Front matter
HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE PARIS. — IMPRIMERIE DE CH. NOBLET 13, rue Cui*9ï--^1878. HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS' D'AMÉRIQUE DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS PAR FREDERICK NOLTE TOME 1 PARIS LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER ET G1», LIBRAIRES-ÉDITEURS 35, QUAI DES ORANDS AUGUSTINS, 35 1879 Tous droits réservés. PRÉFACE La place trop restreinte que l'on donne aux Etats- Unis dans l'étude de l'histoire contemporaine n'est pas en rapport avec l'importance du rôle qu'ils jouent dans les relations politiques et commerciales de notre siècle. Les origines de cette nation, ses progrès rapi des, sa constitution, son esprit, les noms illustres des hommes qui l'ont faite, tout cela fournit cependant la matière des plus intéressantes recherches. Déjà un grand nombre d'écrivains ont touché, dans différents ouvrages, presque tous les points de cette histoire.
Pour nous, nous avons voulu, dans ce livre, embrasser toutes les périodes de la vie du peuple amé ricain, depuis sa naissance jusqu'à nos jours. Afin de donner à notre ouvrage un intérêt nouveau et, pour ainsi parler, une couleur locale, nous avons puisé nos renseignements surtout aux sources étrangères. Parmi les travaux que nous avons consultés, nous citerons PRÉFACE. 2 plus particulièrement Barne's centenary et Ridpath's History os the United States. Quelques écrits français cependant, et en première ligne les études de M. La boulaye sur les États-Unis, nous ont été d'un puissant secours. Nous avons présenté les faits dans toute leur sim plicité, sans les faire suivre d'aucun commentaire, laissant au lecteur le plaisir et la liberté de tirer lui-même des événements leur conclusion. Et d'ailleurs quel intérêt pourraient ajouter quelques réflexions person nelles au récit des entreprises hardies, et des succès éclatants d'un peuple qui, jeune encore, frappe d'ad miration la vieille Europe ?
C'est donc seulement de la simplicité de notre ex position, en même temps que de la nouveauté de notre étude, que nous nous recommandons auprès du lecteur. HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS CHAPITRE PREMIER Epoque préhistorique. Les Constructeurs de monts]; leurs travaux. Incertitudes au sujet de leur provenance et des causes qui amenèrent leur disparition totale. — Les Indiens. Description du type indien. Déformation artificielle des crânes. — Les Esquimaux et leurs mœurs. — Division des Indiens en cinq catégories de peuples: 1* les Algonquins; 2" les Hurous-Iroquois; 3" les Cherokees ; 4» les Mobilians ; 5° les Dakotas. Langues indiennes. Caractère et moeurs des Indiens. Condition de la femme chez ces peuples, Façon de combattre des Indiens.
Chapitre II
Premières découvertes du Nouveau Monde par les Suédois et les Norvégiens. Preuves matérielles de leur passage. Traditions islandaises et scandinaves. — Oubli de ces premières découvertes et de l'existence d'un second continent. — Tradition dieppoise : Jean Cousin ; son voyage de découvertes. Vraisemblance de la tradition ; le Guls-Stream. Les habitants de la Suède et de la Norwége pré tendent avoir les premiers découvert TAmérique. — Si Ton s'en rapporte à leur témoignage, le Nouveau Monde aurait été vu pour la première fois en Tan 1000, par un navigateur nommé Biorne, dont le vaisseau avait été écarté de sa route par une tempête. A son retour, il fit des récits si enthousiastes sur les richesses du pays qu'il n'avait pourtant qu'entrevu, qu'il ex cita Tesprit d'aventures de ses contemporains, et qu'a près lui, d'autres navigateurs firent le même voyage, découvrant successivement Terre-Neuve, la Nouvelle- Écosse et Vineland qu'on suppose être la côte de la Nouvelle-Angleterre.
Us se mirent même en rapport avec les sauvages et fondèrent quelques établisse ments. On raconte que, comme ils y séjournaient plusieurs hivers, la femme d'un riche Islandais nommé Karlsefni donna le jour à un enfant mâle, le premier né de parents européens sur la terre américaine. Cet enfant, appelé « Snorre, » devint le fondateur d'une famille illustre à laquelle appartint le célèbre sculp teur danois Thorwaldsen. II faut rappeler ici que, de tout temps, les Danois, les Suédois et les Norwégiens ont été de grands et hardis marins, et il est encore rare à notre époque de ren contrer, lors d'une expédition quelque peu aventureuse, un équipage de navire qui ne compte pas un homme appartenant à Tune de ces nations. Lorsque nous jetons les yeux sur une carte, la distance ne nous paraît pas énorme entre la Norwége et TIslande, ni entre le Groënland et le Labrador.
U est donc naturel de penser qu'un marin ayant atteint ce dernier point, poussé par une juste curiosité de connaître les nouvelles terres qui se présentaient à lui, ait continué ses découvertes et exploré la côte de TAmérique du Nord. Cette supposition se présente si naturellement à Tesprit qu'on se sent forcé del'admettre, d'autant plus que les « Hommes du Nord, » comme on les appelait alors, avaient certainement connu l'Islande il y a un millierd'années et y avaient fondé des établissements. Dans les annales de l'Islande, il est dit qu'une expé dition fut envoyée au Groënland, qu'elle y séjourna quelque temps, et il est encore possible que quelques membres de cette expédition se soient détachés de leurs compagnons dirigeant leur entreprise vers le Nord, et que, servis par un hasard heureux, ils aient atteint le Labrador.
En tout cas, les traditions islandaises rapportent que des « Hommes du Nord, » en voyageant vers Touest, arrivèrent en Tan 1000, dans une contrée si tuée au delà du Groënland et qui ne peut être que TAmérique. En outre, il a été publié quelques ouvrages cherchant à prouver que les Scandinaves ont connu et habité TAmérique bien avant Tarrivée de Christophe Colomb, et le professeur Rafn, de la Société royale des Antiquités du Nord à Copenhague, a écrit un livre dans lequel il dit positivement que les « Hommes du Ncrd » visitèrent le Nouveau Monde et'en explo rèrent les côtes vers Tan 1000, et très-probablement entrèrent dans la baie de Narragansett. S'il en était ainsi, cette affirmation viendrait confirmer la croyance généralement répandue aux États-Unis que la vieille tour ronde appelée « Vieux moulin de pierre, » située dans la ville de Newport et dont la véritable origine a toujours été Tobjet de nombreuses recherches, aurait été bâtie par ces premiers explorateurs de TAmérique.
Cependant les « Hommes du Nord » oublièrent la nouvelle route qu'ils avaient comme tracée à travers l'Océan et jusqu'à Texistence de la terre que leurs ancêtres avaient découverte. Us ne laissèrent derrière eux aucun vestige réel de leur occupation; on leur attribue, comme il est dit plus haut, la construction de la vieille tour de Newport, et plusieurs antiquaires PREMIÈRES DÉCOUVERTES DE L' AMÉRIQUE. 27 ont cru pouvoir déchiffrer Tinscription trouvée sur un rocher près de Dighton, dansl'État de Massachusetts: ils prétendaient y reconnaître le langage islandais. Mais, après de longs débats, cet argument dut être abandonné, quelques savants ayant fait remarquer que Tinscription en question avait beaucoup de ressem blance avec d'autres inscriptions trouvées sur des ro chers dans Tintérieur des États-Unis et que leslndiens avaient gravées.
Les légendes scandinaves abondent en traditions de cette sorte, mais il n'en est aucune qui puisse nous donner un renseignement certain. Néanmoins, on ne saurait refuser de croire que les « Hommes du Nord d ont, à une époque très-reculée, et de beaucoup anté rieure à la venue de Christophe Colomb, atteint les côtes de TAmérique du Nord. Pendant cinq siècles, aucun navire n'essaya de reprendre le passage oublié à travers Timmensité de TAtlantique; toutes les possessions des « Hommes du Nord » avaient été abandonnées, et nul au monde ne se souvenait plus de Texistence d'un autre continent. C'est tout au plus si quelques-uns des plus âgés parmi les Islandais se rappelaient les contes fantas tiques que leur avaient transmis leurs aïeux sur une contrée située à Touest, bien au loin, et évoquaient, durant les longues soirées d'hiver, ces légendes mer veilleuses auxquelles d'ailleurs ils n'attachaient aucune créance.
Puis, peu à peu le nom de ce pays s'effaça des mémoires, le voile qui avait été un instant soulevé entre T ancien monde et le nouveau était retombé, et ce dernier demeurait caché dans l'ombre de Tinconnu. Si l'on s'en rapporte à une tradition dieppoise qui offre un certain caractère d'authenticité, on pourrait attribuer à un Français Thonneur d'avoir le premier, dans les temps modernes, mis le pied sur le sol américain. A la fin du quinzième siècle, Dieppe était à la fois notre grand port de commerce et notre grand port militaire ; ses marins, braves et hardis, se laissaient souvent, dans leur fiévreuse ardeur, emporter par la tempête à d'énormes distances. — L'un des pilotes les plus en renom à cette époque était un nommé Jean Cousin, élève de Tabbé Descaliers, savant astronome et mathématicien.
Tour à tour soldat et négociant, il s'était distingué dans un combat contre les Anglais, et avait fait ses preuves dans plusieurs voyages au long cours. Au bruit des découvertes que venaient de faire les Portugais en Afrique, quelques gros marchands dieppois s'associèrent et proposèrent à Jean Cousin de partir pour un voyage d'explorations. Cousin accepta, et en 1488 il mit à la voile. Arrivé à la hauteur des Açores. Cousin fut entraîné à Touest par un courant marin et aborda sur une terre incon nue qui devait être le Brésil, près de l'embouchure d'un fleuve immense, le fleuve des Amazones très-pro bablement. U prit possession de ce continent, mais, comme il n'avait ni un équipage assez nombreux, ni des ressources matérielles suffisantes pour fonder un établissement, il se rembarqua, et continua ses explo rations pour ne revenir à Dieppe qu'en 1489.
M. Paul Gaffarel, auteur de Tarticle auquel nous empruntons ces détails, fait remarquer avec raison que « la tradition dieppoise se fonde uniquement sur le hasard du courant qui aurait porté Cousin sur le continent américain. Or, ce courant existe; c'est le fameux Gulf-Stream. Ses eaux sont animées par un mouvement constant de translation, et leur force est tellement bien connue aujourd'hui que les navires, même à vapeur, qui font le trajet d'Europe au Brésil, s'engagent volontiers dans ce courant qui leur épargne une grande dépense de combustible et de temps. » — Nous ne nous occuperons pas de discuter la validité ou la fausseté de la tradition dieppoise, cependant on peut admettre que Cousin rencontra le Gulf-Stream et se laissa conduire, se fiant au hasard qui le servit admirablement. Sans chercher à modifier une opinion établie, nous avions relaté quelles étaient les prétentions des Sué dois et des Norwégiens au sujet de la première décou verte du Nouveau Monde; c'est un juste sentiment d'amour-propre national qui nous a fait rapporter le sujet de la tradition dieppoise, et nous y appesantir plus longuement '. 1 La découverte de s Amérique avant Christophe Colomb, par Paul G.iflarel.
(Revue politique et littéraire, 2 mai 1874.) PREMIÈRES DÉCOU\ ERTËS DE L AMÉRIQUE. Si les Islandais et les Norwégiens ont véritablement les premiers découvert le Nouveau Monde, il était réservé à un autre peuple de faire connaître à TEu rope Texistence d'un second continent. L'Espagne devait être le pays dont le bienveillant patronage allait ajouter un nouveau monde à Tancien.
Chapitre III
Disposition des esprits au quinzième siècle. Croyances répandues au sujet de la terre. — Christophe Colomb. Incertitude sur le lieu et la date de sa naissance. Ses premières années. Son mariage. Colomb conçoit le projet de rechercher de nouvelles terres. II fait part de son dessein à la ville de Gênes, qui le repousse. I! le présente au roi de Portugal et ne réussit pas mieux. II retourne à Gênes, renouvelle sa proposition et essuie les mêmes dédains. II veut faire connaître son projet au roi d'Angleterre, qui refuse de Técouter. Venise rejette les offres que Colomb lui fait. Colomb trouve un protecteur.il obtient une audience des souverains de TEspagne. Rejet de la proposition de Colomb. Colomb se décide à quitter TEspagne; ses offres sont acceptées. Première expédition. — Découverte des Iles San-Saivador, Santa-Maria, de la Conception, Fernandina, Isabella, Cuba et Haïti.
Colomb retourne en Espagne. II dirige successivement une deuxième et une troisième expédition. Découverte du nouveau continent. Après un quatrième voyage, il revient en Espagne et meurt. — Remarques sur son caractère. Cinq cents ans s'étaient écoulés depuis Tépoque où TAmérique avait été entrevue pour la première fois. Les ténèbres du moyen âge s'étaieut dissipées et l'Eu rope semblait avoir acquis une nouvelle vigueur. Une grande activité commerciale reliait entre elles les nations européennes; des voyages étaient entrepris dans toutes les directions ; les croisades, enfin, avaient développé Timportance maritime de certaines villes italiennes telles que Pise, Gènes et Venise ; le goût du luxe do minait partout, et de grandes relations commerciale? s'étaient établies entre toutes les nations de TEurope méridionale d'une part, et les Indes et la Perse de l'autre.
Les châles, les soieries, les pierres précieuses et les épices qui arrivaient de ces pays étaient fort recher chés, et chacun prenait un vif intérêt à la lecture des livres de voyages. Marco Polo venait d'écrire le récit de ses courses; d'autres racontaient les merveilles que renfermaient le Japon et la Chine dont le sol.disaient ils, scintillait de l'éclat des rubis et des diamants qui le recouvraient et où les perles étaient aussi abondantes que les cailloux en Europe. Tous ces récits devaient forcément enflammer Tima gination, et Ton ne songeait plus alors qu'à trouver les moyens d'arriver aux Indes par la mer, afin d'évi ter des transports et des voyag*es longs et pénibles. D'Italie, en effet, il fallait aller à travers la Méditer ranée jusqu'à la mer Roug-e, puis par caravanes sur le dos des chameaux par Tintérieur des terres jusqu'au pays des épices et des pierreries.
La terre était généralement considérée comme une vaste plaine dont tous les bords étaient entourés par un Océan immense. Quelques géographes, mieux ins truits, avaient déjà conçu Tidée de sa rotondité, mais, d'âpres leurs calculs, ils croyaient le globe infiniment plus petit qu'il n'est en réalité. Ils pensaient, en outre, que TAsie s'étendait beaucoup plus loin à Test, de sorte qu'en partant d'Europe et en suivant une route occidentale, on devait, après un très-court voyage, arriver à la côte orientale du seul continent connu. Washington Irving, parlant de la découverte de TA mérique, dit : « H est singulier combien le succès de cette grande entreprise a été la conséquence de deux hasards heureux : 1° Textension imaginaire del'Asie à Textrême est, et 2° la petitesse supposée de. la terre.
Ces deux erreurs étaient Topinion des plus érudits et plus profonds philosophes du temps, et certainement si Colomb n'y avait attaché pleine croyance, il ne se serait pas lancé dans son entreprise. » CHRISTOPHE COLOMB' « Fou sublime insulté par des sages vulgaires. » (Casimir Delavigne.) Le lieu et Tépoque de la naissance de ce grand homme ont soulevé de longues et vives controverses. Plus de dix endroits différents se sont disputé la gloire de lui avoir donné le jour. Certains auteurs le font naître à Nervi ou à Bugias co, petits bourgs des environs de Gènes, d'autres à Sa vone ou à Plaisance, et enfin des savants tels que Au gustino Giustiniani, Antonio Gallo, Muratori, Was hington Irving et le baron de Humboldt affirment qu'il naquit dans la ville de Gênes même. Christophe Colomb, dans son testament, semble trancher la difficulté : il dit positivement qu'il est né dans la ville de Gênes 2.
Quant à la date précise de sa naissance, elle reste, comme tous les autres événements de sa vie qui sont 1 Colomb, en italien, Colombo; en espagnol, Colon ou Colomo; en latin, en anglais et en allemand, Cohembus. * Biographie générale, t. XI. antérieurs à sá correspondance avec Toscanelli (1474), enveloppée d'une profonde obscurité. Les différentes hypothèses relatives à Y âge de Colomb, dit le baron de Humboldt, laissent une incertitude de vingt-cinq ans. Ainsi, tandis que quelques auteurs donnent les dates de 1430, 1436, 1441, 1445, 1446, 1447, 1449, Willard, dans son Histoire des États-Unis, croit être sûr de Tannée 1455. Son père, Dominique Colomb, était fabricant d'é toffés de laine, « olim textor pannorum, » à Gênes; une de ses sœurs se maria avec un charcutier, ce qui indique, bien qu'on en ait dit, que Christophe Colomb n'était point gentilhomme, mais appartenait, au contraire, à une des familles les plus pauvres d'Italie.
D'ailleurs, son instruction fut tout élémen taire, car il n'apprit, dans son enfance, qu'à lire et à écrire. Plus tard, il acquit quelques notions d'a rithmétique, de dessin et, vers Yàge de dix ans, il fut envoyé à l'université de Pavie, où il étudia la géomé trie, la géographie et l' astronomie, alors appelée science de la navigation. A quatorze ans, il quitta l'université, se sentant pris d'un irrésistible penchant pour la mer, et s'embar qua. II fit partie de plusieurs expéditions, soit sur la côte de Guinée, soit sur les vaisseaux de Gênes alors en guerre contre Venise. Entre ce moment et Tépoque où il vint en Espagne, il est difficile de dire avec précision ce qu'il fit. On sait toutefois qu'en 1470, Colomb épousa une jeune demoiselle noble dont le père avait été l'un des navigateurs au service de Tinfant Don Henri de Portugal.
Sa belle-mère, devenue veuve peu de temps après cette union, pria Colomb et sa femme de venir habiter avec elle et les entretint souvent des voyages et des découvertes de leur père; enfin, elle remit à son gendre les cartes, les mémoires et les instruments nautiques dont s'était servi son mari. L'imagination de Colomb fut tellement enflammée par ces entretiens qu'il conçut des idées de découver tes et commença à nourrir le projet qui, par la suite, ne fit que grandir, de rechercher de nouvelles terres. D'après les écrits laissés par de précédents naviga teurs et les récits de quelques marins entraînés par des tempêtes, il supposait qu'il en existait sur la route entre l'Europe et les Indes occidentales et il croyait devoir forcément y arriver en se dirig-eant de Test à Touest. De plus, la passion des voyages et des découvertes qui régnait alors sur l'Europe ne pouvait qu'ex citer Colomb et entretenir son enthousiasme.
II faut remarquer ici que Colomb mêla toujours à ses méditations un sentiment éminemment religieux ; il se croyait même, dit-il, dans une de ses lettres, comme choisi par le ciel pour l'accomplissement de grands desseins. Colomb fit part de son projet à la ville de Gênes, son pays natal, et demanda qu'on lui fournît les moyens de l'exécuter, mais sa proposition, traitée de chimérique, fut rejetée. C'est sous l'impression de ce refus qu'il fut appelé à la cour du roi de Portugal, Jean II, auquel il exposa ses vues. Le roi, peu convaincu d'abord, consentit ensuite ; pourtant on ne put s'entendre sur la récompense à accorder à Colomb en cas de réussite. Pendant le temps de cette négociation, le roi, sur le conseil que lui en donnèrent quelques courtisans peu scrupuleux, organisa secrètement une expédition et une caravelle fut envoyée sur la route qu'avait indiquée Colomb.
Après une navigation assez longue, le pilote, ne voyant devant lui que Timmensité de la mer et n'ayant aperçu aucune terre, revint à Lisbonne ; puis, afin de détourner de lui tout blâme pour n'avoir pas persévéré et poussé plus loin ses recherches, il s'ef força de tourner en ridicule Tentreprise de Christophe Colomb. Sur ces entrefaites, la femme de Colomb étant morte, celui-ci quitta le Portugal avec son fils Diego, vers Tannée 1484. Enfin, désireux de faire rejaillir sur la ville où il était né la gloire qu'il devait retirer de sa découverte, il retourna à Gènes, renouvela ses offres aux magistrats, mais n'essuya que de nou veaux dédains. De là, Colomb alla en Espagne et dépêcha son frère au roi d'Angleterre, Henri VII, qui refusa de Técouter et même de le recevoir. . II communiqua aussi son projet aux Vénitiens; là encore il échoua.
Malgré tous ces insuccès, il ne se laissait pas abattre et, loin d'abandonner ses idées, il puisait, pour ainsi dire, une nouvelle force dans sa mauvaise for tune. « Non f régit eum, sed erexit, » comme dit Népos, de Thémistocle. Enfin, un jour, en se rendant à Huelva, Colomb, dénué de tout, frappa à la porte d'un couvent de fran ciscains dédié à Sauta Maria de la Rabida, et pria le portier de lui donner un peu de pain et de Teau pour son fils Diego qui Taccompagnait. Le prieur du couvent, Juan Perez de Marchena, homme fort instruit surtout en géographie et en science nautique, survint à ce moment et fut frappé de la noble fierté et de Tin telligence qu'exprimaient les traits de Colomb. U lui fit raconter sa vie et ses projets, et s'intéressa tant à lui qu'il le persuada de rester quelques jours au couvent.
Au printemps de Tannée 1486, Colomb se rendait à la cour d'Espagne, muni d'une lettre de recommanda tion que lui avait donnée son bon ami le prieur du couvent de la Rabida pour Fernando de Talavera; ce personnage, prieur du Prado et confesseur de la reine Isabelle, jouissait d'une grande autorité auprès de cette princesse. Néanmoins, comme la politique et les guerres contre les Maures absorbaient Tattention des deux souverains des royaumes de Castille et de Léon, Colomb ne put se faire entendre d'eux, et, se trouvant sans ressources, il dut gagner son pain en copiant des cartes de géographie. Après beaucoup de démarches et de peines, il réussit à se créer quelques appuis à la cour, et fut reçu par le roi Ferdinand et la reine Isabelle, qui nom mèrent une commission de savants à Teffet de con trôler les chances de succès du projet qui leur était soumis.
Cette commission se réunit à Salamanque, et ce fut en cette circonstance qu'on renouvela à Christophe Colomb, à propos de la sphéricité de la terre dont il se montrait un chaud partisan , cette grande objection des antipodes tirée de Lactance et qu'on lui dit avec cet auteur : « Est-il rien de plus absurde que de croire qu'il y a des antipodes ayant leurs pieds opposés aux nôtres, des gens qui marchent les talons en Tair et la tête en bas ? Qu'il y a une par tie du monde où tout est à Tenvers, où les arbres poussent avec leurs branches de haut en bas, tandis qu'il pleut, qu'il grêle et qu'il neige de bas en haut ' ? » Malgré toutes les explications que fournit Colomb à cette assemblée, son projet fut rejeté comme vain et irréalisable. En 1491, communication lui fut donnée de la décision de la commission et il retourna à Séville, le désespoir dans lame.
Ses instances à la cour d'Espagne avaient duré six ans qu'il avait employés à augmenter encore ses connaissances nautiques et géographiques par la fré quentation des bibliothèques. II retira un grand profit' de la lecture de T« fmago Mundi > du cardinal Pierre 1 Biographie générale, t. d'Ailly, qui lui mit sous les yeux la narration com plète des voyages tentés par de précédents navigateurs. Sur le point de quitter TEspagne pour se rendre en France où Tappelait le roi Charles VIII, il retourna au couvent de la Rabida pour y reprendre son fils Diego qui y était resté, mais le prieur, aussitôt qu'il eut connaissance du dessein de son protégé, fit tant et si bien par lui et par ses amis, qu'Isabelle, reine de Castille, et son époux Ferdinand consentirent aux demandes que faisait Colomb et aux conditions qu'il stipulait : en cas de réussite, il devait être investi de la charg-e et des privilèges d'amiral et de vice-roi des pays qu'il découvrirait, avoir le dixième de l'or, des pierreries et des bénéfices qui reviendraient au royaume de Castille soit par la conquête, soit par le commerce.
Enfin, il reçut les autorisations nécessaires pour procéder à l'armement de trois vais seaux. Deux navires lui furent fournis, après de nombreux délais et de g-randes difficultés, par les habitants de Palos; Colomb supporta lui-même les frais de Tarme mept du troisième, aidé en cela par les deux frères Martin Alonzo et Vincent-Yanez Pinzon. L'aìné de ces deux hommes, Vincent-Yanez, était depuis peu de temps de retour d'un voyage à Rome, lorsqu'il fit connaissance avec Colomb. Mais déjà il avait entendu parler des projets du Génois et avait résolu de s'y as socier. U gagna son frère à cette résolution, et tous deux proposèrent à Colomb de partager les hasards et les dépenses de l'expédition. Ce fut donc avec les trois bateaux qu'il était ainsi parvenu à réunir et dont deux n'étaient que des bar ques légères, non pontées, appelées caravelles, que Colomb entreprit la découverte du Nouveau Monde '.
Toutefois, il ne faudrait pas s'étonner outre mesure du courage qu'aurait témoigné en cette circonstance Colomb, car dans son journal de bord parlant des trois navires composant son expédition, il les trouve « très convenables pour une pareille entreprise. » Christophe Colomb arbora son pavillon sur la Santa- Maria, et les deux autres bâtiments, la Pinta et la Nina, eurent, comme commandants, les deux frères Pinzon. Enfin, le vendredi 3 août 1492, après avoir entendu la messe et reçu la communion des mains de son ami le prieur de la Rabida, Juan Perez, Colomb, plein de confiance dans la protection divine, partit du port de Palos. On relâcha, d'abord, aux îles Canaries pour réparer l'un des vaisseaux, puis les trois navires remirent à la voile pour se lancer dans Tentreprise la plus auda cieuse dont Thistoire fasse mention.
Un mois s'était à peine écoulé depuis leur départ que le mécontentement et les murmures commencèrent à se faire entendre parmi les compagnons de Colomb : • Biographie universelle de Michaud. plusieurs, le traitant de fou et d'halluciné, proposèrent de le jeter à la mer et de retourner en Espagne. Co lomb s'aperçut de la disposition de leurs esprits et imagina de les tromper en faussant sur les livres de loch (et à cause de cela il eut soin de les tenir en double) la longueur du parcours déjà fait que chaque jour il inscrivait. Après avoir apaisé plusieurs révoltes que les équipages des trois vaisseaux avaient commencé à soulever contre lui, Colomb, les 16 et 17 septembre, vit flotter sur la mer des herbes qui semblaient détachées de rochers; en ayant recueilli, il y trouva un crabe vi vant, « indice certain, disait-il, de la proximité de la terre. » Chacun reprit courage et, le 18 septembre, Martin- Alonzo Pinzon, commandant de la Pinta, aperçut une multitude d'oiseaux voler vers le couchant ; ce fait lui fit concevoir, ainsi qu'à Christophe Colomb auquel il en fit part, l'espérance de découvrir la terre avant que le jour ne fût passé.
Les preuves de Texistence d'une terre voisine devin rent de plus en plus fréquentes et entretinrent ainsi les espérances de tous, mais bientôt elles disparurent et ce n'est que le 1er octobre que des indices analogues furent de nouveau aperçus. Le 11 octobre, la Pinta recueillit sur la mer un bâton artistement travaillé et dans un genre inconnu jusque-là. Dans la soirée du même jour, pendant les premières heures de la nuit, on aperçut, au loin en avant, une lumière et, peu de temps après, un marin de la Pinta, nommé Rodrigo de Triana, vit une masse obs cure dans laquelle, quand elle devint plus nette, on reconnut la terre. C'est donc le vendredi 12 octobre 1492, à deux heures du matin, que le Nouveau Monde fut découvert par Christophe Colomb, après une traversée qui n'a vait pas duré moins de soixante et onze jours.
La terre sur laquelle le lendemain les trois équi pages débarquèrent, cette terre, promise par Christophe Colomb, était l'île San-Salvador, nom que lui donna Colomb en en prenant possession au nom de ses royaux protecteurs. Sur les indications que lui donnèrent les naturels de l'île, Colomb repartit avec ses navires à la recherche d'autres îles et découvrit ainsi les îles Santa-Maria, de la Conception, Fernandina et Isabella, et arriva enfin à Cuba. C'est dans cette dernière île que les Espagnols virent, pour la première fois, des Indiens qui tenaient à la main des rouleaux minces de feuilles sèches allu més par l'un des bouts et dont ils aspiraient la fumée. Les Indiens nommaient ces rouleaux « tabaccos, » mot dont les Français ont fait « tabac ' . » Après une exploration des côtes et de Tintérieur de Cuba, Colomb remit à la voile et arriva à l'île de Saint- Domingue qui, pendant longtemps, garda ce nom, mais qui, depuis Tinsurrection des nègres, a repris son 1 Biographie générale, tome ancien et premier nom de Haïti.
La dernière descente que fit Colomb dans les nouvelles terres qu'il visitait fut sur la côte, à peu de distance du lieu où depuis a été bâtie la ville du Cap français. Ayant laissé trente-huit hommes de son équipage dans un fort qu'il avait fait construire dans l'île Espa nola, autre nom de Haïti, dont le cacique ou roi était devenu de ses amis, Colomb retourna en Espagne pour y rendre compte de sa mission. En route, il fut as sailli par une violente tempête, et obligé de relâcher dans le Tage. II envoya aussitôt, demander au roi de Portugal la permission de mouiller, jusqu'au beau temps, dans le port de Lisbonne, ce qui lui fut accordé avec beaucoup d'empressement. Puis, s'étant rendu à la cour, sur Tinvitation que lui en avait faite le roi, Colomb y fut reçu avec tous les honneurs dus à son mérite et à son rang, et le roi écouta avec admira tion le récit merveilleux de son voyage '.
Sept jours après, Colomb continuait sa route, et le 15 mars 1493 à midi, il entrait dans le port de Palos, après une absence de sept mois et douze jours. Son arrivée à Barcelone, où se tenait la cour, fut un véritable triomphe. Les deux souverains Ferdinand et Isabelle le comblèrent d'honneurs et de marques de distinction ; tous les privilèges qui lui avaient été pro mis lui furent confirmés et alors, enfin seulement, les habitants de la ville de Gênes s'enorgueillirent d'être ses compatriotes. 1 Le Monde, tome X. Six mois plus tard, le 25 septembre 1493, Colomb, muni de pouvoirs illimités, partait de Cadix, certains auteurs disent de Palos, avec une flotte de dix-sept navires pour aller fonder des établissements dans les contrées qu'il avait découvertes. Mais bientôt après, il revenait en Espagne pour se disculper des imputations fausses et mensongères que des envieux avaient fait parvenir jusqu'à la cour.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.
