Read here

Mélanges de critique biblique: Le texte primitif du premier récit de la création, le Deutéronome ...

Gustave d' Eichthal · 1886 · Scanned text

114,468 words · about 8 h 1 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · view original scans

Licence: PD · PD-US by publication date

Text from Internet Archive, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Gustave d' Eichthal
Language
French
Published
1886
Length
114,468 words · about 8 h 1 min
Sections
28 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (28)

Continue:

Front matter

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the

II

j

i

À r

j

r

4 PREMIER RECIT DE LA CRÉATION.

nisme au sens le plus large, dans sa relation avec le judaïsme dont il est inséparable, rattaché aux civilisations antiques dont il a recueilli Théritage, instituteur de la civilisation moderne, réconciliant enfin dans son unité les communions diverses entre lesquelles il est aujourd'hui divisé.

A cette foi rationnelle en l'avenir du christianisme s'est jointe tout naturellement une confiance analogue dans la valeur des livres sur lesquels il se fonde, qui nous donnent le secret de ses origines, et nous font assister à sa formation. Pour les institutions aussi bien que pour les individus, dans le cours entier de l'existence, le développement est un, l'avenir se rattache par un enchaînement continu au passé, et l'étude de l'être naissant peut seule nous révéler le progrès final qui lui est réservé.

Issus des deux plus grands actes d'émancipation qui se rencontrent dans l'histoire de l'humanité (délivrance d'Israël par Moïse, et prédication du royaume de Dieu par Jésus), les deux livres fondamentaux du Christianisme, l'Ancien Testament et le Nouveau, gardent profondément gravée dans leurs textes l'empreinte de cette mémorable origine ; tous deux sont des paroles d'affranchissement. On l'a bien vu lorsqu'au XVI® siècle les hommes de la Réforme ont fait sortir de la Bible, pour l'Europe soustraite à la tutelle papale, la liberté civile et religieuse. Cependant, à côté de ce caractère profondément libéral, les textes bibliques portent la marque des réactions qui toujours j

PRÉFACE. 5 accompagnent même les plus généreuses entreprises; souvent une superstition servile s'y est fait sa place, et a gravement altéré l'inspiration primitive ; ailleurs des remaniements successifs, souvent maladroits, ont porté dans les textes la confusion, la contradiction même. Enfin, ces livres n'ont pu échapper aux accidents de toute nature qui, sous l'empire des vicissitudes communes, viennent altérer et mutiler, lorsqu'ils ne les anéantissent pas, les textes, quels qu'ils soient, écrits de la main des hommes.

Pour triompher de ces causes accumulées d'obscurité et d'erreur, pour rétablir l'ordre troublé, pour assigner aux diverses parties du texte leur sens et leur valeur véritables, il a fallu le secours d'une science spéciale, Vexégèse biblique. Dans notre Mémoire, nous avons résumé en quelques pages Thistoire de cette science; nous en rappellerons ici les traits principaux. Née dans l'antiquité, à peu près oubliée chez les chrétiens au moyen âge, l'exégèse biblique a pris dans les temps modernes un puissant essor, après que la Réforme, rejetant l'autorité traditionnelle de l'Église, eût fait de la Bible la règle suprême de la croyance et de la conduite des fidèles. Alors, en effet, ce fut non plus un simple problème d'érudition dogmatique, mais un devoir religieux imposé à tous, que de chercher à comprendre et à éclaircir les paroles du texte sacré, de travailler à dissiper les nuages qui pouvaient en obscurcir le sens. Au xvn" siècle, on voit l'œuvre se poursuivre non seulement chez les protestants, mais aussi chez les juifs et chez les catholiques; alors paraissent coup sur coup les mémorables travaux du calviniste Leclerc, de risraélite Spinosa, de Toratorien Richard Simon. Vers le milieu du xviii" siècle, un autre catholique français, Âstruc, professeur à la Faculté de médecine de Paris, par la publication de son livre sur la composition de la Genèse, imprime à la science un élan nouveau. A la fin du même siècle, et au cours du xïx' jusqu'à nos jours, sous l'impulsion des Reimarus, des Lessing, des Michaëlis, des Eichhorn, des Schleiermacher, des de Wette, des Strauss, des Baur, des Reuss, desKuenen (nous ne nommons que les plus célèbres), l'exégèse biblique prend en Allemagne un immense développement ; d'éminents interprètes la propagent en France et en Angleterre ; on peut dire qu'elle a aujourd'hui pénétré plus ou moins dans le monde civilisé tout entier.

Occupé nous-même, comme on l'a vu, de travaux relatifs à l'exégèse de l'Ancien et du Nouveau Testament, nous nous sommes trouvé, dans le cours de nos recherches, conduit à entreprendre l'étude spéciale du document qui, au début de la Genèse, raconte Thistoire de la Création en six jours (Genèse, ch. I, 1, — II, 4), et auquel l'exégèse moderne a donné le nom de Premier récit de la Création, Il est en effet suivi d'un second récit (Genèse, II, 8, — III, 24), dont l'objet est le même, mais qui diffère du premier, soit par les faits qu'il raconte, soit par la doctrine dont il est Tinj

PRÉFACE. 7

terprète. Or, cette étude a eu pour nous un résultat bien imprévu; elle nous a amené à reconnaître que le texte de ce premier document, tant de fois scruté, commenté par les plus éminents exégètes, renfermait cependant des altérations qu'ils n'avaient point aperçues, altérations telles qu'aucun texte de la Bible n'en a subi de plus graves. Nous nous référons à notre Mémoire pour l'exposé des anomalies que nous avons relevées et des restitutions que nous avons proposées ; mais ce que nous croyons devoir signaler dès à présent, c'est la confirmation que reçoit de nos recherches l'opinion aujourd'hui à peu près universellement admise par les exégètes relativement à l'âge et à l'origine du Pentâteuque.Lesrechercheslesplusrécentes, d'accord sur ce point avec une antique tradition, établissent que le Pentateuque, composé à l'aide d'écrits plus anciens, n'a été définitivement rédigé, n'a reçu la forme sous laquelle il nous est parvenu, que pendant la captivité de Babylone, au contact sur la terre assyrienne des Israélites déportés ,avec les conquérants Médo-Perses. Telles sont précisément l'époque et les circonstances auxquelles nous avons dû faire remonter les altérations relevées par nous dans le texte qui forme le début même du Peatateuq|ue .

Il semble, au premier abord, que le travail dont nous venons de faire connaître le sujet ait dû nécessiter de la part de l'auteur une connaissance approfondie de la langue hébraïque. Il n'en est cependant pas ainsi. L'hébreu nous est tout à fait étranger; mais les anomalies que nous avons eu à constater existent surtout dans Tordre et la structure du texte, et par conséquent se maintiennent dans une traduction pour peu qu'elle soit exacte. C'est ainsi que nous avions pu d'abord les reconnaître à travers une de nos traductions vulgaires. Plus tard, lorsque nous avons eu besoin d'une interprétation plus rigoureuse du texte, nous avons pu invoquer l'assistance du savant M. Carrière, professeur d'hébreu à l'École des hautes études : grâce à son concours, nous croyons que nos conclusions n'auront rien que d'acceptable même pour les hébr£usants.

Les paragraphes II, III et IV de ce mémoire, moins les notes qui les accompagnent, ont été lus devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans les séances des 8 et 13 août 1873. Le travail était imprimé avant la fin de la même année, et aurait pu paraître dès cette époque. Nous devons dire quelle considération nous en avait fait jusqu'ici différer la publication.

Nous croyons que la critique biblique, loin d'ébranler l'autorité des Écritures sacrées, telle qu'elle peut être acceptée aujourd'hui, lui donne au contraire son plus solide fondement. Telle était notre conviction lorsque nous avons publié nos précédents travaux d'exégèse, telle encore elle demeure au moment où nous faisons paraître ce Mémoire. Toutefois, nous l'avouons, ce n'est pas sans une sorte de regret que,

PRÉFACE. 9

sur un sujet, qui intéresse si vivement la foi religieuse du monde judéo-chrétien, nous nous décidons à laisser paraître un travail de simple critique. La société, qui depuis le xvi® siècle avait mis toute son énergie à lutter contre un système religieux oppressif, depuis quelque temps se sent de nouveau dominée par le besoin d'une foi religieuse, et est en peine de la trouver. Elle recherche curieusement ce qu'il y eut de fécond et de légitime dans les croyances du passé, ce que Tavenir en peut recueillir, ce qu'il peut y ajouter. Nous eussions aimé à profiter de l'occasion qui s'offrait à nous d'apporter notre tribut à cette solennelle enquête. Nous eussions voulu prendre dans leur ensemble les documents qui composent l'histoire de la création dans la Genèse, montrer le caractère non seulement si divers, mais si contradictoire des deux récits, apprécier l'influence qu'ils ont exercée dans le passé, qu'ils exercent encore aujourd'hui. Nous eussions désiré faire plus encore, indiquer ce que pourra être ce dogme religieux de Ta venir que préparent depuis tant de siècles tant d'essais philosophiques et théologiques. Pendant les deux années qui viennent de s'écouler, ce travail nous a souvent occupé ; maisàmesure qu'il se développait, nous avons pu reconnaître qu'il dépasserait de beaucoup l'étendue que nous nous étions proposé de lui donner, et reléguerait dans l'ombre le Mémoire sur lequel nous devons appeler spécialement aujourd'hui l'attention du public. Nous nous sommes donc décidé à laisser ce Mémoire paraître seul, en y joignant toutefois, avec quelques observations et quelques notes, le texte du Second récit de la Création ; on pourra ainsi, dès maintenant, juger plus facilement les différences et les contrastes qui séparent les deux documents.

Je dois ajouter qu'à mes yeux, le 1" récit est un enseignement philosophique et religieux de Tordre le plus élevé ; si élevé que, nonobstant sa forme élémentaire et naïve, il me parait dépasser encore tous ceux que rhumanité a reçus. Sans doute le 1" récit n'est pas à la hauteur où les travaux des Newton et des Laplace, voire même des Hipparque et des Ptolémée, ont élevé la science. Il pose néanmoins les deux principes fondamentaux sur lesquels s'appuie toute étude philosophique de la nature: d'une part, l'unité du monde (conséquence de l'unité de Création), et d'autre part, la diversité spécifique et héréditaire des êtres organisés (1). Sous le rapport moral, à l'homme et à la femme moitiés intégrantes de l'être humain, simultanément créés à l'image de Dieu, il donne ^pour règle de leur destinée commune cette première de toutes les lois religieuses : « Fructifiez, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la, » et, par l'institution du repos sabbatique, il tempère et complète cette loi d'universelle activité. Or, n'est-ce pas là le programme même de la civilisation, telle qu'elle s'est développée dans l'histoire, telle que

(1) Voyez les versets relatifs à la Création des plantes et des animaux. (Genèse,!, 12, 21, 25.)

PRÉFACE. . 11

notre siècle, mieux qu'aucun de ceux qui l'ont précédé, la comprend et s'efforce de la pratiquer? En effet, pour « fructifier, multiplier, remplir la terre et la soumettre », c'est la famille, l'État, c'est la Société même des nations qu'il faut organiser ; c'est l'art, la science, l'industrie, c'est la philosophie, c'est la religion, ce sont tous les éléments de la civilisation qu'il faut développer.

Je ne crois nullement d'ailleurs que ce magnifique enseignement soit, comme le veut Torthodoxie, une révélation faite à V homme par son Créateur, J'y vois l'œuvre du génie Israélite, au temps de sa complète maturité, au temps des grands prophètes, desMichée, des Amos, des Isaïe, des Jérémie, alors que les Israélites, en contact perpétuel avec l'Assyrie, la Chaldée, la Phénicie, l'Egypte, avec les doctrines mazdéennes déjà répandues dans toute l'Asie occidentale, avaient singulièrement agrandi le cercle de leurs connaissances et de leurs idées. Alors aussi, meurtris sous le marteau de Ninive et de Babylone, éclairés cependant et fortifiés par la doctrine de Moïse et par les exhortations de leurs prophètes, les Israélites se consolaient des souffrances du présent par leur foi en un religieux avenir de paix et de bonheur. Ils proclamaient que le temps viendrait où « les glaives seraient transformés en faucilles et les fers de lances en socs de charrue; où les nations, converties à la foi et à la loi d'Israël, désapprendraient la guerre ; où chacun se reposerait sous sa vigne et sous son n figuier (1) ». A mes yeux, le !•' récit de la Création est une expression contemporaine, mais plus grandiose, plus philosophique, plus religieuse encore de la même foi, de la même espérance ; sur le canevas d'un vieux mythe d'origine mazdéenne, un prophète israélite du viïi* siècle a tracé cette page sublime.

Débarrassé des anomalies qui, dans le texte traditionnel, le déparent et le discréditent, ramené à sa forme primitive, à sa véritable signification, ce 1*' récit offre aux hommes de la science et à ceux de l'orthodoxie, aux hommes du progrès et à ceux de la tradition, un terrain tout préparé, sur lequel ils peuvent se rencontrer et se donner la main.

(1) Isaïe, II, l-4.Michée, IV, 1-3.

PREMIER

RÉCIT DE LA CRÉATION'

(Genèse, ch. I-II, 4)

SELON LE TEXTE HEBREU^

Prologue

1. D'abord Dieu (Elohim) créa le ciel et la terre.

2. La terre était informe et déserte, les ténèbres étaient sur la surface des flots (1), l'esprit de Dieu planait sur la surface des eaux.

PREMIER JOUR

3. Dieu dit : « Que la lumière soit, » et la lumière fut; 4*. Et Dieu vit que la lumière était bonne.

4**. Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres ;

5*. Dieu appela la lumière : Jour, et les ténèbres : Nuit.

5^. Il fut soir, et il fut matin : premier jour.

1. Pour rintelligence du mémoire qui [suit, nous devons d'abord mettre sous les yeux de nos lecteurs le texte biblique qui en est Tobjet.

2. Lorsqu'un verset a dû être divisé en deux parties, nous avons désigné la première par un », et la seconde par un ^ placé après le numéro du verset.

DEUXIEME JuUB

*>• IhrrG &.1 : t "j^ -^ T i.t czi IrnÂ^m-nt par le milieu d«r» «aox i^t qc il i^rpare les eaux d'aT^r les eau. i»

7. Dîeti â: Se ÂrtnamesL •>! iî «épara les eaux qui sont ao-desâoos da firtnaoent de< eaox q^ ^onl aa-dessus da finnameot.

7». El il fot a::.>î.

9$^. Dien api^la le firmament : Ciel.

^^, 11 fut soir, U fut matin : deuxième jour.

TROISIÈME JOUR

9*, Dieu dit : *< Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un même lieu, et que le sec paraisse, pf

10*. Dien appela le sec : Terre ; U appela lamas des eaux : Mers ;

iO\ et il vit que cela était bon.

11*. Dien dit : « Que la terre produise la verdure, Therbe portant semence et Tarbre fruitier portant le fruit selon son espèce, ayant en lui sa semence sur la terre {i). »

iP. Et il fut ainsi.

12*. La terre produisit la verdure, l'herbe portant semence selon son espèce, et Tarbre portant le fruit ayant en lui sa semence selon son espèce.

13. Il fut soir, il fut matin : troisième jour.

QUATRIÈME JOUR

U*. Dieu dit: « Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour d'avec la nuit;

V lÂ^. Qu'ils servent de signes pour les fêtes (3), pour les jours et pour les années ;

15*. Et qu'ils servent de luminaires au firmament du ciel pour luire sur la terre. »

16. Dieu fit les deux grands luminaires, le luminaire plus grand pour dominer sur le jour et le luminaire plus petit pour dominer sur la nuit, et il fit les étoiles.

17. Dieu les mit au firmament du ciel pour luire sur la terre,

18». Pour dominer sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres; 18^ Et Dieu vit que cela était bon.

19. Il fui soir et il fut matin : quatrième jour.

CINQUIÈME JOUR

20. Dieu dit : « Que les eaux se peuplent d'êtres doués de vie, et qu'il y ait des volatiles qui volent sur la terre sous le firmament du ciel. »

21*. Dieu créa les grands monstres marins et tous les êtres vivants qui nagent (4) et qui peuplent les eaux selon leur espèce, et tous les volatiles munis d'ailes selon leur espèce ;

22. Dieu les bénit en disant : « Fructifiez et multipliez et remplissez les eaux dans les mers et que le volatile multiplie sur la terre. »

23. 11 fut soir, il fut matin : cinquième jour.

SIXIÈME JOUR

24*. Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, les animaux domestiques, les reptiles et les bêtes sauvages (5) selon leur espèce. »

25*. Dieu fit les bêtes sauvages, selon leur espèce, et les animaux domestiques, selon leur espèce, et tous les reptiles selon leur espèce ;

26. Dieu dit : « Faisons Thomme (Adam), à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux domestiques et sur toutes les bêtes sauvages, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre (6). »

27. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à Timage de Dieu; il les créa mâle et femelle.

28. Dieu les bénit ; Dieu leur dit : « Fructifiez et multipliez ; remplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel et sur tout être vivant qui rampe sur la terre. »

29. Et Dieu dit : « Voici, je vous donne toute herbe portant semence qui est sur la surface de la terre et tout arbre sur lequel il y a fruit d'arbre, portant semence. Ce sera votre nourriture.

30". Et à tous les animaux de la terre, et à tous les oiseaux du ciel et à tout ce qui rampe sur la terre et qui est doué de vie, je donne pour nourriture toute herbe verte. »

31*. Dieu vit tout ce qu'il avait fait ; et cela était très

bon. 31*. Il fut soir, il fut matin : sixième jour.

SEPTIÈME JOUR

Chapitre II, 1. Et le ciel et la terre furent achevés, avec toute leur armée ; 2. Dieu eut achevé au septième jour son œuvre qu'il avait faite, et il se reposa au septième jour de toute son œuvre qu'il avait faite.

3. Et Dieu bénit le septième jour, et le sanctifia parce qu'en ce jour Dieu s'était reposé de toute son œuvre que Dieu avait créée, qu'il avait faite.

4. Telles sont les origines du ciel et de la terre lorsqu'ils furent créés, lorsque lahveh-Dicu (7) (Iauveh-Elqhim) fit la terre et le ciel.

(1) V. 2. Nous traduisons par flots le mot hébreu tehôm, communément traduit par abîme. Tehôm a les deux sens (voy. le Dictionnaire de Gesenius). C'est ainsi qu'en français on dit la mer et les abîmes de la mer. Mais à cette place le mot abîme employé isolément n'offre aucun sens clair. C'est bien, d'ailleurs, des flots qu'il s*agit ici; tant que les eaus supérieures n'ont pas été séparées des inférieures par le firmament ou ciel, tant que la terre n'a pas été séparée des mers, le tout ne forme qu'une masse confuse que les fiots recouvrent.

(2) V. 11*. « Sur la terre. » Le sens de ces mots est obscur. Aucune explication n'en a été donnée jusqu'ici qui nous paraisse satisfaisante (voy. le Commentaire de Knobel).

(3) V. 14 b. « Les fêtes. » Nous traduisons ainsi le mot Môadim (du singulier môed) que les Septante ont rendu par xatpol, la Vulgate par tempora^ et à leur suite les traductions modernes par temps. MÔED signifie proprement un temps fixe, une époque bien déterminée, et, par suite, une fête solennelle. On le trouve fréquemment employé pour désigner les fêtes mosaïques (voy. le D" de Gesenius, le Commentaire de Knobel, et Lév., XXIII, 2, 4, 37, 44; Nomb., X, 10, etc.).

La traduction exacte du mot Môadim donne à ce passage un caractère hiératique, qui tend à confirmer le fait de son introduction récente dans le texte.

(4) V. 21 ». M Qui nagent » (ramas). Littéralement « qui rampent ».

(5) V. 24*. «( Les bétes sauvages » (hayat haareç). Littéralement : les bétes de la terré, celles qui vivent libres sur la terre.

(6) V. 26. tt Et sur toutes les bétes sauvages ». Le texte hébreu porte : « et sur toute la terre ». La version syriaque admet le premier sens, qui est en effet convenable à cette place, et qui repose sur une restitution du texte hébreu (voyez la note 5, ci-dessus, et le Commentaire de Knobel).

(7) Ch. II, V. 4. Sur le nom Iahveh (Iebovab), voyez notre travail, même vol. p. 351.

RESTITUTION

DU TEXTE PRIMITIF

(Genèse, ch. I-II, 4).

I

COUP d'oeil sur l'histoire de la critique

BIBLIQUE

La Genèse nous offre à son début deux récits successifs de la Création qui tout d'abord se distinguent par le nom différent donné dans chacun à la Divinité. Ce nom est Elouim (Dieu) dans le premier récit; il est Jehoyah ëlohim ou plutôt lAnvKu Elohim (l'Être-Dieu) dans le second, en adoptant pour le nom divin mosaïque une lecture plus correcte et maintenant de plus en plus usitée (1). De là viennent les dénominations d'Elohiste et de Jèhovute (ou mieux lahviste), respectivement appliquées par les exégètes modernes à chacun de ces deux récits. La diversité du nom divin dans l'un et dans l'autre avait été reconnue et commentée dans l'antiquité par Tertullien et par saint Augustin; mais c'est seulement au siècle dernier qu'elle

2U PREMIER RÉGIT DE LA CRÉATION.

a été mise pleinement en relief par Astruc, médecin français, dans le livre célèbre publié par lui, nominalement à Bruxelles, et de fait à Paris (2), sous le titre : Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moïse s'est servi pour composer le livre de la Genèse. Dans cet ouvrage Astruc montre que l'emploi alternatif des noms Elohim et Jehovah n'est pas restreint aux deux récits de la Création, qu'il se retrouve dans le texte entier de la Genèse et presque toujours se rattache à remploi de documents différents « réunis, mais non pas fondus » par le rédacteur. Ce sont les expressions mômes dont se sert Astruc; selon lui, d'ailleurs, ce rédacteur n'est autre que Moïse. Astruc voit dans la différence des documents ainsi juxtaposés la cause des nombreuses anomalies qui se rencontrent dans le texte de la Genèse, et pour rendre le fait en quelque sorte palpable, il imprime sur deux colonnes, d'une part la série des documents élohistes, d'autre part la série des documents jéhovistes. La science moderne a consacré dans ce qu'elle avait d'original et de fécond la thèse d'Astruc, et, à part certaines modiûcations de détail, elle a conservé sa classification des documents de la Genèse. Mais elle ne l'a pas suivi dans l'opinion qu'il professe au sujet de la haute antiquité de ces documents; elle n'admet pas qu'ils aient été recueillis par Moïse lui-même ; elle se refuse à faire remonter jusqu'au législateur hébreu la j-édaction de la Genèse, non plus que celle des autres livres du Pentateuque.

En fait cette dernière opinion est tellement contraire aux témoignages évidents que fournit le texte biblique, qu'elle n'a jamais pu être soutenue d'une façon absolue et sans restriction, du moins par aucun de ceux qui avaient fait une étude tant soit peu attentive de la question, ou qui n'étaient point dominés par d'inflexibles préjugés. Ainsi Bossuet lui-même, l'implacable adversaire de Richard Simon, après avoir, dans son Hlsfoire universelle^ combattu de toutes ses forces la thèse de la critique biblique, arrive cependant à cette conclusion, « que les variétés des textes et des versions viennent de l'antiquité môme du livre qui a passé par les mains de tant de copistes » (2® partie, XIII). Bossuet ne voit pas que cette concession, si minime qu'elle soit, laisse la porte ouverte à la critique biblique, et qu'une fois placée sur ce terrain, la querelle entre les opinions opposées est réduite à no plus être qu'une question de limite. Déjà dans l'antiquité nous voyons se produire, même chez les Pères de l'Église, l'opinion que les livres bibliques ont été, après la captivité, recueillis et, comme ils disent, restitués {instaurait) par Esdras (3). Dans les temps modernes, à la suite de la Réformation, et avec le progrès de l'esprit d'examen, la question est reprise chez les juifs, chez les protestants et chez les catholiques. Est-il besoin de rappeler les travaux de Spinosa, de Le Clerc, et surtout le livre de Richard Simon, l'Histoire critique du VieuxTestament, « cet édifice de la science^ comme on Ta justement nommé, élevé d'un seul coup sur des bases qui n'ont pas été ébranlées (4) » ? Plus tard vient Astruc dont nous avons parlé tout à l'heure. Ces hommes, y compris Spinosa (5), n'étaient en aucune façon des adversaires de la tradition biblique. Loin de là, comme ils le déclarent expressément, en cherchant à expliquer les anomalies qui se rencontrent dans les textes bibliques et en montrant les causes réelles ou accidentelles qui ont pu les produire, leur intention est de rendre à ces textes, aux yeux de tous, leur légitime autorité. Et en efTet, si l'on veut bien se rendre compte du résultât produit, on reconnaîtra qu'il est précisément celui qu'avaient recherché les fondateurs de la science. La valeur des textes sacrés est tout autrement appréciée de nos jours quelle ne l'était au siècle dernier, et la puissanté ironie de Voltaire ne trouverait plus là aujourd'hui un champ pour s'exercer.

Après deux siècles d'incessants travaux, la critique biblique fondée en Hollande et en France au xvii° siècle, développée un siècle plus tard en Allemagne, a maintenant, non pas sans doute terminé, mais du moins grandement avancé sa tâche; elle Ta fait en élevant son édifice sur les bases établies par les illustres initiateurs que nous avons nommés. L'exégèse moderne s'est approprié, nous l'avons déjà dit, le principe posé par Astruc relativement à la distinction à établir entre les documents élohistes et les documents jéhovistes de la Genèse ; peut-être même a-t-elle eu le tort d'en vouloir pousser l'application à l'extrême. La science a également consacré cet autre grand principe posé par Richard Simon que, « chez les Israélites, la loi religieuse était progressive, et que, tout en restant immuable dans ses dispositions fondamentales, elle pouvait se conformer aux nécessités de chaque époque ». Gomme Richard Simon enfin, elle admet qu'avant la captivité il existait un certain nombre d'écrits relatifs aux antiquités, à l'histoire, à la législation hébraïque, écrits composés à diverses époques, avec l'aide soit de la tradition, soit de documents originaux, soit d'écrits antérieurs ; mais elle admet aussi que ces écrits, dispersés, ou bien même mutilés, par suite de la conquête chaldéenne, ont été pendant la captivité, mais surtout à l'époque du rétablissement de Jérusalem, recueillis et mis en ordre par Esdras ou par des hommes qui poursuivaient le même but que lui, et qu'en même temps ils ont été revisés et mis en harmonie avec les besoins religieux de la nouvelle société israélite (6). Il est curieux de comparer ces dernières conclusions de la science avec ce qu'écrivait, il y a deux cents ans, l'auteur de l'Histoire critique du Vieux Testament : « Dieu a promis r]

aux prophètes et aux juges qui ont succédé à Moïse la même grâce et le même esprit de prophétie qu'à ceux qui vivaient de son temps, et partant ils ont conservé le même pouvoir, non seulement d'interpréter la loi, mais encore de faire de nouvelles ordonnances » (ch. II, p. 19). Puis, voulant expliquer les changements qui semblent s*ôtre produits dans les divers textes de la Bible, Tauteur pense « que ces changements doivent être attribués à la liberté qu'ont prise ceux qui ont fait le dernier recueil des mémoires bibliques, et en ont formé le corps de nos Écritures, d'accommoder les anciens textes à leur temps et à leurs desseins » (ch. III, p. 24). Enfin, pour ne négliger aucune cause d'erreur, Richard Simon constate, ce que nous avons tu Bossuet lui-môme reconnaître, « que les hommes ont été dépositaires des livres sacrés aussi bien que de tous les autres livres, et que, comme les premiers originaux ont été perdus, il était en quelque façon impossible qu'il n'y arrivât aucun changement tant à cause de la longueur de temps que de la négligence des copistes ». Les principes de critique posés par l'illustre oratorien et que Texégèse moderne a consacrés, s'appliquent rigoureusement au sujet que nous avons à traiter. Ils reçoivent d'ailleurs une nouvelle et formelle confirmation des résultats auxquels nous sommes arrivé. Les additions, les changements que nous montrerons avoir été introduits dans lé texte primitif du premier récit de la Création, ne peuvent s'expliquer, se justifier, que par les considérations dont nous venons de présenter l'exposé sommaire.

2i PREMIER RÉCIT DK LA CRÉATION.

II

OBJECTIONS SOULEVÉES PAR LE TEXTE TRADITIONNEL DU RÉCIT DE LA CRÉATION. — SOLUTION PROPOSÉE

Le premier récit de la Création dans la Genèse a été dès longtemps l'objet de jugements très opposés, et cependant, il faut le dire, également autorisés. Les uns, considérant ce récit dans son ensemble, ont été frappés de ce qu'il renferme d'idées juste et grandioses. « On ne saurait trop admirer, dit Knobel dans son Commentaire sur la Genèse, ce qu'il y a d'aperçus lucides et profonds dans le premier récit de la Création ; l'auteur a le sentiment du développement progressif des êtres, et indique les termes successifs de ce développement dans un ordre auquel la science moderne elle-même n'a rien àreprendre. — Toutes les cosmogonies de l'antiquité, dit-il encore, ont un fond commun, mais on est unanime à reconnaître que par le naturel et la simplicité de la narration, aussi bien que par la grandeur de la pensée, le document biblique s'élève bien au-dessus de tous les autres (7). » Dans son dernier ouvrage sur V Ancienne et la nouvelle croyance^ Frédéric Strauss, que l'on ne saurait accuser de partialité en faveur des textes bibliques, tient au sujet de ce récit un langage tout semblable (8). Ajoutons qu'aucun document religieux n'a peint sous une forme plus saisissante la puissance du Créateur, et d'un autre côté n'a caractérisé d'une manière plus heureuse et plus vraie, la mission de l'homme sur la terre.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…