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L'Unité des forces physiques : essai de philosophie naturelle

Angelo Secchi · 1874 · Scanned text

231,453 words · about 16 h 12 min to read

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About this book

Author
Angelo Secchi
Language
French
Published
1874
Length
231,453 words · about 16 h 12 min
Sections
28 reader sections
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Préface

DE LA PREMIÈRE ÉDITION ITALIENNE

La grande découverte qui de nos jours préoccupe lous les savants, et qui sera le plus beau titre scientifique de notre époque, est celle de la théorie mécanique de la chaleur ; c'est-à-dire la réduction des phénomènes calorifiques à de simples modalités de mouvement. Exposer les bases de cette théorie, en étendre les applications aux agents impondérables et aux autres forces physiques, tel est l'objet du présent ouvrage.

Que Ton ne s'étonne pas de voir un astronome entreprendre de traiter un sujet regardé d'ordinaire comme relevant des physiciens, car certainement laquestion de la nature des forces intéresse Taslromomie au plus haut point. En effet, il y a deux manières d'envisager les mouvements célestes: ou bien comme de simples effets d'une force abstraite, la gravité, de sorte que la loi élémentaire de cette force une fois connue, tout le reste s'en déduit par voie analytique; ou bien comme les effets d'une cause immédiate appartenant à un ordre plus élevé et dont la gravité elle-même ne serait qu'une conséquence. Tant que l'on se borne à calculer les mouvements planétaires, la première hypo^ thèse suffit aux besoins de l'astronome; mais, lorsqu'on arrive à chercher l'explication des autres phénomènes que nous présentent les comètes, les aérolithes et le soleil lui-même, elle est insuffisante. Non-seulement les apparences physiques des corps

ftECCHI. — - FORCES PHYSIQUES. — I* <D1TI02I. S

II PRÉFACE DE LA PIŒMIËRE ÉDITION ITALIENNE.

célestes ne peuvent s'expliquer par uii principe unique, mais les lois mêmes des mouvements révèlent des perturbations que Ton ne peut négliger. Pour comprendre ces aberrations, il faut recourir à l'action des forces qui régissent la matière, que nous connaissons de près et que, pour ainsi dire, nous manions chaque jour.

De récentes observations ont démontré que dans l'espace planétaire s'exercent encore la répulsion calorifique, la résistance du milieu, les actions magnétiques et électriques, et sans nul doule, de même que la lumière, ces forces sont communes à toute la création et lient ensemble les corps les plus éloignés de l'univers.

En présence d'une idée aussi séduisante, celui qui est entré dans la carrière astronomique après avoir consacré plusieurs années à l'étude de la physique, n'a pu s'empêcher d'être vivement sollicité à déterminer les relations réciproques de ces forces, à en rechercher les principes, à voir s'il est possible de les ramener toutes à une cause commune. Les remarquables progrès accomplis par la science dans ces dernières années ont fait disparaître les principales difficultés qui écartaient les savants d'un problème aussi complexe, et aujourd'hui on ne pense plus que les forces physiques et celles qui régissent les mouvements des corps célestes soient indépendantes les unes des autres.

Personne n'admet plus Texistence du vide absolu dans l'espace planétaire, les forces ne sont plus regardées comme des qualités occultes de la matière, mais comme de purs effets de mouvement. Ainsi s'ouvre aux spéculations des naturalistes un champ jusqu'ici inexploré.

Une telle synthèse a été toujours pour nous un sujet d'études favori. En 1858, dans une séance de l'Académie Tibérine, nous lûmes une dissertation sur cet objet qui fut publiée plus tard avec un grand nombre de notes ^ Depuis ce moment plu-

* Voy. Giornah Ârcadicoy vol. XI, nouvelle série, be la corrélaliofi des forces physiques.

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION ITALIENNE. m

sieurs personnes manifestèrent le désir de \oir celte thèse traitée avec déplus grands détails dans un ouvrage écrit en italien car jusque-là notre langue ne possédait aucun livre dans lequel les derniers progrès de la science fussent exposés et réunis dans un ensemble synthétique. Les nombreux travaux de ma charge ne me permirent pas de m'occuper de ce travail. Seulement, dans un i.econd opuscule publié ultérieurement, j'abordai cette question *, et à celle occasion, par la nature môme des oppositions que soulevèrent les idées émises dans ce travail, je pus me persuader que nombre d'idées déjà assez usuelles dans la science n étaient pas encore répandues et suffisamment connues parmi nous. Aussi je résolus de consacrer à la rédaction de ces pages les rares moments de liberté que me laissaient mes autres devoirs.

Dans ce livre je n'ai point la prétention de créer une nauvcUc philosophie de la nature, je veux seulement exposer les vues théoriques qui chaque jour s'afflrment davantage grûco à une étude plus sérieuse des phénomènes. Le lecteur verra que ces idées nouvelles sont la conséquence directe des travaux accomplis par les savants qui illustrent notre siècle. Qu'il nous suffise de citer Mayer, Séguin, Joule, Thomson, Grove, Ilirn, Lamé, Moigno, Tyndall, Clausius, Dumas, Maxwell, Fusinieri, Zanlcdeschi, Bixio, Turazza, Graham, Bunsen, Foucault, Dupré, Caiitoni, etc., qui tous ont fait progresser et ont vulgarisé celte théorie en un très-petit nombre d'années. Et ce seul fait, à défaut de tout autre, parle assez haut pour montrer que ITigo actuel n'a rien à envier aux autres époques scientifiques, même aux plus glorieuses.

Je ne cache pas qu'ayant voulu exposer celle s\nthèse î^ciontifique de manière à la rendre accessible à la majorité des lecteurs, j'ai rencontré des difficultés plus sérieuses que je ne me les étais figurées tout d'abord. 11 fallait dépouiller les démonstrations de leur appareil de formules et de calculs, sans leur

* ÎjsUre sur un problème cosmologique. Rome (Marin 1)1 18C2.

iT PRÉFACE DE LA PltEMIÈRE ÉDITION ITALIENNE.

s

faire perdre leur force ; de plus, les principes fondamentaux ne pouvaient être établis par la voie des mathématiques. En effet, l'analyse géométrique, fort utile quand on veut tirer d'un principe toutes ses conséquences et qui par là donne de précieux moyens de vérificalion, est tout à fait impuissante à prouver directement la vérité du principe lui-même.

La partie expérimentale elle-même, pour être traitée d'une manière convenable, m'a demandé une grande attention. Sans entrer dans le détail des expériences, ce qui est le propre des ouvrages spéciaux, il fallait rappeler les résultats obtenus, de telle façon qu'on pût en comprendre la signiQcation et Timpor* tance, alors même qu'on n'en posséderait pas une complète connaissance préliminaire. Autrement, j'aurais été ennuyeux pour les uns et inintelligible pour les autres. Me trouvant ainsi enfermé entre deux écueils également dangereux, et dans l'impossibilité d'échapper à l'un et à l'autre, afin d'éviter le second j'ai préféré donner dans le premier : en un mot, craignant d'être incomplet, j'ai préféré être un peu long. Le grand nombre de faits qui se trouvent réunis dans cet ouvrage, surtout en certaines parties, suffisent à montrer qu'un lien commun réunit les diverses branches de la physique, et alors môme que le présent ti^avail n'atteindrait pas le but principal en vue duquel il a été entrepris, ce résultat bien que secondaire ne serait certainement pas sans profit pour Iclecteur. Le livre que nous présentons est donc rédigé de manière à permettre aux jeunes gens déjà instruits des faits élémentaires de la physique de compléter leurs études, en leur donnant une notion générale de la partie la plus élevée de la science.

Je crois utile de dire dès maintenant que, vu la multiplicité et la difficulté des matières traitées dans les pages qui suivent, leur lecture exigera une attention soutenue. Je ne me suis pas proposé d'écrire une de ces œuvres moitié littéraires moitié scientifiques, où la science est présentée sous une forme attrayante. Ce genre de littérature, très en faveur depuis quel-

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION ITALIENNE. y

ques années, a une grande utilité au point de \ue de la vulgarisation scientifique, mais il ne contribue en rien au progrès de la science. Mon intention a été de faire quelque chose qui profite au développement de la philosophie naturelle. Les difficultés n'ont pas fait défaut, mais j'ai toujours été soutenu par la pensée que, quand même j'échouerais dans mon entreprise, elle aurait au moins cela d'utile que peut-être elle donnerait à des savants plus habiles que moi le désir de trouver la solution qui m'avait échappé, en leur montrant combien de précieuses données sont déjà acquises au problème.

C'eût été chose facile que d'introduire en maints passages d'attrayantes digressions, car un sujet aussi vaste se prête facilement à des développements d'un haut intérêt. Je me serais par là rendu plus agréable à lire, mais aussi ces détails n'auraient pas manqué de distraire le lecteur et de l'empêcher de suivre le fil de la démonstration. Et même sous ce rapport, pour faciliter l'enchaînement des raisonnements, j'ai, à la fin de chaque livre, résumé les choses principales qui y sont développées ; si bien qu'en lisant seulement le dernier chapitre de chaque livre, on peut prendre une idée générale de l'ouvrage entier.

J'avais d'abord eu l'intention d'ajouter quelques notes, tant pour exposer diverses théories à peine ébauchées dans le texte, que pour démontrer par le calcul certaines propositions données comme exactes, et même pour en indiquer d'autres plus nouvelles ; je ne l'ai pas fait, car déjà l'étendue de l'ouvrage dépassait les bornes dans lesquelles j'espérais pouvoir le renfermer.

Durant * l'impression la science a fait des acquisitions importantes. J'en ai profité au fur et à mesure que j'en avais connaissance, et j'ai vu avec grand plaisir que tous les faits nouveaux étaient autant de preuves nouvelles en faveur de ma thèse et qu'aujcun d'eux ne s'inscrivait en faux contre les vues théo-

* L'édition fut commencée dans les premiers jours d'août 1865.

VI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE EDITION ITALIENNE.

riques exposées dans cet essai. Je suis donc en droit d'espérer que l'exactitude de ces théories se confirmera chaque jour davantage à mesure que les phénomènes de la nature seront mieux connus.

Peut-êlre considérera-t-on certaines conjectures ici exposées comme un peu hasardées ; mais comme cela ne veut pas dire, .tant s'en faut, qu'elles sont erronées et dénuées de tout fondement, j'espère que le lecteur impartial, avant de les rejeter, voudra bien les examiner. De plus ce sont des conjectures, et nous ne les donnons que pour telles.

Ce dont je ne saurais m'excuser aussi facilement, c*est d'avoir osé embrasser un sujet trop vaste et de beaucoup supérieur à mes forces, et j'avoue que ce travail une fois terminé, n'aurait pas été imprimé, si l'on ne m'avait pas vivement sollicité à en entreprendre la publication. Sans cette proposition, que j'ai acceptée avec plaisir, je me serais regardé comme amplement récompensé de ma peine par la satisfaction que j'éprouvais d'avoir pu enfermer dans une synthèse générale toutes les forces de la nature. Puissé-je avoir été assez heureux dans l'exposé de ma théorie pour faire goûter aux autres cette même satisfaction.

A. SEcaii.

Rome, iO avril 186i.

PRÉFACE

DE LA PREMIÈRE ÉDITION FRANÇAISE

Ce livre, publié pour la première fois en 1864, rencontra dans le public scientifique un accueil si favorable que Tédition se trouva promplement épuisée. Bien qu'écrit en italien, il obtint en France un succès assez grand pour me déterminer à accepter la proposition du docteur Deleschamps d'en faire une édition française. Toutefois cette édilion n'est pas une simple traduction de la première ; elle présente des améliorations imporlantes. L'ouvrage original, rédigé et imprimé en quelques mois à peine, ne pouvait manquer de se ressentir d'une telle précipitation ; aussi les quelques petites inexactitudes qui s'y étaient glissées ont été corrigées, et quelques passages un peu obscurs rendus plus clairs.

En outre, dans ces cinq années, la science a avancé assez rapidement. Nous sommes heureux de constater qu'aucune des doctrines fondamentales énoncées dans cet ouvrage n'a été ébranlée par les récentes découvertes, et qu'au contraire un grand nombre de détails ont été confirmés et élucidés dune manière remarquable, et se trouvent appuyés sur des preuves nouvelles. Nous avons donc profité de ces progrès, et on trouvera consignées à leur place les données nouvelles acquises à la science.

Cependant nous n'avons pas voulu changer la forme de l'ou-

VII PRÉFACE Dfi LA PREMIÈRE ËDITIO?! FRANÇAISE.

vrage; au contraire, nous avons cherché à conserver son originalité. Il y avait pour cela une excellente raison : en effet, dans cet intervalle, bien des professeurs et des vulgarisateurs habiles ont cherché à répandre ces doctrines, soit par des articles, soit par des ouvrages spéciaux. En modifiant trop notre rédaction, nous aurions couru le risque de paraître avoir emprunté à ceux que nous avions réellement précédés et qui quelquefois même nous ont simplement copiés.

L'ouvrage ayant été écrit dans le but spécial d'exposer les doctrines de la physique moderne, il n'a pas la prétention de faire connaître les détails particuliers de la science, et surtout ceux qui tiennent à la partie pratique et technique. Cependant nous avons développé davantage la théorie de la chaleur pour préparer suffisamment le lecteur à l'étude des ouvrages spéciaux où il pourra trouver les renseignements intéressants sur celte branche. Enfin de nouvelles figures propres à éclairer le lecteur ont été ajoutées, et rendront plus saisissables certains phénomènes.

Si l'on compare le langage actuel des savants à celui qui était en usage il y a cinq ans, on trouvera de grandes différences: certaines idées émises pour la première fois dans ce livre, et regardées comme prématurées à l'époque où parut la précédente édition, sont acceptées aujourd'hui, et sont même devenues vulgaires. Qu'il nous suffise de citer la rotalon atomique, la relation des pouvoirs optiqiles et électriques des corps, l'influence des pressions latérales des fluide étendue à l'électricité, l'assimilation du courant électrique à un flux d'éther, la théorie de l'induction électro-dynamique, etc.

Nous sommes loin de croire que les savants aient été amenés à ces idées nouvelles par la lecture de notre livre; mais elles leur ont été imposées par l'observation des faits ; nous n'avons qu'à nous féliciler d'être arrivé aux mêmes conclusions par une voie plus courte.

Trois ordres de phénomènes principaux constituent les mani-

PRÉFACE DE U PREMIÈRE ÉDITION FRANGMSii:; »

festations des forces physiques analysées dans cet ouvrage, ce sont : la chaleur, les radiations et l'électricilé. La théorie de la chaleur est déjà constituée sur des bases solides. Depuis la publication de noire essai en 1864, Tétude de la radiation a fait de grands progrès, néanmoins Tobscurité qui enveloppait jadis la manière d'agir des vibrations transversales persiste encore aujourd'hui. le raisonnement nous conduit là à des conclusions irrécusables, mais dont l'imagination ne peut pas encore saisir clairement le mécanisme. Sans nuire à la science, ces difficultés jettent une certaine inquiétude dans Tesprit du savant, qui se trouve pour ainsi dire arrêté dans son essor.

En électricité, les complications sont encore plus grandes. L'observation nous montre des relations frappantes etconcluantes entre les phénomènes statiques et dynamiques, et de nombreuses analogies entre ceux-ci et les mouvements des fluides ; mais lorsqu'on vient aux détails, on rencontre des difficultés sérieuses à concevoir le mécanisme des phénomènes qui reste ainsi comme enveloppé de mystère.

Ce sont surtout ces difficultés que nous nous sommes efforcés de vaincre : y sommes-nous parvenus ? Le lecteur en jugera. Nous avons au moins indiqué aux chercheurs les points dignes de leur attention, et dans quel sens ils doivent interroger la nature. Si les physiciens expérimentateurs dirigent convenablement leurs travaux vers l'étude des inductions éleclrodvnamiques, la science ne tardera pas à se débarrasser de ces incertitudes. Nous avons essayé d'indiquer cette route en réunissant dans la présente édition un nombre plus considérable de phénomènes dus au mouvement des fluides propres à éclaircir la théorie électro-dynamique. Ainsi nous avons essayé de frayer la voie que d'autres plus heureux parcourront plus avant.

Comme le goût des études théoriques se développe chaque jour davantage, on est en droit d'espérer que les lacunes ne resteront pas longtemps sans être comblées. Le meilleur moyen pour arriver plus rapidement à ce résultat, est de commencer

X PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDIIION FRANÇAISK.

à introduire dans renseignement élémentaire une coordination systématique et régulière des phénomènes, laissant de côté Tordre historique des découvertes qui jusqu'ici a fourni le plan de presque tous les traités spéciaux ^

On nous a reproché d'avoir suivi de trop près dans notre ouvrage le genre d'exposition qui convient à un précis élémentaire de physique. Je crois ce reproche peu fondé. Les détails dans lesquels nous sommes entrés étaient nécessaires, car les faits particuliers sont la pierre de touche des théories.

En effet, quiconque embrasse les phénomènes de la nature dans une généralisation un peu élevée, est porté à voir tous les faits concorder de la manière la plus heureuse avec les idées systématiques qui le guident. Ainsi quand les nuages sont amoncelés à l'horizon, leurs masses bizarrement groupées paraissent à quelques-uns dessiner la figure d'un énorme géant, alors que d'autros y retrouvent la riche ordonnance d'un palais fantastique. Mais agir de la sorte ce n'est pas faire avancer la science, au contraire c'est nuire à son progrès.

Du reste, si l'on croit utile d'introduire notre système dans l'enseignement classique, assurément les détails dans lesquels nous sommes entré ne sont pas inutiles, et même on reconnaîtra bien vite que sous ce rapport notre livre est incomplet.

Nous le répétons : les détails n'ont d'autre but que de donner ou les éléments ou la contre-épreuve des théories, et si dans quelques chapitres le lecteur les trouvait surabondants, il pourra très-bien les laisser de côté.

Un mot sur la traduction. Le style italien, surtout celui de Ik discussion scientifique, est fort différent du style français : de là une difficulté considérable dont seul peut se rendre compte celui qui en a fait l'essai; aussi s'cst-on appliqué principalement à rendre d'une manière rigoureuse la pensée de l'auteur, même parfois au détriment de la forme et de Télégance de l'ex-

^ Dernièrement M. Jamin est entré dans cette voie par son Petit traité de Phyêiquet et M. Gantoni par son Corso di Fisica. (Note du 12 février 1874.)

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION FRANQAISE. zi

position. L'édition française de V Unité des forces physiques n'a pas la prétention d'être une œuvre de littérature scientifique, résultat auquel il est toujours bien difficile d'arriver en traduisant un ouvrage du genre de celui-ci et surtout lorsqu'il est écrit en italien. Nous espérons cependant que la lecture de ce livre, qui, pour certains passages, a dû exiger un grand travail et une parfaite intelligence du sujet de la part de notre traducteur, paraîtra facile; il n'a reculé devant aucune espèce de difficulté pour conserver le sens exact de Toriginal, en s'efforçant toujours le plus possible de se conformer aux exigences de la belle langue française.

A. Skcghi.

Rome, ce 28 février 18G9.

DE LÀ PREMIÈRE ÉDITION FRANÇAISE

La science dont le but est la connaissance des forces physiques régissant l'Univers est entrée depuis ces dernières années dans une nouvelle phase, quant à sa manière d'envisager les phénomènes de la matière inorganique. Comme elle s*est montrée féconde, en utiles applications, de toutes parts elle a été cultivée avec ardeur ; aussi a-t-elle progressé à pas de géant. Les méthodes scientifiques, l'expérience et Tobservation sont devenues des puissances ; franchissant Tenceinte étroite du laboratoire des savants, elles ont été mises en œuvre par de riches sociétés industrielles et par les gouvernements éclairés. Ainsi il a été possible de vérifier sur une vaste échelle les conséquences tirées par les hommes d'étude de leurs spéculations théoriques et d'étendre le champ de rexpérimenlation.

L'emploi de la vapeur dans les machines motrices, de Télectricitédansla télégraphie et la métallurgie, les applications de la chimie à l'industrie et aux arts usuels, ont provoqué une série de recherches qui ont éclairé la théorie de la constitution des corps d'un jour tout nouveau. De nombreuses opinions, acceptées généralement jusqu'ici, sont abandonnées ; un lien inattendu a été trouvé entre les divers agents de la nature, que Ton croyait indépendants les uns des autres, et on a entrevu une voie nouvelle qui peut conduire à la solution du grand pro-

blëme, c'est-à-dire à la connaissance des forces régissant la matière.

Depuis longtemps les forces ont été classées et réduites à un petit nombre : chaleur, lumière, électricité, magnétisme, attractions moléculaires, affmités chimiques, gravitation universelle, sont les divers principes à nous connus qui expliquent tous les phénomènes de la matière. Quelle est la nature de ces agents? Le problème, pendant longtemps mystérieux ou mal compris, est aujourd'hui envisagé sous un aspect nouveau et se simplifie d'une manière admirable. Pour la physique moderne, les forces sont des modes de mouvement. D'après les nouvelles théories, une substance impondérable, impalpable, incoercible, répandue partout, nommée éther, occupe l'univers, et détermine tous les phénomènes dont nous avons parlé, en agissant d'une façon purement mécanique. Mais de quelle manière se produisent ces phénomènes? Quel lien existe entre ces manifestations en apparence si diverses? Seuls, les faits bien observés et bien coordonnés nous peuvent éclairer dans cette discussion difficile, et toute théorie qui aspire à se formuler doit être précédée par un exposé et une revue méthodique des données fournies par l'expérience. Après avoir accompli ce travail et seulement alors, on peut recourir au raisonnement et aux hypothèses afin de combler les lacunes qu'auront laissées l'observation et l'expérimentation.

Coordonner le nombre immense des phénomènes par lesquels se manifestent à nous les forces de la nature, en montrer les liaisons mutuelles, c'est là ce que j'ai tenté de faire dansées pages, spécialement destinées à la jeunesse studieuse. Toutefois la lecture de notre travail sera peut-être d'une certaine utilité à ceux qui déjà connaissent la science ; car en sériant les faits connus, en les présentant sous un point de vue convenable, et en rapprochant ainsi les diverses parties de nos connaissances, de nouveaux horizons se découvrent et les vérités s'éclairent les unes par les autres. Je me suis efforcé autant que

XIV D(TUODUCTION DE LA PREMIÈRE ÉDITION FRANÇAISE.

possible de ne pas introduire mes opinions personnelles dans la discussion, et je ne m'y suis décidé que là où certains desiderata m'autorisaient à apporter quelques compléments aux Iravaux des autres. Puissent mes efforts ne pas être jugés téméraires.

Réduire toutes les forces de la nature à un principe unique, voilà Texpression de la tendance scientifique de l'époque. Mais avouons que jusqu'à présent le chemin n'est pas encore complètement frayé ; il présente de grandes lacunes : heureux celui qui saura les combler 1

Un savant distingué a essayé la synthèse physique, en excluant toute cause autre que la matière pondérable. Pour moi, je tente une voie différente. Le lecteur appréciera de quel côté est la vérité. On reconnaîtra facilement que la différence entre les deux théories n'est pas aussi grande qu'elle parait à première vue, et laissant de côté les points secondaires encore douteux, je suis convaincu qu'en cherchant à réunir les parliesdéjà achevées de ce grand édifice, on arrivera plus facilement à son couronnement. Jusqu'à présent les savants modernes ont tenu en faible estime les travaux de ce genre: aux yeux de la plupart d'entre eux, colliger les faits, vaut mieux que tenter une synthèse scientifique. Disons toutefois que la réaction contre cet éloignement systématique s'accuse chaque jour davantage. 11 devait en être ainsi, car, de même qu'on jugerait absurde un homme qui sans cesse rassemblerait des matériaux sans jamais penser à édifier, aussi la connaissance de la constitution de l'univers et de ses lois étant l'unique objet de la science, les savants feraient fausse route si, bornant leurs efforts à accumuler des observafions, ils ne jetaient de temps en temps un coup d'oeil rétrospectif sur les connaissances déjà acquises, au moins pour savoir quelles senties parties faibles de l'édifice scientifique, et quels problèmes réclament leurs travaux. De cette manière, on prépare à la génération future une route qui la conduira à des connaissances dont la découverte nous est peut-être impossible

IMRODUCTION A LA PRÉSENTE ÉDITION. xv

aujourd'hui. Tel est Tunique objet de ce travail, et je serai le premier à applaudir celui qui traitera ce sujet plus heureusement qu'il ne m'a été permis de le faire moi-même. Jusque-là je dirai :

(Horace.)

f

A LA PRÉSENTE ÉDITION

L'ouvrage queje présente de nouveau au lecteur n'avait pas été écrit tout d'abord avec l'espérance du succès qu'il a obtenu. Ce livre avait seulement pour but de faire connaître l'état de la science physique et en même temps de défendre les idées que j'avais exposées dans d'autres opuscules antérieurs. Son remarquable succès, tout en justifiant d'une manière éclatante les idées nouvelles, eut en outre ce résultat inespéré de contribuer à leur diffusion ; et cela avec une telle rapidité que, tandis (|u'à l'époque de la publication de notre travail, les rares défenseurs des nouvelles doctrines osaient à peine élever la voix, aujourd'hui ces théories sont acceptées môme dansl'ejiseigncment élémentaire.

Loin de nous la prétention de croire que noire livre a déterminé un tel mouvement d'idées par sa valeur intrinsèque ; il fut seulement la graine qui, mûre à point et tombant dans un terrain bien préparé, germe et fructifie promptement.

Si nous prétendions à plus^ nous courrions le risque d'élre taxé d'illusions. Les progrès de la science étaient déjà assez considérables pour qu'il fut impossible de persévérer dans les anciennes idées, et il suffisait d'en signaler les inconvénients, en embrassant la physique dans un coup d'ail synlhéliquCj

XVI INTRODUCTION Â. LA PRÉSENTE ÉDITION.

pour faire abandonner à tout jamais les anciens errements. Ainsi s'explique le succès du livre^non-seulement en Italie, mais aussi à l'étranger, et comment deux éditions, Tune italienne l'autre française, furent rapidement épuisées.

Les dix années qui se sont écoulées depuis notre première édition n'ont rien ajouté de bien nouveau aux principes qui étaient établis à l'époque où elle a paru ; mais, par contre, elles ont été signalées par de remarquables progrès dans le mode d'exposition, et dans la vulgarisation des principes.

Aussi, mettant cette circonstance à profit, je me suis appliqué à traiter avec détails les plus récentes découvertes et à abréger, en quelques points du texte primitif, des développements aujourd'hui inutiles; à corriger enfin, çà et là, quelques inexactitudes inévitables dans un travail aussi étendu. Avant tout je crois nécessaire d'ajouter ici brièvement l'exposition de quelques considéralitions générales afin d'empêcher, de la part de lecteurs non suffisamment préparés, un jugement erroné sur l'objet et le but de ce livre. Cela fait on ne sera pas exposé à chercher dans ces pages ce qu'elles ne renferment pas et le lecteur ne sera ni fourvoyé ni trompé.

La présente introduction sera donc consacrée à l'examen préliminaire de certains principes généraux, de cette façon l'exposition des faits et des théories spéciales ne souffrira aucune interruption dans le courant de l'ouvrage.

Ce livre a pour but de montrer comment les phénomènes de la physique peuvent rentrer dans les lois générales du mouvement de la matière; en admettant, avec preuves à l'appui, que, outre la matière commune dite pondérable, il existe une autre matière invisible et non soumise à la gravité nommée élher ou impondérable.

Cette idée, avons-nous déjà dit, a fait de grands progrès dans ces dernières années ; mais, tout en reconnaissant le chemin

INTRODUCTION A L\ PRÉSENTE ÉDITION. xvii

qu'elle a parcouru, il faut néanmoins avouer que nous sommes arrivés à une de ces périodes scientifiques que Ton peut trèsexactement comparer aux phases d'un mouvement oscillatoire. Là, nous voyons le mobile passer d'un extrême à un autre ' avant de s'arrêter dans la position d'équilibre. De même, tandis qu'il y a quelques années à peine, on admettait sans difficultés l'existence d'une demi-douzaine de fluides impondérables, aujourd'hui au contraire on rejette tous les agents qui ne sont pas la pure matière pondérable.

Non-seulement les phénomènes lumineux seraient propagés par la matière pondérable diffusée dans l'espace, mais certains vont plus loin encore et ne répugnent pas à dire que ^ pour expliqtier la lumière il n'est pas nécessaire d'admettre autre chose quune oscillation périodique entre deux états en un point donné de r espace^. Celte conception est tellement claire que l'auteur, lui-même se hâte d'ajouler : « Quels sont ces deux états? Personne ne le sait, mais certainement ce ne sont pas des états de déplacement purement mécaniques. » Par leur excès même dételles erreurs devaient disparaître promptement entraîpées par une réaction inévitable. Toutefois il est pénible de voir à quel point les conquêtes de la science qui ont coûté de si grands sacrifices sont délaissées pour de vaines fantaisies de l'imagination.

Du côté de l'électricité le progrès est plus sérieux ; là on a voulu tout ramener au mouvement de la pure matière pesante. Non-seulement on a rejeté rélectricité en tant que fluide sui generis, mais encore on a banni Thypothèse de l'éther de ce dernier refuge ; hypothèse qui, dans notre théorie, suffisait à expliquer les phénomènes de celte classe. Malheureusement ici encore on a rencontré un écueil sérieux dans l'explication des actions exercées à distance par les aimants et les conducteurs traversés par des courants, actions qui se comprennent mal

* Paroles de M. W. K. Clifford dans une Conférence faite à llnstitulion royale de Londres, en 1867, et citées par Bence Jones dans la Bévue des cours scientifiques, 8* année, p. 6, col. 1.

SBCCBI. — ronces PHT.«I0UFS. — !• ÉnTTT'>5# b xviii INTRODUCTION A L\ PRÉSENTE ÉDITION.

quand on les regarde comme de simples effets de la matière pesante.

Pour tourner cette difficulté les uns ont eu recours à la théorie de la polarité, c'est-à-dite sont revenus aux hypothèses , émises anciennement par Faraday et par Berzelius pour expliquer ces mêmes phénomènes. De cette façon, en adoptant comme principe de toutes les actions ceUe polarité de nature inconnue et non définie, la science n'a plus qu'à grouper autour de cette notion fondamentale tous les phénomènes, tant les actions électro-dynamiques que les actions électro-statiques.

Mais alors on ne fait en réalité que reculer la difficulté sans la résoudre. Car, \ient-on à demander en quoi consiste la polarité et comment elle agit à distance à travers les corps, on est forcé de répondre que c'est une force primitive sut getieris de laquelle il ne faut chercher la nature pas plus qu'on ne le fait pour la gravité.

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