Read here

Élisabeth Seton

Laure Conan · 1903 · Free in the US

108,176 words · about 7 h 35 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1903 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Élisabeth_Seton&action=history). · Wikisource contributors

Text from Wikisource and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Laure Conan
Language
French
Published
1903
Length
108,176 words · about 7 h 35 min
Sections
31 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (31)
  1. Front matter about 2 h 32 min
  2. II about 4 min
  3. III about 2 min
  4. IV about 1 min
  5. VI about 3 min
  6. VII about 2 min
  7. VIII about 35 min
  8. IX about 3 min
  9. XI about 5 min
  10. XII about 11 min
  11. XIII about 5 min
  12. XIV about 3 min
  13. XV about 3 min
  14. XVI about 5 min
  15. XVII about 2 min
  16. XVIII about 2 min
  17. XIX about 3 min
  18. XX about 4 min
  19. XXI about 3 min
  20. XXII about 5 min
  21. XXIII about 5 min
  22. XXIV about 6 min
  23. XXV about 3 min
  24. XXVI about 5 min
  25. XXVII about 3 min
  26. XXVIII about 6 min
  27. I about 2 min
  28. Introduction about 2 min
  29. Texte entier about 2 h 32 min
  30. V about 2 min
  31. X about 16 min

Continue:

Front matter

ELISABETH SETON

LAURE CONAN

LA CIE DE PUBLICATION DE LA REVUE CANADIENNE

II

Le docteur Bayley fit presque seul l’éducation de sa fille. Alors, aux États-Unis, les établissements d’éducation étaient loin d’offrir les mêmes avantages qu’aujourd’hui, et d’ailleurs, la guerre civile les avait presque tous fermés.

Cette glorieuse guerre de l’Indépendance dura sept ans ; et, pendant ces années d’alarmes et de périls, Richard Bayley, chirurgien de l’armée, trouva moyen de s’occuper assidûment de sa fille.

Élisabeth avait un esprit d’élite ; elle acquit vite une instruction remarquable. Son goût pour la lecture devint de bonne heure une passion. À quatorze ans, les beautés de la Bible et des grands poètes anglais la ravissaient. Mais le docteur Bayley savait que la supériorité d’une femme ne lui assure pas le bonheur. Au lieu d’exciter l’ardente intelligence de sa fille, il s’appliqua surtout à bien former son caractère, à fortifier sa volonté. Et si Élisabeth a été l’une des bienfaitrices de la grande et douloureuse famille humaine ; si elle a gravi d’un pas si ferme le sentier âpre, escarpé, le sentier des cimes, on peut affirmer que son éducation première y a beaucoup contribué.

L’église anglicane a plus gardé du catholicisme que toutes les autres sectes. Élisabeth en suivait les offices avec bonheur ; et on l’eût bien étonnée en lui apprenant que ce qu’elle goûtait surtout dans son culte venait de l’Église catholique.

Fort attachée à ses croyances, elle aspirait à vivre comme il convient à une âme immortelle.

Le sentiment filial envers Dieu était singulièrement vif en son cœur ; et, à ce sentiment délicieux, tout servait d’aliment.

« Un jour de l’année 1789, écrivait-elle en 1803, dans son journal, pendant que mon père était en Angleterre, par une belle matinée de mai, le cœur léger et joyeux, je sautai dans un chariot qui allait au bois chercher des branchages. Joe, qui avait conduit, se mit à couper son bois ; et moi, je m’avançai sous les arbres. Je trouvai bientôt un sentier qui menait à une prairie. Là, il y avait un châtaignier entouré de jeunes plants sous lequel je pensai trouver une jolie place pour m’asseoir. C’était en effet un lit charmant : une mousse épaisse et verte, de l’ombre sous un arbre et un chaud soleil. Sur ma tête, la voûte du ciel d’un bleu d’azur ; autour de moi, toutes les rumeurs du printemps, tout allégresse et mélodie ; et ces douces fleurs, les clochettes des bois, et tous ces bouquets sauvages que j’avais cueillis en chemin. J’étais là, mon cœur d’enfant aussi innocent que jamais cœur d’enfant ait pu l’être, me remplissant d’amour pour Dieu et pour ses œuvres. Même à présent, je crois éprouver les impressions que mon âme d’enfant ressentit alors. Il me vint à la pensée que mon père, qui était si loin à ce moment, ne pouvait prendre soin de moi, mais que Dieu était mon Père, mon Tout. Je priai, je chantai des hymnes, je m’écriai à travers le bois ; je riais et me parlais à moi seule, admirant la bonté de Celui qui m’élevait ainsi au-dessus de moi-même et de tout chagrin. Puis je m’assis de nouveau pour goûter cette paix céleste. »

La piété de Bayley avait ce caractère tendre, joyeux, abandonné, mais la jeune fille n’y laissait rien au caprice. Elle avait compris que la « religion n’est rien si elle n’est pas tout, si elle n’inspire, ne dirige et ne la vie entière ». Tous les jours, elle consacrait un temps considérable à la lecture de l’Écriture sainte ; chaque soir, et d’ordinaire par écrit, elle faisait son examen de conscience. Mais son cœur passionnément tendre ne s’accommodait guère de la sécheresse protestante.

L’image de Notre-Seigneur lui inspirait une vénération inexprimable. Contrairement, aux usages de ses coreligionnaires, elle aimait à prier, chez elle, devant un crucifix et portait à son cou une petite croix qu’elle ne quittait jamais.

Ce qu’elle lisait dans l’histoire des anciens ordres religieux la ravissait et — preuve que l’imagination ne sert pas qu’au romanesque, comme on le croit trop généralement — elle se plaisait aux descriptions des vieux cloîtres.

L’effervescence de la jeunesse et les premiers rapports avec le monde refroidirent-ils cette ferveur religieuse ? On en jugera par ce qu’Élisabeth a écrit sur cette partie de sa vie ; et, dans les chimères de la dix-huitième année, on trouvera peut-être comme un pressentiment de sa mission.

« Seize ans. — Contrariétés dans la famille — Folie, chagrin, roman, misérables amitiés. Mais tout devait tourner à bien, et à me faire comprendre, en y réfléchissant, combien il est absurde d’aimer ainsi quelque chose en ce monde. »

« Dix-huit ans. — Beaux rêves d’une maison à la campagne, pour y réunir tous les enfants d’alentour et leur enseigner leurs prières et les tenir bien propres et leur apprendre à être bons. Désirs passionnés qu’il pût y avoir en Amérique des endroits comme dans les romans que je lisais, où l’on pourrait vivre retiré du monde, et prier, et être toujours bon. Pensé très souvent à courir au loin, même au delà des mers, sous un déguisement, travaillant pour vivre, afin de découvrir de tels endroits, s’il en existait. Mes étonnements de voir les gens attacher tant d’importance à la toilette, au monde. Mille réflexions après m’être trouvée dehors, à la promenade, ou ailleurs, me demandant pourquoi je ne pouvais y dire mes prières, et y avoir d’aussi bonnes pensées que si j’avais été à la maison. Désir de raisonner philosophie et de donner sa place à chaque chose ; incapable cependant de faire ni l’un ni l’autre. Préféré rester dans ma chambre à tous les amusements du dehors. Hélas ! hélas ! hélas ! des larmes de sang ! Mon Dieu ! horrible démenti à toutes ces bonnes promesses faites avec la plus téméraire présomption. « Dieu m’avait créée. Je me trouvais très malheureuse. Dieu était trop bon pour condamner une si pauvre créature faite de poussière et poussée par le chagrin ». Tel était mon misérable raisonnement. Laudanum. Actions de grâces, louanges à Dieu, inexprimable joie pour n’avoir pas commis cet acte horrible. Mille promesses d’une éternelle gratitude. »

Élisabeth n’a jamais fait d’autre allusion à cette lutte contre le désespoir ; et la cause de ses souffrances, à cet âge de la sensibilité extrême, est restée inconnue.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…