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Histoire des deux concordats de la Republique Francaise et de la Republique Cisalpine

Augustin Theiner · 1869 · Scanned text · Free in the US

194,791 words · about 13 h 38 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Augustin Theiner
Language
French
Published
1869
Length
194,791 words · about 13 h 38 min
Sections
5 reader sections
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Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

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Préface

Quand parurent nos Documents inédits sur les affaires religieuses de la France, pendant les dix années gui terminèrent le dernier siècle, le publie non-seulement daigna accueillir avec faveur ce travail , mais manifesta le désir de le voir continué , éclairci et complété par une Histoire véritable du Concordat de 1801 (1). Le plan de ce nouvel ouvrage fut dès lors arrêté dans notre esprit. Toutefois les laborieuses publications, dans lesquelles nous étions engagé et qu'il nous tardait d'achever, nous ont contraint d'en différer l'exécution jusqu'à ce jour.

Un autre motif, décisif pour nous, de l'entreprendre, a été l'apparition si inattendue des Mémoires du cardinal Consalvi. En effet, quelque précieux et importants qu'ils soient, ils laissent malheureusement beaucoup à désirer sous le rapport de l'exactitude et de l'impartialité, conditions si nécessaires, pour l'intel-

(1) Documents inédits relatifs aux affaires religieuses de la France. 1790 à 1800. 2 vol. in-8°. Paris, 1857. Firmin-Didot frères.

VIII PRÉFACE.

ligence et l'explication du fond et de la nature des graves questions religieuses qui agitaient alors la France. II est très-regrettable que ces Mémoires aient été rédigés sous l'impression d'une amertume et d'une irritation morales trop visibles, et que leur éniincnt auteur ait été empêché, par les occupations qui absorbèrent le reste de sa vie, de revoir et de corriger ce travail , ou , ce qui aurait encore mieux valu , de le refaire totalement.

On sait , en effet , que , pendant sa détention à Fontainebleau et dans son exil à Reims, il fut gardé à vue y espionné même , et que , n'ayant sous la main aucune espèce de documents à consulter, il fut réduit aux seules ressources d'une mémoire nécessairement fautive, quelque fidèle et vaste qu'on la suppose. C'est ce qui explique comment le cardinal Consalvi, confondant dans une même impression deux époques si distinctes, voit déjà dans le premier Consul de 1801 le Napoléon de 1810, porté, par la pente fatale de sa politique, h devenir malheureusement hostile à l'Eglise et adversaire du Saint-Siège. Nais dans la vie des plus grands hommes , il y a des moments et des actes qui , dans leur brusque transition , se relient difficilement les uns aux autres, et où il serait injuste de chercher un enchaînement logique et naturel. Les fautes subséquentes, échappées à la faiblesse humaine, ne peuvent ni ne

PRÉFACE. IX

doivent détruire ou même diminuer la réalité de mérites antérieurs. Comment serions-nous plus sévère envers Bonaparte que Pie VII lui-même^ qui avait eu à s'en plaindre plus que personne, et qui cependant déclara hautement , jusqu'à son dernier soupir, que l'Eglise devait lui être à jamais reconnaissante d'avoir relevé les autels et restauré le culte catholique en France?

A nos yeux , le cardinal Consalvi a porté des jugements trop rigoureux et point assez équitables sur plusieurs personnes engagées avec lui dans les négociations du Concordat. Sa conscience le lui reprochait tacitement y comme il le déclare avec ingénuité dans ces mêmes Mémoires, quand il avertit le lecteur que , s'il trouve des contradictions ou des inexactitudes touchant les hommes , les événements ou les faits , il doit avoir recours aux dépêches écrites de sa main , pendant sa légation , sans s'arrêter à des détails nécessairement défectueux , puisqu'ils sont racontés après douze années , et qu'il ne pouvait pas alors consulter sa propre correspondance (1).

Il y a donc comme une réparation ou un acte de justice à accomplir envers cet illustre prince de l'Eglise , non moins remarquable par les vertus privées que par

(1) Et pourtant ces Mémoires, écrits ab irato, comme disent si bien les anciens, forment l'unique base de l'ouvrage de M. le comte d'Haussonville : L'Eglise romaine et le premier Empire. 1800 à 1814. Paris, 1868, 2 vol. in-8°.

Preface

son talent diplomatique. La moralité même de son caractère a été compromise par la publication de ses Mémoires , dont l'acrimonie et la partialité trop manifestes contrastent étrangement avec les appréciations calmes et modérées contenues dans ses dépêches. Ces pièces authentiques et intactes nous découvrent toute la sincérité de cette âme noble, élevée et équitable dans ses jugements sur les temps > les personnes et les choses , et certes ce contraste , avec le ton et le style des Mémoires, autant du moins qu'il est permis d'en juger par la traduction , est d'autant plus précieux qu'il nous dédommage et nous console du triste spectacle des passions trop communes de l'esprit d'intrigue et de parti.

Après avoir reconstruit Y Histoire du Concordat de 1801 , nous traiterons celle du Concordat de la République Cisalpine de 1803, autre grande œuvre de Bonaparte, véritable rempart à l'abri duquel l'Eglise d'Italie, en butte aux persécutions les plus basses et les plus tracassières, recouvra des jours de paix et de liberté, hélas ! trop promptement écoulés.

Ces deux Concordats , tout incomplets qu'ils paraissent, si on les envisage en dehors du temps où ils furent conclus, n'en constituent pas moins les deux plus glorieux titres de Bonaparte,, puisqu'ils relèvent au rang de pacificateur et de protecteur de l'Eglise. Ils exercèrent une influence considérable sur tous les Etats chrétiens

PRÉFACE. XI

de l'Europe, et principalement sur l'Allemagne , où ils arrêtèrent la guerre impie dirigée contre le catholicisme , et dont ils forcèrent les gouvernements de faire à l'Eglise de larges et honorables concessions. Tel est , peut-on dire aussi , le double fondement sur lequel reposa dès lors l'édifice de la grandeur croissante de Napoléon : du moins c'est ce qui aplauit et accéléra sa marche triomphale vers l'Empire. Porté au faîte des honneurs et de la puissance par les vœux de la nation , il puisa à la même source la salutaire pensée de se faire sacrer et couronner par le vénérable chef de l'Eglise , Pie VII , afin d'apparaître au monde avec l'auréole sacrée du pouvoir, et de reproduire en sa personne , après mille années , l'imposante figure de Charlemagne. Il voulait sans doute que cet acte solennel imprimât le sceau de l'inviolabilité à ses conquêtes , et assurât en même temps à la dynastie , qu'il méditait de fonder, la durée , la prospérité , et les bénédictions du Très-Haut.

La négociation entamée à ce sujet entre le Saint-Siège et Napoléon Ier était aussi délicate et épineuse que surprenante et hardie. Nous en exposerons les intéressants détails, ce qui formera la troisième partie de cet ouvrage (1).

(I) L'ouvrage se compose de deux volumes : le 1M contient a première partie, ou le Concordat de 180! ; le 2e contient la deuxième partie, ou le Concordai de 1803 et la troisième partie, ou le Couronnement, et se termine par les Pièces justificatives relatives aux trois parties.

XII PREFACE.

Si le Pape accéda volontiers au désir ardent de l'Empereur, et consacra son front par Ponction sainte, il y fut décidé par la pensée de compléter ainsi l'œuvre des Concordats et d'obtenir de précieux avantages à l'Eglise : et voilà comment nous démontrons encore la corrélation ou l'enchaînement de ces faits religieux et politiques.

Nous nous attendons, il faut l'avouer, à provoquer, par cette histoire , les susceptibilités , l'opposition et peut-être les antipathies de plusieurs, car la traduction, publiée, des Mémoires de Consalvi, a réveillé bien des passions et des préjugés hostiles à Napoléon Ier, surtout en ce qui concerne la négociation du Concordat de 4801. Sous l'apparence d'un zèle, d'ailleurs mal déguisé , pour les intérêts de l'Eglise , l'on n'a pas craint de dénaturer les faits connus et louables, de se permettre des insinuations perfides et d'attaquer à la fois les deux mémoires , intimement liées et comme solidaires, du Pape et de l'Empereur.

Notre position et notre caractère , grâce à Dieu , nous mettent à l'abri de tout soupçon de partialité ou d'intérêts humains. La Prusse est notre patrie, et nous sommes étranger à la France. De plus , ministre du sanctuaire , malgré notre indignité , quel autre mobile que le pur amour de l'Eglise , de la vérité et de la justice , aurait pu nous guider dans ce travail ?

PREFACE. XIII

Nous l'affirmons avec cette assurance qu'inspire le témoignage d'une conscience nette, nous n'avons subi aucune influence, et toute tentative de ce genre eût été repoussée avec dédain sinon avec indignation. Venu à Paris pour puiser, dans les riches dépôts historiques qui s'y trouvent, les enseignements et les témoignages propres à remplir certaines lacunes de notre ouvrage , nous nous imposâmes la dure mais prudente obligation de ne visiter qui que ce fût, au risque même de sacrifier des devoirs de convenance ou d'amitié.

Notre excuse sera la nature même des temps , c'est-à-dire cet esprit de parti, si surexcité, si actif, si prêt à poursuivre jusqu'à l'ombre d'une intention, pour (Incriminer et la diffamer : l'on concevra donc que nous ayons recherché l'égide d'une telle réserve.

Toutefois nous ne pouvons nous abstenir d'adresser de sincères et publics remerciements, à notre honorable et savant ami M. Fàugère , directeur des archives et de la chancellerie au ministère des affaires étrangères; nous sommes trop redevable , pour le taire , à la généreuse bienveillance avec laquelle il nous a obtenu la plus entière liberté de consulter toutes les pièces do précieux dépôt qui lui est confié et de celui des archives de l'empire. Nous osons même le prier d'être l'interprète de nos sentiments de gratitude près des hauts personnages qui , par son entremise , ont permis

XIV PREFACE.

et favorisé nos recherches. Nous nous acquittons d'autant plus volontiers de cette dette sacrée, que, grâce a ces recherches , nous croyons avoir pu venger l'honneur de l'Eglise , du Saint-Siège et de la France , dénigré et souvent même outragé , au sujet de cette négociation des Concordats , par des historiens , peu éclairés > du temps , et malheureusement encore de nos jours.

PREMIÈRE PARTIE

CONCORDAT DE 1801

LE CONCORDAT

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