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Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction

Jean-Marie Guyau · 1903 · Free in the US

199,574 words · about 13 h 59 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1903 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Esquisse_d’une_morale_sans_obligation_ni_sanction&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Jean-Marie Guyau
Language
French
Published
1903
Length
199,574 words · about 13 h 59 min
Sections
16 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (16)
  1. Front matter about 4 h 40 min
  2. Texte entier about 4 h 40 min
  3. Préface about 5 min
  4. 01 about 55 min
  5. 02 about 36 min
  6. 01 about 14 min
  7. 02 about 9 min
  8. 03 about 12 min
  9. 04 about 23 min
  10. 01 about 25 min
  11. 02 about 23 min
  12. 01 about 21 min
  13. 02 about 19 min
  14. 03 about 10 min
  15. 04 about 17 min
  16. Conclusion about 11 min

Continue:

Front matter

Nous publions la seconde édition de l’Esquisse d’une Morale, conformément au manuscrit laissé par l’auteur en vue de cette seconde édition, et avec les diverses corrections qu’il avait indiquées.

Un penseur ingénieux a dit que le but de l’éducation était de donner à l’homme le « préjugé du bien ». Cette parole fait ressortir quel est le fondement de la morale ordinaire. Pour le philosophe, au contraire, il ne doit pas y avoir dans la conduite un seul élément dont la pensée ne cherche à se rendre compte, une obligation qui ne s’explique pas, un devoir qui ne donne pas ses raisons.

Nous nous proposons donc de rechercher ce que serait et jusqu’où pourrait aller une morale où aucun « préjugé » n’aurait aucune part, où tout serait raisonné et apprécié à sa vraie valeur, soit en fait de certitudes, soit en fait d’opinions et d’hypothèses simplement probables. Si la plupart des philosophes, même ceux des écoles utilitaire, évolutionniste et positiviste, n’ont pas pleinement réussi dans leur tâche, c’est qu’ils ont voulu donner leur morale rationnelle comme à peu près adéquate à la morale ordinaire, comme ayant même étendue, comme étant presque aussi « impérative » dans ses préceptes. Cela n’est pas possible. Lorsque la science a renversé les dogmes des diverses religions, elle n’a pas prétendu les remplacer tous, ni fournir immédiatement un objet précis, un aliment défini au besoin religieux ; sa situation à l’égard de la morale est la même qu’en face de la religion. Rien n’indique qu’une morale purement scientifique, c’est-à-dire uniquement fondée sur ce qu’on sait, doive coïncider avec la morale ordinaire, composée en grande partie de choses qu’on sent ou qu’on préjuge. Pour faire coïncider ces deux morales, les Bentham et leurs successeurs ont trop souvent violenté les faits ; ils ont eu tort. On peut, d’ailleurs, très bien concevoir que la sphère de la démonstration intellectuelle n’égale pas en étendue la sphère de l’action morale, et qu’il y ait des cas où une règle rationnelle certaine puisse venir à manquer. Jusqu’ici, dans les cas de ce genre, la coutume, l’instinct, le sentiment ont conduit l’homme ; on peut les suivre encore à l’avenir, pourvu qu’on sache bien ce qu’on fait, et qu’en les suivant on croie obéir, non à quelque obligation mystique, mais aux impulsions les plus généreuses de la nature humaine, en même temps qu’aux plus justes nécessités de la vie sociale.

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