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Promenades historiques, pittoresques et artistiques en Maurienne, Tarentaise, Savoie-Propre et Chautagne

Achille Raverat · 1872 · Scanned text

148,090 words · about 10 h 22 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Achille Raverat
Language
French
Published
1872
Length
148,090 words · about 10 h 22 min
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Contents (33)

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SAVOI E Ol'VRAGES DTJ MÊME AUTEUR Notice historique sur la vie militaire du baron Itauerat, 1 vol. in-8° de 438 pages, deux gravures sur bois, imprimerie de B. Boursy. Lyon, 1855. — Prix : 5 francs. A travers le Dauphine, voyage pittoresque et artistique, i vol. in-8° de 503 pages, imprimerie de B. Boursy. Lyon, 1861. — Prix : 5 francs. Autour de Lyon, excursions historiques, pittoresques et artistiques dans le Lyonnais, le Beaujolais, le Forez, les Dombes et le Dauphine, 1 vol. in-8» de 798 pages, douze gravures à l'eau-forte, imprimerie de 0. .Taillet. Lyon, 1865. Prix : 10 francs. Les Vallées du Bugey, excursions historique.,-, pittoresques et artistiques dans le Bugeij. la Bresse, la Savoie et le pays de Gex, 2 vol. in-8, de 507 pages, une carte géographique. imprimerie du Salut public, Bellon.

Prix : 15 francs. LE BARON ACHILLE RAVERAT - S Membre *le la Société littéraire, historique et archéologique cfe I.yon, de l' Académie delphinale de Grenoble, et «Je la Société florimontane d'Annecy, etc., etc. S A V 0 I E PROMENADES HISTORIQUES, PITTORESQUES & ARTISTIQUES BN MAURIENNE, TARENTAISE, SAVOIE -PROPRE ET CHAUTAGNE etn delecîando, parìterqii* monendó. L. Y O N s f. TROUVE CHEZ L'AUTEUR gUAI .101 N VILLE, 17 i S 7 ù A A NOS LECTEURS La première page de ce livre contiendra rex pression de notre reconnaissance envers nos amis et même envers nos ennemis. Envers nos amis, dont le concours nous a permis de publier les ouvrages qui nous ont fait connaître ; envers nos ennemis, dont le zèle à dénoncer nos écrits aux gens bien pensants, a également contribué pour beaucoup à assurer le succès que nos œuvres ont eu le bonbeur d'obtenir.

A NOS LECTEURS En effet, les premiers ont fait paraître dans les journaux des articles élogieux, dans lesquels ils ont applaudi à F indépendance de notre caractère. Les seconds, cédant à des inspirations qu'il ne nous appartient pas déjuger, ont fait appel, soit à la plume passionnée de certain écrivain clérical, soit à la plume complaisante de certain journaliste soi-disant libéral. L'une et l'autre, en se prêtant une aide mu tuelle pour atteindre un même but, c'est-à-dire pour servir le dépit de personnages intéressés dans la question et possédant une haute influence, avaient mission de présenter nos livres comme poussant à la déconsidération de la noblesse et du clergé, ces deux piliers de lout ordre social. Homme de labeur et d'étude, nous poursuivons le cours de nos travaux, nous continuons de cher cher à être utile à nos concitoyens, sans plus nous soucier des applaudissements que des critiques, sans nous préoccuper des susceptibilités ombra geuses qu'il nous arrivera, peut-être, de froisser, ou des amours-propres que nous risquerons parfois de blesser.

Introduction

HISTORIQUE Quels peuples, aux époques préhistoriques, habitaient cette contrée que nous appelons aujourd'hui la Savoie ? Etaient-ils autoethones, ou avaient-ils émigré de lointaines contrées ? Quels étaientleurs noms, leurslois, leurs ruœurs, leur langue, leur religion ? Questions encore insolubles pour la plupart, malgré les travaux ethnologiques des savants qui. de nos jours, se livrent avec persévérance à ces laborieuses recherches ! Nous ne suivrons pas ces écrivains dans toutes leurs hypothèses à travers ces siècles reculés qui ne nous ap paraissent que dans un horizon vaporeux. Nous n'avons pour guides dans ce dédale que les historiens grecs et latins. Tous ces auteurs, ou du moins la plupart, se copiant les uns les autres, n'ont écrit que d'après des fragments d'ouvi\iges antérieurs et de vagues traditions populaires,

INTRODUCTION.

6 obscurcies elles-mêmes de tant de fables, qu'il n'est guère possible de pouvoir en faire jaillir autre chose qu'une vérité relative. Cependant, de savantes dissertations, des ressemblances de formes et de mœurs, surtout les révélations de la phi lologie comparée, permettent de rattacher, avec assez do vraisemblance, les peuples européens aux peuples aryens. qui sont les Perses et les Indous. On est pourtant forcé d'admettre, antérieurement à l'arrivée des Aryas cn Europe, l'existence d'une race humaine rapprochée par son type de la race ouralienne. Les premiers campements de cette race sont restés ignorés ; les découvertes récentes de la science nous la montrent fixée sur le sol européen aune époque qui dépasse toutes les pré visions de l'histoire. A cette race primitive paraissent devoir être reliés les peuples nommés par les auteurs classiques : Ibères, Aquitains.

Lètes, etc. Les Védas fixent à l'ouest de l'Indo-Kouch la première station connue de la race aryenne : de là, cette race prit diverses directions. Les Aryas proprement dits, ou Indous, franchirent ì'Himalaya et se répandirent dans l'Haut- Indou ; les Iraniens ou Perses allèrent occuper l'Iran. la Perse actuelle; les Yavanas ou Grecs, les Celtes et d'autres branches de la famille, dépassèrent la Caspienne, s'ache minèrent, à différentes dates, vers l'Europe et l'Asie- Mineure. Cette émigration des Aryas n'a pu avoir lieu nu'à une époque très reculée, cinq à six mille ans, peut étre avant l'ère chrétienne. Les monuments de TEgypte, interprêtés chaque jour, nous apprennent que, quatorze cents ans avant notre ère. les Aryas étaient déjà en possession d'une partie del'Asie- Mineure, des îles de la mer Egée, du continent de la Grèce, de la Sardaigne, de l'Italie, jusqu'aux Alpes, et du nord de

INTRODUCTION.

l'Afrique. Ils jouissaient d'une civilisation étendue; fabri quaient l'or. l'argent. le bronze, des étoffes ; avaient une marine, une cavalerie : ce qui suppose une très longue suite de siècles écoulés depuis leur organisation en société. Mais chez les hordes ouraliennes fixées de temps immé morial sur le sol de la Gaule, il s'en fallait de beaucoup que la civilisation eût accompli autant de progrès. L'agri culture était tout à fait inconnue dans ces pays alors couverts de sombres forêts et entrecoupés d'immenses maré cages. Réunis en tribus nomades, ces hommes étaient, sans doute, antropophages ; plus tard, leurs mœurs étant deve nues moins féroces, ils vécurent des produits de la chasse et de la pêche. Us habitaient des cavernes dans les monta gnes escarpées, ou des huttes construites à proximité des lacs et des rivières.

Quelques-uns d'entre eux, les chefs et leurs familles, probablement en vue de se mettre à l'abri de leurs ennemis et des animaux sauvages, avaient établi leurs cabanes sur des pilotis au milieu des eaux, à certaine distance du rivage. Une lueur de civilisation nous est déjà indiquée par ces maisons lacustres, et par les découvertes faites récemment dans la profondeur des eaux. Ces découvertes consistent en une foule d'objets servant, soit à des usages domestiques et à la toilette, soit à la guerre, à la pèche, à '/agriculture et à diverses industries. Pêle-mêle avec les objets en pierre, os, terre cuite, on découvre des ustensiles en bronze, cuivre, fer ; la nature de ces divers instruments et la perfection plus grande de leur travail, constatant un progrès dans la marche de la civilisation, ont servi de jalons pour donner une date approximative à certaines époques préhistoriques que les savants ont divisées sous les noms de : âge de la pierre, âge du bronze, âge du fer.

INTRODUCTION.

8 De plus, parmi les ossements trouvés dans les cavernes. ou ramenés au jour par les fouilles aquatiques et portant l'empreinte manifeste du travail de Thomme, quelques-uns appartiennent à certaines espèces d'animaux disparus de nos contrées. Enfin— et ces dernières découvertes ne sont pas les moins intéressantes aux yeux des savants qui étu dient l'histoire naturelle — les crânes humains, datant de ces époques indéterminées, semblent indiquer par leur conformation des races d'hommes différentes de celle qui habite aujourd'hui les mêmes climats. Les cavernes et les eaux de la Savoie sont très riches en objets appartenant à ces temps-là ; les musées d'Annecy et de Chambéry en possèdent de belles collections. La classification moderne affirme que les Ouraliens, premiers occupants du sol gaulois, correspondent à l'àge de la pierre.

Une première émigration de la race aryenne, laquelle paraît se rapporter aux Pélasges de Tantiquité et à Vìxge du bronze vint expulser ces Ouraliens, et parfois se les assimiler ; de ce mélange sortirent les races nommées Ligures. A ces mêmes âges de la pierre et du bronze, correspondent aussi les Ombriens, les Galls ou Gaulois primitifs, les Italiotes de TAusonie et les Hellènes, jusqu'au temps de la guerre de Troie. Une invasion qui suivit celle-là, et que Ton pourrait appeler phrygienne ou bryge et cymrique, importa le fer en Europe ; cette importation est le point de départ des âges historiques. Les Cymriques réunis aux Galls, dans nos contrées, formèrent le peuple gaulois, et constituèrent cette puissante nation qui subsista jusqu'à la conquête de la Gaule par Jules César. César dit, en parlant de ces peuples: a ils s'appellent Celtes dans leur langue; dans la nôtre, nous les nommons Gaulois. » Un écrivain grec aurait pu ajouter : « et dans la nôtre nous les appelons Galates. »

INTRODUCTION.

9 Cette race apportait avec elle un peu de cette civilisation qui, depuis déjà bien des siècles, florissait dans TOrient. sur les bords du Nil, du Gange et de TIndus. Aux yeux de nos ancêtres , ces premières lueurs de la civilisation , ces premiers rudiments des arts et du commerce étaient considérés comme des présents de la divinité. De là, sans doute, Torigine de cette expédition fameuse , entreprise sous les ordres d'Hercule , ce génie symbolisé de la civilisation oriental-3, qui, par la guerre ou le commerce , arrachait les peuples à la barbarie , aux monstres et aux géants. Dans les annales de toutes les nations se retrouve le souvenir plus ou moins effacé d'Hercule conquérant. Nos historiens lui font traverser les Alpes et le conduisent jusqu'aux confins de TEurope occidentale, jusqu'à TOcéan, où il aurait élevé, disent-ils, ces fameuses colonnes qui marquent les extrémités de l'ancien monde.

Après Tépoque de cas célèbres pérégrinations que Ton place au xme siècle avant notre ère, les Phéniciens au xi", les Rhodiens au vin0 ; au vie les Phoeéen3 débarquèrent sur les cotes de la Méditerranée, où ils fondèrent Massalie sur Templacement d'un emporion ou comptoir ligure. Ins pirés par le génie du commerce, ils établirent de tous côtés de emporions ; ils allaient trafiquer avec les peuples de l'intérieur de la Gaule, les Celtes proprement dits, et jus que dans la Savoie, sur les versants des Alpes occupés par des populations ligures. Une horde cymro-bryge. qui s'était arrêtée en Allema gne, vers la forêt Hercinienne, ou montagnes du Harz. resta dans ces contrées jusqu'au moment où, refoulée par l'arrivée de nouvelles hordes que d'autres poussaient a leur tour, elle envahit la fi-aule orientale.

Rencontrant sur la route les Eduéens et les Arvernes, alors dans tout Téclat de leur puissance, elle dut s'arréter et se fixer dans le bassin du Léman et la vallée du Rhône,

INTRODUCTION.

c'est-à-dire, dans le Bugey, le Dauphine, la Savoie, au milieu d'anciennes populations galliques, ombriennes, ligures et pélasgiques ; populations mélangées, où Télément gallique paraît avoir dominé sous le nom de sapaude ou sébusien. Cette race vaillante est la race des Bryges, Bruges, Brixes ou Broges. Son invasion aurait eu lieu postérieurement au vi" siècle avant notre ère. Les populations qui n'avaient pu s'opposer à cet établis sement, la plupart chassées de leur pays , se réfugièrent dans les hautes vallées des Alpes, où Ton retrouve, outre quelques-unes de leurs croyances religieuses et de leurs habitudes, un grand nombre de mots de leur langue con servés intacts dans certaines dénominations locales. Les Gaulois obéissaient à des chefs guerriers , appelés Brenn ; mais ces brenn eux-mêmes obéissaient ancien nement à des prêtres appelés Druides.

Chefs d'un gou vernement théocratique , revêtus d'un caractère à la fois religieux, civil ou politique, investis d'un pouvoir sans bornes, ils présidaient eux-mêmes à Texécution des lois, à Timmolation des prisonniers de guerre, aussi bien qu'à celle des ennemis de la patrie et de la religion. Les druides, philosophes spiritualistes , étaient déposi taires de toutes les sciences; ils les enseignaient à la jeu nesse. Leur respect pour la tradition les empêchant de rien écrire, toutes leurs leçons étaient dictées de vive voix et apprises de même par les élèves ; parmi ceux-ci on dési gnait les plus instruits pour entrer dans le sacerdoce. Les druides reconnaissaient un dieu suprême. Esus le père de la nature , qui a tout créé, et a pour emblème le cercle représentant Tinfini ; ils croyaient à Téternité de Tâme et à sa transmigration.

Ils avaient pour temple le dôme du ciel, et de mystérieuses forêts, où à certaines époques de Tannée ils réunissaient la population pour cueillir le guy sacré, que le chef des druides coupait avec

INTRODUCTION.

11 une faucille d'or ; leurs autels étaient de simples tertres gazonnés, de simples pierres brutes, sans aucun ornement, sans aucune image représentant des choses ayant eu vie. Des femmes appelées Druidesses et très vénérées des populations étaient aussi revêtues du caractère sacerdotal. Des principaux peuples de la Gaule, dont les écrivains nous ont transmis les noms, nous ne nous occuperons ici que de ceux qui habitaient le pays de Savoie, à Tépoque de la conquête romaine. C'étaient les Médulles et les Graïocelles que Ton voyait dans les vallées de la Maurienne; les Centrons dans les vallées de la Tarentaise , de Beaufort et du Haut-Fauci gny ; les Chalbices dans les montagnes du Chablais ; les Nantuates dans le Bas-V alais; enfin les Broges, divisés en deux grandes fractions. Tune nommée Isobroges. habitant les vastes plaines de la Bresse ; l'autre , la plus puissante, les Allobroges, établis dans les vallées de la province de Genevois , dans une partie du Chablais et du Faucigny, et dans la province de Savoie-Propre.

Débordant dans le Dauphine jusqu'à TIsère et jusqu'au Rhône, les Allobroges, chefs de la redoutable ligue des tribus sapaudes, avaient même formé au-delà de ce fleuve divers établissements, soit dans le Vivarais, depuis le Gier jusqu'à la Doue, soit dans le Bugey, depuis le Séran jusqu'à l'Ain. Ils possédaient quelques villes : Cularo, Genève, Vienne, et un certain nombre d'oppides où ils trouvaient un dernier refuge lors que leurs bourgades tombaient au pouvoir de Tennemi. Le pays qu'ils occupaient avait pris le nom d'Allobrogie. Ce nom, loin de signifier une contrée montagneuse, comme le supposent quelques écrivains, est pris ici au figuré, dans le sens de grand, de puissant. Leur courage et leur importance numérique faisaient des Allobroges l'un des plus célèbres des peuples de la Gaule, comme aussi l'un des plus redoutés par les nations enne-

INTRODUCTION.

mies. Apollodore les proclame Gallorum fortissimi.Ce furent eux qui chassèrent les Ligures. Leur jeunesse était ar dente, enthousiaste, avide de combats et d'aventures. Elevés par les druides qui, avec Tamour de la gloire , leur enseignaient le mépris de la mort, conduits par les bardes, dont les chants inspirés leur rappelaient les ex ploits de leurs ancêtres, il ne craignaient rien, dit Aristote. sinon que le ciel ne tombât sur leur tête : Vaincre ou mou rir, était leur cri de gusrre ! Les Allobroges arboraient pour enseigne le sanglier, et non le coq, ainsi qu'on le croit généralement. Cette erreur provient, selon toute apparence, de la similitude qui existe entre le nom de gallus servant à désigner le Gaulois et celui de gallus par lequel on désigne le coq. C'est donc par une fausse interprétation de ce nom de gallus, que les Français prirent plus tard pour emblème le coq, qui ne figura jamais sur les enseignes gauloises.

Après avoir résumé à grands traits Thistorique tradi tionnel de Tétablissement de ces divers peuples dans la Savoie, hàtons-nous d'arriver à Tannée 232 avant Tère chrétienne, époque où les hypothèses cèdent la place à l'his toire nette et précise. L'histoire va donc désormais nous servir de guide pour suivre la marche des événements que nous aurons à relater. L'historien Polybe nous transmet le premier fait écrit relatif aux peuples qui habitaient la Savoie ; il s'agit dans ce récit de la part prise par les Allobroges à Texpédition qui traversa les Alpes pour aller aux secours des Gaulois cisalpins attaqués par les armées romaines. Le second fait, également rapporté par Polybe, et aussi par Tite Live, dont le récit diffère en quelques points de celui de son prédécesseur, eoncerne plus spécialement le peuple allobroge et le pays de Savoie. Nous voulons parler du passage des Alpes par Annibal se rendant d'Afrique en

INTRODUCTION.

Italie pour combattre, sur leur propre territoire, les Romains, ces ennemis acharnés de Carthage. Les nombreux commentateurs de Polybe et de Tite Live. tant anciens que modernes, ne s'accordent point sur l'iti néraire de cette expédition, au sujet de laquelle, dit Napo léon, ils déraisonnent depuis des siècles. Nous touchons à une époque où les Allobroges se trou veront en contact direct avec les légions romaines, et où leurs coutumes, leurs dieux, leurs lois, leurs mœurs s'effa ceront devant la civilisation du peuple-roi. Déjà maîtres de Marseille et d'une partie de son territoire, les Romains portèrent la guerre chez les Saliens. puis chez les Allobroges, qui avaient attaqué les Eduéens, alliés du peuple romain. Mais le consul Sextius se laissa battre par ces habitants des Alpes. Désireux de poursuivre leurs succès, mais craignant pour Tindépendance de leur pays, les Allobroges contrac tèrent alliance avec les Arvernes.

Les deux armées furent séparément défaites , une première fois par Domitius ./Enobarbus, une seconde fois et plus complètement encore par Fabius Maximus, auquel on décerna les honneurs du triomphe et le surnom à'Allobrogicus. Après de nouveaux combats et de nouveaux revers, les Allobroges durent courber définitivement la tête devant les conquérants. Dès lors, leur pays fut compris : d'abord, dans la partie de la Gaule celtique, appelée Braccata, puis dans la Narbonnaise. Outre ces dénominations particulières, notre Gaule était connue sous le nom général de Gaule ultérieure ou transalpine, par opposition à la Gaule cité rieure ou cisalpine, qui comprenait les provinces septen trionales de TItalie. Ici se place un des plus remarquables épisodes de la guerre des Gaules. Jules César avait obtenu le comman dement des provinces conquises ; il lui tardait de trouver

INTRODUCTION.

un prétexte pour étendre ces conquêtes au delà du Rhône. dans l'intérieur de ce vaste pays, où il s'était ménagé de nombreuses alliances. Quatre cent mille Helvétiens, suivis de leurs chars et de leurs troupeaux, quittèrent leurs montagnes, sous la conduite de leur chef Orgétorix, pour aller s'établir sur les bords de TOeéan, dans le pays des Santons. Ils arrivèrent sur les bords de la Saône, en traversant le défilé de la Cluse, les vallées du Bugey, les plaines de la Bresse et des Dombes. Jules César, appelé par les Eduéens, ses alliés, qui allaient voir leur pays ravagé par la mar che des Barbares, accourut d'Italie et détruisit presque totalement les Helvétiens au passage de la Saône. Laissant César intervenir dans les affaires politiques des Gaules, et continuer les conquêtes qui lui assurèrent Tem pire du monde, demeurons chez les Allobroges.

Ces derniers, ainsi que les autres peuples de la Savoie incorporés à la Province, au lieu de profiter du soulève ment général de la Gaule, à la voix de Vercingétorix, pour se soustraire à la domination romaine , montrèrent à César une grande fidélité. Cependant, la soumission des Allobroges n'avait pas amené la conquête de toute la Savoie. Parmi les peuples qui en occupaient la partie montagneuse et s'étaient sous traits jusqu'alors à la domination étrangère, les Centrons passaient pour les plus valeureux. Déjà, lorsque César accourait d'Italie pour combattre les Helvétiens, les Cen trons avaient tenté d'arrêter sa marche. II ne triompha de leur résistance qu'après plusieurs batailles, dont la dernière fut suivie d'un grand carnage. La soumission complète des peuples des deux versants des Alpes s'acheva sous César Auguste, qui, par une politique prudente et d'équitables mesures, étouffa chez eux de belliqueux instincts. Les autres nations de la Gaule cen-

INTRODUCTION.

traie n'attendaient qu'une occasion favorable pour secouer le joug et se soulever de nouveau. Les Allobroges, en se mêlant peu à peu aux Romains, étaient arrivés à en adopter les lois, les mœurs, les coutu mes. S'ils perdirent leur indépendance, leur autonomie, par contre, ils reçurent les bienfaits d'une civilisation plus avancée. La contrée fut défrichée, assainie, sillonnée de routes ; on bà'.it des cités populeuses qu'embellirent des temples, des théâtres, des palais, des forums, des cirques, des écoles, des arcs de triomphe, des aqueducs, des bains, etc. Mais Tantique Allobrogie ayant été détachée de la pro vince narbonnaise par les empereurs Galba et Vespasien, forma une nouvelle province appelée Viennoise, laquelle s'étendait jusqu'au cœur du pays des Centrons. Puis, un jour vint où son nom même s'effaça pour faire place au nom primitif de Sapaudùi, disparu jadis lui-même lors de Tinvasion cymro-bryge, mais conservé par Ammien Mar cellin, vers le milieu du iv° siècle.

Dans la Notice des pro vinces et des cités de la Gaule, ce nom devient Sabaudia, puis après Tarrivée des Barbares, Saboja, Saboia, Savogia, Savoye, Savoie. Les écrivains ne s'accordent pas sur Tépoque de Tintro duction du christianisme en Savoie, saint Jacques, saint Marcel, saint Maxime, saint Elie et Saint Milet furent les premiers qui, au Ve siècle, cathéchisèrent les vallées de ce pays. Le nouveau culte s'y établit difficilement, et la religion chrétienne n'y arbora sa bannière triomphante qu'après la conversion politique de Constantin. Mais voici que de tous les points de Thorizon, des cris confus se font entendre ; ils étouffent les derniers râles de Tempire, dont Tagonie offre un singulier mélange de faiblesse et de grandeur 1 Voici que des nuées de Barbares accourent «les confins de Tunivers, comme poussés par

INTRODUCTION.

une main invisible qui semble les convier au partage des dépouilles de Rome, dont Theure suprême avait sonné !... De tous ces peuples dont parlent les historiens en men tionnant les ravages qu'ils causèrent, nous ne citerons que les Burgondes, qui avaient abandonné les bords de la Baltique, leur mère-patrie, pour venir s'établir sur la rive droite du Rhin. Cet établissement ne fut pas de longue durée. Poussés par de nouvelles hordes, ils passèrent sur la rive gauche du fleuve, où ils se mirent à Tabri de ces terribles ennemis (406 ans après J. C.) Au dire de quelques historiens, Stilicon, chargé spécia lement de la garde du fleuve, aurait favorisé leur pas sage. Cette circonstance le fit accuser de trahison; mais à bien envisager la chose, sa conduite semble au contraire fort sage. Ayant appris à connaître la valeur des Burgon des et leurs qualités domestiques, il voulut s'en faire des alliés pour les opposer aux hordes tartares qui allaient paraître à leur tour sur la rive orientale du Rhin.

Les Burgondes s'établirent donc pacifiquement dans la grande Séquanaise, avec leurs femmes et leurs enfants, leurs bagages et leurs troupeaux. L'empereur Honorius, ne pouvant mieux faire, leur confirma la possession de cette province; ils s'engagèrent en qualité d'alliés à la défendre contre les ennemis de Tempire. Dans le langage officiel on les appelait milites romani et auxiliari. Vers le méme temps, d'autres peuples barbares s'établirent aussi dans diverses contrées de la Gaule; les Francs, au nord ; les Visigoths, au midi ; comme celle des Burgondes, leur conquête fut suivie d'une concession ; ils contractèrent également de défendre les frontières. Dans le mouvement continuel de ces peuples étrangers, la province viennoise se vit menacée d'une invasion par les Goths d'Alaric. maîtres du midi de la Gaule. De leur

INTRODUCTION.

' côté, les Burgondes, qui alors n'occupaient que la grande Séquanaise. se disposaient à faire irruption dans cette même province, dans la petite? Séquanaise, THelvétie, et tout le bassin du Léman. En face de cette situation criti que, dit Joseph Dessaix, d'après Sidoine Apollinaire, les populations gallo-romaines demandèrent protection aux Burgondes. Un traité fut conclu. Les terres formèrent trois lots ; Tun, le plus petit, mais comprenant le meilleur sol cultivable, resta aux Gallo- Romains, les deux autres échu rent aux Burgondes. Ceux-ci choisirent de préférence les contrées montagneuses où les forêts et les pâturages con venaient à leurs goûts pour la chasse et la vie pastorale. Le petit nombre de Burgondes qui s'établirent dans ks villes y exerçaient les professions de maçon, charpentier', corroyeur, forgeron, ou se livraient à d'autres grossiers travaux.

Les empereurs Valentinien III et Anthemius durent suc cessivement accepter les faits accomplis, et même resser rer l'alliance déjà existante entre eux et les Burgondes. De plus,c9 dernier empereur céda à ses alliés le Lyonnais et le Forez jusqu'à la Loire, le Vivarais jusqu'à TArdèche. et tout le Dauphine jusqu'à la Durance. Dès lors, toules ces provinces prirent le nom collectif de Burgondie; Lyon, Genève, Vienne, furent tour à tour les capitales de ce nou vel Etat, qui au nord et à Test avait TAube et TAar pour limites, et que l'histoire a nommé : premier royaume de Bourgogne ; son premier roi fut Gondicaire. L'installation des Burgondes dans ces provinces ne changea rien aux rouages administratifs ; les magistrats continuèrent leurs fonc.ions, les institutions romaines fu rent maintenues.

Quoique ariens, les Burgondes respec tèrent le clergé catholique. Voulant établi." une fusion en tre les deux peuples et sauvegarder leurs intérêts de tout 3 nature, le roi Gondebaud, fils de Gondicaire. publia le code

INTRODUCTION.

désigné sous la dénomination de Lois Gombettes, du nom de son auteur. Sauf quelques actes d'une politique barbare, et qui mé ritent le nom de crimes, que Ton reproche à Gondebaud, la Burgondie était heureuse sous son sceptre. Mais les évêques du royaume, entre autres saint Avit, évêque de Vienne, craignant la propagation de Tarianisme auquel Gondebaud ne voulait point renoncer, choisirent Clovis pour devenir entre leurs mains Tinstrument qui devait anéantir les sectateurs d'Arius. Les Francs entrent dans la Burgondie ; Gondebaud se soumet à payer tribut au vainqueur. On présume qu'il abjura Tarianisme. Son fils Sigismond, qui avait fait étran gler son fils Sigeric, coupable de conspiration contre lui, fit, pour expier ses crimes, de grandes libéralités au clergé, et fonda la célèbre abbaye de Saint-Maurice-d'Agaune, en Valais, où il y chercha refuge, lorsqu'il fut vaincu par les Francs; reconnu, arrêté, transféré à Orléans, il fut jeté avec sa famille dans un puits que Ton remplit de pierres jusqu'à Torifìce.

Godemard, frère de Sigismond, continua la guerre contre les Francs ; après des alternatives de revers et de succès, ceux-ci restèrent maîtres de ses États. Vaincu à Véze ronce, en Dauphine, près de la frontière de Savoie, plus tard il fut pris à Autun après avoir perdu une seconde bataille. Les rois des Francs, Clotaire et Childebert le firent étrangler. Avec lui finit le premier royaume de Bourgogne. Le clergé catholique dut se repentir d'avoir appelé les Francs en Burgondie; Tincendie, les meurtres marquèrent partout le passage des farouches vainqueurs, qui dévali sèrent les églises, les abbayes, et les livrèrent aux flammes, après avoir massacré les religieux. Sous la domination des Francs, qui dura trois cent cin-

INTRODUCTION.

quante-quatre ans, le royaume de Bourgogne fut tour a tour réuni à leur monarchie, ou forma le lot de l'un des fils des rois mérovingiens. Laissant de côté les destinées de ce royaume sous les rois fainéants , mentionnons pour mémoire que le roi Gontran, l'un des mérovingiens, séjourna plusieurs fois en Savoie ; que les Sarrasins envahirent cette province qui eut à souffrir cruellement de leur passage; que Pepin-le- Bref et Charlemagne la traversèrent pour aller, de l'autre côté des Alpes, combattre les Lombards; enfin, que l'em pereur Charles-le-Chauve, revenant d'Italie, empoisonné, dit-on, par son médecin, y rendit le dernier soupir dans une pauvre cabane, au pied du mont Cenis. L'empire d'Occident, qui comprenait toutes les parties jusqu'alors divisées du royaume de Bourgogne, ne subsista pas longtemps.

Charlemagne avait partagé ses Etats entre ses fils. Plus tard, et par suite d'un nouvel arrangement entre les fils de l'empereur, la Savoie fit partie du royaume de Lorraine sous Lothaire, puis du royaume de Provence, sous Charles-le-Jeune ; elle eut sa large part des vicissitudes qui furent les conséquences des rivalités existantes entre la branche française et la branche germanique de la race carlovingienne. D'ambitieux seigneurs profitèrent de Tincapacité des successeurs de Charlemagne pour leur arracher des pro vinces entières et ne leur laisser qu'une ombre de pouvoir. Un homme de haute intelligence, le due Boson, beau frère de l'empereur Charles-le-Chauve, vice-roi de Lom bardie, gouverneur de Provence et d'une partie des an ciennes provinces burgondes, porta le premier coup à Tédisice fondé par le génie de Charlemagne, et qui allait s'écrouler sous les efforts redoublés des grands feudataires de la couronne. Dans une assemblée convoquée à Mantale, par les soins

INTRODUCTION.

de Boson, et présidée par Otramne, évêque de Vienne. primat des Gaules, le duc Boson, élu roi de Provence, fut couronné dans la cathédrale de Lyon, par l'archevêque Aurélicn, au mois de novembre 879. Onze ans plus tard, le duc Rodolphe, gouverneur de la Bourgogne transjurane, se fit aussi couronner par une assemblée, convoquée à Saint-Maurice, en Valais. Ce nouvel Etat, portant le nom de Bourgogne jurane, avait pour capitale Genève, comprenait la Suisse romande, la Bresse, le Bcgey, et s'avançait en Savoie jusqu'au tor rent des Usses. Le reste de la Savoie dépendait du royaume de Provence. En 933 intervint, entre Rodolphe II de Bourgogne et Hugues de Provence, tous deux compétiteurs au trône d'Italie, un traité par lequel ce dernier abandonnait à son rival le royaume de Provence , tandis que Rodolphe se désistait en faveur de Hugues de ses prétentions sur Tlta lie.

Toute la Savoie se trouve dès lors réunie sous le sceptre de Rodolphe II, et la réunion des deux Etats forma le second royaume de Bourgogne. Le territoire était envahi par de nouvelles armées sar rasines et par d'innombrables bandes de Hongres ; le roi Conrad-le-Pacifique recourut à une ruse habile pour armer Hongres et Sarrasins les uns contre les autres, puis arri ver à les battre alternativement, et à délivrer son pays. Vers Tan 1000. régnait en Bourgogne Rodolphe, appelé par les historiens le Lâche ou le Fainéant. Un accident dont il fut victime dans son bas âge le rendit impuis sant et lui ôta Ténergie dont il aurait eu tant de besoin dans les circonstances difficiles du moment. Chorier attribue ce crime à Tune do ses sœurs nommée Berthe, beaucoup plus âgée que lui. níariée à Eudes comte de Cham pagne, et qui se proposait par là d'assurer plus tard à ses enfants les Etats de Rodolphe. Ce dernier en conçut une

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