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Traité théorique et pratique des maladies de l'oreille et des organes de l'audition

Jean-Pierre Bonnafont · 1860 · Scanned text · Free in the US

251,005 words · about 17 h 35 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Jean-Pierre Bonnafont
Language
French
Published
1860
Length
251,005 words · about 17 h 35 min
Sections
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Contents (12)

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Front matter

mJ5

■K

Vf

Preface

tude exceptionnelle viendra à l'appui de cette opinion. Il y a là un sujet d'études très-intéressantes dont nous sommes heureux d'avoir fixé les premiers jalons.

Dans les divisions des matières de notre livre, nous avons cherché l'ordre le plus simple et le plus clair en procédant du simple au composé et de dehors en dedans.

Ainsi après avoir consacré quelques pages rapides à l'anatomie de l'oreille moyenne et à l'exposition de la nouvelle théorie des mouvements de la membrane du tympan et des osselets, sous l'influence des muscles pétro-malléal et pyramido-stapéal, suivant les sons qui viennent impressionner l'oreille, nous passons à la description des maladies du pavillon de l'oreille, du conduit et de la membrane du tympan. De là nous reprenons les maladies de la trompe d'Eustache, de la caisse et enfin de la partie interne de l'appareil de l'ouïe. Nous avons soumis à un scrupuleux examen et à une discussion sérieuse les doctrines émises ainsi que les médications proposées par les divers praticiens qui nous ont précédé ; et après leur avoir accordé leur part d'éloges, aussi souvent qu'ils nous ont paru les mériter, nous n'avons pas craint de faire ressortir ce qu'il y avait d'incomplet dans leurs ouvrages.

Ma position tout exceptionnelle a retardé de plusieurs années la publication de cet ouvrage ; car les recherches qu'il a exigées ne pouvaient se faire qu'à Paris ; mais je ne m'en plains pas, car le temps, s'il a modifié quelques-unes de mes idées, en a aussi corroboré beaucoup d'autres.

Je ne terminerai pas sans témoigner ma bien sincère reconnaissance aux personnes dont le concours bienveillant, en me fixant ici, m'a permis de poursuivre et de terminer une œuvre que je méditais depuis longtemps.

TABLE DES FIGURES

INTERCALÉES DANS LE TEXTE.

Fig. Pag-

1 Intérieur de la caisse du tympan G

2 Otoscope de Tauteur ^ -^

3 Otoscope modifié 45

4 Sondes 66

5 Position de la sonde dans les fosses nasales 67

6 Pinces de l'auteur pour le cathétérisme 68

7 Cathétérisme . • 69

8 Bougies 86

9 Canule plate de Vidal et canule recourbée de M. Henri d'Escoth. . . . 174

10 Pinces diverses de l'auteur pour l'extraction des corps étrangers.. 176

1 1 Pinces pour l'opération des polypes 240

12 Bistouris et érignes 246

13 Canule pour la perforation de la membrane du tympan 369

1 4 Mécanisme de l'instrument, avec système à ressort 370

1 5 Canule à ailerons 374

16 Scarificateur à trois lames 376

1 7 Appareils à injections de vapeurs contre le catarrhe chronique de la

trompe et de la caisse 432

18 Seringue à canule longue 526

19 Porte caustique 526

20 Cornet acoustique 589

21 Dactylologie française 638

22 Dactylologie anglaise 639

TRAITÉ PRATIQUE

DES

MALADIES DE L'OREILLE

ET DE L'AUDITION

Introduction

C'est depuis un demi-siècle environ que les maladies de l'appareil de Taudition occupent la place qu'elles méritent dans la nosologie; et l'honneur d'avoir donné l'élan à l'étude de cette branche, si négligée, de la pathologie, revient à un praticien français, au célèbre Itard, dont l'ouvrage (1) restera comme un monument, autour duquel convergeront tous ceux qui serontpubliés sur le même sujet. Nous répéterons donc, avec ce praticien, que de toutes les maladies qui affligent l'espèce humaine, il en est peu qui exigent des études plus exclusivement spéciales que celles qui siègent à l'appareil de l'ouïe.

On comprend facilement en effet, qu'un appareil dont les organes, profondément cachés, ne communiquent à l'extérieur que par un tube fort étroit, doit exiger, pour son examen d'abord, et ensuite pour l'emploi de toute espèce de médication, des instruments spéciaux dont l'usage demande du temps, du savoir et une certaine habileté.

Il ne faut pas se le dissimuler, c'est à l'ensemble de toutes ces difficultés qu'est due la négligence apportée généralement à l'étude pathologique de cet appareil. Et qu'on ne vienne pas

(I) TraiU des maladies de l'oreille et de l'audition, 1^ édition. Paris, 1842. 2 vol. in-8.

dire que ce sont les nombreux insuccès qui ont éloigné les praticiens d'accorder à cette branche de la thérapeutique la même confiance qu'ils accordent à toutes les autres : là ne peut être la raison principale de cette exclusion ; car il y a autant et plus peut-être de maladies de l'oreille susceptibles de guérir, que de maladies des yeux, par exemple; et, si l'appareil auditif était aussi superficiellement situé que celui de la vue , sa pathologie serait étudiée avec autant de fruit, et sa thérapeutique pratiquée avec autant de succès.

Si Fon se donnait la peine d'établir le parallèle des maladies nombreuses qui prennent naissance dans le conduit auditif externe avec celles qui se fixent sur les paupières, on trouverait que le nombre en est aussi grand, et leur curabilité aussi probable; celles qui se développent dans les trompes ainsi que dans l'oreille moyenne, ne le cèdent certes pas à celles de la cornée et des différentes membranes de Fœil ; et je suis bien convaincu que le traitement des premières, fait en temps opportun, est suivi d'un résultat plus satisfaisant ;~et enfin, si l'on compare la variété des lésions que peut offrir la membrane du tympan avec celles du cristallin, le doute n'est pas permis.

Quant aux altérations de l'oreille qui se compliquent de celles des nerfs auditifs, les chances de leur guérison ne sont ni plus ni moins grandes que celles des yeux qui se compliquent de la lésion de la rétine ou des nerfs optiques.

La même médication étant à peu près applicable aux unes et aux autres, il n'y a pas de raison pour traiter à outrance les maladies des yeux et pour condamner à une incurabilité complète les maladies des oreilles. C'est pourtant ce qui se fait tous les jours ; et de là, l'arrêt téméraire que bien des médecins prononcent contre les personnes qui viennent leur demander conseil.

Combien de surdités qui finissent par la paralysie des nerfs et qui auraient cédé à une médication rationnelle, appliquée en temps opportun ! .... Ne voit-on pas tous les jours des ophthalmies légères et négligées d'abord , envahir peu à peu tout l'organe et finir par la cécité? Nous le répétons encore , les connaissances en otologie ne sont pas au niveau de celles des autres branches de la science médicale, et il faudra encore bien des années pour qu'elles égalent l'étude des yeux.

Mais l'élan est donné; car cette étude, reléguée naguère entre les mains de quelques spécialistes peu soucieux de leur honorabilité professionnelle, devient, depuis quelques années, en différents points de TEurope, celle d'hommes consciencieux et de praticiens distingués dont les travaux font espérer un progrès réel auquel je serais heureux de contribuer en apportant le faible tribut de mes connaissances.

Telle est la mission que je me suis donnée, et à laquelle, malgré les difficultés que j'ai rencontrées, je suis disposé à consacrer encore mes veilles.

J'aurais voulu faire précéder cet ouvrage de la description des organes qui composent l'appareil de l'ouïe ; mais, a l'exemple de Krammer, j'ai pensé que ne voulant écrire qu'un traité spécial de pathologie auriculaire, l'anatomie de cet appareil devenait moins utile, puisque mon livre ne pourra être consulté avec fruit que par les personnes qui y seront déjà initiées. Je ferai seulement exception pour le petit appareil de l'oreille moyenne, parce que les idées nouvelles que j'ai émises sur la membrane du tympan, la chaîne des osselets et leurs muscles, différant essentiellement de celles généralement professées, il importe de leur donner une nouvelle publicité, ne serait-ce que pour les soumettre à la critique et au jugement de mes lecteurs.

On sait que les principaux moteurs des petits organes qui composent l'oreille moyenne sont les muscles internes du marteau et de l'étrier. Quant aux autres muscles de la cavité du tympan , ils ne participent que bien faiblement à ces mouvements. Le muscle antérieur du marteau ne paraît pas mériter, selon moi, le nom de muscle : entièrement composé de fibres blanches et ligamenteux ses, il semble plutôt destiné à fixer le marteau dans la position qu'il occupe. Peut-être aussi ce muscle devrait-il être rangé dans les tissus qui, par leur organisation, tiennent le milieu entre les muscles et les ligaments, et qu'on a appelés tissus élastiques ; ce qui viendrait à l'appui de cette opinion, c'est que chez quelques mammifères, on voit ces tissus remplacer les muscles qui, chez l'homme et le singe, meuvent les osselets de l'oreille. J'ai trouvé ces tissus très-bien décrits dans un mémoire de M. Laurent (1), et dans VAnatomie générale de Béclard. Quant au muscle externe du marteau , non-seulement je ne l'ai pas ren-

contré dans un grand nombre de sujets, mais je n'ai pu encore, à cause de la ténuité de son tendon, lorsqu'il existe, analyser son action sur la chaîne des osselets.

Les détails physiologiques qu'exige la description d'organes si petits, pouvant être difficiles à comprendre pour les personnes qui n'ont pas fait une étude spéciale de l'anatomie de l'oreille , j'ai cru, atui d'être plus clair, devoir rapprocher les mouvements de la chaîne des osselets de ceux des organes de la locomotion, et les soumettre aux lois de la mécanique qui régissent ces mouvements. C'est ainsi que, la pièce anatomique sous les yeux, en provoquant* des contractions artificielles dans chacun de ces muscles, j'y trouve l'application de tel ou tel genre de levier.

Mais, avant d'entrer en matière, j'aurai l'honneur de proposer pour les muscles de la chaîne des osselets de nouveaux noms fondés sur la nomenclature de Chaussier.

Je citerai, en passant, les paroles de ce célèbre professeur pour faire ressortir les avantages de la classification des muscles : « Chaque dénomination est, en quelque sorte, la description abrégée d'un muscle ; elle en retrace à l'esprit une image claire et précise; et en exprimant les deux points d'attache opposés, elle rappelle en même temps (ce qu'il importe le plus de ne pas oublier), la description essentielle, la direction et l'action principale. »

Ainsi au lieu de dire : muscle interne du marteau, je dirai : muscle pétro-malléal , parce que, d'une part, il s'attaque à la surface rugueuse que présente la portion pierreuse du rocher [petra), et de l'autre, à la courte apophyse du marteau {mallevs) au lieu de : muscle antérieur, je dirai : muscle sphéno-malléal , parce que, d'un côté, il prend son point d'insertion à l'apophyse épineuse du sphénoïde, et, de l'autre, à la longue apophyse du marteau dite improprement de Raw^ ; au lieu de : muscle de rétrier, je dirai : muscle pyramido-stapéal , parce que la pyramide du rocher lui sert d'attache, et que de là il se porte à la tête de l'étrier.

Ces nouvelles dénominations me paraissent aussi avantageuses pour les muscles de l'oreille que pour tous les autres muscles de l'économie, et je suis vraiment surpris que Chaussier ne les ait pas comprises dans sa nomenclature méthodique. Rien de plus vague, selon moi, que les noms de muscle antérieur ou interne du marteau et de l'étrier, tandis que, pour peu qu'on se

INTRODUCTION. S

rappelle les dispositions ostéologiques de la lête^ avec ces nouveaux noms^ on aura une idée exacte de la longueur et de la direction de ces petits muscles.

Je proposerai aussi les noms suivants pour désigner les différentes articulations de la chaîne des osselets. Ainsi^ je désignerai par articulation malléo-tympanale, celle du manche du marteau avec la membrane du tympan; pyramido-stapéale, celle de Tenclume avec l'étrier, celle de Tos lenticulaire ne me paraissant pas mériter de nom particulier ; enfin^ par stapéo-vestibulaire, celle de Fétrier avec la fenêtre ovale ou vestibulaire.

J'adopte de préférence ces dénominations, parce que, en rendant mes phrases plus concises, elles me dispenseront d'une foule de répétitions.

Muscle pétro-malléal ou interne du marteau. — Ce muscle prend naissance sur la surface rugueuse de la face intérieure du rocher et, en partie, sur la partie supérieure du cartilage de la trompe d'Eustache. Il forme un faisceau pâle et long qui se dirige d'avant en arrière , et de dedans en dehors , dans un canal spécial creusé dans la portion pierreuse du rocher, et séparé du conduit d'Eustache par cette lame osseuse ^ mince-, qui porte le nom de hec de cuiller. Arrivé dans l'oreille moyenne, son tendon se réfléchit sur une petite poulie osseuse, et se porte ensuite en dehors pour aller s'attacher au-dessous de la longue apophyse du marteau .

Lorsqu'il se contracte, ce muscle fait exécuter au marteau un mouvement de bascule par lequel le manche est tiré en dedans et un peu en avant, et la tête en arrière et un peu en dehors. La membrane du tympan est-elle tendue ou relâchée dans ce mouvement? Bichat, Meckel, Mûller, M. Adelon, et tous les physiologistes que j'ai consultés, répondent qu'elle est tendue. Si, après avoir mis à découvert l'oreille moyenne, et conservé soigneusement toutes les connexions qui existent entre les parties qui s'y trouvent, on exerce de légères tractions sur le muscle péti o-malléal ou interne du marteau , on voit distinctement à lœii nu, et mieux encore avec une loupe, la membrane du tympan suivre les mouvements du manche de cet os. Comme cette membrane présente une convexité très-sensible en dedans , elle ne saurait être tendue dans tous les sens, sans qu'une puissance agisse dans une direction perpendiculaire à l'axe de cette surface. C'est ce qui n'arrive pas dans ce cas, puisque le manche du mar-

INTRODUCTION.

teau, tiré en dedans et un peu en avant, doit entraîner avec lui cette membrane, tendre, par conséquent, les fibres situées à la partie postérieure, et relâcher celles qui sont devant lui : c'est ce qu^on observe de la manière la plus évidente, et ce qui n'a point été noté par les physiologistes. On voit alors la portion de la membrane située en arrière de l'articulation malléo-tympanale tendue , tandis que celle qui est au-devant présente un pli d'autant plus sensible, que Faction du muscle a été plus prononcée. Nous allons voir cette cloison inversement tendue et relâchée par l'action du muscle^e l'étrier.

Muscle pyramido-stapéal , ou de Vétrier, — Ce muscle, se dirigeant presque directement en avant, et un peu de dehors en dedans, sort de la pyramide, et va s'attacher à la partie postérieure de la tête de l'étrier, auquel il fait éprouver un mouvement de bascule par lequel la partie postérieure de la base est portée en arrière et un peu en dehors, en s'éloignant de la fenêtre ovale, tandis que la partie antérieure se porte de suite en arrière, de sorte que l'angle formé par cette partie de la base avec la branche antérieure de l'os, s'apphque fortement contre la fenêtre ovale. L'étrier exécute ainsi un mouvement de rotation autour d'un axe qui pourrait être placé auprès de la tête de cet os, ou

mieux, à l'articulation incu- ^^ m" do-stapéale. Ce mouvement

représenterait ainsi un le v ier interpuissant. L'étrier ayant des connexionsintimesavec toute la chaîne des osselets, ses mouvements se communiquent nécessairement à cette dernière. {Fig. 1.)

La tête de cet os, tirée en dehors et un peu en avant, entraîne avec elle la branche antérieure et inférieure de l'enclume. Par cette impul- \° un mouvement de bascule à peine sion, cet os sensible ; 2"

exécute

un mouvement de rotation autour d'un axe

(1) Fjg. 1. Intérieur de la caisse du tympan : — t, membrane du tympan, qu'on peut placer dans l'angle rentrant formé par la réunion de ces deux branches; alors la branche antérieure est entraînée en arrière et un peu en dehors^ la branche supérieure en haut et un peu en dehors aussi, et le corps directement en avant.

Le marteau exécute à son tour un mouvement assez sensible de bascule d'avant en arrière ; la tête, qui s'articule avec le corps de l'enclume, est poussée par ce dernier en avant. Comme le marteau est fixé par sa partie moyenne à l'anneau tympanal, cette articulation devient le point fixe de tous les mouvements dont cet os est susceptible. Dans ce cas, la tête étant portée en avant, le manche devait se porter en arrière : c'est ce quj^a lieu.

La membrane du tympan subit à son tour la conséquence de ce mouvement. Elle est tirée d'avant en arrière, et un peu de haut en bas ; toute la partie de cette membrane, qui se trouve en avant de son articulation avec le manche du marteau, est tendue, et la partie postérieure relâchée.

D'après ce que nous venons de dire, on voit que la membrane du tympan se tend à la partie antérieure, et se relâche à la partie postérieure du point où s'insère le manche du marteau, sous l'influence du muscle pyramido-stapéal : nous avons observé un effet contraire, produit par l'action du muscle pétro-malléal.

Ces deux muscles sont donc congénères quant à leur action comme tenseurs de la membrane du tympan ; mais ils sont antagonistes quant à la manière dont ils la tendent séparément. Ce n'est que sous l'influence simultanée de ces deux puissances que la membrane se trouve totalement tendue, parce qu'alors la résultante de ces deux forces passant juste à l'articulation malléo-tympanale, il s'ensuit que le manche du marteau est porté directement en dedans.

Je ne dirai rien sur l'action du muscle sphéno-malléal, puisque je n'ai encore pu parvenir à l'analyser, malgré tous les efforts

formant la paroi externe de la caisse; m', manche du marteau, dont l'extrémité s'appuie sur le milieu du tympan; m", tète dil marteau s'articulant avec l'enclume en ; m'", apophyse qui naît au-dessous du col du marteau, s'enfonce dans la scissure glénoïdale, et donne aliache par son extrémité au muscle antérieur du marteau ; m"", muscle interne du marteau ; en, l'enclume, dont la branche horizontale s'appuie contre la paroi de la caisse, et la branche verticale s'articule avec l'os lenticulaire /; et, l'étrier, dont la base s'appuie sur la membrane de hi fcncire ovale; k, le muscle de l'étrier.

que j'ai faits. Quant au muscle supérieur externe du marteau^ je le considère comme un ligament élastique destiné à fixer le marteau dans sa position, et susceptible, par son élasticité, de se prêter aux divers mouvements de cet os, c'est-à-dire qu'il peut s'allonger et se raccourcir, selon l'urgence de ces mouvements.

Malgré la dissidence d'opinions qui règne entre les physiologistes, sur les propriétés contractiles des tissus élastiques, je pense que celui-ci est seulement élastique et nullement contractile ; que ses mouvements de tension et de relâchement sont tout à fait passifs et dépendent entièrement de l'étendue du déplacement ç^u'éprouve le marteau par l'action d'autres puissances actives qui le mettent en mouvement.

Le célèbre professeur J. Mùller (i) dit à son tour que ce que l'on appelle muscles externe et antérieur du marteau ne sont pas des muscles, mais de simples ligaments. Il n'admet, comme moi, que les muscles internes du marteau et de l'étrier.

Edouard Hagenbach (de Bâle) n'a pas été plus heureux, car il dit : « Ce muscle externe ou antérieur de quelques auteurs (/axator major) n'existe pas constamment; je n'ai pu découvrir à sa place qu'un petit faisceau tendineux existant quelquefois, mais trop faible pour mouvoir le marteau. »

Après ce court exposé, je vais essayer de tirer quelques conséquences physiologiques, relatives à l'audition, des mouvements partiels ou généraux de tension et de relâchement qu'éprouve la membrane du tympan.

Je crois cette membrane composée de fibres divergentes, qui partiraient toutes de l'articulation malléo-tympanale, et iraient en rayonnant se terminer à l'anneau tympanal, de la même manière que les raies d'une roue partent du moyeu, et vont se fixer aux jantes qui représentent très-bien l'anneau tympanal.

Si les moyens que j'ai employés ne m'ont pas permis de constater cette organisation, il me semble, d'après les mouvements de cette membrane et le rôle qu'elle paraît destinée à remplir, qu'il doit en être ainsi. G. Breschet (2) la dit composée de fibres aponévrotiques ', et, bien avant lui, Dumas, Kesner et Autenrieth

(1) Manuel de physiologie, Paris, 1851.

(2) Recherches anatomiques et physiologiques sur l'organe de l'ouïe et sur l'audition chez l'homme et les animaux vertébre's. Paris, 1834, in-4°.

avaient avancé qu'elle était composée de plusieurs cordes qui entraient en vibration sous Tinfluence de tel ou tel son. M. Toynbée, qui a fait de si intéressantes recherches sur la structure du tympan_, assure que cette membrane se compose d'une couche de fibres radiées.

Afin qu'on puisse mieux comparer mes idées avec celles des auteurs qui sont relatées dans les traités de physiologie que j'ai consultés, j'ai cru devoir reproduire les opinions, qui y sont généralement professées j sur le mécanisme de la chaîne des osselets et de la membrane du tympan.

Au milieu de la grande dissidence qui règne entre toutes les explications données, on verra que celles de Cotugno, de Ghaussier et de Kesner sont celles qui se rapprochent le plus de la nôtre. C'est avec les pièces anatomiques sous les yeux, sans aucun ouvrage, et par conséquent, loin de l'influence que pourraient exercer sur l'esprit les opinions des auteurs, que j'ai revu ce point, et j'ai eu la satisfaction de constater que ces idées (à quelques exceptions près) ne paraissent être que le complément de celles émises par ces trois célèbres physiologistes.

Béranger, de Carpi, a dit que, mus par l'air agité, les osselets frappent l'un sur l'autre, et forment ainsi le son. Massa prétendit que le marteau seul frappait, non sur l'enclume, mais sur la membrane du tympan. Ingrassias pensait que l'air extérieur, mû en cercle par le corps sonore, comme l'eau frappée par une pierre, heurte la membrane du tympan, agite l'air inné, enfermé dans la caisse, et que celui-ci, aidé des oscillations de la membrane et de l'action d'un muscle, met en mouvementle marteau, puis l'enclume et l'étrier. Manfredi a cru, au contraire, que les osselets ne sont susceptibles d'aucun mouvement. Duverney pensait que le manche du marteau se portait en dedans par l'action du muscle interne seul, ou agissait de concert avec le muscle externe. Il croyait tous ces mouvements indépendants de la volonté. Selon Aranzi, le muscle interne porte le marteau en avant et en dedans, loin de l'enclume restée immobile, tandis qu'au moyen de l'apophyse recourbée de cet osselet, la membrane du tympan, poussée en dehors, se met en rapport avec l'air extérieur. Cotugno a fait voir que le manche de cet osselet est dirigé dans le vestibule par l'action de son muscle interne, tandis que la tête est dirigée en dehors avec la base de l'enclume, de telle sorte que l'extrémité libre du marteau se trouve parallèle à la face interne du tympan, et que l'os lenticulaire et l'étrier sont disposés sur une ligne horizontale. L'étrier est tiré en dedans et en dehors par son muscle propre, et la partie postérieure de sa base pénètre dans le vestibule, sans que sa partie antérieure s'éloigne en aucune façon du bord de la fenêtre. Enfin l'illustre Chaussier avait pressenti l'action que le muscle de l'étrier pouvait exercer sur toute la chaîne des osselets, quand il dit que ce levier agit par un mouvement de bascule, et que c'est le muscle de l'étrier qui porte son action sur la membrane du tympan, et ceux du marteau sur la membrane vestibulaire.

M. Flourens a constaté aussi la l'elation qui existe entre l'étrier et la membrane du tympan, lorsqu'il dit : « Quand on remue le manche du marteau par le tympan, on voit, à travers une ouverture faite à cette cloison, la platine de l'étrier qui se meut, et réciproquement, quand, par cette même ouverture, on remue la platine de l'étrier, on voit le manche du marteau et le tympan se mouvoir. »

M. Adelon (1) avoue que, vu la dissidence de toutes ces explications, il y a beaucoup de choses ignorées. Itard, dont le nom ne peut être trop cité dans la matière, n'a donné, que je sache, d'autres explications que celles que je viens d'annoncer sur le mécanisme de la chaîne; mais il pense que la membrane du tympan doit exécuter de légers mouvements, sous l'influence des osselets avec lesquels elle s'articule.

Ce physiologiste réfute très-heureusement l'opinion de ceux qui considèrent les osselets de l'ouïe et la membrane du tympan comme n'étant qu'à l'état rudimentaire, et entièrement inutiles à l'audition. Partageant l'avis d'Itard, je considère le petit appareil locomoteur de l'oreille moyenne non comme un rudiment, mais comme étant, dans le plus parfait développement, nécessaire au mécanisme de l'ouïe ; et son intégrité me paraît si nécessaire au sens auditif, que, du moment où il y survient quelque altération, elle est suivie d'un dérangement dans la perception des sons. Du reste, je me félicite de pouvoir citer, à l'appui des idées que j'émets sur le rôle des osselets de l'ouïe dans le mécanisme

[1) Physiologie de l'homme, '2e éàifParis, \SSi.

de raudition^les expériences très-curieuses que j'ai trouvées dans l'ouvrage de M. Flourens (1). Bien que ce savant académicien n'ait expérinaenté que sur les oiseaux, les résultats qu'il a obtenus à cette époque se trouvent confirmés par ceux que m'ont donnés les expériences très- nombreuses que j'ai faites sur l'homme. On comprend combien j'ai été heureux de trouver mes résultats en harmonie avec ceux d'un expérimentateur aussi habile. Voici ce que dit M. Flourens, après avoir, tour à tour, enlevé sur des pigeons la membrane du tympan, tous les osselets successivement jusqu'à rétrier lui-même : « La destruction de la membrane du tympan, ainsi que des osselets, l'étrier excepté, n'apporte qu'une légère perturbation dans l'ouïe ; mais après l'ablation de rétrier, cettte fonction est beaucoup plus sensiblement diminuée, et elle disparaît peu de temps après. [» Puis, pour s'assurer des véritables fonctions de cet os, M. Flourens, avec son habileté expérimentale, l'a détaché de la fenêtre ovale, en réservant ses attaches avec les autres osselets. Il a remarqué que, tant que l'os était isolé de la fenêtre ovale, l'animal entendait à peine, et que, dès qu'il le remettait en place, l'ouïe se rétablissait : certes ! il n'est pas possible de démontrer d'une manière plus évidente le rôle assigné à cet osselet.

Dans un travail quej'ai lu àl'Académie de médecine en 184.3 (2), j'ai avancé le même principe ; seulement, j'ai été plus absolu, quant à l'importance du rôle de cet osselet chez l'homme; j'ai trouvé que l'ouïe peut se maintenir à un degré variable par la perte de la membrane du tympan, et de tous les osselets, excepté l'étrier ; mais que la perte de cet os m'a paru entraîner toujours la surdité. J'ai été à même d'examiner plus de vingt personnes, présentant cette lésion pathologique, et toutes étaient affectées d'une surdité incurable.

Voici comment j'explique ce phénomène : l'étrier adhère par sa base à la fenêtre ovale, qu'il ferme complètement ; il sert par conséquent à retenir dans le vestibule le liquide de Cotugno. Comme ses adhérences sont très-intimes, il ne saurait être enlevé sans déchirer la membrane de la fenêtre ovale et sans

(1) Recherches expérimentales sur les proj)riétés et les fonctions du système nerveux, 2" édition. Paris, 1842, p. 444.

(2) Bulletin de l'Académie de médecine. Paris,'l842-l843, t. VIll, p. 1211.

donner issue au liquide contenu dans le vestibule ; ce n'est donc pas, à proprement parler, la perte de l'os qui occasionne la surdité, mais bien plutôt la fuite du liquide qui s'échappe par l'ouverture résultant de cette ablation. Il est donc probable que, chez l'homme, comme chez les animaux, soumis à l'expérimentation de M. Flourens, la surdité ne suit pas immédiatement la chute de l'étrier, parce que l'écoulement du liquide intérieur, nécessaire à l'audition, peut ne pas se faire immédiatement, et dès lors, l'ouïe se conserver à des degrés différents, pendant plus ou moins de temps, jusqu'à |, son épuisement complet. N'ayant observé que des individus dont l'affection était ancienne, je n'ai pu étudier toutes ces phases ; je suis convaincu qu'elles suivent la marche progressive indiquée par M. Flourens de la manière suivante : « Une remarque particulière, et que je ne dois pas omettre, dit ce - savant, c'est que la destruction des parois du vestibule, de la membrane, des fenêtres ronde et ovale, bien qu'elle n'abolisse pas sur-le-champ l'audition, finit toujours au bout d'un temps plus ou moins long par la détruire. L'étrier est de toutes ces parties celle dont la perte entraîne le plus tard la perte de l'audition. » On comprend en effet qu'après la destruction des parois du vestibule, des fenêtres ovale etronde, le liquide contenu s'écoule bien plus vite qu'après la perte de l'étrier seul : voilà pourquoi, selon moi, l'audition se maintient plus longtemps après la chute de cet os seulement.

E. Geoffroy Saint-Hilaire, de si célèbre mémoire, bien qu'il accordât une importance beaucoup moins grande aux osselets de l'ouïe, avoue néanmoins que l'oreille en retire de très-grands services : « L'audition, dit-il, peut seulement être plus ou moins troublée par la perte de ces os, excepté par celle de l'étrier qui la diminue plus sensjblement. »

Itard, que j'aime à citer souvent, pour ses nombreuses et savantes recherches, dit que la perte des osselets est toujours suivie d'une surdité, sinon complète, du moins fort appréciable. 11 professe la même opinion relativement aux lésions de la membrane du tympan : « Lorsque cette membrane est déchirée dans une grande étendue, et surtout au voisinage de l'articulation malléo-tympanale, il en résulte un changement notable dans l'audition. La personne ne peut plus alors entendre la voix basse. »

J'aurais désiré que l'ancien médecin des Sourds-et-Muets eût précisé l'endroit où la membrane était lésée , c'est-à-dire si la lésion existait à la partie antérieure ou à la partie postérieure de l'articulation malléo-tympanale. J'aurais été curieux de savoir si mon opinion s'accordait avec la sienne. D'après cela, il est très-probable qu'Itard aura cherché à préciser le siège de ces lésions, et qu'il n'aura été arrêté dans ses investigations que par le manque de moyens qui permissent de les voir. On verra, par la suite, quelle est la portion lésée de la membrane qui doit ôter à l'oreille la faculté de percevoir la voix basse. Quelques auteurs, pour soutenir leur opinion sur le peu d'utilité des osselets . et de la membrane du tympan dans le mécanisme de l'audition, ont avancé que certains animaux, dont l'oreille paraît moins complète que celle de l'homme, ont cependant l'ouïe plus fine et plus délicate ; quelques-uns peuvent entendre certains sons, à des distances plus éloignées que l'homme, pendant que d'autres perçoivent des vibrations si basses qu'elles échappent complètement à notre oreille. Doit-on conclure de cela que l'ouïe de ces animaux est plus perfectionnée que celle de l'homme? Non, sans doute; car la plupart d'entre eux ne jouissent que de la faculté d'entendre les bruits, et non de coordonner les sons, comme l'oreille de l'homme.

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