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Histoire du chevalier Grandisson

Samuel Richardson · 1763 · Free in the US

371,847 words · about 26 h 2 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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Licence: PD-US · Published in 1763 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Histoire_du_chevalier_Grandisson&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Samuel Richardson
Language
French
Published
1763
Length
371,847 words · about 26 h 2 min
Sections
145 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (145)
  1. Front matter under 1 min
  2. Introduction about 3 min
  3. Préface about 3 min
  4. Lettre 1 about 3 min
  5. Lettre 2 about 11 min
  6. Lettre 3 about 4 min
  7. Lettre 4 about 4 min
  8. Lettre 5 about 10 min
  9. Lettre 6 about 5 min
  10. Lettre 7 about 4 min
  11. Lettre 8 about 17 min
  12. Lettre 9 about 14 min
  13. Lettre 10 about 10 min
  14. Lettre 11 about 11 min
  15. Lettre 12 about 9 min
  16. Lettre 13 about 2 min
  17. Lettre 14 about 7 min
  18. Lettre 15 about 6 min
  19. Lettre 16 about 3 min
  20. Lettre 17 about 19 min
  21. Lettre 18 about 9 min
  22. Lettre 19 about 14 min
  23. Lettre 20 about 4 min
  24. Lettre 21 about 35 min
  25. Lettre 22 about 3 min
  26. Lettre 23 about 14 min
  27. Lettre 24 about 13 min
  28. Lettre 25 about 7 min
  29. Lettre 26 about 19 min
  30. Lettre 27 about 4 min
  31. Lettre 28 about 3 min
  32. Lettre 29 about 5 min
  33. Lettre 30 about 8 min
  34. Lettre 31 about 12 min
  35. Lettre 32 about 10 min
  36. Lettre 33 about 23 min
  37. Lettre 34 about 15 min
  38. Lettre 35 about 9 min
  39. Lettre 36 about 4 min
  40. Lettre 37 about 8 min
  41. Lettre 38 about 5 min
  42. Lettre 39 about 1 h 12 min
  43. Lettre 40 about 27 min
  44. Lettre 41 about 18 min
  45. Lettre 42 about 7 min
  46. Lettre 43 about 34 min
  47. Lettre 44 about 17 min
  48. Lettre 45 about 14 min
  49. Lettre 46 about 1 min
  50. Lettre 47 about 20 min
  51. Lettre 48 about 15 min
  52. Lettre 49 about 10 min
  53. Lettre 50 about 5 min
  54. Lettre 51 about 6 min
  55. Lettre 52 about 2 min
  56. Lettre 53 about 14 min
  57. Lettre 54 about 3 min
  58. Lettre 55 about 17 min
  59. Lettre 56 about 25 min
  60. Lettre 57 about 42 min
  61. Lettre 58 about 9 min
  62. Lettre 59 about 2 h 3 min
  63. Lettre 60 about 26 min
  64. Lettre 61 about 11 min
  65. Lettre 62 about 14 min
  66. Lettre 63 about 6 min
  67. Lettre 64 about 6 min
  68. Lettre 65 about 10 min
  69. Lettre 66 about 13 min
  70. Lettre 67 about 11 min
  71. Lettre 68 about 9 min
  72. Lettre 69 about 13 min
  73. Lettre 70 about 4 min
  74. Lettre 71 about 7 min
  75. Lettre 72 about 11 min
  76. Lettre 73 about 10 min
  77. Lettre 74 about 7 min
  78. Lettre 75 about 4 min
  79. Lettre 76 about 10 min
  80. Lettre 77 about 28 min
  81. Lettre 78 about 7 min
  82. Lettre 79 about 21 min
  83. Lettre 80 about 17 min
  84. Lettre 81 under 1 min
  85. Lettre 82 about 4 min
  86. Lettre 83 about 3 min
  87. Lettre 84 about 7 min
  88. Lettre 85 about 20 min
  89. Lettre 86 about 10 min
  90. Lettre 87 about 5 min
  91. Lettre 88 about 2 min
  92. Lettre 89 about 3 min
  93. Lettre 90 about 4 min
  94. Lettre 91 about 5 min
  95. Lettre 92 about 1 min
  96. Lettre 93 about 2 min
  97. Lettre 94 about 10 min
  98. Lettre 95 about 9 min
  99. Lettre 96 about 5 min
  100. Lettre 97 about 1 min
  101. Lettre 98 about 4 min
  102. Lettre 99 about 32 min
  103. Lettre 100 about 8 min
  104. Lettre 101 about 8 min
  105. Lettre 102 about 13 min
  106. Lettre 103 about 25 min
  107. Lettre 104 about 8 min
  108. Lettre 105 about 4 min
  109. Lettre 106 about 5 min
  110. Lettre 107 about 5 min
  111. Lettre 108 about 3 min
  112. Lettre 109 about 7 min
  113. Lettre 110 about 16 min
  114. Lettre 111 under 1 min
  115. Lettre 112 about 6 min
  116. Lettre 113 about 5 min
  117. Lettre 114 about 2 min
  118. Lettre 115 about 7 min
  119. Lettre 116 about 1 min
  120. Lettre 117 about 1 min
  121. Lettre 118 about 1 min
  122. Lettre 119 about 1 min
  123. Lettre 120 under 1 min
  124. Lettre 121 about 12 min
  125. Lettre 122 about 3 min
  126. Lettre 123 about 10 min
  127. Lettre 124 about 7 min
  128. Lettre 125 about 1 min
  129. Lettre 126 about 6 min
  130. Lettre 127 about 7 min
  131. Lettre 128 about 5 min
  132. Lettre 129 about 6 min
  133. Lettre 130 about 15 min
  134. Lettre 131 about 8 min
  135. Lettre 132 about 12 min
  136. Lettre 133 about 9 min
  137. Lettre 134 about 14 min
  138. Lettre 135 about 10 min
  139. Lettre 136 about 3 min
  140. Lettre 137 about 1 min
  141. Lettre 138 about 12 min
  142. Lettre 139 about 37 min
  143. Lettre 140 about 6 min
  144. Lettre 141 about 2 min
  145. Lettre 142 about 26 min

Continue:

Front matter

NOUVELLES

LETTRES

ANGLOISES,

Introduction

C’est une assez plaisante imagination du Boccalini, de prétendre que dans un bloc de bois ou de pierre, il y a toujours une belle Statue renfermée. La difficulté n’est, dit-il, que de l’en tirer ; & tout l’art consiste à lever assez habilement l’enveloppe informe qui la couvre, pour ne lui rien ôter de sa perfection naturelle. Mais si cette idée n’est qu’un badinage, en Sculpture, elle peut être appliquée plus sérieusement à certains Ouvrages d’esprit, qui sous une rude écorce, c’est-à-dire, avec de grands défauts dans la forme, ne laissent pas de renfermer des beautés supérieures. Les exemples n’en sont pas rares chez nos Voisins, & je n’ai pas attendu les approches de la guerre pour l’observer. Une main habile peut lever cette écorce, c’est-à-dire, établir l’ordre, retrancher les superfluités, corriger les traits, & ne laisser voir enfin que ce qui mérite effectivement de l’admiration. Quelques-uns de nos Traducteurs ont rendu ce service à des Livres importans ; & c’est un des principaux objets du Journal Étranger.

Ce Recueil de Lettres Historiques n’auroit pu paroître en François, sans une réformation de cette nature. Quelques Censeurs éclairés la jugeoient même impossible ; & n’en estimant pas moins le fond de l’Ouvrage, ils regrettoient une infinité d’excellentes choses, qu’ils croyoient absolument perdues pour nous : mais l’entreprise ne m’a paru que difficile, & j’ai eu le courage de la tenter.

Sans rien changer au dessein général de l’Auteur, ni même à la plus grande partie de l’exécution, j’ai donné une nouvelle face à son Ouvrage, par le retranchement des excursions languissantes, des peintures surchargées, des conversations inutiles, & des réflexions déplacées. Le principal reproche, que la critique fait à , est de perdre quelquefois de vue la mesure de son sujet, & de s’oublier dans les détails : j’ai fait une guerre continuelle à ce défaut de proportion, qui affoiblit l’intérêt ; & s’il en reste encore des traces, je dois convenir qu’elles sont inévitables dans un récit en forme de Lettres. J’ai supprimé ou réduit aux usages communs de l’Europe, ce que ceux de l’Angleterre peuvent avoir de choquant pour les autres Nations. Il m’a semblé que ces restes de l’ancienne grossiereté britannique, sur lesquels il n’y a que l’habitude qui puisse encore fermer les yeux aux Anglois, déshonoreroient un Livre où la politesse doit aller de pair avec la noblesse & la vertu. Enfin, pour donner une juste idée de mon travail, il suffit de faire remarquer que sept volumes, dont l’édition angloise est composée, & qui en feroient vingt-huit de la grosseur des miens, se trouvent ici réduits à huit.

Ceux qui voudroient juger encore mieux de mes réformations, peuvent se procurer une Traduction du même Ouvrage, imprimée d Gottingue, qui représente l’Anglois, non-seulement avec toutes ses longueurs, mais littéralement rendu en François, dans la vue d’enrichir notre langue de nouvelles expressions & de nouveaux tours. Ce dessein, conçu en Allemagne, & la maniere dont il est rempli, en font un des plus singuliers monumens qui soient jamais sortis de la Presse.

Si l’on me demande pourquoi j’ai pris tant de peine à réformer l’ouvrage d’autrui, lorsqu’avec moins de fatigue, j’en aurois pu donner un nouveau dans le même genre, je satisfais à cette question par deux réponses. La premiere est qu’il m’en a paru digne ; & qu’y retrouvant le génie de l’Auteur, avec la plupart des autres qualités qui lui ont fait une réputation distinguée, je n’ai pas cru mon tems mal employé à faire pour son Grandisson, ce que j’ai fait assez heureusement pour sa Clarisse.

Ma seconde réponse passera, si l’on veut, pour un caprice d’Artiste, qui veut faire des essais dans un genre qu’il a long-tems exercé. Après avoir vérifié, plus d’une fois, que les grandes sources de l’intérêt sont dans le Tragique, j’ai voulu tenter si, sans remuer l’ame avec tant de force, on ne pouvoit pas l’atta- cher aussi sensiblement par de plus douces impressions. L’Histoire du Chevalier Grandisson m’a paru propre à cette expérience. Elle n’offre point d’intrigues sombres, ni d’aventures sanglantes & de catastrophes funestes. Il n’y meurt personne qu’au terme de la nature, ou par des accidents communs, & dans les regles de la Médecine : mais toutes les vertus y jouent le rolle qui leur convient ; & les mouvemens, qu’elles excitent, sont ceux d’une joie paisible, causée ordinairement par quelque action qu’on admire. Si cet Ouvrage obtient quelque succès, on ne doit plus tant se plaindre de la corruption des principes, puisqu’il demeurera bien prouvé que le goût de la vertu subsiste encore. Ainsi c’est une affaire d’honneur, pour ceux à qui j’ai l’espérance de plaire.

Préface

de ces Lettres croit pouvoir se dispenser d’apprendre au Public, comment elles sont tombées entre ses mains ; mais il s’applaudit de l’occasion qu’elles lui donnent d’achever un plan qu’il avoit formé avec complaisance, & qu’il desiroit de remplir, beaucoup plus qu’il n’osoit l’espérer.

Le premier Recueil qu’il a publié sous le titre de Pamela, représente la beauté & la supériorité de la vertu dans une ame simple & innocente, avec les récompenses que le Ciel se plaît souvent à verser sur la bonté, pendant le cours même de cette vie. Une jeune fille, sans naissance, fait à ses honnêtes Parens le récit des épreuves auxquelles son hon- neur est exposé, de la part d’un Maître, dont le devoir étoit de lui servir de protecteur ; cette peinture renferme celle du caractere d’un Libertin, dans tout ce qu’il a de méprisable. Cependant la bonne éducation que ce Libertin a reçue d’une excellente Mere, son amour pour une Fille vertueuse, & l’aimable exemple qu’elle lui donne avec une patience invincible, lorsqu’elle est devenue sa femme, le rappellent enfin à la pratique de cette vertu, dont il n’avoit que le goût.

Dans le second Recueil, que l’Éditeur a publié sous le nom de Clarisse, la scene est beaucoup plus diversifiée. Elle offre une personne du même sexe que Pamela, mais née dans un plus haut rang & pour d’autres espérances, qui se trouve engagée dans une telle variété de malheurs & de chagrins, qu’elle perd la vie par une mort prématurée ; leçon terrible, pour les Parens qui entreprennent de forcer les inclinations d’une jeune Fille dans la plus importante affaire de la vie, & pour toutes les jeunes filles qui prennent une téméraire confiance aux plus belles promesses d’un homme sans principes. Cependant l’Héroïne, soutenue par le secours de la Religion, triomphe de toutes les épreuves ; & son cœur, toujours excellent, purifié, exalté par chaque disgrace, se réjouit à l’approche d’une meilleure vie. La méchanceté de son cruel Destructeur paroît également noire & impuissante, jusques dans les odieux succès dont il fait gloire ; mais l’excès d’une vaine présomption lui fait étouffer quelques remords dont il ne laisse pas d’être épouvanté. Il ferme les yeux à la lumiere ; il s’endurcit contre la conviction ; & s’obstinant à rejetter toutes sortes d’avertissemens & d’instances, il périt misérablement dans le plus bel âge de la vie, accablé enfin de regrets, de honte & d’horreur, qu’il emporte inutilement au tombeau. On se flatte que ses Lettres pourront être de quelqu’utilité aux jeunes gens, pour les tenir en garde contre l’abus de l’esprit, de la jeunesse, du rang, de la fortune, & de tous les avantages extérieurs, qui se changent souvent en malédiction pour ceux qui les possedent, & dont les effets ne deviennent pas moins funestes à la Société.

D’heureuses circonstances ont procuré à l’Éditeur une troisieme collection de Lettres, qui le met en état de présenter au Public le caractere & les actions d’un homme d’honneur. On trouvera, dans le Chevalier Grandisson, l’exemple d’une belle ame, dont la conduite est uniforme dans une grande variété de situations difficiles, parce que toutes ses actions partent constamment d’un même principe. On y verra l’ami de la Religion & de la vertu, l’homme ferme, sensible, éclairé, agréable & cher à tout le monde, par la noblesse de ses manie- res & la droiture de son cœur ; heureux en lui-même, & faisant le bonheur des autres.

Cette explication doit faire juger que dans l’Ouvrage qu’on publie, comme dans les deux qui l’ont précédé, l’unique, & même le principal dessein de l’Éditeur, n’est pas d’offrir une lecture amusante. Ses vues sont nobles. Mais il espere que la variété des évenemens & des caracteres qui se trouvent nécessairement introduits dans un si grand nombre de Lettres, sera également capable de plaire & d’instruire ; d’autant plus que les principaux Correspondans sont de jeunes gens pleins de feu, qui joignent, aux agrémens de l’esprit, toute la politesse d’une belle éducation.

La nature des Lettres familieres, dont la plupart s’écrivent dans le moment où le cœur est agité par des craintes & des espérances, sur des évenemens incer- tains, doit servir d’excuse pour la grosseur de cette collection. On auroit pu rassembler plus de faits & de caracteres dans un moindre espace ; mais seroient-ils aussi intéressans ? Le récit de la jeunesse du principal Acteur se trouve heureusement renfermé dans un assez petit nombre de Lettres. Il n’y a point épisode dans l’Ouvrage entier ; & lorsque le Chevalier Grandisson commence à paroître sur la scene, on ne trouvera plus rien qui ne tende à l’illustration du dessein principal. Les premieres Lettres ne seront pas jugées plus inutiles, si l’on observe qu’elles font connoître au Lecteur une partie des Personnages dont l’Histoire est étroitement liée avec celle du Héros.

Lettre 1

Au château d’Ashby-Canons, 10 de janvier.

Votre résolution, d’accompagner à Londres, a fort allarmé vos trois Amans. Soyez sûre que vous entendrez parler de deux au moins. Une fille, aussi aimable que ma chere Henriette, doit s’attendre qu’on lui demandera compte de ses démarches.

Mr. Greville, avec sa résolution ordinaire, menace de vous suivre à la ville ; & là, dit-il, il observera tous les mouvemens de chaque Mortel qui approchera de vous : & pour peu qu’on lui en donne sujet, il fera connoître ses prétentions, & le danger qu’il y auroit à lui disputer votre cœur. Mais il faut lui rendre justice : quoiqu’il traite ses rivaux avec cette fierté, il parle de vous avec plus de respect & d’admiration qu’on n’en a jamais eu pour une femme. Ange & Déesse sont des noms auxquels vous êtes accoutumée dans son langage ; mais, quoiqu’il les accompagne de l’air badin, que vous lui connoissez, je suis qu’il vous admire sincerement. Mr. Fenwick, d’un ton moins déterminé, ne laisse pas de déclarer qu’il suivra vos traces, si votre absence dure plus de quinze jours. Le doux Orme n’exprime ses craintes que par des soupirs, & demande au Ciel que vos résolutions puissent changer. Quoique sans espérance, dit-il, c’est une extrême consolation pour lui de pouvoir penser qu’il habite le même canton que vous, & de jouir quelquefois de la satisfaction de vous voir. Il s’étonne que votre Grand-mere, votre Tante & votre Oncle puissent vivre sans vous. Mr. et , ajoute-t-il, sont trop heureux de l’ascendant que nous leur avons laissé prendre sur notre famille. Enfin chacun de vos Admirateurs craint de voir augmenter les obstacles avec le nombre de ses Concurrens ; mais que leur importe ? n’ai-je pas fait difficulté de leur dire, lorsqu’ils savent si bien que vous n’êtes portée à favoriser aucun des trois ?

Si vous persistez dans le dessein de partir, & qu’il n’y ait rien de changé au tems de votre départ, j’irai vous souhaiter un heureux voyage, & beaucoup de plaisir dans la ville ; mais sur tout d’en revenir avec un cœur libre. Ma sœur, dont la santé continue de baisser, trouvera bon que je la quitte pour un devoir dont je ne veux pas être . Ne pensez point à venir ici, vous seriez trop affligée de voir cette pauvre chere fille dans l’état où elle est actuellement. Je sais combien vous êtes sensible aux infirmités de vos Amis, lorsque vous n’avez pas l’espérance de les guérir ; & toute votre famille, faisant dépendre son bonheur de votre contentement, il y auroit de la cruauté à vous donner quelque sujet de tristesse.

Mr. Greville nous quitte à ce moment. Il étoit venu nous surprendre à diner. Il n’a parlé que de vous ; & ses menaces, comme je les ai nommées à lui-même, n’ont pas cessé, sur votre départ pour la ville. Après le dîner, il nous a fait la lecture d’une lettre de Mylady Trampton, qui vous regarde presqu’uniquement. Il nous a lu aussi quelques endroits d’une copie de sa réponse, dans l’opinion, je m’imagine, que je lui proposerois de me la laisser. C’est un homme fort vain, comme vous savez, & qui fait un cas extrême de tout ce qu’il écrit. Je lui ai demandé son papier. Il a paru qu’il ne tombât sous vos yeux ; mais j’ai pénétré l’artifice. Cependant, s’étant fait apporter une plume & de l’encre, il a rayé deux ou trois phrases avec tant de soin, comme vous le remarquerez, qu’il s’est flatté qu’on ne pourroit les lire : mais l’encre que je lui avois fait donner étoit plus pâle que la sienne, & vous verrez que toutes ces précautions n’ont pas suffi. Je lui ai promis de lui renvoyer sa lettre.

J’attends de vous quelques lignes, par le Porteur, pour m’apprendre si votre résolution se soutient. Adieu, chere Henriette ; que le ciel vous protege & vous guide dans quelque lieu que votre complaisance ou votre goût puisse vous porter.

Lettre 2

Vous me demandez, Madame, un portrait fidele de la célèbre Miss Byron, qui fait l’ornement de notre Province ; & vous voulez savoir s’il est vrai, comme vous l’avez appris, que l’Amour m’ait mis au nombre de ses Admirateurs particuliers. Cette distinction, Madame, est fort juste ; car il n’y a personne, assurément, qui puisse la voir sans l’admirer. Votre curiosité, dites-vous, ne regarde que sa figure ; & vous ajoutez que la plûpart des femmes donnent plus de soin à cette espece de beauté, qu’à celle de l’ame. Peut-être conviendrai-je du moins que l’une excite plutôt leur jalousie que l’autre. Mais qui pourroit représenter Miss Byron, & ne s’arrêter qu’à sa figure, lorsque tous ses traits sont vivifiés par une ame, qui leur fait annoncer toutes les perfections, & qui donne de la dignité à son air, à ses regards, à ses moindres mouvemens ?

Personne au monde n’a plus de passion que moi pour la beauté. Jusqu’au moment où j’ai connu Miss Byron, j’étois du nombre de ceux qui ne considerent point d’autre avantage dans une femme. Sérieusement je regardois toutes les qualités de l’esprit, comme inutiles ou comme déplacées dans ce sexe. Vous savez, Madame, quelles libertés je m’accordois là-dessus, & vous m’en avez fait souvent des reproches. Une femme sage, une femme savante, me paroissoient des caracteres forcés, qui blessoient la nature. Je voulois que les femmes fussent tout amour, & rien de plus. Si j’y admettois un peu de prudence, c’étoit seulement ce qu’il en falloit pour distinguer l’homme sensé du sot ; & cela pour mon propre intérêt. Vous me connoissez de la vanité, Madame ; mais toute charmante qu’est Miss Byron, je défie le plus sensuel de ne pas admirer son ame plus que sa figure. Quel triomphe pour Satan, ai-je souvent pensé, en considérant ses perfections, sur tout à l’Église, s’il pouvoit rendre un homme capable de ravaler cet Ange, au rang des femmes ! Pardon, Madame, souvenez-vous que j’ai la mauvaise habitude d’exprimer librement toutes mes folles idées.

La bonté du naturel se répand sur les traits les plus communs. Quel doit être son effet sur un beau visage ! Jamais femme ne fut d’un meilleur naturel que Miss Byron. C’est une qualité qu’on attribue à tout votre sexe, depuis l’âge de seize ans jusqu’à vingt, c’est-à-dire, pendant le régne des desirs & des sentimens ; mais elle est remarquable dans Miss Byron. On ne lui donneroit pas plus de dix-sept ans, quoiqu’elle en ait presque vingt. Sa beauté, qui ne fait que s’épanouir, durera plus long-tems que si elle avoit été plutôt dans sa fleur. Cependant un air de prudence, qui frappe dans son aspect, lui a donné, dès l’âge de douze ans, une véritable distinction, qui annonçoit ce qu’elle devoit être dans un âge plus avancé. Aussi cette beauté dominante, qui éclate sur son visage & dans toutes ses maniéres, est-elle accompagnée d’une dignité naturelle, dans tout ce qu’elle dit & tout ce qu’elle fait, qui malgré le mélange d’une aimable franchise, à laquelle on reconnoît la supériorité de son ame sur celles de la plûpart des autres fem- mes de son âge, étouffe dans les plus hardis toute espérance d’une familiarité trop libre. Sur ma foi, j’ignore comment elle s’y prend ; mais je ne dis rien que je n’éprouve. Elle badine, elle raille avec finesse, & je ne puis lui rendre ses plaisanteries. L’amour, dit-on, releve ce qu’on adore. C’est peut-être ce qui me tient en bride.

À présent, doutez-vous, Madame, de ma réponse à votre seconde question, si l’amour m’a mis au rang de ses admirateurs particuliers ? J’y suis ; & le diable m’emporte si je puis m’en défendre. Cependant je ne suis point encouragé ; & personne ne l’est, c’est ma consolation. Fenwick en tient plus que moi, s’il est possible. Notre connoissance a commencé par une querelle à cette occasion, & vous en avez su les suites. Mais à present nous sommes Amis jurés.

Chacun est convenu de tenter fortune, par la patience & la persévérance ; d’autant plus que l’un n’a pas plus à se louer de son bonheur que l’autre. « À la verité, nous avons fait abandonner le terrein à quelques douzaines d’autres Admirateurs. Le pauvre Orme ne laisse pas de tenir bon. Mais il nous cause peu d’inquiétude, c’est un Larmoyeur ; & quoiqu’il ait une ouverture par sa sœur, qui voit souvent M. Selby, & qui étant fort estimée dans cette maison lui rend apparemment le bon office d’entretenir Miss Byron de ses sentimens, nous ne craignons point une flamme, qu’il éteindroit par ses larmes avant qu’elle puisse nous troubler, quand il seroit assez heureux pour la faire naître. Vous aimez, vous autres femmes, qu’un homme fasse le plaintif autour de vous ; mais je n’ai point encore vu que dans la concurrence d’un Amant vif & d’un doucereux, la préférence ait été pour le second. »

Je dois néanmoins cette justice à Miss Byron, qu’avec le secret qu’elle a de se faire respecter, sa politesse est extrême, & qu’aucun de ses Amans ne peut l’accuser d’orgueil ni de cruauté. Tout ce que j’appréhende est qu’une si parfaite égalité d’ame ne rende l’entrée de son cœur fort difficile à l’amour. Elle attendra du moins qu’il se présente quelqu’un d’aussi parfait qu’elle, & dont le caractère puisse justifier son goût. Ma crainte vient d’une conversation que j’ai eue avec Madame Sherley, sa Grand-mere. Cette Dame qui fait l’honneur de la vieillesse, m’a laissé entendre que les objections de sa petite-fille, contre Fenwick & contre moi, venoient de quelques discours libres, qui nous échappent quelquefois, quoique la mode en soit peut être établie dans le monde & que la plûpart des femmes n’en ayent pas plus d’aversion pour ceux qui s’accordent ces libertés. Mais quelle est donc son objection contre Orme ? C’est assurément un Animal fort réservé.

Miss Byron n’avoit que huit ans, lorsqu’elle perdit sa Mere. On prétend que c’étoit aussi une excellente femme, & qu’elle mourut du regret d’avoir perdu son mari. Elle ne lui survécut que six mois. Rare exemple ! La Grand-mere & la Tante, que la jeune personne respecte à l’excès, déclarent qu’elles ne veulent pas se mêler de son choix. Lorsqu’on sollicite leur faveur auprès d’elles, elles répondent constamment qu’il faut commencer par obtenir l’approbation de leur Henriette, & que leur consentement est prêt. Elles ont autour d’elles, un , d’excellent caractere pour un homme de robe ; mais, à la vérité, une bonne succession, à laquelle il ne s’attendoit point, lui a fait quitter sa profession. Il est Parrein d’Henriette, qui l’appelle son Papa, & toute la maison a beaucoup de confiance à ses lumiéres. Je me suis adressé à lui. Mais sa réponse est la même ; sa fille Henriette doit choisir. Toutes les propositions de cette nature doivent venir d’elle.

Et pourquoi désespérerois-je de réussir auprès d’elle-même ? Moi, Greville, qui n’ai rien de méprisable dans la figure ; à qui l’on accorde du moins l’air aisé ; jouissant d’un bien considérable, avec des espérances qui le sont encore plus ; moi qui chante, qui danse, qui me mets d’assez bon goût, & qui ai reçu en partage une honnête portion d’assurance, ce qui me fait passer pour un joli homme aux yeux de mille autres femmes : elle, âgée de 20 ans, avec une fortune qui ne passe point douze ou quinze mille livres sterling, car la meilleure partie du bien de son Pere, qui étoit beaucoup plus considérable, est passée dans une autre branche, faute d’héritiers mâles ; n’attendant d’ailleurs que cinq cents livres sterling de rente après sa Grand-mere ; & quoique son Oncle Selby soit sans enfans, & qu’il ait beaucoup d’affection pour elle, il a de son côté des neveux & des niéces qu’il aime aussi ; car cette Henriette est la niéce de sa femme.

Je ne désespère de rien. Si la résolution, si la persévérance ont quelque pouvoir, & si miss Byron est une femme, elle sera Madame Greville. Je l’ai dit à sa tante Selby, je l’ai dit à son oncle, je l’ai dit à sa cousine Lucie, qui est digne de toute l’amitié qu’elle a pour elle, & je n’ai pas fait difficulté de le dire vingt fois à elle-même.

Mais, pour venir à la description de sa figure… que je mente, si je sais par où commencer ! Elle est universellement charmante. Ne l’avez-vous pas entendu dire à tous ceux qui l’ont vue ? Sa taille… commencerai-je par sa taille ? On ne peut pas dire qu’elle soit grande, mais elle est un peu au-dessus de la moyenne. Nous autres jeunes Anglois, qui avons couru le monde, nous faisons peu d’attention aux tailles d’Angleterre, & nous leur préférons la négligence Françoise. J’observe en passant que les Dames étrangeres ont raison, de ne pas rechercher une perfection à laquelle il leur est impossible d’atteindre. Si nous sommes raisonnables aussi, d’entrer là-dessus dans leur goût, c’est une autre question. Mais, quelque parti qu’on prenne là-dessus, il y a tant de dignité & d’agrément dans le port, dans l’air & dans tous les mouvemens de Miss Henriette Byron, que les belles tailles seront toujours en honneur dans le lieu qu’elle habitera, au jugement des Étrangers, comme à celui des Anglois.

Sa peau est d’une blancheur & d’une finesse admirable. Je me suis attaché quelquefois à considérer sa peau, jusqu’à m’imaginer que je voyois couler son sang avec une douce égalité, au travers de ses veines transparentes. Son front s’ouvre avec une noblesse, qui semble allier sensiblement la dignité & la modestie, & qui frappe, à la seule vue, d’une sorte de respect, accompagné d’un délicieux plaisir. Ne m’en demandez pas d’autre description. Chaque trait, en un mot, est à l’épreuve de la plus fine critique ; & tout son visage, & son cou, si admirablement placé sur deux épaules les mieux proportionnées du monde… Que je périsse, si tout pris ensemble, je ne la crois pas la plus parfaite beauté qu’on ait jamais vue. Mais une autre perfection qui lui est particuliere, & qui la distingue de toutes les femmes d’Angleterre, car il faut confesser qu’elle est plus commune en France ; c’est cette espèce de grace que les François nomment physionomie, & qu’on pourroit fort bien appeler Expression. Quand sa taille, son port, sa peau & tous ses traits ne seroient pas aussi parfaits qu’ils le sont, cette seule grace, cette ame qui transpire de toutes les parties de son aimable visage, à l’air aisé & gracieux de ses moindres mouvemens, forceroit tous les yeux de l’admirer.

Entrerai-je dans une description plus détaillée ? Oui, j’y veux entrer, au risque de n’en pas sortir aisément. Ses joues… je n’ai jamais vu des joues d’une si belle forme, relevées comme elles sont d’un teint ravissant, qui marque une parfaite santé. Le moindre sourire y creuse deux fossettes charmantes. Avec tant de raisons d’être contente d’elle-même & de tout ce qui l’environne, car elle est l’idole de sa famille, je m’imagine que depuis l’enfance ses traits n’ont jamais souffert d’altération ; un pli, j’en suis sûr, ne pourroit habiter un instant sur son visage. Plût au Ciel que j’eusse assez de pouvoir sur son cœur, pour troubler quelquefois cette sérénité ! Sa bouche… il n’y en eut jamais de si divine. Mais quel sujet de s’en étonner ? Des lévres si vermeilles, des dents si égales & si blanches, donneroient de la beauté à toute autre bouche. Son nez ajoute une nouvelle dignité à ses autres traits. Son menton est tourné avec une grace inexprimable, & s’abaisse par une fossette presque imperceptible ; ses yeux… Ah, Madame, ses yeux ! Bon dieu quel éclat ! cependant il est doux, sans aucun mélange de fierté. Que j’ai souvent méprisé, dans les Poëtes, ces descriptions forcées des yeux de leurs Héroïnes ! Mais en accordant quelque chose à la licence Poétique, je leur pardonne ; depuis que j’ai vu les yeux de Miss Henriette Byron. Ses cheveux sont un ornement, qui ne demande aucun soin. Toutes les boucles en sont naturelles. L’art ne prête rien au lustre qu’ils communiquent à toutes ses autres beautés. J’ai parlé de son cou… ici je n’ose me fier à moi. Incomparable fille ! Tout en est mille fois plus charmant qu’on ne peut se l’imaginer. Ses bras… vous avez quelquefois remarqué ma passion pour de beaux bras. En vérité, Madame, les vôtres même ne l’emportent pas sur les siens. Ses mains ont toute la perfection que les plus grands Peintres peuvent donner à des mains : quels doigts ! Ils sont accoutumés à manier la plume, l’éguille, le pinceau, les touches du Clavecin, & tout avec la même excellence. Ô Madame ! les femmes ont une ame, j’en suis à présent très-convaincu. Me pardonnerez-vous d’en avoir douté, d’avoir pensé long-tems qu’elles pouvoient n’avoir été données à l’homme que pour des usages passagers ?

N’ai-je pas entendu chanter Miss Byron ? Ne l’ai-je pas vue danser ? Mais, corps & ame, elle est toute harmonie. S’il est question de lecture & de sçavoir acquis, quelle femme à cet âge… mais vous avez connu , son Grand-pere. C’étoit un homme d’un sçavoir universel, & qui avoit acquis dans le Commerce des Étrangers, autant de politesse que de lumiéres. Sa fille a fait ses délices depuis l’âge de sept ans, où elle étoit à son retour en Angleterre, jusqu’à quatorze, qui est à peu-près le tems où elle l’a perdu. Son éducation étoit l’amusement de cet habile & vertueux Précepteur. C’est entre ces deux âges, disoit-il souvent, qu’il faut jetter les fondemens du mérite & de la bonté dans les personnes de ce sexe, parce que delà elles passent tout d’un coup à l’état de Femmes. Il ne pensa point à lui faire apprendre les Langues mortes, dans la crainte de surcharger une plante si foible ; mais il prit plaisir à la perfectionner dans le François & l’Italien. Depuis la perte d’un Pere si respectable, qui fut suivie de celle de sa Mere, elle a tiré aussi beaucoup d’avantage du commerce de sa Grand-mere & de Madame Selby, sa Tante paternelle ; deux Dames d’un mérite si distingué, que leurs leçons & leur exemple pourroient suppléer aux présens de la nature, dans une jeune personne qui les auroit reçus avec moins de profusion.

Je vous l’avois dit, Madame, qu’en faisant le portrait de Miss Byron, il étoit bien difficile de se borner à sa figure. Mais quelle horrible crainte vient me troubler ? Suis-je bien certain de n’avoir pas fait l’éloge de la femme d’autrui ? Nous avons dans ce quartier une de ses Cousines, une Madame Reves de Londres, qui est une femme de bel air, & que ma maudite Étoile n’a conduite ici, que pour emmener cette Henriette avec elle, dans un monde que je redoute beaucoup. Femmes ! Femmes ! Pardon, Madame ; mais quel ange de vingt ans est à l’épreuve de la vanité ? Au moment que Miss Byron paroîtra, l’éclat de ses charmes va se répandre ; mille nouveaux Prétendans vont s’assembler autour d’elle ; & qui sçait si quelque heureux Petit-maître n’éblouira point une fille qui mérite une Couronne ? Malheur au Téméraire, quel qu’il puisse être, dont les prétentions oseront croiser les miennes avec quelque apparence de succès. En vous demandant grace pour cette saillie, je ne puis vous dire, Madame, qu’elle ne soit pas partie du cœur de votre très-humble, etc.

Lettre 3

Je vous renvoie sous cette enveloppe, ma chère Lucie, l’étrange lettre de . Comme vous la lui avez demandée, il ne doute point que vous ne me l’ayez communiquée. Je conclus que s’il s’en informe, le meilleur parti est de lui en faire l’aveu. Mais alors, il voudra savoir ce que j’en ai pensé ; car il sait que je n’ai rien de caché pour vous.

Dites-lui donc, si vous le jugez à propos, que je suis beaucoup plus mécontente de son impétuosité, que sensible à ses flatteries. Dites-lui qu’il est fort dur pour moi, tandis que mes plus proches Parens me laissent ma liberté, qu’un homme à qui je n’ai jamais donné sujet de me refuser le respect qu’il doit à mon sexe, prenne le droit de me menacer, & de censurer ma conduite. Demandez-lui quels sont ses prétextes, pour me suivre à Londres, ou dans tout autre lieu ? Si je n’avois pas déjà quelques raisons pour me renfermer, à son égard, dans les civilités du voisinage, il m’en fourniroit aujourd’hui de très-fortes. L’Amant, qui est capable de menacer, ne peut être qu’un mari tyrannique. Ne le pensez-vous pas, ma chère Lucie ? Mais n’allez pas jusqu’à lui faire des suppositions d’amour & de mariage ; les hommes de son caractere expliquent tout en leur faveur, & prennent l’ombre pour une réalité.

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