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Tourisme, mobilités et développement régional dans les Alpes Suisses: mise en scène et valeur territoriale. Montreux, Finhaut et Zermatt du XIXe siècle à nos jours

Delphine Guex · 2016

199,443 words · about 13 h 58 min to read

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Licence: CC BY-NC-ND 2.0 · repository export licence (OAPEN) · Guex, Delphine (2016), Tourisme, mobilités et développement régional dans les Alpes Suisses: mise en scène et valeur territoriale. Montreux, Finhaut et Zermatt du XIXe siècle à nos jours, open access publisher - licensed CC BY-NC-ND 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/)

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Author
Delphine Guex
Language
French
Published
2016
Length
199,443 words · about 13 h 58 min
Sections
11 reader sections
Text
Digital text
Rights
CC BY-NC-ND 2.0 · repository export licence (OAPEN)

 

Contents (11)
  1. Front matter about 23 min
  2. Partie III about 18 min
  3. 1 about 1 h 1 min
  4. 2 about 1 h 9 min
  5. 3. Méthodologie Et Repères about 47 min
  6. 4 about 1 h
  7. 5 about 1 h 49 min
  8. 6 about 1 h 36 min
  9. 8 about 5 h 51 min
  10. Partie I Mise En Scène Et Valeur Territoriales about 1 min
  11. Partie II about 2 min

Continue:

Front matter

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Montreux, Finhaut et Zermatt du xix° siècle à nos jours

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Partie III

Développement, déclin et valeur territoriale à Finhaut, Montreux et Zermatt

INTRODUCTION NOISNIDNOID

PARTIE Il Spécificités des mises en scènes (cadres transactionnels et patrimoines) et des transactions (flux de revenus)

Figure 1. Structure de l’ouvrage. Source: D. Guex.

2.4.1. Partie I

La première partie développe une métaphore sociologique des transactions économiques territoriales qui tient compte des dimensions concrète, symbolique et marchande de la valeur. L’emprunt de concepts sociologiques à Habermas (1997 [1978]), notamment, permet de conceptualiser la dimension interactionnelle du social reposant sur diverses formes de mobilités et de combinaisons entre ces formes, des sociétés communautaires à la société postindustrielle. D’une part, on parlera de la «scène symbolique» comme espace de communication dans lequel les informations sont mobiles sur différents réseaux. En communiquant, les individus constituent le social. D’autre part, on parlera de «scène marchande » comme espace d’interaction, grâce à la mobilité sur le marché, dans des transactions commerciales ou de capitaux. Les dimensions symbolique et marchande sont ensuite liées à un espace tangible (la «scène concrète»), le territoire au sens propre (des objets, un lieu, une topographie, un climat, des infrastructures, etc.) dans lequel transitent des personnes et des biens via différents réseaux de mobilité. Ces trois dimensions, si elles sont traitées de manière séparée dans la partie théorique, sont considérées comme fondamentalement interdépendantes. Ce sont les espaces à travers lesquels se créent le social et la valeur, sur différents réseaux de mobilité.

Des récits des voyageurs du xvm® siècle à Internet, la mobilité des informations et des connaissances sur la scène symbolique se complexifie d’un point de vue spatial et temporel. On passe ainsi d'informations orales à des informations véhiculées par la presse, ou encore des informations transmises sur support digital. En ce qui concerne la fluidité des informations et du capital, Moulier Boutang (2008) parle de «capitalisme cognitif». Le jeu spatio-temporel qui s’opère sur la mobilité des informations repose là sur la digitalisation des contenus et des procédures, et ce grâce à l’utilisation intensive des nouvelles technologies de l’information. En complément aux théories économiques traditionnelles de la connaissance (Lundvall, Johnson, 1994 ; Cooke, 2001) qui insistent sur la manière dont les connaissances contribuent à la valeur par l’incorporation dans des biens mobiles, on note que la scène symbolique dépend des connaissances partagées par les acteurs (qu’ils soient consommateurs ou producteurs). Elle leur fournit des connaissances préalables indispensables pour concevoir et, éventuellement, nouer des transactions avec d’autres lieux. Dans une économie postindustrielle de plus en plus fondée sur la culture, c’est la mise en jeu de ces connaissances qui détermine en grande partie la construction de la dimension symbolique de la valeur territoriale.

Sur le plan théorique, c’est la manière dont les différentes scènes concrète, symbolique et marchande s’articuleront qui déterminera la valeur territoriale, à travers chaque valuation, chaque transaction. En raison de la prise en compte théorique du lien entre les dimensions cognitives (via le symbolique et le marchand) et physiologiques (via la dimension concrète), la valeur n’est pas comprise uniquement comme une construction totalement objectivée et rationnelle. L'économie des conventions (Eymard-Duvernay, 1989 ; Dupuy, 1989; Favereau ef al., 2002) ou encore les économies de la grandeur placent la relation entre le cognitif et le concret au centre de leur conception de la valeur; les études sur le tourisme et sur l’experience economy (Pine, Gilmore, 1999; Lorentzen, 2009 ; Sundbo, Sørensen, 2013a) apportent une explication complémentaire et déterminante: le résultat de la rencontre entre le symbolique et le concret n’est pas que rationnel, mais aussi, et peut-être surtout, expérientiel. Si l’image du Cervin véhiculée sur la scène symbolique est déterminante dans le choix d’un déplacement pour le touriste potentiel, si la qualité des moyens de transport et de l’hôtel fait également l’objet d'évaluations, ce qui se passe lors du contact direct sur la scène concrète avec la montagne ne se réduit pas à un calcul, même si ce «calcul» se situe dans un environnement social comme le suggère l’économie des conventions. C’est en reprenant le concept de valeur chez Dewey (2011) que l’on combine ces différents aspects au sein de la transaction. La valeur a une dimension d’expérience pratique, une dimension cognitive quantitative et cognitive qualitative.

Chez Dewey, l’activité de valuation consiste à «se soucier de», à prendre soin de, à veiller à, etc. Elle engage ainsi des rapports relevant de l’expérience (une forme de reconnaissance ontologique telle que la propose Honneth [2011], en deçà d’un processus cognitif) ainsi qu’une démarche rationnelle, qui n’est pas théoriquement exclue par l’auteur. La valuation est interprétée dans cet ouvrage comme une interaction sociale mettant en jeu un échange économique. Plus généralement, on n’adhère ni à une vision sur-socialisée de la société (contre les explications culturalistes) ni à une vision sous-socialisée (contre l'individualisme méthodologique). La proposition conceptuelle de transaction est considérée comme une métaphore au sens de Urry (2005), c’est-à-dire comme un «reflet conceptuel de notre compréhension de la société et de la vie sociale » (p. 35). Cette métaphore traite de la dimension « horizontale » du social, des mobilités et des réseaux.

2.4.2. Partie II

La partie I permet de poser les principes relatifs à la temporalité et à la spatialité : on y explique la nécessité de prendre en compte ces dimensions dans une perspective territoriale en sciences sociales, et on combine ces différents éléments de manière générale dans le modèle de transaction territoriale. La partie IT va au-delà des principes généraux, et présente les spécificités que peuvent revêtir ces transactions dans des situations concrètes. Elle propose une réflexion en trois temps sur la manière dont les jeux sur les spatialités et les temporalités participent, à travers les différentes formes de mobilités et de leurs combinaisons, à la création de valeur dans des cas spécifiques.

Dans un premier temps (chapitre 4), on questionne les formes de mobilité relativement à la scène marchande. En effet, dans la littérature (dans la plupart des champs de recherche), on parle généralement de l’économie de marché pour «l’économie ». Comme le relève Braudel, citant Carl Brinkmann (Braudel, 1985, p. 22), «[l’économie] se résume à [l’histoire de] l’économie de marché, [suivie] de ses origines jusqu’à sa fin éventuelle». On discutera cette analogie à travers les conceptions de l’économie de marché de Braudel (1979, 1985) et de Polanyi (2000 [1944]). Il s’agira de comprendre, au-delà du principe général d’encastrement, la manière dont l’économie structure spécifiquement les territoires au moyen de cadres transactionnels particuliers, ceux que l’on a appelés l’économie millénaire, l’économie de marché et le capitalisme. La mobilisation de la différenciation qu’opère Braudel entre les formes de vie économiques ainsi que les nuances apportées par Polanyi concernant l’économie de marché (autorégulatrice ou non) permettent de comprendre les trajectoires de développement, car les transactions accumulées dans l’un et l’autre cadre participent de différentes manières à la construction de la valeur territoriale. Dans chaque territoire, on identifie des combinaisons spécifiques de ces cadres transactionnels.

Les jeux sur la temporalité sont particulièrement évoqués au chapitre 5, où l’on traite des questions patrimoniales. Le temps qui passe laisse émerger dans nos cas spécifiques deux types d’objets matériels et immatériels valués selon leur rapport au passé, à des contextes caractérisés par d’autres combinaisons de mobilités et de valuation prédominante : le patrimoine romantique et le patrimoine industriel. Dans la relation symbolique avec l’ailleurs, les spécificités héritées sont valorisées et reproduites par la mise en scène dans le cadre de nouvelles configurations. Sur le plan diachronique, au cours de ces trajectoires, le romantisme, mais aussi la patrimonialisation des reliquats de l’industrie touristique vont participer à la construction de la valeur territoriale. L’authenticité, notamment, est ainsi abordée comme la capacité locale à mettre en scène cette relation avec le passé pour créer la valeur territoriale.

Au-delà de la question de la diversité des types de flux à un moment f, il s’agira ici de montrer également comment, au cours de l’histoire, le «tourisme» a évolué via la mobilité des consommateurs. Au chapitre 6, par le biais des présences des consommateurs, on étudie la question des flux de revenus et des modèles de développement à proprement parler (théorie de la base, urbanisation). Il s’agit en somme de donner corps, en termes de développement régional, aux valuations et aux transactions marchandes évoquées conceptuellement jusque-là, de détailler quelles sont les différents types de valuation et de flux économiques qui génèrent des revenus.

Dans la partie II, on prend des exemples tirés des cas pour expliciter un certain nombre d’outils proposés par la thèse.

2.4.3. Partie III

La troisième partie rend compte du développement de la valeur territoriale des trois cas retenus (Finhaut, Montreux et Zermatt). Les valuations, les transactions marchandes, dont le processus (partie I) et les formes (partie II) ont été précédemment décrits, sont ici considérées en ce qu’elles se sont accumulées et combinées, et en ce qu’elles ont ou non sédimenté au fil du temps pour constituer et faire évoluer la valeur territoriale. Le processus de développement repose sur les enchaînements entre l’insertion des territoires dans des formes de mobilité (tel type de consommation, de média, de mode de financement des infrastructures, etc.), sur les combinaisons de ces insertions et sur les traductions territoriales (telles configurations institutionnelles, telles infrastructures, etc.). Selon que le territoire s’insère ou non dans diverses formes de mobilités (risque de contournement si ce n’est pas le cas) et selon l’organisation locale de la scène (risque de blocage), on identifie des phases de développement ou de déclin. On relève quatre processus principaux de dynamique de mise en scène au fil du temps: deux dynamiques de développement (par l'insertion du territoire dans les mobilités et par la complexification de la scène territoriale), et deux dynamiques de déclin (déclin par contournement et déclin par blocage local).

2.5. Quelques repères concernant les cas

2.5.1. Montreux

Montreux est située dans le canton de Vaud (district de Vevey), sur la rive nordest du lac Léman (la Riviera vaudoise), en face des montagnes du Chablais, des Dents du Midi et de la Dent de Morcle (figure 2). La superficie de la commune est de 33,37 km’. Elle s’étend du bord du lac jusqu’au sommet des Rochers-de-Naye, un des sommets des Alpes vaudoises. À proximité des Rochers-de-Naye se situent les sommets de la Dent de Jaman et de la Cape au Moine. Enfin, à plus basse altitude, vers le nord, se trouvent Les Pléiades et, au-dessus de Vevey, le Mont-Pèlerin. Le col de Jaman mène quant à lui à Montbovon (France), puis au Pays-d’Enhaut (Vaud).

Montreux bénéficie d’un climat particulièrement doux (Gozzelino, Vuille, 1986). Sa situation géographique la place à labri des vents, notamment du nord, et le lac joue un rôle de régulateur thermique. On parle «d”adret lémanique » : le versant exposé au midi. L’amplitude thermique y est moins importante que dans d’autres villes du bord du lac comme Lausanne ou Genève. De plus, les pluies sont modérées. La végétation qu’on trouve aujourd’hui à Montreux rappelle celle de la Riviera méditerranéenne: pins parasols, cyprès, palmiers, etc.

À l’origine de Montreux, on trouve une ribambelle de hameaux (23)° plus ou moins disparates qui, depuis le milieu du xix° siècle, se sont agglomérés pour donner à la ville l’aspect urbain et le profil politique compact qu’on lui connaît aujourd’hui. Le lien entre ces hameaux a longtemps été celui de la paroisse qui allait du ruisseau du Burier (à Clarens, commune du Châtelard, n° 9 sur la figure 3) jusqu’à Chillon (commune de Veytaux, au milieu du rivage de cette commune sur la figure 3). Le nom de Montreux illustre ce lien ecclésiastique, puisqu'il était jusqu’au xvm? siècle environ orthographié Montru, un dérivé de «monasteriolum» (monastère) qui désignait l’église autour de laquelle se sont greffés d’autres bâtiments. On parle donc historiquement du «Cercle de Montreux», constitué des trois communes du Châtelard, des Planches et de Veytaux, bien avant la «commune de Montreux ».

€ Les altitudes de ces lieux varient: Territet, 400 m; Les Avants, 978 m; Caux, 1 095 m; Rochers-de-Naye, 2 042 m.

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MONTREUX et ses Environs

Figure 3. Les trois communes constituant le Cercle de Montreux jusqu'en 1962, et les 22 hameaux. Source: Carte de Rambert (1877) et Commune de Montreux (www. commune-de-montreux.ch).

La paroisse qui réunissait les 23 hameaux a d’abord appartenu à l’abbaye de St-Maurice, puis aux évêques de Sion (xr siècle). Après une vente de terrain de l’évêque Boniface de Challant à Girard I" d’Oron, la partie orientale de la baie de Montreux reste savoyarde, tandis que la partie occidentale appartient désormais aux seigneurs d’Oron. Dès lors, le territoire des «Planches» et celui du «Châtelard » est divisé politiquement, et le restera jusqu’à la fusion des deux communes en 1962. Au xv° siècle, l’influence de Berne va croissant: Chillon n’est plus qu’une enclave, car les Bernois sont maîtres au sud (Chablais, Aigle) dès 1475. En 1536, aidée des Genevois, Berne prend Chillon. La domination bernoise prendra fin en 1798 avec l’indépendance du Pays de Vaud, fait canton suisse par l’ Acte de Médiation en 1803.

On trouve une commission administrative (dont le président porte le titre de gouverneur) dans chaque village, soit à Veytaux, aux Planches et au Châtelard. Tous les bourgeois et propriétaires (y compris les femmes) sont éligibles à cette commission. En outre, un syndic régit la commune, en ce qui concerne l’instruction publique primaire, l’assistance des pauvres, l’administration des biens communaux, la police, la défense contre les incendies, etc. Les responsabilités du Cercle concernent l'entretien du temple paroissial, de la place de la Rouvenaz’, la haute administration du Collège et de l’École supérieure de jeunes filles (à la fin du xix° siècle). Jusqu'en 1962, trois communes constituent juridiquement le «Cercle de Montreux » (une entité paroissiale) (figure 4): Les Planches, Le Châtelard et Veytaux. En 1962, Veytaux refuse la fusion (voir Sauthier, 2013b).

Conseil du Cercle

Les a Veytaux Dhs Châtelard Communes Villages ou Veytaux Planches, Sâles-Chêne-Crin, Tavel, PS di

(Chillon)

Glion, Pertit, Clarens, Territet, Plan-Champ Dessus, Bon-Port, Plan-Champ Dessous, Verrayes, Chernex, La Rouvenaz,

Figure 4. Structure administrative du cercle de Montreux. Source : d’après Guesnet (1992).

7 La place de la Rouvenaz est l'actuelle place du Marché. Elle se situe au bord du lac, directement sous le hameau de Sûâles.

En termes de population et pendant l’ensemble de la période, Veytaux représente approximativement 5 % de la population de Montreux. Veytaux est aujourd’hui encore une commune à part entière, mais reste montreusienne d’un point de vue touristique (le château de Chillon y est situé). Dans cette publication, on parlera généralement de «Montreux» en considérant l’ensemble des trois communes du Cercle de Montreux. Néanmoins, au vu de la faible importance de Veytaux d’un point de vue quantitatif, les données concernant notamment les finances communales et les statistiques se limitent au «Montreux d’après 1962», c’est-à-dire au Châtelard et aux Planches.

30 000

25 000

20 000

15 000

10 000

5 000

Figure 5. Population de Montreux 1850-2010. Source : Recensements de la population, OFS.

1950 1970 1990 2010

MONTREUX é ; Nombre | Nombre ou D P Année | Population d’hôtels de lits Arrivées | Nuitées Dates clé 1860 4 092 18 730 ie me cr Lausanne-Villeneuve 1890 8 907 57 2987 Crémaillère Glion-Naye 1920 16 007 85 5 805 Faillite de la Banque de Montreux 1934 17 662 80 5418 65262 | 397913 Creaton de l Otice du Tourisme 1960 17 609 99 4 690 164249 | 723512 | 1967 | Festival de Jazz 1980 19 477 72 4233 146 000 | 542 000 | 1978 | Promotion économique 2000 22 235 35 2 966 153 061 | 367400 | 1992 | Auditorium Strawinsky

Figure 6. Quelques repères pour le cas de Montreux. Sources diverses.

2.5.2. Finhaut

Finhaut est une commune située dans le Canton du Valais faisant partie du district de St-Maurice. Sa superficie est de 22,8 km’, se répartissant ainsi: 2,6 % de surfaces d'habitat et d’infrastructures, 3,2 % de surfaces agricoles, 26,3 % de surfaces boisées et 67,8 % de surfaces improductives (OFS). Cette commune se situe à la frontière franco-suisse, sur la rive gauche de la vallée du Trient (figures 8 et 9). Outre son chef-lieu Finhaut situé à 1 223 m d’altitude et composé de deux hameaux séparés par une forêt, La Cotze et Le Léamont, elle comprend les villages de Giétroz et du Châtelard? (Dictionnaire historique de la Suisse en ligne). Le territoire se situe entre 600 et 2 800 mètres d’altitude. Les communes limitrophes sont Trient, Salvan (Suisse) et Vallorcine (France). Finhaut possède deux lacs: celui d’Émosson (créé par la construction du barrage du même nom) qu’il partage avec son voisin Salvan, et celui du Vieil-Émosson (créé par la construction du barrage du même nom). La route du col de la Forclaz (entre Martigny et Chamonix, via Trient et Le Châtelard- Frontière) a été inaugurée en 1957. En 1968, grâce aux travaux d’Émosson, le village de Finhaut a été relié à cette route.

FINHAUT 4 + Nombre | Nombre à uz À Année | Population d'hôtels de lits Arrivées | Nuitées Dates clé 1860 433 1 20 190g | OS

Martigny-Châtelard

1890 396 5 260 1925 | Barrage de Barberine

Liaison chemin de fer

Liaison routière Finhaut-

Victoria

Débat sur le retour 2000 328 5 117 633 1 892 2002 de la concession de Barberine

Figure 7. Quelques repères pour le cas de Finhaut. Sources diverses.

8 TI est donc question de deux « Châtelard » dans cet ouvrage : le Châtelard de Montreux (l’une des communes du Cercle de Montreux), et le Châtelard de Finhaut (la partie du village située en fond de vallée, pour une part directement le long de la route au niveau de la frontière avec la France).

ÉGIONAL DANS LES ALPES SUISSES

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2.5.3. Zermatt

Zermatt est une commune située dans le canton du Valais (Haut-Valais, germanophone), au fond de la vallée de St-Nicolas, district de Viège, à 1 608 m d’altitude (figure 11). Entourée de 29 sommets dont l’altitude dépasse 4 000 mètres, Zermatt est la troisième commune de Suisse au regard de sa superficie. La surface habitable et d’infrastructures représente 201 ha (0,83 %), celle destinée à l’agriculture 2288 ha (9,4 %), la surface boisée 1 107 ha (4,6 %), et la surface improductive 20 671 ha (85,2 %). Entre le Breithorn et le Cervin, au sud de la commune, se trouve le col du Théodule, qui constitue un lieu de passage vers l'Italie (vallée de Valtournenche) (figures 12 et 13). De cette situation géographique découlerait un climat souvent qualifié de « méridional». Selon des objets datés au C14 découverts dans la vallée et au col du Théodule, les premières traces de présence humaine dans la région remonteraient au néolithique. Si là installation des hommes pourrait remonter à l’utilisation commerciale et de transit de ce col au temps des romains, ou encore à la fabrication de vases en pierre ollaire à l’époque mérovingienne, c’est avec la colonisation de la vallée par les Walser dès le xim° siècle qu’un peuplement substantiel et permanent de la région de Zermatt est attesté (Rougier, 2002). La création de la commune de Zermatt est issue de la «fusion » des principaux hameaux en 1791° (Aroleid, Findelen, Ried, Zmutt) (figure 34). Le village de Zermatt n’est accessible que partiellement en voiture (les résidents permanents). L’accès principal se fait par le train depuis le village de Täsch.

ZERMATT 2 i Nombre | Nombre 25 ei : Année | Population d’hôtels de lits Arrivées | Nuitées Dates clé 1860 424 3 120 1865 | Première ascension du Cervin Chemin de fer 2 1890 528 12 730 1891 Viège-Zermatt 1920 740 22 1 670 1g9g | CPemin de fer du Gornergrat 1934 962 30 2115 132456 | 1929 | Maison chemin de fer en hiver 1960 2731 59 2 938 83 338 459 550 | 1947 | Télésiège Sunnegga 1980 3 548 92 5063 | 180480 885330 | 1979 | Téléphérique Petit-Cervin 2000 6025 108 6537 | 396651 | 1257468 | 2002 | Fusion des remontées mécaniques

Figure 10. Quelques repères pour le cas de Zermatt. Sources diverses.

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Figure 13. Zermatt panorama d'hiver. © Zermatt Bergbahnen AG

PARTIE I n définissant une métaphore de transaction basée sur le concept de valeur

dans une perspective pragmatique, cet ouvrage propose une recombinaison

des implications à la fois rationnelles (sur le marché et dans l’espace public) et expérientielles en jeu dans toute transaction. Cette métaphore se situe entre les lectures de Marx et les réalités antipolitiques — et souvent critiquées pour cela — de l’Actor Network Theory (ANT). La métaphore de la transaction et le modèle de la scène reposent, on l’a vu, sur trois dimensions articulées et interdépendantes : une dimension «concrète», celle de l’engagement pratique, une dimension abstraite où s'exerce la rationalité dans l’espace social, et une dimension abstraite où s’exerce la rationalité sur le marché. Ces trois dimensions permettent de proposer une théorie de la valeur (chapitre 2) réunissant divers aspects traités traditionnellement de manière indépendante dans les différents champs de la littérature (chapitre 1).

La construction de la valeur n’est pas comprise uniquement comme une construction rationnelle. L'économie des conventions (Eymard-Duvernay, 1989: Dupuy, 1989; Favereau ef al., 2002), ou encore les économies de la grandeur mettent cette relation entre le cognitif et le concret au centre de leur conception de la valeur. Les études sur le tourisme et sur l’experience economy (Pine, Gilmore, 1999 ; Lorentzen, 2009; Sundbo, Sørensen, 2013a) apportent une explication complémentaire et déterminante: le résultat de la rencontre entre le symbolique et le concret n’est pas que rationnel, mais aussi, et peut-être surtout, expérientiel ; si l’image du Cervin véhiculée sur la scène symbolique est déterminante dans le choix d’un déplacement pour le touriste potentiel, si la qualité des moyens de transport et de l’hôtel fait également l’objet d'évaluations, ce qui se passe lors du contact direct avec la montagne sur la scène concrète ne se réduit pas à un calcul. C’est en reprenant le concept de valeur chez Dewey (2011) que l’on combine ces différents aspects au sein de la transaction.

D'un côté, du point de vue de l’économie territoriale, on parle assez volontiers de valeur dans la littérature récente, mais pour penser les innovations du côté du marché, dans une perspective de production-consommation, etc. (Grabher et al., 2008). D'un autre côté, quand il est question de rapport à la production, on parle généralement de création de ressources (Kebir, Crevoisier, 2004; Pecqueur, 2001), puis, plus loin, de connaissances et de combinaisons/composition des facteurs de développement représentant in fine la valeur économique et le développement territorial. En partant d’une triade constituant le concept de valeur, on peut considérer la valeur dans une perspective plus large: la valeur, dans un processus transactionnel, qu’il relève soit de la production soit de la consommation, dans ses enjeux concrets et abstraits, dans sa valeur d'usage comme dans sa valeur d'échange. Au regard de la dialectique marxienne de la valeur, la perspective va au-delà du travail, mais concerne l’ensemble du processus transactionnel. L'usage et l’échange concernent autant l’acteur « producteur» que l’acteur «consommateur », tous deux en interaction sur la scène territoriale.

Le chapitre 1 présente différentes approches utiles pour informer théoriquement notre problématique : les approches économiques classiques, le courant hétérodoxe, les sciences sociales. La discussion de ces approches fait émerger les enjeux socioéconomiques du tourisme en tant qu’objet et les enjeux méthodologiques y relatifs. Finalement, à partir du tourisme, nous montons en généralité au niveau de la notion de mobilités, notion empruntée à Urry (2005) et à travers laquelle nous positionnons notre approche au regard des sciences humaines et sociales.

Le chapitre 2 décrit un des apports de cet ouvrage: une métaphore sociologique compréhensive et spatiale des transactions économiques territoriales, qui tient compte des dimensions symbolique et concrète de la valeur. La transaction nous permet de conceptualiser ensuite un modèle heuristique de développement: la scène territoriale. Elle met en jeu des acteurs sur des entités spatiales (le local et le global), des mobilités et des structures.

Dans le chapitre 3, enfin, sont introduits les éléments méthodologiques ainsi que quelques repères historiques et géographiques.

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LE TOURISME AU CARREFOUR DES MOBILITÉS EN SCIENCES HUMAINES omment expliquer les différentes trajectoires de nos trois cas ? Les approches

classiques en économie (tendance néo-marginaliste) (point 1.1.) laissent

subsister d'importantes lacunes : elles n’offrent pas les outils satisfaisants pour faire sens des enjeux spatiaux et temporels de la problématique de recherche. De nouvelles perspectives peuvent être recherchées dans les approches économiques hétérodoxes (point 1.2.). Dès lors, la question de recherche évolue: comment peutont comprendre, d’un point de vue économique territorial, les différentes trajectoires de stations touristiques? La discussion de ces approches hétérodoxes au regard du tourisme amène à considérer le tourisme tel qu’il est abordé généralement en sciences sociales: dépourvu, ou presque, de toute considération relevant de l’économique (point 1.3.). Cette discussion permet d’aborder ainsi des considérations importantes et plus générales sur le rapport des sciences sociales à la problématique du marché, et sur l’importance des représentations de ce dernier dans le tourisme lui-même. Dans le dernier point (point 1.4.), en nous inspirant de Urry (2005) et en partant de la notion de mobilité touristique, nous proposons une discussion théorique autour d’une plus large conception des mobilités afin d’articuler les différents champs, et les enjeux épistémologiques et méthodologiques de recherche. Il sera temps alors de préciser les différents statuts des étapes de la démarche de recherche réunis dans ce manuscrit.

1.1. LES ANALYSES ÉCONOMIQUES : UNE APPLICATION DES PRINCIPES NÉO-MARGINALISTES DANS LE CHAMP DU TOURISME

Théoriquement, le tourisme est un «champ d’application privilégié pour les concepts et les modèles économiques» (Caccomo, Solonandrasana, 2006, p. 14). En effet, il s’agit d’une industrie mondialisée, produisant des biens complexes", où les firmes internationales tiennent une place importante, où pèsent également fortement les externalités, et où la dimension technologique et les problématiques de l’information sont importantes. Dans la tradition économique, le tourisme est systématiquement considéré comme un «phénomène complexe» pour cette raison: il est difficilement quantifiable, parce que fondamentalement dépendant de variables qualitatives. C’est également un phénomène exceptionnel, puisque malgré la crise de la fin des années 2000, le tourisme ne faiblit pas dans le monde: son potentiel est énorme et croissant!!. Toutes ces raisons devraient en faire un objet de recherche privilégié des sciences économiques ! Or la richesse et la complexité de l’objet en font un sujet peu traité par la recherche fondamentale (par rapport à l’industrie traditionnelle ou encore la finance).

Les études économiques sont marquées par leur dimension quantitative. D’un point de vue statistique, le tourisme «en tant que tel» reste difficile à embrasser, par exemple au niveau de l’emploi. Les effets multiplicateurs de ce qui est considéré comme un secteur restent notamment difficiles à saisir. Dans une perspective historique, la complexité est encore plus flagrante. Plusieurs historiens ont eu pour ambition de récolter des données permettant de reproduire pour des époques antérieures les modélisations et autres outils statistiques à la disposition des économistes contemporains. Dans le cas du tourisme, les contraintes méthodologiques s’ajoutent ici aux limites épistémologiques. Ainsi, Senn (1918), Hunzinker (1947), Püntener (1994) ou encore David (2003) se sont efforcés de calculer la valeur ajoutée du secteur de l'hôtellerie. Au-delà des chiffres recueillis — Püntener estime par exemple que la part du tourisme dans le PIB aurait augmenté en continu de 1855 à 1895, pour atteindre 4.6 % —, on retient les divergences concernant ces données!” et les nombreuses réserves émises corrélativement à propos de ces résultats, qui ne sont toujours que des estimations, basées sur des statistiques dont les nomenclatures évolutives rendent difficile toute procédure comparative strictement quantitative.

Par rapport à la question de recherche, diverses traditions de recherche pourraient a priori apporter un éclairage. Dans le cas de la Nouvelle Géographie Economique

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