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L'origine de l'épiscopat : études sur la fondation de l'église, l'oeuvre des apotres et le développement de l'épiscopat aux deux premiers siècles

Andreas Michiels · 1900 · Scanned text · Free in the US

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Author
Andreas Michiels
Language
French
Published
1900
Length
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Contents (20)

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Préface

La question de l’origine de l’épiscopat est une de ces questions vitales à la fois religieuses et historiques qui revêtent le plus d'actualité.

L'Église catholique, dont l’autorité repose sur le principe de la succession apostolique, affirme et maintient que l’épiscopat dérive des dispositions formelles du Christ même. Elle enseigne que les évêques, en leur qualité de successeurs des Apôtres, sont supérieurs aux simples prêtres et constituent le premier ordre de la hiérarchie divinement instituée.

La constitution de l’Église est, en effet, de droit divin. Elle ne tire son origine ni de la nature ni des conventions humaines, mais elle vient de Dieu par Jésus-Christ. Dieu le Père à envoyé son Fils Jésus-Christ pour sauver les hommes. En vertu de la puissance sans bornes qui lui a été donnée, Jésus-Christ à délégué ses Apôtres avec la mission de prêcher l'Évangile à toutes les nations, de conférer les sacrements et de conduire les fidèles au salut, leur promettant son assistance jusqu’à la fin des temps. Se conformant à la volonté de leur Maître, les Apôtres non seulement ont institué et organisé l'Église, mais encore ils ont assuré la transmission de leurs pouvoirs en créant les évêques qui devaient recueillir leur succession. Ces évêques à leur tour agirent de même et c’est ainsi que, de génération en génération, les prérogatives du corps apostolique ont été transférées d’une mamière légitime et régulière jusqu'aux évêques de nos jours.

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La succession apostolique de l’épiscopat implique donc nécessairement l'institution divine d’une Église organisée, dotée par son Fondateur même d’une constitution hiérarchique.

Le système protestant est évidemment le contre-pied de la doctrine catholique. Rebelles au pouvoir de l'Église, les réformés s’appliquérent à infirmer l’autorité de la hiérarchie pour mieux justifier leur refus d’obéissance. Ils modifiérent radicalement la notion traditionnelle de l’Église. Au heu de considérer celle-ci comme une société visible de fidèles gouvernés par les Apôtres et par les évêques, leurs successeurs légitimes, 1ls la firent consister essentiellement dans une chose invisible connue de Dieu seul, dans l’union des hommes avec Dieu par les liens du culte intérieur et de la foi. En théorie, il ne peut y avoir pour les protestants d’intermédiaire d'aucun genre entre l’âme et le Christ. Partant de ce principe, ils rejettent l'autorité de l'Église, l’efticacité des sacraments, l’origine divine de la hiérarchie, le caractère surnaturel du prêtre, la succession apostolique des évêques et leur supériorité sur les simples prêtres. Ils proclament le caractère laïque de tous les ministres et le sacerdoce universel du peuple chrétien. Seuls les anglicans sont disposés à admettre l'institution apostolique de l’épiscopat; les autres variétés du protestantisme s'accordent pour la contester, sans parvenir toutefois à s'entendre sur une explication qui rende positivement compte des faits ainsi que de l’organisation de l’Église primitive.

Au cours de ce siècle et particulièrement de nos jours où le grand débat historique entre les catholiques et ceux qui ne le sont pas porte sur les origines chrétiennes, bien des travaux ont été entrepris, bien des essais tentés, bien des hypothèses préconisées pour expliquer la formation de l’épiscopat en dehors de toute volonté positive de Jésus- Christ. On voudrait en faire, de même que de toute la hiérarchie, une institution purement humaine appelée progressivement à l'existence sous l’action combinée de divers

— IX — facteurs : le besoin aurait créé l’organe. L'école évolutionniste la plus récente trouve que la synagogue juive, et surtout les associations religieuses du paganisme ont exercé une influence sensible sur l’organisation des premières communautés chrétiennes, bien que celles-ci ne reproduisent aucun type déterminé de ces associations. C’est au nom de la science que les historiens soi-disant indépendants prétendent repousser l'institution des évêques par les Apôtres et leur supériorité originelle sur les prêtres. Les études historiques prouveraient même, à les entendre, qu'il y à entre l’organisation de l’Église primitive et la constitution de l’Église catholique, un contraste irréductible qui s’impose à tous les esprits non prévenus.

Puisque des controverses si vives s’agitent encore aujourd’hui autour de cette question fondamentale dans les revues et les livres, dans les écoles et les académies, nous avons cru, sur le conseil de professeurs aussi dévoués que savants, rendre un service utile à la vérité en consacrant notre dissertation doctorale à l’étude de l’épiscopat, de son origine et de son histoire au cours des deux premiers siècles. Pour entreprendre ce travail nous ne comptons pas seulement, aprés l'assistance divine, sur les connaissances théologiques acquises au pied de la chaire de maîtres distingués, mais aussi et surtout, sur l’aide toute spéciale et les puissantes lumières que nous étions assuré de trouver dans leur bienveillante direction. Ce nous est un agréable devoir de leur en exprimer 1ci toute notre reconnaissance, notamment à M. le docteur Forget, professeur de théologie dogmatique générale, et à M. le docteur Cauchie, professeur d'histoire ecclésiastique.

Le plan que nous avons suivi nous parait simple et naturel. Il s’agissait avant tout de mettre en lumière un fait historique. Nous avons donc parcouru les documents qui pouvaient nous

RE: X = fournir des renseignements; nous avons analysé principalement les témoignages contemporains, en y notant les faits dûment attestés, ainsi que toutes les particularités de nature à éclairer le débat.

En guise d'introduction, nous nous sommes demandé si Jésus-Christ à manifesté sa volonté touchant l’épiscopat, si c’est dans l’enseignement des Évangiles qu'il faut chercher l’origine de cette institution. En tout cas Jésus a dû subordonner la création de l’épiscopat à la fondation d’une Église hiérarchiquement constituée. De là, LIVRE I. Jésus-Christ fondateur de l'Église d'après les Evangiles ; l’organisation, en principe, existe donc de droit divin.

Ensuite se pose la question de fait : comment l’Église a-t-elle été constituée? LIVRE I. Premier établissement de l'Eglise à Jérusalem par les Apôtres.

Bientôt, dés la dispersion des Apôtres au sein des nations, apparaissent des rpesfuteoot et des érisxonot : quels sont-ils ? Peut-on constater leur existence dans toutes les communautés? Quelle est leur relation avec les évêques? LIVRE II. Les mpes$vregot et les ërisxonot du premier siècle.

Quelle a donc été l’œuvre des Apôtres? Ont-ils organisé les communautés qu'ils fondaient et comment? Y a-t-il eu dès le début unité d'organisation? LIVRE IV. L'organisation des églises à l’époque apostolique.

À cette organisation faite par les Apôtres se rattachent : Livre V. Les listes épiscopales de Rome, Antioche, Alexandrie et Jérusalem, qui remontent jusqu'aux Apôtres.

LIVRE VI. L’épiscopat au IT° siècle.

Enfin, comme synthèse généraleet en confirmation desfaits, le LIvRE VII expose la doctrine de La succession apostolique et de l’origine divine de l’épiscopat.

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Les histoires des premiers siècles de l’Église,

les commentaires de la plus ancienne littérature chrétienne,

les traités théologiques sur l’Église et sur le sacrement de l'Ordre, le droit canonique et les traités sur l’histoire de ce droit,

les dictionnaires de théologie.

Le

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Table Des Matières

PAG.

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Table des matières. US he D NO CREME TS HE AV LIVRE [.

JÉSUS-CHRIST FONDATEUR DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES ÉVANCGILES. CHariTRE I. Le Messie et les douze Apôtres . . . . . . 1 CHariTRE Il. Jésus et la synagogue juive. . . . . . . . 9 CHaritRE III. Mission et pouvoirs des Apôtres . . . . . . 17

Article {, Authenticité des textes . . . . . . . . 19 SRE MA NN EE Q OS PSP T RS TT ne 20

A PDANS ES TÉCHES OU IN SiBCIe CS, in 057793

B. Dans les écrits du mme et du ne siècle. . . 28

C. S. Paul ignore-t-il cette tradition? . . . 34

D. Les auteurs des Évangiles l’ignorent-ils? . 36

CR D QU TIRE LR ES OR ROME 1 SE M EN ANR 20 20 LE PR AR ne 9

Article IL. Interprétation des textes . . . Ur os $ 4. — Mt. XVI, 17-19 ; Jean XXI, 1847. Eee ar $ 2. — Mt. XVII, 18; XXVIIL, 18-20 ; Mc. XVI, 15, DO NN RU Re Nous .02 CHapirre IV: Fondatibnide PGliso De eee ne 0 1: GE LIVRE II.

PREMIER ÉTABLISSEMENT DE L'ÉGLISE À JÉRUSALEM PAR LES APÔTRES.

CHAPITRE [. La Pentecôte. — L'église de Jérusalem sous les DO A NS re SRE PR RE UE EL T0

CHAPITRE CHAPITRE

CHAPITRE I. Exposé des opinions et état présent de la question. Article I. Opinion des anciens écrivains ecclésiastiques

Article IT. Controverses ne lors de la Réforme

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IT. L’imposition des mains .

IT. L'institution du diaconat

LIVRE IIT.

LES Tpeofutepot ET LES ÉRISXOTOL DU I‘' SIÈCLE, sur la signification de ces mots

Article ITT. Sentiments des catholiques modernes :,

Article IV. Le caractère des étisxonot et des de d’après les systèmes rationalistes .

CHariTRE II. Les rpeofürepot de l’époque oies.

CHAPITRE CHAPITRE

Le mot toeoBüôtepot ‘ Les Actes : les roeoButeoot de DRE L'épitre de S. Jacques , . . :

Les Actes : les mpssBôtepor des ttes Fee Fe

D PAL LR CS Te à AE LEE IE ra 7 DE Les épitres pastorales.

La première épitre de S. Pierre L’épître de S. Clément de Rome L'opposition du mot vewtepot L’épitre de S. Polycarpe aux Puipyiens Conclusion .

III. Les ar OT : he non IV. Les érioxonot .

Le mot étioxonot .

Les érisxonot d'Éphèse, ne XX. 28 Les érisxonot de Philippes, Phil. [, 1.

Les pasteurs des églises, Éph. IV, 11.

Les ërisxonot des lettres pastorales

La première épitre de S. Pierre, V, 2, coll. EE, 25 .

L’épitre de S. Clément de Rome La Didaché .

Conclusion .

CHAPITRE V. Rapport entre fs anciens c . Pont Article I. Identité des anciens et des surveillants . Article II. Dignité des anciens ou surveillants .

89 10

118 119 197 131

. 142

143 145 147

— XVII D —

LIVRE IV,

L'ORGANISATION DES ÉGLISES A L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE.

CHAPITRE I. Jérusalem . . . A TER LE EE L CHAPITRE II. Églises fondées par s. Paul AREOMENTIE . 247 Article I. Éphèse. La Crète. rss HRRATATT . 247 Article IF. Corinthe . . . F1 214800

$ 1. — Lettres de S. Paul aux uiiens ot) 40 900 $ 2. — Lettre de l’église de Rome à l'église de Co-

FINIS NE PET MAN RE AT à 20 0

Article IIT. Disciples de S. Paul A ARE 1 0210 Conclusion sur l'œuvre d'organisation de S. Paul PURE | CHAOIIRELILES AIDE PIETé AO EL AU AU UE 076 ATMICIESS LNOESIÉDILPES UE Fe 2 mar A Mi Dette et 218 ALICIC EL ROME SE AN TARA EL SE 279

$ 1. — Premier siècle. . . . ei ET442:10

$ 2. — Deuxième siècle. Pasteur hoere LH 8410282 CHariTRE IV. Épiître aux Hébreux et Didaché . . . . . . 9287

CHAPITRE V. L’Apôtre S. Jean . . . FRAC NT 2NS Article I. Apocalypse et troisième tre LS SL ATOM 290 Article TE-Tradtiénhislorique 7, . . : 1, . 592

$ 1. — Témoignage de S. Irénée . . . 295

$ 2. — Église de Smyrne vers le milieu du ne Socle. 296 $ 3..— S, Ignace d'Antioche .. , .. . . .., . . 297

$ 4 — Fragment dé Muratori . . . . . . . 297 $ 5. — Clément d'Alexandrie. . . . . . . . 298 Or LEDINONE 0 Se ere te ee ss ro Nm 20) $ 7. — Tradition sur Papias. . . 300

APPENDICE. — L'histoire ecclésiastique ne ut de un Jean en Asie Mineure aux environs de l’an 400 . . . 304

LIVRE V.

LES LISTES ÉPISCOPALES DE ROME, ANTIOCHE, ALEXANDRIE ET JÉRUSALEM. CHAPITRE I. Rome. ° ° e e . 0 306:

Article [. Catalogue Et dual d'Héesippe, Li ur Ariicle 1[. Catalogue épiscopal de S. Irénée. , , . . 315.

— /XVHI ie

Article III. Confirmation de la valeur historique de la liste épiscopale de Rome. . . . RER EL $ 1. — Le silence des documents TUE HR CO) $ 2. — Listes divergentes. . . . 325 $ 3. — Tertullien n'offre aucun née d'une iradis tion 6pposée + « >» CN MINT), CMOS CHaAPrTRe Il: Antioche.: :. -: RENE; PE RER CHAPITRE 1H, Alexandrie 21 eu EN en CHAPITRE IV. Jérusalem . . . NO RES MEN GET RAS

Article I. Église judéo- Shréonnes GOT NES ON Article If. :Éelise grecque: NEC REA)

LIVRE VI.

L'ÉPISCOPAT AU II® SIÈCLE.

CHariTrE I. Les é2lises de Corinthe, d'Athènes, de Philippes et de la Crête . . . A CHariTRE II, Témoignages Fe S. ou dl d’ He Si TOUR CHaPiTRE III. Églises d'Asie Mineure . . , . : . . . . 34 CHAPITRE IV. Controverse:paséale 5e MAN PS ER 010

LIVRE VII.

LA SUCCESSION APOSTOLIQUE ET L'ORIGINE DIVINE DE L'ÉPISCOPAT,

CHAPITRE ]. Les Pastorales . . . . 384 CHAPITRE II. L’épitre de l’église de Re Ur Dr Cléniene . 981 CHariTRE ILL=S. Iénace d’AntioChe.: =. 7, PRE RE OR CHaPiTRE IV. Hégésippe et S. Irénée . . . . . . . . . 403 CuHariTRE V. Argument théologique. . . . 413 APPENDICE [. — Opinions de Théodore dE Moose de Raban Maur . : +. ON Te APPENDICE [I. — Sentiment de S. Jérôme . . . 420 Table des principaux passages du Nouveau Testament et de Dev cienne littérature Chrétienne expliqués dans cette dissertation. 429 Tableau synoptique des évêques connus aux deux premiers siècles.

LIVRE [L

JÉSUS-CHRIST FONDATEUR DE L'ÉGLISE

D'APRÈS LES

ÉEVANGILES.-

Chapitre I. Le Messie Et Les Douze Apotres

Jean-Baptiste, le Précurseur, prêchait la pénitence dans le désert de Juda, sur les rives du Jourdain. Il annonçait aux Juifs l'avènement du royaume de Dieu : «Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche. » (Mt. IE, 2). Ce royaume devait être établi par le Messie : « Viendra un plus puissant que moi, Jui vous baptisera dans l’Esprit-Saint. » (Mt. ILE, 41 ; Me. I, 7; Le. IE, 16; Jean. I, 20; IL, 26-30).

A la naissance de Jean, son père Zacharie avait prédit la destinée de son fils : « Tu seras appelé prophète du Très-Haut; tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies. » (Lc. I, 76). Cette prophétie se réalisa : non seulement Jean prépara par sa prédication les esprits et les cœurs à accueillir le Messie, mais il le désigna du doigt : « Voici l’agneau de Dieu », dit-il, en montrant la personne de Jésus, « voici celui qui Ôte le péché du monde. » (Jean I, 29, 38). Ainsi Jean fut « plus que prophète», il fut le héraut envoyé devant le Seigneur pour lui préparer les voies (Mt. XI, 10; Le. VIE, 27).

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Le Messie, dont Jean annonça la venue et reconnut la présence, c’est Jésus.

Tout le christianisme, tout l'Évangile repose sur cette vérité fondamentale que Jésus est le Messie et qu'il s’est donné comme tel'.

Dès avant sa naissance, Jésus fut annoncé comme celui qui vient sauver son peuple de ses péchés (Mt. I, 21), et dans son baptème, l’Esprit-Saint descendit sur lui sous la figure d’une colombe, en même temps que cette voix se fit entendre du ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » (Mt. IIL, 13-17; Mc. I, 9-11; Le. IIF, 22). Ainsi fut manifestée la dignité messianique de Jésus à l'entrée de sa vie publique. Où trouver d'ailleurs la raison suflisante de la mission de Jean, si Jésus n’est pas le Messie (Mt. IE, 1-17; Me. I, 4-11; Le. IL, 1-22; Jean I, 15-24)?

Bientôt la violence d’'Hérode met fin au ministère de Jean, qui est jeté en prison. C’est alors que Jésus se retire en Galilée pour y commencer ses prédications : « Faites pénitence, » dit-il, en reprenant les graves avertissements de son Précurseur, « car le royaume des cieux est proche. » (Mt. IV, 192, 17; Me. I, 14, 15). Plutôt que d'ouvrir sa vie publique en se proclamant le Messie, il y débute par la prédication de la pénitence, comme préparation morale prochaine au royaume des cieux. Cependant, ce n’est pas la venue d’un autre, plus puissant que lui, qu'il annonce, c’est déjà « l’accomplissement des temps et l'Évangile » lui-même. Jésus n’est pas le héraut Re mais le Seigneur promis et attendu.

Malheureusement, de nombreux préjugés avaient cours sur le caractère de cet Envoyé de Dieu et étaient cause que Jésus

1. Il s’est trouvé des critiques rationalistes qui sont allés jusqu’à nier que Jésus se soit donné comme le Messie. — M. Holtzmann (Lehrbuch des Neutest.Theologie,Fribourg en Br.,1897,[, p.280) cite en note plusieurs auteurs qui ont émis cette opinion, mais lui-même déclare « cette voie non praticable ». « Ohne Messianismus verliert die evangelische Geschichte ihr widerstandsfähigstes Rückgrat. » — M. Harnack (Dogmengeschichte, Fribourg, 1894, 3e éd. I, p. 62, n. 1) : « Dieses Stück der evangelischer Ueberlieferung scheint mir auch die schärfste Prüfung auszuhalten. »

mo devait cacher sa messianité aux foules, de crainte d’être fait roi malgré lui, et de devenir l’occasion d’un soulèvement populaire (Mt. XVI, 20; Me. I, 114; IX, 8; Jean VI, 15; XVI, 20; X VIE, 9). Les Juifs attendaient le fils de David comme un roi temporel, appelé à mettre fin à la domination étrangère et à rétablir le royaume temporel d'Israël. Au contraire, Jésus prêchait le royaume des Cieux, le royaume de Dieu, un royaume spirituel dans lequel la volonté du Père céleste s’accomplit le plus parfaitement possible : « Que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» C'était par la justice, l’humilité et en général par l'exercice de toutes les vertus qu’on entrait dans son royaume. L’extérieur si humble de Jésus et la nature de sa mission allaient à l’encontre des _idées régnantes et empêchaient la foi en lui comme au Messie chez le grand nombre.

Cependant, dès le début, Jésus réclame la foi en l'Évangile qu’il prèche (Mc. [, 15; Mt. IV, 93 ; IX, 35; Le. IV, 43; VII, 1, coll. Mt. XI, 12). Pour persuader aux disciples de Jean qu’il est celui qui doit venir et qu’il n’en faut plus attendre un autre, Jésus en appelle aux miracles qu’il opère (Mt. XI, 2-6; Le. VIE, 18-93). De même, il dit au peuple : « Si je chasse les démons par la vertu de Dieu, c’est assurément que le royaume de Dieu est arrivé au milieu de vous. » (Le. XE, 20). Dans les villes où il a l'intention de se rendre, il envoie devant lui ses Apôtres et ses disciples annoncer son arrivée et préparer les hommes à le recevoir en répétant ces paroles : « Le royaume de Dieu est proche de vous. » (Mt. X, 7; Le. X, 9, 41). Son Évangile, c’est la Bonne Nouvelle de ce royaume spirituel qu’il vient fonder; c'est en sa qualité de Messie qu'il tient ce pouvoir et qu'il invite les hommes à venir à lui. Tous les titres qu’il prend sont destinés à le faire connaître comme Messie : « Fils de David », « Christ» ou «Oint», « Roi», « Seigneur», « Fils de l’homme», « Fils de Dieu ». L’histoire évangélique nous montre que ses disciples et le peuple juif ont compris l'importance de ces titres.

Toute la mission terrestre et personnelle de Jésus, avec ses enseignements et ses miracles, a tendu à ce grand but : se révéler comme le Messie. Il établit l’autorité de sa mission et de son

ME enseignement par des miracles éclatants et surtout par sa résurrection, afin de donner ainsi un fondement solide à la foi de ses fidèles.

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Bientôt Jésus se voit entouré de nombreux disciples : l'Évangile rapporte qu'il en fit plus que Jean (Jean IV, 4) et parle même de la foule de ses disciples (Le. VE, 17). Dans ce nombre, Jésus s’en choisit douze, qu'il constitue en un collège distinct et qu’il gratifie de prérogatives spéciales. La constitution de cette petite société par le Maître s’est faite avec une solennité si grande, que les Évangiles nous en ont conservé le souvenir. « Jésus réunit ses douze disciples. Voici les noms des douze Apôtres : le premier Simon, nommé Pierre, et André, son frère, etc... Ces douze Jésus les envoya... » (Mt. X, 1-5). À proprement parler, cet évangéliste ne rapporte pas le fait de l'élection, mais seulement la mission des douze avec leurs noms. — Jésus « appela ceux qu’il voulut bien, il en établit douze pour être avec lui: Simon, à qui il imposa le nom de Pierre, et Jacques », etc. (Mc. HE, 43-19).—« En ces jours, il se fit que Jésus se retira sur la montagne pour y passer la nuit en prière. Au lever du jour, il appela ses disciples, et parmi eux il en choisit douze, auxquels il donna le nom d’Apôtres : Simon, qu’il surnomma Pierre, et André, son frère, Jacques et Jean, Philippe et Barthélemi, Matthieu et Thomas, Jacques d’Alphée et Simon, dit le Zélé, et Jude de Jacques, et Judas lIscariote, qui fut le traître.» (Le. VI, 12-16). Dans son livre des Actes (F, 13), S. Luc communique une seconde fois le catalogue des douze Apôtres'.

4. Les quatre listes ne sont pas d’accord sur tous les noms : Simon, surnommé "x:p pour le distinguer de Simon Pierre, est appelé tantôt « le Kananéen », selon la- prononciation de l’hébreu, tantôt « le Zélé », selon la traduction du même mot. Onze noms seulement correspondent, non qu’il y ait hésitation pour la personne du douzième, mais parce qu'un même est désigné sous plusieurs noms. Le nom de Thaddée, ou encore Lebhbée, est remplacé dans S. Luc par celui de Jude, frère de Jacques, Les surnoms étaient d’un usage fréquent, et la liste des Apôtres en offre plus d’un exemple. On comprend d’ailleurs que, pour éviter rie

Il ne peut donc rester aucun doute : le Seigneur a institué un collège de douze disciples, en y attachant une signification toute spéciale. Pour bien marquer la destination de cette société, lui-même imposa aux membres le nom d’Apôtres ou Envoyés (Mt. X, 2; Le. VI, 13). Dès ce moment, ils sont désignés sous ce nom propre ou encore sous le nom de « les Douze » (Mc. IE, 14). Cette appellation implique l’idée d’un corps moral, d’un collège ME XXI, 1° XX, 17,2% XX VL 1%, 20,47, IMCMHI TE; 10: VER 34 EX 097 XIE TT -XIV,:10, 17,20, 45; MIE D IN 12125 2Jeon V0) 11,212 -ACROVE T2). Lorsque leur nombre est réduit par la défection du traître, ils sont encore désignés parfois comme «les Douze » (Jean XX, 24; 1 Cor. XV, 5 en grec), plus souvent comme les « Onze », mais toujours comme un groupe nettement distinet de tous les autres disciples : « les Onze et les autres », « les Onze et ceux qui étaient avec eux » (Le. XXIV, 9, 33). Ils forment une unité morale. Ils sont les premières assises du « royaume des cieux », ils sont établis à la base de l’œuvre du Christ.

Les douze Apôtres, choisis par Jésus parmi tous ses disciples, ne sont donc en aucune façon des représentants d’une communauté, qui n'existe pas encore, et ils n’ont aucun rapport avec les envoyés de la synagogue, Aa% "nr 9ÿ. Le nom commun de mo, dmôostohos, « envoyé », a été imposé aux Douze comme nom propre par leur Maître, et c’est de lui seul qu’ils ont reçu leur formation et leur mission.

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