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Chapitre 04

Nicolas Andry de Boisregard · 1741 · Free in the US

11,833 words · about 50 min to read

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About this book

Author
Nicolas Andry de Boisregard
Language
French
Published
1741
Length
11,833 words · about 50 min
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eux articles diviseront ce Chapitre. Dans le premier, nous exposerons les effets que produisent les Vers qui naissent hors des intestins ; dans le second, ceux que produisent les Vers qui naissent dans les intestins.

Article 1

es Vers qui viennent hors des intestins, sont, comme nous l’avons déja observé, 1. les Encéphales ; sçavoir, les Encéphales, proprement dits, les Rinaires, les Ophthalmiques, les Auriculaires, les Dentaires & les Salivaires. 2. Les Pulmonaires, les Hépatiques, les Spléniques, les , les Péricardiaires, les Sanguins, les Vésiculaires, les Elcophages, les Cutanés, les Umbilicaux, les Vénériens, les Oesophagiens & les Spermatiques.

Les effets que produisent les Encéphales, proprement dits, sont des douleurs extraordinaires de tête, quelquefois des fièvres violentes, ainsi qu’il a été observé dans le Chapitre précédent, Article premier.

Les effets que produisent les Rinaires, les Ophthalmiques, les Auriculaires & les Dentaires, sont suffisamment marqués dans le même Chapitre, Article premier ; il faut y recourir.

Les Pulmonaires peuvent exciter des toux violentes ; monter quelquefois dans la trachée-artére, & y causer par leurs picottemens des efforts semblables à ceux que l’on a coutume de faire quand il est entré quelque goutte de boisson dans le larynx. Ils rongent quelquefois les poumons, & y peuvent produire des ulcères.

Les Hépatiques doivent causer nécessairement des pesanteurs foye, avec des élancemens dans le côté droit. Ils peuvent aussi causer quelquefois un sentiment excessif de chaleur dans tout le corps, avec une grande mélancolie, s’il en faut juger par le fait suivant.

On lit dans les Observations de Borelli, qu’un Chien, qui avoit un gros Ver dans le foye, ainsi qu’on le reconnut après en l’ouvrant, alloit, toutes les fois qu’il pleuvoit, se mettre sous les goûtieres, & s’y plaisoit tant, qu’on ne l’en pouvoit chasser : que ce Chien étoit outre cela fort mélancolique, & fuyoit tous les autres Chiens. Ce fut , Médecin de Tournon, qui ouvrit le Chien, & qui y trouva le Ver.

Les Cardiaires & les Péricardiaires causent souvent des syncopes, & quelquefois cette maladie, appellée Passion Lunatique, attribuée faussement à la Lune ; ils causent souvent des morts subites, & quelquefois des Epilepsies. Voyez les pages 99. & 100. où les maux que ces Vers produisent, sont décrits au long.

Les Vers Sanguins ne font sentir aucune douleur, ils se tiennent tranquilles dans les vaisseaux, & nagent au milieu du sang, comme les Vers du vinaigre nagent dans le vinaigre. Ces Vers sont ordinairement très-menus, & il y a de l’apparence qu’après avoir été portés au cœur avec le sang, ils entrent dans les artères avec ce même sang, & sont conduits dans les chairs, d’où ils sont repris par les veines. Il est vraisemblable aussi qu’étant quelquefois trop gros pour pouvoir se dégager des filières extrêmement fines des chairs, & passer de-là dans les veines, ils restent dans ces mêmes chairs, où ils produisent des furoncles, des élevures, & souvent ces gales universelles qui affligent tout le corps.

Les Cardiaires pourroient bien être de ces Vers Sanguins, arrêtés dans les inégalités des ventricules du cœur, où ensuite ils grossissent, & acquièrent par l’accroissement, assez de force pour ronger le cœur.

Les Vésiculaires, qui s’engendrent dans les reins, & qui sortent par la vessie, causent souvent des rétentions d’urine, & de violentes douleurs au col de la vessie, lorsque l’on urine. , premier Médecin du Duc de Ferrare, traitant une Femme malade, d’une Dyssurie, c’est-à-dire, d’une difficulté d’uriner, accompagnée de douleur, lui fit rendre par les urines un Ver long d’une coudée, après quoi elle fut guérie par le moyen de quelques évacuans.

Les Elcophages rongent les ulcéres, & y causent une grande corruption.

Quant aux Cutanés & aux Umbilicaux, nous en avons suffisamment rapporté les effets dans le Chapitre III. Article I. j’ajouterai seulement ici une remarque au sujet des Crinons, qui est que prétend que ce sont de véritables poils, & non des Vers. Il dit qu’en les examinant avec le microscope, il lui sembloit, à la vérité, y voir une maniere de tête, qui, auroit pu faire croire que c’étoient des animaux ; mais que cette apparence de tête venoît de ce que l’extrémité de poil qui étoit dehors, avoit une couleur différente du reste ; qu’après tout, il n’y avoit jamais remarqué ni mouvement ni forme d’animal.

A Aix-la-Chapelle la maladie des Crinons est assez ordinaire, & c’est la coutume dans ce pays-là, de frotter le corps des Enfans avec du miel, auprès du feu. Alors ces petits Crinons deviennent plus visibles, & on les coupe avec le razoir, croyant couper autant de têtes de Ver, quoique, selon toutes les apparences, on ne coupe que des poils que le miel a fait paroître ; car on sçait que le miel appliqué sur la peau, fait croître le poil promptement.

Le sentiment de , que les Crinons sont des Vers imaginaires, paroît d’autant plus vraisemblable, que les poils qui poussent sous l’épiderme, sont capables par eux-mêmes, de produire beaucoup d’incommodités, lorsqu’ils ne trouvent pas une issue assez libre pour sortir. Cet Auteur rapporte l’exemple d’un Homme de qualité, qui après être relevé d’une grande maladie, vint le trouver, pour lui dire qu’encore qu’il eût bon appétit, il craignoit de n’être pas parfaitement guéri, à cause d’une démangeaison incommode, qu’il sentoit par tout le corps : Que les Médecins attribuoient cette démangeaison à un sang trop âcre, & qu’en travaillant à corriger cette âcreté, ils prétendoient le guérir. en jugea tout autrement ; il apprit du Malade que les cheveux lui étoient tombés pendant sa maladie. Sur cela il soutint que la démangeaison venoit de ce que les poils qui étoient en même temps tombés par-tout le corps, recroissoient, & ne trouvant pas une sortie assez facile, piquoient l’épiderme ; ce qui ne se pouvoit faire sans une grande démangeaison.

Ce raisonnement paroît s’accorder avec l’expérience ; car sur la fin des Hyvers, au Printemps, qui est le temps auquel le poil commence à recroître, on ne manque guère de sentir de grandes démangeaisons ; car le poil du corps se renouvelle tous les ans, & il y a des personnes qui quand ce poil leur revient, quoiqu’il soit presque imperceptible, s’en trouvent fort incommodées ; semblables en cela aux Oiseaux qui sont tout malades lorsqu’ils muent.

Quant aux Vers vénériens, , comme nous l’avons remarqué, page 147. est de sentiment qu’ils causent tous les ravages qui arrivent dans les maladies vénériennes, qu’ils mordent & qu’ils rongent tout ce qu’ils trouvent ; & que si le mercure guérit ces maladies, c’est parce qu’il tue les Vers. Ce sentiment me paroît hasardé. Il y a des Vers dans plusieurs maladies vénériennes ; mais que ces maladies viennent de Vers, comme le prétend entre autres, l’Auteur d’une Thése Contenue à Montpellier au mois de Juillet 1713. laquelle a pour titre : An Lues Venera à Vermibus ; c’est, comme nous l’avons déjà dit, page 147. ce qu’il est de prouver. Aussi l’Auteur de cette Thése, ainsi que nous l’avons remarqué dans la même page 147. n’appuye-t-il son sentiment sur aucune preuve convaincante.

Pour ce qui est des effets que produisent les Vers Oesophagiens & les Vers Spermatiques, nous avons suffisamment traité ce sujet à la page 150. Il est temps de passer aux effets des Vers qui sont dans les intestins.

Article 2

ES Vers des Intestins sont de trois sortes, ainsi que nous l’avons remarqué dans le Chapitre III. sçavoir, les ronds & longs, appellés Strongles ; les ronds courts, appellés Ascarides ; & les plats, appelles Tænia par les Auteurs, & que j’appelle Solitaires,

Nous parlerons des effets des uns & des autres, & nous commencerons par les Vers longs & ronds, ensuite nous viendrons aux Ascarides & aux Tænia.

Les maux que causent les Vers longs & ronds, sont des nausées, des vomissemens, une haleine aigre, des tranchées, des coliques, des diarrhées, des tenesmes ou épreintes, des tensions de ventre, des défaillances, des hoquets, des dégoûts, & quelquefois au contraire, des faims dévorantes, (soit de la nature de celle qui s’appelle Pica, soit de la nature de celle qui se nomme Malacia, ou de celle qui est appellée Bulimia,) des fièvres erratiques, des convulsions, des épilepsies, des syncopes, des étourdissemens, des chancellemens étant de bout, & quelquefois des pertes de parole : Quant à ce dernier article, je me souviens de ce que rapporte Alexandre Benoît, sçavant Médecin, lequel parlant des causes qui peuvent rendre muet, dit que cette maladie est quelquefois produite par des Vers qui sont dans les Intestins : il cite là-dessus l’exemple une petite Fille qui fut muette huit jours, & qui guérit après avoir rendu quarante Vers par bas. Forestus cite un exemple semblable d’un Enfant de douze ans, devenu furieux dans une fièvre maligne, lequel fut muet deux semaines entieres, & recouvra la parole & la raison après avoir rendu par bas un nombre extraordinaire de vers, ensuite d’un médicament qui lui fut donné à ce sujet. dans une Dissertation curieuse sur les Vers, raconte l’histoire d’une Fille, devenue tout d’un coup aveugle & muette, & ensuite guérie, sans avoir pris autre chose que les remedes contre les Vers.

Mais sans recourir ici à des exemples étrangers, en voici un dont je suis témoin. Le 22. de Décembre de l’année 1700. , Marchand Perruquier, demeurant alors au Carrefour des Barnabites à Paris, me pria d’aller voir sa Fille, qui étoit âgée de seize ans, laquelle depuis quatre jours ne pouvoit articuler aucune parole, & qui avec de violentes convulsions qui l’agitoient depuis un mois, avoit un rire involontaire, accompagné de vives douleurs. J’ai déja parlé de cette Malade, pag. 190. mais en passant : il est important de rappeller ici le fait. Quand j’eus considéré la Malade, je lui fis prendre de l’eau vermifuge de fougère, au moyen de quoi elle rendit un nombre considerable de Vers, recouvra la parole, fut délivrée de ses convulsions ; & en peu de jours rétablie dans une santé entiere. Les Vers qu’elle jetta étoient ronds & longs, j’en mis un à part, qui me parut un peu différent des autres, à cause d’une espéce de gueule que j’y apperçus. Je l’ai conservé plusieurs années, & je l’ai laissé perdre ensuite par mégarde ; mais en 1714. que je l’avois encore, j’ai eu soin de le faire graver tel qu’on le voit à la page 190. où il est représenté au naturel, nous y renvoyons.

Quant à la faim que causent les Vers, nous remarquerons qu’il s’est vu des maladies Epidémiques vermineuses qui étoient accompagnées d’une si grande faim, qu’on n’appelloit point autrement ces maladies, que les maladies de la faim. Il y en eut une de cette nature à Sarragosse, dont presque tout le monde mouroit, & contre laquelle on ne trouva point de meilleur remede que le Bol d’Arménie, donné tantôt seul, & tantôt avec de la Thériaque, ce qui faisoit sortir des quantités prodigieuses de Vers, & guérissoit presque tous les malades. (Forest. Lib. XXI. Observ. 28. in Schol.)

Au regard des Convulsions, les Vers des intestins en excitent quelquefois de si horribles, qu’on les prendroit presque pour des effets de possession. Il s’est vu des Enfans travaillés de ces Vers, se renverser en arriere, jusqu’à faire toucher leur crane à leurs talons. Trincavelle assure en avoir vu plusieurs exemples.

Pour ce qui est de l’Epilepsie, la plupart des Enfans qui en sont affligés, ne le sont que par les Vers.

Un autre effet des Vers des intestins, est de piquer quelquefois les intestins, de les percer, de se répandre dans toute la capacité du bas-ventre, & de dévorer les malades, jusqu’à les consumer ; ainsi qu’il arriva à cet Herode Agrippa, dont il est fait mention dans les Actes des Apôtres.

Grafftius écrit qu’ayant été appellé pour voir un jeune Homme de quinze ans qui étoit fort malade, & qu’ayant reconnu qu’il avoit des Vers, il lui fit prendre trois matins de suite, d’une poudre qu’il composa lui-même, laquelle chassa par les selles, plus de cent Vers. Le ventre, nonobstant cela, ne laissant pas de demeurer dur & tendu vers le nombril, il y fit appliquer un cataplasme émollient, & vingt-quatre heures après, commencerent à sortir par le nombril plusieurs Vers assez longs, ce qui dura plusieurs jours. Cependant le ventre persistant toujours à être tendu, Grafftius fit continuer le même cataplasme, & comme c’étoit le temps des fraises, & que ce jeune Homme en mangeoit beaucoup, il arrivoit quelquefois qu’en levant le cataplasme, on y trouvoit des grains de fraises attachés ; ce qui ne permit pas de douter que les Vers n’eussent percé les intestins & les parties contenantes. Le Malade mourut peu de jours après.

On trouve dans les Auteurs plusieurs exemples semblables ; comme dans Hollier, dans Nicolas Florentin, dans Forestus, & dans Trincavelle.

Les Ascarides causent des Démangeaisons dans le fondement, & souvent par l’irritation qu’ils font à l’intestin, des défaillances, des syncopes, & très-souvent des tenesmes ou épreintes.

Les effets du Tænia, ou Solitaire, sont presque les mêmes que ceux des Vers ronds & longs, quelquefois même ils sont plus violens, comme le remarque Arnauld de Villeneuve, & il y en a trois que ce Ver produit plus ordinairement ; sçavoir, le syncope, la perte de parole, & la difficulté de se rétablir, quand on est tombé dans quelque maladie, par quelque cause que ce soit.

Pour la faim, on peut dire que si les Vers affament quelquefois, le Solitaire est celui de tous qui affame le plus. Je remarquerai là-dessus que le Malade qui a rendu celui qui a donné occasion à ce Livre, & qui est représenté dans la planche IV. de la Préface, étoit presque toujours tourmenté d’une faim dévorante, & cela depuis son enfance, ainsi que je l’ai appris de lui-même ; ce qui vient de ce que ce Ver consume une partie du chyle & corrompt l’autre ; car alors le corps est frustré de sa nourriture.

Cette régle cependant n’est pas si générale, qu’elle n’ait des exceptions, & nous sommes témoins qu’elle en a plusieurs.

Pour ce qui est de la difficulté de se rétablir lorsque par quelque cause que ce puisse être, l’on vient à tomber malade, c’est l’effet ordinaire du Ver dont il s’agit. Comme la chaleur naturelle s’affoiblit dans les maladies, on fait alors moins de bon chyle, ce peu de chyle qui devroit servir au soutien du corps, est presque tout dévoré par ce Ver ; d’où s’ensuit que l’on doit tomber dans un épuisement & un abbatement si considérable, qu’il est difficile de se rétablir parfaitement. C’est ce qui arrive à la plûpart de ceux qui ayant ce Ver, tombent malades. Si celui dans le corps duquel loge cet Insecte, vient à tomber malade, il ne sçauroit, dit Hippocrate, se rétablir qu’à peine, & la raison de cette difficulté, poursuit-il, c’est que ce Ver consume une partie de la nourriture travaillée dans l’estomac.

C’est quelquefois de-là que viennent ces langueurs qui restent après certaines maladies, & contre lesquelles tous les remèdes ordinaires sont inutiles, parce qu’on ne pense pas à cette cause.

Le même Hippocrate dit que ce Ver ne fait jamais beaucoup de mal ; mais il y a apparence que cet Auteur n’a parlé de la sorte que par rapport au grand mal qu’il dit que ce Ver ne cause pas, qui est la mort. On peut voir là-dessus son . Livre des Maladies. D’ailleurs il appelle cet Insecte du nom de θήριον, qui signifie particulièrement dans le langage des Médecins, une bête dangereuse de sa nature.

Ceux qui ont le Solitaire, supportent avec peine la fatigue ; le moindre exercice les abbat, & leur corps devient de plus en plus débile.

Hippocrate semble dire le contraire selon la Traduction de Linden, qui rend ces mots grecs que nous venons de rapporter au bas de la page 308. par ceux-ci : Qui hoc animalculum habet, toto quidem tempore valdè debilis fieri non poterit : c’est-à-dire, Celui qui a cet Insecte, ne sçauroit pendant tout le temps qu’il l’a, devenir fort débile. Mais cette Traduction n’est pas juste ; le grec porte : Il n’arrive point de mal trop considérable à celui qui a ce Ver ; ce qui est bien différent.

Le Solitaire produit dans les femmes, des effets plus fâcheux que dans les hommes. Il leur cause des coliques violentes, de longs délires, des syncopes fréquens, & avec cela des suppressions de regles, des tumeurs de ventre, des dégoûts, & des appétits bisarres, que l’on prendroit aisément pour des signes de grossesse. On y a été trompé quelquefois, & Spigelius en rapporte un exemple digne de remarque : Une Demoiselle de quinze ans, dit-il, avoit tous les dégoûts & tous les appétits ordinaires aux femmes grosses ; avec cela le ventre fort élevé, & une suppression entiere de regles ; ses parens allarmés la firent examiner par les Médecins & par les Sages-femmes, qui assurerent tous qu’elle étoit enceinte ; ce qui fut cause qu’on ne lui fit aucun remede. Cette fille ainsi dépourvue de secours, tomba dans un desséchement universel de tout le corps, & mourut peu de temps après. On l’ouvrit & au lieu d’un enfant qu’on s’attendoit de trouver dans la matrice, on trouva dans le ventre un grand amas d’eaux & un Ver plat qui occupoit toute la longueur des intestins.

Nous avons observé que le Pleurétique qui a rendu le Ver Solitaire représenté page . de la Préface, se trouva guéri presque aussi-tôt après l’avoir rendu. Il ne faut point aller plus avant sans examiner comment s’est pu faire cette guérison.

Nous remarquerons premièrement, qu’il n’est pas étonnant de voir des pleurésies vermineuses ; on en voit souvent, & plusieurs Auteurs en font mention. entre autres, en rapporte une, dont la guérison a beaucoup de rapport avec celle-ci. Il raconte qu’une fille ayant tous les symptômes ordinaires dans la pleurésie ; sçavoir, une douleur piquante au côté, une toux seche, un pouls dur & récurrent, une courte haleine, & une fiévre continue ; il remarqua que le corps de cette fille étoit tantôt froid, tantôt chaud, & que lorsqu’il y avoit de la chaleur, une des joues rougissoit, & que l’autre demeuroit pâle. Que sur cela, il donna à la Malade un médicament contre les Vers, lequel en fit sortir une grande quantité, & que la pleurésie cessa.

C’est ce que nous avons vu arriver dans le Pleurétique dont nous venons de parler, c’est-à-dire, dans le Malade qui a rendu le Ver qu’on voit gravé à la page . de la Préface de ce Livre. Il se trouva guéri de sa pleurésie presque aussitôt après la sortie du Ver. Il ne faut pas croire cependant que lorsque ce Ver se trouve dans une pleurésie, & qu’il vient à sortir, la maladie guérisse toujours pour cela. On voit un fait contraire à cette pensée dans l’Histoire de l’Académie des Sciences, année 1709. pag. 31. où il est parlé d’un Malade mort d’une pleurésie, lequel avant que de mourir jetta un Ver plat & fort long.

Quoi qu’il en soit, voici comment le rétablissement du Malade dont nous avons rapporté l’histoire pag. iv. & suiv. de la Préface de ce Livre, se peut expliquer.

On sçait que la pleurésie est une maladie entretenue par le séjour d’une humeur arrêtée dans la . Or je dis que le séjour de cette humeur étoit entretenu par celui du Ver, & voici comment : Rien n’est plus capable de résoudre une humeur arrêtée que l’abondance & la vivacité des esprits animaux. Ces esprits se produisent par le moyen de la distribution d’un bon sang à tout le corps. Le bon sang se fait du bon chyle ; or le bon chyle est dévoré par ce Ver qui en consume la partie la plus fine & la plus délicate, comme il est facile de le juger par la finesse de son col, qui est presque aussi mince que du papier. Il ne restoit donc dans le corps du Malade qu’un chyle épais & grossier, peu propre à se distribuer.

Ce chyle faisoit un sang épais, & ce sang épais des esprits qui n’étoient pas assez subtils pour résoudre les parties de sang arrêtées dans la plevre, & pour leur donner la subtilité nécessaire, afin d’être reprises par les vaisseaux, & de rentrer dans le commerce de la circulation. Lors donc que ce Ver est sorti, le bon chyle, au lieu d’être employé à la nourriture de l’Insecte, l’a été à celle du Malade. Il s’en est fait un sang plus délié, des esprits animaux plus vifs & plus abondans ; l’humeur amassée dans la plevre a été par conséquent pénétrée par des parties subtiles & insinuantes, qui l’ont rendue propre à être reprise par les vaisseaux, ensorte que cette humeur étant dissipée, la guérison a du s’en suivre.

J’ajoûte à cela que c’est une erreur de croire que les Vers ne puissent pas causer la pleurésie. Ils la causent quelquefois, comme le remarque Quercetan ; pour le comprendre, il n’y a qu’à faire réflexion sur ce que peut produire cette matiere corrompue qui accompagne toujours les Vers ; car on n’a pas de peine à concevoir qu’elle peut aisément affecter la plevre & l’enflammer, sans qu’il soit nécessaire de recourir pour cela à d’autres causes. Quercetan rapporte qu’ayant fait ouvrir plusieurs vieillards, qui étoient morts de pleurésies, il leur trouva les intestins remplis de gros Vers, qu’il regarda comme la cause véritable de leurs pleurésies.

J’ai dit plus haut, que les Vers ronds & longs piquoient souvent les intestins. Je remarquerai ici que le Tænia ou Solitaire, ne pique jamais, parce qu’il n’a pas la tête faite d’une maniere propre pour cela, ayant cette partie fort molle, ainsi que l’observent Spigelius Sennert, & que je puis l’assurer moi-même comme témoin.

On peut connoître par tout ce que nous avons dit jusqu’ici, que les maladies que causent les Vers, ne sont point indifférentes ; mais voici des Observations qui le pourront encore confirmer.

Feu le père, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, m’a dit qu’ayant un jour laissé pour mort un Malade qu’il traitoit, il s’avisa néanmoins d’y passer le lendemain ; qu’ayant trouvé alors le Malade dans la même extrémité, sans connoissance, sans pouls & sans chaleur, il soupçonna sur quelques signes dont il s’apperçut, que tout cela pouvoit être causé par des Vers ; qu’aussi-tôt sans différer, il fit prendre au Malade plusieurs choses contre les Vers, lesquelles chasserent de son corps un animal jaune, ayant deux cornes pardevant ; que ce mal ne diminuant point pour cela, il fit réitérer les mêmes remèdes, qui chasserent encore un Ver semblable au premier ; après quoi, le Malade revint à lui, & recouvra peu à peu la santé.

m’a mandé d’Amsterdam, qu’ayant un de ses enfans fort malade, & qui paroissoit hors d’espérance de guérison ; il lui donna quelques grains de tartre émétique, qui ce jour-là ne fit en apparence aucun effet ; mais que le lendemain l’enfant rendit trois gros Vers, & fut guéri aussi-tôt.

Une Dame de Dunkerque venoit d’accoucher heureusement pour la quatrième fois. Comme elle avoit de la fiévre, de fréquentes nausées, une difficulté de respirer, qui alloit jusqu’à une espéce d’étranglement, de grandes douleurs dans le bas-ventre, sans néanmoins aucune tension ; son Médecin qui étoit Médecin de la Marine à Dunkerque, crut qu’il y avoit quelque chose d’extraordinaire dans le bas-ventre, & ordonna de la manne avec un peu de tartre émétique. La Malade qui dans sa troisiéme grossesse, avoit pris pour se guérir d’une fiévre intermittente, des tablettes vomitives, qui chasserent beaucoup d’humeurs sans aucun Ver, rendit par le moyen de cette manne mêlée d’émétique, un Tænia de cinquante pouces de long, non entier, mais avec la tête, à laquelle paroissoient deux trous & une petite éminence ronde au-dessus. La Malade qui avoit ce Tænia, avoit rendu plusieurs fois par les selles de ces petits corps blancs, dont nous avons parlé plus haut, lesquels ressemblent à des graines de citrouilles, & qui sont des morceaux rompus de ce Ver.

Ce n’est point un fait si rare, de voir rendre des Tænia, ou Vers Solitaires, à des femmes en couche. Il y a quelques années que Docteur Régent de la Faculté de Médecine de Paris, m’écrivit la Lettre suivante, en m’envoyant un Ver de cette espéce.

« Je vous prie, Monsieur, d’examiner le Ver que je vous envoye. Il sort du ventre d’une femme nouvellement accouchée. Elle l’a rendu par un lavement, qu’après une saignée du pied, je lui ai ordonné pour faire venir les purgations supprimées. Le nœud que vous remarquerez dans ce Ver mérite attention, aussi-bien que sa figure platte & son excessive longueur, avec les différent anneaux dont il est composé. Je vous prie de m’écrire là-dessus votre sentiment. Vous obligerez votre affectionné serviteur & Confrère, Contugi. »

Cette Observation a été communiquée il y a plusieurs années par un Médecin d’Hanover, à Madame la Duchesse de Bouillon, qui aussitôt eut la bonté de m’en faire part. Il s’y agit d’un Animal extraordinaire rendu par la femme d’un Maréchal d’Hanover deux jours avant que de mourir. La figure qui en fut envoyée du pays à Madame la Duchesse de Bouillon, & dont je fis tirer une copie, me parut si singuliere, que je crus devoir suspendre là-dessus mon jugement. , sçavant Médecin de Francfort, a depuis donné la figure de cet Insecte dans une Dissertation particulière sur les Vers, avec la relation de la maladie de cette femme. Il ajoûte que cette relation est écrite par le Médecin même de la Malade, nommé Chrétien-Louis-Kotzebve, ce qui ne confirme pas peu la vérité du fait. Comme la relation que Madame la Duchesse de Bouillon m’a mise entre les mains, s’accorde avec celle qui est dans la Dissertation de , & qu’elle a cet avantage d’être mieux circonstanciée, nous la préférerons ici.

La voici mot à mot : « En 1697. la femme d’un Maréchal d’Hanover s’étoit trouvée fort mal dans une couche. D’abord après son accouchement, il lui sortit aux bras & aux jambes des ampoules fort grosses & fort dures, & elle devint toute percluse. On lui appliqua des vésicatoires qui tirerent une grande quantité d’eaux ; on fit plusieurs autres remedes, & la Malade après avoir gardé le lit pendant dix-sept semaines, guérit enfin, & l’année d’après accoucha heureusement. Elle porta cette nouvelle santé jusqu’à la Pentecôte seulement, qu’étant allée se promener à la campagne, elle but beaucoup de lait, & fut aussi-tôt attaquée d’une violente colique, qui la tourmenta toute la nuit. Le mal devint si pressant, que le lendemain elle ne put se lever : des vomissements qui survinrent, l’empêcherent de prendre aucune nourriture. son Médecin, lui fit prendre, avec assez de succès, des pilules composées d’aloës, de scammonée, de trochisques, d’halandal, & de doux ; mais peu de temps ensuite la maladie augmenta, & cette pauvre femme tomba dans une maigreur si étrange, qu’elle devint comme un spectre. Le Médecin s’apperçut de quelques signes de Vers ; il donna aussi-tôt les remedes qu’il crut les plus spécifiques contre ces Animaux, & la Malade jetta par haut & par bas quantité de Vers, sans en ressentir aucun soulagement, ce qui arriva à la saint Jean-Baptiste. Après cela elle se plaignit de grandes douleurs dans les côtes & dans le bas-ventre, & elle disoit qu’il lui sembloit que quelque chose se promenoit dans son corps. Quelquefois on la contraignoit à avaler un peu de potage, mais elle le rendoit dès le moment, & le rendoit de couleur verte & jaune ; ce qu’elle vomissoit, étant gardé, se tournoit en une eau gluante, semblable à celle qu’on voit dans un alembic où l’on distile des Vers de terre. Peu de jours avant que de mourir ayant pris une médecine, elle vomit un morceau de sang caillé, après quoi elle devint si foible, qu’on n’espéra plus de guérison. Une vieille femme qui la gardoit, voyant qu’on ne faisoit plus de remede à sa Malade qui souffroit toûjours, lui appliqua sur le ventre de la fiente de Cheval toute chaude, ce qui la soulagea pendant quatre jours. Mais le mal redoubla si fortement, que la Malade vouloit se faire ouvrir le côté, pour en tirer, disoit-elle, un Animal qu’elle sentoit qui cherchoit à sortir. Peu de jours après, elle s’apperçut que quelque chose lui sortoit par le siége, elle appella aussi-tôt son mari & sa garde, qui virent l’Animal représenté dans cette planche. La Malade mourut deux jours après, d’une mort très-douce. » Nous avons fait graver cette figure sur celle dont Madame la Duchesse de Bouillon nous a fait part, laquelle a été tracée d’abord après que l’Animal fut sorti.

Il y a dans la relation manuscrite que nous avons entre les mains une circonstance qu’il ne faut point oublier, & qui n’est pas marquée dans la Dissertation de ; c’est que la peau de cet Insecte que l’on conserve dans de l’esprit de vin, est lisse & verdâtre comme la peau d’une Anguille, que son corps est sans os, que les pieds même, dont l’un paroît comme une griffe d’oiseau, n’ont point d’os non plus, & que la chair en est très-molasse, aussi-bien que l’espéce de crête qui est sur la tête.

En 1701. , Maître Chirurgien de Verneuil, écrivit à la Faculté de Médecine de Paris la Lettre suivante.

Messieurs,

« Vous voulez bien me permettre de vous écrire à l’occasion d’une femme de notre Ville, laquelle a rendu par le siége un Ver d’une figure & longueur , & lequel j’ai été requis de vous adresser. Elle l’a rendu vivant, ayant plusieurs inégalités en forme de têtes, & cheminant sur tous les nœuds cartilagineux de son corps, comme sur ses propres pieds. Il contient en sa longueur une aulne de ce Pays, étant d’une structure fort extraordinaire, quoiqu’il ait beaucoup de rapport à celui que l’on appelle le Platée. Je croi qu’il est à propos par même occasion de vous informer des symptômes qui ont précédé la sortie de cet Animal. La femme qui l’a jetté est âgée environ de quarante ans, étant d’un tempérament pituiteux & phlegmatique ; ressentant depuis long-temps des douleurs d’estomac, accompagnées d’insomnie, en sorte que le neuviéme jour du mois courant, elle fut prise le matin d’une douleur très-grande & subite, laquelle commença par le dedans de la matrice, & se communiqua bientôt après, par tout le bas-ventre, avec des frissons accompagnés de lipotimies fréquentes ; ce qui m’obligea y étant appellé pour la secourir en un tel besoin, de lui faire donner un clystère purgatif lequel réitéré trois heures après, fut suivi de tout le succès qu’on pouvoit espérer ; puisqu’effectivement tous les symptômes cesserent, ne lui restant plus qu’un peu de foiblesse ; ensuite de quoi le deuxième jour suivant elle rendit cet Animal. Je veux croire que vous trouverez bon la hardiesse que je prens en cette occasion, persuadé que je suis qu’il n’y a rien de nouveau pour vous dans la nature, & dont vous n’ayez une parfaite connoissance. Je recevrai avec une entiere soûmission le jugement qu’il vous plaira faire sur ce sujet, étant Juges souverains pour décider de tous les évenemens & prodiges qui arrivent dans la Nature ; pardonnez donc, s’il vous plaît, Messieurs, ma hardiesse & témérité d’oser entreprendre de mettre la main à la plume pour importuner une si célébre Société. C’est peut-être effet de mon ignorance qui m’y engage. Mais je suis si prévenu de toutes vos bontés, que j’espère que vous m’excuserez, puisque je suis & veux être toute ma vie avec un respect profond,

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