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Dans la Notice préliminaire intitulée Déchiffrement des inscriptions de l’Orkhon et de l’Iénisséi et que j’ai publiée dans le Bulletin de l’Académie Royale des Sciences et des Lettres de Danemark pour l’année 1893 (285—299), j’ai communiqué l’alphabet des remarquables inscriptions mentionnées, surtout de celles de l’Orkhon, tel que j’ai réussi à le déchiffrer, et j’ai brièvement indiqué la voie suivie par moi pour atteindre à ce résultat, voie qui m’a conduit à commencer par déterminer les signes des voyelles par opposition aux consonnes, puis à apprécier séparément tous les autres signes, les mots 𐱅𐰭𐰼𐰃 tängri, 𐰚𐰇𐰠 𐱅𐰃𐰏𐰤 kül-tigin et 𐱅𐰇𐰼𐰜 türk me servant de point de départ. Finalement j’ai montré que la langue de ces inscriptions qui proviennent essentiellement du peuple appelé Tou-kioue par les historiens chinois, est un idiome turc pur, plus ancien qu’aucune des langues turques que nous connaissons jusqu’ici.
Je terminai cette courte notice en disant que je me réservais de communiquer ailleurs et en détail les résultats de mon déchiffrement. C’est là ce que je vais soumettre au monde savant. Je ferai d’abord quelques remarques sur l’alphabet, soit pour montrer ou — comme il serait prolixe, sinon impossible de répéter en détail toutes les considérations qui ont précédé les résultats définitifs, — au moins indiquer par une série d’exemples pourquoi j’ai assigné à chaque signe la valeur que je lui ai donnée, soit pour faire ressortir ce qu’il pourrait d’ailleurs y avoir à remarquer à l’égard de la manière dont l’alphabet sert dans les inscriptions à représenter les divers sons. Ceci me fournira aussi l’occasion de parler de divers phénomènes en fait de grammaire, tandis qu’il est en dehors du plan de cet ouvrage, de donner sous forme cohérente une grammaire ou un vocabulaire. J’y ajouterai quelques mots sur l’origine présumable de l’alphabet. Dans la seconde partie de mon ouvrage, j’essayerai de donner une transcription et une traduction des deux grandes inscriptions de l’Orkhon. Je dois tout d’abord faire remarquer que, si les langues turques ne me sont point étrangères, il s’en faut pourtant bien que je puisse me vanter d’en faire une spécialité. Si donc on veut considérer la difficulté particulière du sujet, l’on s’étonnera d’autant moins d’y voir que j’ai dû renoncer à expliquer divers détails ou qu’il y en a qui ne me font que trop bien sentir l’insuccès de ma tentative pour aller jusqu’au fond. En général je ne doute point que le langage et le texte des inscriptions ne renferment un grand nombre de choses susceptibles d’être modifiées dans l’avenir par les recherches de savants plus versés que moi dans les langues turques et dans l’histoire de l’Asie orientale. Néanmoins j’ai l’espoir que mon travail pourra en tout cas servir de base à des études ultérieures sur les remarquables monuments devenus aujourd’hui abordables à la science. que les fragments peu nombreux nous permettent d’en juger, le dialecte de cette inscription n’est pas “turc” proprement dit, mais ouigour.
D’autre part j’ajoute les variantes les plus importantes et les moins douteuses qu’offrent les inscriptions de l’Iénisséi. Du reste, quant à ces dernières inscriptions, je n’y toucherai que rarement: elles présentent tant de particularités qu’on doit en faire l’objet d’un travail à part. Ces particularités se révèlent, non seulement par les formes des lettres, mais encore pas la négligence qui y règne souvent, soit dans l'épellation des mots, soit dans la manière dont les inscriptions ont été taillées. On ne peut donc pas s’étonner qu’évidemment l’édition imprimée n’ait pas réussi à surmonter toutes les difficultés que présentent l’identification des signes et la reproduction typographique de ces inscriptions, et qu’il y ait beaucoup de détails qui suscitent de grands doutes (nous en verrons des exemples plus loin): je suis convaincu que sans pouvoir consulter les originaux ou des estampages exacts, ce serait peine perdue que de vouloir en tenter le déchiffrement ou l’interprétation en totalité. Même le dialecte paraît différer un peu de celui des inscriptions de l’Orkhon: on peut supposer que c’est une forme ancienne du kirghiz . (Parmi les variantes, j’exclus les formes à rebours employées dans les cas où exceptionnellement on a écrit de gauche à droite. Je désigne par " qu’on emploie aussi la forme des inscriptions de l’Orkhon, et par — que telle lettre fait défaut, excepté les inscriptions dont le numéro est ajouté entre parenthèses.)
𐱅, 𐱃
Pour t l'on a les deux signes ^ (mon. III q, Ongin ô» Kn. ^) et h, le premier pour les voyelles vélaires, l'autre pour les voyelles palatales, mais évidemment sans différence de prononciation, par exemple, Y ^ i^f, montagne, rV > ^ ^ toquz^ neuf (9), ^ > S ^ i^'iiut, Tangout (n. pr.), ^ Y h | syr^t, lamentation, ^ > ot^ feu, f^ ^ Hy 1® son nom, 2® son cheval, h ^ s] ""tly^ six, ) > ^ s| «//mm, or; - h T H h i'nri, ciel, rV ^ h h ti(j% prince, R T f h t^K turc, T >^ h i^'ni^r^ fer, h T t* h ^^^^ quatre, h h h ^ P^ù sept.
En fait d'affixes commençant par /, nous trouvons au locatif (et à l'ablatif?) -ta, -ià au lieu de l'ordinaire -da, -dà, après /, /, (r, w), comme ^^ ^ ^ > I) joita, sur le chemin, ^^ h Y S t* ^ kônHtâj dans le cœur, J^ h T ^ />^<^ !>«, à, un lieu, nT h rt* 1 T ^ ôrp^nta, à Eurpen (P). — De même, au prétérit, -ty, -ti au lieu de -dy, -di, en général après /, Z et r ainsi que d, qui alors s'efface, comme h ^ ^J ^ty, il prit, h h Y f olti, il mourut; ^ h T ""rti, il fut, ^ h T M kôrti, il vit, voyait, >^ h T h 5^ biri*m, je donnai, >^ h T Y t* ôl^ri^m, je tuai; ^ ^ f^ yty, il envoya (yd+ dy), ^ h 6^ h ^^'^*^> je relevai, rétablis {iyid + di). En outre le nom verbal en -tuq, -ttik à côté de -duq, -dük, comme 𐰉𐰆𐰞𐱃𐰸𐰃𐰦𐰀 bołtuqynda lors- qu'il était devenu; 𐰋𐰃𐰼𐱅𐰜birtük, donné, don.
Les signes de d sont 𐰑 avec les voyelles vélaires, 𐰓 avec les palatales. Le son même ne figure point au commencement des mots, mais souvent dans le corps, plus rarement à la fin, par exemple, H ^ "^^'^Qi PÎ^d (ouig. adaq, t. or., osm., etc. ajaq), [^ ^ X ^dgii, bon (ouig. àtkii ou adgu) Y ^ [) j"rf"y, qui marche à pied, fantassin (ouig. jadaq^ t. or. jajaq, osm. jaja)y ) )^ > ^ hud^n^ peuple (ouig. hudun ou pudun), h X f^ idi, maître; ^ Y §% 1,27, 24, u, etc., un titre (voir la traduction), x f^ | ^sid^ écoute, x f^ od, 10 temps, 20 bile.
Le sens de ces joignes ressort le plus manifestement de certains affixes (comp. plus haut, t) comme locatif (et ablatif) 4^ ^ -da, ^ x -(/a, par exemple, ^f" ^ Y ^ tyda^ sur la montagne, ^^ ^) ¥ ô ^"^^a, à la tête (sur le sommet, etc.), >r ^^ ^ 4 > I) jurtda, à la yourte, ^^ ]t^ < >| Ô h^'iyqda, dans la ville, ^^ X h T H H tHridà, au ciel, ^^ X T h ^ j^rfa, dans le pays (= J^ h T ^frta, p. 22); ou le pré- térit (l'imparfait) f^ ^ -dy, f^ X -rf/, par exemple, h ^^ ^ > ^ tutdijy il tint, h X h h ^^^'> î" fi^ h ^^ A > w^rfy» U s'envola, ^ ^^ S Ô ^"^^d^m, je comprimai, attaquai, >^ ^^ rV > ô ^"-^^^^"^ je dévastai, h X ^ h ^^fJ^^^^ U atteignit, attaqua, ^ ^^ 4 c) h'*rdy^ il alla (après r autrement en général t), udymadym, je ne dormais pas, >^ X f^ h h 5^ hitidUn^ j'ai écrit; en outre le nom verbal en -duq, -dük, par exemple, 𐰆𐰲𐰑𐰸𐰑𐰀 učduqda, quand il s'envola, 𐱅𐰏𐰓𐰜 tägdük, assaut, 𐰋𐰃𐰠𐰢𐰓𐰜 bilmädük, igno- rance.
Comp. avec t et d plus bas 𐰡 , 𐰦.
Il ne peut y avoir aucun doute que ce signe ne signifie p, sans distinction aucune suivant la sorte de voyelles que contiennent les mots en question. 𐰯 figure le plus souvent comme finale, surtout dans les gérundiums en -p (et aussi -pan, -pän) si extraordinaire- ment fréquents ici comme dans tous les idiomes turcs , par exemple, 𐱃𐰆𐱃𐰯 tutyp, 𐱃𐰆𐱃𐰯𐰣 tutypan, tenant, ayant tenu, 𐰞𐰯 ałyp, prenant (ały dans la locution 𐰞𐰃𐰋𐰃𐰼𐰢𐰾 ały‿birmis est une autre formation du gérundium, voir p. 11), 𐰉𐰆𐰞𐰯 bołyp ou -up (voir p. 14), étant devenu, 𐰚𐰠𐰯 kälip, 𐰚𐰠𐰯𐰤, kälipän, venant, étant venu, 𐱅𐰃𐰯 tip, disant, etc. De même 𐰞𐰯 ałp, vaillant, 𐰸𐰆𐰯 qop, beaucoup (voir p. 19).
Dans le corps des mots aussi, 𐰯 figure assez souvent, par exemple, tämir‿qapyɣqa à la porte de fer, 𐱃𐰯𐰀 tapa, contre, 𐱅𐰇𐰯𐰇𐱅 tüpüt, le Thibet.
Au contraire, le son p, ici comme dans la plupart des idiomes turcs et mongols, semble ne pas figurer au commencement des mots, où il est remplacé par b (si surtout certaines langues turques du Nord ont aujourd'hui le p dans cette position, c'est que très certainement il n'y faut pas voir un trait primitif, mais au contraire une évolution postérieure). Les seuls exemples qu'on ait de 𐰯 écrit au commencement des mots, sont les noms de peuple 𐰯𐰺 : 𐰯𐰆𐰺𐰢 I,37, II,37, noms inconnus, et ^ 1,22 (comp. 1,28, 40, 11,30, 39), ainsi que [)] II,45,, qui doit être apparenté avec le mot précédent. Il est indubitable que partout ici l'on a une voyelle a précédant p: apar‿apurym, apamyz ""pa^
Pour b l'on a deux signes: avec les voyelles vélaires, 𐰉 (avec diverses variantes dans les inscriptions de l'Iénisséi, voir p. 9); avec les voyelles palatales, 𐰋 (I,70 𐰅, mon. III, Ongin 𐰅 𐰅, 𐰅 5; de même Ién. 𐰋 et 𐰅, sans qu'il me soit clair s'il y a quelque différence dans la signification spéciale des deux signes; quelquefois même ils paraissent combinés, comme / 5 '5^ XVIII,73, b's ou 6'^if, cinq; corap. Donner, Worterverz. p. 7 et suiv.). Par opposition aux sons men- tionnés dans ce qui précède, h a sa place spéciale au commencement des mots, tandis que p semble y faire défaut, par exemple, > ^ bit, celui-ci, ) ^ y d '^w^'"j peuple, | >^ >] > ô ^oim^s, fut, et autres formes de la même racine, h ^) H ô ^"^y» î' alla, ¥ ^ h^s, tête; e S( h% prince, T h 5^ ^ir, un, J^ Y T h 5^ ^irla, avec, >> h T h 5^ hiri^m, je donnai, $ h h 5^ ^'^^^» écrit, h T 1^ 5^ ^"^'> '^"P-
On doit remarquer spécialement qu'ici nous trouvons h dans les cas où la syllabe thématique se termine par une nasale et où autre- ment tous les idiomes turcs (même Touigour), à la seule exception des langues méridionales telles que Tosmanli, ont permuté h en m. Ce point est donc un témoignage remarquable de l'ancienneté de notre langue, mais ne saurait servir de preuve péremptoire d'une plus proche parenté avec les idiomes turcs méridionaux ^). Ainsi nous trouvons h ) > ^ huny^ accusatif, et J^ viv > ^ huiida^ locatif et adverbe, ici, de > ^ iw, celui-ci (ouig., djag., etc. mwn/, munda, osm. bunijf hunda) i iV h 5^ hin'p^ en montant (à cheval) (ouig., djag., etc. mil}', osm. hin-y, >| h 5^ (p h '5^ ^^^' III,i87, H h '^ XIX,io) hin, mille (ouig., djag., etc. min, osm. hin) de même t^ ^ H 5^ ¥ngil^ éternel, ¥ ^ t^ $ H 5^ h^nyil^V^è, „pierre éternelle", monument, et dans les inscriptions de Tlénisséi ( i' >^ K (^ H '5^ XXI,i66?, > $ H -5^ XXIX,29, avec > au lieu de t^P)4'0HH^H'^ ¥nkii^q-ja, XXXII,i, Totteiman, Fiinf Suljckinschriften, Helsingfors 1891, pi. IX en haut, = >r(lHt^^H>> fn^nhl^q"ja, XXXII,37, Tôtterman, 1. c, pi. V, Vin,3, rocher étemel, commémoratif, monumental (ce mot ne figure d'ailleui-s que dans les langues ayant wi, telles que ouig., djag. màm/i^ altaï moAku, comp. mongol môngkc) de plus H > ^ huit^ peine, chagrin, 1,52, fP H H > ù huns^z, I,5o, II,i3, 64, ee, jjf M H > biitïsyz, lén. XIX,2i3, sans peine (ouig. mutuj, munqsuz, djag., yakout muiuj, comp. osm. hunal- être asphyxié, anxieux) 2). Le seul mot
) Comp., par exemple, J. Schmidt: Die VericandtschaftsverhàUnisse der
indogerm, Sprachen, Weimar 1872, p. 19 et suiv.
) M. Radloff, Denkm. Kûl 7'., p. 8, note 3, explique huh et huhsaz (c'est
là sa leçon) par „eine aus China zuerhaltende kostbare Waare" (marchandise précieuse qu'on peut tenir de la Chine). L'impossibilité de cette explication qui paraisse faire exception à cette règle, est ^ >^ m^Uy je, J^ >| >^ m"/ia, à moi, mais léu. ^ ^ h voir les citations dans Donner, Worierver:^. p. 12 (comp. osm. bàtij bana). Comp. ) ô H ^ t* H ^ k^huVrh^n, 11,24 = ) >^ 4 ^o 'i^rm^'n I,2o, nom de lieu.
Comme exemples de h dans le corps des mots ou à la fin je cite A Y ô ^ ^""^î^^ (ouig. tapqac), auguste, chinois^ H >j ô P j^^^â'» lâche (ouig. jabiaq, javiaq)j (V d ^ J"^^^^ faible, vilain (ouig. jaiw^, javu.s, turc or. ) ^ ^ b j^^^^) osm. • b j^^^)j h ô S *"%> son message, son édit (pas sa renommée) (ouig. sab, sav, saii), > H ^^^j eau (ouig. sub, suv)^ >r X 5^ bdà, à la maison, iV h 5^ ^bin^ sa mai- son (ace.) (donc àb maison = ouig. àp^ àb, av, osm. àv)y i iV 5^ I s'"*bùi% se réjouissant (ouig. sàbin-, savin-, osm. sdvin-). Concer- nant quelques-uns de ces mots on pourrait peut-être demander si b après une voyelle eût pu servir à exprimer v {iv) mais il est plus probable que partout le vrai sens est t, ancienne forme qui repré. sente le v des dialectes plus récents *).
Parmi ces trois signes [) représente j (i consonne) avec les voyelles vélaires, ^ (lén. XXXVII p?) avec les palatales; toutefois, au moins au commencement des mots, ^ s'emploie aussi toujoui^ devant la voyelle mixte y. Au commencement des mots ou des syl- labes, ces deux caractères sont très communs, pai* exemple, h V I), jyy, ennemi, fp Y [) jy^ brun, sombre, h fp I) j^^y, plaine, ¥ I) 1®
ressort clairement de II,i3, ei et de lén. XIX,2i3, ce dernier passage montrant de plus qu'on doit lire buhsyzy par conséquent avec Taffixe ordinaire -syz, sans, privé de.
>) Quant aux formes ouigoures, comp. Radioff, Das Kudatku Bilik, I, St.-Pétersb. 1891, p. LXXXEX. Se pourrait-il que ^ ^ ) Ci lén. XXXII,49, Tôtterman, loc. cit., pi. I, 6—9, VII, doive se lire ^bi^j^pj en chassant? En ce cas, notre ah signifierait nécessairement ati, car originairement, parait-il, ce thème ne contient pas 6, mais n ou y. Les cinq lettres précédentes ^1 h I T ^ devraient donc, à mon avis, se lire "nc"y^*st p, „en persécutant comme cela (et chassant)". Le reste de cette inscription est gravé d'une manière si désordon- née qu'il est impossible de le déchiflfrer avec certitude. âge, au, 20 larme, | >^ ^ H P jaratmys ((qui) a organisé , sU > I) , ^ I) (Ién. ^I^ I)) joq, non, jurtda, à la yourte; jir, terre, pays, jigirmi vingt, (h h P léu. XXXVn,43p) jiti, sept, (ibd. 110?) juz, cent; () jył(qa), (dans l')année, ibd. 172?) jyłqy, (troupeau de) chevaux, jys(qa), (à la) forêt, ri ¥ ^ h ^> ^ ^ jyn^^"Q, mou, tendre. Il est très rare que j soit tombé au commencement des mots devant y, i, ce qui est souvent le cas dans les dialectes modernes ), par exemple, H H h yr^q, lointain, pas jtjraq. Comme exemples des deux signes à l'intérieur des mots, je cite: sU H P > ô buj**ruq, commandement, officier, > I) >] ¥ ^"^^"iw, commençant, iV h I) ^ ^) h t/^ni^jf^n, je n'enverrai pas, iV ^ h h ^0*^> ®^ disant (afin que).
A la fin d'une syllabe, [) figure comme formant le dernier élément d'une diphtongue en i, par exemple, [) aj (aï), mois (accolé toujours, dans l'écriture, à d'autres mots, comme h sU ^ H P Ij^?, jj'rtuqy, un mois plus (quatre jours), I) M h 5^ H»*» bis*ncj'j, le cinquième mois, [) ^ baj, riche, H Y P > 11,5, H > Y P > m? 1» h tijyur, ouigour. (En fait de diphtongues palatales, il n'y a pas d'exemples; ^ semble donc ne jamais servir de cette manière à la fin d'une syllabe.)
Toutefois, en ce même sens, on emploie aussi, dans les inscriptions de l'Orkhon, 5, j^ue je transcris / et qui ne figure qu'à la fin d'une syllabe, le plus souvent dans le sens de 0(; Y ^ /yy, vertueux, civilisé (P), civilisation (P), >^ ^) B P fk^^^^ 11,9, j'étendis, je dispersai, B Y h A ^yfh pauvre, B ^ h ^ qy^^'h ^'^^ propre de peuple ), — 28 —
De la même manière on trouve aussi ^ après o dans (^ h B > si' qoiff/, comme un mouton, et après y dans 4^ B ^ fp "'^qi/f^ci, 1,7, très peu, à moins que ce ne soit une faut« pour J^ Y "^qyna, — az, peu, + Taffixe diminutif -qi/na {-fyna) ). Les inscriptions de Tlénis- séi, au contraire, n'emploient pas ce signe. Seulement dans celle de Kemtchik, Djirgak (XXXVII), qui présente beaucoup de particulari- tés, on trouve ^, par ex., >^ ^ >] ^ ^ 31 V'ii'^r^m, mes poulains (P).
Ces caractères représentent les diverses nasales. Je considère aussi comme appartenant à cette catégorie le son figuré par >|, la nasale vêlai re-palatale n (ou ly), bien que ceux qui ont inventé l'alphabet et ceux qui l'ont employé, aient pu y pressentir plutôt un symbole de la combinaison ng^ parallèle à viv m/, ^ i/c*. Ce même signe est commun à toutes les voyelles.
Le son n ne peut jamais figurer au commencement d'un mot. Quand nous trouvons >| écrit en pareil lieu, il y a toujours de sous- entendu une voyelle qui précède >|, par exemple 4 n| ";iv (égal à l'ouig.), à lui, lui (datif), h ^ Y H ^*^*', ^ h Y H ""^'l^K le premier, premièrement (an, particule devant le superlatif et semblables). Voici d'autres exemples: h T H h ^*'*'^'j ^^^1, t^ $ H 5^ Vngû^ éternel (voir plus haut p. 25), H f^ ^ hun, (unej esclave (à côté de >| > nJ^ qui^ (un) esclave), Y H t^ ^ hdn% cœur, esprit, ^ > H ^ i'^Mt, Tangout, nom propre, H >] > ftw/»*//, coin, point cardinal (ouig., koïbal, kara- gasse, mongol, bouriate id.), iV t^ H I 6*/'ww, titre d'un haut fonction- naire, emprunté, selon moi, au chinois siany- ou tsiangkiuv, général ou un titre analogue. En fait d'affixes ou peut remarquer n comme désinence du génitif, par exemple H iV >^ m^n*n, mon, à moi, H fp h 5^ bizh), notre, à nous, n| ) ^ y d ^^d'^n^n, II,4o, du peuple, — 29 —
HiVÇ^hKYt^^ 1iî*l^i^9*nh (cette formation est assez rare dans les substantifs, car le génitif s'exprime presque toujours sans dési- nence particulière, et par Taffixe possessif ajouté au mot régissant, par ex. f^ ^ : ) ^) > ^ hud**n Hy, le nom [ai] du peuple) ; n| -n sei-t également d'affixe possessif pour la 2® personne du singulier; pluriel ^ >| '11% 'ièz (comp. sous Y, $, p. 21), par exemple H >] V > ofi^h, 1,17, ton fils, ) H nJ y > o^i^n^n^ acc, 11,22, etc.; en outre >| 'U constitue la désinence du pluriel pour la 2® personne de l'impé- ratif, par exemple H Y h 5^ Vil% 1,42, 43, n,9, sachez, >| x | VdV<, 1,19, écoutez. 4^ n| 'ha forme le datif des pronoms et de Taffixe pronominal de la 3® personne, par exemple 4^ H >^ mV^a, à moi, 4^ H h ¥ P j^^yna, dans sa (n®) année, 4^ H T h ^ jirUïà, à son pays.
Le son n a les deux signes ) pour les voyelles vélaires et ^ (qu'il faut bien distinguer de fp z) pour les voyelles palatales. Après y, f^, cependant, l'emploi de j^^ est plus fréquent que celui de ). n n'y a que très peu de mots commençant par le son «, à peine d'autres que J^ j^^ m, quoi, quel, et ses dérivés 4^ ^ r^^ ncincàj com- bien, et >| j^^ nàûf quelque chose, chose, bien ^). Au contraire nous avons w, par exemple dans f^ ) «ny, le (acc), h ) H î^^y» où, ) > on, dix, ) Y H îV^ khan; ^ s^n 1,47, tu, j^^ $ f^ h tig% grince, >^ f^ ^ inUn, mon frère cadet {ini), iV t^ ^ ^u^h jour; ) ¥ h ^ qyè^n, en hiver, ) fp [) j^^^w, au printemps (11,56; cas instrumental; ici, après y, on écrit toujours ) ), | >^ ) >] h H qyi^nm^s, fut fait
) 1,44 = 11,70 je trouve ce mot redoublé en ^ ^ ^ r|^, avec le sens de
„quicquid", dans la phrase n^nn^h 8%^m ^rs'^r que j'interprète, mot à mot, „quoi que soit mon message, mon édit" (comp. turc or. nàtnà, nitnà, quoi, nàmàrsâ, nimàrsà, quoi que ce soit, dont Vm [pour n?] semble ôtre due à l'influence de kinty kimàrsà). D'après les photographies, les deux j/^ sont très nets dans les deux inscriptions et ne peuvent être confondus avec ff ; la quatrième lettre seu- lement est douteuse: on ne voit distinctement que | , mais il y a des traces d'une barre transversale dans l'intervalle assez grand entre | et le double point. M. Radloff lit nnzs, ce qu'il corrige en nàiisiz („sans richesse"), et il traduit: yjWie mein Kuhm sich nicht auf Reichthum grtindet" (que ma renommée n'est pas fondée sur la richesse). A mon avis, non seulement la leçon nàhsiz, mais encore cette interprétation sont, à plusieurs titres, inadmissibles. En tout cas on aurait dû dire sabym nànsiz àrsàr. — 30 —
(qyi + yn, signe du passif), I,34 = ,|^ f^ )o II,35 et ailleurs, qynyn, son, leur khan (ace.), ri^ h >] Y > oyfyn, son, leur fils, etc. ; ) 1 ^ > ^ /«/y/)"n, ayant tenu, ri^ 1 Y ^ k^iyn, étant venu (comp. p. 23—24).
>^ est w, sans égard à la nature des voyelles. Au commencement du mot, on trouve m dans ^ >^ m^n^ je (comp. p. 20 sous % et p. 28 sous >|) ; en outre, par exemple, ^ ^ >^ ^mg% peine, fatigue, 4^ >> h ^, 4" >> ^ jima, tous (ouig. id.), h >> T 6^ h ^ jiifrmi^ vingt. >^ est très fréquent comme affixe de la l*"® personne du singulier, par exemple >^ iV h «w’tw, mon frère cadet (m ?), ^ >l Y > ofi^m^ mon fils, au datif 4^ >^ iV h m’ma, à mon frère cadet, 4^ >> ¥ I) i^^é^ma (4^ H ^® fè^mqa 11,27), dans ma (n®) année ; au plur. ff ^ -m^z^ -wfz^ comme rP >^ t* T t* h tôrilm’z, notre loi. Également dans les verbes, tels que >^ ^ >| "H^m^ je pris, >> h T h 5^ biri*m, je donnai, au pluriel fp >> ^ n| ""it^m^^j fP >^ h T h 5^ birt*m% et bien d’autres (remarquer cette dernière forme de la 1*^® personne du pluriel, différente de la forme ordinaire des langues turques : -rfyg, etc.). — Concernant Taffixe du participe (et de l’indicatif) du prétérit ¥ >^, | >^ -w^i, -m^ë, voir plus bas, sous ¥• A peu près dans le même sens, mais seulement comme une sorte de participe pur, se présente un affixe 4^ >^ Y» 4^ >^ 6^ ? ^^^^ la vocalisation est douteuse devant le m, -ywo, -Y^ma ou -y«maP etc., et auquel je ne connais pas de parallèle exact dans les langues apparentées, par exemple 4^ >^ $ T h ^ ^ kôi^g’mà ? n,2i = ¥ >> T h M kôi^rm’é 1,16, qui a élevé, 4^ >> $ T h ^» ^ui a donné, I,i6, 4^>^^hh5^ ?Qïûa écrit, I,4i, 42, 4^ >^ Y H 0» Q^î est allé, 1,17, n,22. — Avec >^ -ma-, -mà’^ on obtient, comme dans les autres langues turques, la forme négative des verbes, par exemple, ^ ^ ^ ^ ^ y uâym^di^m^ je ne dormais pas, >^ ^ >^ >] h H qyhn"d^mj je n’ai pas fait, ff >^ Y h 5^ bilm^z (qui) ne sait pas, ) > fP ^ >j > boim^zuti, qu’il ne soit pas. (Je dois mentionner ici que dans les deux inscriptions I et H, en turc proprement dit, il n’y a aucun exemple de cet affixe de l’infinitif, qui dans les langues turques est d’ailleurs général -maq, -màk [r^^ h | h A H >^ H 1,35] P, tandis que nous trouvons dans m, 4,9 :rJ>^Y^)>H • H >^ Y 6 H O qonu§m’*q V^Vfèmq,) — 31 —
H,T
représentent r, 4 avec les voyelles vélaires, ' auprès des pa- latales. La confusion des deux signes, dont les inscriptions de Tlé- nisséi présentent beaucoup d'exemples, est rare dans celles de TOr- khon, comme | >^ H ^ ^ [f^ ^] [j^J^'^w^^^^wV 11,39, au lieu de I ^ T® I>39 et ailleurs. Le son r ne figure jamais au commence- ment des mots; là où il paraît avoir cette position, il y a toujours une voyelle sous-entendue. En voici des exemples: 4^ H (ri^ h ^) (fkin^Yra, I,4o, entre (les deux), 4. ^ H "^^wg, plus, surplus; h^H> urty, il frappa, battit, h ^^ H ô ft**^^?/, il alla, J^ H H 2"^^^, noir; 6^ T ( ) » ionJ)^r% (dix) hommes (ace), h h T "^^^ il fut, T h 5^ bir, un, 4^ Y T h ^ ^«>^«? avec, h T H h ^"^^H ciel, R T f' h tûrh^ turc.
Exemples de r en affixes : pluriel en -iar, -lâr comme T Y $ 5^ ¥gl^r^ plur. de ^ 5^, ¥g, prince, chef, dignitaire, >^ H n| P ^ > sU qonë**ji^r^m, mes femmes (P comp. p. 13) (le plus souvent le pluriel n'a pas d'expression spéciale; surtout cette désinence ne figure jamais dans aucune forme verbale, ou la 3® personne du pluriel est toujours la même qu'au singulier); > H Y h H ^ 4^ quryy^ru, en arrière, t^ T 6^ Y h i^g^ril, en avant; le présent des verbes en r (participe et indicatif) comme H h H ô ^"^2/^ ^t H > H ô b'^rur, allant, il va, T Y h ^ 6i/V, sachant, il sait, H > D ¥ D j^'^i^r, étant âgé, X I T ^rs^r, étant (osm. isàr) ^ ; des dérivations transitives telles que >^ ^ H > ^ H > uriuri^m^ j'ai fait frapper, graver (ur + -tur), >> h T Y ^ oVrt^m, je tuai {ôl mourir + -[^]wr), h h T t^ Y ^ ¥lurUy il fit venir, apporta (kàl venir) 2).
Je mentionne encore ici le singulier affixe verbal H H > T I ®t^ avec le t transitif, ^ H H> h T L Qi^î sans doute doit se vocaliser 'S^r^'t'^ 'S*r^'t' et se rapprocher du kirghiz qati-syra-, perdre son sang („sich verbluten")^); par exemple | >> H H ) V H • I >^ T I Y
) Les formes en -sar, -sàr, à ce qu'il paraît, ne sont pas seulement des
participes, mais aussi des subjonctifs, correspondant à -sa, -sa (3® personne) dans tous les autres dialectes turcs; voir par exemple I,i9, 59, 44, etc.
) Comp. par exemple Mirza Kasem-Beg, Gramm. §§ 218, 363.
') Cité dans Kadloff, PhonetiJcj p. 258 et 428. Dans les assez grandes portions de Radloff, Prohen der VolksUtteratur der tûrk, Stàtntne SM-Sibiriens, que j'ai lues, je n'ai accidentellement noté aucun exemple de cette formation. — 32 —
Hsh-^mKs qY'nsyr^mKs^ 1,28, | >> h T I Y *ls*'f'^trn% | >> ^ H H ) Y H qyns^r'Hrn^s 1,26, 11,29. Cet affixe, j'en suis convaincu, a ici, tout comme dans le mot kirghiz, un sens privatif, en sorte que, par exemple, qayan'syra' signifie perdre le khan (déposer le khan, par opposition à qayan-la' 1,34, créer un khan?) et la forme transitive, faire perdre à qn son khan, piiver de son khan („dékhaniser" pour ainsi dire {sit venia verbo!))^). Je suis porté à relier cette forma- tion à Tafflxe 'Sy:s, -siz, privé de, sans, soit que -syra- représente 'syz-ra-, ou que r puisse être un simple changement de z^).
>) Voici les exemples des susdites formations qui se présentent dans nos inscriptions: 1,28 (I E 13) HsW^m^s q^y^s^r^m^s hud^n^y kûh^dnCs qui^dm^s, ils dépossédèrent des peuples (indépendants), ils déposèrent des khans et réduisi- rent en servitude les peuples (hommes et femmes), ou peut-être: ils réduisirent en servitude les peuples qui avaient perdu leur indépendance et leur khan (Radloff, qui vocalise également cet affixe comme -syra-, -sirà-, traduit, mais à tort selon moi: „sie hildeten einen Stamm und er nahm die Chanswûrde an, das Yolk diente ihm als Enechte und Mâgde^). D'après le contexte, ce passage et les deux passages cités plus bas, parlent seulement des relations des Turcs aux autres peuples sur lesquels ils étendent leur domination, et non point de leur évolution intérieure propre. I, 2« (I E 15) = 11,2» (II E 13) ill^g*g *l8^r^tm% q'^y^nPy^Y q^y%s^r"tm^8, f*f^y y*z^q%flmè^8^ etc., à ceux qui formaient un peuple (indépendant), il enleva leur peuple (c.-à-d. leur indépendance); ceux qui avaient un khan, il les priva de leur khan; il pacifia les ennemis, etc. (Radlofi*: „er fngte die iu Stammeu lebenden wieder stanunweise zusanmien, brachte die Chans- wiirde [ici qayaniyy est absolument adjectif, comp. plus haut p. 21; *qayaniyq serait le substantif] wieder zu ihrer Geltung" [?], etc.) ; de même 1,23 [I E is] ilVg'g ih'r^tdWz, qYni^y^y q^m^r^'id^m^z; I,3i (I E 10) iark hud^'n ôfr^fn ur**ys^r"t^j^n^ je veux tuer le peuple turc et le rendrai sans postérité (ici Rad- loff lit uruy asratajyn, et traduit: „wir wollen das [Fûrsten-, lire:] TUrkenvolk tôdton und die Kachkommen cmâhren^, interprétation qui, d'après le contexte, est tout à fait invraisemblable).
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The end
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