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Précis du siécle de Paracelse ... Tome premier

M Joyand · 1787 · Scanned text · Free in the US

173,380 words · about 12 h 8 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
M Joyand
Language
French
Published
1787
Length
173,380 words · about 12 h 8 min
Sections
9 reader sections
Text
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Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (9)
  1. Front matter about 6 min
  2. Introduction about 1 h 11 min
  3. Chapitre Premier about 13 min
  4. CHAPITRE II.. Théorie de VUnivers. • > about 56 min
  5. CHAPITRE III. De t Attraction Ntwtonlenne about 36 min
  6. Chapitre IV about 19 min
  7. Chapitre V. N» about 6 min
  8. I about 3 h 35 min
  9. III about 5 h 6 min

Continue:

Front matter

KtéM é

DU SIECLE

I )

Introduction

C3 déessë! mère tendre de tous les humains >

le mortel qui veut te servir n’aura- 1- il jamais a te présenter que le don de son cœur? Son esprit sera -t- il toujours plongé dans les ténèbres, ou égaré par le prestige de l’imagination ? Tandis que ton feu sacré allume dans son ame dessentimens purs et généreux, pourquoi faut -il que ce feu ne l’éclaire point assez , lorsqu’il veut diriger scs pas vers ton temple? On dirait que ta sœur la Vérité t^a repoussée loin d’elle , et ne t'a formé que des asyleS obscurs sur cette misérable planète ; on dirait qu’elle les a entourés de vapeurs , pour se dérober à nos yeux , tandis qu’elle brille au centre de l’univers. Vérité ! toi qui formas des cieux infinis; toi dont l’activité et la puissance n’ont d’autres bornes qu’ellesmemes; toi qui, placée dans les divers centres des univers que nous appercevons, et de tous

A

I .N T R O D U C T I O N.

ceux qui échappent à nos sens, te réfléchis par toi et sur toi-méme , pour les animer et les entretenir dans un ordre immuable ; viens consoler ta soeur gémissante ; viens éclairer ces noirs cachots où régnent la douleur , la désolation et la mort. C’est en vain que tu parcours si rapidement l’immensité de l’espace, si tu rellises ta clarté aux êtres les plus sensibles et les plus nobles que tu aies formés ! Elément de la lumière , montres aux savans quelle est la main qui lança les planètes sur la tangente de leurs orbites! dis- leur qut» c’est toi qui répandis la vie dans tous les élémens, qui les plaças dans l’espace chacun suivant l’ordre de leur mobilité ; dis-leur qu’en les dissolvant , et en s’unissant à eux, tu leur donnas une force de ressort qui ne convient qu’à toi; dis-leur que cette réaction, en te reportant vers ton centre , mêla les élémens pressés sur les planètes, et donna naissance à tous les. êtres; dis-leur que, depuis l’idée sublime de l’Eternel , jusqu’à la semence de l’insecte le plus imperceptible , rien ne subsiste sans ton action immédiate et intérieure; dis-leur que ces vapeurs , dont tu couvres les planètes en les élevant avec toi, sont ton ouvrage; dis-leur que les vapeurs moins sensibles dans les individus végétaux et animaux , sont produites par ton action et ta réaction extérieures et intéi N T R O D U C T I O K.

rieuiTS continuelles ; dis-!eur qu’elles sont gros^ si ères et inertes , en comparaison de ta substance subtile, active et pénétrante; dis-leurque ces vapeurs ne sauraient t’empêcher de te mouvoir, de pénétrer et de circuler dans les sphères > et dans les êtres minéraux , végétaux et animaux qui y prennent naissance : dis-leur qu’il n'existe qu’une loi dans l’univers ; que tu sors toujours active et lumineuse des planètes que tu as pénétrées , et de tous les petits corps qui les composent ; dis-leur qu’aucun ne peut déroger a cette loi de communication : dis-leur qu’il seroit inconséquent de forger d’autres petite» lois , d’imaginer des vapeurs et des atmosphère» qui t’empêchent de traverser : dis-leur que ces vapeurs peuvent bien te retarder dans ta- course, t’intercepter même en partie; mais qu’elles ne peuvent jamais t’opposer un voile impénétrable > ni t’arrêter entièrement ; alors même qu’elles semblent s’être accumulées contre toi , c’est alors que tu les précipites , les répands , et les dissous avec la rapidité de ta foudre , pour montrer que tout cède à ton empire irrésistible : dis-leur que , puisque tu traverses et ressors malgré l’obstacle des météores que tu formes sur les planètes, tu pénètres encore avec plus de facilité à travers les vapeurs presque imperceptibles que tait

A ij mouvement produit dans les végétaux et dans les animaux , et que tu entraînes avec toi en sortant de leurs corps : dis-leur que la transpiration même devait leur démontrer que tu sors toujours active des organes que tu as pénétrés, quoiqu’ils ne te voient pas; qu’il serait absurde d’imaginer des vapeurs transpiratoires se mouvant d’elles -memes , et s’élevant à des hauteurs considérables , sans un principe de mouvement qui les soulève et les accompagne : quelque atténuées qu’elles soient , ces vapeurs pourraientelles se mouvoir encore, lorsqu’on te supposerait séparée d’elles? J’entends crier de toutes parts, la communication du mouvement! la communication du mouvement! Dis-leur que tu le communiques ton mouvement , mais en touchant et en accompagnant les corps dans leurs courses : dis que tu accompagnes sans cesse les planètes dans leurs révolutions , et tous les petits corps qui se meuvent sur elles, soit avec la lenteur du limaçon , soit avec la rapidité de la foudre: dis-leur que tes courans accumulés, en pressant des matières résistantes et dures, transportent des masses énormes à des distances considérables, en un instant qui nous semble indivisible : dis que si tu les abandonnais seulement le tems qui leur est nécessaire pour

ÏNTRODUCTION. 5

traverser un point de l’espace , ils seraient retardés d’autant; et qu’ils cesseraient de se mouvoir , si tu les quittais entièrement.

Nous te voyons sortir des planètes que tu as pénétrées : c’est par ce mouvement de réaction , ou réflection , que nous appercevons ces vastes corps ; mais nous ne voyons que l’ensemble et le résultat général des courans lumineux qu’ils nous renvoient, sans pouvoir distinguer , à travers ce concours de leurs émanations, celles des petits corps qui les composent : ces corps sont les minéraux , les végétaux , les animaux, les eaux de leurs océans, des lacs , des sources, des ruisseaux, des rivières, des fleuves, et les météores. Mais je demande quel est celui de tous ces corps qui ne sera point pénétré ? quel est celui dans l’intérieur duquel l’élément de la lumière étant parvenu , il n’agira point ? quel est celui dont il ne pourra sortir ; et circulant ainsi , former ce qu’on appelle courans entrans et courans sortans? Serait-ce le corps animal? Mais, au contraire, il est tout composé de porcs , de conduits inhalans et exhalans si remarquables ; le mouvement de vie y est tellement développé, que ce fluide doit le pénétrer plus facilement que tous les minéraux , et qu’il doit y éprouver des directions toutes particulières. C’est par cette facilité d’agir et de

A iij

INTRODUCTION.

réagir dans les parties les plus intimes des animaux, cju’il les dissout et leur donne la mort plus promptement qu’aux minéraux et aux végétaux ; et dans chacun de ces règnes, plus son mouvement d’action et de réaction intérieures et extérieures est remarquable par sa force et sa célérité, plus le fluide est abondant et libre proportionnellement à la masse, plus tôt les espèces et les individus se développent et se dissolvent.

Apprends à tous les hommes que les tempéramens , les complexions , les mélanges, les qualités, les humeurs ne sont point les causes, mais des effets 'produits par toi , des enveloppes dans lesquelles tu agis , en' suivant les routes que tu t’es tracées toi-mèrne , et que tu développes, dissous et renouvelles alternativement dans le règne minéral , comme dans le règne végétal et dans le règne animal. Dis -leur que toute science qui n’est point conforme à ce plan universel, est dangereuse , chimérique et absurde. •'

O Vérité! tu n’es point une chose nouvelle; tu es aussi ancienne que la nature; ton règne est aussi étendu que l’existence; la lumière est l’organe par lequel tu te manifestes à toutes les créatures. On t’a reconnue sous des emblèmes et des noms différens dans tous les siècles, chez

Introduction.

toutes les nations sauvages ou policées. Leurs j)hilüsophes ont creusé des voies obscures, des iabyrinthes ténébreux dans les replis cachés de leurs cerveaux , meme en observant les traces lumineuses que tu répands dans Tunivers ; ta lumière trop vive à l’extérieur, en éblouissant leurs yeux , les a empêchés de t’appercevoir et de te distinguer dans l’intérieur des objets ; ils ont ainsi nécessairement pris les effets pour, les causes. Les hommes t’ont quelquefois méconnue par des motifs méprisables ; mais gardons-nous de les accuser toujours de mauvaise foi dans les persécutions qu’ils t’ont suscitées; c’est le plus souvent par ignorance et même par amour pour toi.

Hippocrate a le premier reconnu les fondcmens de ton édifice inébranlable ; il les a jetés, dans ses écrits, plus simples et plus purs qu’on ne l’avoit fait avant lui , et qu’on ne l’a fait depuis. Si l’on eût rapproché de son système les phénomènes naturels que l’on observe constamment dans le règne animal , les remèdes simples, et lesattouchemens usités chez l’homme agreste qui. s’écarte le moins de l’influence universelle, on eût découvert la théorie des êtres animés. Mais on a conservé ses observations et ses idées superstitieuses sur les jours critiques^ en répétant seulement le nom de nature ^ sans

A iv savoir ce qu’il exprimait, et sans le rechercher assez constamment.

Lisez Cardan , Daniel Sennert , les Histoires de la médecine qu’ont données les Le Clerc, et Freind; après cela, pratiquez Van de guérir si vous l’osez. Quel est le dogme que vous prétendez suivre ? Quelle est l’autorité , quelle est la certitude qui vous déterminera ?

Ouvrez le Dictionnaire des sciences; voyez Bordeu et Jaucourt sapper par les fbndemens l’édifice des conjectures et de la superstition, et forcer les médecins de prendre une autre voie. C’est ainsi que le doute a toujours préparé le* règne de la bonne philosophie. Espérez-vous trouver enfin dans cet ouvrage immense, la certitude que vous desirez pour entreprendre la Ruérison des maladies? vous serez cruellement

O

déçu dans votre espoir. Il y a de fort bonnes observations sur l’irritabilité et l’action du principe de vie; mais quelle obscurité sur le principe même , sur l’action et l’application de tous les remèdes! Quelles rebutantes contradictions, si vous comparez , par exemple , les articles MALADIES INFLAMMATOIRES, INFLAMMATION, PÉRIPNEUMONIE, PLEURESIE ! On indique dans ces derniers, des précautions et des craintes vagues 8urle régime échauflant ; mais il s’en faut bien qu’un homme quelconque, ni meme un médecin, puisse y prendre une idée sutfisante pour le traitement. Tout se réduit aux sah^nUs répéiks suivant la force de La fièvre et la vigueur du pouls , aux tisanes délayantes , adoucissantes et b éduques ^ aux héchiques doux ^ légèrement incisifs. Pas une indication ni contre-indication pour l’usage des émétiques, des purgatifs, de la saignée , des vésicatoires , n’y est désignée ; il n’est pas fait la moindre mention de toutes ces choses si nécessaires à savoir. Dans le cas de suppuration menaçante ^ il faut faire tout ce qu'on peut pour la détourner , et pour procurer la résolution ; ce que Ü on obtient par les faignées réitérées , le régime humectant et tempérant. Cette idée sur la saignée réitérée pour procurer la résolution , est en tout l’opposé de cellequi est préconisée dans lesarticles MALADIES INFLAMMATOIRES et INFLAMMATION.

Si on ne peut empêcher la suppuration y est-il dit encore , il faut recourir aux remèdes qui la favorisent. Enfin personne ne peut devenir capable de traiter les maladies inflammatoires putrides, les inflammations essentielles, comme la pleurésie , la péripneumonie , etc. sur l’exposé de ces maladies dans le Dictionnaire raisonné des sciences.

A qui donc avoir recours ? Auriez - vous concu le dessein de lire les traités innombrables que

I O I N T R O D U G T I - O N. les médecins de toutes les sectes ont composés? N entreprenez point ce travail rebutant et fi*i vole, c]uand vous en auriez le courage et le loisir, (iracesà la cupidité et à l’efï’rontcrie .des cliarlatans, à l’ignorance de la plupart des artistes, et à la légèreté avec laquelle on a considéré les maladies, les influences terribles des remèdes compliqués et équivoques; grâces aux systèmes de ceux qui n’ont que de l’imagination , l’histoire de la médecine ancienne et moderne s’est remj)liede faussetés qui ont passé d’un ouvrage dans un autre , et que des auteurs, qui se sont copiés successivement , ont transmis d’age en âge. Ainsi l’histoire simj)le de la fièvre qu’Hippocrate avoit si bien décrite, a exercé, depuis Galien, les esprits les plus subtils avec les distinctions futiles du pouls (^). Je passe sous silence les altérations et les dégénérescences que l’iiistoire de la putréfaction a déjà simplifiées. Ainsi l’histoire de la vérole , du scorbut , et des autres maladies, est pleine de sottises et de contradictions : ainsi toutes les connaissances ont été retardées de plusieurs siècles. Ordinairement on n’examine guère ce qu’on croit bien savoir; et c’est ainsi

(A Nous dirons de quelle manière on peut l’observer, et c^ielles sont les _variétés que l’on doit confidérer dans les maladies.

I introduction. II

qu’après avoir propage les erreurs , les coiupijations et les témoignages qui retardent l’observation, en prolongent encore la durée. Un autre malheur, c’est que des esprits pénétrans, même les plus philosophes , perdent un tems jirécieux à élever des systèmes qui nous en imposent, jusqu’à ce que les prétendus Faits, qui leur servaient de base , aient été démentis. Serions-nous bien avancés en Histoire Naturelle» si, depuis Aristote, à compter de son livre De Gmerationc et înterltu y jusqu’à M. de BuFfon^ les naturalistes s’étoient occupés de systèmes, de chimères , de questions abstraites et métaphysiques ? Que dirions -nous des voyageurs, si , au lieu de nous Faire une description exacte des parties du globe , des climats , du sol et des productions, ils s’étaient amusés à discuter, si les animalcuLes de la semence sont les germes reproductils ? pourquoi la nature a donné une couleur variée au tigre? comment les rameaux de vanille , attachés aux arbres , même à un pied de la terre , poussent des Filets qui , descendant en ligne droite, vont s’enFoncer dans la terre, et y former des racines, tandis qu’on n’observe point ce phénomène dans les autres arbustes et dans les autres plantes? C’est au spéculateur tranquille de s’occuper de ces objets, pour Former la chaîne qui doit lier tous les phénomènes;

J 2 INTRODUCTION.

mais il faut auparavant que ccs phénomènes aient été bien apperçus et bien observés. II ne faut point chercher clans son imagination des moyens et des systèmes ingénieux ; il faut les trouver tout manifestés dans la nature , sans quoi la chaîne , que l’on croit avoir solidement établie , est tôt ou tard brisée par un autre spéculateur. Nous aurons occasion d’appliquer ce que je dis en cet endroit. Combien de pages, combien de volumes pour annoncer une vérité, et, le plus souvent, finir par un paradoxe î Combien nous devons regretter tant de siècles perdus en disputes absurdes et en vaines contemplations! Comparez seulement les progrès que Ton a faits dans les siècles ou l’on a observé la nature, aux commentaires frivoles de ceux où l’on a voulu la deviner. Il est triste, sans doute, que l’homme puisse abuser ainsi de l’énergie naturelle qui lui est donnée pour découvrir la vérité ; et quelle vérité encore ! celle c|ui intéresse le plus son bonheur et sa conservation. S’il est vrai que nous soyons enfin parvenus à déchirer le voile épais qui nous la dérobait , nous n’y sommes arrivés qu’à travers des fleuves de sang et des tas d’ossemens. Et pourquoi tant de sang, tant de cadavres? Parce que nous n’avons pas voulu nous en tenir à Line pratique et à des observations simples, en

INTRODUCTION. l3

attcmlant qu’il plût à la nature de se dévoiler elle-même par degrés. Glorifiez-vous, après cela, discoureurs vains et présomptueux! Vantez-nous les ressources de l’art! Venez nous dire que les systèmes ont servi aux progrès des sciences! Appelez-vous science le jargon éternel de tous vos hommes systématiques, ou la froideur didactique de ceux qui ont voulu porter leurs calculs mathématiques dans la machine humaine ? La précision mathématique en tout genre , cette belle science spéculative , n’existe plus lorsqu’il faut en venir à l’application ; elle nous abandonne : la nature marche entre le calcul qui combine et le fantôme de l’enthousiaste et du sectaire , sans adopter ni l’un ni l’autre : la précision des quantités abstraites n’a pas plus de rapports avec elle , que les folies de l’imagination; et quand il serait vrai que tant de voies systématiques ont avancé les découvertes , ce qui est absolument faux , elles ont coûté tant de victimes, que l’on devrait encore gémir de ces funestes progrès. Parlons seulement des deux systèmes dominans actuellement , le galénisme et la chimie ; je devrais dire plutôt, la doctrine inconséquente qui prétend joindre les procédés simples d’Hippocrate , avec les compositions galéniques les plus compli-

14 INTRODUCTION. qut*c*s , lo5 plus absurdes, et les remèdes chimiques les plus viülens.

Notre art , du poison même emprunte des secours.

0 la belle ressource , s’écrie Bayle , contre un mal présent , qu’un remède qui se manifestera après une longue suite de siècles! N’était-il pas bien plus court et plus utile d’empécher le mal , que de le laisser courir, et de préparer des barrières qui enfin l’arrêteraient?

L’on peut appliquer , avec plus d’amertume encore , cette exclamation, à tous les remèdes chimi(jues vlolens , à ceux mêmes qui sont le plusemployés pour leur efficacité et leur énergie supérieure à toute autre. O le bel avantage pour l’humanité , que* des poisons qui font d’abord nécessairement des milliers de victimes de l’ignorance, et qui, dans les temps mêmes qu’une expérience funeste a éclairés , donnent encore la mort à un grand nombre d’infortunés, pour un petit nombre depersonnes auxquelles ils sont Utiles! On ne parviendra jamais à les administrer sans effet nuisible; et quand, par impossible , cela arriverait ; quand on supposerait tous les artistes devenus suffisamment instruits pour reconnaître , sans jamais se tromper, toutes

I N ‘T R O D U C T I O N. l5

les constitutions assez robustes pour éluder toutes les suites des impressions vénéneuses; je le dirai sans cesse, serait-on payé de tant de sang répandu ? A présent , dit-on , ne perdons pas le fruit de nos mallieurs; conservons - les, ces poisons achetés si chèrement. Conservez -les donc, téméraires! Du moins, si jamais nous sommes tentés d’éprouver de pareils remèdes, que le j)assé nous instruise, et qu’une prudence lîasardée n’en commence et n’en règle pasl’usage. Noussommes assez riches, si nous savons employer nos richesses: cet emploi varié et bien ménagé, offre des ressources infinies ; il faut donc rechercher fart plutôt que la multiplicité. En comparaison du nombre de remèdes que possède la médecine , la peinture est très-pauvre en couleurs : ce petit nombre de couleurs variées et mélangées parle génie , avec la science et l’habitude des proportions, fait naître des merveilles qui se reproduisent sous autant de formies que la source dont elles émanent , le caractère et le génie. Paracelse , que l’on a toujours accusé à tort et h travers , s’éleva fortement contre l’usa.2;e des poisons , qu’il avait adoptés , comme tous les autres médecins , dans sa jeunesse. Dans son Traité des maladies métalliques, il inspire l’aversion la mieux raisonnée contre l’usage intérieur des minéraux :ils nuisent non -seulement

I N T R O D U C T I O K, par leur substance , mais encore par leur corps fra<y'ilc ou soluble , par leur esprit vénéneux- Lorsqu’on a pris de l’arsenic en substance , dit-il , succède une mort violente et précipitée ; mais lorsqu’on en a absorbé seulement l’esprit et la vapeur, la nraladie dure des années entières; de sorte que, ce que le corps de l’arsenic fait en dix heures , l’esprit ne le fait qu’en dix années , et cependant il ne cause point une mort aussi prompte et aussi cruelle que l’arsenic en substance: voulant montrer par-là, que la modération dans les doses peut bien diminuer le danger, mais point l’annuller. L’expérience ne montre encore que trop souvent l’influence longue et funeste du sublimé corrosif pris à la dose la plus modérée, et administré avec les plus ,sages précautions.

Mais si la chimie nous a fourni des armes meurtrières, elle s’est épurée et développée par degrés : elle va contribuer à la perfection de l’art de guérir. Le galénisme, au contraire, plus on sera éclairé, plus on le rejettera; car il est tout au moins absurde quand il n’est pas nuisil)le.

Qui pourrait nombrer seulement les victimes de la saignée, des vésicatoires, de l’émétique, de l’opium, et du mercure , dans les maladies chroniques, et dans les maladies aigues?

Un Horace , qui n’est point celui du siècle

d’Auguste crx\iigustc , a pris soin de nous compiler un volume in-folio sur la saignée : des médecins, en grand nombre , jusqu’à Quesnay , ont essayé d’en faire voir également les avantages et les dangers : Quesnay , Triller , Van-Swieten , Tissot , et beaucoup d’autres encore, ont voulu donner des régies.

Depuis Hippocrate , Arétée , Galien , Celse, et Baglivi , on a beaucoup écrit sur les vésicatoires; mais fàudra-t-il les appliquer aussi hardiment que Pringle et Raymond ?

L’émétique ! Ah! coupez les bras ^ du moins aux furieux qui l’administrent dans les campagnes 1

La plupart des autres purgatifs ne doivent pas nous inspirer plus de sécurité.

L’opium! quelles disputes n’a-t-il point excitées, comme tous les autres remèdes î Quel est le résultat des observations les mieux faites? Lisez Trall , Sydenham , F rédéric Hofmann , plusieurs autres modernes , et déterminez-vous !

Le mercure , le mercure ! 11 faudrait une plume continuellement trempée dans le sang pour marquer ses ravages.

Venons à l’application des remèdes, meme de ceux dont la vertu est la mieux- connue. Les plus grands hommes me crient tous d’une voix : le génie heureux du médecin ! un jugement-paf-

B l8 INTRODUCTION.

fait ! Sans lui , sans ce pliébus qu’il apporte en naissant , et dont les circonstances déterminent le développement favorable ou nuisible , tout remède est entre scs mains comme un glaive entre celles d’un homme qui a un voile épais sur les yeux; il ne peut frapper qu’en tâtonnant. Ecoutez Frédéric Hofmann vous dévoiler les jugemens pervers que l’on porte ordinairement sur la médecine et sur les qualités du médecin: » Je ne passerai point sous silence une erreur 5> contre laquelle il importe de s’élever : erreur » accréditée non-seulement chez le, peuple, » mais encore dans l’esprit des docteurs. Ils se » persuadent presque tous, que la guérison ré- » side dans les médicamens qu’ils ont coutume » d’employer contre les maladies. Cette persua- » sion; ce préjugé prcsqu’universel , comme inné » à l’espèce humaine, est la source de l’empi- » risme stupide et pernicieux qui règne parmi » les hommes de tout rang. S’il arrive qu’un » remède ait été donné dans une maladie , et >> que le malade guérisse, on attribue aussitôt ?> cet effet au remède ; et s’il se présente une » maladie de meme genre , on ne manque point » d’en recommander l’usage. Les personnes de » tout âge , de tout sexe , de tout rang , sont » soumises à cet empirisme , et chacun se corn- » porte en médecin, Mais la chose est toute iNTRODUCtîOK. ip

» autre en elle-même ; car la force et l’efficacité ?> qui fait la guérison , consiste moins clans les » remèdes^ dans leur activité et dans leur vertu, » que dans la disposition de notre corps , dans » l’action et la réaction mutuelle du remède » et de nos organes : d’où résulte une si grande » variété dans les efiets du même purgatif, du » même opiatique, du même remède fortifiant, » ou mercuriel, suivant la diversité des sujets, » sur-tout à raison des différences de la disposition et du mouvement des humeurs , de la » sensibilité et de la force des parties solides » dans la même maladie ; de sorte que la même » dose du même remède , dans la même mala- » die , est favorable aux uns et pernicieuse aux » autres : ce qui démontre que Texpérience seule, » comme veut le persuader une opinion per- » verse , ne fait point le médecin, puisc|u’elle » varie autant de fois qu’il y a d’individus; mais >> qu’il faut au médecin une raison saine et so- » lide , un jugement exquis , pour appercevoir » les causes, le caractère et les circonstances » de la maladie , la disposition des sujets , et » les vertus du remède. Mais tant s’en faut que » ce don soit accordé à tous les hommes ; il » n’est réservé qu’à l’esprit rare et parfait, joint » à l’habitude et à l’exercice. De même que la » connaissance des lois ne fait point le juriscon-

Bi)

2.0

INTRODUCTION.

» suite , mais l’application juste et ingénieuse qu’il en sait faire à l’objet qui lui est présenté: » à plus forte raison , en médecine , la con- » naissance des remèdes et de leurs vertus ne » suffit point, mais plutôt leur application dans » telle maladie, et dans tel sujet donnés; carie » moindre changement dans les circonstances » fait varier cette application. Quiconque aura » bien réfléchi sur l’importance de ces choses , » ne confiera pas si témérairement la curation » des maladies à quiconque saura lui raconter » les vertus des remèdes. «

Paracelse et Sydenham l’avaient déjà déclaré d’une manière aussi forte et aussi victorieuse.

(^es incertitudes et ces difficultés ont toujours frappé l’esprit des bons médecins ; elles sont venues de temps en temps distraire de leur sécurité entreprenante et téméraire les hommes systématiques. Faut- il avec M. Voullonne (i) reprendre Galien d’avoir admis une troisième espèce de principe morbifique qu’il appelle non

(i) Mémoire qui a remporté le prix, au jugement de l’académie de Dijon, le i8 août 1776, sur la question proposée en ces termes : Déterminer quelles sont les maladies dans les^ quelles La médecine agissante est préférable à l' expectante , et celle-ci à l'agissante ; ei à quels signes le médecin reconnaît qu'il doit agir, ou rester dans linaction , en attendant le moment fa^ vorable pour placer les remèdes*

2.1 introduction.

manifeste , ou , comme il le dit , un principe qui, n étant pas sensible par lui-meme ^ ne se découvre que par le raisonnement? N’est-ce pas en meme temps faire la censure de tous les médecins dans la plupart des maladies? M. Voullonne se repose sagement sur la puissance des efforts de la nature ; mais sont - ils faibles et impuissans, trop forts, ou seulement suffisans ? Quelle est précisément la nature de l’obstacle et de l’hétérogène ? Quelle est précisément la disposition naturelle des organes et des humeurs dans le sujet affecté? Quel est précisément le rapport de cette complexlon individuelle avec l’hétérogène, dans toutes les variations et les circonstances de la maladie ? D’après cela , quel moyen sûr pour détourner les efforts de la nature, des organes essentiels , pour empêcher l’hétérogène de s’y porter partie culièrement , et pour le dissiper et l’évacuer lorsqu’il y est fixé ? Dans cette obscurité , la seule induction, souvent équivoque et trompeuse , du concours de tous les symptômes, peut déterminer le médecin; elle ne saurait éclaircir le doute qu’impose nécessairement l’idée de la complication , ou de telle autre altération qu’elle peut exprimer. Le médecin verra-t-il , sans rien entreprendre, succomber le malade? Triste nécessité sans doute ! Mais , dit bien philosophi-

INTRODUTÏON, quement M. Voulonne, l’art ne fut jamais fait pour empêcher les malades de mourir des mains de la nature , en les égorgeant de ses propres mains. Pour que Part agisse, il exige l’évidence, ]a connaissance certaine du principe morbifique. C’est entre les mains sur-tout des ignorans et des especes de savans que la non -évidence du principe , en donnant tout à un hasard entreprenant , doit causer bien des ravages ; puisqu’entre les mains des plus sages et des plus savans, elle ne peut donner que des conjectures , du moins ceux-ci en abusent moins fréquemment, parce qifils abandonnent tout à la nature. Ainsi, se réduit il rien cette fameuse sentence de Cclse, Satins est anceps experiri remedium qucim nullum ; ou plutôt elle devient dangereuse , en ouvrant la porte à tous les sophismes et à toutes les fausses applications. Vous voulez employer un remède incertain pour arracher le malade à une mort certaine? Mais, qui vous a dit que sa mort est irrévocable ? Si quelque chose peut vous l’annoncer et vous en assurer , n’y a-t-il pas de la folie et de l’absurdité à prétendre éviter un arrêt que vous croyez inévitable ; et par le moyen d’un remède incertain ? Si sa mort n’est point assurée , comment osez-vous vous exposer à le tuer vous-même ? Aveugle téméraire , comment osez -vous risquer de détruire ou de troubler les ressources secrètes de la nature plus clairvoyante et mieux active que vous ? Si elles sont épuisées ses ressources, il est au dessus du pouvoir de vos remèdes de les lui rendre. Laissez, laissez-le donc tout entier au principe conservateur qui seul a le droit de détruire ce qu’il a formé. Les hommes veulent des rtfnldes ; ils veu^ lent être trompés^ quils le soient. Malheur àl’ame vile et sanguinaire en qui la cupidité , ou tout autre motif peut faire naître cette horrible pensée ! Choisissez donc , pauvres mortels , entre les inepties du vulgaire, et la témérité plus artificieuse et plus raisonnée des médecins ! L’inexpérience , dicta le fameux aphorisme de Celse : la philosophie inspirait Lucrèce lorsqu’il écrivit; Dans le doute , il vaut mieux observer que d’^agir:

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