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Je vous envoie, messieurs, cette relation afin qu’elle vous serve d’un vaisseau fort commode pour venir au Montréal sans que vous ayez besoin pour cela de remèdes pour disposer vos corps aux rigueurs du voyage. Si vous êtes incommodés d’un mal de mer importun, ne craignez pas les soulliers en ce trajet car le branlement de ce navire n’augmentera aucunement vos douleurs : si vous avez l’estomac faible et que vous appréhendiez par trop les maux de cœur que cause ordinairement une mer agitée, fiez-vous sur ma parole, tournez hardiment ce feuillet et vous embarquez sans crainte ; car je vous promets que cette traversée vous sera si douce qu’à peine vous vous en apercevrez. Si vous avez peur de ces mouches que nous appelons maringouins qui donnent tant d’exercice aux habitants de ce pays, assurez-vous que je les si bien de ce livre que vous n’y en trouverez pas un ; si la faiblesse de vos yeux vous fait craindre nos neiges, je m’offre pour garant de vos vues, pourvu que vous ne vous serviez pas d’autre navire afin d’y venir. Si vous appréhendez la dépense que pourrait causer cette entreprise, afin de la modérer et d’épargner votre bourse, je vous offre le passage gratis, pourvu que vous vouliez m’accorder quelques heures de ce temps que messieurs vos médecins ou apothicaires ne vous permettent pas de donner à des emplois plus utiles ; que si vous me dites ? tout cela est bon, mais nous voudrions approcher autrement de notre beau fleuve pour admirer plus agréablement la beauté de son cours, je vous répondrais que si quelques-uns d’entre vous sont dans ces sentiments, j’en ai trop de joie pour m’y opposer, qu’ils viennent à la bonne heure comme il leur plaira goûter la belle eau de nos rapides et apprendre par leur propre expérience que la Seine lui doit céder son nom puisque celle-ci est mille fois plus avantageuse pour la santé du corps.
Comme je ne souhaite point tromper ceux qui se donneront la peine de lire cette relation, je veux bien les avertir qu’ils ne peuvent pas espérer de moi que ce soit sans quelques légères erreurs sur l’ordre des temps et que je serai si fidèle à leur rapporter toutes les belles actions qui se sont faites en ce lieu que je n’en omette pas une. Premièrement, parce que la religion de ces personnes pieuses et qualifiées, lesquelles ont peuplé cette île aux dépens de leur bourse, n’a jamais pu souffrir que rien de remarquable parut chez les libraires touchant ce qui a été fait ici, si bien que je suis contraint aujourd’hui de laisser dans un profond silence et au milieu des ténèbres ce qui mériterait d’être exposé au plus beau jour, lorsque je n’en ai pas des témoignages authentiques ; en second lieu, il y a eu tant d’attaques en ce poste avancé, tant de coups donnés et reçus, les témoins y ont été tant de fois repoussés, depuis trente-et-un an qu’on y est établi, d’ailleurs il y a tant de faits considérables, pour la piété surtout à l’égard des personnes qui soutenaient cet ouvrage, que j’aurais beau examiner les temps et les saisons, je serais toujours contraint d’oublier bien des choses dignes de mémoire. En troisième lieu, je vous dirai que j’ai si peu de temps à moi, que je ne puis faire autre chose sinon parcourir ce petit jardin de Mais, prenant sans avoir le loisir de m’y arrêter, tantôt une fleur en un endroit, tantôt une autre, pour vous former ce bouquet ; que si les fleurons qui le composent se trouvent moins artistement , je ne laisserai pas de vous le présenter volontiers, parce qu’il vous sera difficile de l’approcher sans que vous répandiez la suave odeur de cet époux des cantiques qui s’est fait suivre dans un pays éloigné par tant de personnes considérables, soit par leur démarche du corps, soit par les démarches de l’esprit et de l’affection, soit par les démarches de la bourse dont les largesses ne se sont pas fait voir avec peu de profusion et ne contribuent pas peu encore aujourd’hui aux reconnaissances et hommages qui y sont rendus au créateur de l’univers aux pieds de ces nouveaux autels surtout par plusieurs personnes qui n’y pourraient pas maintenant subsister, où du moins, elles y seraient dans la dernière misère sans les profusions charitables de la France qui les aide de temps en temps à faire leur pénitence avec moins d’inquiétude en ce grand éloignement dans lequel elles se trouvent de tous leurs amis, après avoir essuyé et courus des périls qu’il se verra dans la suite de cette histoire, à laquelle les choses qui se sont passées depuis l’an 1640 jusqu’à l’an 1641, au départ des vaisseaux de Canada en France, serviront d’une fort belle et riche entrée ; ensuite nous marquerons toutes les autres années à la tête des chapitres, comptant notre année historique depuis le départ des vaisseaux du Canada pour la France dans une année jusqu’au départ d’un vaisseau du même lieu pour la France dans l’an suivant ; ce que nous faisons de la sorte parce que toutes les nouvelles de ce pays sont contenues chaque année en ce qui se fait ici depuis le départ des navires d’une année à l’autre et en ce qu’on reçoit de France par les vaisseaux qui en reviennent ; et comme nous puisons dans ces deux sources ce que nous mandons tous les ans à nos amis, j’ai cru que l’ordre naturel voulait que je cottasse ainsi mes chapitres pour une plus sûre division de cette histoire.
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The end
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