CHAPITRE PREMIER. Du Magasin
Ee local que l’on destine pour servir de magasin et travailler aux artifices, doit être planchéyé , situé , autant que possible, au nord ou au midi, et éloigné des endroits où l’on fait du feu.
Il faut, i.°un billot de bois dur, de vingt pouces de haut sur neuf de diamètre, scellé en terre de six pouces. ( PL i,fig. 1 .re) a.0 Deux tables, l’une d’environ quatre pieds de long sur deux de large, et d’un pouce d’épaisseur, supportée par quatre pieds solides de vingt-six pouces de hauteur, pour rouler les cartouches; l’autre de trois pieds quarrés et de même hauteur, mais moins forte, pour monter les pièces, et faire les autres ouvrages. 5.° Plusieurs étagères propres à recevoir des bouteilles de limaille et boites de matières. 4.° Des
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DES FEUX D ARTIFICE.
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clous à crochets de distance en distance, pour mettre des liasses de cartouches et des pièces, etc. 5.° Plusieurs boites ou pots de terre vernissés, pour conserver à. part le salpêtre , le soufre , le charbon et le poussier.
De r Outillage.
Un outillage complet n’est pas une petite affaire. Les amateurs qui savent tourner , et qui veulent s’amuser de l'artifice , doivent avoir un tour pour faire eux-mêmes une grande partie de ce qui leur est nécessaire; c’est le moyen le plus sûr et le plus économique : car on peut avoir, surtout dans les campagnes , des tourneurs ineptes. Il est alors difficile de parvenir à une exécution parfaite. Celui qui tourne ses outils et qui fait lui-même son carton, peut composer de l’artifice à très-bon marché.
Les baguettes à rouler se tournent de la même forme que la figure a de la planche i.rc, et de plusieurs calibres, savoir :
i°. Une de seize lignes de diamètre et de deux pieds de longueur, avec la poignée A de cinq pouces en sus.
Une idem de quinze lignes, de même longueur que la précédente , et sa poignée aussi de même.
Une idem d’un pouce et de dix-huit pouces de longueur, avec sa poignée de quatre pouces.
CHATITRE I. 3
Une idem de dix lignes, et de même longueur que la précédente , avec sa poignée idem.
Une idem de huit lignes et de quinze pouces de long, avec une poignée idem.
Une idem de six lignes et d’un pied de long, avec une poignée de trois pouces et demi.
Une idem de cinq lignes et de même longueur que la précédente.
Une idem de quatre lignes, et de dix pouces de long.
Une idem de six lignes, et de vingt pouces de long.
Rouleaux pour Pots à feu.
2.° Un rouleau de quatre pouces de diamètre et de deux pieds de long, avec une poignée moins grosse peur le rendre maniable. ( Pi. i.rc fig. 3.)
Un idem de trois pouces de diamètre et d’un pied six pouces de long , avec une poignée de même que la précédente.
Un idem, de deux pouces, et de même longueur que ce dernier.
Varlopes.
5. "Les varlopes portent ce nom, parce qu’elles ressemblent assez, par leur forme et la manière de s’en servir, à celles des menuisiers, à l’exception qu’elles sont plus larges et qu’elles n’ont point de fer. Leur usage est de serrer les cartouches en les roulant avec. Il faut en avoir deux y l’une de trente pouces de long sur huit de large et un d’épaisseur, en bois de noyer, portant à une extrémité dans le milieu une poignée, et à l’autre un bouton en forme de champignon. (Voyez les figures 4 et 5 de la planche i.rc) La seconde doit être de six pouces et demi de large et de vingt-huit pouces de longueur. La première sert pour rouler les grosses cartouches , et l'autre pour les moyennes et les petites.
Tamis.
4*° Un tambour de parfumeur, garni de cinq tamis; deux de gaze de soie, l’un de la plus fine gaze d’Italie, et l’autre plus clair; et trois de crin, le premier d’un tissu fort serré, le second plus clair , et le troisième encore plus clair , pour passer le charbon des fusées volantes et faire le mélange des compositions.
5.° Une table de deux pieds quarrés en bois de noyer ou d’orme, de deux pouces d’épaisseur, avec des rebords de deux pouces de saillie (pl. î .,e fig. 6 ) ; et une molette de huit pouces de long sur trois pouces quarrés, pour broyerla poudre et le salpêtre. ( pl. i.re fig. 7.)
Pour plus de sûreté, on bat la poudre dans un sac de basane , bien cousu , avec une batte semblable à celles aveclesquelles on bat le plâtre. Il y a des
Chapitre I. 5
■sacs depuis dix jusqu’à cent livres; on leur donne la forme d’une poire à poudre. ( PL i.re fig. 8.)
G.0 Un baril du contenu de vingt-cinq livres de poudre.
7.0 Des bouteilles neuves pour conserver les limailles , la fonte , le cuivre et le zinc.
8.° Un mortier de fonte, avec un pilon de mémo métal.
9.0 Une chaudière de cuivre du contenu de deux seaux, pour réduire le salpêtre en farine.
10. 0 Une paire de balances et des poids.
11.0 Un compas courbe et un droit.
12.0 Quelques poinçons comme la figure 9 , planche i.rE
xo.° Un écrémoire. C’est un morceau de cuivre de la largeur de deux cartes à jouer, et extrêmement mince , pour ramasser les compositions.
14. ° Quelques pattes de lièvre pour balayer les tables , et ramasser les compositions sur l’écrêmoire.
15. ° Un couteau, et des ciseaux grands et petits.
16. 0 Des brosses et des pinceaux pour coller.
17. 0 Deux scies, une grande, et l’autre faite d’un ressort de pendule, pour rogner les grosses cartouches.
18. 0 Quelques feuilles de parchemin pour faire les compositions.
19.0 Des vrilles de plusieurs grosseurs.
20.0 Un assortiment de fil, de ficelle et filagore.
On nomme filagore du moyen cordeau qui sert à étrangler les cartouches.
3i.° Les outillages de fusées volantes , jets de feu , et autres artifices de garnitures , seront détaillés chacun à leur article.
23." Un assortiment de clous , pointes de Paris , colle forte , limes , râpes à bois, marteau, tenailles , pinces plates , fil de fer de plusieurs grosseurs , avec un petit étau de serrurier.
25.° Deux plats de terre vernissés pour faire les compositions en pâte.
24*° Une boîte ouvrante, de six pieds de long sur six pouces quarrés, pour serrer la mèche.
25°. Trois maillets en buis ou en gaïac, dont un de quatre pouces de diamètre sur six de long , avec un manche proportionné ( pl. i.,0fig. j.o) ; l'autre , de trois pouces sur cinq de long ; et le troisième , de deux pouces sur quatre de long.
2G. "Un godet pour faire fondre la gomme arabique.
27. 0 Un petit plat de terre, pour conserver toujours de la pâte d'amorce.
Du Carton , et de J a manière de Je faire bon et propre à former des cartouches.
Le carton, appelé carte de moulage , se fait avec de fort papier blanc : on le colle en cinq feuilles ; c’est le plus en usage. On en fait en six , sept et
CHAPITRE I. 7
huit; mais il ne sert que pour les cartouches au dessus de dix-huit lignes, et pour les pots à feu.
La manière de le faire est fort simple. On fait de bonne colle de farine bien cuite, ni trop claire ni trop épaisse ; et , pour en extraire les parties qui ne seraient pas bien délayées, on la passe dans un tamis de crin : on étend une feuille de papier sur une table unie , et on la colle avec une brosse de poil de porc ; une autre de même , et ainsi jusqu’au nombre de cinq : à cette cinquième, on en met deux ensemble, et on les colle ensuite ; et toujours de cinq en cinq, deux. On comprend facilement que ces deux que l’on met ensemble , sont la séparation de chacun des cartons. On peut en coller ainsi, les uns sur les autres, jusqu’à deux ou trois cents ; après quoi il faut les mettre en presse pendant cinq heures , pour extraire la colle et les rendre unis. A défaut de presse , on les met entre deux tables , et on les charge autant que l’on peut. Avant de les sortir, on étend des cordes dans un endroit fermé, pour les y accrocher par les coins avec de petits crochets de laiton : lorsqu’ils sont bien secs , on les remet en presse , pour leur faire perdre la courbure qu’ils auraient prise en séchant. Il faut les visiter avant de les employer ; ceux qui sont plissés ou mal collés, sont de r'ebut et ne valent rien pour les cartouches ; "on s'en sert pour les marronset diverses bagatelles qui sont sans conséquence.
s
DES FEUX D’ARTIFICE.
On fait du carton en trois feuilles pour les pot» et chapiteaux des fusées volantes, il se fait de même que le précédent, à l’exception qu’à la troisième feuille on en met deux ensemble, ainsi de suite.
Du Papier.
On emploie plusieurs sortes de papier dans l’artifice. Pour blanchir les cartouches et rouler le petit artifice, on se sert de papier blanc sans marque ; pour les porte-feux, de papier basane ; et pour couvrir les communications et les jointures , et les garantir du feu , on se sert de papier de soie gris , autrement appelé papier à perruque.
On se procure de vieux papier que l’on achète à la livre, pour couvrir les marrons ; et pour plusieurs choses , on peut se passer de papier blanc , que l’on n’emploie que pour plus de propreté, le papier écrit faisant le [même usage.
Dit moulage des Cartouches.
Les cartouches sont de figure cylindrique. On les forme en roulant le carton sur une baguette. Lorsqu’on a coupé le carton de grandeur, on le présente sur le travers de la baguette et on le roule ; on le serre ensuite avec la varlope , en faisant le même manège qu’un menuisier qui rabote , à l’exception qu’on la soulève en ramenant, parce que si l’on appuyait, on déroulerait au lieu de
CHAPITRE 1.
rouler ; cela est très-facile à comprendre. Pour mettre la cartouche d’épaisseur , ce qui est absolument nécessaire pour les fusées volantes, on se sert d’un compas courbe que l’on ouvre à son diamètre juste : lorsque la cartouche est à sa grosseur , on la roule dans une feuille de papier dont on colle la moitié du dernier tour, appelé, en terme de l’art, dernière révolution. Cette feuille de papier sert en quelque sorte de ligature à la cartouche , et empêche que le carton , qui est toujours roide et qui fait ressort, ne se déroule.
Les cartouches de fusées volantes demandent beaucoup de précautions pour les bien faire. Elles doivent être collées entièrement. Pour cela , on étend de la colle sur les cartons à mesure que l’on roule, et l’on donne beaucoup plus de coups de varlope qu’aux autres cartouches, afin de les serrer de manière à ce qu’elles fassent corps; il faut aussi frotter la baguette avec un peu de savon, pour qu’elle sorte plus facilement. Les autres cartouches se roulent â sec , c’est-à-dire qu’on ne les colle pas.
De l'épaisseur des Cartouches.
L’épaisseur des cartouches se prend sur leur diamètre intérieur , c’est-à-dire , sur celui de la baguette à rouler.
La règle générale pour toutes les fusées volantes,
IO DES FEUX D’ARTIFICE.
estde donner d’épaisseur à leurscartouchesla moitié du diamètre du rouleau : ainsi , si le rouleau a huit lignes de diamètre , les cartouches en auront quatre d’épaisseur. Une fusée se partage donc en trois parties égales, deux pour le diamètre intérieur , et une pour l’épaisseur de sa cartouche : il résulte delà qu’une fusée d’un pouce a huit lignes de diamètre intérieur.
Il n’en est pas de même des autres cartouches pour les jets de feu : on prend les deux tiers de leur diamètre intérieur pour leur épaisseur ; par exemple, sur un rouleau de six lignes , on donne quatre lignes d’épaisseur; par conséquent la cartouche finie doit avoir dix lignes de diamètre.
Les cartouches des tourbillons ou fusées de table, se font de même épaisseur que celles des fusées volantes; mais on leur donne onze diamètres extérieurs de longueur.
De la longueur des Cartouches.
Les cartouches des fusées volantes se règlent sur la longueur de la broche : on leur donne un tiers en sus, parce qu’il faut un diamètre un quart, environ , pour l’étranglement, et le reste pour le massif. On appelle massif ce que l’on charge au dessus de la broche, et qui n’est pas percé.
Les cartouches pour les jets de feu destinés
CHAPITRE I.
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aux pièces tournâmes , se font de six pouces de long; et celles pour les pièces fixes , de sept et huit pouces.
De P 'étranglement des Cartouches .
On a toujours étranglé les cartouches depuis que l’artifice est connu. C’est la meilleure méthode, à la vérité, pour les fusées volantes et les tourbillons; mais quant aux jets, on a trouvé un expédient beaucoup plus prompt et moins fatigant. Je reviens à l’étranglement. Il ne faut pas attendre que les cartouches soient entièremént sèches ; il suffit qu’elles le soient à moitié. On prend un bout de filagore de grosseur proportionnée à la cartouche, et on l’arrête bien ferme à un crampon scellé dans le mur ; on l’attache aussi de même , environ à la longueur de trois pieds, à un fort béton que l’on se passe entre les cuisses. Après avoir bien frotté le filagore de savon , on fait un totir sur la cartouche, et on la 6erré doucement, en avançant et en reculant, jusqu’à ce qu’elle soit presqu’entièrement fermée. Il faut avoir attention que la gorge ne plisse pas grossièrement d’un côté, et qu’elle se fasse bien régulière ; car ce serait un défaut qui ferait infailliblement crever la fusée.
Lorsque toutes les cartouches sont étranglées, on les lie en faisant, autour de la gorge, sept à
12, DES FEUX D’ARTIFICE, huit boucles de petite ficelle , et on les pend ensuite à l’ombre , pour les laisser sécher. ( Voyez la fig. 1 i,pl. 1 .re pour unecartouche étranglée et liée.)
Quant aux jets et gerbes de feu , on ne les étrangle plus. On a un culot à tête plate, en fer ou en cuivre , mais mieux en fer, qui porte une petite broche d’un diamètre et demi de long et d’un quart de diamètre de grosseur. Ce culot porte en contrebas une vis à bois, que l’on fait entrer dans un gros billot dont il a déjà été parlé pour cet usage. ( V oyez la fig. i . rc pi. i .r* pour le billot ; et la fig. 12, pl. idem , pour le culot.)
On a de bonne terre à fayence que l’on fait sécher, et passer ensuite dans le premier tamis de crin. On pose la cartouche vide sur le culot, et l’on y introduit une cuillerée de cette terre que l’on bat de vingt coups bien appliqués , avec un maillet de grosseur proportionnée, sur une baguette percée pour recevoir le bout de la broche. On retire la cartouche, et l’on continue de même.
Les cartouches ainsi terrées peuvent resservir, lorsqu’elles ne sont pas roulées à la colle. J’ai dit, à l’article du moulage , que celles des jets ne se collaient pas.
Les cartouches des chandelles romaines se font de même épaisseur que celles des fusées volantes, et de quinze pouces de long, ainsi que celles des mosaïques simples. On les étrangle, et l’on coupe l’excédent de la ligature.
CHAPITRE I.
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Celles des serpenteaux se font avec une ou deux cartes à jouer , que l’on roule en travers sur une baguette de bois, de cuivre ou de fer, de trois lignes de diamètre sur quatre pouces de long, afin de pouvoir la tenir, les cartes ayant ordinairement trois pouces ; ce qui fait juste la longueur du serpenteau. Quelques personnes les collent entièrement. La méthode n’est pas mauvaise ; mais je trouve beaucoup plus commode de les rouler à sec , d’autant qu’ils font le même effet. On coupe autant de morceaux de papier , assez longs pour faire quatre à cinq révolutions sur la cartouche , que l’on a de cartes , et on les arrange les uns sur les autres, en les laissant déborder de deux à trois lignes, que l’on colle : on roule ensuite la carte; on met le papier que l’on plie en deux, environ aux deux tiers, et l’on achève de rouler; puis l’on serre de deux ou trois coups avec une petite planche ou varlope, que l’on fait exprès, desept àhuit pouces de long sur trois et demi de large et d’un d’épaisseur. Lorsque toutes les cartouches sont roulées , on les ébarbe avec des ciseaux , on les étrangle, et on les lie : on coupe ensuite avec un couteau l’excédent delà ligature; et l’on a soin, lorsque l’on coupe du papier, du carton, ou que l’on rogne des cartouches pleines ou vides, de passer la lame du couteau chaque fois dans le savon.
Les lances d’illumination se roulent de même
Ï4 des FEUX d’iAJI-T ifice,
longueur et de même diamètre que les serpenteaux. Elles se font de trois révolutions de papier simplement. On le coupe d’abord de grandeur; on l'arrange et onde colle de même manière que ci-dessus: on prend une des bandes; on pose la baguette environ au quart; on rabat ce quart par dessus, et l’on roule sans trop serrer: on retire ensuite un peu la baguette , pour pouvoir mettre de la colle à un des bouts, et le tortiller en frappant sur la table : pour le fermer, on retire entièrement la baguette, et l’on continue.
Les autres lances que l’on nomme de service, parce qu’elles servent à mettre le feu aux artifices, ne diffèrent de celles-là que par leur épaisseur et leur longueur. On leur donne quinze pouces de long et cinq révolutions de papier. Elles se font de même que les autres sur une baguette, de trois lignes et demie de diamètre et de dix-huit pouces de longueur.
Les porte-feux se font aussi de la même manière , excepté qu’ils ne sont pas fermés par le bout. On les nomme porte-feux, parce qu’ils servent à porter le feu d’un endroit à un autre. On en fait ordinairement trois dans une feuille de papier basane , que l’on coupe en travers, et que l’on arrange, colle et roule comme les lances, mais sur une baguette de deux lignes et demie de diamètre et de vingt pouces de long.
Les étoiles fixes se font avec du carton ordi-
CHAPITRE II. i5
naire, de même épaisseur que les fusées volantes, et de trois pouces et demi de long, sur une baguette de six lignes de diamètre. On les colle entièrement avec de bonne colle de farine mêlée d’argile; on les étrangle, on les lie, et l’on coupe l’excédent de la ligature.
Chapitre II
Des il lalicres dont on compose les Deux d’artijice.
Les matières principales que l’on emploie dans l’artifice, sont le salpêtre , le soufre , le charbon et lapoudre. 11 faut , avant de s’en servir, s’assurer de leur bonne qualité.
Du Salpêtre , et de la manière de le préparer.
Le salpêtre, qui est l’ame de l'artifice, pour y être employé , doit être au moins de trois cuites. 11 est ordinairement bon lorsqu’il est dur , clair, transparent et en aiguilles cristallisées. Pour connaître sa bonne qualité, il suffit d’en mettre une pincée sur une planche bien nette , et d’y mettre le feu avec un charbon ardent. S’il s'élève une flamme vive qui le consume tout, et qu’il ne laisse qu’une petite place blanche , c’est une marque qu’il est bien purifié ; mais si , au contraire , la llamme a de la peine à s’élever à travers un bouillon épais, et qu’il laisse, après être consumé, une crasse verte et jaunâtre, c’est une preuve qu’il est encore chargé de matières bitumineuses , et qu’il faut une autre cuite pour le purger totalement des matières grasses et terreuses qu’il contient.
Lorsque le salpélre est reconnu bon, il n’est pas encore prêt à être employé ; il faut le réduire en farine , et y procéder de la manière suivante :
On le concasse d’abord avec un maillet, pour le mettre sécher sur un petit feu de charbon, dans une chaudière de cuivre où l’on le remue jusqu’à ce qu’il devienne fort blanc; alors on verse dessus autant d'eau pure qu’il en faut pour le faire fondre; et lorsqu'il a acquis la consistance d’une liqueur fort épaisse, et qu’il commence à bouillonner , on le remue continuellement et le plus Vite possible , avec un bâton coupé en forme de palette , jusqu’à ce qu’il soit réduit en farine blanche , fine et fort sèche , observant de diminuer le feu à mesure qu’elle se formera. Il faut, avant qu’il soit tout-à-fait froid , le passer dans le second tamis de soie , et le serrer dans une boîte.
Cette préparation du salpêtre est la plus commode et la plus avantageuse, en ce qu’elle épargne
CHAPITRE II.
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la peine de le piler , et qu’elle le dépouille entièrement de toutes ses parties humides.
Du Soufre.
La fleur de soufre s’emploie préférablement au soufre en bâton; d’abord, on n'a pas la peine de la réduire en poudre; et ensuite elle est d’une qualité supérieure au magdaléon. Elle est ordinairement bonne lorsqu’elle est de la couleur d’un beau citron , et qu’elle pétille en la pressant légèrement dans les doigts : si au contraire elle tire sur la couleur grise et qu’elle ne pétille pas, elle est de mauvaise qualité et ferait peu d’effet.
Le soufre en bâton sert pour les mèches de couleur, et lorsqu’on a besoin de soufre fondu, comme pour préparer des limailles, etc. Dans l’artifice de guerre, on n’emploie presque que de ce dernier. Il est reconnu bon , quand il est de la couleur d’un citron, et qu’en le pressant fortement dans la main et l’approchant de l’oreille , il pétille intérieurement.
Du Charbon.
On avait il y a quelques années, et beaucoup de personnes ont encore un système pour le charbon ; il fallait absolument qu’il fût de bois tendre, tel que le saule, la bourdaine, le coudre, le treml8 DES FEUX D’ARTIFICE.
ble ou le tilleul. Le raisonnement était bien fondé ; ces sortes de charbons étant de bois tendre, sont très-légers , et par conséquent plus volatils et plus faciles à enflammer que ceux de cbène et de hêtre. Mais il n’est pas besoin de charbon pour donner de la force à un feu : un peu plus ou un peu moins de poussier produit le même effet, sans avoir recours au charbon , dont on ne se sert que pour former un feu de couleur rouge qui , dans l’artifice d’air , fait un effet merveilleux. Je conclus donc delà, que le charbon de chêne ou de hêtre est le seul que l’on doive employer pour la composition des feux d’artifice ; et il est évident qu’une fusée faite avec un de ces derniers fera une belle queue, et que celle faite avec du charbon de bois léger fera son vol sans laisser aucune trace de feu.
La préparation du charbon consiste à l’écorcer et à le piler pour en tirer deux grosseurs, une dans le plus gros tamis de crin pour la composition des fusées volantes, et l’autre dans le plus serré pour le petit artifice. On le conserve , comme le salpêtre et le soufre , dans des boîtes fermantes à coulisse.
De la Poudre , et de la manière de connaître sa bonne (jualité.
La bonne poudre à canon tire sur la couleur d’ardoise, se brise difficilement dans les doigts.
CHAPITRE II.
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et, allumée doucement sur du papier blanc, s’enflamme promptement, sans le noircir ni le brûler, en jetant une fumée en forme de cercle. J’ai donné la manière de la pulvériser à l’article 5 de l’outillage. Elle se passe dans le plus fin tamis de soie, et doit égaler en finesse la poudre à poudrer. C’est cette fine poussière que l’on nomme poussier. Il se conserve dans une boîte comme les autres matières. Ce qui n’a pu passer après plusieurs broyées se garde pour un usage particulier, et se nomme relieu , mot qui signifie reste.
Des Limailles de fer et d'acier.
Il est aisé de se procurer des limailles de fer et d’acier chez les ouvriers qui travaillent ces métaux. 11 faut les choisir nouvellement faites et sans rouille. Leur première préparation consiste à les passer, i.°dansle second tamis de soie, pour les purger de leur fine limaille ou poussière qui ne sert à rien ; 2.° dans le moyen tamis de crin pour en ôter les ordures ; 3.° dans un autre tamis de crin , mais plus serré , pour les nettoyer encore de ce qui reste d’ordures ; 4*° enfin , dans le moyen tamis de crin, pour séparer les fines des grosses limailles que l’on emploie sé~ parément.
DES FEUX D’ARTIFICE.
Des Limailles qui imitent les /leurs de jasmin.
On se procure à Genève des limailles de ressorts de pendule ou de montre, qui imitent en feu les fleurs de jasmin. Ce sont de petits copeaux minces et frisés , et semblables à ceux des tourneurs. Leur préparation est la même que celle des autres limailles.
De la Fonte de Fer.
La fonte de fer qui produit le feu chinois, est la matière la plus difficile à préparer. On prend de petites marmites cassées , les plus brillantes , les plus argentées et les plus minces qu’il soit possible de trouver , et on les concasse dans un mortier de même métal , avec un pilon à tête d’acier trempé. Ce métal étant bien pilé , forme un sable que l’on passe dans le second tamis de crin , et dont on tire ensuite trois grosseurs différentes , qui sont les trois numéros. On sort d’abord la fine poussière dans le tamis de soie le plus fin; ensuite ce qui passe dans le second tamis de soie est le premier numéro ; on réitère dans le premier tamis de crin , et l’on tire le second numéro ; et ensuite dans le second tamis de crin , qui est le troisième numéro. Ces trois grosseurs de sable de fonte se conservent à part dans des bouteilles sur lesquelles on marque les numéros sur une petite étiquette.
CHAPITRE II.
La composition dans laquelle il entre de ce sable se nomme feu chinois , parce que nous en devons l’invention au peuple du même nom.
Du Zinc.
Le zinc n’est guère moins pénible à préparer que la fonte. C’est une matière très-dure dont on se sert pour souder le cuivre. On l’achète en tablette. Il faut le râper pour le mettre en limaille.
Du Cuivre.
Les limailles de cuivre et d’argent s’emploient aussi quelquefois, et se préparent, ainsi que le zinc, de même que celles de fer et d’acier. On les conserve dans des bouteilles neuves, ou dans des vessies bien dégraissées et bien bouchées, que l’on a soin de mettre dans un lieu sec et près d’une cheminée où l’on fait habituellement du feu.
De la Poudre d'or.
La poudre d’or se trouve chez les marchands papetiers. Elle s’emploie telle qu’elle est. On en sort seulement la plus fine poussière.
Du Camphre.
Le camphre est une matière très-chère , que l’on trouve facilement chez les apothicaires. Pour le dissoudre, on y verse de l’esprit de vin goutte à goutte sans le noyer; on le broie pour le réduire en poudre que I on conserve dans une fiole bien bouchée, crainte d’évaporation.
Du Noir de fum de d’ Hollande et d’’ Allemagne.
Le noir de fumée d’Hollande se purge de ses ordures, s’il y en a , et s’emploie tel ; le noir d’ Allemagne de même.
De V Antimoine.
L’antimoine se pile dans le mortier , et se passe au premier tamis de soie, pour être employé tel.
De V Ambre , dit K arabe.
L’ambre, dit harahé , est une espèce de gomme dont on se sert pour la composition des lances jaunes. On la réduit en poudre, et on la passe dans le premier tamis de soie.
De la Fleur de suie.
La fleur de suie se passe dans le second tamis de soie, et s’emploie telle.
Chapitre III. Chapitre III
Des Feux de senteur.
Les feux de senteur ne sont plus guère en usage. Il en est cependant dont l’effet est agréable , autant que l’on s’en sert dans un petit local ou dans un appartement; car en plein air, dans les spectacles publics , c’est peine perdue : il n’y a que les artificiers , ou peu de personnes qui s’en approchent , qui en jouissent. Je vais cependant en donner quelques-uns.
Des Pastilles.
Les pastilles sont de petits trochis coniques de quinze lignes de hauteur environ , sur un pouce de largeur à l’extrémité inférieure, en forme de pain de sucre, et faits avec la composition suivante , que l’on détrempe avec de l’eau de rose, dans laquelle on a fait dissoudre un peu de gomme arabique. On ne fait la pâte ni trop claire ni trop épaisse, afin que l’on puisse les former dans les doigts.
Composition pour les Pastilles.
Storax calamité a onces»
Benjoin a
Gomme de genièvre a onces*
Oliban x
Mastic
Encens
Ambre blanc et jaune x
Camphre 1
Charbon de tilleul 4
On brûle ces pastilles sur une assiette ou toute autre chose incombustible. Elles servent à embaumer les appartements.
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