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L'art du peintre, doreur et vernisseur : ouvrage utile aux propriétarires ou locataires qui veulent décorer eux-mêmes leur séjour, ainsi qua ceux qui se destinent à la profession de peintre, Doreur et Vernisseur

Watin, Jean-Félix, b. 1728, Charles Guillaume Alexandre Bourgeois · 1828 · Scanned text · Free in the US

117,294 words · about 8 h 13 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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Authors
Watin, Jean-Félix, b. 1728, Charles Guillaume Alexandre Bourgeois
Language
French
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1828
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117,294 words · about 8 h 13 min
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Contents (18)

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WATIN.L ' ART du PEINTRE DOREUR, VERNIS 3EUR. P., 1776, in-8, rel# époque. XJDŒI + 372 pp. Terminé par " Mémoire sur le VERNIS de CHINE, par le P. d'Incarville. " Index. 300 fr.

Léonce LAGET, 54, rue Bonaparte, Paris-G6 — 033-62-47 209

8802 WATIN. L'art du peintre; doreur, vernisseur, ouvrage utile aux pistes et aux amateurs... Seconde édition. Liège, de Boubers, 1//4, in-8, rel. demi bas. post. (xxvii-356 pp.).

CHAP. II. De râtelier du Peintre d'impression

Sect. E. Des outils qui doivent garnir l'atelier

du Peintre 10

Skct. II. Considérations générales sur les Couleurs. . . 13

Sect. III. Des Couleurs et des Substances dont

elles sont formées , . , l 'J

A ht. I. Des différentes espèces de Blancs ib.

Art. II. Des différentes espèces de Jaunes. ... 26

Art. Itl. Des différentes espèces de Rouges. . 35

Art. IV. Des différentes espèces de Bleus 43

Art. V. Des différentes espèces d'Orangés. . . . . 50

Art. VI. Des différentes espèces de Verts. .... 53

Art. VII. Des différentes espèces de Violets. .. . 57

Aar. Vlïï. Des différentes espèces de Bruns.,, 58

Art IX. Des différentes espèces de Noirs. 01

M1J TABLE

SefiTa IV. De la combinaison des matières colorées pour obtenir un ton donné 63

CHAP. ïll. Des procédés du Peintre d'impression. . . 81

Sect. I. De la façon de broyer et de détremper

les Couleurs ib.

Sect. II. De V application des Couleurs. ....... 8G

Art. I. De V emploi des Couleurs préparées en

% \.Da la Détrempe commune 92

§ II. De la Détrempe vernie appelée Chipolin. . . 100

§111. De la Détrempe au. Blanc de Roi. W7

Art. II. De V emploi des Couleurs à V huile 108

§ I. De la Peinture à l huile simple ï 19

§ II. De la Peinture à V huile vernie-polie 123

Art. III. De l'emploi des Couleurs au vernis» .. 128 Art. IV. De l'emploi des Couleurs à la cire, au âkt. V. De la Peinture des Toiles. , 139

§ I. Manière de peindre les Toiles en détrempe

pour Décorations , et de les rehausser d'or. . . . 110 g II Manière de peindre les Toiles en huile pour

Tableaux , et de les rehausser d'or, 143

Sect. III. Instruction facile pour apprendre à

peindre des Tableaux en deux heures. ....... 149

A ut. I. Préparations et Préceptes généraux. .... 150

Art. II. Préparations des Couleurs, et Préceptes

qui y sont relatifs .; 153

Art. III. De la manière de peindre 156

Sect. IV, Instruction sommaire sur ï Art de peindre le Tableau, . . . . . i ' * . . . ï G I

DES Cïi A PITRES. l\

§ I. But de la Peinturé 161

§ II. Des moyens de la Peinture. ib.

% III. De l'intensité lumineuse des Couleurs. ... 163

g IV. Des substances colorées. . » ...«,. ib.

% V. De la préparation des Couleurs, et de leur arrangement sur la palette. , 165

§ V I De V Opacité et de la Diaphaneïté ou transparence des Couleurs 166

§ VII. Des mojens et de tordre qùil faut suivre pour ébaucher 167 g IX. De V accord entre elles des parties du Tableau 171

Observ ations sur les maladies appelées Coliques des Peintres, et Précautions à prendre pour s'en garantir9 lorsqu'on emploie les Couleurs. ..... ï?74

Lettre du sieur Watin au sieur Séruzier, ancien chirurgien-major de la marine royale, au sujet de la Colique des Marins, que M. Gardanne attribue à la Peinture 185

Réponse de M. Séruzier 188

Lettre de M. Dazile ................ Wk

SECONDE PARTIE.

L'ART DU DOREUR.

Introduction , ï 93

CIIAP. I. De la Dorure en général, des Instruments et Substances nécessaires aux Doreurs. 198 CHAP. II. De la Dorure en détrempe ou à l'or bruni. • . i , , , . . . 201

SiCT. I. Manière de dorer en détrempe tes Baguettes, Moulures de tapisseries , Cadres de tableaux et autres Ouvrages destinés à rester

dans les intérieurs. » 20'J

Sect. IL Manière de dorer de différents ors. . . 221

Sect. III. De la Dorure d'or mat repassé 222

Skct. I V. De la Dorure à la grecque, pour Meubles, Canapés, Fauteuils. ... . . 223

Sect. VI. Fonds sablés. 226

Appendice. .— Emploi de l'Encre d'or . ... 227

CHAP. III. De la Dorure à t huile ou à l'or mat. . 210 Sect. I. Manière de Dorer à V huile simple les Balcons, Rampes, parties de Plâtres, Marbres, etc 22të

Sect. IL Manière de dorer à Vhuile vernie-polie

les Équipages , Meubles, etc 230

Art. I. Manière de faire des fonds aventurinès ,

et les fonds d'or ou d'argent glacés 232

Art. IL Manière de faire des fonds d'or ou d'argent glacés sur les panneaux des Equipages. . \rt. III. Manière de bronzer les Fers, Ferrures et Cartels, etc 237

€HAP. I V. Manière de nettoyer les vieilles Dorures, et de leur rendre leur premier lustre. . . * 239

TROISIÈME PARTIE.

L'ART DU VERNIS SEUIL

I-NTROpUCTIOfl

DES CHAPITRES. xj

L'ART DE FAIRE LE VERNIS.

CHAP. I. Du Vernis en général, et de ses propriétés 2 47

€HAP. IL Des Liquides qui font la base du Vernis 252

OLAP. III. Des Substances qui entrent dans la composition du Vernis 2GO

CflAP. I V. De la composition des Vernis 273

Sect. L De la composition des Vernis à V esprit-

de-vin 283

Sect. IL De la composition de Vernis gras ou à l'huile. : 292

Sect. III. De la composition des Vernis à V essence 299

CHAP. V. Recueil d'Observations sur le Succin et le Copal 302

Réflexions. 32,1

L'ART D'EMPLOYER LE VERNIS.

Introduction. 333

CHAP. I. De V emploi des Vernis 334

Sect. I. De l application des Vernis sur différents

sujets 338

Sect. II. Manière d'imiter et de raccommoder les ouvrages de Vernis delà Chine et du Japon , avec les procédés qu il faut employer pour la préparation des ors , celle des pâtes et des mordants,pour peindre les arabesques, etc 347

Art. I. Manière d'imiter les Laques de la Chine. 350

MJ , TABLE DES CHAPITRES.

Art. II. Manière de raccommoder les Laques.. . . 361

Art. III. Manière d imiter en faux les Laques de la Chine , tels quon fait les ouvrages de Spa, en Boites y Tabatières , Encoignures , et de les /acommoder 366

CtlAP. I [. Manière de polir, lustrer ^rafraîchir et détruire les Couleurs et y émis altérés 368

Lettre du sieur JVatin au Courrier de l'Europe, sut le prétendu Frémis des sieurs Lahoureau et Bernard 374

Mémoire sur le Vernis de la Chine, par le père d T ne ar ville > Jésuite. . ' 377

Appendice. — Bouillitoîre pour mettre le Cuivre en couleur d'or. . : . 399

Vocabulaire des Mots techniques des Arts du Peintre \ Doreur j V °rnisseur , contenant la Table des matières 407

FIN DE L\ TABLE DES CHAPITRES

L'ART

du

PEINTRE D'IMPRESSION

Introduction

L/akt (le la Peinture est divisé en deux parties, comme les peintres le sont en deux classes.

La première, que j'appelle la Peinture par excellence, est un art libéral, enfant de l'imagi nation ou du génie, qui parle aux yeux, les al traie, les flatte, les fixe, et s'en joue quelquefois par des illusions inconcevables; c'est par la médiation du plus noble des organes qu'il maîtiise les sens, pénètre jusqu'au cœur, éveille et anime les passions, inspire l'effroi, ramène la sérénité, répand la terreur,, produit l'extase, et quelquefois, <misi que le portrait de Miltiade, forme les grands hommes, et crée les héros.

Miroir de la nature, cet art nous en représente les grâces, les sites, les richesses, les variétés; il donne une espèce de vie aux objets dont il s'empare, par le contour de ses traits, et la diverse teinte de ses couleurs; c'est une glace qui réfléchit et rend fidèlement l'objet qu'on lui offre, mais qui n'en perd pas la trace parsa disparition. Au contraire* il en dessine les formes, imite les

PREMIÈRE PARTIE.

nuances, copie les tons, les fixe, les conserve, et quelquefois même les embellit. Par lui, tout ce qui existe est reproduit, multiplié, perpétué; par lui, peuvent se rassembler dans un porte-feuille toutes les beautés de l'univers; il peut-même s'élancer hors de sa sphère, car l'imagination lui prête ses ailes; illimité comme elle, il peut vaguer à plein vol dans les contrées fécondes des idées fantastiques.

La seconde, appelée \Ê Peinture d* impression, enfant de la nécessite et du luxe, est plus essentielle à l'homme, en ce qu'elle rafraîchit et maintient les choses les plus utiles et les plus usuelles, embellit et conserve ses appartements, ses meubles,, ses équipages, et, en les ménageant, sait les rendre flatteurs à la vue; présentant à l'économie, au loi sir, au besoin, des ressources d'épargne, d'occupation, d'industrie, elle offre avec peu de dépense., les plaisirs d'une mobile et riante décoration, qu'en un instant l'inconstance peut varier, nuancer et renouveler à son gré. Aussi cette facilité de faire succéder des couleurs à d'autres, et de les employer soi-même, de devenir habile avec un peu d'habitude, de réussir déjà lorsqu'à peine on commence; surtout l'agrément de pouvoir se passer d'ouvrirs fort coûteux, et d'être de tous les arts le moins dispendieux, ont-ils rendu celui dont nous entreprenons la description, du plus grand usage dans toutes les contrées, et un objet, ou d'exercice, ou d'amusement pour tous les états (i).

(t) Tous les arls cl métiers méritent sans «joule d'elre connus, encouragés, honorés; mais tes détails de ces difïîéreats arts et métiers ne peuvent guère intéresser que ceux l'abt du peintre d'impression.

Detart, tout mécanique qu'il paraît, exige des connaissances. Il a ses principes, ses préceptes: |K>ur bien opérer , il faut absolument s'en instruire. Une description qui offre des règles et des procédés que le raisonnement dirige, sera toujours sûre de son effet, instruira mieux l'amateur, et formera plus facilement l'artiste. Celle que nous présentons, en répandant, surtout dans les départements, le goût de la décoration et des embellissements, y éclairera les ouvriers. Combien parmi eux ignorent jusqu'au nom des substances colorées dont ils se servent, n'en connaissent ni l'usage ni le eboix ! Embarrassés sans cesse sur le mélange et la combinaison qu'il faut en faire, ils ne composent que de mauvaises teintes, dures, désagréables; ou, s'ils en saisissent de bonnes, ils les gâtent, faute de préparations nécessaires, ou

qui s'y livrent c'est pour eux seuls que l'instruction est utile- le resie du publie ne l'accueille que dans la spéculation, et en abandonne l'exécution aux ouvriers. Quelque bien détaillé que soit, par exemple, l'art du tailleur d'habits où du cordonnier, la lecture ne fera sûrement pas naîlre l'envie de couper une étoffe ou de façonner un soulier; au lieu que les trois arts que je vous annonce, Monsieur, oulre l'accueil général qu'ils ont droit d'exiger comme arls, méritent d'êlrc recherchés par tous les états, en ce qu'ils leur offrent à tous des ressources, soit d'amusements , soit d'économie. Tout le monde peut être peintre, doreur, vernisseur. Comme un peu d'habilude peut y rendre habile, que la pralique en esl aisée, on souffre souvent d'être obligé d'appeler des ouvriers, surtout lorsqu'on sait qu'on exécuterait aussi bien que les meilleurs artistes, si l'on connaissait leurs procédés. C'est, Monsieur, ce qu'on peut apprendre aisément en lisant l'ouvrage du sieur W**. (Année littéraire, Î772, lom. 4, lettre?, n° 18, extrait de l'analyse de la première édition. )

I*

I

PREMIÈRE PARTIE.

par la maladresse de remploi. Hé ! comment pourraient-ils s'instruire? car enfin il faut des maîtres ou des modèles. Sufiit-il de prendre la brosse et de barbouiller, pour être peintre ?

D'un autre côté, cette description doit plaire à l'habile artiste; c'est surtout pour lui qu'il est intéressant que ses procédés soient connus. A le voir travailler si lentement, revenir plusieurs Ibis sur son ouvrage avec des soins qui paraissent pusillanimes, on croirait qu'il ne cherche qu'à multiplier ses travaux pour augmenter ses salaires. En lui en offrant de médiocres . on imagine même récompenser sa paresse; mai c'est ne pas savoir que l'ignorance seule est prompte; que l'habileté n'a qu'une marche lente et posée, et que les détails minutieux de la perfection sont innombrables. Ainsi, en donnant des descriptions simples, et assez étendues néanmoins, des procédés de nos trois arts, nous nous proposons d'empêcher les artistes qui les exercent d'en imposer à la confiance ou à la crédulité de ceux qui les emploient, et de forcer ceux-ci à rendre justice aux talents, et à en récompenser les travaux.

Nous osons croire cjue cet ouvrage sera accueilli surtout par les propriétaires dans leurs domaines, puisqu'il n'est pas de séjour qui ne devienne ou plus salubre, par la propreté que procurent les trois arts qui y sont décrits, ou plus agréable par je luxe moderne et recherché qu'ils présentent. A l'aide de ce traité, le sage économe pourra opérer lui-même,, s'il le juge à propos, ou diriger les travaux de ses domestiques; s'il appelle des ouvriers, il pourra, le livre à la main, suivre leurs opérations, et s'assurer s'ils remplissent exactement leur devoir.

l'art du peintre d'impression. S

J'ai déjà eu l'occasion de le dire, et je le répète, je supplie les personnes, qui, voulant procéder d'après l'ouvrage, se trouveront embarrassées, de vouloir bien me faire passer leurs observations. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour leur en procurer l'intelligence, et leur en faciliter Texécution : je dois; mon livre a pour but de mettre l'amateur dans le cas de réussir aussi bien que l'artiste, et je m'y engage. En me soumettant ainsi d'être caution de tout ce que j'avance, c'est, je crois, la meilleure manière de prouver que j'ai eu l'intention de faire un ouvrage utile. Mon exactitude à tenir mon engagement prouvera, je l'espère, combien je suis jaloux de répondre à la confiance de ceux qui m'en honoreront.

La description de l'Art du Peintre d'impression contiendra trois chapitres.

Le premier présentera la notice de l'origine de la peinture d'impression.

Le second traitera de l'atelier du peintre d'impression, de ses outils, et des matières qu'il em ploie.

Le troisième décrira ses procédés pour l'application des couleurs sur toutes sortes de sujets.

Ces deux derniers chapitres auront plusieurs sous-divisions.

Cette partie sera terminée par des observations, sur les accidents qui peuvent arriver à ceux qui s'adonnent à peindre, et l'on y indiquera les moyens de s'en préserver ou de les guérir,

PREMIERE PARTIT.

CHAPITRE PREMIER.. Dr lf Origine de la Peinture d'Impression

L'art de la Peinture est celui d'imprimer diverses couches de couleurs d'une même teinte, préparées à la détrempe, ou à l'huile, ou au vernis, sur des ouvrages de menuiserie, charpenterie, maçonnerie, serrurerie et autres, qu'on veut conserver ou embellir.

L'origine de cet art paraît remonter à la plus haute antiquité : les uns l'attribuent aux Phrygiens, drautres aux Babyloniens. U est sûrement aussi ancien que la teinture; car teindre une étoffe, ou peindre une muraille, c'est donner une couleur uniforme; et ces deux arts ont dû se succéder de bien près. L'on voit que du temps de Moïse la teinture avait déjà fait les plus grands progrès. Cléophante de Corinthe, dit Pline, liv. 35, sect. 5, se servit le premier d'une terre pulvérisée et broyée très-fine, qu'il tirait de morceaux de pots de terre, testa ut ferunt tritâ, et en composa une couleur.

Dans Homère, cet art est connu des Grecs : le vaisseau d'Ulysse, allant au siège de Troie est peint en rouge (*). La table sur laquelle Nestor offre des rafraîchissements à Patrocle, est peinte en bleu On était donc déjà dans l'usage de mettre en couleurs les bois et les meubles. Salomon, deux cents ans après, fait peindre les mu-

(») Iliade, liv. 2. v. \U. {*) Iliade, liv. II/?. 628,

L'ART DU FEINT H E l)'l M P Rl.SSION.

Quel que soit l'auteur de la découverte, il est probable qu'une terre colorée, infusée, soit à dessein, soit par basard, dans de l'eau qui donnait une teinte au liquide, qui, à son tour, la communiquait à un autre sujet, a dû donner les premières idées de la peinture d'impression. (1). Les Sauvages, qui n'ont pas la plus légère idée de nombre d'arts qui nous sont très' familiers, et auprès desquels il faut se reporter lorsqu'on veut raisonner sur l'origine ou l'ancienneté d'une opinion, d'une coutume, d'un art, connaissent la Peinture d'impression; ils peignent leurs arcs, leurs javelots, leurs carquois, leurs canots. L'usage de ces peuples qui, pendant tant de siècles, ont conservé l'heureuse simplicité de leurs notions primitives, nous atteste, mieux que toutes nos conjectures et celles des auteurs, que la Peinture d'impression est un des premiers arts découverts.

L'époque de la découverte intéresserait peu, si au moins on connaissait les procédés des anciens; mais les auteurs nous laissent là-dessus dans la plus profonde ignorance. 11 y a mieux; depuis l'intervalle immense de ces temps reculés jusqu'à nos jours, nous ne connaissons, sur la Peinture d'impression, aucun mémoire bien instructif. Tâchons que la postérité ne puisse pas faire à notre siècle le même reproche.

( i ) Voir Junius, de Picturâ vcterum , Rolorodami , 1694; Disserlalion de M. l'abbé Fraguier; Mémoire de l'Académie des Belles-Letlres, vol. î, p. 73, tom. 25 ; Dissertation de M. Caylus, re célèbre interprète de Pline sur la peinture,

CHAPITRE II. De ï Atelier du Peintre d'impression. *

A peine un bâtiment est-il élevé, à peine les constructions nécessaires sont-elles terminées, que l'empressement de jouir appelle le peintre d'impression, et lui confie le soin de la décoration et des embellissements. Celui qui voyait avec tranquilité les progrès lents de la bâtisse, devenu tout-à-coup impatient, sans attendre que les murs soient secs, que les plâtres soient essuyés, ne laisse souvent pas à l'artiste le temps de disposer ses travaux. Il faut que celui-ci prévienne le désir; qu'expéditif dans ses opérations, il surmonte les obstacles que l'humidité lui oppose sans cesse, et qu'il se bâte de rendre promptement les lieux, non-seulement décorés, mais encore en état d'être habités.

Tout le bâtiment devient son atelier : d'abord ce n'est qu'un simple ouvrier, dont le premier soin est de peintre au-dehors les escaliers, les rampes, les grilles, les croisées, les portes, les treillages; au-dedans, de blanchir les plafonds, et de mettre en couleur les lambris, les parquets, etc. 11 donne à tous les sujets la teinte choisie, et il la donne uniforme : mais il faut varier l'embellissement, flatter la vue. Ici paraît l'artiste; il remarque les expositions, mesure la hauteur et la chute du jour, devine les effets, combine avec eux les teintes, et répand partout les couleurs les plus agréables. Enfin se développe le décorateur . iltral'art du peintre d'impression.

vaille souvent, à la vérité . sur les desseins de l'architecte; mais c'est lui qui reproduit, pour ainsi dire, le marbre, le stuc et l'or; qui dessine un lointain, ménage une perspective, sait imiter les plus grandes richesses de la nature et de l'industrie; qui, du salon au boudoir, de la galerie au jardin, de l'oratoire à la salle de spectacle, va multiplier les charmes d'une décoration variée, qui plaira sans cesse à l'œil sans le rassassier, et lui fera, à chaque instant, admirer de nouvelles beautés, en lui ménageant de nouvelles surprises.

Sous ces trois changements, que le peintre d'impression est obligé de subir, il n'est pas, pour ainsi dire, le même homme. Dans son premier état, c'est un être passif, toujours asservi, toujours commandé. Dans le second., il combine à la vérité; mais ses combinaisons, résultat de l'habitude, sont toujours subordonnées, et très-souvent arrêtées par les idées d'un amateur impérieux, qui fait tout fléchir sous le poids d'une volonté que quelquefois le caprice dirige : mais comme décorateur, il n'a plus de maître; le plan donné, il prend l'essor; ses travaux ne sont plus contredits, il n'est pas froidement asservi à l'imagination d'un autre : son goût, son goût seul le conduit et l'inspire.

Il s'en faut de beaucoup que nous tentions de suivre le peintre d'impression dans ses trois métamorphoses. C'est du goût et des grands maîtres qu'il faut prendre leçon dans les deux dernières; et, loin de vouloir en donner, nous sommes nous mêmes tous les jours dans le cas de les recueillir; nous ne voulons qu ébaucher l'artiste, présenter à l'amateur, les succès faciles de la Peinture d'impression, lui en offrir les connaissances prélirai-

10 piu:miére partie.

naires, et faciliter les procédés de la pratique, pour lesquels il faut plus d'habitude que d'intelligence.

Section Première

Des Outils qui doivent garnir V Atelier du Peintre;

En entrant dans l'atelier du peintre, les oulils sont les premiers objets qui frappent la vue: occupons-nous, succinctement toutefois, à les faire connaître et à en décrire l'usage.

Les plus essentiels au peintre d'impression sont ceux qu'on distingue en brosses et pinceaux, tous de différentes grosseurs.

Les brosses sont faites, ou de soie de sanglier seule, ou de soie de sanglier mêlée de celle de porc; elles doivent être droites,, et de forme à-peuprès cylindrique, avant les soies égales à leur extrémité et ébarbées finement: il est assez difficile d'en trouver de bonnes.

Une demi-heure avant de s'en servir ; il faut les tremper dans l'eau , pour ôter la sciure mise poulies serrer, et pour enfler la ficelle et le bois; l'eau fait faire à tout son effet : en resserrant l'une et maintenant l'autre, elle empêche que les poils ne se défassent, et que la brosse ne se démanche : on en fait sortir l'eau; elle peut servir alors à toutes sortes d'usage, soit pour la détrempe, soit pour l'huile.

On peut mouiller de même les brosses en détrempe dont on ne s'estpas servi depuis long-temps ; mais on ne pourrait pas le faire pour les brosses qui ont été employées à l'huile.

I

L'ART DU I'FJN I fVE I^MPnKSSION.

H

Les prînceaiix sont faits de poil de blaireau, de (oui ne ou de petit-gris, qu'on enchâsse dans des luyaux de plume, depuis celle du cygne jusqu'à celle de l'alouette. Ils doivent, ainsi que les petites brosses, ne point se ployer, présenter une pointe terme, et former la pointe lorsqu'on les mouille : il faut avoir soin de les nétoyer quand on ne s'en sert plus.

Le pinceh'er est un petit vase de cuivre ou de fer-blanc, rond ou carré, à volonté, et séparé en deux par une petite cloison posée au milieu : on met de l'huile ou de l'essence dans l'un des côtés, pour nétoyer les pinceaux. En les trempant dedans, on les presse entre le doigt et le bord du vase ou delà plaque, afin que l'huile tombe avec les couleurs qu'elle détache du pinceau, dans l'autre partie du vase où il ny a point d'huile nette. Les doreurs, comme on le verra, emploient ces restes de couleurs qui tombent dans le pincelier, après les avoir laissées exposées l'espace d'une année au soleil.

La palette est une planche de bois fort serré , mince, de figure ovale ou carrée, un peu plus menue aux extrémités qu'au centre; l'endroit le plus épais n'a tout au plus que deux lignes. On y fait sur le bord, un trou de figure ovale, assez grand pour pouvoir y introduire le pouce de la main gauche. Ce trou est taillé de biais dans l'épaisseur du bois, et comme en chanfrein, en sorte que la partie de dessous la palette, qui est vers le dedans de la main, et un peu tranchante. A l'opposite, c'est celle de dessus.

Le bois de la palette est ordinairement de poirier ou de pommier, rarement de noyer, à cause qu'il se tourmente trop, c'est-à-dire qu'il est trop sujet à se bomber et à perdre son niveau. Quand la palette est neuve, on imbibe le dessus avec de l'huile de noix siccative, qu'on y meta plusieurs reprises, à mesure que l'huile sèche, et jusqu'à ce qu'elle ne s'imbibe plus dans le bois. Quand l'huile est bien séchée, on la polit,, en la ratissant avec le tranchant d'un couteau, et on la frotte avec un linge trempé d'huile de noix ordinaire.

La palette sert pour mettre les couleurs broyées à l'huile, qu'on arrange au bord d'en-haut, le plus éloigné du corps, quand on tient la palette appuyée en partie sur le bras; l'on place les couleurs les unes à côté des autres par petits tas , de façon qu'elles ne puissent pas se toucher; les plus claires ou blanches vers le pouce; le milieu et le bas servent à faire avec le couteau les teintes et le mélange des couleurs.

On n'étoic la palette, en ôtant, avec le bout du couteau, les couleurs qui peuvent encore serviraon la frotte avec un morceau de linge; on y verse ensuite un peu d'huile nette pour la frotter encore et la nétoyer parfaitement avec un linge propre. S'il arrivait qu'on y laissât sécher les couleurs, il faudrait la ratisser promptement avec le tranchant du couteau, en prenant garde d'en hacher le bois, et la frotter ensuite avec un peu d'huile.

Le couteau est un lame plate, flexible, également mince de chaque côté, arrondie par une de ses extrémités, et emmanchée, par l'autre, dans un manche de bois.

On se sert de règles pour travailler en architecturc; elles doivent être de bois de poirier, abattues en chanfrein, comme des règles à dessiner: il faut aussi un plomb, au bout duquel on attache

L'ART DU PEINTRE b'iMPRKSSlON. 13

une ficelle de fouet très-fine; il sert à prendre l'à-plomb, une èquerre, un compas pour le décor, et pour distribuer les panneaux d'appartements.

Tous les vases dont on se sert pour mettre les couleurs doivent être vernissés; par cette précaution, elles s'y dessèchent moins.

Nous parlerons plus au long de la pierre à broyer et de la molette.

SECTION II. Considérations générales sur les couleurs

Toutes les couleurs, quel qu'en soit le nombre à l'égard des variétés de leur nuance, peuvent être réduites à six espèces principales, qui sont le Rouge y l'Orangé, le Jaune s le Verl, le Bleu et le Violet. Et, comme si la nature avait voulu nous forcer à chaque instant de reconnaître l'évidence de ce principe, elle ne nous offre en effet aucun objet coloré, dont la nuance, plus ou moins vive, ne puisse se rapporter à l'une de ces six espèces différentes.

Mais, parmi ces couleurs, il en est trois surtout qui peuvent et doivent être considérées comme fondamentales ou élémentaires, attendu qu'on ne peut jamais les reproduire par le mélange d'aucune autre, pendant que, tout au contraire, ces mêmes couleurs peuvent former, par leur mélange entre elles, toutes les autres nuances imaginables, sans exception : et ces couleurs fondamentales sont le

14 PHÎMIEHL; PARTIE.

Jaune, le Ronge et le Bleu, qui, dans leur combinaison, deux à deux, donnent à leur tour YOrangé, je Vert et le Violet.

Que la nature fasse souvent elle-même ses coin lunaisons, c'est-à-dire, que, dans les couleurs, par exemple, elle offre des composés naturels qui soient orangés, verts ou violets, cela peut se concevoir à son égard aussi bien que pour l'artiste qui les imite, puisque, dans son infatigable et per - pétuelle activité, la Nature ne s'occupe qu'à faire et à défaire, qu'à composer et à décomposer, pour refaire et recomposer encore.

En effet, s'il n'y avait point d'éléments, sur quoi pourrait-elle exercer cette activité; et comment alors pourrait-elle former elle-même tant de composés si divers, ou en séparer les parties constituantes, si elle n'avait pas d'abord à sa disposition les premiers matériaux nécessaires à ces diverses transformations.

Il n'y a donc rien de plus évident que ce principe même à l'égard des couleurs, ainsi que le prouvent, par exemple, les innombrables variétés de nuances dont se composent un tableau, lesquelles ne sont, comme on sait, que des imitations plus ou moins fidèles de la couleur variée des objets que la Nature étale à nos yeux.

Ainsi, puisque, toujours constante à elle-même, la Nature ne saurait faire un seul pas contre les lois qui lui sont imposées, nous n'aurons donc pas besoin de chercher ailleurs d'autres preuves des principes que nous venons d'énoncer, puisque nous en avons sans cesse autour de nous des témoignages aussi authentiques.

Que nous servirait, en effet, d'aller pénibleînent chercher dans les écrits de quelques nommes l'àrt du peintre d'impression.

3 système l'évidence d'un principe aussi facile à reconnaître, et qui, au contraire, pourrait s'y trouver tellement déguisé et méconnu, à la faveur de quelque brillante hypothèse, qu'alors il devînt presque impossible à l'homme inexpérimenté de se décider entre la nature et lui.

Quoi, dira-t-on, vous pouvez croire qu'on puisse mettre, sur la même ligne, et l'autorité d'un système, et celle de l'expérience, et l'opinion d'un homme nécessairement sujet à tous les genres d'illusions, et la marche impassible et régulière de la Nature qui ne peut se tromper ?

Oui, certainement, répondrons-nous : la chose est d'autant plus possible qu'elle est déjà souvent arrivée, et qu'elle arrive encore tous les jours, puisqu'on ne cesse de reproduire comme des principes incontestables, les doctrines les plus fallacieuses sur les lois qui gouvernent les couleurs.

Ainsi donc, au lieu d'aller chercher dans ces écrits tant vantés par les adeptes les principes fondamentaux de nos connaissances sur les couleurs, nous conseillerons bien plutôt de les étudier dans les faits eux-mêmes, au risque de commettre d'abord quelques erreurs, mais qu'il serait facile de rectifier ensuite par la répétition fréquente des mêmes expériences.

C'est par ce moyen seulement, et nous pouvons l'affirmer, qu'il devient facile de reconnaître la marche de la Nature, et alors les principes que nous avons déjà énoncés plus haut, et encore celui non moins remarquable des trois couleurs élémentaires qui s'éteignent complètement l'une dans l'autre, lorsqu'elles se trouvent combinées entre elles dans des proportions convenables, d'où il

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PREMIÈRE PARTIE.

arrive que cette combinaison n'offre plus qu'au gris plus ou moins obscur, et dont l'intensité lumineuse (autre point remarquable ) est toujours proportionnelle à celles des couleurs mises en combinaison.

Or, comme ce principe est le résultat d'une loi naturelle, aussi constante que celle dont nous avons déjà parlé, il est facile de voir qu'elle fournit précisément le moyen le plus certain d'affaiblir dans tous les dégrés, à volonté, l'énergie de certaines couleurs, en y mêlant des quantités plus ou moins fortes de celles avec lesquelles elles s'éteignent mutuellement (*), et c'est aussi ce que la Nature fait elle même dans les couleurs obscures et peu énergiques qu'elle forme dans son vaste laboratoire.

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