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Histoire complète de Bordeaux ... 2e édition. (Supplément.)

Patrice-John O'Reilly · 1863 · Scanned text

264,676 words · about 18 h 32 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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About this book

Author
Patrice-John O'Reilly
Language
French
Published
1863
Length
264,676 words · about 18 h 32 min
Sections
16 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (16)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 58 min
  3. Chapitre II about 46 min
  4. Chapitre IV about 26 min
  5. Chapitre V about 36 min
  6. Chapitre VI about 21 min
  7. Chapitre VII about 49 min
  8. Livre II. Chapitre Premier about 1 h 44 min
  9. Chapitre VIII about 19 min
  10. Chapitre IX about 13 min
  11. Chapitre X about 24 min
  12. Chapitre XI about 16 min
  13. Chapitre XII about 20 min
  14. Livre III. Chapitre Premier about 2 h 48 min
  15. Livre IV. Chapitre Premier about 2 h 8 min
  16. Livre V. Chapitre Premier about 6 h 23 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE eoMPi 1.1 1 DE BORDEAUX première Partie»"— tome r T ÉDITION Bordeaux, Imprimerie J. DELMAS, rci Sainte-Catherini 13! HISTOIRE COMPLETE M B O R D E A U X PAR L'Abbé PATRICE-JOHN OREILLY CHANOINE HONORAIRE, LICENCIÉ ÈS-I.Lïims, CORRESPONDANT DU MINISTÈRE DE L'iNSTRUCTIÒN nui lin II l.ES TRAVAUX HISTORIQUES, MEMBRE CORRESPONDANT HE l'aCADÉJIIC IMPÉRIALE DES <I1IMI . DELLES -LETTRES ET ART;, DE BORDEAUX, m I I SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE I.'OUEST (A POITIERS I . DE LA COMMISSION DES MONUMENTS HISTORIQUES DE LA GIRONDI , F.TC PREMIÈRE PARTIE. -TOME I1" 2' ÉDITION Non modo casus eteventus renim,seU rat etiarn , causœque noscantur. Taciti: Historia testis leniporum.lux voritatis.vii memorix, magistra vite, nuntia vetustati^ Oct'nov [Dp Orator BORDEAUX CHEZ J. DEUIAS, IMPRIMEUR, îillli-ur et propriétaire de rOiiTra^i-, HIE SAINTE-CATHERINE, 1Ô9, ll ctiei les principaux libraires de la ville. PARIS CHEZ FURNE, LIBRAIRE, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS, ib. DIDIER, quai des Augustins, îâ I8G3

Preface

Dans le mouvement intellectuel qui se tait remarquer en France, ['étude de l'histoire occupe une grande place : -mini-'- d'une loua ble curiosité, on s'est mis à fouiller dans le passé, pour arracher à l'ouldi les événements qui onf, eu lieu sur le sol de notre patrie, et pour les transmettre à la postérité avec les noms de nos devan ciers qui se sont distingués par leur épée, leur éloquence, leur plume, leurs saules ou leurs vertus. Toutes les villes ont leurs annales, toutes les provinces leur histoire : Bordeaux attend ia sienne. Plusieurs savants ont entrepris «le décrire les grands événements de notre histoire : leurs intéressants travaux sont arrives jusqu'à nous; mais bien d'autres onl reculé à la vue d'une œuvre si vaste, si longue, si laborieuse : leur modestie a imposé silence à leur talent et nous a privés du fruit de leurs veilles.

Delurbe recueillit les anciennes Chroniqìies du pays, el, leur ayant donné un ensemble, une forme chronologique, conduisit sa relation jusqu'à la fin du XVIe siécle. Darnal, avocat au Par lement vers le milieu du XVIIe siècle, reprit ce travail w le continua jusqu'en 1019; le jurât Pontelier lui succéda, et con duisit la Chronique bordelaise depuis lljíO jusqu'en 1671 , époque où l'avocat Tillet se chargea de. la continuer jusqu'au commence ment du XVIIIe siècle. Ces Chroniques, qu'on peut appeln les fastes originaux de notre histoire, ont les défauts de leurs siècles respectifs et de ce : ■ ure de composition; elles ont le mérite inappréciable de nous avoir transmis, m n milieu de beaucoup d'erreurs el de plusieurs ilélails inutiles, fastidieux ou peu importants, un grand nombre de dates certaines, les événements de la localité, des laits importants, et mille circonstances qui, en dévoilant le passé, nous mettent sur la voie de la vérité et éclairent la marche de l'historien consciencieux, Le savant principal du collège de Bordeaux au XVIe siècle, Élie Vinet, s'occupa aussi avec zèle de l'histoire locale; c'est lui qui en posa la base, qui porta sur ces matières l'altention publi que, inspira à ses contemporains le goût des études historiques; c'est à son exemple et à sa sollicitation que Delurbe entreprit la Chronique et que ses successeurs l'ont continuée.

Le discours de Vinet sur les antiquités de Bordeaux est un ouvrage d'une haute importance pour l'histoire du pays, et qui décèle en lui le savant antiquaire, l'écrivain intéressant et l'aini de son pays adoptif (1 ) . Pendant que Darnal travaillait à la continuation de la Chro nique bordelaise, Zinzerling vint séjourner quelque temps à Bor deaux; c'était un savant antiquaire de l' Allemagne, qui voyageait en France et consignait en latin, sur ses tablettes, ses observations de touriste, sous le litre pseudonyme de Jodoci Sinceri Itinera rium Gallice, cum Appendice de Burdegalé (in-1-2). On y trouve des remarques ingénieuses et exactes, et une connaissance appro fondie de l'histoire et des antiquités de noire ville; ['appendice sur Bordeaux contient des observations intéressantes (2). Vers lc milieu du XVIIe siècle (1651), le jurât Fonteneil lit paraître un ouvrage de ; rconstance, sous le titre de Mouvements tir Bordeaux.

C'est un travail précieux, où D. Devienne a puisé plusieurs récits pleins de charme sur les troubles de la Fronde à Bordeaux ; mais de tous les ouvrages qui ont paru sur ces mouvements, ou les guerres de la Fronde dans ce pays, celui de Lenel est, sans contredit, le plus intéressant. Lenet vint de- 1; Vinet étail natif de Vìners. pies de Barbezieux, eu Saint. í Ce suïiint philologue, Jean Zinzerling, publia son Itinerarium a Lvou, en lui:! et (lans une seeonde édition, en 1616, il lil insérer son Appendia de Burdegal I \pn - Lyon, Bordeaux était le lieu du monde qui lui plaísaii le plus : Excepto eo /■«•» m quo lace scribo, nescio quomodo, ille lerrarum mihi prœler omnes angulus ri,'- En éerivanl son Appendix sur Bordeaux, il avait sous les jeux l'ouvrage de Vinci, et sui notre i ité de préoieHx renseignements de i-'ie ond ,1e Raymond et du lils de Gabriel Delurbe, meurer à Bordeaux avec les princes de Coudé, de Conti el la duchesse de Longueville, et il avait élé lui-même l'un des plus et des pins infatigables agenl - de ces personnages.

II raconte les événements dont il avait été le témoin oculaire et auxquels il avait, eu part; ce travail a élé imprimé sous le titre de Mémoires contenant l'histoire des guerres civiles des années 1649 et sui vantes, principalement de celles di Guienne en 1729 , en deux volumes in-12. Cet ouvrage n'est pas bien écrit; mais, dans sa naïve simplicité, on remarque une impartialité au moins apparente, et des détails curieux et intéressants, dont on retrouve l'analyse substantielle dans D. Devienne. Parmi les écrivains qui se sont occupés de Bordeaux, Vénuti peut réclamer avec raison une place distinguée. Cc savant nu mismate, l'aini de Montesquieu, nous a laissé six Dissertations sur des sujets de l'histoire locale, toutes pleines de recherches et d'intérêt. On assure (pie le célèbre auteur de ['Esprit des Lois faisait grand cas des connaissances el du talent de l'abbé Vénuti, et qu'il l' avait attiré à Bordeaux dans le bul de rengager à écrire l'histoire de celle ville, à laquelle il offrait de collaborer.

Ouel sujet de regrets pontles Bordelais, que l'amitié de Montesquieu pour ce littérateur italien ne nous ait pas valu l'histoire de notre cité ! Nous devons aussi à la savante plume de l'abbé Xaupi, doyen de la Faculté de théologie de Paris, deux Dissertations sur cer taines parties de notre histoire . on les consulte avec fruit. La première est sur l' édifice di l'église Saint-André (1781), in-8°; la seconde concerne le prétendu épiscopat de Gabriel de Gram nionl, élu évêque de Bordeauxpar le chapitre, en IÔ29 ; celle-ci fui publiée en 1750, in->. Toutes deux méritent d'être lues. On trouve beaucoup de recherches intéressantes sur les anti quités de notre ville dans le Vindiciœ pro Cletnente F, -ouvrage publie en Hi57 par M. de Labrousse; mais de tous ceux qui ont laissé des documentsécrits sur Bordeaux, Lopes, chanoine de Saint-André, est le seul qui ait traité de l'histoire ecclésiastique (l'une manière convenable.

Quoiqu'il ;út avancé des choses fausses d insoutenables sur la mission de saint Martial, sur l'antiquité de l'église de Sainl-Ainlié et sur quelques autres points de l'his toire locale, son ouvrage est plein de recherches curieuses et de documents d'un haut intérêt historique; il est intitulé : l'Église métropolitaine et prinuitiale de Saint-André de Bordeaux (1668) ; un volume in-í". L'infatigable el laborieux abbé Baurein nous a laisse plusieurs écrits sur Bordeaux el sur le pays bordelais ; c'est un trésor pré cieux, où l'on trouve entasses pêle-mêle des objets sans valeur, avec des diamants d'un prix énorme, mais qui auraient besoin d'être polis. Une critique éclairée aurait retranché la moitié de ses détails : il manque chez lui ce vêtement de la pensée qu'on appelle style ; il dit bien, mais il aurait pu en dire moins, et il aurait dû le dire mieux.

On s'instruit en le lisant; mais sa prolixité verbeuse vous ennuie : il ne vise pas à plaire, il ignore l'art de donner un tour gracieux à sa phrase, il ne cherche qu'à vous apprendre ce que vous ignorez; il ne vous plaît pas, mais il vous intéresse. L'historien peul ne pas aimer Baurein comme antiquaire ou ar chéographe; mais il ne peut s'empêcher de le consulter, el ce sera toujours avec fruit. La critique le censure; mais quel est ['écrivain qui, ayant écrit sur quelques parties de notre histoire, n'ait pas voulu savoir d'avance ce qu'en pensait le modeste abbé Baurein? H songeait souvent à écrire l'histoire de Bordeaux; mais il s'effrayait avec raison de la grandeur de la lâche; il lui manquait une qualilé indispensable : un esprit d'ordre, de discer nement, et une critique éclairée. Les Variétés bo~ delaises, de Baurein, furent imprimées en 1 7 R í et les deux années .suivantes, à Bordeaux, en six volumes in- 11'.

On y trouve beaucoup de choses précieuses mêlées à une foule d'inutilités. II a lais-*é des Mémoires historiques -sur les rues de Bordeaux, qui parurent dans les Petites-Affiches de celte ville, en 1759, 1771 et 1778. C'est là que Bernadau a puisé presque tous les renseignements dont se compose son Viograplie. Le pauvre Baurein ne pensait pas qu'il travaillait pour un ingrat ! Dans la république des lettres, on vil souvent d'emprunts; mais la reconnaissance est un devoir : c'est partout el toujours un crime que de s'approprier le beau manteau d'autrui pour cacher V -mi orgueilleuse indigence. Baurein a u rail pu s-'écrier avec le Cygne de Mantoue : Sic vos non vobis mellifitatis apes, etc. Outre ces notices très-imparfaites -srn* Bordeaux ei la topogra phie d'une grande partie du diocèse, re laborieux antiquaire a laisse d'autres Mémoires ou Dissertations manuscrits, que l'on conserve dans les papiers de l'Académie de Bordeaux.

M. de La'colonie commença le premier à débrouiller nos vieilles chroniques, et à revêtir d'une fôrme agréable et plus historique leurs parties substantielles ; c'est un mériteincontestable que la postérité ne doit pas méconnaître. Son ouvrage, Histoiì rieuse d remarquable de Bordeaum , publié à Bruxelles en 1760, en trois volumes in-12, fui accueilli avec re< onnaissan ■ pai le public bordelais; mais ce ne lut qu'une ébauche, un essai in digeste, incorrect el défectueux. Hans ee teui j i^ (1753), les Bénédictins commencèrent, à la demande des jurais, à défricher ce champ presque inculte el à déblayer les décombres qui jonchaient encore le chemin de l'his lorien. Les efforts de D. Devienne furent couronnés d'un certain succès, el la première partie de sou travail fut accueillie par les suffrages approbateurs et empressés des hommes éclairés; mais bientôt après on se plaignit de l' imperfection de ce travail ; on y découvrit de grandis, de nombreuses cl regrettables lacunes.

H prornit un second manuscrit; il le donna, augmenté d'un supplément; niais ces écrits, sans grande valeur historique, rédigés avec précipitation, sont bien loin de satisfaire aux exigences du public el de suppléer aux défeetuosités de la première publication. II faul avouer cependant, à ('honneur de I». Devienne, que ses erreurs sont bien rares, quoi qu'en disent ses censeurs; il a un mérite incontestable, celui d'une grande clarté dans la rédaction, el l'immense avantage d'un plan méthodique dans le récif. Ses recherches sont imparfaites, il esl vrai, mais elles sont presque toujours irréprochables sous le rapporl de la vérité. 11 ignorait sans doute bien des sources importantes et bien des mémoires contemporains qu'il aurait pu consulter avec fruit; il a profilé de. pénibles travaux de Lacolonie sans en faire l'aveu; c'est un tort qu'on ue lui pardonne pa->.

Son Histoire esl ee que nous avons VI de mieux sur Bordeaux; elle s'arrête à 1670, el les dernières ligne.- échappées de la plume de ce savant Bénédictin ne sont qu'un éloge courtisanesque, de l'enccns jeté à pleines mains au maréchal de Bichelieu, qui ne le méritait guère! M. Jouannet, ancien conservateur de la Bibliothèque publique de notre ville, a laissé quelques écrits estimables sur Bordeaux et sur le pays bordelais, qui décèlent en lui l' écrivain positif et réfléchi, l'amour du vrai, le mérite de l'impartialité, le respecl des mœurs et, de la religion, une connaissance approfondie de l'histoire et de ('archéologie du pays; le toul combiné avec un goût littéraire épuré, un style solide et qui n'est pas sans grâce. II a laissé plusieurs notices biographiques et quelques écrits sur la géologie et l'histoire naturelle, une Statistique de la Gironde; il a concouru longtemps à la rédaction du 11 usée d' Aquitaine, de la Bûche d' Aquitaine et du Bulletin polymathique, qu'il a en richis de plusieurs articles intéressants sur le pays ; il connaissait à fond les annales de Bordeaux, aurait pu et aurait dû peut-être en écrire l'histoire; mais il ne sc souciait pas de travaux de longue haleine, et aimait mieux exercer ses talenls sur plusieurs sujets que de ne s'occuper que d'un seul.

Très-soigneux, parfois élégant dans ses écrits, il n'était pas toujours très-exact dans ses recherches, út se voyait condamné souvent à modifier le lendemain les œuvres de la veille. La G u tenue monumentale renferme des documents intéres sants : c'est une charmante mosaïque, mélange de morceaux littéraires de toutes sortes, tableau diversifié de dessins où l'ar liste littérateur a répandu à pleines mains ses couleurs variées. mais où l'on regrette parfois de ne pas trouver la vérité historique et souvent l'impartialité de l'historieii. L1 introduction, à part qu l ques erreurs el son trop grand laconisme, est bien faite; le reste n'est que le rajeunissement spécieux de la vieille physionomie de notre ville et de notre, pays. L'auteur glisse trop rapidement sur les horribles scènes de 1793, s'arrête peu mu* l'Empire et la Restauration, et, en matières religieuses et politiques, semble n'avoir de sympathies ni pour l'Eglise ni pour la monarchie.

On consulte cependant cet ouvrage avec fruit; et parmi les mille choses disparates dont, il se compose, on rencontre bien souvent quelque chose qui lixe vos regards et attire votre attention. On peut lui appliquer ce que dit Horace quelque pari : Quamvis flueret lutulèntùs, erat quod tollere velles. Bernadau a publié beaucoup d'écrits sur Bordeaux : c'est tou jours le même sujet, sous des noms différents, toujours le même objet qu'il présente à vos regards, par devant, par derrière et (le profil, toujours une spéculation mercantile. Son Histoire de Bordeaux n'en a que le nom : c'est une caricature où les laits sont souvent travestis, la vérité outragée, la religion méconnue dans son action civilisatrice, et un méprisable ton d'impiété maladroitement voilé. Bernadau était né chroniqueur : il savait enregistrer les faits et les dales; mais il n'a ja mais su manier le burin de l'histoire.

M. M , écrivain esti mable de Bordeaux, a relevé quelques-unede ses innombrables erreurs. En 1835, M. Guilhe publia les Etudes sur l'histoire tic Bor- -', i : c'est un travail incomplet, superficiel, sans portée, une ébauche incorrecte d'un monument magnifique, où le génie ■■< manqué au crayon et l'inspiration à l'artiste. On fit paraître à Bordeaux, en i 841 , une volumineuse brochure de 18i pages, intitulée Essai sur les Mérovingiens d'Aqui taine et la Charte d'Alaon. Ce travail ne se rattache que très indirectement à l'histoire de Bordeaux; mais comme il infirme et détruit la base sur laquelle, à ['exemple de nos meilleurs his toriens, j'ai cru devoir faire reposer une partie de ma narration, je me crois obligé d'en parler un peu, ne tût-ce que pour justifier ia confiance avec laquelle j'ai cité la Chu rie d'Alaon, dont on conteste Tauthenticité.

En voici le sujet : Le monastère d'Alaon, au diocèse d'Urgel, dans la Vasconie ultra-pyrénéenne, fut fondé vers 834, pour perpétuer la mémoire d'une victoire remportée sur les Sarrasins. Yandrégisile, que Louis le Débonnaire avait établi comte des .Marches de la Vas conie, accorda à cette nouvelle maison religieuse de grands pri viléges, l'enrichit de dons considérables, que Charles le Chauve confirma eu partie, en 845, par sa fameuse Charte d'Alaon. Ce précieux document comble un vide immense dans l'histoire du Midi, explique un grand nomhn défaits importants, et dévoile bien des circonstances, qui sans lui seraienl restées des mystères, et, enfin constate la descendance mérovingienne des ducs d'Aquitaine. Ainsi, quoi qu'on en dise, c'est, un fait acquis à la science, que les princes «te Vasconie s'étaient alliés aux rois de la race mérovingienne, par des unions matrimoniales avec des princesses de cette race.

Pour contester avec succès ces allian ces, il a fallu commencer par nier Tauthenticité de la Charte et donner un démenti à tous nos meilleurs historiens; il a fallu af firmer que cette ('harle n'est que la fabrication intéressée di quelque vil faussaire. Voilà ce que lait M. B , ancien pro fesseur à Bordeaux, auteur de la brochure qui nous occupe. .Mais quand , pourquoi, par qui et où cette charte a-t-elle été fabriquée? Voilà des points sur lesquels le savant professeur ne nous donne que des suppositions toutes gratuites, fondées en général sur une confusion de dates, la similitude de quelques noms historiques, les interpolations ostii ieuses de quelques copistes malhabiles oui gnorants, quelques-unes des innombrables erreurs des chroniqueurs, les variantes du texte latin et les fictions des fausses légendes.

Obligé de citer quelquefois la Charte tSAlaon , j'ai cru devoir, pour mon instruction personnelle et pour la satisfaction de mes lecteuis, étudier celle matière el éclairer autant que possible les dilì'n ultés qu'elle, présente. J'ai lu et relu avec attention cétte Charte, j'ai feuilleté avec un esprit de doute, de méfiance et de critique, les savants commentaires de D. Claude de Vie et de II Vaisselle, et je déclare, sans hésiter, avoir acquis par cet examen la conviction que Tauthenticité de cette Charte ne saurait être solidement contestée; ce sentiment a été confirmé par les lumineux arguments de M. Tunnel, écrivain distingué et juge bien compétent de cette matière, et par la pensée que les données historiques contenues dans cette Charle s'accordent avec les différentes narrations de nos meilleurs chroniqueurs, el ont été adoptées par nos plus savants historiens Mais, en preuve de ce que j'avance ici, je me permettrai de citer ei d'examiner quelques-unes des singulières assertions de M. R « Les Mérovingiens (TAquitaine, dit-il, sont censés, puni* tout li monde, liuir avec l'enfant Ghildéric, lils de Charibert.

Le savant professeur a donc oublié qu'outre Childéric, Chari bert avait laissé deux autres entants, Boggis et Bertrand , qui vivaientà la cour d'Amandus, leur grand-père, duc des Vascons. Commenl a-t-il pu dire que les Mérovingiens étaient censés finis? Au sujet de cet Amandus, père de Ghisela, épouse de Chari bert et mère de Childéric, Boggis et Bertrand, M. R parle d'un doute qui le lourmenlait; dans la même phrase, il affirme, avec un air de conviction inébranlable, qu'il n'a jamais ■ s/< itn duc tic Vasconie du nom d:Amandus. Le seul duc des Vas cons, à celle époque, lut Aighinan, nom, dit-il, qui lut changé en Aginno, puis en Ait/anus, puis enfin en Amandus. Si tout cela a pu paraître vrai à Tauteur de la brochure, à coup sûr ces métamorphoses philologiques ne nous paraissent pas mème vrai semblables !

Quelle autorité alléguera-t-il à l'appui de son timide doute, qu'il a si vite changé en une certitude absolue? Celle d'Aimoin, qui dit qu'après la réduction des Vascons, Amandus alla conduire les chefs de ce peuple rebelle auprès du roi; mais tout le mondesait que c'était le général (dux) Aighinan, et non Amandus, qui fut chargé de cette mission. M. R lui-même appelle cette assertion d'Aimoin une leçon fautive, el cepen dant il bâtit là-dessus ses doutes, ses négations ! Comment, d'ailleurs, se persuader qu'on a confondu Amandus avec Aighinan? Le premier était un Vascon, ou Gallo-Romain, el If second était un leude franc, d'origine saxonne. L'auleur de ja brochure dit qu'Aighinan fui le seul el unique duc des Vas cons de 628 à 038. .le le défie de nous montrer un seul acte administratif ou militaire de ce leude franc, en Vasconie, de 028 à 030. 11 était si loin d'être le chef militaire ou civil des Vascons , que toute sa conduite parmi ce peuple le représente comme un commissaire royal; il était, en 030, général de division, et commandait, comme les autres neuf généraux, sous les ordres de Hadoïnd, général en chef.

Appuyé sur quelques chroniqueurs peu éclairés, .M. R prétend qu'Eudes eut deux lils, Uunald et Waiffre, et (pie Rémis tan était plutôt le frère que le fils d'Eudes ! X Mais l'histoire atteste qu'Eudes eut trois lils, Hunald, Hatton, et Rémistan, enfant naturel, qui n'eut pas d'apanage; la Chronique d'Adhémar de Chabannes dit en termes formels que Rémistan était le fils d'Eudes. Le savant professeur s'efforce de répandre la mème obscurité sur la généalogie de Waiffre, malgré l'unani mité des historiens sur ce sujet. L'auteur de la brochure qui nous occupe confond Boggis , lils de Charibert, avec Buotgisus, fils d'Ansbert et de Blithilde, et, plus loin, affirme que Boggis s'appelait aussi Arnoaldus; et à force d'épaissir les ténèbres qu'il n'avait que trop amoncelées sur ce sujet, il déclare qu'on finit par croire que Boggis n'a jamais existé !

Un peu plus loin, il affirme qu'il n'a jamais existé qu'un seul Boggisus, et accuse de mauvaise* foi les savants Bénédictins qui ont écrit l'Histoire tic Languedoc, parce qu'ils ont soutenu le contraire; et, chose étrange, quelques lignes plus bas, il dit encore, que Yexistence de cet individu est problématique ! A quelle époque croit-on que celte Charte a été fabriquée? Au XIIe siècle, dit celui-ci; au XIIIe, dit celui-là; erreur, dit un troisième, c'est au XVe, ou peut-être au XVIe ; vous vous trompez tous, dit M. R , c'est au XVIIe. Mais une copie de cetle Charte fut présentée , en 1040; au roj D. Ramire par Héribald, évêque d'Urgel, el une autre envoyée, en 1101, au pape Paschal II, par Othon, évêque d'Urgel, avec une protestation contre le démembrement de son diocèse; De Mania découvril dans les archives de Barcelone un vieux diplômede Bernard, marquis de Toulouse, en laveur des religieux d'Alaon, sous la dale de 871 ; on y remarque une allusion assez frappante à Charles le Chauve el à sa Charte de 845.

Cette Charte a été imprimée aux frais du cardinal d'Aguirre, en 1687, el, depuis lors, est ríîlée de confiance par presque lous nos historiens. Dans quel but, dans quel intérêt aurait-on fabriqué celte Charte? Impossible de le savoir. Où trouver, en Espagne, ou même en France, au XIII'', XVe, XVI1', el mème au XVII** siècle, un homme capable de forger un document si précieux, où toutes i' - parties historiquement substantielles si lient, se correspon dent et se coordonnent si admirablement ? où les noms des lieux p| des personnes coïncidenl si bien avec let'aiis et la narration de ['historien? où Ionies les circonstances du temps, les noms des évêques qui assistèrent à la dédicace de l'église d'Alaon, sonl ra contés avec toute la précision d'un témoin contemporain et même oculaire? Non, non; une telle fabrication eût élé quelque chose de merveilleux et de compléLemenl impossible à concevoir au XVIe comme au XIIIe siècle.

Quel est donc l'adroit et intelligent faussaire qui a fabriqué la Charte d'Alaon? Personne ne Ta connu ni deviné jusqu'à la pu blication de VEssai sur les Mérovingiens d'Aquitaine et sur In Charte d'Alaon! h soupçons de l'auteur se portaient d'abord sur deux savants espagnols, Dormer et Compte; mais n'ayant pas assez de prise sur ces deux suspects, il accuse D. Juan Tamayo de Salazar, sans preuves, sans autre forme de procès, d'avoir fabriqué la Charte! El pourquoi, s'il vous plaît? Parce que Tamayo a publié des erreurs el donné pour des faits des tradi tions populaires ! Parce qu'un Id dans cet auteur, à Tan N29, quelques mots qui constatent la construction du monastère d'Alaon par le comte Vandrégisile, comm dit dans la Charte donl noire savant professeur voudrait contester Tauthenticité!

A'oici les paroles de noire prétendu faussaire : Sisebvtus, hujus rumine primus, episcofius Urgellensis, qui cum Bartholoméo, metro politam Narbonnensi, facultatem concessit Wandregisilo et Ma rin- , cjiis conjugi, comitibus Vasconia', trans Garumnam coiisirufntli monasterium Alaonensis ejus memoria, ad ■< DCCCXXXJI. {Martyrol. Hispan., l. V, p. 392.) Ces mois conslalent un fait : qu'y voil-on de si compromettant pour Thonneur de Tamayo, que M. B seul attaque? Rien. I.e savant professeur dit qu'il ne met pas hors de cause le pauvre Dormer, et déclare que la responsabilité des fictions accumulées dans la Charte ne doit pas retomber exclusivement sur lui. Sur qui donc? Sur Tamayo-, sans doule. Cet auteur avait publié des dru unients faux ; il a parlé de Vandrégisile dans son Martyrolo gium Hispanum.

Tout cela, dit, M. R , nous autorise à re regarder Tamayo. sinon comme fauteur, du moins comme le complice de la fabrication de la Charte d'Alaon! Je ne sais pas >*i cette induction paraîtra assez logique à nos lecteurs; quant à nous, nous la rejetons. Mais allonsplus loin : DoruierelTamayosonl ,e ies seuls coupables, ou au moins les .seuls inculpés; ont-ils fait ce faux en commun? Dans cette incertitude, notre professeur n'hésite pas à déclarer qu'ils ne se -ont pas concertés et qu'il esl plus aise (le mot est joli) de dire que Tamayo a tout forgé à lui seul. Grand Dieu! est-ce là la fameuse démonstration de la fabrica tion de la Charte9 Voilà donc le vil faussaire découvert, celui-là, au moins, qu'il est plus aisé d^accuser que tout aulre de ce faux! Cependant, notre honorable professeur n'en est pas sûr encore; car en parlant plus loin du malheureux incriminé, Tamayo, qu'il croit avoir convaincu à sou aise d'avoir tout forgé, il laisse échap per de sa plume ces mots : Si c'est lui que unus devons considérer comme l' inventeur de la Charte.' Écrire ces lignes, c'est passer T éponge sur les 175 pages de sa sophistique brochure!

Non, Tamayo n'a jamais invente cette Charte et n'aurait jamais pu la forger! Non, Tamayo, Dormer, Compte, Martinez et lous les moines d'Alaon ensemble n'auraient jamais pu , par la raison qu'ils n'avaient pas alors les chroniques et les matériaux nécessaires, rédiger un document si précis, si détaillé, si circonstancié dans son récit; les deux savants Thierry n'auraient pas élé a la hauteur de cette tâche au XVIIe siècle. Je crois donc à Tauthenticité de ce précieux diplôme; je l'ai cité avec confiance, comme il est cité par Sismondi, les bénédic tins D. Vais^-iie el D. de Vie, Fauriel, Michelet, Desnuchels, le comte de Peyronnet dans son Histoire des Francs, Henri Martin et lous nos meilleurs historiens modernes. J'ai du respect pour la science du savant professeur de Bordeaux; niais j'en ai bien davantage pour celle de ces célèbres écrivains qui, comme maî tres, sonl bien faits pour nous montrer la bonne route, et, comme guides, ne sauraient nous tromper.

II a paru à Bordeaux plusieurs autres "ouvrages sur certaines parties de nuire histoire, plusieurs écrits d'un haut intérêt, qui figurent avec distinction dans les Actes de V Académie des scù nces et arts de l'u nil eau. r. Nous les avons lus avec intérêt et consultés avec fruit; mais comme les auteurs de ces ouvrages existent encore, leur modestie nous impose une certaine réserve, et nous l'une d'en laisser Téloge à la postérité, qui. comme nous et mieux que nous, les appréciera el les louera avec une entière liberté. Après avoir dit un mol de nos devanciers dans la noble carrière que nous voulons parcourir, il convient de parler un peu de notre plan et des efforts que nous avons faits pour remplir le cadre que nous nous sommes tracé. Nous divisons notre travail en trois parties ; la partie civile et politique, la partie ecclésiastique, et la partie littéraire.

La première partie est subdivisée en deux, dont Tune s'étend jusqu'à 1789, et l'autre depuis cette époque jusqu'à 1830, Nous niions nos matériaux avec méthode et par ordre chronologique; nous avons compulsé avec soin les archives publiques et privées du pays; nous avons interrogé les siècles passés dans les Mémoires anciens et modernes, el demandé aux monuments, comme à l'histoire écrite, l'origine de notre cité, les révolutions qui en ont bouleversé le sol, qui ont étendu ou diminué sa population, agrandi son influence, développé son commerce, poli ses mœurs, et donné à ['ancienne Burdigala une civilisation précoce, avec lous les éléments d'une étonnante prospérité. Nous avons essayé de découvrir quels onl été les premier; habitants de Burdigala, quels ont été les maîtres qui, dans la suite de, siècles, ont présidé aux destinées de cette ville el lui ont donné des lois; quels ont élé les usages, tes habitudes socia- 5 lois des premiers Burdigaliens, les motifs et les époques des modifications que ces lois et habitudes onl subies; quels furent le caractère, les mœurs, la religion, le système gouvernemental, le progrès des science-, des lettres el des arts, dans celte ancienne capitale des Bituriges-Vivisques.

Nous ne perdons pas de vue les traditions locales, civiles ou religieuses, qui peuvent, envisagées au flambeau d'une critique impartiale, nous paraître respectables pour mériter un certain degré de confiance ou intéresser notre curiosité. Quant aux anecdotes et croyances populaires, aux opinions et aux faits peu certains que Tignorance présente souveni à la crédulité du peuple, nous ne nous y arrê terons guère; nous en laissons à d'autres et la défense et la réfu tation; nous ne serons, comme le dit Tite-Live, que Técho de Topinion publique; nous les donnerons pour ce qu'ils valent 1 1 '. ■- Les bons historiens, dit Montaigne sur celle matière, tiennent » registre des événements d'importance. Parmi les accidents » publics, sont aussi les bruits et les opinions populaires : c'esl » leur rôle de réciter les communes créances, non pas de les « régler. » (Essais, liv.

V, ch. 8.) Nous aurons à dérouler Tintéressant tableau des événements, des guerres et des révolutions qui ont eu lieu à Bordeaux et dans cette partie de la Guienne, depuis le temps des Bomains jusqu'à nos jours, depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui de Louis- Philippe, en 1830. Peu d'histoires, à f exception de celles des capitales des empires, présentent une aussi grande varii fails, une si étonnante diversité Tévénements remarquables, que celle de Bordeaux; il ne leur manque qu'une plume habile pour les dépeindre sous de plus belles couleurs el leur donner leurs proportions grandit Pour faire de notre mieux, nous avons lutte avec une persé vérante volonté contre de nombreux obstacles; nous avons com pulsé nous-même, ou fait compulser par des hommes habiles, les archives de Bordeaux et des chefs-lieux des départements cir convoisins, ainsi que les vieux cartons relatifs à la Guienne qui se trouvent entassés sur les rayons poudreux des salles de la Tour de Londres; nous n'avons rien épargné, ni peine, ni temps, ni dépense, pour mériter la confiance du public; et, ne pouvant pas espérer d'être parfait, -nous nous sommes efforcé d'être complet.

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