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Chamfort

Maurice Pellisson · 1895 · Free in the US

151,008 words · about 10 h 34 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1895 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Chamfort&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Maurice Pellisson
Language
French
Published
1895
Length
151,008 words · about 10 h 34 min
Sections
13 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (13)
  1. Front matter about 5 h 17 min
  2. Introduction about 4 min
  3. I about 10 min
  4. II about 31 min
  5. III about 35 min
  6. I about 50 min
  7. II about 1 h 16 min
  8. I about 30 min
  9. II about 34 min
  10. III about 22 min
  11. Conclusion about 4 min
  12. Appendice about 17 min
  13. Bibliographie about 5 min

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Front matter

INTRODUCTION

Les grands écrivains du xviii, dont les œuvres ont préparé la Révolution française, ne la croyaient point si proche, et, sans doute, s’ils eussent vécu, ils n’auraient pu ni voulu y jouer un rôle. On a eu raison de les nommer des philosophes ; ils n’étaient point faits pour sortir de la sphère de la spéculation. Cette société, que condamnaient leurs livres, ils s’y plaisaient en somme ; Rousseau, lui-même, l’aimait au fond. Leur intelligence s’éprit des idées de réforme ; mais elles ne passionnèrent point leur âme. Ils eussent été non seulement effrayés et indignés par les violences de la Révolution, mais surpris et choqués de ses belles ardeurs.

Qu’on songe à la conduite de leurs disciples immédiats ! Dès le début de 1789, Sénac de Meilhan et Rivarol se rangent du parti de la politique et sociale et ne tardent guère à émigrer. Marmontel, l’auteur de ce Bélisaire condamné par la Faculté de théologie, celui que Voltaire appelait illustre profès », prend peur tout de suite. Un arrêt du Conseil ayant supprimé le Journal des États-Généraux publié par Mirabeau, l’Assemblée générale des électeurs du Tiers-État de Paris protesta unanimement contre cette mesure. Unanimement ? Non. Un seul membre l’approuva ; et c’était Marmontel. — Bernardin de Saint-Pierre, qui avait été plus que le disciple, l’ami de J.-J. Rousseau, vit à l’écart et comme caché dans sa maison de la rue de la Reine-Blanche ; ainsi que le remarque Chamfort, ses Vœux d’un Solitaire (1789) retardent déjà sur ceux de la nation. Avant la Révolution, le révolutionnaire le plus brillant et le plus bruyant, c’est, sans contredit, Beaumarchais : que fait-il aux premières heures de 1789 ? Il écrit aux Comédiens français une lettre fort timorée à propos du de Joseph Chénier ! Puis il s’efface ; on n’entend plus parler de lui, sauf pour une affaire de fusils à vendre à la nation ; il s’est rallié sans doute à la Révolution, mais en homme qui la subit plutôt qu’il ne l’accepte. — En 1781, le livre de Raynal, censuré par la Sorbonne, est brûlé au pied du grand escalier ; l’auteur est obligé de quitter la France. Le 31 mai 1791, après la mort de Mirabeau, quand on venait d’obtenir pour lui la suppression de l’arrêt du Parlement qui le décrétait de prise de corps, Raynal s’empressa d’adresser à l’Assemblée un long et raide manifeste en faveur de l’autorité royale. — Les Suard, les Garat, hommes de mérite, mais sans flamme aucune, vécurent sous la Révolution avec prudence ; Garat se poussa même en bonne place ; mais on ne voit pas qu’ils aient jamais été entraînés par l’essor de cette grande époque. C’est que, pour presque tous ces hommes, les idées restèrent à la surface de leur esprit ; ils y virent sinon un jeu, au moins un pur travail, surtout un pur plaisir intellectuel ; elles n’atteignirent pas le fond de leur être. Dans leur fait, il y a une sorte de libertinage de la pensée ; ils caressaient leurs idées, ils ne les épousaient pas. Et Diderot, dans son langage spirituellement cynique, a peut-être rencontré le mot juste et qui caractérise le mieux ce qu’il manquait de sérieux intime et de sève morale à tous ces écrivains, quand il dit, au début du Neveu de Rameau : « Mes pensées, ce sont mes catins ».

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