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ESSAI' •
SUR LES MALADIES
ET
Chapitre Premier. Article Premier
De la Péricardite en général.
J'appelle péricardite, avec tous les praticiens, l'inflammation de la totalité ou d'une partie de la membrane'séreuse qui revêt immédiatement le cœur, qui lui est adhérente dans tous les points , et qui lui fournit en outre son enveloppe libre.
Cette affection ne paraît pas reconnaître d'autres causes que celles qui donnent naissance à l'inflammation dans les membranes analogues ; telles sont une constitution sanguine , la suppression d'une hémorragie nasale , d'un flux hémorroïdal , de l'évacuation menstruelle , de la transpiration par l'impression subite d'un vent froid , le corps étant fortement échauffé , les exercices immodérés du corps , et son refroidissement subit ou lent, partiel ou total, les excès vénériens, l'inflammation des parties voisines , l'usage des boissons à la glace en été , des liqueurs spiritueuses en tout temps ; et en général les erreurs ou les excès dans le régime , l'abus des alimens fortement épicés, la métastase d'une humeur rhumatique , goutteuse , psorique , etc., les travaux forcés de l'esprit, les veilles prolongées, etc.'Outre ces causes générales, l'action des corps contondans sur la région précordiale semble en être souvent la cause déterminante; c'est ce que je suis en droit d'avancer
EX GÉNÉRAL. 5
cPaprès mes propres observations, et celles que quelques auteurs ont consignées dans leurs écrits. Enfin cette maladie, comme tant d'autres, se manifeste quelquefois, sans qu'il soit possible de lui assigner aucune des causes occasionnelles ci-dessus , ni aucune autre connue. 9 #
La péricardite , considérée dans la somme des cas observés, offre des variétés qu'il est nécessaire de connaître pour avoir une idée exacte et précise de cette maladie dans tous ses modes possibles. Dans certains cas elle présente beaucoup de violence dans son apparition , de rapidité dans son cours , de promptitude dans sa terminaison ; très-rarement alors l'inflammation suit sa marche ordinaire , en parcourant successivement toutes ses différentes périodes. Elle est trop vive ; elle tue dans Vaugmentum de la maladie , au milieu du tumulte des symptômes violens et multipliés qui l'accompagnent et qui seront décrits plus bas.
Quelquefois la maladie est véritablement chronique ; son invasion alors est insensible et cachée , sa marche insidieuse et obscure , sa terminaison très-lente. Ces différens cas présentent moins sans doute de véritables variétés que des degrés successifs et plus lents de la même maladie.
Les complications multipliées et plus ou moins graves , qui interviennent dans la péricardite aigué , cojnme dans la chronique , viennent aussi trop souvent ajouter à la difficulté du diagnostic dans ces maladies, et ce n'est que par l'attention la plus scrupuleuse et la plus subtile sagacité , pour ainsi dire, que l'on parvient à démêler dans la masse des
() DL LA P1ÎRICARDITE
symptômes ceux qui font reconnaître l'affection propre et première du péricarde.
§• Ier- # JDe la Péricardite aiguë.
L'inflammation très-aiguë du péricarde, moins obscure en général que la péricardite chronique, présente souvent néanmoins de grandes difficultés aux recherches du médecin. La pleuropneumonie la complique presque toujours , et il serait fréquemment bien difficile de dire laquelle affection a commencé la maladie , ou si l'invasion des deux a été simultanée. Son invasion brusque , sa marche rapide , sa terminaison presque subite, laissent à peine le temps nécessaire pour en fixer le caractère et en déterminer le siège. Presque toujours compliquée de l'affection semblable du poumon , de la plèvre , du médias tin , du diaphragme, et même quelquefois de l'estomac, le diagnostic en est d'autant plus incertain , qu'il existe alors une complication de symptômes, une multiplicité de phénomènes à travers lesquels il est extrêmement difficile de reconnaître quelle est la maladie principale. On y trouve en effet réunis la plupart des signes de la pleurésie, de la péripneumonie, de la paraphrénésie , et quelquefois ceux de l'inflammation de l'estomac ; et souvent l'intensité plus grande, en réalité ou en apparence, de tel symptôme, masque tel autre phénomène qui serait propre à déceler le véritable siège de la maladie dont nous parlons.
Je n'ai point d'observation propre d'une péricar-
AIGUË. 7
dite aiguë sans complication. J'ai bien quelque souvenir d'en avoir vu deux ou trois , mais l'ensemble des faits nécessaires pour en former une observation utile me manque. Je n'en citerai donc qu'avec plus ou moins de complications.
(Obs. i.) Un homme de 43 ans ,*d'une#forte constitution , ressentit subitement, le 10 avril 1800, sans causes connues et sans signes précurseurs, de la gène dans la respiration, une douleur aiguë dans la région inférieure et gauche de la poitrine , détendant vers lepigastre et dans l'hypocondre droit, avec de la toux pénible, sèche et douloureuse ; les crachats étaient peu abondans , et point sanguinolens. Un violent frisson survint dans la première nuit.
Admis le 12 dans la salle de clinique , cet homme n'éprouvait point de céphalalgie ; la tête était présente , la figure grippée , les joues , le nez et les lèvres d'un rouge très-intense , le pourtour des orbites jaunâtre ; les muscles de la face agités par de légers mouvemens convulsifs ; la langue humide ; le pouls petit, serré, fréquent, un peu roide, d'ailleurs régulier ; la respiration gênée , haute, fréquente, entrecoupée ; la toux sèche, et douloureuse ; l'expectoration peu abondante et grisâtre ; la région du cœur extrêmement douloureuse ; il avait quelques palpitations vagues ; le ventre était resserré , les urines nulles depuis l'invasion de la maladie.
De.ux saignées du bras pratiquées le même jour , des adoucissans , des caïmans , de doux évacuans , soulagèrent peu le malade. Le point douloureux changea de place , et un vésicatoire le fit disparaître
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tout-à-fait. Malgré ce mieux momentané et local, l'état du malade devenant à chaque instant plus fâcheux, il passa la nuit du 25 au 34 dans l'agitation et le délire , et mourut le 24 au matin, cinquième jour de sa maladie.
A l'ouverture du cadavre , je trouvai de l'eau trouble et fltfconeuse dans la cavité gauche de la poitrine. La plèvre , sur le lobe inférieur du poumon gauche , sur la face supérieure du diaphragme, était , ainsi que le tiers inférieur de la face externe du péricarde, enflammée et recouverte d'une couche pseudo-membraneuse. La substance du lobe inférieur du poumon gauche était dure et engoi'gée ; la cavité du péricarde remplie d'un liquide séro-purulent un peu rougeâtre; la face interne de cette membrane enduite d'une exsudation lymphatique jaune et trèsépaisse; la surface du cœur rugueuse et inégale dans sa membrane séreuse seulement , car la substance musculaire ne parut pas intéressée.
Les phénomènes divers de la maladie prouvent t assez que, lors de son invasion , l'inflammation, dont le foyer était le péricarde, avait en même temps attaqué la plèvre diaphragmatique , costale , et une petite portion du lobe inférieur du poumon gauche. Aussi voit-on quelques phénomènes de la paraphrénésie étouffer, pour ainsi dire, les signes de la péricardite , et réciproquement les phénomènes de la péricardite obscurcir les signes de la paraphrénésie. D'un côté, on ne voit point ces syncopes fréquentes , cette douleur brûlante dans la région du coeur , cette vacillation irrégulière du pouls , qui caractérisent principalement la péricardite aiguë ; de l'autre , on
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n'aperçoit pas ce rire sarcle-nique , ce délire furieux et continu , ces convulsions qui , d'après presque tousles auteurs (mais que je ne regarde point comme appartenant exclusivement à cette affection ) , désignent plus particulièrement la paraphrénésie. Je dois dire ici, en passant, que je regardg les symptômes attribués à la paraphrénésie non seulement comme équivoques en grande partie , mais même comme faux pour la plupart. Ici tout est obscur, tout est confondu , et la difficulté de reconnaître le siège positif de la maladie en est d'autant plus grande. Cependant l'analyse attentive de chaque symptôme ne permet point de méconnaître une péricardite compliquée.
Dans cette observation , la péricardite était compliquée de paraphrénésie et de pleuro-péripneumonie ; mais l'observation générale prouve que la pleuro-péripneumonie en est la complication la plus fréquente.
J'ai eu , en 180G, l'occasion de voir deux de ces péricardites encore plus compliquées, dont je crois pouvoir placer ici l'histoire abrégée :
(Obs. 2.) Dans le courant de février ou mars je fus appelé en consultation chez une jeune dame de a5 ans, créole de la Martinique, venue en France pour la première fois à la fin de l'été précédent. Elle accoucha à Paris en septembre de*rson cinquième enfant.. Elle voulut nourrir , y renonça , et en général, comme l'on dit, gouverna mal son lait.
Elle était au sixième jour de sa maladie quand je la vis : sa marche avait été obscure et insidieuse , et
IO DE LA PER1CARDITE
les symptômes apparens ne répondaient pas à la gravité du mal. La chose la plus remarquable fut la certitude qu'elle eut dès l'invasion de la maladie , et qu'elle conserva avec une opiniâtreté inébranlable jusqu'à la fin , d'en mourir. (Il faut noter que cette frayeur dal^it de son départ de la Martinique, et qu'elle ne l'avait jamais quittée ; qu'elle avait affirmé qu'elle mourrait en couches, etc. )
Le matin où je la vis , cette certitude de mourir était à son comble , et avec trop de raison , car elle était presque agonisante : elle mourut dans la soirée ayant presque toute satête; la face était hippocratique, la poitrine rendait peu de son à droite et en arrière.
Dans sa maladie , elle se plaignit quelquefois de la région du cœur , qu'elle montrait avec ses mains , et où elle croyait sentir une grosse tumeur saillante. ( On ne voyait rien. ) Elle souffrit aussi vers l'hypocondre droit et le gauche successivement; la jacliiation était extrême , le pouls irrégulier et misérable : elle mourut en six jours, sans signes bien distincts de flegmasie , dans tout le cours de la maladie.
La saignée, les sangsues, Fémétique , les vésicatoires aux jambes , les synapismes aux pieds , les vésicatoires sur les côtés douloureux , des adoucissans , des délayans , les cordiaux à la fin ? rien ne sembla arrêter un seul instant la marche de la maladie.
Avec beaucoup d'attention sur l'étendue de la douleur, son expansion, et sur l'ensemble des symptômes , je crois que l'on pouvait en établir positivement le diagnostic. La rapidité même de sa marche servait encore à la facilité de la reconnaître.
A l'ouverture , on trouva des signes de pleuro-
AIGUË. Il
pneumonie , sur- tout à droite, et le péricarde, dans sa portion libre et dans celle adhérente au cœur, enflammé; l'exsudation séro-purulente, et la couenne analogue sur toute, sa surfa.ce existaient également.
(Or,s. 5.) M. de *** âgé d'environ 66,ans, créole de la Martinique , d'un tempérament sec et épuisé , officier de marine dans sa jeunesse, et livré à cet âge aux excès vénériens , était, depuis long-temps, sujet à de forts accès de goutte qui revenaient fréquemment et devenaient de plus en plus longs. Le dernier qu'il éprouva en 1 8o4 à la Martinique lui avait duré trois mois.
Ce malade vint à Paris dans le courant de i8o5. ( Il y avait long-temps qu'il n'avait pas quitté la colonie ). 11 éprouva dans l'hiver de cette dernière année une goutte irrégulière, tantôt à la poitrine , tantôt à la tête et à l'estomac , mais sur-tout aux extrémités , et particulièrement aux pieds et aux genoux. Il fut retenu presque toujours au lit pendant plus de deux mois. La convalescence s'établit difficilement et ne parut jamais complète ; jamais les forces , habituellement peu considérables , ne revinrent à ce faible degré.
Le malade sortit un dimanche , alla à la cour où il resta plusieurs heures debout : il en fut un peu fatigué. Dans les premiers jours de la semaine il fut»attaqué d'une espèce de fièvre anomale , accompagnée d'une grande prostration; la tête se prit un. peu , et il se manifesta une douleur vers l'hy pocondrc droit, fort sensible au toucher; la respiration était assez bonne , point de toux.
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Quand je vis ce malade , deux jours avant sa mort, sa figure était singulièrement décomposée ; la tête assez peu présente, quoiqu'il reconnût bien. La douleur vers riivpocondre subsistait , il grimaçait lorsqu'on touchait cette région.
Le pou|$ était sans consistance , peu irrégulier. Un des symptômes les plus remarquables était cette agitation extrême du malade qui ne permet point à ceux qui l'éprouvent de rester un seul instant dans la même position , qu'il serait long de bien décrire, et qu'exprime bien le mot jactitatio ; sans cesse il se mettait sur son séant et se recouchait aussitôt pour se relever à l'instant. Il survint, vers le dernier jour, une paralysie incomplète du bras gauche.
Enfin la tête se prit de plus en plus , la respiration devint suspirieuse et entrecoupée, le pouls vacillant et irrégulier, et le malade succomba, après une agonie de quelques heures , malgré l'application des vésicatoires aux jambes , au côté douloureux , des synapismes aux pieds , et l'usage intérieur des adoucissans et des cordiaux que l'on crut appropriés.
Je n'hésitai point à regarder cette maladie comme une métastase goutteuse éparpillée sur le cerveau, sur la poitrine et sur le cœur, et mortelle dans un sujet épuisé.
Je pensai bien , à l'ouverture à laquelle j'assistai , que l'on trouverait de l'infiltration et de l'épanchement à l'hémisphère droit du cerveau ; l'état de la tête et la paralysie du bras gauche l'indiquaient assez : effectivement les circonvolutions de cet hémisphère étaient aplaties , l'infiltration était considérable entre
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l'arachnoïde et la pie-mère , et il y avait une sérosité abondante dans le ventricule droit.
Le poumon droit était dans un état de péripneumonie marquée vers son lobe inférieur, qui était un peu dur, engorgé et rouge, et recouvert, ainsi que la plèvre adjacente , de la pseudo-membrane ordinaire ; il y avait un épanchement floconneux et séro-purulent dans la cavité de ce côté. C'était cet état, sans aucun doute, qui avait occasionné la douleur à l'hypocondre droit pendant la maladie.
Le péricarde ouvert, on y trouva une assez grande quantité du même liquide , des mêmes flocons ; et toute sa surface, tant libre que sur le cœur, était recouverte du même enduit.
C'est à cette affection particulière que je rapporte l'anxiété extrême, jactitatio, perpétuelle, la respiration suspirieuse et entrecoupée , etc. , des derniers jours de la maladie.
Voilà donc une péricardite assez aiguë , mais compliquée de pneumonie et d'un état particulier du cerveau.
L'âge du malade , son long épuisement , son habitude cacochyme, son teint blême, la longue maladie goutteuse asthénique, enfin tous les caractères d'absence d'énergie vitale , soit générale , soit particulière, ne permettent peut-être point rigoureusement de ranger cette maladie dans la classe des inflammations actives. Je pense d'ailleurs que rien ne pouvait triompher de cette maladie.
Et poux convaincre ceux qui pourraient en douter lA DE LA PERICARDITE
du degré de débilité vitale chez ce malade , de l'af fais sèment du système sensible , etc. , il suffit d'ajouter que Ton trouva , sans le chercher , un liquide purulent assez considérable dans l'articulation du genou droit , quoique le malade ne se plaignît plus depuis long-tempS de cette partie , qu'il soit sorti , sans boiter, sans s'en plaindre , qu'il se soit tenu plusieurs heures debout , et qu'il n'en ait point parlé durant sa dernière maladie, etc.
Ces deux observations fournissent l'occasion bien simple de remarquer que l'intempérie atmosphérique de nos climats doit exposer beaucoup les créoles aux affections aiguës du poumon, des plèvres, et par conséquent aussi du péricarde.
Il est une modification delà péricardite aiguë, qui présente moins d'obscurité dans son diagnostic , moins de précipitation dans sa marche , qui en diffère sous plusieurs rapports , et s'en rapproche sous beaucoup d'autres.
Je ne crois pas devoir faire ici un article particulier de l'histoire de cette modification. Cependant je hasarderai de la nommer péricardite sub-aiguë , non dans l'intention d'introduire dans le langage médical une dénomination nouvelle, ou plutôt d'en reproduire une que quelques uns en ont trop légèrement exilée,malgré qu'elle ait été ainsi dénommée par des auteurs graves; mais pour éviter la confusion que la distinction de ces deux variétés pourrait faire naître dans l'esprit des lecteurs , si on donnait à ces affections des noms différant autrement que par la nuance de leur signification.
SUB-AIGUÊ. l5
Nous avons décrit la première de ces inflammations s'annonçant par des symptômes effravans , marchant à grands pas , et entraînant en peu de jours le malade vers sa perte ; nous pourrons voir dans l'autre une véritable inflammation se déclarer, parcourir ses différentes périodes, et affecte»» une terminaison ordinaire à cette espèce de maladie , en conservant, il est vrai, plusieurs caractères communs à quelques autres affections aiguës de la poitrine , mais se faisant le plus souvent reconnaître par des phénomènes particuliers, et par des signes qui lui sont propres.
L'invasion de la péricardite , que nous convenons de nommer sub-aiguë , est bien rarement marquée par des symptômes vifs qui puissent faire regarder la maladie comme devant être promptement funeste. Lors de son apparition, elle revêt ordinairement le* formes d'une de ces affections inflammatoires qui , quoique dangereuses , ne sont mortelles que dans le plus petit nombre de cas ; ce n'est même que lorsqu'elle a duré un certain temps , que le praticien peut porter un prognostic assuré , parce qu'alors il a pu rassembler la succession des signes dont la masse et l'ensemble ne laissent plus aucun doute sur le siège du mal et sur sa terminaison.
La pleurésie est la phlegmasie avec laquelle cette péricardite commençante a le plus de traits de ressemblance. Comme dans cette affection , le malade éprouve d'abord un sentiment de chaleur générale dans tout le côté malade de la poitrine ; peu après , cette chaleur se concentre vers la région du cœur ; là se fait sentir une douleur vive et brûlante. La ï6 DE LA PEIUCARDITE
respiration devient promptement haute et gênée, le pouls est fréquent, dur et rarement irrégulier; les deux pommettes, et particulièreinent la gauche, sont colorées d'un rouge vif; tels sont les phénomènes de l'invasion : mais au troisième ou quatrième jou*, l'altération particulière des traits , la ligure grippée, sur laquelle on voit l'expression d'un abattement profond et pourtant d'une sorte d'irritation, une anxiété constante et inexprimable , une agitation continuelle, la respiration haute, pénible, entrecoupée , les palpitations légères , les défaillances incomplètes, d'autant plus éloignées l'une de l'autre, que la marche de la maladie est plus lente; enfin, le pouls petit, fréquent, dur, serré, concentré, souvent irrégulier , ne laissent que peu de doutes sur le siège positif de l'inflammation. Ces derniers caractères du pouls sont presque opposés à ceux que certains auteurs disent avoir reconnus dans le même cas. Cette diversité d'opinions tient sans doute aux différentes époques auxquelles l'observation du pouls aura été faite. En effet, pendant les trois ou quatre premiers jours de l'invasion , le pouls , quoique dur, est assez développé et assez régulier ; mais quand les signes qui caractérisent véritablement la maladie ont paru, alors le pouls devient petit, 'vite, dur, serré, fréquent, concentré et irrégulier ; il conserve cette manière d'être pendant presque tout le cours de l'affection , et ce n'est que lorsque les progrès du mal ont mis le sujet dans un grand état de faiblesse, qu'il devient petit, mou, intermittent, presque insensible , très-irrégulier.
Les symptômes plus graves , qui , vers le troi-
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sième jour, remplacent ceux de l'invasion , ne restent les mêmes que pendant peu de temps , après lequel le visage s'altère davantage , la face prend tous les traits de celle si bien dépeinte par Hippocrate , et que l'usage a si improprement nommée hippocratique ; la douleur cesse en toufrou en*partie ; il y a des frissons fugaces , des défaillances longues et incomplètes , des suffocations , une anxiété insupportable 5 une infiltration générale survient : le malade meurt enfin, le plus souvent à l'improviste , soit en voulant se lever, soit en buvant, soit en changeant de position.
Les chocs ou les coups sont quelquefois aussi , comme je l'ai avancé , cause de la péricardite ; voici l'exemple d'une péricardite sub- aiguë due à cette cause.
(Obs.4») Le 9 janvier 1 799, un homme de 40 ans reçut un coup de poing sur la région du cœur. Le 2 5 du même mois, des symptômes fébriles violens, accompagnés d'oppression et de douleur sous la partie gauche du sternum, se déclarèrent subitement; pendant les trois premiers jours, ces symptômes s'accrurent à tel point, qu'il se détermina, le 5o, à entrer à l'hôpital de clinique interne ; alors les symptômes inflammatoires les plus évidens avaient déjà disparu sans qu'il en résultât un soulagement marqué.; il ne se plaignait plus que d'un léger mal de tête et d'une anxiété qu'il ne pouvait exprimer, et qui ne lui laissait pas de repos ; la peau était sèche et chaude, le pouls petit, fréquent, inégal, irrégulier , intermittent ; les yeux étaient enfoncés dans l8 DE LA PERICARDITK
les orbites , les traits du visage altérés , la joue gau che très-rouge , la bouche assez bonne. Le son , par la percussion , était obscur dans toute l'étendue du côté gauche. La respiration, facile en apparence, était néanmoins , en l'observant bien , petite , fréquente , uû peu entrecoupée ; la toux sèche et sans douleur ; le malade se plaignait pourtant d'un point douloureux qui s'étendait de la partie postérieure du sternum au côté gauche , et à la partie inférieure droite de la poitrine. 11 y avait des faiblesses momentanées qui n'allaient pas jusqu'à la défaillance. Les déjections alvines étaient rares , les urines troubles et sédimenteuses.
Je prescrivis le premier jour une saignée; mais je n'insistai pas sur ce moyen , parce que je reconnus le degré auquel la maladie était déjà parvenue. Dès le 5o janvier on s'aperçut aisément que le mal faisait des progrès rapides ; la figure devenait de plus en plus hippocratique , le malade ne goûtait pas un instant de repos , la respiration était toujours entrecoupée et profondément gênée , le pouls vacillant et à peine sensible , la prostration des forces extrême malgré l'usage des cordiaux. Il resta dans cet état les dix premiers jours qu'il passa dans l'hospice ; le seul phénomène remarquable pendant ce temps , fut la fonte spontanée et presque subite de l'œil droit, par une suppuration qui s'v établit, sans avoir été précédée ni accompagnée d'aucun symptôme inflammatoire. Ces dix jours écoulés $ la maladie parut marcher avec plus de rapidité. Les traits du visage se décomposèrent tout-à-fait ; le pouls devint insensible, la prostration extrême et jusqu'à
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défaillance. Ce malade succomba enfin le dix-neuvième jour de son entrée à l'hôpital, vingt-quatrième de sa maladie.
Je cherchai clans le crâne les causes de la fonte subite de l'œil droit ; mais le cerveau , les couches des nerfs optiques , et ces nerfs eux-mêm^s se trouvèrent dans l'intégrité la plus parfaite.
Le péricarde était énormément dilaté ; sa capacité était telle qu'elle renfermait près de deux pintes de liquide séro- purulent ; sa surface interne était jÀ dans toute son étendue , encroûtée d'une couche épaisse de matière albumineuse , dont la superficie était réticulée , caillebotée , disposition dont on ne peut donner une idée plus exacte qu'en la comparant à la surface interne du bonnet ou second esto- ; mac du veau , sauf la profondeur de ces espèces de mailles , qui , ici , était moindre.
Le cœur n'avait pas changé de volume , mais le feuillet du péricarde qui le recouvre était devenu très-dense et avait plus de deux lignes d'épaisseur. Les fibres charnues n'étaient pas sensiblement altérées. Le poumon gauche , refoulé en haut, était spongieux et crépitant ; celui du côté droit était sain.
La partie du diaphragme unie au péricarde n'était point enflammée.
Cette ouverture présente les résultats d'une péricardite sub-aiguë, comme sa marche et sa durée le prouvent , et la seule sans complication que je puisse citer. L'absence de toute trace de complication dépend , selon moi , de la cause qui était externe et
et qui ne s'est point il arrive par l'effet des circonscrite par conséquent , éparpillée à la ronde , comme
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causes internes, qui appellent de toutes parts sur les alentours du siège principal de la maladie un état pathologique analogue.
Lorsque ce malade se rendit à l'hôpital , l'inflammat^m éta^t déjà en grande partie tombée ; la suppuration et l'épanchement commençaient à se former. Il y a lieu de croire que si les moyens antiphlogistiques avaient été employés dès les premiers instans de l'invasion de la maladie , en modérant la force de l'inflammation , ils auraient pu en arrêter la marche et la conduire à une terminaison heureuse; mais cinq jours s'étaient écoulés ; l'apparition de l'inflammation avait été vive et brusque , et quand le malade se rendit à l'hôpital , le peu de moyens qui restaient à mettre en usage rendait le prognostic très-fâcheux.
La péricardite modérée ne marche pas toujours dans son principe avec une égale vitesse. Son invasion plus douce , l'espèce de lenteur avec laquelle l'inflammation parcourt , dans certains cas , ses périodes, permettent quelquefois, à une époque même assez avancée de la maladie , de tenter avec avantage l'emploi des moyens qui , dans la dernière observation , n'ont pu être mis en usage , parce que , comme il arrive le plus ordinairement dans les hôpitaux , le malade n'était venu réclamer des secours que lorsque le temps le plus favorable pour agir, sur-tout dans les maladies inflammatoires , s'était déjà écoulé.
De ce que, dans cette dernière observation , l'inflammation , après cinq jours de durée, avait déjà par-
SUB AlGUE. 2Ï
couru plusieurs périodes , il ne faut pas en conclure pourtant que cette époque soit le terme au-delà duquel il n'est plus permis d'employer des moyens efficaces pour la résolution ; en voici la preuve :
(Obs. 5. ) Une femme âgée de trent%-trois $ns , après trois jours d'exercice f orcé,ressentit tout à coup du mal de tête , un violent frisson, un point extrêmement douloureux , d'abord circonscrit dans la région du cœur , occupant peu de temps après tout le côté gauche de la poitrine. La fièvre , légère dans le principe , fut bientôt très-violente ; il survint du délire, une toux fréquente et douloureuse sans expectoration , une oppression particulière de la respiration , une anxiété insupportable ; au troisième jour de la maladie , les règles parurent dans leur temps , et coulèrent moins abondamment que dans l'état de santé , mais en assez grande quantité pourtant pour faire disparaître presque complètement les accidens les plus alarmans ; la malade n'avait jusqu'alors opposé aux progrès de la maladie autre chose qu'une boisson aqueuse abondante.
L'évacuation menstruelle qui, dans l'état de santé, durait neuf à dix jours, se supprima cette fois après trois ; la maladie», presque au même instant , reprit son intensité première. Alors il survint des palpitations faibles et fréquentes, des syncopes au moindre mouvement ; cet état fâcheux dura quatre jours ; le dixième de la maladie , les symptômes s'adoucirent un peu , mais aucun ne disparut tout-à-fait. C'est à cette époque que la malade entra à la clinique interne. Le pouls était petit , serré , fréquent , assez
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régulier ; l'habitude du corps n'était pas amaigrie ; le visage était pâle , les joues colorées, les traits tirés, le nez effilé, les yeux battus, la bouche mauvaise , la céphalalgie peu considérable , la respiration haute, fréquente, la toux sèche et continue; parla percussion», la poitrine résonnait mal du côté gauche , qui était généralement douloureux , particulièrement vers la région du cœur, et sur-tout quand on pressait Fépigastre de bas en haut. La malade se couchait de préférence sur le côté gauche ; les défaillances survenaient dès qu'elle s'appuyait à droite, ou qu'elle était sur le point de s'endormir. Elle ne pouvait rester cinq minutes de suite sans changer de position : tous les symptômes s'exaspéraient au milieu de la nuit.
Pendant les deux premiers jours de son entrée à l'hôpital , la malade fut dans un état assez tranquillisant; on se contenta de prescrire des boissons adoucissantes. Le quatrième de son entrée, quatorzième de la maladie , des symptômes inflammatoires assez vifs ayant reparu , douze sangsues furent appliquées sur le côté gauche de la poitrine. L'oppression ne fut que momentanément diminuée , et quelques jours après on fut obligé de recourir à une première saignée qui produisit un mieux sensible ; une seconde saignée , pratiquée le même jour , eut un effet plus satisfaisant encore ; l'état de la maladie devint de jour en jour meilleur ; enfin , la langue étant sale et la bouche mauvaise , un purgatif mit la malade en état de sortir de l'hôpital le trente -troisième jour de sa maladie, vingt -troisième de son entrée,
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Je n'ai pas balancé à regarder cette affection comme une péricardite, que l'on peut appeler sub-aiguë, les signes étant assez nombreux , assez précis pour qu'on puisse ne pas s'y méprendre. Je me suis aussi assuré par la percussion que les autres organes contenus dans la poitrine , à gauche , étaient en même temps affectés. Cette complication était d'ailleurs «indiquée par la douleur générale du côté gauche du thorax. Si l'évacuation menstruelle qui survint au troisième jour de la maladie n'eût opéré un dégorgement sanguin salutaire , la malade , qui ne fut confiée à mes soins qu'au onzième jour , eût été ', lors de son entrée à l'hôpital, dans une période d'inflammation trop avancée , et la maladie aurait suivi la même marche que dans l'observation précédente ; on peut même assurer que sa terminaison aurait été aussi funeste.
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