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Histoire de la verrerie et de l'émaillerie

Edouard Garnier · 1886 · Scanned text

160,003 words · about 11 h 12 min to read

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Author
Edouard Garnier
Language
French
Published
1886
Length
160,003 words · about 11 h 12 min
Sections
4 reader sections
Text
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Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (4)
  1. Front matter under 1 min
  2. Préface about 1 h 26 min
  3. III La Verrerie En Europe Du Xv<= Au Xix« Siècle about 9 h 25 min
  4. Table Des Matieres about 21 min

Continue:

Front matter

H^p

l^lü

]r^^j^KSÿÊÊÿm

Préface

Nous nous sommes proposé, dans cet ouvrage, de faire connaître ce que l’on sait aujourd’hui de plus assuré sur les origines et l’histoire de ces deux métiers qui sont devenus des arts : la Verrerie et \ Emaillerie .

Gomme pour notre Histoire de la Céramique , que le public a accueillie avec une si grande bienveillance, nous avons cherché avant tout à être consciencieux et lucide.

Il y avait dans la tâche que nous avons entreprise de nombreuses difficultés à surmonter, car il y a encore plus d’un problème à résoudre dans cette partie du domaine archéologique. Nous avons voulu épargner à nos lecteurs l’ennui des discussions arides et ne leur donner que des résultats acquis; et si nous avons dû, pour atteindre ce but, profiter des travaux des savants qui nous ont précédé, nous l’avons fait du moins en leur rendant toujours la part qui leur revient et en indiquant les sources où nous avons puisé.

Mais, à côté de ce que nous avons emprunté à nos devanciers , il y a dans notre travail une part qui nous

VI

PRÉFACE appartient en propre et qui est le résultat de nos recherches particulières , des observations que nous avons recueillies dans nos visites aux musées et aux collections libéralement ouvertes à nos études , ou dans des voyages entrepris avec la préoccupation constante de ce livre.

Notre plan est simple. Nous faisons le tour de l’ancien et du nouveau monde en interrogeant successivement tous les peuples sur les secrets de leur industrie et de leur art. C’est ainsi que, pour la verrerie, nous nous arrêtons dans l’antique Égypte, en Syrie et en Grèce, à Pompéi et dans les catacombes ; puis , durant les temps modernes, chez les Arabes, à Venise, en France, partout. C’est ainsi que pour l’émaillerie nous faisons de longues haltes d’abord à Constantinople, qui a été jusqu’au xF siècle le grand centre de la fabrication des émaux; puis; sur les bords du Rhin, à Cologne, et enfin dans cette ville prédestinée de Limoges qui, après avoir fourni à la France et à l’Europe un si grand nombre d’œuvres d’orfèvrerie émaillée, eut plus tard la gloire de voir renaître dans ses murs le bel art de l’émaillerie avec les plus célèbres de ses enfants, les Pénicaud , les Limosin , les Courteys , les Reymond, etc. etc.

Quant à la partie technique, nous ne l’avons abordée que lorsipi’elle était nécessaire pour venir en aide à l’intelligence de détinitions que nous avons cherché à rendre claires et jirécises.

Sans l’image cependant rien n’est vraiment intelligible; et c’est pourquoi cette Histoire est aussi un livre

PRÉFACE

VII d’images ; mais, dans cette partie de notre travail , nous n’avons cherché à reproduire par le crayon ou la couleur que des objets simples et bien caractéristiques qui puissent avant tout servir de types, et qui viennent ainsi appuyer et compléter notre texte.

A côté de l’élément artistique il y a dans notre œuvre un intérêt « humain » , et ce n’est pas sans une joie réelle qu’on y assistera , par exemple, aux progrès de cette périlleuse et mortelle industrie du verre depuis l’antiquité la plus reculée , jusqu’au jour où les Appert ont remplacé le souffle desséchant de la poitrine humaine par le soufflage au moyen de l’air comprimé. Certes , il est beau de penser que la France produit par an quatre cent mille mètres carrés de glaces; mais il est plus doux de se dire qu’on a amélioré de toute façon la situation de ceux ([ui les fabriquent.

Notre livre, que nous avons ainsi voulu rendre aussi complet que possible, conviendra, nous l’espérons du moins, non seulement aux collectionneurs et aux curieux, mais aussi à tous ceux, et ils sont encore nombreux en France heureusement, qui s’intéressent à la prospérité de nos grandes industries d’art , dans lesquelles la verrerie et Vémaillerie occupent une place si importante.

20 novembre 1885.

I

L’origine de la fabrication du verre, plus peut-être que celle de toutes les autres industries, est restée jusqu’à présent, et restera probablement toujours fort obscure : c’est un art dont la genèse nous est inconnue.

Très différente en ceia de la céramique, dont on peut suivre presque pas à pas les progrès, la verrerie, dès ses débuts, nous apparaît comme étant déjà en pleine possession de moyens qui dénotent une industrie très avancée et disposant de procédés de fabrication assez parfaits pour que le temps, qui modifie tout, n’y ait changé que fort peu de chose; nous verrons même plus loin que l’industrie moderne, si fière des progrès immenses qu’elle réalise chaque jour, n’a pu encore arriver à reproduire certains verres dont la fabrication remonte à près de aeux mille ans. Il y a cependant entre ces deux arts, la céramique et la verrerie,

•2 des analogies tellement grandes, des points de contact si nombreux, qu’il nous paraît hors de doute que la seconde dérive directement de la première.

La céramique, dans ses manifestations des temps les plus reculés, ne nous montre que des œuvres informes, faites avec une argile grossière mélangée de paille et de scories, à peine cuites, et souvent même séchées seulement au soleil; puis la texture devient plus serrée, les formes se dessinent et des anses rudimentaires commencent à apparaître; enfin on arrive aux vases et aux ustensiles de formes variées et quelquefois élégantes, fabriqués au moyen du tour, avec une terre soigneusement triturée et épurée, assez solides pour résister aux usages journaliers de la vie domestique, et pourvus d’ansés détachées. Ce sont là trois périodes bien bien distinctes, entre chacune desquelles il y a évidemment un intervalle de plusieurs siècles, et dont la dernière, bien que le résultat nous paraisse aujourd’hui assez minime, ({uand on le compare aux merveilles réalisées depuis dans le domaine de la céramique, dénote un degré de civilisation assez avancée et des progrès relativement considérables.

C’est à ce moment, selon toute probabilité, qu’apparaît la verrerie, ou du moins c’est seulement en compagnie de vases de la dernière période, c’est-à-dire fabriqués à l’aide du tour et munis d’anses détachées , que l’on trouve des verres ; on n’en rencontre pas dans les sépultures qui ne renferment que des poteries des époques antérieures. Nous serions donc d’autant plus disposé à croire que la verrerie procède de la céramique, qu’elle en est, pour ainsi dire, le résultat, et le résultat du, suivant toute apparence, à une circonstance fortuite ou à une observation faite par des ouvriers intelligents pendant la cuisson de certaines poteries, que la fabrication d’ustensiles en verre ne s’imposait pas aux hommes avec la même nécessité que celle

I.A VERRERIE DANS I.’ANTIQUITÉ 3

(les vases de terre destinés à conserver les produits de leurs récoltes.

Tout le monde connaît le récit de Pline concernant l’origine du verre, et, bien qu’il ne mérite aucune créance et que son auteur lui-même ne le rapporte que comme un « on dit (/dîna est) », il a donné lieu à trop d’interprétations pour que nous ne le citions pas ici : « Il est, dans la Syrie, une contrée nommée Phénicie, confinant à la Judée, et renfermant, entre les racines du mont Carmel , un marais qui porte le nom de Cendevia. On croit qu’il donne naissance au fleuve Bélus qui, après un trajet de cinq mille pas, se jette dans la mer auprès de Ptolémaïs, colonie... Ce fleuve, limoneux et profond, ne montre qu’au reflux de la mer le sable qu’il charrie. Alors, en effet, ce sable, agité par les flots, se sépare des impuretés et se nettoie. Le littoral sur lequel on le recueille n’a pas plus de cinq cents pas, et pendant plusieurs siècles ce fut la seule localité qui produisit le verre. On raconte que des marchands de nitre, y ayant relâché, préparaient, dispersés sur le rivage, leur repas ; ne trouvant pas de pierres pour exhausser leurs marmites, ils employèrent à cet effet des pains de nitre de leur cargaison ; ce nitre , soumis à Faction du feu avec le sable répandu sur le sol, ils virent couler des ruisseaux transparents d’une liqueur inconnue, et telle fut l’origine du verre f »

Nous reviendrons plus loin sur ce passage de Pline; mais nous pouvons, dès à présent, en démontrer la fausseté en

‘ « Aujourd’hui Nahr-Naman, rivière de Phénicie qui se jetait dans la mer au sud de Ptolémaïs (Acre) , célèbre par la tradition qui veut que la finesse de son sable ait fait trouver le verre aux Phéniciens. y>( Dictionnaire de biographie, mythologie et géographie anciennes, par le docteur Smith. )

'j

nous appuyant sur l’autorité d’un des plus illustres savants de notre époque. « Quand on connaît, dit M. Dumas dans son Traité de chimie, la température nécessaire à la préparation du verre le plus fusible et qu’on a vu seulement l’intérieur d’un four de verrerie en activité, on conçoit combien ce récit est invraisemblable'. »

Il faut donc chercher autre part l’origine du verre, et l’hypothèse la plus simple nous conduit à admettre que des potiers intelligents et industrieux , dont les fours étaient construits au moyen de briques fabriquées avec une argile qui contenait du sable, ayant remarqué la vitrification qui se produit si facilement pendant la cuisson des poteries, ont été amenés à tirer parti de ce phénomène.

EGYPTE

Quoi qu’il en soit, l’invention du verre remonte à une époque des plus reculées, et les objets en* verre trouvés dans les plus anciennes nécropoles de la vieille Egypte montrent déjà, en raison de la perfection relative de leur fabrication, un art extrêmement avancé. Nous en aurions, du reste, la preuve dans les peintures des tombeaux, surtout dans celles des hypogées de Béni -Hassan, peintures que l’on croit avoir été exécutées sous le règne d’Ousortesen Dr, le deuxième roi de la xif dynastie, c’est-à-dire à peu

' Bernard I'alissy, dans son Traité des eaux et fontaines, p. 271 (édition de 1577), rapporte, sans en indiquer la source, mais probablement d’après une mauvaise interprétation qui lui aura été communiquée du passa"c de Pline, une fable qui n’est pas plus acceptable : « Aucuns disent que les eiifans d’Israël ayant mis le l'eu en quelque bois, le feu fut si grand, qu’il esehaull'a le nitrc avec le sable, jusques à le faire couler et distiller le long des inonlaignes, el ipie dès lors on chercba l’invention de faire artificiellement ce (jui uvnil élé l'ail pai- accident pour l'aire le verre. »

LA VERRERIE DANS L’ANTIQUITÉ o

près 3500 ans avant notre ère , et dans lesquelles les artistes du temps ont représenté les différents métiers en usage à leur époque; on y remarque entre autres des verriers assis à terre devant leurs fourneaux et soufflant des bouteilles au moyen de cannes exactement semblables à celles dont on se sert encore aujourd’hui ; deux autres ouvriers, agenouillés, soufflent un vase dont la dimension, relativement aux proportions données par la taille des

Fig. 1. — Ouvriers verriers, d'après une peinture de Thèbes i.

personnages, est telle, qu’elle nous semble évidemment exagérée. D’autres peintures plus anciennes encore, celles des chambres sépulcrales des tombes de l’ancien empire, à Saqqarah, qui appartiennent à la période memphite, c’està-dire à la ive et peut-être même à la me dynastie, nous montrent également des ouvriers de toute sorte exécu- .tant chacun les travaux de son métier, et parmi eux des verriers, ce qui donnerait à la verrerie une antiquité fantastique.

Outre ces peintures, qui montrent, on le voit, des procédés de fabrication déjà très perfectionnés, puisqu’ils sont exactement les mêmes que ceux qui sont pratiqués encore aujourd’hui, nous pouvons citer plusieurs objets portant des dates qui ne laissent aucun doute. En première ligne nous

1 Reproduite par Gailliaud : Recherches sur les arts et métiers des anciens peuples de l’Egypte. ( Le texte de cet ouvrage n’a pas été publié. ]

G mentionnerons la petite amulette (?) en forme de tête de lion portant au revers le cartouche d’un des Entew, — probablement Entew IV, le vainqueur des nègres et des Asiatiques, — un des princes de la xie dynastie (environ 3600 av. J.-C.)- Wilkinson' a reproduit un grain de collier sur l-'ig. 2. — Flacon en iiàtc de verre portant le nom de Tholmès III. (British Muséum.)

lequel on voit, moulée en creux, une légende hiéroglyphique donnant le nom d’Hatasou •, sœur et femme de Thotmès II, et régente pendant la minorité de son second frère, Thotmès III (xviiic dynastie, environ 1650 ans avant J.-C.), dont le nom se trouve également inscrit sur le col d’un petit

On n’csl pas d’accord cependant sur la matière qui compose les grains de ce collier; quelques savants anglais ont cru y voir un morceau d’obsidienne plutôt qu’une pâte vitreuse.

flacon à parfums en pâte bl.eu-turquoise (fig. 2), que possède le British Muséum.

C’est donc en Égypte que l’on trouve les plus anciens spécimens connus de l’industrie du verre ; il ne s’ensuit pas cependant que ce soit aux Égyptiens que l’on puisse avec certitude en attribuer l’invention. Il y a, en effet, dans tous les arts dus au génie de l’homme, une période de tâtonnements, d’enfantement, pour ainsi dire, dont nous ne trouvons ici aucune trace , puisque les objets que nous avons mentionnés sont bien évidemment le produit d’une industrie déjcà ancienne, et que nous avons vu les verriers figurés sur les peintures de Béni -Hassan il y a plus de 5000 ans, en possession d’un outillage assez parfait pour qu’il soit arrivé jusqu’à nous sans subir aucune modification. Nous savons en outre , par les bas - reliefs du tombeau de Noumhotep, à Béni - Hassan (xiie dynastie), qui représentent une troupe d’émigrés vêtus d’étoffes bariolées à longues franges , et apportant avec eux des objets de formes élégantes et qui témoignent d’une civilisation avancée, que les pays étrangers fournissaient, dès cette époque, aux Égyptiens de quoi satisfaire leur goût si prononcé pour le luxe et les parures. « C’était déjà d’Asie, dit à ce propos M. Maspéro \ que l’Égypte tirait les esclaves, les parfums dont elle faisait une si grande consommation, le bois et les essences de cèdre, les vases émaillés, les pierreries, le lapis et les étoffes brodées ou teintes dont la Chaldée se réserva le monopole jusqu’au temps des Romains. »

Les Égyptiens auraient donc reçu l’art de la verrerie, — ainsi que beaucoup d’autres, du reste , qui, dans leurs plus anciens monuments, nous apparaissent aujourd’hui comme étant arrivés déjà à un haut degré de perfection , — de

‘ Histoire ancienne des peuples de l’Orient, p. 107.

peuples dont l’existence et la civilisation nous sont inconnues; cependant, dans l’état actuel de la science, nous devons considérer l’Égypte comme le berceau de la verrerie, et ce sont les verres trouvés dans ce pays privilégié de l’ancien monde que nous étudierons les premiers.

Nous devons constater tout d’abord que le verre blanc translucide était inconnu dans l’Égypte des Pharaons ; tous les spécimens qui ont été découverts jusqu’à présent, et qui sont déposés dans les musées, quelles que soient leur forme

Fig. 3. — Amulettes en pâte de verre moulée.

et leur destination, sont en verre opaque coloré au moyen d’oxydes métalliques. Les quelques échantillons que nous connaissons de verres translucides de provenance égyptienne datent d’une époque de beaucoup postérieure, et présentent, du reste, une coloration verte plus ou moins foncée.

Le verre opaque, ou plutôt la pâte de verre, était en réalité une sorte d’émail susceptible d’être fondu dans des moules (fig. 3), pouvant prendre toutes les formes voulues et facile à polir à la roue. La coloration, ainsi que nous l’avons dit, était obtenue au moyen d’oxydes métalliques mélangés à la pâte : le cuivre, suivant son degré d’oxydation, donnait le rouge, le turquoise et le vert émeraude; le bleu -lapis était obtenu au moyen du cobalt, le violet par le manganèse, et les jaunes par des sels d’argent. Du temps de Strabon, qui, en l’an 24 de notre ère, se trouvait en Égypte avec son ami Ælius Gallus, cette contrée était encore renommée pour ses verreries colorées ; « Me trouvant à Alexandrie, dit-il j’appris, de la bouche d’ouvriers verriers, que l’Égypte possède une terre particulière, une terre vitrifiable ; que sans cette terre ils ne pourraient pas exécuter ces magnifiques ouvrages en verre de plusieurs couleurs, et que dans d’autres pays (où cette terre manque) il faut avoir recours à différents mé-

Fig. 4. — Petit flacon en pâte de verre à stries noires. (Musée du Louvre.)

langes. » Suivant Prisse d’Avennes ces substances n’étaient autres que la soude, et nous verrons plus loin que pendant longtemps les Vénitiens faisaient venir d’Alexandrie la soude qu’employaient leurs verreries de Murano. Cette soude d’Égypte , qui était considérée comme supérieure à toutes les autres, provenait de la cendre d’une plante désignée par les botanistes sous le nom de mesembryanthemum copticum.

Les différentes pâtes colorées étaient mélangées ensemble dans la masse, ou mieux juxtaposées, de façon à former des stries dentées (fig. 4) ou horizontales, des ondulations,

' Géographie , lib. XVI, cap. n, § 25. (Trad. Am. Tardieu.)

® Prisse, Histoire de l’art égyptien, texte , p. 313.

des dessins à disposition rappelant celle des barbes de plumes, etc. etc. On fabriquait ainsi des bouteilles à parfums de forme généralement assez allongée, de petites amphores, des alabastrons, des amulettes de toute sorte (fig. 5), et surtout des colliers (fig. 6) dont les perles variaient de

Pig. H. — Amulettes en forme d’anii»horcs. (Mii.sée du Louvre. )

gi’ossenr. Ces colliers ne servaient pas seulement à la toilette des femmes; à certaines époques on couvrait les momies d’une espèce de vêtement fait tout entier de ces grains de verre enfilés en longs chapelets, ce qui explique la quantité

Fig. 6. — Fragment d‘im collier égyptien. (Musée du Louvre.)

relativement considérable de perles trouvées dans les hypogées de rancienne Egypte. Strabon nous apprend encore {loc. cit.) que les perles ou grains de collier en pâte de verre étaient, de son temps, destinés principalement au commerce (pie l’Egypte entretenait avec l’Éthiopie, qu’elle avait soumise à sa domination, et le géographe Scylax, énumérant les mairhandises que les Ethiopiens de la côte occidentale de l’Afibjue achetaient des Phéniciens, cite la pierre d’Égypte ()t0o: -Vi'y’j-tcV.), c’est-à-dire la perle de verre, de même

LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITE qu’un autre géographe, l’auteur du Périple de la mer Rouge, mentionne, parmi les objets que l’on vendait aux Éthiopiens de la côte orientale, les pierres vitreuses de formes variées h II est à remarquer à ce propos que le goût des peuples de l’Afrique n’a pas changé sous ce rapport, et que

Fig' 7. — Tète de nègre en pâte de verre. (Musée du Louvre.)

l’on trouve bien peu de différence entre les perles de verre

dont les Égyptiens et les Phéniciens trafiquaient ainsi autrefois , et celles que nos hardis explorateurs modernes emportent avec eux pour servir aux échanges qu’ils font avec les nègres ou qu’ils donnent en présents aux chefs de tribus

Fig. 8. — Œil en pâte de verre. (Musée du Louvre.)

pour se concilier leur bienveillance et s’attirer leur protection. Un des colliers du Louvre comprend, au milieu des grains qui le composent , une tête grimaçante également en pâte de verre de diverses couleurs, et on peut en voir dans les vitrines de la salle civile un certain nombre, — parmi lesquelles une curieuse tête de nègre (fig. 7), — qui portent au sommet une sorte d’appendice servant d’anneau de suspension.

Les amulettes en pâte de verre étaient de formes assez variées; les unes, dans lesquelles on remarque l’emploi d’un noir profond et intense, dont le secret semble perdu aujour-

Fig. 9. — Petite amphore en pâte de verre. (Musée du Louvre.)

d’hui, figurent un œil, l’œil d’Osiris (fig. 8); les autres, de couleurs unies, reproduisent des feuilles de lotus (fig. 3), des emblèmes ou des ornements sacrés, de très petites amphores (fig. 9), etc. Suivant Hérodote (ii, 69), quelques-uns de ces objets « étaient attachés par les Égyptiens aux oreilles

Fig. 10. — Bague en pâte de verre. (Musée du Louvre.)

des crocodiles apprivoisés. » On fabriquait également en pâte de verre des bagues qui paraissaient avoir eu une destination exclusivement funéraire (fig. 10).

En résumé, bien que le verre ne semble pas avoir été employé à la confection d’objets d’usage domestique, l’art de la verrerie était tenu en grand honneur dans fancienne Egypte. Les habiles artisans de Thèbes et d’Alexandrie envoyaient les produits de leur industrie en Grèce, dans fAttique, à Corinthe et dans les îles de l’Archipel, aussi

LA VERRERIE DANS L’ANTIQUITE 13

bien qu’à Chypre, à Rhodes et en Sicile. On a trouvé un grand nombre d’objets en pâte de verre coloré à Herculanum, à Vulci, à Ghiusi, et surtout à Cœre, qui servait d’entrepôt pour toutes les marchandises que l’on importait en Italie, et la provenance de ces objets ne peut faire aucun doute, puisque à Cœre, entre autres, on a rencontré une certaine quantité de scarabées et de figurines de style égyptien; les formes et les couleurs des petits vases et des bouteilles à parfums sont identiquement les mêmes, et beaucoup sont en pâte de cette belle couleur bleu - turquoise si caractéristique que l’on voit sur des milliers de figurines en terre émaillée , et qui , dans l’antiquité, n’a été employée exclusivement que par les Égyptiens.

Les verreries d’Alexandrie résistèrent à tous les événements qui bouleversèrent l’Égypte sous la dynastie des Lagides, et plus tard sous la domination romaine. Auguste, après avoir soumis l’Égypte, exigea que le verre fit partie du tribut imposé aux vaincus, et les verres ainsi importés forcément à Rome y furent alors tellement appréciés, que cet impôt fut pour les Égyptiens une source de fortune. Dans une lettre que nous reproduirons plus loin, Hadrien (117 -138 ap. J.-C.) mentionnait la fabrication des verres comme une des principales industries de la ville, et lorsque, en 273, Aurélien reprit à la reine de Palmyre , qui avait tenté de reconstituer un grand empire d’Orient, une partie de l’Asie Mineure , ainsi que la Syrie et l’Égypte , il fit, à l’exemple d’Auguste, entrer les verreries d’Alexandrie dans une des parts les plus importantes de fimpôt qui devait être payé à Rome victorieuse. Nous verrons aussi qu’aux xiiie et xive siècles cette belle industrie n’avait rien perdu de son antique splendeur.

Avant de quitter l’Egypte, nous devons mentionner égal'i lemeiit les sarcophages de verre qui auraient été en usage cliez les Éthiopiens; plusieurs auteurs anciens ont fait sur ces sarcophages des récits qui ont donné lieu à beaucoup de commentaires et sur lesquels les archéologues sont loin d’être d’accord. C’est Hérodote qui en a parlé le premier : « Après la momification, dit-il, on enduit le corps d’une couche de plâtre sur laquelle les peintres appliquent leurs couleurs, en reproduisant le plus fidèlement possible les traits du mort, puis on enferme le tout dans une stèle de verre creux. Ce verre se prête volontiers au travail, et c’est en grandes quantités qu’on le tire du sol '. » Tous les commentateurs d’Hérodote ont vu dans ce verre « que l’on tire du sol en grandes quantités » le sel gemme, très abondant en Éthiopie; mais ce que rapportent sur ce sujet d’autres écrivains de l’antiquité, notamment Strabon et Diodore de Sicile, peut donner lieu à une interprétation différente ; « Après avoir embaumé les corps, les Ethiopiens coulent alentour une épaisse couche de verre, puis les placent sur une stèle, de façon que le passant puisse les apercevoir à travers ce cercueil transparent. D’après Ctésias de Cnide, on commence par momifier le défunt, mais on n’a garde de fondre le verre autour du corps nu, de peur de le brûler et de le défigurer au point de lui faire perdre toute trace de l'essemhlance. On fabrique donc une image d’or creuse dans laquelle on enferme le cadavi’e ; c’est cette statue que l’on abrite derrière une couche de ve7Te fondu et que l’on place ensuite dans le tombeau. La feuille d’or se voit à travers la glaçure. Cependant ce mode de sépulture ne s’emploie que })our les riches; ceux qui jouissent d’une fortune moindre sont enveloppés dans une feuille d’argent; les pauvres se servent de la terre de poterie. Au reste, il y a du verre pour

' IIküodotf., lili. III, ■24.

LA VERRERIE DANS L’ANÏlglJITÉ lo tout le monde, car le pays en produit beaucoup , et rien n’est plus commun chez les indigènes »

Cette dernière phrase peut évidemment être interprétée de plusieurs façons ; cependant les détails que donne Diodore sur la manière dont on procédait en ayant soin de ne pas fondre le verre autour du corps nu de peur de le brûler, excluent l’idée de l’emploi du sel gemme ou verre fossile. « D’un autre coté , dit M. Frœhner^, Hérodote aussi bien que Gtésias rapporte que la substance en question se tirait comme d’une mine ou d’une carrière. On aura rencontré au delà des cataractes de ces sablières vitreuses, comme on les appelait alors, et c’est l’exploitation de ces gisements que les écrivains grecs comparaient au travail des mines. Voilà un moyen de tout concilier. Il lui manque, pour être inattaquable, un appui plus solide, cette sanction que les nécropoles encore inexplorées de l’Éthiopie peuvent seules lui donner. » Jusqu’à présent, en effet, on n’a encore découveit aucun sarcophage en verre l

‘ Diodore de Sicile, lib. II , 15.

® Description de la collection Charvel , p. 14.

® Suivant Strabon (p. 675, éd. Didot), le corps d’Alexandre le Grand, transporté en Egypte dans un coffre d’or, fut enseveli dans un cercueil de verre ; et Élien, dans ses Histoires variées, raconte que lorsque le roi de Perse Xerxès lit ouvrir le tombeau du roi Relus, un des fondateurs de la dynastie cbaldéenne, il eut la surprise de voir le corps de son ancêtre conservé dans un immense cercueil de verre rempli d’huile. Peut-être y a-t-il dans ces légendes , comme dans toutes celles que nous a léguées l’antiquité, un fond de vérité ; en tout cas, il serait au moins prématuré de nier l’existence de ces sarcophages éthiopiens.

ASSYRIE

Nous avons dit plus haut (p. 7), en signalant les bas-reliefs de Beni-Hassan, que les peuples d’Asie pouvaient rivaliser avec les Égyptiens pour tout ce qui touchait aux industries de luxe; mais jusqu’à présent nous n’avons malheureusement que des données très incomplètes à ce sujet. Il est évident néanmoins que l’Assyrie a possédé, dès les temps les plus reculés, des manufactures de verre qui ne paraissent cependant pas avoir eu l’importance de celles de l’Égypte. Les fouilles qui furent faites dans le bassin de l’Euphrate, notamment à Khorsabad, ont mis au jour un nombre assez considérable d’objets en pâte vitreuse tellement semblables à ceux qui ont été trouvés en Égypte, qu’on pourrait les croire de provenance thébaine si on n’en avait rencontré dans les ruines du palais Nemrod des spécimens qui témoignent d’une fabrication locale. Tel est le célèbre flacon du British Muséum, dont la pâte, de couleur vert d’eau, est légèrement transparente, et qui montre sur une de ses faces un lion gravé, et sur l’autre une inscription en caractères cunéiformes presque illisibles, mais dans laquelle on a pu reconnaître cependant le nom de Saryoukin (le Sargon de V Écriture sainte), ce grand conquérant qui régna sur l’Assyrie de 721 à 704 avant notre ère. Comme dans toutes les verreries de l’extrême antiquité, les parois de ce flacon, qui a la forme d’une bourse, sont extrêmement épaisses, et deux appendices carrés et pleins y forment des sortes d’oreillettes remplaçant les anses. Avec les objets que nous avons signalés plus haut, ce verre est le plus ancien de tous ceux qui portent une date certaine. Quand l’empire assyrien fut détruit, en 538 avant J.-C., par Cyrus, et passa sous la domination des Perses, un changement considérable s’opéra dans les relations commerciales et l’industrie de ces contrées ; la verrerie cependant semble y avoir toujours été en honneur, au moins si l’on en croit Aristophane, qui, dans ses Acharniens (v, 73), fait dire aux ambassadeurs envoyés en Perse pour conclure un traité d’alliance : « Nous buvions dans des vases de verre et dans des coupes d’or. » Cette simple indication suffit, si peu importante qu’elle paraisse au premier abord, pour montrer qu’à cette époque les rois de Perse, dans leur somptueuse résidence d’Ecbatane, se servaient de vaisselle de verre , et qu’ils estimaient ce dernier à l’égal des métaux précieux.

PHÉNICIE

Mais ce sont surtout les Phéniciens qui, dès les temps les plus reculés , ont partagé avec les Égyptiens le monopole de la fabrication des verres et des objets en pâte de verre colorée, et, d’après le témoignage des anciens historiens, c’est à eux que cette belle industrie a dû son plus grand développement. Nous avons cité (p. 3) le récit de Pline , qui leur attribue la découverte , due au hasard, de la fabrication du verre, et bien que, comme nous l’avons dit, on ne doive ajouter aucune foi à ce récit, il n’en est pas moins certain que la Phénicie a de tout temps été fort renommée pour ses verres , et que le sable du fleuve Belus était, plus que tout autre, recherché pour la fabrication du verre, ainsi que l’attestent plusieurs écrivains dont quelques-uns avaient visité le pays, ce qui ne les empêche pas cependant de croire et de rapporter tout ce que l’on

racontait de merveilleux sur ce sujet. « Entre Ptolémaïs et Tyr, dit Strabon \ la côte n’est qu’une suite de dunes formées surtout àhyalüis ou sable vitrifiable. Sur les lieux mêmes, ce sable, paraît-il, ne peut pas fondre; mais, transporté à Sidon, il devient aisément fusible. Quelques auteurs présentent la chose autrement et se contentent de dire que les Sidoniens possèdent aussi et recueillent sur leur territoire du sable hyalitis propre à la fusion. D’autres enfin prétendent que tout sable, quel qu’il soit, est fusible de sa nature. » Flavius Josèphe va plus loin encore : « A une distance de deux stades de la ville de Ptolémaïs, coule une très petite rivière appelée Belæus. Là se trouvent le tombeau de Memnon, et à proximité un endroit digne de notre admiration. C’est une fosse circulaire mesurant cent coudées et remplie de sable vitrifiable. Beaucoup de navires y abordent pour prendre des cargaisons, et à peine la fosse est -elle vide, qu’elle se remplit de nouveau, car les vents y apportent , comme s’ils le faisaient exprès , le sable du dehors qui ne sert à rien et qui, une fois jeté dans la fosse, se change aussitôt en verre. Mais ce qui me paraît plus étonnant encore, c’est que le même verre, dès qu’il déborde, redevient du sable ordinaire. Telle est la nature de cet endroit*. » Tacite {Historiæ, lib. V, 7) est plus circonspect, tout en restant aussi affirmatif : « Il y a un autre fleuve , le Bélus, qui tombe dans la mer de Judée; c’est à son embouchure que l’on ramasse en quantité les sables qui, mêlés au nitre et soumis au feu, donnent le verre. Ce rivage a très peu d’étendue, et on le fouille sans l’épuiser. »

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