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Histoire amoureuse des Gaules (éd. Originale)

attribué à Auteur:Roger de Bussy-Rabutin · 1665 · Free in the US

132,525 words · about 9 h 17 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1665 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Histoire_amoureuse_des_Gaules_(éd._Originale)&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
attribué à Auteur:Roger de Bussy-Rabutin
Language
French
Published
1665
Length
132,525 words · about 9 h 17 min
Sections
9 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (9)

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Front matter

Oubs le regne de Theodate la guerre qui duroit depuis vingt ans n’empeſchoit point qu’on ne fit quelquefois l’amour, mais comme la Cour eſtoit remplie de vieux Cavalliers inſenſibles, ou de jeunes gens nés dans le bruit des armées & que ce meſtier avoit rendu brutaux, cela avoit fait la plus part des Dames un peu moins modeſtes qu’autrefois, & voyant qu’elles euſſent langui dans l’oiſiveté, ſi elles n’euſſent fait des advances, ou du moins ſi elles avoient eſté cruelles, il y en avoit beaucoup de pitoyables & quelqu’unes d’effrontées.

Ardeliſe eſtoit de ces dernieres, elle avoit le viſage rond, le nés bien fait, la bouche petite, les yeux brillans & fins, & les traits delicats, le rire, qui embellit tout le monde, faiſoit en elle un effect tout contraire, elle avoit les cheveux d’un chaſtain clair, le ſein admirable, la gorge, les mains, & les bras bien faits ; elle avoit la taille groſſiere & ſans ſon viſage on ne luy auroit pas pardonné ſon air, cela fit dire a ſes flatteurs, quand elle de paroiſtre qu’elle avoit aſſurement le corps bien fait, qui eſt ce que diſent ordinairement ceux qui veulent excuſer les femmes, qui ont trop d’embonpoint, & cepandant cy fut trop ſincere en ce rencontre pour laiſſer les gens dans l’erreur, s’eclaircit du contraire qui , & il ne tint pas à elle, qu’elle ne deſabuſaſt tout le monde ; Ardeliſe avoit l’Eſprit viſ & plaiſant quand elle eſtoit libre, elle eſtoit peu ſincere, ineſgale, eſtourdie, point meſchante, elle aimoit les plaiſirs juſques a la deſbauche & il y avoit de l’emportement juſques dans ſes moindres divertiſſemens, ſa beauté autant que ſon bien, quoy qu’il ne fuſt que mediocre, obligea Lenix a la rechercher en mariage, cette recherche ne dura pas longtemps, Lenix qui eſtoit homme de qualité & de grands biens fut receu agreablement de la mere d’Ardeliſe, & n’eut pas le loiſir de ſoupirer pour des charmes, qui avoient fait deux ans durant les ſouhais de toute la cour, ce mariage eſtant achevé les amans qui avoient voulu eſtre mariés ſe & il en vint d’autres qui ne vouloyent qu’aimer, un des premiers qui ſe preſenta fut Oroondate, a qui le voiſinage d’Ardeliſe donnoit plus de commodité de la voir, & cette raiſon fut cauſe qu’il l’aima aſſés longtemps ſans que l’on s’en , & je croy que cet amour euſt touſiours eſté caché, ſi Oroondate n’euſt jamais eu de rivaux, mais Candole eſtant devenu amoureux d’Ardeliſe deſcouvrit bientoſt ce qui eſtoit caché faute de gens intereſſés, ce n’eſt pas que Lenix n’aimaſt ſa femme, mais les maris s’aprivoiſent & jamais les amants, & la jalouſie de ceux cy eſt mille fois plus penetrante, que celle des autres, cela fit donc que Candole viſt des choſes que Lenix ne voyoit pas, & qu’il n’a jamais , car il eſt encor a ſcavoir qu’Oroondate aimaſt ſa femme. Oroondate avoit les yeux noirs & le nés bien fait, la bouche petite, le viſage long, les cheveux fort noirs longs & eſpaix, la taille belle, il avoit aſſés d’Eſprit, ce n’eſtoit pas de ces gens qui brillent dans les converſations, mais il eſtoit homme de bon ſens & d’honneur, quoy que naturellement il euſt averſion pour la guerre.

Eſtant donc devenu amoureux d’Ardeliſe il chercha les moyens de luy deſcouvrir ſon amour, le voiſinage a Paris luy en donnoit aſſés d’occaſions, mais la legereté qu’elle teſmoignoit en toutes choſes luy faiſoit apprehender de s’embarquer avec elle, enfin un jour s’eſtant trouvé teſte a teſte, ſi je ne voulois, luy dit il, Madame que vous faire ſcavoir que je vous aime, mes ſoins & mes regards vous ont aſſés dit ce que je ſens pour vous, mais comme il faut Madame que vous reſpondiés un jour a ma paſſion, il eſt neceſſaire auſſy que je la deſcouvre, & que je vous aſſure en meſme temps, que vous m’aimiés ou que vous ne m’aimiés pas, je ſuis reſolu de vous aimer toute ma vie.

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