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C- os V iU<|*rV^
LA COLONISATION
DE
Chapitre I
bonne qualité ; il repose sur des roches de formation assez récente, renfermant des calcaires, des marnes et des schistes argileux, dont la décomposition fournit les terres les plus riches pour la culture. Desfontaine, un de nos plus célèbres naturalistes, l’a ainsi apprécié dans la préface de son ouvrage : « Le sol d’Alger, qui est composé presque partout d’une terre argileuse mêlée de sable et de débris de végétaux, est, en général, plus fécond que celui de Tunis. »
On reneontre en Algérie très-peu de ces terres argileuses grasses, qui ne peuvent être remuées que par des charrues attelées de huit bœufs, et qui ne deviennent productives qu’à condition d’être marnées. Les terres de notre colonie sont toutes plus ou moins légères ; elles sont souvent saturées de sel, circonstance qui les rend favorables à certaines cultures, et en particulier au colon. Dans beaucoup d’endroits on y trouve des terres d’alluvion. Ces terres, fint's, faciles à cultiver et précieuses pour les plantes, sont souvent assez profondes : ainsi , dans la vallée du Chélif la couche d’alluvion est d’une profondeur de 8 à 10 mètres. Sur les plateaux les plus élevés, comme dans les vallées, il n’est pas rare de rencontrer des couches épaisses d’un humus noir qui ressemble à du terreau de jardin. A Biskara, sur les limites du Sahara, la terre végétale a une hauteur considérable.
Le sol de l’Algérie, fortement accidenté, présente partout les traces de grands bouleversements primitifs : on y trouve quelquefois des coquillages sur des coteaux à 200 mètres au-dessus de la mer. Ln certains endroits on voit, encore abruptes, des couches de différentes couleurs ; rouges, vertes, jaunes. Elles semblent l’écume de toutes les matières minérales que renferme la terre. Ces matières fermentent peut-être encore dans ses profoudeui'S, et telle est la cause des tremblements qui queUjuelois se font sentir. Aous en avons déjà cité un qui, en 1823, a renversé la ville de Blidah. Presque tous les ans, d’un coté ou d’un autre, on éprouve quelques petites secousses. Dans les villes, elles ne fout guère
I.ES RESSOURCES DU SOL. 5
que compromettre les mauvaises maisons; dans les campagnes, elles crevassent un peu le sol, l’affaissent parfois dans ses pentes, mais ne nuisent en rien à l’agriculture.
La bonté du sol ne suffit pas à la végétation, il lui faut de la chaleur et de l’humidité. La chaleur ne manque pas à l’Algérie ; et le Tell, soit pr sa latitude, soit par son plus ou moins d’élévation au-tlessus du niveau de la mer, offre des variétés de température favorables à toutes espèces de culture, favorables aussi au prolongement des époques où elles peuvent être accomplies. Dans la provinec de Constantine, la côte d’Afrique atteint presque toujours le 37* degré de latitude; elle le dépasse meme au cap de Fer, entre Bône et Philippevillc, et au cap Boudjaroun, entre Csllo et Djidjeli. Le Tell, dans cette province , s’étend jusqu’à Biskara, situé sur le 3o® degré. A partir d’Alger, la eôte incline vers le Midi presque d’un demi-degré jusqu’à la province d’Oran ; et le Djebel-Amour, limite du Tell, au sud d’^klger, est sur le 34' degré. Dans la province d’Oran, l’inclinaison de la côte dépasse un degré. Nemouis, notre dernier port à l’Ouest, est presque sur le même degré que Biskara. Ainsi, le 35* degré de latitude qui est, dans la province de Constantine, la limite méridionale du Tell , se trouve être sa limite septentrionale à l’extrémité de la province d’Oran. Le territoire du Tell, étant tout entier compris entre les chaînes de l’Atlas, se trouve nécessairement à des hauteurs bien différentes. A partir de la côte, comme nous l’avons fait remarquer, il va toujours en s’élevant jusqu’à la chaîne du grand Atlas ; de ce point élevé, par des pentes plus ou moins rapides, il redescend jusrpi’au Sahara qui, dans certains endroits, est presque au niveau de la mer.
Tiaret, au milieu des hauts plateaux de l’Ouest, est à 1,300 mètres d’élévation; Teniet-el-llad, plus près d’Alger, est à 1,161 mètres; Bathna, bâti dans la province de Constantine, près de la ligne du partage des eaux, est à 1,021 mètres ; Constantinc, à moins de vingt lieues de la mer, est à 600 mètres; Milianah, plus rapproché de la côte, est à 740 mètres; Blidah, dans la plaine de la Mitidja, n’est plus qu’à 260 mètres; et Orau, sur la côte, est à 50 mètres seulement.
On conçoit qu’à des latitudes diverses, avec des hauteurs différentes, le sol de l’Algérie doit avoir plus d’un genre de température. Quoique l’air soit plus vif dans les montagnes, le soleil y darde souvent ses rayons avec plus d’intensité que dans la plaine. Sous l’action du soleil il fait plus chaud sur les versants de l’.Allas qu’à Alger sur le hord de la mer; mais lorsque le soleil se retire ou devient moins hrùlant, la région des montagnes et des hauts plateaux redevient froide, et parfois est sujette à de rigoureux frimas. Aussi les orangers qui poussent en pleine terre, dans le voisinage de la côte, ne réussissent plus sur les premières hauteurs de l’Atlas; dans la région des plateaux, les oliviers eux-mêmes sont exposés aux gelées ; on n’y trouve que les plantes et les essences d’arbres des régions du Nord. La température est bien différente dans le Sahara. Au mois de janxier, le thermomètre se soutient à 20 degrés centigrades ; les orges sont déjà en épis : dès le mois de mars, l’on fait la récolte.
Il est difficile de se faire une idée exacte de la température de r.Algérie en se contentant des observations faites à Alger. Les savants voyageurs qui y ont passé comparent son climat à ceux de l’Andalousie, du Pérou, des pays de la Plala et du sud du Brésil; à ceux de l’Union américaine et même à celui des îles de Madère, conseillé aux santés délicates. La température subit à Alger plus de variations que dans ces dernières îles, mais elle est plus uniforme que dans les régions de l’Amérique que nous venons de citer. Dans l’intérieur du Tell, ces variations sont, au contraire, peut-être plus grandes que partout ailleurs. On a vu , en été, le thermomètre s’élever, au soleil, jusqu’à 62 degrés centigrades, et descendre, en hiver, à 3 degrés au-desSous de zéro. Il n’est pas rare, à Teniet-cl-Had, de voir tomber la iieifie au mois de mai. Elle recouvre souvent, au mois de janvier, de près d’un mètre les hauteurs de Mcdéah; elle s’arrête aux dernières pentes de l’Atlas et n’arrive que rarement à Blidah ; néanmoins, dans celte dernière ville et même dans la Mitidja, on voit quelquefois se former des glaçons de quelques centimètres. Jamais pareil phénomène ne se produit à Alger, où il fait cependant moins chaud en été. La moyenne de la température sur la côte d’Afrique ne dépasse guère que de deux à trois degrés celle de la Provence. Voici, au surplus, le résultat des observations qui ont été faites au milieu de la Journée dans les différentes saisons d’une même année.
HIVER.
l’RmTEMPS.
ÉTÉ.
AUTOMNE.
Alger
17»,82
19%31
23°,40
Oran
23«,18
17% 13
Constantine .
10»,20
12% 10
26», 50
19», 70
Teniet-cl-Had.
7“,98
26»,70
14»,33
Ainsi, la moyenne de la température d’Alger, en hiver, dépasse quelquefois celle de Paris en été ; on a constaté, dans cette dernière ville, au mois de juillet 1853, une movennede 16% 80
Toutefois, il y a une circonstance générale à toute l’.\lgérie, qui tend singulièrement à modérer la chîileur en été et à l’augmenter l’hiver; c’est qu’à la latitude où elle se trouve, les nuits tendent à s’égaliser aux jours. Tandis qu’à Paris, au mois de juin, le jour commence à trois heures du matin pour ne finir qu’à neuf heures du soir ; à -•Mgcr, à la même époque, le jour n’arrive guère qu’à cinq heures du matin, et, dès sept heures du soir, il fait nuit. Dans le nord de la France, les nuits d’été ont à peine le temps de rafraîchir le sol, et les jours d’hiver celui de le réchauffer : plus on s’enfonce dans
' D'après M. de Hnmboldt, la température moyenne de Paris, pendant les mois d'été, est de 18“ ,10, et pendant toute l'uimée de 10",80.
CHAPITRE I.
l’Algérie, plus l’égalité des jours et des nuits tend à diminuer la rigueur des saisons.
Si parfois, en Algérie, le sol est remué par des bouleversements intérieurs, le firmament, en revanche, reçoit très-peu de commotions. Les grands orages, qui souvent ravagent nos plaines de France, y sont rares. Le baromètre n’y éprouve pas d’aussi grands changements ; il ne descend guère au-dessous de 760 millimètres ; la colonne mercurielle est souvent très-élevée aux mois de janvier et de février, et les oscillations sont très-faibles dans les mois d’été. Néanmoins, dans ces mois, l’atmosphère n’est pas exempte de vicissitudes qui modifient brusquement la température.
Les vents les plus fréquents de l’Algérie sont ceux de l’Ouest et ceux du Nord : ceux-là sont loin de lui être préjudiciables; ils viennent de l’Océan ou de la Méditerranée, et répandent plus ou moins de fraîcheur. Il n’en est pas de même du vend du Sud, du sirocco, le simoun des Arabes. Ce vent ne souffle qu’une dizaine de fois dans l’année, mais il dure quelquefois deux ou trois jours. Son influence se fait sentir au loin ; à Rome même, en été, elle est redoutée. Ln Italie, cependant, le sirocco a déjà traversé la mer. En Algérie, il arrive sans intermédiaire des chaudes régions du Sahara, chargé de tous les sables du désert ; car son impétuosité est telle, qu’il entraîne tout avec lui. Les palmiers des oasis ne sont sauvés que parce qu’ils plient sous ses efforts ; mais il brise les arbres éparpillés du Tell, et, à plus forte raison, les faibles plantes qui ne peuvent opposer de résistance. Lorsque le sirocco souffle, toute la végétation est brûlée en quelques heures, toutes les jeunes feuilles se dessèchent absolument comme si la gelée avait passé dessus : tout ce qui respire est presque asphyxié. Ce vent, dès son début, occasionne sur fout organisme un malaise général ; il irrite les nerfs, il épuise les forces, il obscurcit la vue. La nuit elle-même n’apporte pas de soulagement : la température, qui s’est élevée subitement
LES RESSOmCES DU SOL. 9
de plusieurs degrés pendant le jour, se soutient telle après le coucher du soleil. .\près le sirocco, on a toujours des ravages à compter : la grêle, dans le Nord, n’en occasionne pas souvent de plus grands. Le sirocco est donc, pour r.\lgérie, un véritable fléau contre lequel la civilisation ne pourra jamais inventer que des compagnies d’assurance.
Avec les sécheresses au.xquelles re.\posent le soleil et les vents, r.\lgérie, surtout en été, devrait être complètement dépounue de l’humidité si nécessaire à la végétation. Il n’en est pas ainsi. Peu de pays ont des eaux plus abondantes que l’Algérie. Sous ce rapport, la nature y a déposé des trésors qu’elle sait elle-même parfaitement utiliser, et où la main de l’homme peut toujours puiser. Nous avons vu que toute la région si desséchée extérieurement du Sahara algérien renferme, à une profondeur peu considérable, une espèce de mer intérieure dont les eaux jaillissent sur le sol dès qu’une issue leur est donnée. Cette région reçoit aussi toutes les eaux du versant méridional de la grande chaîne de l’Atlas. Ainsi le Ziban, sur la limite du Sahara, est traversé d’un bout à l’autre de l’Ouest àl’Est par l’Oued-el-Djedi (rivière du Chevreau). Ce cours d’eau, après un parcours de plus de cent lieues en ligne droite, va se perdre dans le lac Melghigh.il est vrai qu’au mibeu du Sahara les rivières sont bientôt absorbées dans les sables ; néanmoins, elles suivent certains courants, et, l’été, il suffit de gratter leur lit à sec pour que l’eau apparaisse et s’échappe en sources abondantes.
C’est ainsi que se sont formées toutes les oasis du Sahara ; nous pourrons les développer et les multiplier à l’infini aussitôt que, la terre nous manquant, nous voudrons, par notre industrie, conquérir de nouveaux champs. Mais maintenant ne nous occupons que du Tell, où notre colonie est installée.
De toutes les cimes de l’Atlas, recouvertes de neige une partie de l’année, s’échappent des sources. Elles descendent rapidement à travers des ravins, à travers des gorges étroites.
CHAPITOE I.
jusqu’à ce qu’elles arrivent à des vallées et quelquefois à des plaines. Entre les deux chaînes principales de l’.\tlas, les eaux n’ont pas d’issues ; elles forment alors de grands lacs salés qui s’étendent sur toute cette région des hauts plateaux. On y remarque entre autres, dans la province d’Oran, le lac qui borde le désert d’Angadc, et dans celle de Constantine, celui qui commence à Msilah et se prolonge presque jusqu’à Biskara.
En deçà des hauts plateaux, toutes les eaux des pentes de l’Atlas s’écoulent vers le Aord ; une portion est encore arrêtée par les massifs du Sahel, et forme aussi des lacs. Dans la province d’Alger, dans la partie basse de la plaine de la Mitidja, au pied du Tombeau de la Chrétienne, on rencontre le lac Halloula; près de Bône, il y a le lac Fetzara, de 5 à 6 Tieues d’étendue ; près d’Oran, on trouve aussi plusieurs petits lacs, entre autres celui de Sebgha, entre Misserghin et Arbal. Plusieurs de ces lacs sont très-poissonneux, et couverts de cygnes, de bécassines et de beaucoup d’antres oiseaux aquatiques recherchés par les chasseurs. Mais la plus grande portion des eaux du versant septentrional de l’Atlas a un écoulement facile dans les nombreuses rivières qui débouchent dans la mer. Ces rivières, quelles que soient leurs sinuosités, ayant un cours restreint et une pente assez rapide, sont très-peu profondes, et presque toutes sont guéahles, sauf au moment de la fonte des neiges où elles deviennent torrentielles / pendant quelques semaines. Leur volume d’eau diminue un
peu en été, mais tarit rarement, et, au sortir des montagnes, peut irriguer de vastes étendues de terre. Les rivières de l’Algérie, comme autrefois beaucoup de rues de Paris, changent très-souvent de nom, soit à leur conûuent, soit à leur simple passage dans tel ou tel territoire. On distingue dans la province d’Alger : l’/iarracA et la Chiffaou Mazafran, qui arrosent la Mitidja ; r/.sser et le Sébaon, qui travci'sent les moiiLagnes de la Kahylie, dont elles forment les principaux bassins. Il y a dans la province de Constantine : VOufd-
LES RESSOl'RCES DU SOL. Il
Sahel ou Summam, près de Bougie, qui s’échappe également des montagnes de la Kabylie;lc /?nmme/, qui passe au pied de Constantine; le Saf-Saf, qui a son embouchure près de Philippeville; la Seybouse, qui, après avoir parcouru la vallée de Guelma, va déboucher au golfe de Bône. On trouve dans la province d’Oran un autre hser, qui, au confluent de la Mouïla, s’appelle la Tafna; la Mekera, qui, au sortir des gorges de l’Atlas, s’appelle le Sig, pour 'ensuite se confondre avec l'Oued-el-Hammam, ou Habra, sous le nom de Macta; enfin le Chélif, dont nous avons déjà parlé, le fleuve Azar des Romains, qui traverse aussi la province d’Alger. Cette dernière rivière est la plus grande de l’Algérie ; c’est la seule qui s’échappe du massif intérieur. .\u Sud, près du Djebel- Amour, où elle prend sa source, elle porte le nom d’Oued- Sebgha, puis celui d'Oued-Taguin, jusqu’à ce qu’elle sorte des hauts plateaux pour incliner vers l’Ouest. Elle reçoit de nombreux affluents, dont le dernier et le principal est la Mina.
Ainsi, l’Algérie est sillonnée par des cours d’eau ; elle renferme un grand nombre de lacs; elle est, de plus, bordée dans sa longueur par la .Méditerranée, et n’eSt pas très-éloignée de l’Océan. Loisque les rayons du soleil frappent sur toutes ces masses liquides, ils opèrent une évaporation d’autant plus grande, que leur action est plus brûlante ; l’air humide qui en résulte, poussé par les vents du Nord et de l’Ouest, se répand sur la surface du sol, permet la formation des nuages et de la pluie. Elle arrive presque toujours après que le sirocco a soufflé, car alors il s’opère une réaction dans l’atmosphère ; l’air s’étant raréfié attire les nuages. Mais en été l’action du soleil est si forte, qu’ils ont à peine le temps de descendre ; ils mouillent un peu le sol pendant la nuit ; ils l’imprègnent à peine d’humidité pendant le jour. Aussi en Algérie les pluies ne correspondent pas exactement à la pesanteur de l’air, et les descentes du thermomètre en été en sont souvent des indices plus certains que l’âbaissement du
CHAPITRE I.
baromètre. Toujours est-il qu’en Algérie les pluies assez fréquentes en hiver ne font jwint complètement défaut en été ; jamais, par exemple, on n’y a, comme en Provence, quatre à cinq mois de sécheresse consécutive. Voici, au surplus, les observations pluviométriques qui ont été faites à Alger par M. Don, ingénieur des ponts et chaussées :
IHoycBBe pendant une période de neuf années, de 1838 * t84«.
des Joun de des nuits plu- quantité de inilllm.
pluie.
Tieuscs,
d’eau tombée.
Janvier . .
8,89
7,66
130,188 1
Février . .
6,66
6,89
343,258
Mars. . . .
6,44
4,78
76,038 1
AvtU. . . .
5,66
4,78
83,394 )
4,55
3,11
137,131
Juin ....
1,78
» 66
6,027 1
Juillet . . .
» 12
Août. . . .
1,55
» 33
43,988
Septembre.
3 v
2,66
36,544 1
Octobre . .
4,78
3,66
Novembre .
4,55
5,33
374,239
Décembre .
8,22
9 P
175,445 1
Totaux. .
56,20
48,86
898,616
Des observations semblables ont été faites à .\lger de 1853 à 1854 par M. Jouve Du val, inspecteur de l’Académie. Elles ont constaté 829 millimètres d’eau tombée dans l’année, chiffre qui se rapproche de la moyenne précédente ; mais ces memes observations ont signalé pour 189 jours sereins 36 jours couverts et 120 jours pluvieux, sinon en entier, du moins en partie. C’est beaucoup plus que dans aucune des années précédentes.
A Oran,des observations de ce genre ont été faites pendant une période de onze ans, de 1841 à 1852. Elles ont donné par an une moyenne de 53 jours de pluie, dont 17 pour l’hiver et 3 pour l’été, et une moyenne de 435 millimètres d’eau tombée, dont 200 pour l’hiver et 9 pour l’été.
A Constanline, en 1838, il est tombé 1 mètre 208 millimètres d’eau dans cette proportion :
En hiver, 39,3 p. °/o i
Au printemps, 29,8 p. °/o ;
En été, 11p. 7o ;
Et en automne, 25,3 p.
Cette même année, à Paris, il était tombé 530 millimètres d’eau ;
En hiver, 23,4 p. °/o ;
Et en automne, 33,5 p. 7o-
Ainsi, il tombe pendant l’hiver et le printemps, proportionnellement, un tiers plus d’eau à Constantine qu’à Paris, et un tiers moins pendant l’été; mais comme la quantité d’eau tombée à Paris est moitié moindre, il en résulte qu’il n’y tombe pas plus d’eau en été qu’à Constantine; seulement, la répartition se fait mieux à Paris, où l’on compte 134 jours pluvieux par an.
En Algérie, les pluies d’été sont généralement faibles; au milieu de l’atmosphère embrasée, les orages ne se manifestent guère que par des éclaire : mais à l’entrée de l’hiver et jusqu’au printemps, on y est exposé à des ouragans terribles ; en quelques heures la température baisse de plus de 10 degrés, et des pluies torrentielles tombent pendant plusieurs jours. Au mois de novembre 1841, en moins de deux jours il est tombé 139 millimètres d’eau ; il en est tombé 49 millimètres en une heure et demie. 11 est facile de concevoir tous les dégâts qu’occasionnent de pareils déluges.
L’Algérie n’est donc pas, malgré ses chaleurs, un pays aussi sec que l’on pourrait le croire ; les pluies y sont abondantes ; il est seulement fâcheux que la proportion, comme dans le nord de la France, n’en soit pas plus grande en été
CHAPITRE I.
H
qu’en hiver. Toutefois, on ne peut s’empêcher, même à cet égard, d’admirer l’ordre de la Providence qui répartit <à chaque pays, selon ses besoins, les secours de la nature. Si, pendant l’été, en France, les pluies n’étaient pas plus abondantes, que deviendrait la végétation, puisque dans les autres saisons de l’année la chaleur ne serait plus assez grande pour l’activer? L’Algérie, qui, dès le printemps, jouit d’une température chaude et voit mûrir ses récoltes, a aussi, en temps opportun, des pluies fécondantes. Qui plus est, avec le printemps, tout n’est pas lini pour son sol privilégié : dès le commencement de l’automne il reverdit sous l’influence de nouvelles pluies, et pendant plusieurs mois les rayons du soleil sont encore assez chauds pour lui donner d’autres récoltes. L’Algérie ne peut donc envier à la F'rance les bienfaits de son été, quand elle eu jouit par anticipation, quand elle en jouit deux fois.
Cependant, même en été, la nature vient encore au secours de la végétation sur le sol brûlant de l’Algérie.
Nous avons fait remarquer combien l’ardeur du soleil activait l’évaporation et imprégnait l’atmosphère d’humidité dans . le voisinage des eaux. C’est la cause de l’abondance deÿ pluies à certaines époques de l’année, et particulièrement dans les pays élevés, où le refroidissement de l’air attire et | condense les nuages. En été, la masse de l’atmosphère reste toujours chaude ; mais au moment où le soleil se couche, il , s’opère à la surface de la terre un refroidissement relatif d’autant plus subit et plus sensible qu’elle est plus découverte, qu’elle a davantage pendant le jour absorbé de calorique. La condensiition qui s’opère alors de toutes les parties aqueuses , de l’atmosphère produit une épaisse rosée ; elle atteint son maximum entre deux et quatre heures du matin, et au soleil levant on trouve les plantes mouillées comme s’il avait plu toute la nuit. Ce phénomène s’observe en Algérie, même sur les montagnes ; aussi l’herbe y pousse-t-elle merveilleusement, et l’on s’étonne d’y rencontrer partout des prairies na-
LES RESSOIRCES DL SOL.
IS
turelles, quand en France on n’en trouve que dans les fraîches vallées.
L’été n’en est pas moins , en Algérie , la saison la moins favorisée par la nature, et l’on peut dire qu’elle y est, comme, en France l’hiver, une morte saison. Mais l’industrie humaine peut suppléer à la nature, et encore, à cet égard, l’Algérie présente des avantages. Les cultures artificielles, dans le Nord, entraînent dans de grandes dépenses de serreschaudes ou de couches abritées, quand il faut donner à la terre la chaleur qui lui manque pour fermenter et produire. En Algérie, où le défaut d’humidité seul la rend stérile, il , suffit, pour la féconder, d’amener à sa surface l’eau dentelle a besoin. La pente rapide des rivières de ce pays y rend les irrigations faciles, et les prises d’eau, avant de vivifier l’agriculture, peuvent aussi profiter à l’industrie par les forces motrices que procurent leurs chutes. Mais les irrigations elles-mêmes ont leurs limites : quand arrivent les sécheresses de l’été, les sources et les rivières finissent par s’épuiser, et dans une grande plaine l’eau la mieux aménagée n’arrive plus aux parties inférieures. La Providence semble encore y avoir pourvu, et les plaines du Tell ont des trésors cachés, comme le Sahara. Dans beaucoup de plaines élevées, dépourvues de rivières, on trouve l’eau à un mètre ou deux. Dans d’autres, en partie irrigables, les courants souterrains, très-profonds d’abord , arrivent presque à fleur de terre à certaines distances, là où précisément les eaux superficielles ne pourraient atteindre. Dernièrement même le service des ponts et chaussées a fait exécuter, sur les bords du Mazafran, où l’on voulait construire un pont, trois sondages de huit à neuf mètres de profondeur qui ont donné lieu chacun à une petite source d’eau jaillissante. Près de là, dans le voisinage du lac Halloula, le service des mines a fait exécuter un autre sondage qui a fait reconnaître la possibilité d’obtenir des eaux jaillissantes dans la Mitidja. Quoi qu’il en soit de ces expériences, si, dans le Tell, l’eau cachée sous le sol ne peut jaillir iC
CHAPITRE I.
partout comme dans le Sahara, elle n’en forme pas moins des nappes éparses et intarissables où il est facile de puiser par des moyens artificiels peu coûteux. Avec une noria, le moindre cheval peut alimenter une rigole assez forte pour irriguer d’une manière continue, sans qu’il soit nécessaire de faire des provisions dans de grands réservoirs.
Ainsi, par les pluies bienfaisantes du printemps et de l’automne, deux fois dans l’année la nature féconde les champs de r,\lgérie, et elle ne demande aux hommes que bien peu d’efforts pour les rendre toujours fertiles. Cette fertilité alors n’a même plus de bornes; car avec l’eau, plus la chaleur est grande, plus la végétation devient active, et il est facile de concevoir combien un sol qui naturellement lui est favorable doit donner de merveilleux produits quand l’action combinée de tous les éléments l’entretient dans une continuelle fermentation.
Nous avons examiné la valeur intrinsèque du sol, les heureuses èonditions de fertilité dans lesquelles il se trouve plaeé. Voyons maintenant le parti cpie les Arabes en ont tiré, et ce qu’ils nous ont laissé à la superficie.
Il
LES CHAMPS ET LES TKOCPEAUX ARABES
11 paraît que l’Algérie était autrefois un pays assez boisé, du moins s’il faut en croire le témoignage des auteurs anciens.
« La partie de la Lybic orientale qu’habitent les Nomades, dit Hérodote (c’est-à-dire le royaume de Tripoli) est basse et sablonneuse jusqu’au fleuve Triton ; mais depuis ce fleuve, en allant vers le Couchant, le pays occupé par les laboureurs est très-montagneux, couvert de bois et plein de bêtes sauvages. C’est dans cette partie occidentale de la Lybie que se trouvent les serpents d’une grandeur prodigieuse, les lions, les éléphants, etc. »
« On convient généralement, dit Slrabon , que la Mauritanie, sauf une petite partie déserte, est un pays riche et fertile, bien arrosé de rivières et baigné de lacs. Cette contrée abonde en toutes choses, produit surtout une grande quantité d’arbres d’une dimension extraordinaire. Aussi fournitelle aux Romains ces larges tables d’une seule pièce dont les veines présentent des accidents si variés. »
Un auteur arabe faisant la peinture de l’Afrique au moment de la conquête musulmane, dit, d’après plusieurs écrivains : « L’Afrique s’étend de Tanger à Tripoli : tout ce vaste espace n’est qu’une ombre continue. »
A ces tableaux il est difficile de reconnaître l’Algérie d’aujourd’hui, non pas qu’en certaines contrées elle ne possède encore de très-belles forêts dont nous parlerons tout à l’heure; mais il ne serait plus vrai de dire, en thèse générale, à propos de toutes les choses dont le pays abonde , qu’il produit surtout des arbres, et encore moins que leur ombre est continue. Ce qui manque , au contraire , en Algérie , dans les contrées les plus fertiles que nous cherchons à coloniser, ce sont les arbres. On voyage quelquefois des journées entières sans en rencontrer un seul ; soit qu’on traverse des plaines basses, soit qu’on suive des plateaux élevés, il faut une circonstance surnaturelle pour en trouver ; ici c’est un bois sacré; là c’est le tombeau d’un marabout. Ces arbres séculaires, çà et là dispersés, ne semblent plus que des stations laissées par la Providence pour guider et abriter les voyageurs. A eux seuls ils n’en sont pas moins la preuve certaine que partout, sur le sol algérien, les arbres peuvent prospérer; et il est permis de croire que du temps des Romains il y en avait partout, aussi bien dans les plaines de l’intérieur que sur le territoire des villes de la côte , aussi bien dans les pays envahis
CIUPITRE I.
par les Arabes que dans ceux où se sont réfugies les Kabyles.
Les Arabes ont donc dégarni le sol. Effectivement, ils n’ont pas besoin de bois de construction ; ils habitent des tentes, ils font camper autour d’eux leurs troupeaux en plein air. Les forêts ne sont à leurs yeux que des repaires de bêtes féroces. Ils y mettent impitoyablement le feu ; ils ramassent ensuite, pour leur usage, le charbon ou le bois mort que leur laisse l’incendie. Les racines ne sont pas détruites; il en pousse des rejetons que viennent ronger, pendant l’été, leurs chèvres et leurs moulons, quand l’herbe commence à manquer dans la plaine. Si, au bout de quelques années, malgré la dent des bêtes, la végétation prend le dessus et que le bois soit trop touffu , un nouvel incendie éclaircit le terrain. C’est ainsi que la plupart des forcis qui, du temps des Romains sans doute couvraient l’Algérie, ont disparu, et qu’à la place des arbres de haute futaie nous ne voyons plus que des broussailles. Toutefois, cette métamorphose ne s’est opérée qu’à la longue. Il paraît même que le Sahel d’Alger, à une époque assez récente avait encore de beaux débris, puisque l’hisloire raconte qu’en 1789 le dey alors régnant le fit dépouiller de tous ses gros arbres pour faire construire de nouveaux navires, 40 canonnières et 10 bombardières. Dans cette circonstance, l’exploitation se fit peut-être avec plus de précautions que d’ordinaire ; mais le résultat fut le même, grâce aux troupeaux arabes; et en 1830, lors de notre débarquement, le Sahel d’Alger ne nous a plus offert qu’une c’onche épaisse de broussailles et de palmiers nains.
Toutefois, l’incurie arabe n’a pas eu pour le sol africain des conséquenct's aussi désastreuses que le déboisement de nos forêts en France, où la hache est venue couj)er jusqu’aux racines, et où la charrue ensuite n’a fait que détacher la couche végétale qui restait sur toutes les pentes. Les broussailles laissées par les Arabes ont au contraire parfaitement maintenu toutes les terres des montagnes et des coteaux de l’Algérie. Ils n’ont généralement labouré que les parties les plus plates des clairières formées par leurs incendies, et comme du reste leur paresse leur fait respecter partout les moindres touffes d’arbrisseaux , partout le sol a plus ou moins pu conserver son bumus.
Il n’y a pas que les montagnes qui soient couvertes de broussailles ; la graine s’en est sans doute beaucoup répandue dans la plaine, et en bien des endroits où il n’y a probablement jamais eu de forêts, ces broussailles ont successivement envahi une grande portion du territoire africain. Les plus beaux champs de la plaine en sont quelquefois couverts ; les jujubiers, les arbousiers, les myrtes, les cistes se les disputent de toutes parts. Néanmoins, ce sont les palmiers nains qui régnent le plus ordinairement dans les bonnes terres ; leurs racines en forme de carottes s’y enfoncent à près d’un mètre de profondeur, et quand leur tige est coupée elles germent comme des pommes de terre. Aussi les incendies, qui compromettent la végétation d’alentour, ne font que dégager les touffes de palmier-nain et leur donner un plus libre essor.
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