu’on peut exécuter soi-même, ne trouvera certainement pas encore, dans cet écrit, tout ce qu’il désire. Il n’y a personne qui n’ait éprouvé que les procédés, qu’on a jugés très-clairs et même minutieux à la lecture, ne sont jamais suffisamment détaillés ou développés, lorsqu’on en vient à l’application.

Chapitre 1

ne fabrique quelconque ne peut prospérer qu’autant qu’elle est établie dans un local bien choisi.

C’est faute d’avoir constaté et calculé d’avance les avantages et les inconvéniens de telle ou telle position, qu’on voit tomber, chaque jour, des établissemens qui entraînent la ruine des entrepreneurs.

On peut lutter, à la vérité, pendant quelque temps, à force d’économie, d’intelligence et de bonne administration, contre les vices de la localité ; mais, comme les effets d’un mauvais emplacement se répètent, chaque jour, et à chaque instant, ils minent, peu à peu, l’établissement par sa base, et entraînent infailliblement sa chûte.

Je pourrois en appeler ici à ces malheureux entrepreneurs qui, chaque jour, ensevelissent leur fortune dans divers établissemens : ils vous diroient tous que, séduits par la disposition d’une belle maison, ou par le bas prix de la main-d’œuvre, ou par la beauté d’un cours d’eau, ou par l’abondance du combustible, ils se sont laissé entraîner à former des fabriques, et qu’ils ne se sont apperçus que l’emplacement ne présentoit qu’une des conditions nécessaires au succès, que lorsque leur ruine a été consommée.

Le premier soin qui doit occuper un entrepreneur qui a le projet de former un établissement de teinture en coton, c’est de s’assurer de la facilité des approvisionnemens, et de l’avantage que présente la localité pour la consommation et le transport des produits.

Les objets d’approvisionnement pour une teinture, sont le coton, la garance, la soude, l’huile, la noix de galle, le sang et le savon.

Ces objets d’approvisionnement se trouvent par-tout : mais ils ne sont pas par-tout au même prix ; et, conséquemment, les ateliers de teinture ne peuvent pas être placés, indistinctement, et comme au hasard, sur tous les points du globe.

Pendant plusieurs années, les fabricans en tissus de coton, de la ville de Montpellier, ont alimenté leurs fabriques en achetant à Marseille du coton en laine, qu’ils faisoient filer dans les montagnes du Gévaudan, et qu’ils envoyoient ensuite à Smirne pour y être teint en rouge. Ce long trajet, qu’on faisoit parcourir au coton, entraînoit, non-seulement des frais de transport considérables, mais il nécessitoit encore une énorme avance de capitaux de la part du fabricant : car, depuis le moment de l’achat du coton jusqu’à celui de son emploi dans la fabrique, il s’écouloit plus d’une année. Aujourd’hui, tout est rapproché : le coton est filé et teint en rouge dans le même lieu, où il est ensuite converti en tissu ; la filature, la teinture, le tissage, sont constamment sous l’œil de l’entrepreneur ; et ces diverses branches d’une même industrie, ainsi rapprochées et concentrées, s’aident, se prêtent des secours mutuels, et assurent leurs succès l’une par l’autre.

La garance est celui de tous les élémens de la teinture qui est employé à plus haute dose ; et c’est encore celui qui présente le plus d’embarras dans le transport.

La garance dont on se sert, le plus généralement, est celle qu’on récolte dans le Comtat Vénaissin, aujourd’hui département de Vaucluse. Il n’est donc pas que les établissemens de teinture, qui sont formés dans le Midi de la France, ne jouissent d’un avantage considérable sur ceux du Nord : en temps de guerre, lorsque les transports par mer sont interrompus, cet avantage est quelquefois de 20 et 30 francs par 100 livres (50 kilogrammes) de garance, ce qui double le prix de cette substance.

La soude, l’huile, la noix de galle et le savon qui se tirent également du Midi, offrent, à la vérité, des différences moins sensibles, parce qu’on les emploie dans une proportion moins forte que la garance : cependant le poids de ces objets réunis équivaut à environ deux fois le poids du coton employé ; de manière que leur transport, du Midi au Nord, nous présente un désavantage égal à celui de la garance.

Il suit, de ce que nous venons d’établir, que, pour teindre une livre (demi-kilogramme) de coton dans le Nord de la France, il faut y transporter, au moins un poids triple, en matières tinctoriales du Midi. Il y auroit donc de l’avantage à teindre dans le Midi, et à porter les cotons teints, dans le Nord, pour y être employés aux fabriques : on économiseroit environ 3 sur 4, eu égard à la différence entre le poids du coton et celui des matières qu’on emploie à sa teinture. Cette différence, quoique très-réelle, a été peu sentie jusqu’aujourd’hui, parce que le désavantage de l’emplacement dans les teintures du Nord, y a été racheté par l’économie et la supériorité de la filature, qui s’y faisoit avec des mécaniques perfectionnées, tandis que, dans le Midi, elles y étoient inconnues. Du moment que ces mécaniques seront adoptées par-tout, l’avantage de la localité ressortira avec toute sa force.

Dans une teinture en coton, où les lavages à grande eau se répètent, au moins, six à sept fois, sur chaque partie, on a besoin d’une eau qui se renouvelle, pour bien nettoyer les cotons, pour en extraire toutes les matières étrangères, et ne laisser sur le fil que le mordant qui y adhère, ainsi que le principe colorant qu’on y dépose. Il faut donc une eau vive, courante et assez abondante pour qu’elle soit toujours propre.

Indépendamment de la quantité, l’eau doit encore réunir quelques qualités qui la rendent propre à la teinture : elle doit être pure et exempte de sels terreux ; car, outre qu’elle ne dissoudroit pas le savon, la noix de galle et la soude qu’on emploie dans la teinture en précipiteroient la partie terreuse sur le coton, et la couleur rouge en deviendroit terne et vineuse, sur-tout si le principe terreux étoit de la chaux, comme cela est ordinairement.

Une eau qui devient trouble et laiteuse par suite d’inondations, présente moins d’inconvéniens que celle qui est chargée de sels terreux. Il paroît que la terre suspendue dans l’eau n’est pas aussi susceptible de combinaison avec la noix de galle que celle qui est dissoute dans un acide : cependant il est prudent de suspendre tout lavage, l’eau charie, parce que les couleurs en seroient altérées, sur-tout dans les dernières opérations.

Il est encore à désirer qu’on ait à sa disposition une eau qui ne contracte pas un trop grand froid : les eaux qui sont exposées au midi, celles qui coulent sur un sol marneux, sont, en général, plus chaudes que celles qui sont exposées au nord ou qui coulent sur la pierre ou les cailloux : les ouvriers, obligés, chaque jour, de plonger dans l’eau les pieds et les mains, pour y laver les cotons, se refusent à ces opérations ou les exécutent mal, et contractent même souvent des maladies, lorsque les eaux sont glaciales.

L’eau qui ne se gèle point est encore préférable à celle qui se gèle : car les suspensions de travail dans les fabriques sont toujours ruineuses.

Lorsqu’on peut se procurer une chute d’eau, d’environ 7 pieds (2 mètres ) de hauteur, on peut donner une bien grande facilité à tous les travaux de l’atelier : le service des chaudières et des avivages, lorsqu’on le fait à bras, et le broiement de la garance, qu’on exécute par la force des chevaux, n’offrent ni l’économie, ni la perfection d’un service obtenu par un cours d’eau non interrompu et toujours égal.

Comme, en général, chacune des opérations, qu’on fait subir au coton, se termine par le lavage, et qu’on ne peut pas passer de l’une à l’autre sans avoir séché le coton, il s’ensuit que l’emplacement qu’on destine à former un atelier de teinture doit offrir une exposition favorable à la dessiccation. Cet emplacement doit recevoir le soleil de midi, et néanmoins être assez abrité pour que le vent ne tourmente pas les cotons à l’étendage : car, outre l’inconvénient de dessécher trop vite et inégalement, les fils se mêlent, les mateaux s’amoncèlent ou sont jetés sur les piquets, sur la surface desquels ils s’accrochent et se déchirent.

Indépendamment de ces premières du local, il faut encore que le sol de l’étendage soit sec : pour peu qu’il soit humide, la dessiccation y est lente, et presqu’impossible pendant les premiers jours qui succèdent à une pluie.

Il faut encore que le local, dans lequel on veut établir une teinture, présente un développement suffisant ; qu’il soit clos de murs ou entouré de fossés ; que les avenues en soient faciles, et qu’on puisse s’y procurer aisément le nombre d’ouvriers dont on a besoin.

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