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Nouvelle géographie universelle (1/19) I L'Europe meridionale (Grèce, Turquie, Roumanie, Serbie, Italie, Espagne et Portugal) (part 4 of 4)

Part 4 of 4 · Élisée Reclus · Public domain text

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Nouvelle géographie universelle (1/19) I L'Europe meridionale (Grèce, Turquie, Roumanie, Serbie, Italie, Espagne et Portugal) (part 4 of 4)

Les chaînons qui de ces massifs pyrénéens se dirigent vers le golfe de Gascogne sont également fort irréguliers dans leur allure. La plupart se relient les uns aux autres par des arêtes transversales, parallèles à l'axe des Pyrénées, de sorte que les torrents ont à chercher péniblement leur porte de sortie. Ainsi, la Bidassoa, qui dans la partie inférieure de son cours sert de limite entre l'Espagne et la France, commence d'abord par couler au sud, par le val de Baztan, puis, après un long circuit, revient vers le nord pour se mêler aux eaux salées de l'estuaire de Fontarabie. Elle sépare ainsi des Pyrénées un massif distinct, dont l'une des cimes principales est la fameuse montagne de la Rhune, sur la frontière française. Plusieurs autres sommets du littoral sont isolés de la même manière et s'élèvent à une hauteur égale à celle des pointes situées sur l'axe de la chaîne. Parmi ces pics dominateurs on peut citer le Mendaur, qui se dresse à l'ouest de la vallée de la Bidassoa, la Haya ou la montagne des Trois-Couronnes, qui, vue des plaines de l'Adour, commence si superbement l'Espagne, le mont Oiz, si bien entouré par une ceinture de vallées ombreuses, et les monts qui se terminent, entre Bilbao et Guernica, par les roches abruptes du cap Machichaco. Une montagne non moins isolée est celle qui s'élève au nord de la plaine d'Irun, entre l'estuaire de la Bidassoa et le bassin de los Pasages, alternativement empli et vidé, par la marée. C'est le Jaizquibel l'Oeaso des anciens, le sommet aux longues croupes revêtues de bruyères, d'où l'on contemple l'admirable tour d'horizon formé par les montagnes et les vallées du pays Basque, l'Adour, les Landes françaises et l'Océan. Le promontoire terminal du Jaizquibel, le cap de Higuer ou du Figuier, est l'angle extrême du littoral cantabre et fait face aux deux rochers de Sainte-Anne, dressés en pleine mer; de l'autre côté du golfe de la Bidassoa: ce sont les bornes méridionales de la côte française.

Dans cette étroite zone du versant basque se trouvent représentées de nombreuses formations géologiques, du granit et des porphyres aux roches calcaires jurassiques et crayeuses et aux terrains d'alluvion déposés par les rivières. Cette grande variété d'origine et la multitude des fissures qui en ont été la conséquence ont donné aux provinces basques un trésor de mines qui a toujours été d'une certaine importance économique, mais qui ne peut manquer d'assurer tôt ou tard à ces contrées un rôle très-considérable dans l'industrie du monde. Le cuivre, le plomb y sont abondants, mais la grande richesse consiste en minerai de fer de toute espèce, se prêtant à la fabrication de tous les articles de fonte et d'acier. Le fer «vernissé» ou «gelé» que fournit la mine de Mondragon, dans les collines du Guipúzcoa, est celui dont on se servait jadis pour préparer l'acier incomparable des lames de Tolède. De nos jours, ce sont des mines voisines qui donnent une partie de l'acier utilisé pour les canons Krupp. Des montagnes entières sont tellement remplies de lits ferrugineux, que des compagnies minières les achètent en bloc, non dans l'espoir de les exploiter en entier, mais afin de priver de l'excellent minerai les compagnies rivales. Le champ minier, sinon le plus vaste, du moins le plus connu et le plus activement exploité de ces contrées est celui de Somorrostro, à l'ouest de la rade de Bilbao. Ce gîte, d'une superficie de plus de 20 kilomètres carrés, est composé de masses ferrugineuses intercalées dans une couche de sables micacés; elles sont très-faciles à fondre et donnent un métal d'une malléabilité tout exceptionnelle. Quand l'exploitation des mines n'est pas arrêtée par la guerre civile, le pays tout entier est d'une couleur de rouille: «les champs, les chemins, les maisons et jusqu'à la peau des gens. La poussière de minerai a tout recouvert d'une teinte rougeâtre uniforme, sur laquelle tranche le vert éclatant des maïs et des grands châtaigniers.»

Les sierras qui s'alignent dans l'Aragon, parallèlement à l'axe des Pyrénées, se continuent aussi dans la Navarre et les provinces Vascongades, mais en se confondant en maints endroits avec des chaînons latéraux du grand faîte de partage. La sierra de la Peña se prolonge à l'ouest de la rivière Aragon par deux arêtes, l'une qui s'unit aux rameaux pyrénéens et va passer au nord de Pampelune sous le nom de montagnes de San Cristóbal, l'autre la sierra del Perdon, qui court assez régulièrement vers l'ouest et se redresse pour former la Higa de Monreal, mont célèbre dans les légendes, et le meilleur poste d'observation pour embrasser du regard tout l'ensemble de la Navarre. A l'ouest de Pampelune et de l'Arga la chaîne du nord s'étale en un plateau fort accidenté et surmonté de cimes: c'est la sierra de Andía, que continuent jusqu'à l'Èbre les montagnes de Vitoria et dont les ramifications s'enchevêtrent bizarrement pour former cette région des Amézcuas si favorable aux partisans. L'autre, d'abord plus indistincte, limite au sud le Carrascal ou le «pays des chênes verts», région aussi sauvage que les Amézcuas et non moins souvent ensanglantée par les guerres civiles. Au delà de ce massif, la crête principale va former les monts Cantabrio; ceux-ci s'unissaient jadis, avant l'ouverture des défilés de l'Èbre, avec les monts Obarenes, sorte de bordure en saillie qui marque, sur la rive méridionale du fleuve, la limite du plateau des Castilles et dans laquelle s'ouvrent les fameuses gorges de Pancorbo. Ainsi se trouve complétée la jonction de tous les systèmes montagneux du pays Basque. Les Pyrénées sont rattachées à la sierra de Andía par le seuil d'Alsásua, où passe le chemin de fer de Vitoria à Pampelune, et les monts sous-pyrénéens sont eux-mêmes reliés aux chaînes du plateau castillan. Quant à la province de Logroño, tous les chaînons qui la parcourent sont des contre-forts extérieurs du même plateau: à l'ouest, ce sont des rameaux du massif de la Demanda; à l'est, ce sont les deux chaînes de Camero Nuevo et de Camero Viejo, s'abaissant de la sierra Cebollera vers les plaines de l'Èbre [191].

[Note 191: Altitudes de la Navarre et du pays Basque:

Col de Velate 868 mètres. » Azpiroz 587 » Mont Aitzcorri 1,535 » Col de Arlaban 617 » Peña Gorbea 1,537 » Mont Mendaur 1,132 » Mont Haya 987 » Jaizquibel 583 » Sierra de Andia 1,454 » Col de Alsásua 596 » Vitoria 513 » Pampelune (Pamplona) 420 » ]

Le vaste labyrinthe des montagnes basques et navarraises présente en plusieurs districts, principalement sur le versant de l'Èbre, des paysages tout à fait castillans par l'âpreté, la nudité de ses pentes: le déboisement à outrance pratiqué par les maîtres de forges a enlaidi, aussi bien qu'appauvri la contrée. La Navarre méridionale offre même de véritables déserts, qui se rattachent aux tristes landes des Bardenas aragonaises; entre Caparroso et Valtierra, au sud de la rivière Aragon, le voyageur ne traverse que des collines gypseuses ou salines, presque sans végétation. Mais dans le pays Basque et la Navarre occidentale, où les pluies tombent en abondance, toutes les hauteurs qui ont gardé leur verdure offrent le plus grand charme dans la succession de leurs sites. Les forêts de hêtres, les bois de châtaigniers, les bouquets de chênes, les prairies inclinées des vallons, les eaux courantes que l'on voit briller sous l'ombrage des aunes, forment le plus aimable contraste avec les parois de grès ou de calcaire qui se dressent au-dessus de la verdure. Dans les vallées, sur les coteaux, aux pentes des montagnes, des villages éparpillent leurs petites maisons blanches au milieu des vergers. Pendant la saison des fleurs, les innombrables pommiers mêlent dans la campagne l'aspect de l'hiver à celui du printemps.

Les vents humides du nord-ouest, qui soufflent très-fréquemment du golfe de Gascogne, entretiennent dans ces contrées une température moyenne fort égale. Les pluies y sont très-abondantes, surtout aux changements des saisons; mais aucune période de l'année n'en est privée. Sur le versant atlantique des monts, la chute annuelle de pluie est d'au moins un mètre et demi, c'est-à-dire triple de celle qu'on observe dans les plaines de l'Aragon. Aussi le climat local n'a-t-il rien de la nature africaine qui domine sur les plateaux de l'intérieur et sur les rivages méditerranéens; il ressemble beaucoup plus à celui de l'Irlande et des Pays-Bas qu'à celui de Valence et de Murcie. Grâce à l'influence de l'Océan voisin, la contrée n'a pas à souffrir de fortes chaleurs estivales; elle ne redoute guère non plus les froids de l'hiver, car le vent marin les tempère, et les premiers monts des Pyrénées arrêtent au passage l'âpre souffle du nord et du nord-est. S'il n'avait le désavantage d'un excès d'humidité, le pays Basque aurait un des climats les plus agréables de la terre; du moins est-ce l'un des plus salubres. C'est aussi l'un de ceux qui se prêtent le mieux à la production agricole. Dans les années de paix, la Navarre, les provinces Basques et la Rioja, qui s'étend sur la rive gauche de l'Èbre, sont parmi les contrées les plus riches de l'Espagne en blé, en vins, en huiles, en bestiaux; avant la guerre civile, la Navarre approvisionnait la France méridionale de viande de boucherie et de vins à bas prix, et depuis, des armées vont et viennent dans ses campagnes sans les épuiser. Pendant leur première grande guerre, les carlistes, presque toujours enfermés entre l'Èbre et les Pyrénées, eurent constamment d'amples ressources; malgré le manque de bras et le gaspillage que les combats, les siéges, les assauts entraînent après eux, la terre suffisait toujours à les nourrir, tandis que le sous-sol leur donnait en abondance le fer pour les combats.

L'égalité de température et l'humidité du sol sont aussi très-favorables au développement rapide de la végétation arborescente. Sur le versant atlantique, la population, fort nombreuse, profite de ces avantages du climat pour cultiver une grande variété d'arbres fruitiers, surtout des pommiers, dont le cidre, ou zagardua, est une boisson très-répandue dans les trois provinces. Dans les vallées pyrénéennes de la Navarre, où les habitants sont encore clair-semés, les forêts ont gardé leur uniformité première; elles n'en sont pas moins belles. Celle d'Iraty, où l'on ne pénètre que par d'âpres défilés et des montagnes escarpées, est l'une des plus grandioses, aussi bien que l'une des plus solitaires de la région qui s'étend au sud des Pyrénées françaises, entre le pic d'Anie et les Aldudes. Plus à l'ouest les forêts qui avoisinent le val Cárlos (Valcárlos), ou val de Charlemagne, et le fameux col de Roncevaux, ou Roncesvalles, sont peut-être moins grandioses, mais elles sont plus aimables à cause de la variété des paysages, et plus intéressantes à cause des souvenirs de l'histoire et de l'écho des vieilles traditions. Sur la foi des légendes, on se représente volontiers ce passage des monts comme une gorge effroyable entre des rochers à pic, et c'est, au contraire, un vallon doux et tranquille. Le célèbre mont d'Altabiscar, qui s'élève à l'orient, est une longue croupe où les fleurs roses des bruyères se mêlent au jaune doré des genêts et des ajoncs, et la playa de Andrés Zaro, où le grand massacre eut lieu, est une plaine riante dont les eaux murmurent sous l'ombrage des aunes. Un vieux couvent, entouré de murailles crénelées et flanqué de quelques masures, barre une large route carrossable qui vient de Pampelune, puis au delà, vers la France, un charmant sentier, semblable à l'avenue d'un parc, se glisse à l'ombre des hêtres et s'élève en pente douce vers un col gazonné où se trouve la chapelle rustique d'Ibañeta. Ce paysage gracieux serait le Roncevaux, de sinistre mémoire. On ne voit pas un seul rocher d'où les Basques auraient pu rouler des blocs de pierre sur les envahisseurs francs; on cherche vainement des yeux le précipice au fond duquel Roland fit pour la dernière fois résonner son cor d'ivoire. C'est à leur vaillance et à leur ruse, non pas à l'âpreté des gorges d'Altabiscar, que les montagnards doivent leur triomphe sur les armées de Charlemagne. Sur le versant opposé, dans le val Cárlos proprement dit, le fond de la vallée, aujourd'hui dominé par une belle route, est beaucoup plus étroit et plus difficile à parcourir.

Quel est cet ancien peuple dont les traditions célèbrent le courage indomptable et qui de nos jours encore a maintes fois donné des preuves de son héroïsme? Quelle est son origine première? Quelle est sa parenté parmi les autres populations de l'Europe et du monde? Toutes questions auxquelles il est impossible de répondre. Les Basques sont la race mystérieuse par excellence. Ils restent seuls au milieu de la foule des autres hommes. On ne leur connaît point de frères.

Il n'est pas même certain que tous les Euskariens ou Basques appartiennent à une souche commune, car ils ne se ressemblent nullement entre eux. Il n'y a point de type basque. Sans doute la plupart des habitants de la contrée se distinguent par la beauté précise des traits, l'éclat et la fermeté du regard, l'équilibre et la grâce de la personne; mais que de variétés dans la stature, la forme du crâne et des traits! De Basque à Basque, il y a autant de différences qu'entre Espagnols, Français et Italiens. Il en est de grands et de petits, de bruns et de blonds, de dolichocéphales et de brachycéphales, les uns dominant dans tel district, les autres ailleurs. La solution du problème devient de plus en plus difficile, car la race, si elle est vraiment une, ne cesse de perdre par les croisements de son originalité première. Il est probable qu'avant l'ère de l'histoire écrite, des populations d'origine diverse se sont trouvées réunies dans le même pays, soit par des migrations, soit par la conquête, et que la langue des plus civilisés sera devenue peu à peu celle de tous. La vie de chaque peuple abonde en faits de cette espèce.

Si l'on ne tient pas compte des différences et même des contrastes que présentent entre eux les Basques des provinces espagnoles et de la Navarre française, on peut dire que, dans l'ensemble, la plupart des Basques ont le front large, le nez droit et ferme, la bouche et le menton très-nettement dessinés, une taille bien proportionnée, des attaches d'une grande finesse. Leur physionomie est d'une extrême mobilité. Les moindres sentiments se révèlent sur leur visage par l'éclair du regard, le jeu des sourcils, le frémissement des lèvres. Les femmes surtout se distinguent par la pureté de leurs traits; on admire leurs grands yeux, leur bouche souriante et fine, la souplesse de leur taille. Même dans les villes et les villages qui servent de lieux de passage aux étrangers, de Bayonne à Vitoria, et où les croisements ont le plus altéré les traits de race, on est frappé de la beauté de la plupart des femmes et de leur élégance naturelle. Dans certains districts reculés la laideur est un véritable phénomène. Deux localités du Guipúzcoa, Azpeytia et Azcoytia, près desquelles se trouve le fameux couvent de Loyola, sont tout particulièrement célèbres à cause de la beauté de leurs habitants, hommes et femmes. On dit qu'il serait difficile d'y trouver une jeune fille qui ne fût pas un modèle parfait.

Mais les Basques n'ont pas seulement la beauté de la forme, ils ont aussi la dignité du maintien. On aime à les voir marcher fièrement, la veste jetée sur l'épaule gauche, la taille serrée par une large ceinture rouge, le béret légèrement incliné sur l'oreille. Quand ils passent à côté du voyageur, ils le saluent avec grâce, mais comme des égaux, sans baisser le regard. Les femmes, presque toujours modestement vêtues de couleurs sombres, ne sont pas moins nobles d'attitude. Elles portent toutes haut la tête, et, quoique marchant très-vite, ont un port de déesse. L'habitude qu'elles ont de placer leurs fardeaux sur la tête contribue probablement à leur donner cette fière tournure qui les distingue; l'équilibre parfait qu'elles doivent apprendre à maintenir, pour descendre ou monter les pentes sans que leur cruche risque de tomber, développe dans leurs membres un aplomb naturel, qui se rencontre rarement chez les femmes des contrées voisines. Elles ont surtout les épaules et le cou remarquables par la pureté des lignes, beauté bien rare chez les paysannes accoutumées au dur travail de la terre.

Les Basques se donnent à eux-mêmes le nom d'Euskaldunac ou d'Euskariens, et leur langue est l'euskara, ou eskuara. On ne sait pas encore quel est le sens précis de ce mot; mais, d'après toutes les probabilités, il signifie simplement «parole». Les Euskariens seraient donc les «Hommes qui parlent». Tel est aussi le nom que les Slaves et mainte autre race se sont donné dans leurs idiomes. Cette langue «par excellence» que parlent les Basques et qui en fait un corps de nation vraiment distinct parmi toutes les races de l'Europe et du monde, semble jusqu'à maintenant être tout à fait unique par la structure de ses mots et le mécanisme de ses phrases. Elle a dû emprunter beaucoup de termes aux langues des peuples voisins; toutes les choses que les Basques ont appris à connaître par leurs rapports avec l'étranger, toutes les idées nouvelles qui leur ont été apportées depuis les temps préhistoriques, sont naturellement désignées par des expressions qui n'appartiennent pas au fond primitif de leur idiome; peut-être même faudrait-il remonter jusqu'à l'âge de pierre, avant l'introduction des animaux domestiques dans le pays, pour trouver le basque dans sa pureté primitive, car il semble que tous les noms euskariens de ces animaux et ceux des métaux sont d'origine âryenne, finnoise ou même sémitique. Mais, si nombreux que soient tous ces emprunts, il n'en reste pas moins certain que la langue basque n'est point âryenne comme presque tous les autres idiomes de l'Europe; ce n'est pas une langue à flexions comme celles de la famille indo-européenne; mais si elle devait entrer dans un groupe déjà connu, il faudrait la rattacher au système «polysynthétique» des dialectes américains, ou aux idiomes «agglutinants» des peuples de l'Altaï. Elle appartient donc à une période de la vie de l'humanité plus ancienne, moins avancée que celle dans laquelle sont nées les autres langues de l'Europe. De leur côté, les patriotes basques déclarent leur «parole» bien supérieure à toutes les autres: d'après quelques auteurs, c'est en eskuara que le premier homme aurait salué la lumière; l'orthodoxie locale érigea même cette imagination en article de foi, et bien mal venu eût été l'étranger qui se serait permis d'émettre un doute sur ce fait primitif de l'histoire humaine. Mais de nos jours tous les philologues peuvent juger la question, car, sans compter une bibliothèque d'écrits consacrés à l'eskuara, les divers dialectes de cette langue ont une littérature, chants, comédies, traductions, devenue accessible aux hommes d'étude.

En attendant que la comparaison des langues humaines nous ait révélé si l'idiome euskarien est vraiment indépendant de tout autre, il nous faut considérer les Basques, restés sans frères sur les continents, comme un peuple entièrement à part, comme le débris d'une ancienne humanité rongée de tous les côtés par les flots envahissants d'une humanité plus moderne. Les preuves ne manquent point pour établir que les Euskaldunac ont été jadis un peuple nombreux occupant une grande étendue de territoire. Si l'on n'a point encore réussi à retrouver aux bornes du monde les origines du basque, on découvre cette langue à l'état fossile, pour ainsi dire, dans les contrées qui entourent le bassin de la Méditerranée occidentale. Nul monument écrit ne raconte comment des peuples frères de race occupaient ces régions si bien disposées pour n'être qu'un seul domaine géographique; mais au lieu de récits, de légendes ou d'hymnes, il reste encore des noms de montagnes, de fleuves et de cités qui proclament après des milliers d'années la puissance des anciens aborigènes. A l'est du pays où se trouvent aujourd'hui les dernières populations basques, dans les vallées pyrénéennes du Bastan français, d'Aran, d'Andorre, de Querol, les noms euskariens abondent. Il en est de même dans les plaines qui s'étendent au nord des monts jusqu'aux abords de la Garonne, et la ville d'Auch, l'antique Iliberri (ville neuve), rappelle encore par son nom le séjour des Auskes ou Euskariens; à l'orient des Pyrénées, Elne et Collioure, situées, l'une à une faible distance, l'autre au bord du golfe du Lion, étaient aussi des Iliberri, ainsi que le témoignent encore les noms corrompus des deux villes modernes; enfin, parmi tant d'autres villes espagnoles aux appellations euskariennes, on peut citer une troisième Iliberri, la voisine de Grenade, que domine la montagne nommée d'après elle la sierra de Elvira. Et que de cités antiques, bâties par les mêmes peuples, durent précéder ces «villes neuves»!

La plupart des écrivains qui se sont occupés de l'Espagne ont admis, avec la plus grande plausibilité, que ces anciens peuples de langue euskarienne étaient les Ibères dont parlent les auteurs anciens et qui occupaient autrefois la plus grande partie de la Péninsule. Par cela même, les Basques actuels se trouveraient être les descendants directs des Ibères; ils seraient, dit Michelet, «le reste de ce monde antérieur au monde celtique et dont on ne connaît que la décadence.» Tout naturellement, on a cru également devoir attribuer aux ancêtres des Basques les diverses inscriptions et légendes de monnaies en «lettres inconnues», letras desconocidas, que l'on a découvertes en Espagne et dans la France méridionale, et que M. Boudard a fini par interpréter comme étant réellement de langue euskarienne. Il est à peine permis de douter de l'identité parfaite des Ibères et des Basques. Cet isolement du petit peuple pyrénéen n'existait donc pas dans l'antiquité. Par les Vascons, il occupait le midi de la France, par les diverses tribus ibériennes et celtibériennes, il couvrait la péninsule d'Hispanie. Au delà des Colonnes d'Hercule, les Euskaldunac s'étendaient aussi jusqu'aux pentes de l'Atlas, car les auteurs anciens citent quelques localités dont les noms sont entièrement basques; l'une des peuplades énumérées par Strabon porte même la désignation tout euskarienne de Mutur-Gorri (Visages-Rouges), que les hommes de la tribu devaient peut-être à leur face bronzée par le soleil. Enfin, les témoignages des auteurs romains s'accordent à déclarer que les Ibères avaient colonisé les grandes îles de la Méditerranée; les nations liguriennes qui habitaient les côtes de l'Italie appartenaient probablement à la même souche.

On s'est étonné que les Basques aient pu se maintenir en corps de nation, parlant sa langue, précisément dans cette partie des Pyrénées où les montagnes, trop basses pour se dresser en barrière contre les armées d'invasion, ont laissé passer, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, tous les peuples en marche. D'abord, il faut tenir compte de ce fait, que les Pyrénées occidentales sont les plus éloignées de Rome et devaient, par conséquent, échapper plus facilement à l'influence du peuple-roi; mais le faible relief des montagnes a dû également aider les Euskariens à garder leur cohésion nationale, leurs moeurs et leur langue. Dans les autres parties des monts, les tribus ibériennes, séparées par des crêtes neigeuses difficiles à franchir, étaient refoulées par leurs ennemis en d'étroites vallées latérales, et ne pouvaient s'entr'aider en cas de péril commun. Les Basques avaient, au contraire, le privilège d'habiter un pays offrant à la fois de sérieux obstacles à l'invasion étrangère et, par-dessus les chaînons parallèles, des passages faciles pour les indigènes. Les peuplades des diverses vallées pyrénéennes du nord et du midi pouvaient ainsi se former en une masse épaisse et puissante au milieu des nations qui les entouraient et qui toutes entraient, l'une après l'autre, de gré ou de force, dans le monde latinisé.

On ne sait quelle était, après l'époque romaine, l'étendue des territoires occupés par des populations de langue basque, mais il est très-probable que cette étendue a peu changé, car, depuis lors, les Euskariens ont presque toujours été leurs propres maîtres, et nulle raison majeure n'a pu les porter à laisser leur langue pour celle de voisins qu'ils tenaient en mépris. Du côté de la France, les limites actuelles des dialectes euskariens sont assez bien connues; du côté de l'Espagne, elles ont été déterminées avec moins de précision. Elles ne correspondent nullement aux frontières des circonscriptions administratives et politiques. Le domaine actuel de la langue basque commence à l'ouest par la vallée du Nervion, au-dessous de Bilbao; sa limite contourne cette ville, qui est devenue presque entièrement espagnole, et traverse au sud le col d'Orduña pour suivre les flancs de la Peña de Gorbea et longer à une certaine hauteur le versant méridional des Pyrénées en laissant en dehors toutes les villes situées dans la plaine de l'Alava. Au delà de Salvatierra, elle descend pour remonter sur les flancs de la sierra de Andía et rattache au pays basque toute la vallée où court le chemin de fer d'Alsásua à Pampelune; mais cette ville elle-même, l'ancienne Irun des Ibères, n'est euskarienne que par les souvenirs historiques, et, plus à l'est, le basque n'est parlé que dans les hautes vallées de Roncevaux, d'Orbaiceta, d'Ochagavia, de Roncal, tandis qu'au sud les noms seuls des villages, Baigorri, Mendivil, Sansoain, Lazaguria, rappellent l'idiome d'autrefois. Le pic d'Anie, qui, du côté de la France, est la borne des populations de langue basque, l'est également du côté de l'Espagne. Ainsi, des quatre provinces euskariennes, une seulement, le Guipúzcoa, est en entier comprise dans le domaine de l'idiome antique; encore les deux villes d'Irun et de Saint-Sébastien y forment-elles des îlots de langue castillane. Toute la zone méridionale des contrées qui font politiquement partie de la Navarre et des provinces Vascongades, est depuis un temps immémorial envahie par les dialectes latins, et les populations y parlent un castillan mélangé de quelques termes locaux d'origine euskarienne. D'après les affirmations des paysans, que pourtant n'a point encore corroborées un seul document authentique, on aurait encore parlé le basque à Olite et à Puente la Reina, situées à une grande distance au sud de la zone actuelle de langue euskarienne. M. Broca voit dans ce déplacement de langues, dont il importerait d'abord de constater la réalité, une conséquence toute naturelle de la juxtaposition immédiate du basque avec un idiome disposant de la prépotence administrative et de l'influence littéraire, sociale et religieuse. Au sud des Pyrénées, le basque n'est pas de force à lutter contre l'espagnol, tandis qu'au nord des Pyrénées il n'est pas même menacé par le patois béarnais.

D'un côté l'espagnol, de l'autre le français, travaillent à se substituer au basque, non par la conquête violente, mais par un lent travail de désorganisation. Déjà scindée en sept dialectes, modifiée par des mots et des tournures contraires à son génie, la langue des Ibères cherche à s'accommoder de plus en plus à l'esprit des étrangers qui viennent s'établir dans le pays; elle perd sans cesse en originalité et se transforme en patois. Chaque grande route qui pénètre dans le territoire basque fait en même temps une trouée dans la langue elle-même. Chaque progrès, surtout celui de l'instruction, ne peut qu'être fatal aux dialectes euskariens; le demi-million de Basques, désormais enfermé dans un étroit horizon de collines et de montagnes, ne saurait plus compter sur une longue durée pour le langage des aïeux [192].

[Note 192: Nombre approximatif de la population de langue basque, en 1875:

Basses-Pyrénées (France) 116,000 Provinces basques: Guipúzcoa 170,000 Viscaya 120,000 Alava 50,000 Navarre 100,000 _________ 556,000 ]

Strabon parle des Cantabres, les ancêtres immédiats de nos Basques, avec une admiration mêlée d'horreur. Leur bravoure, leur amour de la liberté, leur mépris de la vie, lui paraissaient des qualités tellement surhumaines, qu'il y voyait une sorte de férocité, une rage bestiale. Il raconte avec effroi que, dans leur guerre d'indépendance contre les Romains, des Cantabres se sont entre-tués pour ne pas être réduits en captivité, que des mères mirent elles-mêmes leurs enfants à mort pour leur éviter l'opprobre et les misères de l'esclavage, que des prisonniers, mis en croix, entonnèrent leur chant de victoire. A cette époque, les Ibères avaient coutume de se prémunir contre les malheurs inattendus en portant sur eux un poison préparé à l'aide d'une plante semblable à l'ache et qui tuait sans douleur. Maîtres de leur propre vie, ils ne craignaient plus rien; ils la risquaient facilement, surtout quand il s'agissait de combattre pour un ami.

Leurs qualités de courage, souvent mises à l'épreuve depuis leurs luttes avec les envahisseurs romains, n'ont jamais été trouvées en défaut, mais elles ne sont point les seules qu'il faille leur accorder. L'histoire et les lois des fédérations pyrénéennes témoignent de la prééminence que la droiture des Basques, leur générosité, leur amour de l'indépendance, leur respect de l'homme libre leur donnaient sur les sociétés voisines. Les serfs malheureux qui les entouraient, s'imaginant dans leur abjection que la liberté est un privilège de noblesse, voyaient en eux des gentilshommes. Tous les habitants du Guipúzcoa et de la Biscaye proprement dite étaient nobles, même en vertu de la hiérarchie espagnole, tandis que dans l'Alava et dans la Navarre, où les Maures dominèrent pendant quelque temps, et où plus tard se fit sentir l'influence castillane, la noblesse seigneuriale prit naissance avec son cortége habituel de vassaux et de manants. Mais toutes les provinces veillaient avec le même soin jaloux sur leurs libertés locales et forçaient leurs suzerains à observer de point en point le contrat d'union. Alors que l'histoire de l'Europe n'était qu'une succession de massacres, les Basques vivaient presque toujours dans une profonde paix; chaque année, les communes situées sur les versants opposés des montagnes se juraient une amitié perpétuelle, et tour à tour leurs ambassadeurs déposaient solennellement une pierre symbolique sur une pyramide élevée par les ancêtres au milieu des pâturages du col. Toutes ces petites républiques, dont l'isolement eût fait une proie facile pour les conquérants, étaient fraternellement unies en une grande fédération; chacune s'engageait à «sacrifier les biens et la vie» pour maintenir la patrie commune «en droit et en justice». Leur étendard figure trois mains unies: Irurak bat, «les Trois n'en font qu'Une,» telle est la belle devise des provinces Vascongades.

Ce qui montre surtout combien la société euskarienne, si peu importante par le nombre, était supérieure aux populations voisines par ses éléments de civilisation, c'est le grand respect qu'on y avait pour la personne humaine. Tout Basque était absolument inviolable dans sa demeure: jamais il ne pouvait être privé de son cheval ni de ses armes. Si d'autres Ibères, libres comme lui, portaient devant le conseil une accusation contre sa personne, sa maison n'en restait pas moins sacrée pour tous, et quand le moment était venu de répondre à l'imputation, il sortait fier et superbe, le béret sur la tête, le bâton dans la main, et, digne comme ses pairs, il arrivait sous le chêne où siégeaient les prud'hommes assemblés. Dans les assises nationales, tous votaient, et le suffrage de tous avait la même valeur. Dans plusieurs vallées, les citoyennes donnaient leur avis et leur voix avec la même liberté que les hommes. Les vieilles chartes d'Alava stipulaient formellement une place pour les dames de la «confrérie» délibérante d'Arriaga. Cependant il n'était pas d'usage que les femmes fussent assises à la même table que l'etcheco-jauna (le maître de la maison) et ses fils; elles mangeaient debout à côté du foyer; même de nos jours, cette vieille habitude d'inégalité n'a point disparu des campagnes, et telle est la force de la tradition, que la femme se croirait presque déshonorée si on la voyait assise à côté de son mari à tout autre jour que celui de ses noces. De même, lors des fêtes publiques, les femmes se tiennent à l'écart: elles dansent entre elles, tandis que les hommes se livrent à leurs jeux plus bruyants.

Mais, à part ce reste de la barbarie primitive, les amusements des Basques ne révèlent que des qualités naturelles. S'il est vrai que l'on peut juger d'un peuple d'après ses jeux,--car l'homme, quand il se laisse emporter au plaisir, oublie de veiller sur lui-même,--les Euskariens gagnent singulièrement à être vus aux jours de fête; ils ne cessent point alors d'être aimables, gracieux et dignes. Leurs jeux sont toujours des luttes de force et d'adresse. Sur les pelouses de leurs vallées, les jeunes Basques s'exercent au saut, à la danse, à la course, au jet de lourdes pierres. Le jeu de paume est une des gloires de la nation; elle lui a voué une espèce de culte comme à sa plus précieuse institution. Les grandes parties sont annoncées d'avance et les Basques y accourent de toutes parts avec autant d'ardeur que les Grecs d'autrefois allant à Delphes ou à Olympie. Et, pareille aux tribus helléniques, la foule euskarienne ne songe pas uniquement aux exercices corporels, elle s'occupe aussi des plaisirs plus raffinés de l'esprit. Les Basques jouent encore en plein air des mystères et des pastorales; ils ont leurs acteurs et leurs poètes.

Toutefois il ne faudrait point croire que les populations euskariennes sont composées d'hommes supérieurs de toute manière à leurs voisins. Aux qualités correspondent aussi les défauts. Actuellement le grand malheur des Basques est précisément dérivé de leurs anciens priviléges nationaux. Ils veulent continuer les traditions du passé, parce que ce passé fut héroïque, se renfermer dans les étroites limites de leur patrie, parce que cette patrie fut libre à côté de nations esclaves, rester étrangers au mouvement historique des peuples d'Europe, parce que ceux-ci ne sont pas de race noble comme eux. Par un revirement bizarre des choses, il se trouve qu'en défendant leurs libertés provinciales les Basques se sont faits les champions de l'absolutisme pour les autres provinces; ils ne veulent point qu'on touche à leurs fors, et, pour en assurer la conservation, ils ne veulent pas non plus permettre à leurs voisins de se débarrasser de leurs entraves. De cette attitude naissent les plus étranges inconséquences et de singuliers malentendus, causés d'ailleurs en grande partie par l'ignorance des Basques, car l'instruction est très-peu répandue chez eux: elle n'était point stipulée dans leurs fors!

Ces fueros, ou droits particuliers des Basques, sont censés les mêmes qu'en l'année 1332, époque à laquelle les députés des provinces se présentèrent à Búrgos pour offrir le titre de «seigneur» au roi de Castille, Alphonse le Justicier. En vertu du traité qui fut conclu, il est interdit au souverain étranger de bâtir ou de posséder aucune forteresse, aucun village, aucune maison sur le territoire euskarien. Les Basques ne doivent leur sang qu'à leur propre pays; ils sont exempts de la conscription espagnole et gardent leurs soldats ou «miquelets» dans les limites de leurs provinces. En temps de guerre, il est vrai, les Basques doivent le service, mais à certaines conditions. Dans la Biscaye proprement dite, les contingents ne peuvent être menés, sans leur consentement exprès, au delà d'un certain arbre de la frontière, et dans ce cas ils ont droit à un payement spécial; des formalités analogues doivent être observées dans le Guipúzcoa et l'Alava. L'impôt est toujours fixé et réparti par les juntes provinciales; presque toutes les contributions perçues sont exclusivement destinées à couvrir les dépenses locales, et ce qui est accordé à l'État l'est à titre de don gracieux. Le commerce est plus libre que dans le reste de l'Espagne; les monopoles n'existent point. Enfin les municipalités locales sont toutes indépendantes; représentées par leurs alcades, les membres de l'ayuntamiento, les «grands-parents», ou parientes-mayores, elles fixent et arrêtent seules leur propre budget.

Mais que de diversités, de contrastes et de bizarreries féodales dans cette organisation des communes et des provinces, en apparence si démocratique! Telle bourgade est une république indépendante; telle autre se groupe avec un certain nombre de villages en «université» souveraine; d'autres encore ne se composent que d'enclaves. Dans tel village, la municipalité nouvelle est nommée par celle qui vient d'achever ses fonctions; dans tel autre, elle est choisie par des électeurs censitaires ou par des nobles d'une certaine catégorie, ou même, soit par le seigneur local, soit par son représentant. Les juntes provinciales se renouvellent aussi suivant les procédés les plus divers, en vertu des traditions les plus disparates. Le suffrage, que l'on considère dans les démocraties modernes comme un droit naturel appartenant à l'homme libre, est encore un privilège parmi les Basques et n'est point exercé par tous. En outre, l'usage de ce privilége est accompagné de formalités puériles et réglé par une étiquette jalouse: les lois de la préséance ne sont pas moins religieusement observées sous le «chêne de justice» qu'à la cour de la reine d'Angleterre. On comprend qu'avec de pareilles institutions, où la tradition féodale se mêle au vieil instinct de race, les Basques aient fini par se trouver, eux républicains, les champions les plus obstinés de l'ancienne monarchie espagnole. Ce sont eux qui ont donné à l'Église catholique son génie inspirateur, son véritable chef, dans la personne d'Ignace de Loyola.

Il est évident que la situation tout exceptionnelle des provinces Vascongades ne pourra se maintenir longtemps. Déjà la Navarre est assimilée depuis 1839 au reste de l'Espagne en ce qui concerne le service militaire, les impôts, la constitution des municipalités. Même en plein pays Basque, le changement s'accomplit d'une manière irrésistible: si les descendants des Euskariens ne veulent pas d'une liberté commune avec les autres habitants de la Péninsule, c'est en vain qu'ils essayeront d'être libres tout seuls. La guerre les a déjà brisés une première fois; elle menace de les briser encore et de les réduire à merci; mais la paix, non moins que la guerre, tend à les priver de leur individualité nationale pour les faire participer à la vie politique des populations espagnoles. L'industrie moderne, aidée par le commerce et les voyages, change les moeurs locales, enseigne la langue des voisins, fait disparaître les anciennes traditions. Les Basques ne sont pas seulement «un peuple qui saute et danse au haut des Pyrénées», comme le disait Voltaire, c'est aussi un peuple qui travaille, et c'est par le travail que se fera la fusion nationale avec les autres Espagnols.

Comme pour hâter la disparition prochaine du groupe distinct que leur race forme encore dans l'humanité, les Basques émigrent en grand nombre et laissent derrière eux des places vides que leurs voisins viennent occuper en partie. Ceux d'entre eux qui habitent les hautes vallées partiellement emplies de neige pendant l'hiver, descendent par centaines avant les mois de la saison froide et vont exercer temporairement quelque industrie lucrative dans les villes de la plaine; d'autres, entraînés par l'amour des aventures, qui chez eux est traditionnel et qui fit de leurs ancêtres de si hardis pêcheurs de baleines, partent sans désir de retour prochain et ne craignent pas d'aller s'établir sur un autre hémisphère. Naguère les Basques espagnols émigraient beaucoup moins que leurs frères de nationalité française, chassés de leur patrie par l'horreur de la conscription militaire; mais ils suivent maintenant en foule l'exemple qui leur est donné, et la majorité de ceux qui s'en vont se compose des hommes les plus énergiques, la véritable élite de la nation. Dans les républiques de la Plata, où ils vont presque tous chercher fortune, leur race est destinée à se perdre, comme élément distinct, encore bien plus rapidement qu'en Europe: c'est en vain que certains patriotes euskariens rêvent la naissance d'une nouvelle république cantabre dans les pampas de l'Amérique.

Il est vrai que, loin de leur patrie, les Basques gardent avec soin cet esprit de solidarité qui leur donne tant de force chez eux. A Madrid et dans les autres villes de l'Espagne proprement dite, à Montevideo, à Buenos-Ayres, ils s'entr'aident, se soutiennent dans l'infortune, se liguent contre des concurrents, et de cette façon ils arrivent à faire bien meilleure figure que beaucoup d'autres groupes de population relativement plus nombreux; mais, quelle que soit leur force de cohésion, elle ne peut que retarder, non conjurer les destins. Dans un petit nombre de générations, le basque sera rayé de la liste des langues vivantes de l'Europe, comme l'ont été le cornish et le crévine, comme le seront l'erse, le manx, le wende, le lithuanien, le livonien, et même avant l'idiome disparaîtront les anciennes moeurs et les institutions politiques.

Les provinces Vascongades et la Navarre n'ont que peu de villes, et celles qui se trouvent sur leur territoire sont en grande partie peuplées d'étrangers. L'Euskarien, comme l'Asturien et l'habitant de la Galice, aime la libre nature: les villes, les gros bourgs lui déplaisent. Sauf dans les districts commerçants et industriels, toutes les maisons se dressent isolément sur les promontoires, sur les pentes des collines ou sur le bord des ruisseaux; devant la demeure s'étend une pelouse plantée de chênes, où chaque soir, après le labeur de la journée, les jeunes gens se reposent de leurs fatigues par les danses et le chant. Dans ce choix qu'ils faisaient pour leurs demeures on a vu la preuve que les Basques et leurs voisins des Pyrénées occidentales avaient un esprit contemplatif et le goût de la solitude: il faut y reconnaître plutôt la conséquence naturelle de ce fait que les Basques étaient un peuple libre, n'ayant rien à craindre de ses voisins. Tandis que les populations du reste du l'Espagne, de la France, de l'Italie et de presque tous les pays d'Europe étaient obligés, pour échapper aux invasions guerrières et aux massacres, de se réfugier à l'abri des forteresses ou dans les cités murées, les Basques, toujours en paix entre eux et avec leurs voisins, pouvaient tranquillement s'établir au milieu des champs qui leur appartenaient.

Bilbao, la plus grande ville des provinces Basques et son port le plus animé, n'est point une ville euskarienne; depuis longtemps livrée au commerce avec les colonies lointaines du Nouveau Monde, elle est le débouché naturel des farines de la Castille, et jadis elle fut le siége du plus haut tribunal de commerce en Espagne. Encore de nos jours, quoique privée des monopoles qui lui avaient été concédés et beaucoup moins bien située pour le commerce que plusieurs autres cités d'Espagne, elle rivalise d'importance pour les échanges avec Valence, Santander et Cadiz; il lui est arrivé, grâce aux mines importantes des environs, d'être le troisième port de la Péninsule par le chiffre des affaires [193]. Tout naturellement elle a vécu d'une autre vie que les populations basques des montagnes environnantes. Elle est devenue tout espagnole, et, pendant les guerres carlistes, elle a été assiégée à plusieurs reprises par les habitants mêmes de sa banlieue. La charmante vallée où elle groupe ses édifices, les montagnes à pente rapide qui l'entourent en demi-cercle, les eaux du Nervion, qui portent ses embarcations au havre de Portugalete et à la mer, ont été souvent rougies de sang. C'est devant les murs de Bilbao que le plus fameux général basque, Zumalacarreguy, reçut en 1855 sa blessure mortelle.

[Note 193: Mouvement du port en 1872... 4,058 navires. Exportation du minerai de fer, en 1871... 300,000 tonnes; en 1872... 422,000 tonnes.]

La ville la plus populeuse du Guipúzcoa, Saint-Sébastien, est également espagnole. A la fois port de trafic comme Bilbao et place de guerre avec une garnison castillane, elle s'est assimilée d'aspect et de langue aux villes de l'intérieur de la Péninsule. La roche de la Motta ou du Monte Orgullo, qui la domine au nord et dresse, à 130 mètres au-dessus de la mer, ses escarpements hérissés des tours d'une forteresse, la «conque» d'eau bleue qui s'arrondit à l'ouest de la ville sur une charmante plage où se promènent les baigneurs, la rivière Urumea qui débouche à l'orient de la citadelle et lutte incessamment contre les flots écumeux de la mer, les promenades ombreuses, l'amphithéâtre de collines verdoyantes et semées de villages qui bornent l'horizon du sud, tout l'ensemble du gracieux paysage fait de Saint-Sébastien l'une des localités les plus aimables, une de celles où vient se presser la population cosmopolite des fatigués et des oisifs. Du reste, la ville même a perdu tout caractère d'originalité; brûlée en 1813 par ses alliés les Anglais, que la jalousie de métier fit s'acharner à la destruction de tous les établissements industriels, elle a été reconstruite avec une monotone régularité. Son port, assez fréquenté par les navires de cabotage, est peu sûr et sans profondeur. Le grand havre de commerce de la contrée devrait être la magnifique baie de Pasages, qui s'ouvre plus à l'est, du côté de la frontière de France. Il est parfaitement abrité, puisque de ses eaux on ne voit même pas la mer, avec laquelle il communique par un étroit goulet facile à défendre. Aux siècles précédents, de grands navires y pénétraient et venaient s'amarrer aux quais du bourg aujourd'hui ruiné de Leso: des chantiers de construction très-actifs s'élevaient sur les bords du golfe intérieur; mais les alluvions de l'Oyarzun et d'autres ruisseaux, aidées par l'incurie des hommes, ont comblé une partie du bassin et obstrué par une barre périlleuse l'entrée du golfe: il est probablement à tout jamais perdu pour la grande navigation.

La gracieuse Fontarabie, l'Ondarrabia des Basques, aux maisons blasonnées, est également séparée de la mer par un seuil redouté des navigateurs; elle ne doit sa petite importance actuelle qu'à ses bains de mer et au voisinage de la France, qu'elle regarde du haut de sa terrasse et de ses murs éventrés par les obus. Irun serait aussi une ville insignifiante si elle n'était du côté de la France la tête de ligne des chemins de fer espagnols et la clef stratégique de toute la contrée. Tolosa, entourée de manufactures, se vante du titre de capitale du Guipúzcoa; Zarauz, Guetaria, à la racine de son île pittoresque changée en péninsule, Lequeytio ont leurs bains de mer; Zumaya, à l'issue de la vallée de l'Urola, a ses carrières de plâtre qui fournissent aux ingénieurs un incomparable ciment; Vergara, jadis renommée par ses manufactures d'armes, a les nombreuses sources ferrugineuses des environs, son collége célèbre fondé en 1776 par la Société basque, et le souvenir de la convention mémorable qui mit fin, en 1839, à la première guerre carliste. Durango est également une ville dont le nom a fréquemment retenti pendant les guerres civiles du nord de l'Espagne. Guernica, dans la Biscaye, a son palais «foral» et le fameux chêne sous lequel s'assemblent encore les législateurs de la contrée; mais, comme toutes les prétendues villes basques, Guernica n'est en réalité qu'une simple bourgade.

Sur le versant méridional des monts pyrénéens, les grandes agglomérations ne sont pas plus nombreuses, ce qui s'explique d'ailleurs par ce fait que la population est trois fois moins dense que sur le versant atlantique. Vitoria, capitale de l'Alava, située sur le chemin de fer de Paris à Madrid, est une ville industrielle et commerçante, un entrepôt d'échanges entre les provinces Basques et les Castilles. Pampelune ou Pamplona, dont le nom rappellerait encore celui de son reconstructeur Pompée, est surtout une ville forte, souvent assiégée, souvent prise; sa cathédrale est une des plus riches et des plus curieuses de l'Espagne. Tafalla, «la flor de Navarra» et l'ancienne capitale du royaume, a seulement les ruines de son palais, que son bâtisseur, don Cárlos le Noble, voulait, dit-on, réunir au palais d'Olite, situé également dans la vallée du Cidaco, par une galerie d'une lieue de longueur. Puente la Reina est célèbre par ses vins. Estella, l'une des villes les plus riantes de la Navarre, commande plusieurs défilés sur les chemins des Castilles et de l'Aragon, et possède par conséquent une sérieuse importance stratégique. Pendant la guerre actuelle, les carlistes l'ont transformée en une puissante forteresse. Dans la province limitrophe, dépendant de la Vieille Castille, Tudela, riche en vins, Calahorra et Logroño, dont le pont date du onzième siècle, sont également des places militaires de quelque valeur, parce qu'elles commandent les passages de l'Èbre. Calahorra, qui avait pris pour devise la fière parole: «J'ai prévalu sur Carthage et sur Rome,» fut le boulevard de défense de Sertorius contre Pompée; mais son héroïsme lui coûta cher. Assiégée par les Romains, elle perdit presque tous ses citoyens par la famine; les défenseurs de la ville eurent à se nourrir de la chair le leurs femmes et de leurs enfants. Quoique située en dehors des pays de langue euskarienne, dans les riches campagnes de la Rioja, Calahorra, la vieille Calagorri des Ibères, se rattache intimement à l'histoire des provinces Vascongades, car c'est d'après les anciennes lois de Calahorra qu'ont été rédigés les fors d'Alava, jurés en 1332 par le suzerain Alphonse le Justicier. Elle fut la patrie de Quintilien [194].

[Note 194: Population approximative des principales villes des pays Basques, de la Navarre et de Logroño:

BISCAYE (VIZCAYA). Bilbao 30,000 hab.

GUIPÚZCOA. Saint-Sébastien 15,000 hab. Tolosa 8,000 »

ALAVA. Vitoria 12,500 hab.

NAVARRE. Pampelune (Pamplona) 22,000 hab. Estella 6,000 »

LOGROÑO Logroño 12,000 hab. Calahorra 7,000 » ]

VIII

SANTANDER, ASTURIES ET GALICE.

Le versant océanique des Pyrénées cantabres, à l'ouest des provinces Vascongades, est une région tellement distincte du reste de l'Espagne, qu'on pourrait la comparer à la Bretagne française, ou même à l'Angleterre et à l'Irlande, plutôt qu'aux régions du plateau castillan ou surtout au versant méditerranéen de la Péninsule. Partout on voit se succéder dans une infinie variété les montagnes, les collines, les vallées, les eaux courantes, les bois et les cultures; partout la côte est abrupte, bordée de hauts promontoires et découpée en estuaires où débouchent de rapides cours d'eau; partout le climat est humide et salubre. Par la destinée de ses peuples, de race ibère et celtique, cette partie de l'Espagne présente aussi une remarquable unité; elle a presque toujours échappé aux grandes agitations des autres provinces péninsulaires, et par suite la population a pu devenir très-nombreuse, proportionnellement à la superficie cultivable du sol. Néanmoins, malgré la grande analogie de toutes les régions du versant cantabre, malgré la ressemblance des terrains, du climat, de l'histoire et des moeurs, le pays, fort étroit relativement à sa longueur, s'est divisé en plusieurs fragments distincts au point de vue de la géographie politique. A l'ouest, l'ancien royaume de Galice groupe ses quatre provinces à l'angle nord-occidental de l'Espagne, de manière à former un grand quadrilatère presque régulier entre l'Atlantique, les frontières du Portugal et les rameaux en éventail des hautes Pyrénées cantabres; les Asturies proprement dites, resserrées entre les montagnes et les eaux du golfe de Gascogne, se sont partagées en deux: d'un côté l'Asturie d'Oviedo, de l'autre celle de Santillana, en partie réunies de nos jours comme circonscription administrative; enfin, à l'est, sur les confins du pays Basque, est le district connu jadis dans le langage populaire sous le nom de «Montagnes de Búrgos et de Santander» ou simplement de «Montagnes». Les Castilles en ont fait une de leurs provinces; mais, géographiquement, Santander est l'intermédiaire naturel entre le pays Basque et les Asturies [195].

[Note 195:

Superficie. Population Pop. kilom. en 1870.

Santander 5,471 kil car. 241,600 hab. 44 Asturies (actuelles) 10,596 » 610,900 » 58 Galice 29,379 » 1,989,300 » 67 ---------- ------------ ---- 45,446 kil. car. 2,841,800 hab. 62 ]

A l'ouest de la sierra Salvada et de la dépression dite Valle de Mena, commence cette région des «Montagnes» qui occupe toute la province de Santander de ses massifs et de ses chaînons tortueux, entre lesquels les torrents descendent en brusques sinuosités. Dans cette partie de leur développement, les Pyrénées cantabres, s'il est permis de donner ce nom à l'ensemble désordonné des hauteurs, n'ont en réalité qu'un seul versant, celui qui s'incline vers la mer de Gascogne; du côté méridional, elles s'appuient sur les terres hautes où l'Èbre naissant a creusé son sillon. Ainsi le col ou puerto d'Escudo, qui s'ouvre à travers les monts, directement au sud de Santander, est à près de 1,000 mètres de hauteur au-dessus du littoral, tandis que la déclivité méridionale, jusqu'au plateau de la Virga, est de 140 mètres seulement. Plus à l'ouest, le col de Reinosa, que l'on a utilisé pour la construction du chemin de fer de Madrid au port de Santander, offre un exemple bien plus curieux encore de cette forme du relief montagneux. En cet endroit, un seuil presque imperceptible sépare les plateaux de l'espèce d'escalier qui descend vers la côte cantabre; il suffirait de creuser un canal de 2 kilomètres de long sur une profondeur de 18 mètres pour jeter les eaux de l'Èbre dans la rivière de Besaya, qui les porterait dans l'Atlantique, au port de San Martin de Suances. Il n'est pas étonnant que ce seuil, situé à l'endroit où le passage de l'Èbre n'oppose aucun obstacle, et où les voyageurs descendus des hautes plaines du Duero peuvent gagner de plain-pied le versant maritime, soit devenu le grand chemin des Castillans vers la mer Cantabre. C'est par là qu'ils ont trouvé le débouché naturel de leur commerce, et par suite la province de Santander leur a paru de bonne prise au point de vue administratif et politique. De même que chaque puissance riveraine d'un fleuve cherche à s'emparer de ses bouches, de même les populations des plateaux essayent de se rendre maîtres des chemins les plus faciles qui les mettent en communication avec la mer.

Mais, immédiatement à l'ouest de la dépression de Reinosa, les montagnes prennent un autre aspect et se dressent en hauts massifs présentant aussi vers le midi des escarpements considérables. Des sommets de plus de 2,000 mètres d'élévation montent jusque dans la zone des longues neiges hivernales. La Peña Labra domine un premier massif, d'où les eaux rayonnent dans tous les sens; à l'est l'Èbre, au sud le Pisuerga, au nord le Nansa, ou Tina Menor, au nord-ouest un torrent qui va déboucher dans l'estuaire ou ria de Tina Mayor. Plus à l'ouest, la Peña Prieta, dont les neiges alimentent le Carrion et l'Esla, dépasse 2 kilomètres et demi de haut; c'est une des grandes cimes pyrénéennes. Elle s'appuie de tous les côtés sur de puissants contre-forts et se relie au nord par une crête intermédiaire à un massif plus considérable encore, qui porte le nom, à coïncidence bizarre, de Picos de Europa, ou de «Pitons d'Europe», peut-être d'origine euskarienne. La montagne appelée Torre de Cerredo est la cime dominatrice de ce groupe, le troisième de l'Espagne par son élévation, car il n'est dépassé que par les géants de la sierra Nevada et des Pyrénées centrales. Des amas de neige dure se conservent dans les creux des ravins tournés vers le nord, et même il s'y trouverait de véritables glaciers, alimentés par les neiges abondantes qu'amènent en hiver les vents de mer. Ce serait un exemple remarquable de l'influence prépondérante qu'exercé l'humidité dans la formation des glaciers, car sur des montagnes de même hauteur situées plus au nord on ne trouve point de champs de glace.

La vallée de la Liebana, ou de Potes, qui s'ouvre comme une immense chaudière à la base orientale des Pitons d'Europe, est peut-être la plus remarquable de la Péninsule par sa profondeur relative et sa disposition en forme d'entonnoir. A l'ouest, au sud, à l'est, elle est entourée d'escarpements dont la crête atteint ou dépasse 2,000 mètres; au nord, un chaînon transversal, ne laissant aux eaux de la Liebana qu'un étroit défilé de passage, réunit le massif de la Peña Sagra aux montagnes d'Europe. Telle est la rapidité des escarpements intérieurs, que le village de Potes, situé au fond de cette espèce de gouffre, est à une altitude moindre de 300 mètres relativement au niveau de la mer. D'ailleurs la zone montagneuse de Santander et des Asturies, plus encore que celle du pays Basque, présente un grand nombre d'arêtes parallèles à l'axe général des Pyrénées et au rivage de la mer Cantabre; les monts de roches secondaires, triasiques, jurassiques, crétacés, se sont disposés en murailles au devant des hautes montagnes de schistes siluriens soulevés par le noyau de granit. Il en résulte que les rivières ont un cours très-inégal et tourmenté. Au sortir des vallons supérieurs, où elles forment d'admirables cascades, elles se jettent de droite et de gauche et longent la base des montagnes pour chercher une issue: quelques-unes même, entre autres l'Ason, entre Bilbao et Santander, n'ont pu se creuser de défilé à ciel ouvert; elles s'échappent par les cavernes des remparts qui les arrêtent, et reparaissent de l'autre côté, après un cours souterrain plus ou moins long.

Au delà des montagnes d'Europa, la hauteur de la crête s'abaisse et celle-ci présente même des passages inférieurs à 1,500 mètres en altitude. Les deux vallées, en forme de gouffres, de Valdeon et de Sajambre, analogues à celle de la Liebana, quoique moins grandes, s'ouvrent entre la sierra pyrénéenne proprement dite et un chaînon parallèle que projettent au nord las Picos de Europa. C'est ce dernier chaînon que traversent les eaux torrentielles pour aller se jeter dans la mer des Asturies; mais sa hauteur moyenne est fort considérable et c'est à bon droit que les âpres vallées supérieures ont été rattachées à la province de Léon, avec laquelle elles ont des communications plus faciles qu'avec la partie basse de leur propre bassin fluvial; à l'ouest de ces citadelles de montagnes, la crête des Pyrénées cantabres reprend une assez grande régularité, comparable à celle des Pyrénées françaises. S'éloignant graduellement de la côte, la chaîne, dont quelques cimes ont plus de 2,000 mètres, s'infléchit peu à peu vers le sud-ouest jusqu'aux frontières de la Galice, où elle prend la direction du sud, comme pour former une courbe concentrique à celle du rivage de la mer. Là elle perd complètement sa disposition de sierra régulière; elle se ramifie dans tous les sens en un grand nombre de chaînons secondaires et de contre-forts qui, sous divers noms, vont se terminer aux promontoires de la côte ou se rattacher à d'autres systèmes montagneux. Dans leur ensemble, les crêtes diminuent graduellement de hauteur en se rapprochant de la Galice. C'est au sud du Sil et du Miño seulement que les monts se redressent en grands massifs, la Peña Negra, la Peña Trevinca, la Cabeza de Manzaneda et autres groupes, qui vont rejoindre les chaînes du Portugal.

Les monts asturiens, surtout ceux qui s'élèvent entre Oviedo et les Pitons d'Europe, sont vénérés de tous les patriotes espagnols. Fort beaux d'ailleurs, car leurs premiers versants sont ombragés de châtaigniers, de noyers, de chênes et, sur les pentes supérieures, les forêts de hêtres et de noisetiers alternent avec les prairies, ils paraissent à l'imagination populaire d'autant plus admirables à voir, qu'ils ont été, aux premiers temps de l'occupation des Maures, la forteresse des chrétiens restés indépendants. De même qu'on signale en Aragon la Peña de Oroel, près de laquelle naquit le royaume de Sobrarbe, on montre ici la montagne d'Ansena, où Pélage fugitif se cachait avec les siens, les forêts de Verdoyonta qu'il parcourait dans ses expéditions de guerre, l'abbaye de Covadonga, qui rappelle ses premières victoires sur l'Islam. Les «Illustres Montagnes», car c'est là le nom qui les distingue officiellement, n'ont pas seulement leurs souvenirs historiques, leurs gracieux villages aux maisons éparses, leurs troupeaux et leur verdure; elles ont aussi dans leurs entrailles le riche trésor de leurs mines de houille, source principale de prospérité pour les Asturies.

Dans leur désordre bizarre, les hauteurs de la Galice, de toutes parts attaquées et rongées parles eaux, n'offrent qu'un petit nombre de chaînons ou cordales que l'on puisse rattacher à un système régulier. Ce sont des masses de roches primitives, arrondies pour la plupart, disposées en petits plateaux de dimensions inégales et dominées çà et là par des buttes qui s'élèvent, en moyenne, à une centaine de mètres au-dessus du niveau général de la contrée, Cependant les chaînons suivent à peu près la même direction que les rivages eux-mêmes, les uns courant de l'ouest à l'est, en prolongement des côtes Vascongades, les autres descendant du nord au sud vers le littoral portugais. Parallèlement au chaînon de Rañadoiro, qui peut être considéré comme la frontière naturelle de la Galice et des Asturies, se développe à l'ouest la Sierra de Meira; puis, de l'autre côté de la grande vallée du Miño, se prolonge un ensemble de groupes montagneux, dont les ramifications septentrionales vont se terminer à l'Estaca de Vares, principal cap angulaire de la Galice, et au cap Ortegal ou cap Nord (Norte-Gal), non loin duquel pyramide le haut Cuadramon. A l'ouest, des massifs orientés transversalement, dans le même sens que les Pyrénées cantabres, vont former les célèbres promontoires de Toriñana et de Finisterre, ou de la «Fin des Terres». Ce cap, que les marins croyaient autrefois le plus occidental de la péninsule Ibérique, semble bien, ainsi que ses homonymes de la France et de l'Angleterre, être la fin d'un monde. Étroite péninsule rocheuse s'avançant en pleine mer à l'ouest de la grande baie de Corcubion, elle élève ses derniers escarpements comme un autel dressé au milieu de la solitude immense des eaux. Là se trouvait un temple des anciens dieux, remplacé depuis par une église vouée à Marie [196].

[Note 196: Altitudes diverses des Asturies et de la Galice;

MONTAGNES DE SANTANDER: Puerto de Escudo 988 mèt. » de Reinosa 847 » Peña Labra 2,002 »

PICOS DE EUROPA: Peña Prieta 2,529 » Torre de Cerredo 2,678 » Village de Potes 299 » » » Cain (Valdeon) 466 »

MONTS CANTABRES DE L'OUEST: Peña Ubiña 2,300 » » Rubia 1,930 » Pico de Miravalles 1,939 » » Cuiña 1,936 » Col de Pajares 1,363 » » Piedrafita 1,085 »

Cuadramon 1,019 » Faro 1,155 » Cabeza de Manzaneda 1,776 » ]

La côte asturienne, assez régulière en apparence, est entaillée d'un grand nombre de petites baies, ou rias, aux berges rocheuses, où viennent déboucher les rivières torrentielles descendues des Pyrénées cantabres. La faible largeur de la zone littorale ne permet pas à ces estuaires d'entrer profondément dans l'intérieur des terres; plusieurs d'entre eux ne semblent être que de simples bouches fluviales à peine élargies. Sur les côtes de Galice, c'est autre chose. Là le rivage du continent est découpé en golfes sinueux et ramifiés, semblables aux firths de l'Ecosse et aux fjords de la Scandinavie, de l'Islande, du Labrador, par leurs méandres bizarres, leurs eaux profondes, leurs bords escarpés. Ce ne sont pas de simples érosions marines, comme les indentations de la côte de Dalmatie, mais bien des vallées anciennes s'ouvrant largement du côté de l'Océan, qui n'a pas moins de 1,800 mètres de profondeur à une centaine de kilomètres au large.

Quelle est l'origine de ces rias? Faut-il y voir, comme dans les fjords, les lits de glaciers que les alluvions des rivières et de la mer n'ont pas encore eu le temps de combler pendant la période géologique actuelle? En tout cas, c'est un des phénomènes géographiques les plus curieux, que l'existence, sous des latitudes aussi méridionales, de golfes pareils à ceux des côtes voisines de la zone polaire. La ressemblance du sol s'ajoute pour ces contrées à la remarquable similitude du climat. Par une autre analogie, non moins curieuse, il se trouve que la baie de Vigo, et probablement les autres rias de la Galice, golfes écossais égarés sur les côtes de l'Ibérie, possèdent une faune maritime rappelant beaucoup plus les formes des animaux de la Grande-Bretagne que ceux de la Lusitanie: des 200 espèces de testacés qu'y a recueillies M. Mac Andrew, un huitième seulement n'appartient pas à la faune britannique. La présence de cette colonie d'espèces septentrionales, fait auquel il faut ajouter la parenté des plantes entre les montagnes asturiennes et l'Irlande, donne un grand poids à l'hypothèse de Forbes, d'après laquelle une terre de jonction aurait existé, avant la dernière période glaciaire, entre les Açores, l'Irlande et la Galice: le continent aurait disparu, mais les piliers d'angle en subsisteraient encore.

Quoi qu'il en soit, le climat des régions nord-occidentales de l'Ibérie, sur tout le versant extérieur des Pyrénées cantabres et des groupes qui s'y rattachent, a beaucoup de ressemblance avec celui de la Grande-Bretagne. Apportées par les vents de mer, qui viennent, les uns du sud-ouest, avec les contre-alizés, les autres du nord, avec les courants polaires plus ou moins déviés de leur course, les pluies tombent en averses considérables sur les pentes extérieures des montagnes asturiennes: d'un côté l'eau surabonde, tandis qu'à la base de l'autre versant, privé d'humidité, s'étendent les plaines arides de Leon et des Castilles. On n'a pas encore établi, par des mesures précises, quelle est la vallée des Pyrénées cantabres qui d'ordinaire est le plus largement abreuvée; mais on sait que certaines localités des Asturies ont reçu dans l'année plus de 4 mètres et demi d'eau pluviale. Le versant atlantique du plateau d'Ibérie est donc égal, sinon supérieur, par le ruissellement de ses eaux à la pente occidentale des montagnes de l'Écosse et de la Norvége, et à la déclivité méridionale des Alpes suisses. L'étymologie euskarienne que plusieurs linguistes donnent aux Asturies, d'après eux synonyme de «Pays des Torrents», est parfaitement justifiée par les conditions du climat. Si le Tessin est, proportionnellement à son bassin, le fleuve le plus abondant de l'Europe, les torrents qui descendent des neiges de las Peñas de Europa sont ceux qui versent à la mer la masse la plus considérable d'eaux sauvages.

Les pluies tombent en toute saison dans les Pyrénées asturiennes. Les sécheresses prolongées y sont un phénomène des plus rares; cependant il arrive quelquefois, à la fin de l'été, que des semaines se passent sans amener d'averse. L'équinoxe d'automne est toujours accompagné d'une précipitation d'humidité fort abondante, et très-souvent les conflits et les brusques remous de l'air se produisent alors et bouleversent les eaux du golfe de Gascogne: il est peu de mers qui soient plus redoutables dans cette saison; les annales maritimes racontent les drames effrayants qui s'y sont accomplis. Ces tempêtes sont le plus grand inconvénient du climat cantabre; mais la contrée a sur les autres parties de l'Espagne, à l'exception des provinces Vascongades, l'inappréciable avantage de jouir d'une température maritime assez égale, relativement tiède en hiver et fraîche en été. Ce n'est pas le «printemps perpétuel» que vantent les indigènes; mais la succession des saisons y offre du moins une oscillation modérée. A sept ou huit cents kilomètres de distance, les côtes asturiennes et les rivages anglais, qui se regardent par-dessus les mers de Gascogne et de Bretagne, offrent une ressemblance singulière de climat; mais, tandis que le Devonshire et la Cornouaille, exposés au midi, ont une température moyenne plus égale, les campagnes situées à la base des Pyrénées cantabres, quoique tournées au nord, jouissent, grâce à leur latitude méridionale, d'une somme de chaleur plus élevée.

La similitude des climats se révèle aussi dans la grande abondance des vapeurs rampant sur le sol en brouillards épais, pareils à ceux des îles Britanniques: cette forme de nuages est très-fréquente en Galice et dans les Asturies; on lui donne le nom de bretimas. Ces phénomènes météorologiques, si différents de ceux du reste de l'Espagne, ne pouvaient manquer de faire naître des hallucinations dans les esprits superstitieux des Gallegos. Ils se figurent les enchanteurs sous forme de nuveiros, ou chevaucheurs de nuées, volant dans les tempêtes, s'allongeant en nuages ou se rapetissant en nuelles, apparaissant ou s'évaporant à volonté. C'est la nuit surtout que ces esprits aiment à voyager. Parfois les fantômes des morts, tenant des lumières à la main, se font porter par les brouillards de cimetière en cimetière: ses redoutables processions nocturnes sont connues sous le nom d'estadeas ou estadinhas[197].

[Note 197: Climat de la Galice et des Asturies, en 1858:

Température Tranche moyenne. Maximum. Minimum. de pluie.

Oviedo (228 mètres). 15°,25 27°,8 -4°,5 2m,064 Santiago (220 » ). 15°,04 35°,0 -2°,0 1m,084 ]

Malgré l'abondance de leurs eaux courantes, les provinces cantabres n'ont pas de rivières navigables. Dans les Asturies, la zone du littoral n'a pas assez de largeur et a trop de pente pour que les torrents puissent se développer en fleuves au cours paisible. L'Ason, le Besaya, le Nansa, le Sella, le puissant Nalon d'Oviedo, le Navia, l'Eo, torrents des Asturies, ont bientôt trouvé la fin de leur voyage dans les eaux du golfe Cantabrique. Les rivières de la Galice, le Tambre et l'Ulla, déjà plus lentes à cause de la moindre déclivité du sol, s'ouvrent largement à leur débouché dans les rias, et l'on ne sait préciser exactement où finit le cours d'eau, où commence le golfe de l'Océan. Le seul véritable fleuve de la Galice est le Miño, appelé Minho par les Portugais dans la partie inférieure de son cours, qui sert de limite politique entre les deux États de la Péninsule.

Les eaux du Miño lui viennent à la fois des deux versants des Pyrénées. Le Miño proprement dit reçoit tous ses affluents des vallées tournées vers l'Océan, tandis que le Sil, la maîtresse branche du fleuve, prend sa source au sud de la Peña Rubia, sur le revers des monts Cantabres incliné du côté des plaines de Leon. «Le Miño porte le nom, dit le proverbe espagnol, mais c'est le Sil qui porte l'eau!» De même, par la direction de son cours, le Sil mériterait d'être considéré comme le véritable fleuve; mais la nomenclature géographique a surtout pour raison d'être les convenances des populations elles-mêmes; il est donc tout naturel que les anciens Gallaeci et les Galiciens d'aujourd'hui aient maintenu les noms de Minius et de Miño au cours d'eau qui coule en entier sur leur territoire, tandis que le Sil provient de par delà les monts, d'un pays habité par des populations d'origine différente et défendu par des gorges de montagnes qui en rendent l'accès difficile.

Avant de sortir de la province de Leon, le Sil coule d'abord dans le large bassin du Vierzo, de toutes parts environné de montagnes et dont il reste encore le charmant petit lac de Carrucedo. Tout près de cette nappe d'eau commence l'âpre défilé de sortie. Le Sil, que vient gonfler le Cabrera, descendu de la Peña Trevinca, entre dans un second bassin lacustre, beaucoup moins étendu que le Vierzo, puis il passe sous les roches du Monte Furado (mont Percé), dans un lit que lui ont taillé les Romains, afin de faciliter les exploitations minières qu'ils avaient entreprises et dont on voit çà et là des vestiges importants. En aval de ce curieux tunnel, le Sil serpente dans une des gorges les plus sauvages de l'Espagne: les contre-forts des montagnes qui s'élèvent au nord et au sud et qui formaient autrefois une chaîne continue, des Pyrénées cantabres aux monts portugais de Gerez, se dressent au-dessus du fleuve rétréci en escarpements abrupts et même en parois verticales, de 300 et 400 mètres de hauteur. Un nouveau défilé resserre le fleuve immédiatement en aval de la jonction du Sil et du Miño, puis les eaux réunies, que grossissent de distance en distance de petits affluents, vont se jeter dans la mer par un large débouché. Au-dessous de la ville de Tuy, sur un espace d'une trentaine de kilomètres, le Miño devient navigable, mais l'entrée du fleuve est obstruée par une barre périlleuse, et c'est en dehors de l'estuaire, au pied de la montagne de Santa Tecla, que se trouve le petit port d'embarquement dit la Guardia. Quoique d'une si faible utilité pour la navigation, le Miño n'en est pas moins, des huit grands cours d'eau de la presqu'île Ibérique, celui qui, proportionnellement à l'étendue de son bassin, roule la masse liquide la plus abondante; il ne le cède qu'au Duero pour la quantité absolue de ses eaux moyennes [198].

[Note 198: Comparaison, en nombres approximatifs, des fleuves de la Péninsule:

Aire Longueur du de la Pluie Débit Écoulement, bassin maîtresse moyenne. moyen. comparé branche. aux pluies.

Miño avec Sil 25,000 k.c. 305 1m,200 500(?) 50% Duero 100,000 » 815 0m,500 650(?) 40% Tage 75,000 » 895 0m,400 330(?) 33% Guadiana avec Záncara 60,000 » 890 0m,350 160(?) 25% Guadalquivir (Guadalimar) 55,000 » 560 0m,480 260(?) 30% Segura 22,000 » 350 0m,300 20(?) 10% Júcar 15,000 » 511 0m,320 25(?) 15% Èbre 65,000 » 750 0m,450 200(?) 20% __________ ________ _______ _____ Ensemble de la Péninsule 584,300 0m,400 3,000(?) 33% ]

Cette masse d'eau, qui, dans toutes les parties de l'Espagne situées au sud de la chaîne pyrénéenne, serait une richesse inappréciable, n'est guère plus utile à l'agriculture cantabre qu'elle ne l'est au transport des denrées: c'est comme force motrice de l'industrie qu'elle devrait être principalement employée, car l'eau de pluie qui pénètre dans le sol suffit amplement à développer une luxuriante végétation. Comme l'Angleterre, les Asturies et la Galice sont le pays des beaux gazons, des prairies d'un vert foncé. Cependant l'ensemble de la flore est d'un caractère un peu plus méridional que celui des contrées situées de l'autre côté du golfe de Gascogne et de la mer de France. Dans les vergers, des orangers se mêlent aux pommiers, aux châtaigniers, aux noyers, aux noisetiers, et même on voit de vigoureux dattiers croissant en plein air dans un jardin d'Oviedo. Mais si la température suffit, la trop grande humidité de l'air empêche que certaines plantes de la contrée puissent acquérir une sérieuse importance industrielle. Ainsi, l'élève des vers à soie ne réussit que médiocrement malgré la richesse de foliaison des mûriers; la vigne même, sauf dans quelques districts, ne donne guère que des vins âpres et d'un goût désagréable; par contre, le cidre des Asturies est renommé dans toute l'Espagne et s'exporte même en Amérique.

Les Astures ou Asturiens, on le sait, se vantent d'être issus d'hommes libres n'ayant jamais porté le joug du musulman; quelques populations des montagnes gardèrent en effet leur indépendance, et même les districts conquis par les Arabes pendant la première irruption furent rapidement repris par les chrétiens; la ville d'Oviedo reçut le nom de «Cité des Évêques» du grand nombre de prélats fugitifs qui vinrent y résider pour y tenir leurs conciliabules et leurs conciles. Les Galiciens résistèrent aussi avec une grande énergie aux envahisseurs maures, et leurs descendants montrent encore avec orgueil certaines montagnes où, disent-ils, se brisa la puissance des Africains. Quoi qu'il en soit, il est certain que la Galice fut, avec toutes les contrées pyrénéennes, une des provinces qui continuèrent pendant tout le moyen âge, sauf une courte interruption, d'appartenir politiquement à ce monde européen dont elles font partie par leur climat et leurs conditions géographiques. La race de cette région de l'Espagne, d'origine celtique, est donc restée relativement pure. Depuis les commencements de l'histoire écrite, les Asturies et la Galice, situées en dehors des grands chemins de conquête et de migration, n'ont été que faiblement visitées, si ce n'est dans les ports où se sont installés des Catalans, et le sang ne s'y est point modifié comme dans les autres parties de la Péninsule. Ni Maures ni Juifs ne se sont mêlés à ces vieilles populations aborigènes, et les Gitanos ne se rencontrent que rarement dans le pays. Quelques peuplades asturiennes se sont même maintenues presque sans changement de moeurs et d'habitudes depuis l'époque romaine. On cite entre autres comme un élément de population tout à fait distinct les bergers des montagnes de Leitaríegos, dans le massif où la sierra de Rañadoiro se détache des Pyrénées cantabres. Le nom de vaqueros ou de «vachers», par lequel on les désigne, n'indique pas seulement leur genre de vie; c'est en même temps comme un nom de tribu. Dans les voyages qu'ils font avec leurs troupeaux transhumants, ils vivent toujours à part du reste des Asturiens; leurs jeunes gens ne se marient qu'entre eux. Les vieux patois persistent encore dans le pays. Sur le littoral cantabre, les paysans parlent leur bable; dans les campagnes de la Galice, ils se servent de divers dialectes assez différents les uns des autres, même de village à village. On peut dire que, dans l'ensemble, le gallego, surtout celui qui se parle sur les bords du Miño, est plutôt du portugais que de l'espagnol. Cependant il est difficile à un Lusitanien de comprendre les Galiciens, à cause de la bizarre cantilène de leur langage. Les habitants des diverses vallées ne se comprennent pas même tous entre eux.

Quoique le pays soit relativement très-peuplé, les agglomérations d'habitants sont rares. Nombre de chefs-lieux ne se composent en réalité que d'une église, d'une maison commune et d'un cabaret; les demeures sont toutes éparses dans les campagnes, à l'ombre de grands arbres protecteurs Faudrait-il voir dans cette habitude des Asturiens et des Galiciens l'effet d'un amour instinctif de la nature, ou bien plutôt ne serait-elle pas, comme chez leurs voisins les Basques, une conséquence naturelle de l'état de profonde paix dans lequel ont presque toujours vécu les populations de la Cantabrie? Grâce à leur isolement, les habitants de l'Espagne nord-occidentale se sont heureusement distingués parmi tous leurs compatriotes par leur immunité de la guerre extérieure et de la guerre civile. Contrées montueuses situées vers la «fin des terres», en dehors de la grande route des armées, les Asturies et la Galice ont eu le bonheur de rester épargnées par les marches et contre-marches des égorgeurs; en outre, le caractère naturellement pacifique des indigènes les a tenus à l'écart de toute révolution intestine: c'est par un travail long et patient qu'ils s'efforcent de conquérir le bien-être. Ce n'est point dans ces contrées qu'est né le type espagnol du «matamore»; tout entier à sa besogne pacifique, le Gallego n'a rien de cette férocité native dont les incessantes guerres ont laissé quelque chose dans le sang de tous les autres Espagnols. Aucune des villes du nord-ouest n'a de cirques pour les combats de taureaux; elles n'envient pas à leurs voisines des Castilles le barbare plaisir de voir la bête éventrer les chevaux, piétiner sur les hommes, puis tomber elle-même, foudroyée d'un coup d'épée.

Cependant tout n'a point été avantage dans l'isolement et la vie paisible des habitants de la Cantabrie. Pendant le moyen âge, les seigneurs locaux en ont profité pour asservir les cultivateurs, leur ôter toute propriété et tout droit d'hommes libres. Dans le reste de l'Espagne, le péril commun obligeait les nobles, les prêtres, les bourgeois, le peuple, à se faire des concessions mutuelles et à prendre des habitudes de fière égalité. Il n'en était point ainsi dans les Asturies, si ce n'est du côté des provinces Vascongades. Là tous les paysans étaient réputés nobles, comme leurs voisins les Euscaldunac, et leurs communautés jouissaient des mêmes prérogatives que celles de la Biscaye; mais dans les «Illustres Montagnes» et dans toutes les Asturies proprement dites les cultivateurs du sol n'étaient qu'un bétail; les anciens documents établissent qu'on pouvait les engager et les vendre, comme on l'eût fait d'une marchandise. Encore au commencement du siècle, presque toutes les propriétés des deux Asturies se trouvaient entre les mains de quatre-vingts familles et des couvents de moines et de religieuses: sauf quelques petits cultivateurs isolés, la grande masse des paysans était composée de gens attachés à la glèbe. Il en était de même dans la Galice, quoique à un moindre degré: le peuple n'y possédait presque rien, et la plupart des terres appartenaient à des nobles, à des églises et à des monastères.

Depuis le commencement du siècle, cet état de choses a peu à peu changé. L'appauvrissement des seigneurs, la suppression des couvents ont été mis à profit par les industrieux Astures et Galiciens: ceux-ci échangent pour de la terre leurs économies péniblement amassées, et c'est ainsi que s'accomplit, par les ventes et les achats, une révolution considérable. On raconte aussi que d'anciens tenanciers ont fini par obtenir gain de cause contre les propriétaires féodaux dans un procès des plus épineux. Jadis les feudataires et les couvents, qui avaient reçu des rois les titres de propriété, avaient l'habitude d'accorder à certains cultivateurs la possession temporaire de quelque domaine, à charge d'hommage et de redevance; d'ordinaire, la concession ne devait durer que pendant le règne de deux ou trois rois, suivant les districts; ailleurs, le droit du paysan propriétaire expirait à la fin du siècle; suivant les usages spéciaux de la Galice, il devait courir pendant une période de 329 ans. Mais ces conventions donnaient lieu aux interprétations les plus diverses: chacun les expliquait suivant son intérêt, et que deux, trois rois fussent morts, que le siècle ou les trois siècles se fussent écoulés, les paysans refusaient de se dessaisir du terrain. Ce sont eux qui ont fini par l'emporter.

Les Galiciens du littoral partagent leur temps entre la culture du sol et la pêche. Pendant la saison, plus de 20,000 hommes, disposant de trois à quatre mille embarcations, tendent leurs madragues et d'autres filets de moindres dimensions dans les baies, si riches en sardines, de la Corogne, de Muros, d'Arosa, de Pontevedra, de Vigo. Le poisson capturé est porté dans les ateliers de salaison de la côte, où des femmes et des enfants aux gages des propriétaires de pêcheries emplissent de sardines pressées jusqu'à 35,000 boucauts par an. La consommation locale est énorme, et, dans les années normales, l'Amérique seule demande jusqu'à 17,000 tonnes de sardines au port de la Corogne.

La répartition du sol entre un plus grand nombre de mains et la bonne utilisation des richesses de la mer sont absolument indispensables pour que la Galice puisse nourrir convenablement sa population considérable, de beaucoup supérieure en densité à celle du reste de l'Espagne. Ainsi, la province de Pontevedra est, à superficie égale, trois fois plus peuplée que tout le territoire de l'État, et dépasse d'un tiers la province même de Madrid. Et pourtant la Galice n'a ni grandes villes, ni routes nombreuses et bien construites, ni riches industries manufacturières! Le voisinage de la mer, les facilités de la pêche, la douceur et l'égalité du climat ne suffisent point à expliquer l'exubérance de la population. Si les Astures et les Gallegos n'émigraient en véritables foules pour aller chercher à l'étranger le pain qu'ils ne trouvent pas dans leur patrie, la famine ne manquerait pas de les décimer et de rétablir ainsi l'équilibre entre les subsistances et les consommateurs. Les familles essaiment constamment vers Lisbonne, Madrid et les autres grandes villes du Portugal et de l'Espagne. Les Gallegos sont les Auvergnats de la Péninsule. Très-âpres au gain, très-économes des deniers amassés, se défendant les uns les autres avec un grand esprit de corps, ils arrivent à monopoliser certaines professions, et nombre d'entre eux parviennent à la richesse, après avoir commencé la vie comme manouvriers ou comme porteurs d'eau.

Ceux qui reviennent dans leurs foyers, presque toujours plus à leur aise qu'au départ, et du moins plus riches d'expérience et d'idées, se trouvent être les véritables civilisateurs de ces régions éloignées, dont la population croupissait naguère dans une ignorance sans bornes et dans une misère sordide. C'est peut-être à l'extrême saleté des masures, de même qu'à une nourriture où domine trop le poisson, que la Galice doit d'être encore, seule parmi toutes les autres provinces de l'Espagne, visitée par la lèpre et l'éléphantiasis. Cette dernière maladie est de beaucoup la plus redoutée; à une époque peu éloignée de nous, la loi ordonnait que les cadavres des malheureux morts de cette affreuse lèpre fussent brûlés et que les cendres en fussent jetées au vent. Une superstition générale voulait que le fléau fût infectieux même après la mort de la victime, et que celle-ci, déposée dans un cimetière, communiquât sa maladie à tous les corps voisins.

L'amélioration matérielle la plus urgente serait de rattacher définitivement la Galice et les Asturies à Madrid et au reste de la Péninsule par des voies de communication faciles. Au milieu du siècle dernier, on construisit de Madrid à la Corogne une fort belle route militaire, que l'on disait plaisamment avoir été pavée d'argent, tant elle en avait coûté au trésor; mais cette route ne suffit plus et il serait grand temps de surmonter la sierra de Leon et les diverses ramifications terminales des Pyrénées cantabres par un chemin de fer atteignant enfin les bords de l'Océan. Depuis longtemps la ligne est tracée, mais on sait pour quelles raisons politiques et financières elle attend encore son achèvement. De même, le chemin de fer de Leon à Oviedo, qui parcourt le bassin houiller de Mieres, et qui doit fournir un jour à l'industrie du centre de l'Espagne l'aliment qui lui est indispensable, est encore arrêté par la masse des Pyrénées, au-dessous du col de Pajares. La seule voie de fer que la capitale ait allongée comme un bras vers les côtes de la Cantabrie est celle qui se dirige vers le port de Santander par la haute vallée de l'Èbre et le col de Reinosa. Quant aux chemins de jonction qui réuniront un jour les extrémités des lignes rayonnantes en suivant le pourtour de la Péninsule, c'est à peine si l'on peut dire qu'ils soient déjà projetés. De Tuy à la Corogne, il faudra se contenter pendant longtemps encore d'une simple route de voitures; la partie du littoral tournée vers la mer Cantabre, du Ferrol à Santander, n'a pas même sur tout son développement ce premier outillage de civilisation que donne un chemin carrossable. En maints endroits, il faut encore longer la côte par un sentier étroit et périlleux, escaladant les promontoires et remplacé dans les vallées torrentielles par des gués où l'on saute de pierre en pierre.

L'étroitesse du littoral cantabre, l'excellence des ports et les importantes ressources que donne la pêche, ont fait bâtir au bord de la mer la plupart des centres de population des Asturies. Immédiatement à l'ouest des provinces Vascongades se trouvent les petites villes maritimes de Castro-Urdiales, de Laredo, de Santoña, souvent choisies comme lieux de rassemblement pour les flottilles pendant les guerres civiles qui ont eu la Biscaye pour théâtre. La rade de Santoña, célèbre par son excellent poisson, est l'un des havres naturels les plus commodes et les mieux abrités de la Péninsule; lorsque Napoléon donna l'Espagne à son frère Joseph, il en excepta la seule place de Santoña et il y fit commencer des travaux de défense qui l'auraient transformé en un Gibraltar français, faisant équilibre au Gibraltar anglais. Depuis, des projets analogues ont été repris par le gouvernement espagnol, mais ils n'ont reçu qu'un commencement de réalisation.

Fort importante en temps de guerre, Santoña mériterait aussi d'être, en temps de paix, un centre actif de commerce; mais tout le mouvement des échanges de la contrée a été accaparé par la ville de Santander, dont le port offre également un excellent mouillage et possède, en outre, dans ses nouveaux quartiers conquis sur les bas-fonds de la baie, les avantages d'un bon aménagement intérieur en quais, darses, chantiers et magasins. Comme débouché naturel des Castilles, Santander jouit d'un véritable monopole commercial pour l'exportation des farines de Valladolid et de Palencia, des laines dites sorianas et leonesas à cause des pays d'où on les expédie. Santander reçoit aussi, de Cuba et de Puerto-Rico, une grande quantité de denrées coloniales dont elle alimente le centre de l'Espagne, et ses commerçants, indigènes et étrangers, sont en relations constantes d'affaires avec la France, l'Angleterre, Hambourg et la Scandinavie. Elle dispute à Bilbao, à Valence et à Cádiz le troisième rang comme ville d'échanges avec l'extérieur [199].

[Note 199: Mouvement des échanges, en 1867: 67,600,000 fr.]

A l'extrémité supérieure de la baie se trouvent des chantiers de construction qui eurent jadis une grande importance; mais l'établissement est déchu, et maintenant c'est à la fabrication des cigares que l'État emploie, dans la ville de Santander, le plus grand nombre de mains. Parmi les causes qui ont aidé au développement du port, il faut en signaler une dont il n'y a point lieu de féliciter l'Espagne: cette cause est la fréquence des guerres civiles qui ont dévasté les provinces Vascongades et forcé le mouvement des échanges entre l'Espagne et la France à faire le grand détour à l'ouest du pays Basque. Il est arrivé, chose bizarre, que, malgré sa frontière limitrophe de plus de quatre cents kilomètres de longueur, la France n'ait eu, en dehors des voies de la Méditerranée, qu'un seul chemin libre vers l'Espagne, celui de Santander. En été, des centaines de familles, de Madrid et des autres villes de l'intérieur, viennent prendre les bains de mer sur la plage du Sardinero, au nord de la petite péninsule de Santander. En outre, des sources thermales fréquentées, sulfureuses et sodiques, Alceda, Ontaneda, las Caldas de Besaya, jaillissent dans les vallons des montagnes qui s'élèvent au sud.

Au delà du port de Santander, sur un espace de 150 kilomètres, ne se trouvent, jusqu'à Gijon, que des villages maritimes sans importance, San Martin de la Arena, port de la petite ville déchue de Santillana, San Vicente de la Barquera, Llanes, Rivadesella, Lastres. Gijon, qui possède une très-grande manufacture de tabacs, n'est pas non plus une ville considérable, quoiqu'elle ait été la cité de Pélage et la capitale de toute l'Asturie; mais elle est le port d'expédition des houilles que lui apporte le chemin de fer de Langreo, et elle partage avec la petite ville d'Aviles, située de l'autre côté du haut Cabo de Peñas, l'avantage d'être le faubourg maritime d'Oviedo, bâtie à 25 kilomètres de là, dans une vallée dont l'eau se verse dans le Nalon. Comme toutes les autres villes asturiennes, cette capitale est sans grande importance commerciale. Elle a quelques manufactures actives une des dix universités d'Espagne, une belle cathédrale gothique, que l'on dit être la plus riche du monde entier en reliques et en objets divers «fabriqués par les anges et les apôtres». Cette église en a remplacé une plus ancienne, qui fut l'édifice autour duquel se sont groupées toutes les maisons de la cité. Oviedo, qu'abrite la montagne de Naranco contre les vents du nord, jouit de l'un des climats les plus salubres de l'Espagne: elle possède des eaux thermales efficaces. Les sites les plus charmants abondent dans les environs, soit qu'on se dirige à l'ouest vers les vallées si fertiles de Cangas de Tineo, soit qu'on aille du côté de l'est vers Cangas de Onis, le village fameux qui fut la première capitale du royaume de Pélage. Près de là, dans une vallée toute ruisselante de cascades et pleine de l'ombrage des châtaigniers, des hêtres et des chênes, les pèlerins visitent la caverne de Covadonga, où reposent les restes de Pélage; c'est le lieu le plus vénéré des patriotes espagnols.

Les ports occidentaux des Asturies, Cudillero, Luarca,--Navia, que ses habitants disent avoir été fondée par Cham, le fils de Noé,--Castropol au vieux nom grec, et sur la rive opposée du même estuaire, Ribadeo la Galicienne, ne sont guère que de petites bourgades de pêche; il faut aller jusqu'aux magnifiques rias de la côte tournée vers l'océan Atlantique pour rencontrer de véritables villes. La première est le Ferrol, cité de création moderne: au milieu du dix-huitième siècle, ce n'était qu'un petit village de caboteurs; mais on comprit alors quelle pouvait être l'importance militaire de sa baie pour la construction, l'approvisionnement et la bonne défense des flottes. On éleva des forts sur les hauteurs qui dominent la rade, on garnit de puissantes batteries les deux bords du goulet d'entrée qui se trouve à 6 kilomètres de la ville, et l'on bâtit toute une ville militaire sur un plan régulier, avec ses arsenaux, ses chantiers, ses magasins immenses. Suivant l'état des finances espagnoles et l'importance des forces navales, le Ferrol augmente ou diminue de population; tantôt c'est une ruche trop étroite pour la foule pressée de ses travailleurs, tantôt elle est presque déserte, et l'herbe croît dans ses rues.

La population de la Corogne (Coruña) est beaucoup moins flottante que celle du Ferrol, car elle n'est pas exclusivement militaire, et le commerce, la pêche, même l'industrie manufacturière, occupent un grand nombre d'habitants. La double ville de la Corogne, s'étalant en amphithéâtre sur la pente de la colline, entre des hauteurs fortifiées et l'îlot qui porte la vieille tour, de fondation peut-être romaine, peut-être même phénicienne ou carthaginoise, dite tour d'Hercule, est l'une des cités les plus pittoresques du littoral océanique de l'Espagne; elle est aussi l'une de celles qui semblent destinées au plus grand avenir, à cause de son heureuse position à l'angle même de la Péninsule, sur l'un des axes principaux du commerce de l'Espagne, et précisément en face des États-Unis du Nord, qui ont une telle importance dans le mouvement général des échanges [200]; mais actuellement c'est avec l'Angleterre que la Corogne fait presque tout son commerce; des navires anglais, construits spécialement pour ce genre de transport, viennent y charger des bestiaux par dizaines de milliers. Le gouvernement espagnol possède à la Corogne l'une des plus grandes manufactures de tabac de la Péninsule. Ares et Betanzos, célèbre par ses boulangeries, donnent leur nom aux deux autres rias, ou baies secondaires du grand golfe d'où cingla jadis la grande Armada; ces villes ne sont en réalité que de simples rues, et ne peuvent se comparer à leurs deux voisines, le Ferrol et la Corogne. Les sources salines d'Arteijo et sulfureuses de Carballo, au sud-ouest de la Corogne, sont fort appréciées des baigneurs.

[Note 200: Port de la Corogne:

Mouvement des échanges en 1867 19,325,000 fr. Navires long-courriers entrés en 1873 353 (307 anglais.) ]

Les rias du sud de la Galice ont aussi chacune un ou plusieurs ports. Celle de Corcubion est abritée à l'ouest par la péninsule du cap Finisterre, contournée en forme de hameçon; l'estuaire de Noya baigne les petites villes de Noya et de Muros; celui d'Arosa sert de mouillage aux navires d'émigrants que les ports du Padron et de Carril, principaux débouchés de la ville de Santiago, envoient aux républiques de la Plata; la ria de Pontevedra fait monter son flux de marée dans la rivière de Vedra jusqu'à la ville dont elle porte le nom; enfin, plus au sud, Vigo et Bayona s'élèvent sur la rive méridionale d'un autre grand estuaire, admirable et profonde baie, défendue du côté du large par des îles que les anciens appelaient les Iles des Dieux. Si la côte de Galice n'était déjà si riche en ports excellents, la baie de Vigo serait un grand rendez-vous de commerce; mais sur ce littoral un bon mouillage n'a rien d'exceptionnel, et Vigo, malgré tous ses avantages nautiques, n'est qu'un petit port de cabotage et de pêche. Vigo est bien moins connu par son faible commerce et sa mesquine industrie que par les trésors engloutis dans ses eaux, lorsque des corsaires anglais et hollandais vinrent, en 1702, y couler des galions chargés de l'or du Pérou. Des compagnies de sauveteurs, munis de tous les engins de l'industrie moderne, ont vainement tenté de repêcher toutes ces richesses perdues.

Trois des villes notables de l'intérieur de la Galice s'élèvent sur les bords du Miño: Lugo, Orense, Tuy. La vieille Lugo romaine (Lucus Augusti), ceinte de ses murs du moyen âge, possède des sources thermales sulfureuses fort efficaces, et déjà mentionnées par les écrivains latins. Orense, au superbe pont peut-être romain, jeté sur le Miño, est également célèbre par ses fontaines d'eau chaude ou burgas, assez abondantes, dit-on, pour élever sensiblement la température moyenne de la plaine en hiver. On les emploie, non-seulement au traitement des maladies, mais aussi à tous les usages domestiques de la cité; d'après une étymologie, qui n'est ni justifiée ni contredite par l'histoire, le nom même d'Orense ne serait que l'appellation allemande de Warmsee (Lac bouillant), donnée par les Suèves, à l'époque de la migration des barbares. Tuy, postée sur la rive droite du fleuve, en face de Valença la Portugaise, n'offre d'intérêt que comme gardienne de la frontière.

L'ancienne capitale de la Galice entière, la fameuse Santiago, bâtie sur une colline, au pied de laquelle serpente la petite rivière de Saria, est restée la ville la plus populeuse du nord-ouest de l'Espagne. Le site, quoique charmant, n'a pourtant point d'avantage particulier qui semble fait pour attirer les habitants, mais là est ce «Champ des Étoiles,» ou Compostela (Campo Stelle), où l'on déterra, au commencement du neuvième siècle, le corps de l'apôtre saint Jacques, et qui fit accourir pendant le moyen âge des millions de pèlerins. On ne peut s'imaginer, maintenant que l'ancienne ferveur s'est éteinte, combien vive était la foi qui avait fait de Compostelle une autre Rome, et qui, de la France, des Pays-Bas, du fond de l'Allemagne et de la Pologne, entraînait les fidèles en immenses caravanes que la fatigue et les maladies décimaient en route; mais le voyage leur conférait une sorte de sainteté, semblable à celle qui s'attache aux hadji musulmans, et pendant le pèlerinage nulle poursuite pour cause de dettes ou de simple délit ne pouvait être exercée contre eux. Il fut un temps où la Voie lactée était considérée par la masse du peuple comme étant une sorte de reflet merveilleux du chemin de saint Jacques, suivi sur terre par les pèlerins. Aussi les offrandes, les richesses de toute espèce affluaient-elles au sanctuaire vénéré. Dans la chapelle des reliques, on ne voyait que statues d'or, ornements d'argent et de vermeil, broderies de diamants et de perles. Dans cette ville sainte, tout s'expliquait par des miracles. Non loin de Santiago, sur la route de Noya, s'élève l'église de los Angeles, que les anges ont eux-mêmes bâtie, comme ils ont transporté à travers les airs celle de Loreto. Elle repose sur une poutre d'or qui faisait partie de la charpente du ciel, et qui s'étend sous terre jusqu'au-dessous de la cathédrale de Compostelle [201].

[Note 201: Villes diverses de la Cantabrie:

Santander 21,000 hab. Asturie: Oviedo 9,000 » Gijon 6,000 » Santiago 29,000 » La Corogne (Coruña) 20,000 » Le Ferrol (el Ferrol) 17,000 » Lugo 8,000 » Vigo 6,000 » Orense 5,000 » Pontevedra 4,200 » ]

IX

LE PRÉSENT ET L'AVENIR DE L'ESPAGNE.

Le désordre est grand dans l'Espagne contemporaine. Non-seulement tous les rouages politiques et financiers, et la machine sociale tout entière, sont disloqués; le désarroi existe surtout dans les esprits. Aux rivalités provinciales s'ajoutent les haines de classes; chaque ville, de même que chaque province et le royaume tout entier, est le théâtre d'une guerre active ou latente, qui, suivant les circonstances, tantôt s'assoupit et tantôt s'exaspère. Chose plus grave encore, l'indifférence s'empare de ceux que la passion a lassés, et prépare d'avance les populations à l'avidité, au vice, à la bassesse. Les ruines de toute espèce amoncelées sur le sol de l'Espagne, pendant les dernières années, par les incendies, la dévastation des champs, la cessation des industries, sont vraiment incalculables. Les gouvernements de divers partis qui se sont succédé en Espagne, ont tous vécu de misérables expédients: ils ont vainement essayé de déguiser la banqueroute sous des artifices de budget, les créanciers n'en ont pas moins été frustrés, et les employés pauvres n'en sont pas moins restés dans la vaine attente de leurs émoluments. En maints endroits, les instituteurs ont dû fermer les écoles, reprendre la charrue ou mendier sur les voies publiques; certains services de l'État ont été complétement interrompus; l'administration a cessé son fonctionnement régulier. Ce n'est pas sans raison que, dans un document officiel récent, le gouvernement de la République mexicaine, renvoyant à son ancienne métropole les termes de compassion dont celle-ci l'avait souvent insultée, a fait des voeux pour que «l'ère des révolutions puisse enfin se fermer dans la malheureuse Espagne!» Les Castillans ont été blessés de ces paroles de commisération, mais ils ne peuvent nier que plusieurs de leurs anciennes colonies du Nouveau Monde soient en train de les distancer par la prospérité matérielle et la civilisation.

Cependant les progrès n'en sont pas moins réels, malgré la ruine apparente. Pour juger avec équité l'Espagne de nos jours, il faut se rappeler qu'un siècle ne s'est pas encore écoulé depuis les meurtres juridiques de l'Inquisition. En 1780, une femme de Séville, «convaincue de sortilége et de maléfice,» fut condamnée à être brûlée vive, et subit son supplice. A la même époque, les possessions de main-morte occupaient encore la plus grande partie de l'Espagne et l'oisiveté générale empêchait d'exploiter le reste. L'ignorance était lamentable, surtout dans les universités et les écoles, où les formules régnaient sans conteste, au mépris de toute observation et du bon sens.

Depuis les grands événements qui ont inauguré le dix-neuvième siècle, les Espagnols, secoués de leur torpeur, ont vécu dans la lutte incessante, comme au milieu des flammes. Pourtant le pays, malgré des reculs momentanés, a gagné, chaque décade, en population, en industrie, en richesse. Il est vrai que les statistiques précises ne sont pas nombreuses; depuis la révolution de 1868 surtout, aucune évaluation sérieuse n'a été faite en Espagne: les gouvernements éphémères qui se sont succédé n'ont publié que des chiffres trompeurs ou très-vaguement approximatifs: c'est par l'examen et la discussion de rapports partiels que l'on doit tenter d'arriver à la connaissance sommaire des choses.

En premier lieu, le travail est beaucoup plus respecté qu'il ne l'était jadis; tandis que les couvents se vidaient, les usines s'emplissaient. Il est vrai que, grâce à la solidarité industrielle et commerciale des peuples modernes, l'initiative du travail est en grande partie venue de l'étranger. L'Espagne est redevable à la France, à l'Angleterre, à la Belgique, d'une part très-considérable du développement de sa prospérité matérielle. Non-seulement elle a reçu des ingénieurs, des chimistes, des ouvriers en foule; mais c'est par milliards que l'argent des autres nations d'Europe est venu s'appliquer à l'exploitation de ses ressources de toute espèce. La Belgique et la France ont, à elles seules, prêté à l'Espagne plus d'un milliard et demi de francs, avec un espoir de gain qui ne s'est réalisé que dans un petit nombre d'entreprises, mais qui n'en a pas moins enrichi le pays d'une manière permanente et l'a rapproché du niveau industriel des autres contrées de l'Europe occidentale. Les Anglais ont donné la plus vive impulsion aux progrès agricoles en demandant aux Andalous leurs vins exquis, aux Castillans leurs blés et leurs farines, aux Galiciens leurs bestiaux; ce sont eux aussi qui ont le plus contribué à restaurer le travail des mines en Espagne en exploitant les immenses richesses métallifères du district de Huelva, de Linarès, de Carthagène, de Somorrostro et d'autres régions du littoral maritime et du bord des fleuves. Pour l'industrie proprement dite, les Français ont été les initiateurs les plus actifs de l'Espagne, en fondant et en soutenant de leurs capitaux de nombreuses manufactures dans la Catalogne, à Valence et dans les provinces Basques, et en fabriquant une grande partie de l'outillage industriel des autres provinces. Enfin, c'est aux capitalistes et aux ingénieurs de toute nationalité que l'Espagne doit les lignes de bateaux à vapeur qui forment une sorte de guirlande aux mailles nombreuses sur tout le pourtour du littoral, et son réseau de chemins de fer, encore inachevé, mais déjà fort considérable, puisqu'il rayonne de Madrid vers dix cités du littoral péninsulaire, Barcelone, Valence, Alicante, Carthagène, Málaga, Cádix, Lisbonne, Santander, Bilbao, Saint-Sébastien [202]. C'est grâce à l'appui de ses soeurs d'Europe que la nation espagnole a pu triompher de ces obstacles matériels qui séparaient les provinces de la Péninsule les unes des autres et leur donnaient des intérêts tout opposés, cause inéluctable de dissensions et de guerres civiles. Déjà les petites villes de l'intérieur de l'Espagne commencent à changer de physionomie. Naguère elles témoignaient du long sommeil de la nation pendant les trois derniers siècles par l'immuable gravité de leur aspect; on s'y trouvait comme transporté en plein moyen âge: les places, les rues, les maisons à grilles ouvragées, rien n'était changé. De nos jours, la transformation s'opère graduellement sous l'influence des conditions économiques et de tout le milieu nouveau des moeurs et des idées.

[Note 202: Évaluation approximative de la production de l'Espagne:

Agriculture 2,000,000,000 fr.(?) Mines (1871) 156,775,000 » Industrie, d'après Garrido 1,587,000,000 » Commerce extérieur (1874): Importation 382,000,000 fr. Exportation 403,100,000 » 785,100,000 » Flotte commerciale (1874) 509,800 tonnes Développement des lignes de chemins de fer 5,600 kil. ]

Au point de vue intellectuel, les progrès de l'Espagne ont été plus rapides. Certes, l'ignorance est encore bien grande, notamment sur les plateaux des Castilles; l'école y est encore bien peu respectée; plusieurs villes populeuses n'ont pas même un libraire; des catéchismes et des almanachs sont toute la littérature des campagnes. Mais la part que l'Espagne a prise au mouvement des lettres et des arts pendant ce siècle prouve suffisamment que le pays de Cervantes et de Velazquez peut se replacer au rang qui lui convient parmi les autres contrées de l'Europe. Pour les oeuvres de la science proprement dite, les Espagnols ont été plus en retard. Il faut constater qu'avec toutes leurs qualités d'intelligence et l'action considérable qu'ils ont exercée sur le monde, les chrétiens d'Espagne n'ont fourni à la civilisation qu'un seul homme, l'Aragonais Michel Servet, dont les oeuvres scientifiques aient fait époque dans l'histoire du progrès. Mais si les Castillans et les autres Espagnols n'ont eu qu'un rôle de bien peu d'importance dans la marche des connaissances humaines, les Arabes du Guadalquivir ont été longtemps de véritables initiateurs. Pendant quelques générations ils ont été les maîtres et les éducateurs de l'Europe en astronomie, en mathématique, en mécanique, en médecine, en philosophie: l'ingratitude et la mauvaise foi ont seules pu leur contester ce mérite. C'est un Arabe d'Espagne, Alhazen, qui découvrit le phénomène de la réfraction atmosphérique et la décroissance de densité de l'air en proportion des altitudes; un autre Arabe de Séville a donné son nom à la science de l'algèbre; des physiologistes de Cordoue connaissaient déjà bien des faits d'histoire naturelle qu'on a retrouvés avec étonnement dans leurs écrits après les avoir découverts à nouveau tout récemment. Le génie inventif des musulmans d'Espagne se réveillera peut-être un jour chez leurs descendants: c'est assez de plusieurs siècles de sommeil!

Il est à désirer aussi que l'adoucissement des moeurs accompagne le progrès des intelligences [203]. C'est un véritable scandale que la «noble science de la tauromachie» ait encore tant d'adeptes et que les fêtes par excellence soient des massacres d'animaux, rendus plus émouvants par le péril imminent de l'homme qui fait office de boucher. Quoi qu'en disent les amateurs de la «couleur locale», les courses de taureaux, de même que les combats de coqs, suivis avec tant de passion par les Andalous, sont des amusements indignes, et la fière Espagne se devrait à elle-même d'en avoir honte: on rougit de voir des hôpitaux, comme celui de Valence, institués pour soulager l'humanité souffrante, exploiter pour leur propre compte des arènes d'où les hommes, blessés ou morts, sont emportés sur des civières sanglantes. Il est grand temps que ces jeux barbares disparaissent comme ont disparu les «actes de foi», qui consistaient à brûler des hommes et que l'on venait de toutes parts contempler avec une joie frénétique. Du reste, il paraît qu'en dépit des journaux spécialement consacrés à la noble science du toreo, les traditions du «grand art» se perdent; les toreros s'en vont; l'école de tauromachie, fondée à Séville en 1830, n'a pu se soutenir; à Barcelone, la ville joyeuse par excellence, les courses n'attirent plus les spectateurs; la plupart des grands cirques, à l'exception de celui de Madrid, ne s'ouvrent que deux ou trois fois par an. Le respect de la vie des animaux, sans lequel la vie des hommes est elle-même tenue pour peu de chose, semble faire des progrès parmi les Espagnols; mais hélas! que de sauvages retours vers la guerre et ses violences, les meurtres et les égorgements en masse.

[Note 203: Statistique approximative de l'instruction en Espagne, en 1870:

Sachant Sachant Ne sachant lire et écrire lire seulement ni lire ni écrire

Hommes 2,414,000 317,000 5,035,000 Femmes 716,000 389,000 6,803,000 ___________ _________ ____________ Total 3,130,000 706,000 11,838,000 ]

L'Espagne a le bonheur d'être débarrassée depuis une ou deux générations d'une grande cause d'affaiblissement matériel et moral: elle n'a plus son immense empire du Nouveau Monde. Argentins, Chiliens, Péruviens, Colombiens, Mexicains ont secoué l'intolérable joug du monopole castillan; ils se sont constitués en républiques indépendantes. La métropole a été ainsi déchargée du soin de «faire le bonheur de ses peuples d'outre-mer»; elle n'a plus eu à y maintenir l'inquisition, l'esclavage, les monopoles commerciaux, les castes et les privilèges; on l'a dispensée du soin d'y entretenir des armées et d'en extorquer des impôts. Il est vrai que les anciennes colonies, devenues autonomes, ont eu à passer, depuis leur émancipation, par de terribles crises de révolutions et de contre-révolutions; la transition du régime colonial à celui de la liberté s'est accomplie très-péniblement dans plusieurs des nouvelles républiques; mais, en somme, elles ont grandement progressé en population, en richesse, en activité commerciale, en importance économique, depuis qu'elles se sont chargées de veiller elles-mêmes au soin de leurs propres destinées. La mère-patrie et les colonies-filles ont également gagné à la rupture du lien de force qui les rattachait l'une aux autres.

Par malheur pour quelques colonies et pour l'Espagne elle-même, l'empire transocéanique de la Péninsule ibérique n'a pas été perdu tout entier. Sans compter les Canaries, qui sont assimilées aux provinces continentales, et les presidios ou bagnes de la côte marocaine, Cuba, «la Perle des Antilles,» est restée au pouvoir du gouvernement espagnol; Puerto-Rico a dû également garder dans ses villes les garnisons étrangères; enfin, en d'autres parages de l'Océan, l'Espagne possède les îles de Fernando Pó et d'Annobon, près des côtes de Guinée, et les Philippines, les Carolines, les Palaos, les Mariannes, à l'orient du continent d'Asie [204].

[Note 204:

Superficie. Population. Popul. kilom.

Amérique Cuba...... 118,833 1,414,500 en 1887 12 Puerto-Rico 9,314 646,360 en 1866 69

Canaries... 7,273 284,000 en 1870 39 Fernando-Pó. Afrique Annobon.... 1,266 35,000 » 27 Colonies de Guinée Ceuta et Presidios.

Philippines. 170,600 7,500,000 en 1871 44 Asie et Carolines et Palaos 2,374 28,000 » 12 Océanie Mariannes.... 1,079 5,610 » 5

-------- ------------ ---- Total.... 310,739 9,913,470 29 ]

On a souvent représenté ces possessions coloniales, et notamment Cuba et les Philippines, comme une source de trésors pour l'Espagne. Le fait est qu'après avoir été temporairement libérée du joug de la métropole pendant les guerres de l'Empire, l'île de Cuba put fournir chaque année des sommes considérables au budget du gouvernement de Madrid; grâce aux privilèges dont les Péninsulaires jouissaient au détriment de tous les indigènes, les immigrants d'Espagne pouvaient s'enrichir rapidement et se donner des airs de maîtres; surtout les fonctionnaires d'un rang élevé avaient toute facilité pour gagner rapidement des fortunes, et maint personnage espagnol a su rétablir ses finances délabrées au moyen de faveurs vendues à beaux deniers aux planteurs de Cuba et aux négriers de toute nation. Les «capitaineries» des Antilles étaient briguées avec la même ardeur que les proconsulats des provinces romaines, et pour les mêmes motifs de lucre honteux. Mais si les colonies de l'Espagne donnent à quelques-uns l'occasion de s'enrichir, soit par des voies honnêtes, soit par le chemin de la fraude, ce sont là des avantages achetés aux dépens des populations elles-mêmes. Cuba doit à son état de colonie d'être encore cultivée par des mains esclaves; seule avec l'empire du Brésil, elle a le triste honneur de tenir les noirs dans la servitude, et tout récemment la traite se faisait impudemment sur ses rivages en dépit des traités internationaux. Même les habitants blancs de l'île sont tenus dans une complète sujétion administrative; le moindre Espagnol, fraîchement débarqué de Barcelone ou de Cadix, peut prendre à leur égard des allures de dominateur. Aussi la conséquence inévitable de ces injustices a-t-elle fini par se produire. Depuis 1868, la guerre civile dévaste le pays: d'un côté, les partisans de l'indépendance républicaine de l'île et les noirs libérés; de l'autre, les immigrants espagnols et les propriétaires d'esclaves, aidés par les troupes régulières, se disputent la possession de l'île. Si la république des États-Unis avait donné le moindre appui aux insurgés, ceux-ci l'eussent facilement emporté; mais ils ont fait déjà beaucoup pour leur cause en tenant leurs ennemis en échec pendant sept longues années de combats et d'embûches.

De fréquentes insurrections ont également éclaté à Puerto-Rico, quoique la configuration du terrain de cette île ne prête nullement à la guerre contre des troupes organisées. Dans les Philippines, les populations de races diverses, opposées les unes aux autres par la politique traditionnelle de tous les gouvernements de conquête, ont été, en général, très-dociles à leurs maîtres, bien que la servitude pesât lourdement sur elles; mais à mesure que les habitants s'instruisent et se civilisent, principalement sous l'influence des Chinois, ils deviennent moins gouvernables, et déjà des conflits ont eu lieu, pleins de menaces pour l'avenir. Si l'Espagne n'adopte pas à l'égard de ses colonies une politique analogue à celle de la Grande-Bretagne, et ne leur laisse pas une entière liberté administrative, elle est certainement condamnée d'avance à perdre les restes de son domaine colonial, après s'être épuisée en longs efforts de reconquête.

Il est donc vivement à souhaiter, dans l'intérêt même de l'Espagne, qu'elle n'use plus ses forces à continuer par delà les mers la vieille politique des Charles-Quint et des Philippe II, et qu'elle reconnaisse le droit des populations à disposer de leur propre sort. Elle sera la première à en profiter, puisqu'elle pourra concentrer son activité sur son développement intérieur. D'ailleurs, quoi qu'il arrive, l'influence exercée par les populations de la péninsule Ibérique sur le reste du monde est une de celles qui garderont encore leur valeur pendant de longs siècles. Le fort génie de l'Espagne se révèle historiquement par la durée de ses oeuvres dans tous les pays où elle domina pendant une période plus ou moins longue de l'histoire. En Sicile, dans le Napolitain, en Sardaigne, même en Lombardie, l'architecture et les moeurs montrent encore combien puissante a été l'empreinte de ces maîtres d'autrefois. Dans l'Amérique latine, mainte cité, quoique habitée surtout par des Indiens et des métis, semble aussi parfaitement espagnole que si elle se trouvait dans les plaines rases de l'Estremadure, au lieu d'être dans les forêts du Nouveau Monde: on dirait un quartier détaché de Badajoz ou de Valladolid. Les races elles-mêmes, aztèques, quichuas et araucaniennes, ont été hispanifiées par la langue, les moeurs, la manière de penser. Un territoire immense, double de l'Europe en étendue, et destiné à nourrir un jour des habitants par centaines de millions, appartient à ces peuples d'idiome castillan, qui font équilibre aux populations de langue anglaise, groupées dans l'Amérique du Nord. De toutes les nations d'Europe, les Espagnols sont les seuls qui puissent avoir actuellement l'ambition de disputer aux Anglais et aux Russes la prépondérance future dans les mouvements ethniques de l'humanité. Quoi qu'il en soit, ils ont encore en réserve une part considérable de travail dans l'oeuvre commune, grâce à leur forte originalité, à leur caractère solide, à leur noblesse et à leur droiture.

X

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION.

Depuis la Révolution de septembre 1868, qui renversa le gouvernement de la reine Isabelle II, l'Espagne a passé successivement par divers régimes politiques; elle a subi la dictature du général Prim, puis du régent Serrano; ensuite la royauté a été proclamée et les Cortes, en quête d'un roi, ont élu pour souverain Amédée, fils du roi d'Italie. Engagé dans une voie sans issue légale, incapable de lutter contre l'impopularité qui s'attachait à sa qualité d'étranger, Amédée dut abdiquer et laisser l'Espagne maîtresse de ses destinées. Le pays se constitua en république fédérale, changée plus tard en république unitaire; puis une révolution militaire expulsa les Cortes du lieu de leurs séances pour installer à leur place le dictateur Serrano, qu'un deuxième pronunciamiento, préparé par des intrigues de cour et par l'argent des planteurs de Cuba, expulsa momentanément de l'Espagne pour donner le trône vacant au jeune Alphonse XII, fils d'Isabelle. Ainsi se trouvait fermé, du moins en apparence, tout le cycle des révolutions inaugurées en 1868, six années auparavant. Il est vrai que le royaume du souverain madrilègne est limité au nord par un autre royaume, dont les frontières oscillent suivant les vicissitudes de la guerre, et qui comprenait naguère presque toute la superficie des provinces Basques, une moitié de la Navarre, une partie de l'Aragon et de la Catalogne, même quelques districts de Valence et des Castilles: c'était le domaine occupé par le roi «légitime» don Carlos. Par une singulière ironie du sort, qu'explique fort bien l'histoire de l'Espagne, le monarque par la grâce de Dieu, le maître absolu «responsable seulement devant sa conscience», convoque les délégués de ses peuples et jure d'observer leurs fors et libertés, tandis que le roi dit constitutionnel s'est passé pendant plus d'une année de toute constitution en gouvernant selon son bon plaisir, ou pour mieux dire, au gré de ses conseillers. La forme actuelle de l'appareil gouvernemental comprend deux Chambres élues conformément à la loi de 1870, qui prescrit le suffrage universel pour l'élection des députés et le vote à deux degrés pour l'élection des sénateurs. Suivant le projet de nouvelle constitution, les membres de la Chambre des députés, un par 50,000 habitants, sont élus pour cinq ans, tandis que le Sénat est composé de 200 membres héréditaires, en partie choisis par la couronne et 100 élus par les corporations. Le roi nomme le président et les vice-présidents du Sénat. Il peut dissoudre simultanément ou séparément la Chambre des députés et la moitié élue du Sénat, à la condition de faire procéder à de nouvelles élections dans un délai de trois mois. Il a le droit de refuser la sanction aux lois votées par le Parlement.

Les révolutions gouvernementales qui se sont opérées coup sur coup en Espagne n'ont guère été pour la nation qu'un changement de décor, car le fonctionnement des «bureaux» républicains ou monarchiques s'est à peine modifié pendant la période de crise politique. Malgré les fictions du budget, le trésor est en état de banqueroute permanente; si la dette nationale devait être payée, l'ensemble des recettes annuelles n'y suffirait point, tandis que le budget de la guerre absorbe actuellement beaucoup plus de fonds qu'il n'en faudrait pour acquitter l'intérêt annuel de la dette. Tandis que le service de ces intérêts aurait exigé en 1875 environ 235 millions de francs, qui n'ont point été payés, les dépenses de guerre ont dépassé 275 millions[205]. Les impôts n'ont été remaniés que dans le sens d'une aggravation; la conscription, si abhorrée des Espagnols, a pris plus d'hommes qu'elle n'en prenait jadis; le nombre des écoles a décru.

[Note 205: État du trésor espagnol en 1875:

Recettes............................. 544,000,000 fr. Dette flottante...................... 435,000,000 » Dette totale, par approximation..... 14,500,000,000 » ]

La division politique et administrative est toujours celle qu'a prononcée le décret de 1841. L'Espagne se partage en 49 provinces, y compris les îles africaines des Canaries. Chacune de ces provinces est administrée par un gouverneur civil et se divise elle-même en districts, de 6 à 7 en moyenne par province. Les communes sont administrées par des alcaldes ou maires, qu'assistent des conseils municipaux, ou ayuntamientos, composés de 4 à 28 membres, suivant l'importance de la commune. Dans les grandes villes, les alcaldes sont assistés par des lieutenants (alcaldes tenientes). L'administration judiciaire est instituée sur le même modèle que celle de la France: la hiérarchie des tribunaux comprend près de 10,000 justices de paix, une par commune, environ 500 tribunaux de première instance, 15 cours d'appel, une cour suprême siégeant à Madrid. Mais la guerre intestine et le régime de l'état de siége auquel, officiellement ou non, se trouve soumise l'Espagne entière, donnent aux divisions militaires une importance de beaucoup supérieure à celle des circonscriptions civiles et judiciaires. La partie continentale du royaume se partage en 12 capitaineries générales, Nouvelle-Castille, Catalogne, Aragon, Andalousie, Valence et Murcie, Galice, Grenade, Vieille-Castille, Estremadure, Búrgos, Navarre, provinces Vascongades. Les Baléares, les Canaries, Cuba, Puerto-Rico et les Philippines forment séparément cinq autres capitaineries générales. Les capitaineries sont subdivisées en commandements militaires.

Tous les Espagnols sont tenus de servir dans l'armée, à l'exception de ceux qui fournissent un remplaçant; le trésor, presque toujours à vide, ne pouvait négliger le rachat du service pour subvenir à ses besoins les plus pressants. La levée annuelle varie suivant les vicissitudes de la guerre civile et de la lutte contre les insurgés cubanais; elle serait légalement de 30,000 hommes, mais elle s'est élevée officiellement jusqu'à 80,000 individus; les décrets ont même appelé jusqu'à 100,000 hommes sous les drapeaux; mais le nombre des réfractaires, des rachetés, des malades réduisaient ce chiffre d'environ moitié: la force productive du pays en hommes valides ne permettrait pas de dépasser le nombre de 60,000 conscrits par an. Le temps du service est de sept années dans la cavalerie et l'artillerie, et dans l'infanterie de huit années, dont cinq dans les régiments de ligne et trois dans la milice provinciale. On évalue à plus de 200,000 hommes les troupes de l'armée péninsulaire; 80,000 soldats servant dans l'armée active et 120,000 environ dans l'armée de réserve. En outre, l'armée de Cuba se compose d'au moins 60,000 hommes, dont la guerre et les maladies font périr le quart chaque année, et les garnisons de Puerto-Rico et des Philippines s'élèvent respectivement à 9 ou 10,000 soldats.

Les principales forteresses de l'Espagne continentale sont les villes de Saint-Sébastien, Santoña, Santander, sur la baie de Biscaye; du Ferrol, de la Corogne, de Vigo, sur les rias de la Galice; de Ciudad-Rodrigo sur la frontière portugaise; de Cádiz et de Tarifa à l'entrée du détroit; de Málaga, Almería, Carthagène, Alicante, Barcelone sur la Méditerranée; de Figueras, Pampelune et Saragosse aux débouchés des routes pyrénéennes.

La marine militaire est puissante: elle se compose de plus de 200 vapeurs portant près d'un millier de canons et montés par 10,000 matelots. En 1874, les navires de première classe comprenaient 7 frégates blindées et 13 autres frégates non cuirassées; mais la flotte, comme l'armée, a un énorme personnel d'officiers supérieurs, tout un état-major inutile, qui ne sert qu'à ruiner la nation. On compte en Espagne environ 2,500 officiers de marine, 1 pour 4 matelots. Les généraux sont au nombre de 600.

Les nobles n'ont plus aucun privilége officiel. Ils sont probablement plus nombreux en proportion que dans toute autre contrée de l'Europe, puisque des populations entières, dans les provinces Basques, dans les Asturies, se vantent d'avoir du «sang bleu» dans les veines. En 1787, on comptait dans le royaume 480,000 gentilshommes, non compris les femmes et les enfants, en sorte que, si la proportion s'est maintenue depuis cette époque, trois millions d'Espagnols pourraient se classer parmi les hidalgos ou «fils de quelqu'un». Les grands d'Espagne que la coutume autorise à rester couverts devant le roi sont au nombre d'environ 1,500, dont 200 de première classe; mais tous ne doivent point leurs titres à la naissance. Plusieurs roturiers ont profité de la pénurie du trésor ou de l'avidité des ministres pour se faire octroyer la faveur convoitée. L'ordre de la «Toison d'Or», fondé en 1431 par Philippe le Bon, est une des distinctions les plus enviées par les princes et les diplomates de l'Europe.

La religion catholique, apostolique et romaine, est la religion de l'État, et ses prélats jouissent de grands priviléges; mais l'étendue de leurs droits, relativement au pouvoir royal, est encore l'objet de discussions ardentes. Dans les grandes villes les cultes non catholiques sont plus ou moins tolérés, grâce à l'intervention des puissances étrangères. La surveillance des écoles appartient exclusivement à l'Église, et la censure est exercée par des ecclésiastiques sur les pièces de théâtre. Le nombre des prêtres est d'environ 40,000; mais, quoique les couvents aient été rétablis depuis la restauration de la monarchie, les ordres monastiques ne sont que très-faiblement représentés. L'Espagne fut jadis le pays le plus peuplé de moines et de religieuses en proportion de ses habitants civils. A la fin du siècle dernier, le monde ecclésiastique du royaume dépassait 250,000 individus, dont plus de 71,000 moines et 35,000 nonnes. A la même époque, le nombre des marchands n'était que de 34,000, sept fois moins que de gens d'église. En 1835, les révolutions, les guerres, les transformations du milieu social avaient notablement diminué le nombre des religieux, mais la population des couvents était encore de plus de 50,000 personnes. Une première mesure de suppression atteignit alors les établissements religieux et près de mille couvents furent l'objet d'un décret de fermeture. Dans les années qui suivirent, d'autres lois plus radicales furent votées contre le monachisme et la propriété de main-morte, et dès 1869 il n'y avait plus un seul moine en Espagne; les derniers religieux, ceux de la Chartreuse de Grenade, avaient dû quitter la contrée. Par une étrange vicissitude du sort, ils s'étaient réfugiés en Belgique, dans ce pays que les Espagnols avaient, trois siècles auparavant, ramené de force sous le gouvernement des prêtres.

La hiérarchie administrative de l'Espagne se compose de 8 archevêques et de 54 évêques. Les 9 archevêchés sont ceux de Tolède, siége primatial de l'Espagne, de Búrgos, Grenade, Santiago, Saragosse, Séville, Tarragone, Valence, Valladolid.

Le tableau suivant donne, d'après les recensements approximatifs les plus récents, la population des diverses provinces de l'Espagne, groupées en régions naturelles:

DIVISIONS PROVINCES. SUPERFICIE EN POPULATION POPULATION NATURELLES. KILOM. CARRÉS. EN 1870. KILOM.

Des div. Des Des div. Des Par Par nat. Prov. nat. Prov. div. Prov. nat. Castilles, Leon, Estradamure. 210,592 3 4,423,421 21 Madrid 7,762 4 487,482 63 Avila 7,722 1 175,219 23 Badajoz 22,499 8 431,922 19 Búrgos 14,635 1 353,560 24 Cáceres 20,754 5 302,455 15 Ciudad Real 20,305 0 264,649 13 Cuenca 17,418 9 238,731 14 Guadalajara 12,610 8 208,638 17 Leon 15,971 2 350,092 22 Palencia 8,097 2 184,668 23 Salamanque (Salamanca) 12,793 7 280,870 22 Ségovie (Segovia) 7,027 7 150,812 21 Soria 9,935 5 158,699 16 Tolède (Toledo) 14,467 7 342,272 24 Valladolid 7,880 2 242,384 31 Zamora 10,710 5 250,968 23

Andalousie 87,187 5 3,264,640 38 Almería 8,552 9 361,553 42 Cádiz 7,275 7 426,499 59 Cordoue (Córdoba) 13,441 6 382,652 28 Grenade (Granada) 12,787 5 485,346 38 Huelva 10,676 4 196,469 18 Jaen 13,426 1 392,100 29 Málaga 7,312 9 505,010 69 Séville (Sevilla) 13,714 4 515,011 38

Valence et Murcie. 50,105 3 2,061,873 41 Albacete 15,465 9 220,973 14 Alicante 5,434 3 440,470 81 Castellon 6,336 4 296,222 47 Murcie (Múrcia) 11,597 1 439,067 38 Valence (Valencia)11,271 6 665,141 59

Baléares. 4,817 4 289,225 60 Baléares 4,817 4 289,225 60

Catalogne et Aragon. 78,895 0 2,697,126 34 Barcelone (Barcelona) 7,731 4 762,555 98 Gérone (Gerona) 5,883 8 325,110 55 Huesca 15,224 1 274,623 18 Lérida 12,365 9 330,348 27 Tarragone (Tarragona) 6,348 8 350,395 55 Teruel 14,229 0 252,201 18 Saragosse (Zaragoza) 17,112 0 401,894 23 \\ Navarre, Biscaye, et Logroño. 22,719 9 973,617 43 Alava 3,121 7 103,320 33 Guipúzcoa 1,884 8 180,743 96 Logroño 5,037 5 182,941 36 Navarre (Navarra) 10,478 0 318,687 30 Biscaye (Vizcaya) 2,197 9 187,926 85

Santander, Asturies et Galice. 45,426 0 2,841,745 65 La Corogne (Coruña) 7,973 2 630,504 79 Lugo 9,808 4 475,836 49 Orense 7,092 8 402,796 57 Oviedo 10,595 8 610,883 58 Pontevedra 4,504 3 480,145 107 Santander 5,471 5 241,581 44 _____________________ ________________ _______ Espagne entière 499,763 6,835,506 33

CHAPITRE XI

LE PORTUGAL

I

VUE D'ENSEMBLE.

Le Portugal est l'un des plus petits États souverains de l'Europe, quoique, pendant une courte période de l'histoire, il en ait été le plus puissant. Il occupe une superficie inférieure à celle de maint gouvernement de la Russie d'Europe, et même dans cette faible étendue il est assez maigrement peuplé, si ce n'est dans la partie septentrionale, qui est l'une des contrées du continent où les habitants sont le plus rapprochés les uns des autres[206].

[Note 206:

Superficie du Portugal, sans les Iles. 89,355 kil. car. Population, en 1872, 3,990,570 hab. Population kilométrique. 44 ]

Il semblerait d'abord que, par un résultat naturel des attractions géographiques, le Portugal dût faire partie intégrante d'un État ibérique comprenant toutes les provinces transpyrénéennes; pourtant ce n'est point un effet du hasard ni la conséquence d'événements purement historiques, si le Portugal a presque toujours eu une existence nationale indépendante de l'Espagne. Il faut remarquer en premier lieu que la partie du rivage devenue portugaise est à peu près rectiligne; elle se distingue par l'extrême uniformité de ses plages, et contraste absolument avec les côtes espagnoles. Les mêmes conditions de vents, de courants, de climat, de faune et de végétation se retrouvent sur tout le développement du littoral lusitanien, et par suite les habitants ont dû s'accoutumer au même genre de vie, nourrir les mêmes idées, et tendre naturellement à se grouper en un même corps politique. C'est par le littoral et de proche en proche que le Portugal s'est constitué en État indépendant; le royaume s'est formé successivement d'une vallée fluviale à l'autre vallée fluviale, du Douro au Minho et au Tage, du Tage au Guadiana, «d'échelon en échelon,» suivant l'expression du géographe Kohl puis, après avoir été momentanément détruit c'est de la même manière qu'il s'est reconstitué.

La zone de largeur uniforme qui s'est détachée du corps de la péninsule Ibérique pour suivre la destinée des campagnes du littoral, était également limitée d'avance par les conditions du sol et du climat. Dans son ensemble, la zone lusitanienne est formée par la déclivité des plateaux espagnols s'abaissant de terrasse en terrasse et de chaînons en chaînons vers la côte océanique. La limite naturelle des grandes pluies que les vents d'ouest apportent sur les collines et les monts du Portugal, coïncide précisément avec la frontière des deux pays: d'un côté, l'atmosphère humide, les averses fréquentes, la riche végétation forestière; de l'autre, un ciel aride sur une terre desséchée, des roches nues, des plaines sans arbres. L'abondance des pluies sur le versant portugais accroît aussi brusquement l'importance des cours d'eau qui descendent des plateaux de l'intérieur: en Espagne, c'étaient de faibles rivières au cours obstrué de pierres; en Portugal, ce sont des fleuves abondants ou même navigables. En outre, les bornes naturelles, posées par les défilés et les rapides à la navigation du Minho, du Douro, du Tage, du Guadiana, se trouvent dans le voisinage de la frontière politique. Toutes ces raisons expliquent suffisamment pourquoi le Portugal, en se séparant de l'Espagne, a pris cette forme d'un quadrilatère régulier. De même que dans un précipité chimique un cristal prend une existence distincte et se limite par des arêtes précises, de même le Portugal s'est détaché du reste de la Péninsule, en se donnant des frontières presque rectilignes. Le port si bien situé de Lisbonne a été, pour ainsi dire, le noyau qui a servi de centre à ce cristal. Là se développait une force propre indépendante de celle qui faisait graviter vers Tolède ou Madrid le reste de la Péninsule. La partie vivante, active, du grand corps ibérique s'est élancée hors de la lourde masse de l'Espagne, trop lente à la suivre dans son mouvement.

Comme il arrive d'ordinaire entre populations limitrophes obéissant à des lois différentes, et souvent armées les unes contre les autres par le caprice de leurs souverains, la plupart des Portugais et des Espagnols se haïssent mutuellement et s'abordent par leurs mauvais côtés. On peut juger de l'aversion qui naguère encore séparait les deux peuples, par cette enseigne que l'on rencontrait, au dire des voyageurs, sur un grand nombre d'auberges portugaises: «Au meurtrier des Castillans.» Ailleurs, la première maison lusitanienne que l'on rencontre en traversant la frontière est décorée d'une statuette faisant un geste de mépris à l'adresse des Espagnols. Des chants, des légendes, des proverbes, et l'histoire elle-même, témoignent de l'énergie des passions soulevées entre les populations voisines. Dans cet absurde conflit de ressentiments, le Portugais, plus faible, et, par cette raison même, animé d'un patriotisme plus ardent, apporte plus de rage; l'Espagnol, plus fort, témoigne plus de mépris. Portugueses pocos y locos!--«Petit peuple, peuple de fous!» dit le proverbe castillan. Lorsque l'union ibérique, désirée de nos jours par un bien petit nombre d'hommes, deviendra nécessaire par suite du mélange des intérêts économiques, lorsque le commerce et l'industrie triompheront des frontières, ce n'est point sans luttes ni récriminations de haine que s'accomplira ce travail d'assimilation politique. D'après le témoignage des auteurs anciens, les éléments ethniques originaires dont se compose la population portugaise sont à peu près les mêmes que ceux des provinces espagnoles limitrophes; quelques mégalithes y témoignent aussi de l'existence de populations parentes de celles de la Bretagne. L'antique Lusitanie était peuplée de tribus celtiques et ibériennes qui luttèrent longtemps avec succès contre les armes de Rome. Mais ces tribus qui, sur les côtes, avaient dû se modifier sous l'influence des colons grecs, phéniciens, carthaginois, eurent à subir une influence bien plus énergique encore lorsque les Romains eurent imposé leur langue, leur administration, leurs formes de gouvernement et de justice. Ce sont les Latins dont l'impression a été le plus durable, surtout dans les contrées du Nord, et comparés à ces conquérants, les Barbares du Nord, Suèves et Visigoths, n'ont laissé que peu de traces. Les mahométans d'origines diverses, qui s'emparèrent du pays à leur tour, ont aussi contribué puissamment à changer le sang et les moeurs des habitants. Dans l'Algarve notamment, où la domination des musulmans se maintint jusqu'au milieu du treizième siècle, la population est à demi mauresque. Les nombreuses forteresses que l'on voit sur les sommets, les vieux murs de défense, rappellent, aussi bien que les légendes racontées par les paysans, avec quel acharnement se sont livrées les luttes de race, avant que se soit faite l'unité de gouvernement et de religion.

De même que les rois d'Espagne, les souverains du Portugal, conseillés par le tribunal de l'Inquisition, ont expulsé de la contrée tous leurs sujets convaincus ou soupçonnés de n'être point fervents catholiques. Contre les Maures, les mesures de bannissement furent sans pitié; mais il y eut des périodes de répit dans la persécution des Israélites. Des milliers de Juifs espagnols, bravant l'esclavage et la mort, se domicilièrent en Portugal, près de la frontière d'Espagne, et, grâce à une conversion apparente, fondèrent sur la terre d'exil d'importantes communautés. Il reste encore maintes traces de l'ancienne population israélite, surtout, dit-on, dans les environs de Bragance et dans tout le Tras os Montes, quoique tous les Juifs avoués, race énergique et intelligente s'il en fût, soient allés porter leur industrie, leur esprit d'initiative, leurs connaissances, en diverses contrées de l'Europe et de l'Orient. On sait l'action que les Juifs portugais ont exercée et qu'ils exercent encore en Hollande, en France, dans la Grande-Bretagne. A l'époque de l'exil, ils étaient les auteurs, les médecins, les légistes, aussi bien que les grands spéculateurs du Portugal; ils avaient fondé à Lisbonne une académie, d'où sortaient les hommes les plus instruits du royaume; le premier livre imprimé en Portugal l'a été par un juif. Spinoza, ce penseur si noble et si puissant, était issu de juifs portugais. Les Portugais ne sont pas seulement mélangés d'éléments arabes, berbers, israélites; ils sont aussi très-fortement croisés de nègres, surtout dans la partie méridionale et sur le littoral maritime. Avant que les noirs de Guinée fussent exportés en multitudes dans les plantations d'Amérique, la traite n'en était pas moins fort active; mais c'est dans les ports méridionaux de l'Espagne et du Portugal qu'étaient vendus les esclaves africains. L'historien portugais Damianus a Goes évalue le nombre des nègres importés à Lisbonne pendant le seizième siècle à dix ou douze mille par an, sans compter les Maures. D'après le témoignage des contemporains, on rencontrait autant de noirs que de blancs dans les rues de Lisbonne; dans chaque maison bourgeoise les serviteurs étaient des nègres et des négresses, et les riches en possédaient des chiourmes entières, qu'ils achetaient sur les marchés. A la fin du siècle dernier, les personnes de couleur formaient encore la cinquième partie de la population de Lisbonne, et quand elles se rendaient en procession à l'église de leur patronne, Notre-Dame d'Ataraya, bâtie sur une colline de la rive opposée du Tage, on aurait pu croire, en présence de ces multitudes de noirs, qu'on se trouvait dans un pays d'Afrique. Peu à peu les croisements ont fait entrer dans la masse du peuple tous ces éléments ethniques provenant des populations les plus diverses de l'Afrique tropicale, et les Portugais ont pris ainsi dans leurs traits et leur constitution physique un caractère plus méridional que ne le comportait leur origine première: ils sont devenus en réalité un peuple de couleur. Quelques auteurs attribuent à l'influence persistante du sang nègre la remarquable immunité des immigrants portugais qui s'exposent au climat du Brésil, des Indes, de l'Afrique australe, ces contrées redoutables où meurent presque tous les autres colons d'Europe. Il est vrai, la plupart des Portugais réussissent et prospèrent au Brésil; mais précisément la majorité de ces immigrants lusitaniens sont originaires des provinces montueuses du nord, où les croisements avec les Africains ont été assez rares. La sobriété des colons portugais semble être la principale raison de leur facilité d'acclimatement.

Actuellement, les étrangers qui ont le plus d'influence sur la population lusitanienne sont les Galiciens, qui se rendent en si grand nombre à Lisbonne et dans les autres villes du Portugal pour y exercer les métiers de boulanger, de porte-faix, de concierge, de majordome, de domestique. En général, ils se mêlent peu aux autres habitants, d'autant moins qu'on les tourne en ridicule, à cause de leur grossier langage et de leur rusticité; mais leurs colonies s'accroissent incessamment et leur action sur la population environnante augmente en proportion; d'ailleurs, l'aisance qu'ils finissent presque tous par acquérir, grâce à leur sobriété et à leur esprit d'économie, fait oublier facilement leur origine. Le mélange de tous ces éléments divers n'a point produit une belle race. Il est rare que les Portugais puissent se comparer à leurs voisins les Espagnols pour la noblesse du visage. Leurs traits n'ont, en général, aucune régularité, leurs nez sont retroussés, leurs lèvres épaisses. Si l'on ne voit parmi eux que très-peu d'estropiés et d'infirmes, par contre on ne trouve que peu d'hommes de belle taille; trapus, carrés, ils ont une grande disposition à prendre de l'embonpoint: en certains districts, un reste de lèpre s'est encore maintenu. La plupart des femmes sont petites et grasses; elles n'ont point la beauté fière des Espagnoles, mais elles se distinguent par l'éclat des yeux, l'abondance de la chevelure, la vivacité de la physionomie, l'amabilité des manières.

Les voyageurs se louent beaucoup des bonnes façons, de l'obligeance, de la bonté naturelle des campagnards du Portugal, non encore gâtés par les habitudes du commerce: quoique ayant à l'étranger une réputation de barbarie, due sans doute au souvenir de leurs crimes de conquête dans l'Inde et le Nouveau Monde, la plupart des Portugais ont une tendresse compatissante pour ceux qui souffrent. Ils aiment le jeu, mais ils ne se disputent point; ils ont la passion des courses de taureaux, mais ils ont soin de garnir de liége les pointes des cornes, et l'animal est épargné pour de nouveaux simulacres de luttes. Bien différents à cet égard de leurs voisins les Espagnols, ils traitent bien les animaux domestiques et se distinguent même par un talent spécial pour apprivoiser les bêtes sauvages: sur les bords du Guadiana, ils élèvent la fouine, dont ils se servent comme d'un chat contre les rats et les serpents. Dans leurs rapports mutuels, les Portugais sont doux, prévenants, polis: dire d'un Lusitanien qu'il est «mal élevé», est l'offenser de la manière la plus sensible. On s'étonne aussi de l'élégance, seulement trop cérémonieuse, de leurs discours. Se distinguant à leur avantage des Galiciens, qui parlent un patois difficile à comprendre, les paysans portugais ont en général une grande pureté de langage; ils s'expriment avec une facilité et un choix de paroles des plus remarquables chez un peuple si pauvre en instruction. On n'entend aucun jurement, aucune expression indécente, sortir de leur bouche: quoique grands parleurs, bavards même, ils s'observent avec soin dans leur conversation. Aussi le Portugal a-t-il fourni de grands orateurs, et l'un de ses poëtes, Camões, est parmi les plus illustres que le monde ait vus naître. Mais on se demande si la Lusitanie peut donner le jour à des artistes proprement dits, car, à l'exception du mythique Gran Vasco, dont on ignore même la nationalité, elle n'a eu ni peintres, ni sculpteurs, ni architectes. Camões l'avouait lui-même: «Notre nation, disait-il, est la première par toutes les grandes qualités. Nos hommes sont plus héroïques que les autres hommes; nos femmes sont plus belles que les autres femmes; nous excellons dans tous les arts de la paix et de la guerre, excepté dans l'art de la peinture.»

La langue des Portugais ressemble fort à celle des Castillans par les radicaux et la construction générale, mais elle est moins ample et moins sonore. Les mots sont très-souvent «éviscérés» par la suppression des consonnes l, j, n entre deux voyelles; en outre, ils s'émoussent à l'extrémité, se terminent fréquemment par des nasales et se compliquent de sifflantes auxquelles les étrangers ont quelque peine à s'accoutumer. Par contre, le portugais n'a pas les gutturales de l'espagnol. Des historiens ont émis l'opinion que l'influence de la langue française a contribué pour une forte part à la formation du portugais. D'après eux, le prince de la maison de Bourgogne qui reçut le Portugal à titre de fief à la fin du douzième siècle, et les chevaliers français qui l'aidèrent à guerroyer contre les Maures, auraient eu assez de prise sur la nation pour leur imposer leur accent étranger et leur mode de langage. Aucune hypothèse n'est plus improbable, d'autant plus que le district de Porto, où résidaient les seigneurs français, est précisément celui où la prononciation du portugais a le plus de rapport avec celle de l'espagnol. C'est dans l'évolution spontanée du peuple lui-même qu'il faut chercher la raison de sa langue. Les mots arabes, qui s'appliquent seulement aux objets introduits par les Maures dans la contrée et aux faits enseignés par eux, sont moins nombreux dans le portugais que dans le castillan; mais les Lusitaniens, comme les Espagnols, continuent, sans s'en douter, de jurer par le dieu des musulmans: Oxalà (Ojalà) «Plaise à Allah!» disent-ils fréquemment. Les dialectes brésiliens ont fourni aux conquérants portugais des centaines de mots qui ont aussi pénétré dans l'idiome lusitanien d'Europe.

Bien peu nombreux en comparaison des centaines de millions d'hommes qui peuplent l'Europe, les Portugais ne pèsent actuellement que d'un faible poids dans les destinées du monde. Pendant un moment de l'histoire, ils ont été les premiers par le commerce; leur génie devança celui de tous les autres peuples. Il est vrai, les Espagnols ont partagé avec les Portugais la gloire des grandes découvertes du quinzième siècle; mais ce sont les Portugais qui, après les Vénitiens et les Génois, ont rendu ces découvertes possibles, en émancipant les premiers la navigation, en cessant de longer les côtes pour se risquer dans la haute mer, loin de tout rivage; c'est aussi un Portugais, Magalhães, qui entreprit le premier voyage de circumnavigation, terminé seulement après sa mort. Pareille prééminence ne se retrouvera plus. Les forces s'équilibrent entre les peuples; une tendance à l'égalité de valeur géographique se produit dans les diverses contrées par suite de la facilité croissante des moyens d'échange et de communication. Le Portugal ne saurait donc espérer de reprendre le rôle qu'il eut jadis parmi les nations; mais ses ressources bien utilisées et les grands avantages de sa position à l'extrémité du continent suffisent pour lui assurer dans l'avenir un rang des plus honorables.

II

PORTUGAL DU NORD. VALLÉES DU MINHO, DU DOURO, DU MONDEGO.

Les montagnes de la Lusitanie se rattachent au système orographique du reste de la Péninsule, mais non pour former de simples contre-forts s'abaissant graduellement vers la mer; elles se redressent en massifs distincts, à formes originales, à contours imprévus. L'individualité du Portugal se manifeste dans son relief comme dans l'histoire de ses populations.

Pris dans leur ensemble, les groupes montagneux qui s'élèvent à l'angle nord-oriental du Portugal, au sud de la vallée du Minho, peuvent être considérés comme la digue extérieure de l'ancien lac qui recouvrait autrefois toutes les hautes plaines de la Vieille-Castille. Des Pyrénées à la sierra de Gata, la barrière était continue et sa rupture en chaînons séparés est un fait relativement moderne, dû au travail érosif des eaux torrentielles. Le principal percement, celui du Douro, n'a pu se faire pourtant sans triompher d'énormes obstacles. En aval de sa jonction avec l'Esla, le fleuve rencontre le mur des plateaux portugais et doit en longer la base sur une centaine de kilomètres, avant de trouver le point faible par lequel il peut s'échapper vers l'Atlantique.

Le massif le plus septentrional du Portugal, entre le cours du Minho et celui de la Lima, est bien choisi comme borne politique des deux nations, car par ses brusques escarpements et ses rochers, qui s'élèvent au-dessus de la zone forestière, le monte Gaviarra, ou l'Outeiro Maior, «la Grande Colline,» domine aussi bien la sierra Peñagache, projetée à l'est, du côté de l'Espagne, que les hauteurs portugaises, terminées à l'ouest par les coteaux de Santa Luzia. Immédiatement au sud du défilé où s'engage la Lima pour sortir d'Espagne, se dresse un autre massif escarpé de montagnes, dont l'arête, orientée du sud-ouest au nord-est, sert de frontière entre les deux États: c'est la serra de Gerez, région de montagnes tellement bizarre et tourmentée, qu'on ne lui trouve guère d'analogue dans la Péninsule que la fameuse serranía de Ronda. Quoique moins haute que le Gaviarra, il faut y voir néanmoins la continuation de la branche principale des Pyrénées cantabres; la roche granitique dont elle est composée, et l'alignement des divers groupes de sommets que l'on voit se succéder au nord-est, à travers les provinces espagnoles d'Orense et de Lugo, jusqu'au pic de Miravalles, témoignent qu'elle se trouve bien sur le prolongement de la grande chaîne pyrénéenne; tous les autres groupes de montagnes qui, sous divers noms, se ramifient et s'entremêlent en labyrinthe dans la province de «Par-delà les monts», Tras los Montes, ne sont que des hauteurs d'ordre secondaire par rapport à la serra de Gerez. Elles paraissent d'ailleurs moins élevées qu'elles ne le sont en réalité, car elles reposent sur un plateau de 700 à 800 mètres d'altitude moyenne: en maints endroits, on dirait de simples rangées de collines.

Les grandes montagnes de la frontière, Gaviarra, Gerez, Laróuco, ressemblent aux monts de la Galice par le contraste de flores distinctes, qui semblerait ne pas devoir se rencontrer dans la même zone. Sur leurs pentes, le botaniste trouve un mélange singulier des végétaux de la France et même de l'Allemagne avec ceux des Pyrénées, de la Biscaye et des plaines du Portugal. Quant aux cimes plus méridionales, notamment celles de la serra de Marão, qui s'avancent en forme de promontoire, entre le cours du Douro et celui de son grand affluent le Tamega, et qui protègent Porto et son district des vents du nord-ouest, trop froids en hiver, trop chauds en été, c'est à peine si l'on peut y étudier la flore arborescente, car les roches ont été presque partout dépouillées de leur verdure. De même, les plateaux schisteux qui se prolongent à l'est en dominant la vallée du haut Douro, ont perdu leur parure naturelle de forêts: on n'y voit plus entre les ceps et les pampres des vignes que les débris noirâtres de la pierre délitée. L'ancienne faune des animaux sauvages a disparu en partie de ces contrées, comme l'ancienne flore; mais les loups sont encore nombreux et les bergers les redoutent fort. La chèvre des montagnes (capra aegagrus, hispanica) se rencontrait par troupeaux dans la serra de Gerez à la fin du siècle dernier; des voyageurs modernes disent qu'elle existe encore. C'est probablement à la présence de ces chèvres sauvages que les montagnes d'où s'écoulent les eaux de l'Ave, au nord-est de Braga et de Guimarães, ont dû leur nom de serra Cabreira.

Si la serra de Gerez peut être considérée comme l'extrémité du système pyrénéen, la superbe serra da Estrella, qui s'élève entre le Douro et le Tage, est bien le prolongement occidental de la série de chaînes qui forme l'arête médiane de la Péninsule, entre les deux plateaux des Castilles. Mais comme les sierras de Guadarrama, de Gredos, de Gata, les «monts de l'Étoile» ont une individualité distincte et ne se rattachent au reste du système que par un seuil montueux et bizarrement raviné. En pénétrant en Portugal, la sierra de Gata, qui s'étale en une sorte de plateau, prend en conséquence le nom de las Mesas (Tables), et va se relever en chaînes indistinctes, la serra Gardunha, la serra do Moradel, entre le Zezere et le Tage. La grande rangée granitique de l'Estrella, plus isolée et plus majestueuse que tous ces massifs secondaires, s'élève en pente douce au-dessus de la région accidentée où le Mondego et divers affluents du Tage et du Douro prennent leurs sources. De ce côté, l'accès de la montagne est facile: c'est la serra mansa, la «montagne douce»; du côté du sud, au contraire, au-dessus de la vallée du Zezere, les escarpements sont abrupts, malaisés à gravir: c'est la serra brava, la «montagne sauvage». Des lacs charmants, disposés en vasques étagées comme les «laquets» des Pyrénées et les «yeux de mer» des Carpathes, se rencontrent dans le voisinage du principal sommet, le Malhão de Serra, et donnent lieu à diverses légendes. Eux aussi sont censés être en communication avec la mer, participer à son flux et à ses tempêtes, et cacher, comme elle, d'immenses trésors dans leurs eaux. Les lacs et les cascades qui s'en épanchent ont fait donner à plusieurs montagnes de ce massif le nom fort juste «d'aiguières»: ce sont, en effet, des réservoirs de sources, que les vents d'ouest, toujours chargés de pluies, prennent soin de ne jamais laisser tarir.

Les pentes supérieures de la serra Estrella sont couvertes de neige pendant quatre mois de l'année, et quelques cavités profondes en conservent même en été. Les habitants de Lisbonne trouvent en abondance, dans ces glacières naturelles, la provision qui leur est nécessaire pour la confection de leurs sorbets. Même la serra de Lousão, qui prolonge au sud-ouest les monts de l'Étoile, reçoit assez de neige en hiver pour en alimenter les cafés de Lisbonne. C'est aux derniers promontoires du Lousão que cesse le système orographique de l'Estrella. Les hauteurs et les collines de l'Estremadure qui se prolongent au sud-ouest vers le massif de Cintra et qui se terminent au Cabo da Roca, point de repère des navigateurs, appartiennent à une formation distincte, et consistent principalement en assises jurassiques revêtues au nord et au sud de strates crétacées. C'est d'une façon tout à fait générale seulement que l'on peut rattacher à l'arête «carpéto-vétonique» de la Péninsule ces diverses petites serras et celles qui accidentent le plateau de Beira Alta, au sud de la fosse profonde dans laquelle passe le Douro [207].

[Note 207: Altitudes diverses du Portugal, au nord du Tage:

Gaviarra 2,403 mèt. Serra de Gerez 1,500? » Laróuco 1,548 » Serra de Marão 1,429 » Malhão da Serra (Serra de Estrella). 2,294 » Bragança 2,105 » Lamego 1,514 » Castello Branco 1,468 » ]

Exposées comme elles le sont à l'influence des vents océaniques et des contre-alizés, tout chargés des vapeurs puisées dans les mers équatoriales, les montagnes de Beira et d'Entre-Douro et Minho reçoivent annuellement une très-forte part d'humidité. Les pluies tombent en abondance sur leurs pentes, non par orages violents et soudains, comme dans les pays tropicaux, mais par averses continues. C'est en hiver et au printemps que les nuages se fondent le plus fréquemment en eau, mais il pleut aussi dans les autres saisons; aucun mois ne se passe sans apporter son contingent d'averses. En outre, les brouillards se montrent très-souvent à l'issue des vallées et sur le littoral jusqu'à la latitude de Coïmbre. Il est arrivé que dans cette ville la précipitation annuelle de l'humidité s'est élevée à près de 5 mètres: même sur les côtes occidentales de l'Ecosse et de la Norvége, le sol ne reçoit point une quantité d'eau aussi considérable; seules des contrées tropicales ont de pareils déluges atmosphériques.

Cette grande humidité de l'air, ce bain de vapeur dans lequel se trouve immergé le Portugal du Nord ont pour conséquence une grande égalité de climat. A Coïmbre, l'écart entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid est à peine de 10 degrés [208]. Les froidures ne sont vraiment rigoureuses que sur les plateaux où souffle la bise, et les chaleurs ne paraissent presque intolérables que dans les creux et les vallées où l'air circule avec peine: telle est la fissure au fond de laquelle coule le haut Douro; au pied des rochers qui réverbèrent les rayons du soleil, à Penafiel notamment, on se sent comme dans un four. Mais, si l'on ne tient pas compte de ces climats exceptionnels, on trouve à l'ensemble du climat boréal de la Lusitanie un caractère essentiellement tempéré. Ainsi qu'en témoigne, du reste, l'aspect des forêts, des prairies et des champs, le Portugal du Nord appartient plus à la zone de l'Europe centrale qu'à celle du monde méditerranéen. Si ce n'est dans les jardins et à titre de curiosité, le palmier ne se montre point en Portugal au nord de la vallée du Tage; mais l'olivier, l'oranger, le cyprès y contrastent délicieusement avec les arbres du nord.

[Note 208: Température de la Lusitanie septentrionale:

COÏMBRE, d'après Coello.

Hiver 11°,24 Printemps 17°,25 Été 20°,50 Automne 17°,40 Moyenne 16°,68

Mois le plus froid (janvier) 10°,7 Mois le plus chaud (juillet) 20°,8 _______ Écart 10°,1

PORTO, d'après D. Luiz (huit années).

Hiver 10°,6 Printemps 14°,8 Été 21°,0 Automne 16°,2 Moyenne 15°,6

Mois le plus froid (janvier) 10°,1 Mois le plus chaud (août) 21°,3 _______ Écart 11°,2 ]

Une autre conséquence de l'extrême humidité de l'air et de la fréquence des pluies est la multitude et l'abondance des cours d'eau. Camões et, depuis ce grand poëte, des écrivains sans nombre ont célébré la beauté des campagnes de Coïmbre qu'arrose le Mondego, le charme des cascades qui ruissellent entre les branches, la pureté des sources qui s'élancent des roches tapissées de verdure. Au nord du Mondego, le Vouga, qui va se perdre dans les étangs marins d'Aveiro, puis les divers affluents du Douro, et par delà ce fleuve, l'Ave, le Cávado, le Neiva, la Lima serpentent également dans les campagnes les plus riantes, où la grâce de la végétation se trouve rehaussée par le contraste des rochers et des montagnes. La Lima n'est pas la seule rivière de ces contrées qui eût mérité de faire oublier aux soldats romains les fleuves de leur patrie et de recevoir d'eux, ainsi que l'affirme une tradition sans valeur, le nom de la source grecque du Léthé. Tous les autres fleuves des provinces septentrionales ont des rivages si charmants, que, n'était la trop grande fréquence des pluies, on voudrait y vivre et y mourir. La Lima, appelée Limia par les Espagnols, est de tous les cours d'eau de la Péninsule le seul qui se trouve encore dans sa période de transition géologique. Les autres ont déjà vidé les lacs du plateau dans lesquels s'amassaient leurs eaux supérieures. La Lima, que retenait à l'ouest une digue de rochers plus difficile à percer que celle du Tage et du Douro, n'a pas encore complétement emporté le trop-plein de son bassin d'origine: un grand marécage, la lagune Beon, ou Antela, rappelle les temps où une vaste mer intérieure, semblable au lac de Genève, emplissait encore son beau cirque de montagnes.

La pente moyenne des fleuves portugais est trop considérable et les barres qui en défendent l'entrée sont trop périlleuses pour qu'ils aient pu acquérir une grande importance comme chemins de navigation. Tous ont, il est vrai, leur port d'accès, mais, à l'exception du Douro, qui roule les eaux d'un sixième de la péninsule Ibérique, aucun ne peut servir de débouché à de castes districts de l'intérieur et, par conséquent, n'a de valeur sérieuse pour le commerce général de la contrée. Bien différente du littoral de la Galice, si bizarrement découpé en golfes et en rias, en innombrables havres de refuge, la côte de tout le Portugal du Nord se développe en longues plages, fort dangereuses quand souffle le vent du large, et redoutées à bon droit par les marins. De la bouche du Minho au cap Carvoeiro, sur un développement d'environ 300 kilomètres, la plage ressemble à celle des Landes françaises, entre l'estuaire de la Garonne et la base des Pyrénées. Sauf le cap de Mondego et quelques monticules isolés, au pied desquels s'enracinent les sables, la côte ne présente que de longs estrans aux courbes régulières; toutes les inégalités primitives du littoral, toutes les baies de formes diverses qui pénétraient au loin entre les bases des montagnes, ont été masquées par le cordon de sable, et les vagues le renouvellent incessamment en se servant des matériaux que leur apportent les fleuves et de ceux qu'elles prennent elles-mêmes en sapant les rochers granitiques de la Galice. A la fin de l'époque glaciaire qui avait transformé l'Europe occidentale en un autre Groenland, les plaines du Portugal étaient depuis longtemps débarrassées de leurs glaces, tandis que les rivages de la Galice et des Asturies en étaient encore encombrées; aussi les alluvions ont-elles pu faire leur oeuvre au midi, tandis que plus au nord elle est encore bien loin d'être achevée. L'apparence générale de la contrée témoigne que toute la basse vallée du Vouga était jadis un golfe se ramifiant au loin dans les terres; mais d'un côté les dépôts marins, de l'autre les apports fluviaux ont comblé en grande partie l'ancienne mer intérieure. Géologiquement, le bassin d'Aveiro offre la plus grande ressemblance avec le bassin d'Arcachon. Ses eaux, de même que celles de tous les fleuves de la côte, sont extrêmement poissonneuses; mais le Douro est le cours d'eau le plus méridional de l'Europe où pénètrent encore les saumons. La vie animale est tellement surabondante dans certaines parties du Duero espagnol, que, suivant le proverbe, «son eau n'est pas de l'eau, mais du bouillon.»

Comme la côte des Landes, la plage rectiligne de Beira-mar est en grande partie bordée de dunes qu'a dressées le souffle de la mer. Derrière ces dunes, les eaux douces de l'intérieur, remplaçant peu à peu les eaux salées des anciens golfes, se sont amassées en étangs insalubres, et leurs bords, comme ceux des eaux dormantes du sud-ouest de la France, sont couverts de bruyères diverses, de fougères, d'arbousiers, de superbes genêts, hauts de 6 à 10 mètres, tandis que les forêts voisines sont formées de chênes-liéges et de pins. Une même formation géologique a donné à l'ensemble de la végétation la même physionomie. Jadis aussi les dunes de la côte portugaise étaient mobiles et marchaient à l'assaut des campagnes cultivées de l'intérieur, mais, bien avant qu'on ne songeât en France à les fixer par des semis, on avait eu cette idée en Portugal. Du temps du roi Diniz «le Laboureur», dès le commencement du quatorzième siècle, les collines de sable avaient déjà cessé de marcher; des forêts de pins les avaient consolidées.

Les habitants de la partie cultivable des bassins du Minho et du Douro sont très-nombreux, proportionnellement à la surface du sol. Dans la province comprise entre les deux fleuves, la population est même beaucoup plus dense que dans la province limitrophe de Pontevedra, la plus riche de toute l'Espagne en hommes. Si la France était relativement aussi peuplée que l'est la province du Minho, elle aurait près de 70 millions d'habitants. Pour trouver dans cet espace étroit la nourriture suffisante, il faut que les Portugais du Nord travaillent avec beaucoup de zèle, et leur province est, en effet, la mieux cultivée de la Péninsule. Ce fait s'explique d'ailleurs par la raison bien simple que les cultivateurs sont en grand nombre propriétaires ou du moins afforados, c'est-à-dire usufruitiers inamovibles, moyennant un tribut nominal de quelques francs au propriétaire en titre. Presque tous les paysans possèdent un intérêt direct dans la bonne exploitation des richesses du sol, et peuvent transmettre leur propriété à l'un de leurs enfants, qui dédommage ses frères et ses soeurs par une certaine somme que fixe la loi. Grâce à cette tenure du sol, presque toutes les parties basses de la Lusitanie du Nord sont cultivées comme un jardin. Dès le siècle dernier, Link constatait que le nombre des paysans aisés était en raison inverse du luxe des monastères et de l'étendue des grandes propriétés: il n'est pas rare de rencontrer dans le Minho des paysannes portant, comme les Frisonnes et les riches Serbiennes, de véritables fardeaux de bijoux, surtout des colliers d'or, de style mauresque. Les habitants de la contrée font preuve de la plus ingénieuse industrie pour arroser les pentes supérieures des collines rocailleuses; en plusieurs endroits, leurs travaux de recherche à la poursuite des sources ressemblent à des galeries de mines. Nombre de montagnes ont été taillées en terrasses geios que l'on arrose avec le plus grand soin et qui sont cultivées en prairies artificielles. Ce remarquable amour du travail s'associe chez les Portugais du Nord à de hautes qualités morales. D'après le témoignage universel, les habitants de ces contrées seraient certainement les meilleurs de tout le Portugal par la douceur du caractère, la gaieté, la bienveillance; pour la danse et les chants, ce sont, dit un auteur, de vrais bergers de Théocrite. Souvent un jeune homme défie envers un de ses compagnons, et l'autre lui répond en chantant des rimes improvisées. Quelques-unes des populations du littoral ont aussi une véritable beauté. Les femmes d'Aveiro, quoique souvent affaiblies par les fièvres paludéennes, ont la réputation d'être les plus jolies de tout le Portugal. M. Latouche croit reconnaître dans les indigènes de ces districts les traits, la physionomie, les moeurs d'une population orientale.

De nos jours, l'industrie agricole la plus importante des provinces du Nord est la culture de la vigne et la préparation des vins connus d'une manière générale sous le nom de vins de Porto. Le principal district de vignobles, désigné d'ordinaire sous l'appellation de Paiz do Vinho, occupe, au nord du Douro, entre les deux grands affluents le Tamega et le Tua, des pentes du collines nues et sans arbres, fort laides à voir, dont les schistes noirâtres et désagrégés sont exposés directement en été à toute la force des rayons solaires, tandis que les vents âpres du nord et parfois les neiges les refroidissent en hiver; mais, outre cette région des vins exquis, de vastes espaces, moins favorables à la production du liquide précieux, sont cultivés en vignobles dans toute l'étendue de la contrée. Vers la fin du dix-septième siècle, le district du haut Douro, actuellement si riche, était à peine cultivé, et ses habitants étaient des plus misérables; tous les vins dits de Porto provenaient alors des rives inférieures du Corgo. Les Anglais n'avaient pas encore apprécié les vins de ces contrées, et Lisbonne leur fournissait en abondance tous les crus portugais qui jusqu'alors avaient flatté leur goût. La culture des vignobles du Douro ne prit une certaine importance qu'après le traité conclu par lord Methuen, en 1703. Dès lors, la réputation des vins secs de Porto ne cessa de grandir; une compagnie, fondée par le marquis de Pombal, et plusieurs fois transformée depuis, se constitua pour l'exploitation de vastes domaines et pour l'achat, la manipulation et la garantie des vins; la ville de Pozo de Regoa, située au bord du Corgo, dans une espèce d'entonnoir de hautes collines aux crus renommés, devint une localité fameuse par ses foires, où des transactions d'une heure faisaient la ruine ou la fortune des négociants; enfin, toute une cité de celliers et d'entrepôts s'éleva sur la rive gauche du fleuve, en face de la colline qui porte les édifices de Porto. Depuis plus d'un siècle, le port-wine, vrai ou frelaté, et d'ailleurs toujours fortement mélangé d'eau-de-vie, ainsi que le sherry (Jerez), est un des vins obligés de toute table anglaise de la noblesse et de la bourgeoisie. Aussi presque tout le produit des vendanges du Douro est-il expédié, soit directement en Angleterre, soit dans les colonies britanniques et aux États-Unis; avant 1852, les meilleures sortes, dites «vins de factorerie» (vinhos de feitoria), ne pouvaient être envoyées qu'en Angleterre. Le Cap, les Indes anglaises, Hongkong, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, en reçoivent tous une part considérable par la voie d'Angleterre, tandis que la France, où ces vins sont moins appréciés, en importe directement à peine une ou deux centaines de barriques. Les Brésiliens et les Portugais du Brésil sont, après les Anglais, les meilleurs clients de Porto; la mère patrie leur envoie chaque année environ 40,000 hectolitres de vins. Il est bon d'ajouter que les vignobles du Portugal ne produisent qu'une faible partie du liquide que l'on boit dans le monde sous le nom de port-wine: on a calculé que, pendant les années de mauvaise récolte, la consommation de ce que l'on appelait «vin de Porto» dépassait cinquante et soixante fois la production réelle [209].

[Note 209:

Production des vignes du Portugal, avant l'oïdium (1853) 4,800,000 hectolitres. Production moyenne des vignes d'Alto-Douro (Porto), en 1848. 533,000 hectolitres. » » en 1870. 517,000 hectolitres. Exportation en Angleterre. 169,000 » » au Brésil. 45,220 » » en France. 340 » ]

L'élève des mulets, très-bien pratiquée par les montagnards de Tras os Montes, est aussi une source de revenus considérables pour les provinces du Nord, de même que l'engraissement des bestiaux, animaux d'une rare beauté, que l'on importe des provinces limitrophes de l'Espagne pour les expédier en Angleterre. On s'occupe aussi de la culture des primeurs pour le marché de Londres et même de Rio de Janeiro. Quant à l'industrie proprement dite, elle est assez importante depuis le moyen âge dans cette partie du Portugal, et la présence de nombreux Anglais, habiles à profiter des ressources du pays, a donné une grande impulsion au travail des manufactures. Porto a plusieurs filatures de coton, de laine et de soie, des fabriques d'étoffes, des usines métallurgiques, des raffineries de sucre; ses joailliers, ses bijoutiers, ses gantiers sont réputés fort habiles. Cependant l'exploitation du sol, l'industrie, le commerce licite, enfin la contrebande, qui se pratique dans de vastes proportions sur les frontières du district de Bragança, ne suffisent pas à nourrir tous les habitants: le pays, surpeuplé, doit se débarrasser chaque année de milliers d'émigrants qui, à l'imitation de leurs voisins les Gallegos, vont chercher fortune à Lisbonne, ou même par delà l'Océan, à Pará, à Pernambuco, à Bahia, à Rio de Janeiro, sur les plateaux du Brésil. C'est en majeure partie des bassins du Minho et du Douro que viennent les hardis colons qui ont fait et qui entretiennent la prospérité du Brésil: quoique mal vus par les Brésiliens, ils sont les véritables créateurs de la richesse dans la Lusitanie du Nouveau Monde. La plupart des émigrants du Minho et de Tras os Montes qui se rendent au Brésil, et qui sont au nombre de dix à vingt mille par an, s'embarquent à Porto même; d'autres prennent Lisbonne pour première étape. Naguère, avant que les chemins de fer n'eussent facilité le voyage, les Portugais du Nord qui descendaient à Lisbonne, cheminaient par troupes nombreuses, sous la direction d'un chef, ou capataz, et suivaient, de rancho en rancho, un itinéraire connu. Les habitants du district de Vianna voyagent surtout comme plâtriers et maçons. Certains districts sont presque uniquement habités par des femmes; les hommes sont absents.

Les populations des hautes provinces n'ont pas le seul privilège de renouveler incessamment le sang des Portugais du Sud et de leurs parents d'outre-mer, ce sont elles aussi qui ont donné son assiette politique à l'État de Portugal. C'est le Porto Cale, situé là où se trouve actuellement le faubourg de Villanova de Gaya, en face de la cité de Porto, qui a donné son nom à l'ensemble de toutes les contrées lusitaniennes; c'est à Lamego, sur les coteaux qui dominent au sud la profonde vallée du Douro, que les Cortes auraient, suivant une tradition plus ou moins justifiée, constitué le royaume de Portugal en 1143; Porto fut d'abord capitale du nouvel État, de même que Braga avait été jadis celle des rois suèves; et quand, après la courte domination des Espagnols, le pays recouvra son indépendance politique, ce furent les ducs de Bragança, dans le Tras os Montes, que l'on désigna pour la royauté. Quoique l'admirable situation de Lisbonne et sa position centrale lui assurent un rôle prépondérant, c'est fréquemment de Porto que part l'initiative, quand un changement considérable se prépare. On a remarqué que le succès des révolutions nationales et les chances des partis dépendent surtout de l'attitude des énergiques populations du Nord. Elles ont leur caractère propre, et n'obéissent point à Lisbonne sans discuter la valeur des ordres; aussi Porto a-t-elle reçu le nom «de cité mutine». Si l'on en croyait les Portuenses eux-mêmes, ils seraient de beaucoup les supérieurs de leurs rivaux les Lisbonenses par l'énergie et la valeur morale; eux seuls seraient les dignes fils de ces Portugais du grand siècle qui parcouraient les mers à la recherche de peuples inconnus; en tout cas, ils se distinguent certainement des habitants de la capitale par une allure plus décidée, une parole plus brève, un regard plus ouvert. Dans le langage populaire, les gens de Porto et ceux de Lisbonne sont désignés par les appellations peu nobles de tripeiros (mangeurs de tripes) et d'alfasinhos (mangeurs de laitue).

Porto ou O Porto, le «Port» par excellence, est la métropole naturelle de toute la Lusitanie septentrionale et la seconde cité du Portugal par son commerce et sa population; par l'industrie, elle se trouve au premier rang. Vue des bords du Douro qui n'a guère en cet endroit plus de 200 mètres, de large, elle se présente superbement en un double amphithéâtre. Ses deux collines sont séparées par un étroit vallon rempli d'édifices, et dominées l'une par la cathédrale, l'autre par le haut et gracieux clocher dos Clerigos (des Prêtres), qui sert de point de reconnaissance aux navires cinglant de l'Océan vers la barre d'entrée. En bas, de larges rues élégantes, tirées au cordeau, de belles places, semblables à celles de toutes les villes modernes de trafic, découpent en rectangles uniformes la ville du commerce et de l'industrie, tandis que, sur les pentes, des rues escarpées et sinueuses, des escaliers même, montent à l'assaut des quartiers élevés; d'ailleurs, la propreté est partout fort grande; la ville tient à mériter par sa bonne tenue les éloges de ses nombreux hôtes venus d'Angleterre. Sur la rive gauche du fleuve s'étend en un long faubourg la ville de fabriques et d'entrepôts, Gaya, dont les celliers contiennent, dit-on, une moyenne de quatre-vingt mille pipes, soit quatre cent mille hectolitres de vin. Sur les bords du fleuve, et sur les terrasses qui le dominent, se prolongent de fort belles promenades, d'où l'on voit se dérouler les admirables perspectives du fleuve et de ses longs méandres, avec les navires qui le sillonnent, et les maisons de plaisance qui reflètent vaguement dans les eaux les faïences bleuâtres de leurs façades. Au loin, sur les collines, se montrent d'anciens couvents, des tours de défense, des villages à demi cachés dans la verdure: telle est, sur un coteau de la rive méridionale du Douro, au sud-est de Porto, la petite bourgade d'Avintes, célèbre par la beauté de ses femmes. Elles apportent chaque jour à la ville la broa ou pain de maïs, qui entre pour une si grande part dans l'alimentation des Portuenses: le pain vient de Vallongo, situé à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Porto.

Du côté de la mer, les deux villes soeurs de Porto et de Gaya se prolongent par des faubourgs dans la direction de l'embouchure, qu'elles atteindront peut-être un jour, si les ressources locales continuent de se développer, et si des voies nouvelles, communiquant avec l'intérieur de l'Espagne, apportent au marché du bas Douro de plus grands éléments de commerce. Malheureusement l'entrée du fleuve est trop peu profonde, et, quand souffle le vent du large, elle est fort périlleuse d'accès. A mer basse, le seuil n'a guère plus de 4 mètres de profondeur; en outre, il n'a qu'une faible largeur et les rochers voisins mettent en péril les embarcations qui le franchissent. Enfin, même dans le fleuve, les navires de quatre à cinq cents tonneaux qui vont s'amarrer aux quais de Porto et de Gaya ont aussi à craindre un danger, celui des crues; après les grandes pluies, quand le fleuve gonflé s'exhausse dans son lit trop étroit, il arrive souvent que les câbles se brisent et que les ancres chassent sur le fond. C'est donc en dépit de grands désavantages que le port du Douro rivalise d'activité avec celui du Tage [210].

[Note 210: Commerce de Porto en 1868:

Importations.. 44,370,000 fr. Exportations.. 41,308.000 fr. Total......... 85,678,000 fr. ]

La petite ville de São João da Foz, dont la forteresse surveille l'embouchure du fleuve, porte sur sa colline un phare qui en signale les dangers; mais elle n'a point de commerce elle-même: comme ses voisines Mattozinhos et Leça, dont l'ancien couvent fortifié dresse encore son donjon tel qu'il était au douzième siècle, elle est surtout fréquentée à cause de la beauté de ses plages, de la pureté de ses brises marines, du voisinage des forêts de pins: en été, chaque train y amène en multitude les habitants de Porto. Ceux-ci se rendent aussi en grand nombre sur les sables d'Espinho, au sud du fleuve, malgré l'odeur de poisson que répand le village, peuplé de pêcheurs de sardines. Sur les côtes qui s'étendent au nord jusqu'aux frontières de l'Espagne, maint petit havre du littoral doit, comme São João, son mouvement d'affaires bien plus aux visiteurs qui viennent s'y baigner qu'aux embarcations en quête de denrées. Tous les ports de rivière de la Lusitanie du Nord ont encore moins d'eau sur leur barre que n'en a le Douro et par conséquent ne peuvent être les points d'attache que d'un faible commerce de cabotage. Le Minho, dont la passe la plus profonde n'a guère plus de 2 mètres à marée basse, a pour sentinelle portugaise, à son entrée, la petite bourgade fortifiée de Caminha et «l'îlot», ou Insua, remarquable par sa source d'eau vive. La Lima, d'un accès peut-être plus difficile encore, a cependant à son embouchure une ville un peu plus importante que celles du Minho, la coquette Vianna de Castello, si gracieusement nichée dans sa fertile campagne semée de maisons de plaisance. A la bouche du Cávado est un autre petit port, le bourg d'Espozende; puis sur l'Ave, vient la Villa do Conde, à laquelle des chantiers donnent quelque animation. C'est là qu'on lançait naguère ces navires si effilés et si rapides qui servaient à faire la traite des esclaves: lors des grandes expéditions de découverte qui ont illustré le Portugal, les meilleurs bâtiments étaient ceux qu'avaient construits les charpentiers de Villa de Conde.

Parmi les cités situées dans l'intérieur de la province d'Entre-Douro et Minho, on célèbre Ponte de Lima, fameuse depuis les temps anciens par la beauté champêtre de ses paysages, Barcellos, suspendue, pour ainsi dire, aux escarpements qui dominent le Cávado et ses bords si bien ombragés, Amarante, célèbre par ses vins et ses pêches, et fière de son beau pont sur le Tamega; mais les deux villes vraiment importantes par leur population, leur industrie, leur richesse, sont les deux cités voisines de Braga et de Guimarães, toutes les deux admirablement situées sur des hauteurs d'où l'on contemple les plus riches campagnes. Vieille colonie romaine, capitale des Callaïques ou Galiciens, puis des Suèves, résidence des anciens rois de Portugal, devenue, du temps de l'union avec l'Espagne, la ville primatiale de toute la Péninsule, Braga (Bracaraugusta) n'a pas seulement ses grands souvenirs, elle est aussi une place de commerce et d'active industrie; on y fabrique, pour le Portugal, le Brésil, les colonies de la Guinée, des chapeaux, des lainages, des armes, des objets en filigrane d'une forme élégante et pure. Guimarães n'est pas moins curieuse que Braga par ses monuments et ses légendes du moyen âge. On y montre, près d'un porche d'église, l'olivier sacré qui naquit d'un aiguillon planté dans le sol par Wamba, quand il était encore laboureur, sans ambition de royauté; le vieux château qui domine la ville et ses tours est celui où naquit Affonso, le fondateur de la monarchie portugaise. Guimarães est aussi fort industrieuse; elle a des fabriques de coutellerie, de quincaillerie, de linge de table, et les visiteurs anglais ne manquent pas de s'y approvisionner de boîtes de prunes bizarrement décorées. Dans les environs jaillissent des eaux sulfureuses, très-fréquentées, que connaissaient déjà les Romains sous le nom d'Aquae Levae. Les eaux les plus célèbres du pays, las Caldas de Gerez, sourdent dans un vallon tributaire du Cávado, au pied de monts escarpés, couverts de hêtres et de pins.

Les villes de Tras os Montes, de même que celles de Beira Alta, au sud de la vallée du Douro, se trouvent pour la plupart en des régions trop montueuses et sont trop éloignées des grands chemins de commerce pour avoir attiré les populations. Villa Real, sur le Corgo, est la localité la plus commerçante du Tras os Montes, grâce aux vignobles des environs, et possède de véritables palais; Chaves, près de la frontière d'Espagne, est une ancienne forteresse, ayant gardé, sur le Tamega, un de ces admirables ponts qui ont illustré le siècle de Trajan; elle était célèbre, du temps des Romains, par ses eaux thermales, dont le nom (Aquae Flaviae) est encore, sous une forme corrompue, celui de la ville. Bragança, capitale de l'ancienne province de Tras os Montes et dominée par son admirable citadelle, occupe, à l'angle nord-oriental de la Lusitanie, une position des plus importantes pour le commerce légitime ou de contrebande; suivant les oscillations des tarifs douaniers, elle expédie de l'une ou de l'autre manière les étoffes et les autres marchandises de ses entrepôts: c'est le centre le plus important du Portugal pour la production des soies gréges. Au sud du Douro, la ville pittoresque de Lamego, dominant le fleuve, en face de la région des grands vignobles, est renommée pour ses jambons; Almeida, qui veille à la frontière, pour tenir en échec la garnison espagnole de Ciudad Rodrigo, disputait jadis à la ville d'Elvas le rang de première citadelle du Portugal; Vizeu, célèbre par les hauts faits du Lusitanien Viriatus à l'époque de la domination romaine, est un lieu de passage important entre la vallée du Douro et celle du Mondego. Sa foire de mars est la plus fréquentée de tout le Portugal. C'est dans la cathédrale de Viseu que se trouve le plus remarquable tableau du Portugal, vrai chef-d'oeuvre, attribué à un peintre dont l'existence même est problématique, Gran Vasco. Les bergers des environs de Viseu sont les hommes les plus beaux et les plus forts de tout le Portugal: tête et jambes nues, ils ont un aspect fort sauvage, quoique, à l'égal de tous leurs compatriotes, ils aient des manières polies et dignes.

Coïmbre, l'ancienne Aeminium et l'héritière de la Conimbrica romaine, dans le Beira-mar, est la cité la plus fameuse et la plus peuplée entre les deux métropoles de Lisbonne et de Porto. Elle est connue surtout comme ville d'université; ses mille ou quinze cents collégiens et étudiants, jadis deux fois plus nombreux, ses professeurs en soutane, tout un monde d'école qui rappelle les républiques universitaires du moyen âge, donnent à la ville une physionomie particulière: c'est là que le portugais se parle avec le plus de pureté. Coïmbre se distingue aussi par la beauté de ses environs, ses bosquets d'orangers, ses maisons de campagne éparses dans la verdure, son admirable jardin botanique où les plantes tropicales s'entremêlent en groupes charmants aux végétaux de la zone tempérée. Sur les bords du clair Mondego, d'où l'on aperçoit le pittoresque amphithéâtre de la ville, s'étalant sur la pente du coteau, on visite la quinta das Lagrimas (maison des Larmes) où fut égorgée la belle Inès de Castro, si cruellement vengée plus tard par son mari, Pierre le Justicier. Sur le corps meurtri d'Inès les nymphes du Mondego versèrent des larmes qui se sont changées en une source d'eau pure: ainsi le raconte une légende créée peut-être par les beaux vers de Camões, que l'on a gravés sur une pierre, à l'ombre des grands cèdres.

Peu de contrées en Europe sont aussi belles et d'un aspect plus enchanteur que les campagnes du Beira-mar arrosées par le Mondego, cette «rivière des Muses», d'autant plus chère aux Portugais qu'elle coule en entier sur le territoire lusitanien. Un des villages situés entre Coïmbre et la mer porte le nom bien mérité de Formoselha; une ville voisine est appelée Condeça Nova, qu'une étymologie, probablement erronée, fait dériver de Condeixa, c'est-à-dire «la Corbeille de Fruits»; nulle ville ne serait mieux nommée; ses oranges, qui fournissent à Coïmbre un de ses principaux articles de commerce, sont exquises; ses jardins, bien cultivés, sont merveilleux par la verdure, les fleurs et les fruits. Au nord, dans le beau groupe de montagnes qui domine Coïmbre, l'ancien couvent de Bussaco, bâti sur une terrasse au milieu de forêts solennelles où se mêlent les cyprès, les cèdres, les chênes, les ormeaux, est un véritable lieu de délices. La large route qui conduit au monastère transformé maintenant en un lieu de villégiature pour les riches habitants de Coïmbre et de Lisbonne, serpente, de détour en détour, sous les branches entre-croisées. Au pied de la montagne jaillissent les eaux thermales de Luso, très-fréquentées depuis quelques années, surtout à cause de la beauté des paysages environnants. Les pins de Goa et d'autres arbres exotiques ont été plantés, pour la première fois en Europe, dans la forêt de Bussaco.

Le port de Coïmbre, Figueira da Foz, l'un des mieux abrités du littoral, a, comme les autres ports de rivière de la Lusitanie du Nord, le désavantage d'être obstrué à l'entrée par un seuil de sable mobile. Pourtant l'embouchure du Mondego reçoit un assez grand nombre de caboteurs qui viennent y chercher les fruits et les autres denrées de cette contrée si fertile: tous les vins du district de la Barraïda, que produisent les plaines comprises entre le cours du Mondego et celui du Vouga, ont même pris de leur port d'expédition le nom de «vins de Figueira», sous lequel ils sont fort appréciés au Brésil. Les deux autres ports les plus actifs de la contrée sont les deux villes d'Ovar et d'Aveiro, situées dans la «Hollande portugaise», au bord des étangs que les dunes du littoral ont séparés de la haute mer. Au moyen âge et lors de la grande période des découvertes, un commerce fort important d'échanges et de pêcherie se faisait par l'entremise de ces deux villes. Aveiro posséda, dit-on, jusqu'à cent soixante navires qu'elle utilisait pour la grande pêche. Les variations de la barre ont mis un terme à cette prospérité. Le littoral sableux ne présentant point une résistance suffisante à l'action des vagues, il se déplacerait à chaque tempête si l'on ne travaillait à fixer la passe par des rangées de pieux, à la base desquels la vase est affouillée par le courant; mais ces moyens ne suffisent pas toujours et le chenal a fréquemment dévié. L'ancienne ouverture, dite Barra da Vagueira, se trouvait près de l'extrémité méridionale du long estuaire intérieur. Actuellement, la passe est directement en face d'Aveiro: c'est par là que l'on expédie les sels, les grains et les fruits qu'apporte de l'intérieur la rivière canalisée du Vouga. Les marins d'Aveiro, de sa voisine Ilhavo et de la cité d'Ovar, bâtie à l'extrémité septentrionale de l'estuaire, ont la réputation d'être les plus vaillants du littoral. Ils s'occupent surtout de la pêche de la sardine et de l'élève des huîtres; ils possèdent sur le bord de la mer de grands établissements de salaison [211].

[Note 211: Villes principales des provinces du nord: Entre Douro et Minho, Tras os Montes, Beira:

Porto 89,200 hab. en 1864. Braga 19,500 » Coïmbre (Coimbra) 18,000 » Guimarães 15,000 » Ovar 10,000 » Viseu 9,000 » Lamego 9,000 » Vianna de Castello 9,000 » Chaves 6,000 » Aveiro 7,000 » Figueira da Foz 7,000 » Bragança 5,000 » ]

III

LA VALLÉE DU TAGE, L'ESTREMADURE.

Le cours inférieur du Tage divise le Portugal en deux moitiés inégales, fort différentes par l'aspect général et les contrastes du sol et du climat. C'est dans la vallée de ce fleuve que s'opère la transition naturelle entre le nord et le sud de la Lusitanie; c'est là aussi qu'à la faveur du magnifique estuaire envoyé par l'Océan au-devant du fleuve a pu s'établir la capitale de la contrée et l'une des cités les plus importantes de l'univers.

A son entrée dans le Portugal, en aval du pont grandiose d'Alcántara, le Tage, qui sert d'abord de frontière commune entre les deux pays, est encore un fleuve encaissé, rapide, inutile pour le commerce aussi bien que pour l'irrigation des plateaux riverains; il se trouve à près de 140 mètres au-dessus du niveau de la mer et doit traverser encore un chaînon de rochers, au défilé de Villa-Velha de Rodão. Au delà, sa vallée s'élargit peu à peu, puis, quand le fleuve a reçu son grand affluent le Zezere, alimenté par les neiges de la serra Estrella, il change de direction et coule, vers le sud-ouest, dans un lit obstrué d'îles et de bancs de sable. Dans cette partie de son cours, ses eaux, devenues tranquilles, sont navigables en toute saison. Le fleuve traverse déjà les terres d'alluvion qu'il a portées lui-même pour en combler la partie orientale de son estuaire, et se divise en bras tortueux autour des îles changeantes. Au-dessous du village de Salvaterra commence le delta proprement dit; le grand lit continue de longer à droite la base des collines, tandis que le lit secondaire va recevoir à gauche les deux rivières de Sorraia et de Santo Estevão et limite, à l'est, la grande île de Lezirias, terre basse et presque inhabitée où serpentent des canaux marécageux. Vers la partie méridionale de l'île, les deux bras qui l'entourent sont déjà la mer; le flot les élargit deux fois par jour et s'étale au loin sur les plages. Les eaux fluviales se perdent dans le vaste estuaire de Lisbonne, auquel on a gardé le nom de Tage, mais qui est vraiment un golfe dont l'eau est plus ou moins salée, suivant l'alternance des crues et des étiages; déjà tout près de l'extrémité septentrionale du vaste bassin, entre Sacavem et Alhandra, des salines bordent la rive. Le contraste de la mer et du courant fluvial se montre nettement: d'un côté sont les eaux profondes où voguent les navires; de l'autre, le flot rapide courant sur un lit de sable, que les paysans traversent à gué pendant les mois de sécheresse.

Le Tage est une des rivières qui, par la direction de leur cours, témoignent le plus clairement de la tendance qu'ont les eaux courantes de l'hémisphère boréal à empiéter sur les terres de leur rive droite. Jadis, lorsque la grande mer intérieure qui recouvrait les plateaux de la Nouvelle-Castille se vida par l'issue du Tage, ce fleuve dut rouler une quantité d'eau fort considérable qui déblaya une partie des collines de la Lusitanie. Or la configuration du sol permet de voir, comme sur une carte en relief, que les courants ont passé en déluge sur les terres de la rive gauche et en ont nivelé les saillies, puisqu'ils ont incessamment gagné vers la droite, c'est-à-dire vers le nord, pour longer la base des montagnes et des collines du système de l'Estrella. Les deux rives du Tage offrent le même contraste que les bords des fleuves de la Sibérie: la rive gauche ou celle d'outre-Tage (Alemtejo) est la côte d'aval; la rive droite est la berge d'amont; de ce côté se trouvent les pentes rapides, les falaises et des hauteurs de plusieurs centaines de mètres, que la majesté de leur aspect permet presque de qualifier de montagnes.

La petite chaîne irrégulière qui forme l'ossature de la péninsule comprise entre le Tage et l'Océan, au nord de Lisbonne, ne se relie aux monts de l'Estrella que par un seuil raviné, où passe le chemin de fer de Santarem à Porto, et où s'entremêlent les sources des deux versants. Au sud de Leiria, les collines, déjà plus hautes, servent de contre-forts à un sommet dominateur, la Serra do Aire ou «Montagne du Vent», d'où l'on voit s'étendre à ses pieds, comme un immense tapis brodé, les campagnes verdoyantes qu'arrosé le Tage et les landes rousses de l'Alemtejo. Au sud, le Monte Junto est un autre point culminant des hauteurs de l'Estremadure; il projette à l'ouest un seuil latéral, qui va former une saillie triangulaire en dehors de la côte, et se rattache par une plage basse à l'île rocheuse du cap Carvoeiro. Cette île, moins grandiose d'aspect que l'Argentaro et le Circello du littoral italien, mais non moins curieuse au point de vue géologique, porte la forteresse et la petite ville de Peniche, où les femmes, presque isolées du monde, passent leur temps à faire de la dentelle. Au large, une barre sous-marine réunit le cap Carvoeiro à l'île de Berlinga, environnée d'écueils, et aux Farilhãos, également redoutés des marins. Un pittoresque château fort, qui sert en même temps de prison, s'élève sur l'île de Berlinga, au-dessus d'un petit havre de pêcheurs.

Entre l'estuaire de Lisbonne et la mer, la péninsule rétrécie n'offre plus qu'un dédale de collines peu élevées, mais présentant néanmoins de grandes difficultés aux communications, à cause de l'étroitesse des vallées et de leurs brusques contours. C'est dans cette région tourmentée que Wellington établit, pendant la guerre péninsulaire, ses fameuses lignes de Torres Vedras, qui transformaient tout le district de Lisbonne en un vaste camp retranché. Au sud de ces collines, dont chacune portait sa redoute, se dressent d'autres collines. Toute la contrée s'élève jusqu'au massif des admirables hauteurs de Cintra, devenues si fameuses par leurs palais, leurs vallons ombreux, leur climat délicieux, et le souvenir des événements qui s'y sont accomplis. Une partie de ce massif, comprenant les hauteurs de Lisbonne jusqu'à Sacavem, au bord septentrional de l'estuaire, est occupée par des masses basaltiques, qu'ont rejetées d'anciens volcans. Durant l'époque géologique actuelle, aucun nouveau flot de lave ne s'est épanché des crevasses de ces montagnes, mais il est probable que les terribles tremblements de terre de 1531 et de 1755 avaient leur cause dans l'agitation des matières bouillantes et des gaz enfermés sous les couches superficielles. La première série de secousses dura huit jours, et renversa un grand nombre d'édifices. Quant à l'ébranlement du siècle dernier, on sait quels désastres en furent la conséquence; peut-être aucune des violences de la nature ne fit-elle plus d'impression sur les esprits des peuples de l'Europe. Dès le premier choc, qui pourtant ne dura pas plus de quatre à cinq secondes, une grande partie de Lisbonne était en ruines; plus de quinze mille habitants, même trente ou quarante mille, suivant quelques historiens, étaient écrasés sous les débris de 3,850 édifices; une minute après, une vague de douze mètres de hauteur s'élançait de la mer et noyait les fuyards entassés sur le quai. Un seul quartier, l'Alhama, ou Mouraria, l'ancien lieu de résidence assigné aux Maures, au pied de la citadelle, échappa au désastre. L'incendie, qui s'éleva des foyers engloutis, dévora des milliers de maisons que la secousse avait laissées debout; pour empêcher le pillage, le marquis de Pombal fit ériger la potence au milieu des ruines: sans l'énergie de cet homme, la cour se serait enfuie, dit-on, pour transférer le siége du gouvernement à Rio de Janeiro. Du centre de vibration, qui probablement se trouvait sous Lisbonne même ou dans le voisinage immédiat, les oscillations du sol se propagèrent sur un espace immense, que les historiens de la terrible catastrophe ont diversement évalué, mais qui ne peut avoir été moindre de 3 millions de kilomètres carrés. Porto fut partiellement démolie; le havre d'Alvor, dans les Algarves, fut comblé; les murs de Cádiz furent jetés bas; et l'on affirme que presque toutes les grandes villes du Maroc tombèrent de la secousse. Une certaine activité intérieure du sol se manifesterait encore, s'il est vrai que les roches «poussent» au fond de l'anse de Seixal, dans la partie de l'estuaire située au sud de Lisbonne, et qu'il ait fallu interrompre pour cette raison la construction des navires qui se faisait dans cette baie.

La configuration de la côte et des montagnes, du «Roc de Lisbonne» au cap d'Espichel, fait présumer que, dans l'antiquité géologique, des changements bien plus grands encore se sont opérés dans la forme de la contrée. La courbure si admirablement régulière du littoral qui se développe au large de l'entrée de Lisbonne, forme dans son ensemble un seul trait géographique violemment scindé en deux parties par le goulet de l'estuaire. Ce détroit lui-même, plus géométriquement taillé que celui de Gibraltar, s'ouvre comme une sorte de défilé régulier, comme une «cluse» entre l'Océan et la mer intérieure de Lisbonne; il semble s'être insinué par une fissure entre le massif de Cintra et l'arête isolée des monts d'Arrabida, qui limitent au nord la baie de Setúbal, et dont la masse principale se compose de roches crétacées, semblables à celles de la péninsule du nord. Très-probablement les deux groupes de collines faisaient partie du même système de montagnes, et le Tage, qui se déverse actuellement dans la mer par l'estuaire de Lisbonne, allait la rejoindre autrefois par celui de Sado, à travers les vastes plaines d'origine tertiaire qui constituent le sol de l'Alemtejo. Quoi qu'il en soit, peu de régions du littoral méritent plus que la côte de Lisbonne d'être étudiées, et promettent aux géologues une histoire plus attachante.

Il ne reste plus de la catastrophe du siècle dernier que des traces insignifiantes, et la capitale du Portugal, quoique peuplée seulement de la moitié des habitants qu'elle eut au commencement du seizième siècle, s'est complétement relevée de ses ruines. Même les quartiers du centre, qui avaient été renversés de fond en comble, sont remplacés par des blocs d'édifices réguliers, ayant sinon une beauté architecturale, du moins cette majesté froide que donnent la symétrie des lignes et la longueur des perspectives. L'antique cité d'Olissipo, qu'une légende classique dit avoir été fondée par le sage Ulysse, occupe maintenant, au bord du Tage, un espace d'environ 5 kilomètres; mais si l'on considère comme une dépendance naturelle du la capitale les faubourgs qu'elle projette, à l'est et à l'ouest, le long du rivage, la ville n'a pas moins de 14 kilomètres, de Poço de Bispo à la Tour de Bellem (ou Belem). Dans l'intérieur des terres, Lisbonne, que l'on ne pouvait manquer, en la comparant à Rome, de dire également bâtie sur sept collines, emplit les vallons, et gravit les hauteurs jusqu'à 2 ou 3 kilomètres en moyenne; en outre, elle s'est agrandie aux dépens de l'estuaire, en consolidant et en rattachant à la terre ferme les laisses indécises qui découvraient à basse mer. Une admirable promenade, l'Aterro de Bõa Vista, qui se prolonge de Lisbonne vers Bellem, sur un espace de plus d'un kilomètre, a pris la place de vases nauséabondes. C'est de l'estuaire du Tage, ou mieux encore des collines du sud, qu'il faut contempler le panorama de la ville. Vues ainsi à distance, Lisbonne, ses tours, ses coupoles, ses promenades, présentent un spectacle vraiment enchanteur, qui justifie bien le mot des Portugais:

_Que não tem visto Lisbõa, Não tem visto cosa bõa!_

(Qui n'a pas vu Lisbonne, n'a rien vu de beau!)

Il est vrai que l'intérieur de la superbe métropole ne répond pas à l'imposante beauté de l'extérieur. Lisbonne possède une grande place de nobles proportions, dite Largo do Comercio; elle a tous les édifices qui appartiennent à l'organisme d'une capitale et d'un grand port de commerce, palais, églises et cathédrale, bourse et douane, université, collége et théâtres; mais, à l'exception de la chapelle de São João Baptista, qui fut érigée dans l'église de São Roque, elle n'a point d'édifice vraiment remarquable. La fameuse chapelle, l'une des constructions les plus somptueuses qui existent, a été en entier montée à Rome, où elle fut temporairement exposée dans la basilique de Saint-Pierre, et d'où elle fut expédiée par fragments: colonnes, autel, panneaux, pavé, tout n'y est que marbre, porphyre, jaspe, cornaline, lapis-lazuli. En dehors de la ville, la seule construction vraiment grandiose et célèbre à bon droit est l'aqueduc, os Arcos das Agoas Livres, qui apporte à la ville l'eau pure puisée près de Bellas, à une quinzaine de kilomètres vers le nord-ouest. Dans la plus grande partie de son cours, l'eau coule en souterrain, mais, en approchant de Lisbonne, elle franchit une vallée sur un pont superbe de trente-cinq arches de marbre, dont l'une n'a pas moins de 75 mètres de hauteur. Il a été construit sous le règne de João V, le Rei Edificador, pendant la première moitié du dix-huitième siècle. Le tremblement de terre de 1755 ne lui fit aucun dommage.

Si Lisbonne est relativement pauvre en monuments curieux, elle possède en compensation d'inestimables priviléges donnés par la nature; peu de villes ont été mieux dotées que ne l'a été la célèbre cité. De même que les conditions du sol et du climat expliquent en grande partie les destinées du Portugal, de même l'histoire de Lisbonne se lit dans les traits du milieu géographique. En premier lieu, cette capitale se trouve à peu près exactement sur la ligne médiane de tout le littoral portugais, à l'endroit autour duquel devaient le mieux s'équilibrer toutes les forces du pays. En outre, Lisbonne a le précieux avantage de posséder un port excellent, accessible aux plus grands navires, puisque la profondeur du chenal d'entrée dépasse partout 30 mètres; il est parfaitement protégé contre les vents dangereux du sud-ouest, et se prolonge jusqu'à plus de 10 kilomètres en amont de la ville; les navires y sont amenés par la marée et en sont remportés par le jusant. Ce port est à la fois un estuaire et la bouche de l'un des fleuves de la Péninsule qui se prêtent le mieux au commerce dans la partie inférieure de leur cours; les chalands, portant les denrées locales, et les bâtiments long-courriers viennent à l'encontre les uns des autres dans la même rade. Les flottes réunies dans le port de Lisbonne ne sont pas seulement à l'abri des orages; grâce à l'heureuse configuration du littoral, il est, en outre, facile de les défendre contre les attaques du dehors. Des deux côtés la terre s'avance en promontoire, comme pour fermer l'estuaire, et ne laisse aux navires, entre les charmants rivages de ses collines, qu'un étroit goulet de passage, dont la largeur varie de 1 à 3 kilomètres, et que l'on a bordé de bastions et de forts. Deux ouvrages de défense croisent leurs feux, à l'entrée même du détroit: sur un promontoire du nord, le fort São Julião; sur un îlot de la pointe méridionale, la Tour de Bugio.

Toutefois l'importance naturelle de Lisbonne ne lui vient que pour une faible part de sa position par rapport au reste du Portugal: elle lui vient surtout de la situation qu'elle occupe relativement à l'Europe et au monde. Tant que le grand mouvement de l'histoire ne dépassa point le bassin de la Méditerranée, pendant la période gréco-romaine et presque tout le moyen âge, Lisbonne, ne se trouvant pas encore sur un des grands chemins des nations, ne pouvait évidemment sortir de son obscurité; mais dès que les Colonnes d'Hercule eurent cessé d'arrêter les marins, dès que les navigateurs italiens eurent enseigné leur art aux Portugais, le beau port du Tage devint l'un des principaux points de départ des navires de découverte. Lisbonne devenait le véritable observatoire de l'Europe vers les mers atlantiques. Nulle cité n'était mieux placée pour les explorateurs qui voulaient se rendre aux Açores, à Madère, aux Canaries, pour ceux qui avaient à suivre les côtes du Maroc, prolongation naturelle du littoral portugais vers le sud, et qui, de promontoire en promontoire, cherchaient à contourner le continent africain. On sait avec quel succès les marins de Lisbonne accomplirent leur oeuvre de découverte: ils finirent par donner à leur mère patrie un littoral immense, d'un développement beaucoup plus considérable que la circonférence même de la terre. En Afrique, en Amérique, en Asie, dans les îles de l'extrême Orient, les territoires censés appartenir à l'imperceptible Portugal occupaient une prodigieuse étendue, dont nul géographe n'eût pu tenter de se rendre compte. De pareilles conquêtes étaient du domaine de l'épopée; il fallait un Camões pour les chanter.

Cette époque de gloire ne dura pas longtemps. La fière Lisbonne, que les peuples orientaux désignaient sous le nom de «Résidence des Francs», comme si elle eût été la capitale de l'Europe, perdit sa prééminence vers la fin du seizième siècle. Comparable à une petite barque de trop forte voilure, la puissance du Portugal chavira soudain. Écrasée par le terrible régime de Philippe II, corrompue, en outre, par des moeurs trop luxueuses, énervée par le mépris du travail qu'engendre l'emploi du labeur des esclaves, Lisbonne eut à céder une grande partie de son commerce à ses rivales d'Espagne, tandis que les marins hollandais lui enlevaient, en Amérique et aux Indes, ses plus riches colonies: le monopole qu'elle avait exercé pendant plus d'un demi-siècle lui était à jamais ravi. Mais, en dépit de tous ses désastres, en dépit du tremblement de terre qui jeta bas ses édifices, Lisbonne a toujours tenu un rang élevé parmi les villes commerçantes. Certes, ses quais sont loin d'avoir l'animation de ceux de Marseille, de Liverpool ou de la Havane; les eaux de sa rade ne sont pas incessamment sillonnées par les vapeurs, et la forêt de mâts est encore loin d'y avoir l'étendue qu'elle eut aux grandes époques de la prospérité nationale; mais il faut reconnaître que Lisbonne n'est pas encore à même de tirer parti de tous ses avantages [212].

[Note 212:

Commerce de Lisbonne, en 1868 105,388,000 fr. Mouvement des navires » 3,286 navires jaugeant 1,213,000 tonnes. ]

Sans doute la grande cité du Portugal est devenue le point d'attache de plusieurs lignes de grands paquebots transocéaniques; en outre, elle est la tête de ligne du réseau des chemins de fer européens; mais quels détours bizarres fait encore la voie ferrée pour aller rejoindre Madrid par les solitudes de l'Estremadure espagnole et les plateaux de la Manche! Une voie de communication directe vers la France et le reste de l'Europe manque toujours à Lisbonne, non-seulement à cause de la jalousie des Espagnols, mais aussi à cause du manque d'initiative des Portugais eux-mêmes; d'ailleurs, cette route eût-elle existé, les fréquentes révolutions de l'Espagne en auraient détourné les voyageurs et les marchandises. C'est donc à l'avenir qu'il appartient encore de faire du port de Lisbonne un grand lieu d'échange entre les nations. L'importance croissante du Brésil, avec lequel le Portugal a gardé tant de rapports intimes, ne peut manquer de réagir favorablement sur la prospérité de l'ancienne métropole. Quand la colonie se fut affranchie des liens du monopole, Lisbonne, privée de son commerce exclusif, se crut ruinée du coup; mais elle peut attendre du Brésil libre beaucoup plus que ne lui eût donné le Brésil asservi. Cette contrée d'outre-mer est le meilleur client du Portugal, puisque la moitié des exportations de Lisbonne lui est destinée; pour l'importation, le Brésil est au deuxième rang, quoique de beaucoup dépassé par l'Angleterre.

Quant à l'Espagne, qui pourtant confine au Portugal sur près de 1,000 kilomètres d'étendue, Lisbonne ne fait avec elle, pour ainsi dire, aucun commerce maritime, et, par le chemin de fer, elle ne lui expédie guère que les porcs de l'Alemtejo. Récemment encore, il n'y avait que très-peu de relations, même de simple voisinage, entre Lisbonne et la partie espagnole de la Péninsule; mais les dernières guerres civiles ont forcé un si grand nombre de familles castillanes à chercher un refuge en Lusitanie, que les moeurs locales en ont été changées. Naguère on ne voyait que des hommes dans les rues de Lisbonne; les dames portugaises restaient presque enfermées comme aux temps de la domination musulmane; mais l'exemple des alertes et libres Espagnoles a trouvé de nombreuses imitatrices et la physionomie de Lisbonne y a beaucoup gagné.

Les villes qui entourent la capitale ne sont pas moins célèbres par la beauté de leurs sites que la métropole du Portugal ne l'est elle-même par son commerce et son importance historique. Placée dans cette zone heureuse où n'atteignent plus les froidures du pôle, et qui n'a point à subir les sécheresses et les brouillards sans fin, l'Estremadure portugaise est une des contrées de l'Europe dont le climat se rapproche le plus de celui des «îles Fortunées» et des «bienheureuses Antilles»; malheureusement les oscillations de température y sont parfois très-brusques. La neige est si rare à Lisbonne, qu'on lui donne le nom de chuva branca, ou de «pluie blanche»; on la voit de loin resplendir sur les sommets de la serra Estrella et de la serra de Lousão; mais quand elle tombe, par exception, sur le littoral, le peuple y reconnaît un signe de mauvais augure. Encore au siècle dernier, le prodige d'une neige abondante effrayait tellement les habitants de Lisbonne, qu'ils se précipitaient dans les églises, s'imaginant que la fin du monde approchait.

Un autre grand avantage de climat que possèdent les villes de plaisance des environs de Lisbonne est celui que leur donne l'alternance régulière des brises. A partir du mois de mai, pendant toute la belle saison, le vent souffle de terre au lever du soleil; vers le milieu de la journée il a tourné au sud; le soir, il vient de l'ouest et du nord-ouest, et pendant la nuit, c'est un vent du nord: cette brise tournante, à laquelle on attribue une action des plus salubres sur l'atmosphère, accomplit une rotation complète durant les vingt-quatre heures; aussi lui donne-t-on le nom de viento roteiro ou «vent giratoire». Quant aux vents généraux, ils sont beaucoup moins réguliers. Ainsi, les courants polaires, arrêtés par les serras transversales de la contrée, ne peuvent suivre leur direction normale; ils soufflent directement du nord en longeant la côte, ou bien se transforment en vent d'est, en parcourant tous les plateaux de l'intérieur de l'Espagne. Ce sont ces courants atmosphériques venus de l'est qui apportent les lourdes chaleurs de l'été. A Lisbonne, le thermomètre marque exceptionnellement jusqu'à 38 degrés [213]; en 1798, il s'est même élevé à 40 degrés: les observations comparées montrent que si la moyenne de chaleur est plus haute à Rio de Janeiro, c'est à Lisbonne que se fait le plus sentir l'ardeur des jours caniculaires.

[Note 213:

Température moyenne de Lisbonne (juillet) 32°,56 » la plus haute 39° » la plus basse -2°,5 Jours sans nuages 150 ]

La pénétration mutuelle des climats du nord et du sud dans cette zone fortunée donne un double aspect à la végétation. Le dattier commence à se montrer dans les jardins de la basse Estremadure; le palmier chamaerops croît librement sur les plages; l'agavé, dressant son superbe candélabre de fleurs, de même que sur les côtes mexicaines, est assez commun pour avoir donné naissance à une industrie spéciale, celle des dentelles en «fil d'agavé»; les camellias y sont plus beaux que dans toute autre partie de l'Europe; les nopals aux raquettes armées de dards entourent les champs, comme en Sicile et en Algérie. Les arbres fruitiers des pays méditerranéens y mûrissent leurs fruits à la perfection; même les manguiers des Antilles, introduits récemment, ont trouvé dans le Portugal un climat qui leur convient. Les oranges ont mérité d'être appelées en plusieurs langues et même jusqu'en Egypte des portogalli, comme si la Lusitanie était la contrée où les hommes avaient vu pour la première fois la merveilleuse pomme d'or. D'après plusieurs linguistes, le nom que l'on donne aux oranges dans mainte partie de l'Indoustan, chintarah ou chantarah, ne serait qu'une corruption du mot Cintra. A l'époque de leur prépondérance commerciale dans l'Inde, les Portugais avaient si bien célébré la magnificence et la fécondité de leurs jardins royaux, que les habitants de Goa s'en souviennent encore.

De toutes ces villes entourées de quintas et de parcs, Bellem (Bethléem) est la plus rapprochée de Lisbonne; elle n'en est séparée que par un ruisselet auquel un pont mauresque valut le nom d'Alcántara. C'est aussi la plus connue de tous ceux qui arrivent à Lisbonne par mer, car elle est située en avant de la capitale, sur le rivage même du canal de l'estuaire, et l'on aperçoit de loin son admirable tour carrée, de style un peu arabe, si puissante par sa masse, si gracieuse par les sculptures de ses fenêtres et de ses guérites en encorbellement. C'est tout près de cette tour, fondée par le roi Jean, «le Prince Parfait,» que se trouve l'emplacement d'où Vasco de Gama partit pour la mémorable expédition qui donna aux Portugais le chemin des Indes orientales: un magnifique couvent de Hiéronimites bâti par Manoel le «Fortuné», le «seigneur de la conquête, de la navigation et du commerce de l'Ethiopie, de l'Arabie, de la Perse et de l'Inde», rappelle ces temps légendaires de la gloire passée du Portugal. Le couvent a été changé en établissement d'éducation.

Oeiras, au débouché de sa petite rivière descendue des hauteurs de Cintra, garde l'entrée septentrionale de l'estuaire du Tage par son fort de São Julião; plus loin est Carcavellos, aux excellents vins; puis, déjà sur le bord de la grande mer, vient la ville de Cascães, dont le petit port est protégé par une citadelle. Au delà le rivage est désert; seulement de petites tours de garde s'élèvent de distance en distance au bord des plages et des falaises. Par contre, les collines abruptes de Cintra qui se dressent au nord de cette partie du littoral sont une des régions les plus populeuses de la Péninsule, une des celles où le mouvement des voyageurs est le plus actif. En s'élevant de Lisbonne vers les hauteurs de Cintra, soit par la grande route de voitures, soit par le chemin de fer à rail unique construit par l'ingénieur Larmanjat, on voit se succéder à droite et à gauche les châteaux et les villas de Bomfica, le palais royal de Queluz, les maisons de plaisance de Bellas, où sourdent des eaux minérales et la fontaine qui alimente l'aqueduc de Lisbonne. Cintra même est entourée de petites villes d'hôtels et de jardins, San Pedro, Arrabalde, Santa Estephania. Au sud de ces groupes d'habitations s'élève la colline qui porte le château somptueux et original de la Penha, palais fantastique, à la fois indou, persan, italien, gothique, dont les contrastes bizarres sont adoucis par des massifs d'ombrages et des cascades de lianes fleuries. Les nombreux visiteurs de Cintra gravissent aussi l'éminence où se trouvent les débris de l'ancien château des Maures et pénètrent dans les cavernes du «couvent de liége», ainsi nommé des plaques de liége qui garnissaient les murailles pour parer à l'humidité de la pierre. De toutes ces hauteurs la vue est fort belle; elle est tout à fait grandiose du haut des falaises que termine la fameuse «Quenouille» ou Roca, dont les marins ont fait le «Roc de Lisbonne:» c'est le promontoire le plus occidental de tout le continent européen. Les vagues de l'Atlantique viennent se briser sur les blocs épars à sa base et leur masse rompue, changée en écume, s'engouffre en mugissant dans les cavernes du rocher où tourbillonnent les oiseaux de mer. Sur le revers septentrional du promontoire se déroule l'une des plus belles vallées de la Péninsule, celle de Collares, si fameuse par ses jardins et ses bosquets d'orangers: c'est le «San Remo» du Portugal.

La ville de Mafra, située plus au nord, non loin des bains de mer d'Ericeira, sur un plateau stérile et monotone, possède aussi un énorme palais, l'Escorial des rois de la maison de Bragance, transformé actuellement en école militaire. Pour achever cette prodigieuse bâtisse, pleine d'églises, de chapelles, de cellules et d'appartements ecclésiastiques, João V dépensa tout l'argent du Portugal; il y gagna le titre de «roi Très-Fidèle», que lui donna la cour de Rome. Lorsqu'il mourut, il n'y avait pas même dans le trésor de quoi faire dire une messe pour le repos de son âme. Bien plus curieux que l'immense caserne de Mafra, avec son millier d'appartements et ses 5,200 fenêtres, sont les autres édifices de fondation royale qui se trouvent à une centaine de kilomètres plus au nord, à la base occidentale de la serra do Aire, non loin des célèbres thermes de Caldas da Rainha et de la vieille cité mauresque d'Obidos. Le couvent délaissé d'Alcobaça, bâti au milieu du douzième siècle en souvenir de victoires remportées sur les Maures, est un beau monument d'un gothique austère, encore embelli par le charme spécial que les ruines donnent à toute architecture. Batalha, autre couvent qui rappelle la défaite des Castillans dans la plaine d'Aljubarrota, en 1385, est un édifice aux sculptures beaucoup plus riches. Les ornements des portails, du cloître, de la salle du chapitre, de la chapelle dite «imparfaite» parce que le roi Manoel la laissa inachevée, sont tellement ciselés, fouillés, travaillés dans tous les sens, qu'ils semblent figurer des étoffes de guipure. Le goût de toutes ces sculptures est douteux, mais on en admire le merveilleux fini. D'ailleurs on exagère souvent la richesse architecturale du couvent de Batalha: presque tous les voyageurs le décrivent comme bâti en marbre blanc, tandis qu'il est en réalité construit d'une pierre de sable calcaire, absolument semblable à celle qu'emploient tous les habitants du pays pour l'édification de leurs masures.

La ville de Leiria, dans le territoire de laquelle est situé Batalha, est elle-même une ville ancienne et curieuse, occupant un fort beau site au confluent des deux rivières Liz et Lena, à la base d'un coteau que termine un vieux palais mauresque. Ce fut jadis la résidence de Diniz, le «roi Laboureur», celui auquel on doit la plantation du pinhal de Leiria, la plus belle forêt du Portugal. Après une longue décadence, cette partie de la contrée a repris une certaine activité; dans les environs, à Marinha Grande, s'élève une grande verrerie, qui communique par chemin de fer avec le port presque circulaire appelé Concha de Sao Martinho.

Sur le versant oriental des montagnes qui dominent les plaines de Batalha et d'Alcobaça se trouve Thomar, autre ville jadis fameuse par son couvent; c'est le chef-lieu de ces chevaliers du Christ qui se firent accorder par les rois de Portugal le droit exclusif de la conquête et de l'exploitation des contrées lointaines des Indes et du Nouveau Monde, et qui, après de grandes actions d'éclat, devinrent, par leur âpreté commerciale et leur impitoyable monopole, les principaux auteurs de la décadence de leur patrie. Aujourd'hui Thomar, arrosée par des eaux abondantes qui en font une petite Venise, est une ville de filatures; mais l'activité commerciale s'est portée surtout vers les localités riveraines du Tage, et notamment vers Santarem, qui des pentes de sa montagne, appelée la «Merveille», contemple le cours tortueux du fleuve, ses îles verdoyantes, et les terres bosselées de l'Alemtejo. Actuellement, Santarem et sa voisine, la ville fortifiée d'Abrantes, ont pour principale occupation d'alimenter Lisbonne de légumes et de fruits. Leurs campagnes sont de vraies forêts d'oliviers.

Au sud de l'estuaire du Tage, la faible profondeur des eaux, la nature sablonneuse du sol, les marécages qui bordent les ruisseaux, sont de grands obstacles à l'établissement de villes considérables; ces plages seraient très-probablement désertes, si Lisbonne n'avait besoin de se compléter sur cette rive par des ateliers, des magasins, des chantiers, des embarcadères. Après Almada, la ville de plaisance, qui est déjà sur le goulet de l'estuaire, plusieurs villages, Seixal, Barreiro, Aldea Gallega, Alcochete, sont ainsi devenus des faubourgs grandissants de la capitale, et leur prospérité s'accroît ou diminue avec celle de la grande ville. Par contre, on peut dire que le port de Setúbal, situé plus au sud, à l'issue de l'estuaire du Sado ou Sadão, est ruiné par le trop grand voisinage de Lisbonne. Setúbal a des avantages de premier ordre, comme lieu d'exportation d'une riche vallée; son port est bien abrité par l'abrupt chaînon de montagnes qui se dresse au nord-ouest et la langue de sable recourbée au sud-ouest; une grande baie, ouverte entre les deux caps d'Espichel et de Sines, invite les navires à pénétrer dans la rade; mais Lisbonne est trop rapprochée: le Portugal n'est pas assez riche pour alimenter de son commerce deux cités situées à une faible distance l'une de l'autre. Cezimbra, placée à l'ouest de Setúbal, sur la côte escarpée qui se termine au cap d'Espichel, est également une ville déchue; enfin, la ville de Troja, qui précéda Setúbal comme entrepôt commercial de l'estuaire du Sado, repose maintenant sous les sables de la dune; les fouilles entreprises récemment ont mis à découvert quelques mosaïques romaines, des assises de marbre, et toute une rue tracée peut-être par les Phéniciens. Le botaniste Link, qui vit encore quelques débris de la ville à la fin du siècle précédent, y reconnut des restes de cours, semblables à celles qui se trouvent au milieu de toute maison mauresque.

Quoique bien peu animée en comparaison de sa grande rivale des bords du Tage, Setúbal a pourtant gardé le mouvement d'échanges que lui assurent ses vins muscats, ses oranges délicieuses, et surtout le sel de ses marais, très-renommé dans le Nord de l'Europe; c'est un précieux élément de chargement pour les navires. On dit, et non pas seulement en Portugal, que le sel de Setúbal est le «meilleur du monde» pour la salaison des poissons. Les sauniers de Setúbal, qui pourraient faire plusieurs récoltes par mois, se bornent à en faire deux par année; en outre, ils ont soin de ne jamais vider les eaux-mères qui restent dans les compartiments de leurs marais salants, et de laisser au fond le tapis de conferves qui sépare le sel des autres chlorures, et produit ainsi des cristaux d'une pureté presque chimique. Des tapis de roseaux protègent les camelles contre les intempéries [214].

[Note 214:

Production du sel en Portugal (1870)........... 520,000 tonnes. » dans le district de Setúbal.. 184,000 » ]

Setúbal et Cezimbra ont aussi dans les mers voisines d'énormes quantités de poissons d'espèces diverses. Les eaux qui baignent le Portugal sont d'une richesse extraordinaire en vie animale, sans doute à cause de la rencontre des courants océaniques apportant chacun leur faune particulière. De toutes ces eaux, les plus riches peut-être sont celles de Setúbal; en comparaison, la Méditerranée et la baie de Gascogne sont presque désertes. Les pêcheurs de Setúbal exploitent ces trésors de la mer avec une singulière intelligence. Bien des siècles avant que les savants eussent imaginé d'explorer le fond des mers pour en étudier les organismes, lorsque la plupart des zoologistes affirmaient même que nulle vie animale ne se hasarde dans les ténébreuses profondeurs de l'Océan, les marins de Setúbal savaient capturer, à 500 et 600 mètres au-dessous de la surface marine, d'énormes requins qui ne vivent point ailleurs: hissés sur le pont de l'embarcation de pêche, ces animaux semblent sur le point de faire explosion, tant ils sont gonflés par l'air intérieur qui fait équilibre à la pression des couches supérieures de l'eau marine. Quant aux espèces communes de la surface, c'est par myriades qu'on les recueille. Les sardines se pêchent en si grande quantité dans les eaux de Cezimbra, que le peuple les utilise, non-seulement pour sa propre nourriture, mais encore pour celle de ses cochons. Aux temps de sa grande prospérité commerciale, le Portugal fournissait de poisson une grande partie de l'Europe; il exerçait même une sorte de monopole pour la vente de la morue; ses marchands allaient en porter jusqu'en Norvége. Vers la fin du quatorzième siècle, la ville de Lisbonne s'était fait concéder par traité l'exploitation de pêche des côtes anglaises. Chose qui paraît étrange aujourd'hui, c'étaient alors les Lusitaniens qui se faisaient les initiateurs industriels des populations de la Grande-Bretagne [215]!

[Note 215: Populations des villes de l'Estremadure:

Lisbonne...... 250,000 hab. Setúbal....... 15,000 » Bemfica....... 10,000 » Cintra......... 10,000 » Santarem....... 9,000 » Thomar......... 5,000 » ]

IV

LE PORTUGAL DU MIDI, L'ALEMTEJO ET L'ALGARVE

Les montagnes d'Outre-Tage n'ont qu'en un bien petit nombre d'endroits un aspect de chaînes régulières; ce ne sont pour la plupart que des protubérances à faible saillie s'élevant au-dessus de larges plateaux à base ravinée. L'ensemble de la contrée manque de relief et de variété; on pourrait se croire partout au milieu du même paysage. Toute cette région, comprise entre le Tage et les montagnes de l'Algarve, est la moins belle du Portugal. A l'exception de la serra da Arrabida, qui se dresse entre les deux estuaires de Lisbonne et de Setúbal, elle n'offre que des plaines basses, des collines aux pentes monotones, des bois, des broussailles, des landes nues, où de rares groupes d'habitations se montrent comme des îles au milieu de la mer. Les terres basses qui bordent la rive gauche du Tage et le littoral marin, sont formées d'une épaisse couche de sable fin, reposant sur une argile compacte, et portant encore çà et là des bois de pins maritimes et des bouquets de chênes-lièges (azinheiras), reste des antiques forêts qui recouvraient toute la contrée. Plus haut sont les grandes landes ou charnecas, avec leur variété infinie de broussailles et d'arbustes à verdure permanente. Ce sont des bruyères d'espèces diverses, dont quelques-unes ont jusqu'à deux mètres de hauteur, des cistes, des genévriers, des romarins, des myrtes et des chênes rampants, dont l'épaisse ramure, d'un verpâle, s'élève à peine au-dessus du tapis des autres plantes. Mais la diversité des végétaux, la multitude des fleurs roses et blanches qui les couvrent jusqu'au milieu de l'hiver, n'empêchent pas que l'aspect général du pays ne soit monotone et triste, à cause du manque presque absolu des cultures. Sur les collines plus élevées, presque toutes composées de schistes pailletés de mica, la nature finit même par devenir presque sombre; là tout est recouvert de ces cistes (cistus ladaniferus) aux feuilles résineuses. C'est le prolongement occidental de la zone des jarales qui s'étendent sur des milliers de kilomètres carrés dans la sierra Morena et d'autres régions montagneuses de l'Espagne.

Le massif le plus élevé de la Lusitanie méridionale se trouve sur la frontière même du Portugal, entre les vallées du Tage et du Guadiana: c'est la serra de São Mamede, appelée aussi serra de Portalegre: ses chaînons parallèles de roches granitiques, abritant d'étroits vallons, où coulent, soit vers le nord-ouest, soit vers le sud-est, des affluents des deux fleuves, atteignent plusieurs centaines de mètres au-dessus du plateau, et même le plus haut sommet dépasse 1,000 mètres en altitude totale. Au sud de la large dépression qu'a utilisée le chemin de fer de Lisbonne à Badajoz, apparaît un deuxième massif granitique moins élevé, dressé sur le plateau comme une sorte de citadelle aux mille bastions avancés, et d'un aspect assez grandiose quand on le regarde des bords du Guadiana, qui coule à sa base orientale: c'est la serra de Ossa, connue également sous les noms des diverses villes qui se trouvent dans le voisinage, Elvas, Estremoz, Evora. Elle se rattache, par les hautes ondulations du plateau, à différentes serras qui viennent abaisser leurs escarpements aux rives du Guadiana et du Sadão et dans les plaines uniformes dites Campo de Beja. Ces plaines se continuent, au sud, par le célèbre «champ d'Ourique», où deux cent mille Maures, commandés par cinq rois, eurent à subir, au milieu du douzième siècle, la désastreuse défaite qui permit aux princes du Portugal de fonder leur monarchie. C'est depuis cette bataille et les massacres qui en furent la conséquence que les plaines situées au sud du Tage se changèrent en un désert.

Toutes les hauteurs qui occupent la partie méridionale de l'Alemtejo appartiennent au système de la sierra Morena d'Espagne. Les contre-forts de la sierra de Aroche et ceux de la sierra de Aracena, si riches en minerai de cuivre, s'entremêlent en un dédale de collines dans la partie du Portugal disposée en forme de triangle irrégulier, sur la rive gauche du Guadiana. Le fleuve ne les arrête pas; rétréci entre les parois qu'il a rongées, il est en maints endroits réduit aux dimensions d'un canal, et même au défilé dit Pulo do Lobo ou «Saut du Loup», il descend en rapides de rochers en rochers. C'est en aval de ce défilé seulement, à la ville de Mertola, qu'il devient navigable pour les petites embarcations; à peine une soixantaine de kilomètres de ce grand fleuve peuvent être utilisés pour le transport des denrées.

A l'ouest du Guadiana, les montagnes du système marianique se continuent parallèlement au rivage maritime. Assez basses d'abord, les chaînes sont de simples «hauteurs des terres» ou cumeadas, puis elles s'élèvent jusqu'à 500 mètres dans la serra do Malhão et dans la serra da Mezquita. Un plateau, raviné par les torrents supérieurs de la Mira, rejoint ces massifs à la serra Caldeirão ou du «Chaudron», ainsi nommée, dit-on, en Portugal d'un cratère de volcan, et à la chaîne qui se termine au nord du cap Sines par la cime de l'Ataraya ou la «Montagne du Guet». Un autre plateau, seuil où passera le chemin de fer de l'Algarve à Lisbonne, continue le système principal et va former la base du beau groupe de la serra de Monchique, massif angulaire du Portugal. Au delà de ces monts, une arête aiguë, dite «l'Échine de Chien», s'avance dans la péninsule terminale, entre les deux mers de l'occident et du sud, et va rejoindre les rochers de Saint-Vincent et de Sagres, jadis «sacré», d'où le nom qu'il porte encore [216].

[Note 216: Altitudes du Portugal au sud du Tage:

Serra de São Mamede 1,025 mèt. » de Ossa 649 » Foya de Monchique 903 » Ataraya 308 » Beja (Campo de Beja) 252 » Ourique (Campo de Ourique) 222 » ]

Pour les anciens, le promontoire Sacré était «l'éperon du navire d'Europe». D'après les récits antiques, ceux qui allaient voir, du haut de ce cap, le soleil se coucher dans la mer, le voyaient cent fois plus grand qu'il ne paraît ailleurs et pouvaient entendre le sifflement de l'astre immense s'éteignant dans les flots. Strabon se donne la peine de discuter et de combattre cette opinion populaire, bien conforme d'ailleurs à l'idée que les Grecs non cultivés se faisaient des bornes du monde: comme les caps occidentaux des pays des Callaïques et des Armoricains, le promontoire Sacré paraissait être la «Fin des Terres»; mais, au lieu de terminer le continent du côté des brumes et des frimas, il avait du moins l'avantage d'être tourné vers la lumière du Midi: «les dieux, dit Artémidore, venaient s'y reposer la nuit de leurs travaux et de leurs voyages à travers le monde.» A l'origine de l'histoire moderne, Henri le Navigateur, le célèbre Infant, y installa son école hydrographique, dirigée par Jacome de Majorque, et c'est de là qu'il épiait lui-même le retour des expéditions envoyées à la recherche des îles et à la reconnaissance des rivages lointains. Peu de localités ont, aux yeux de l'historien géographe, plus d'intérêt que cette pointe terminale du continent d'Europe. Les paisibles travaux auxquels on s'y est livré pendant tant d'années pour arriver à la connaissance du chemin direct des Indes, lui paraissent avoir plus d'importance que la sanglante bataille navale, dite de Saint-Vincent, qui se livra dans ces parages, en 1797, et qui se termina, au profit des Anglais, par la destruction d'une flotte espagnole.

Les collines de Sagres appartiennent, comme celles du Tage, à la formation volcanique; mais elles semblent avoir perdu toute activité. Un seul phénomène géologique de la côte méridionale de l'Algarve pourrait faire supposer qu'un lent travail intérieur se continue sous cette région du Portugal. Une grande partie du rivage de l'Algarve est bordé de flèches sablonneuses qui s'allongent en un deuxième rivage au devant de la côte, de manière à former pour les petites barques une sorte d'allée marine à l'abri des vents du large. Cette levée, bâtie par les vagues en pleine mer, est d'autant plus curieuse qu'elle se développe parallèlement aux rivages d'un territoire montagneux: dans presque toutes les autres parties de la Terre où se reproduit le phénomène des cordons littoraux, c'est au large de plaines qui s'étendent à perte de vue dans l'intérieur de la contrée. On a remarqué, en outre, que la plupart des cordons littoraux bordent des côtes qui subissent un mouvement général de lente dépression: là où les campagnes riveraines s'immergent graduellement, les flots, qui viennent se heurter sans cesse contre le bord, reprennent les débris arénacés et les redressent en longues plages qui marquent souvent le tracé de l'ancienne côte. Les géologues n'ont point encore constaté directement de phénomènes de dépression du sol dans l'Algarve portugais; mais l'existence de flèches côtières est déjà un indice fort remarquable: il donne une grande probabilité à l'opinion de ceux qui considèrent le littoral compris entre le promontoire de Sagres et la bouche du Guadiana, comme situé dans une aire d'affaissement. Les traditions, plus ou moins vagues, qui se rapportent à un effondrement des rivages de Cádiz et à la rupture de l'isthme d'Hercule, devenu le détroit de Gibraltar, sont une confirmation lointaine de cette hypothèse sur les mouvements du sol lusitanien.

Le voyageur qui atteint la cime de l'une des serras qui servent de limite méridionale aux plaines uniformes de l'Alemtejo est frappé du singulier contraste que présentent avec le versant du nord les déclivités de l'Algarve tournées vers le midi. D'un côté, les vastes solitudes, presque le désert; de l'autre, les forêts de châtaigniers, les villages se montrant çà et là sur les terrasses, les villes blanches au bord de la mer; les flottilles de bateaux pêcheurs sur les flots bleus. Au nord s'étend le morne espace jusqu'au vague horizon; au sud, des paysages variés et charmants se succèdent jusqu'à la limite précise tracée par l'écume de la houle. Le contraste n'est pas moins grand dans le genre de vie des habitants des deux provinces. Les gens de l'Alemtejo sont les plus graves des Portugais; ils n'aiment même pas la danse. Très-clair-semés au milieu de leurs landes, les uns s'occupent d'agriculture, les autres sont partiellement nomades à la suite de leurs troupeaux de porcs et de brebis. Les bergers parcourent des bois d'azinheiras dont les glands nourrissent leurs pourceaux, puis traversent le Tage en été pour aller dans les hauts pâturages des montagnes du Beira; à la fin de l'automne, ils reviennent vers le sud et font paître leurs moutons dans les fourrés de cistes qui recouvrent une si grande partie de l'Alemtejo. De leur côté, les gens de l'Algarve, trois fois plus nombreux en proportion de l'étendue de leur territoire, sont obligés d'utiliser plus industrieusement le sol: ils le cultivent en céréales, en vignes, en vergers, en jardins, et quoique la terre leur donne amplement en échange de leur travail, ils demandent à la mer poissonneuse un supplément de nourriture [217]. La faible population relative de l'Alemtejo s'explique en partie par ce fait, que la plupart des guerres ont eu pour théâtre ses vastes plaines doucement ondulées; elle s'explique aussi par le régime de la grande propriété qui prévaut dans cette province: le paysan ne possède point la terre; il la cultive sans amour et les fièvres naissent des terrains où séjourne l'humidité. Du temps de la domination romaine, ces régions étaient fort peuplées, ainsi que le prouve la quantité de pierres à inscriptions que l'on a découvertes éparses sur le sol.

[Note 217:

Superficie. Population en 1871. Popul. kilom. Alemtejo 24,387 kil. car. 331,500 14 Algarve 4,850 » 188,500 39 __________________ _________ ____ 29,237 kil. car. 520,000 18 ]

La différence d'altitude et d'exposition a pour conséquence nécessaire un grand contraste des climats. Sans doute les plaines de l'Alemtejo ont quelque chose d'africain par leur monotonie même et par l'aspect général de leur flore de plantes basses et de broussailles; mais l'Algarve, avec ses forêts d'oliviers, ses groupes de dattiers, ses agavés, ses cactus épineux, ses fourrés de palmiers nains, semble déjà presque tropicale. La température moyenne y est fort élevée; sur le littoral, elle n'est guère inférieure à 20 degrés centigrades. L'abri que la serra de Monchique et les autres montagnes forment contre les vents du nord et du nord-ouest, et, d'autre part, l'obstacle que les levées sableuses du littoral opposent en maints endroits au libre passage des brises marines, contribuent à rendre les ardeurs de l'été plus intenses. Quand souffle le vent d'est ou «vent d'Espagne», la chaleur est très-vive et souvent accompagnée de miasmes qui répandent la fièvre: De Espanha nem bom vento nem bom casamento. «D'Espagne, ni de bon vent ni de bon mariage,» dit le proverbe.

On a longtemps cité Villanova de Portimão, au sud de la serra de Monchique, comme la ville d'Europe dont la température moyenne serait la plus élevée. Depuis il a été constaté que diverses localités d'Espagne peuvent lui disputer cet honneur; mais il n'en reste pas moins vrai que le littoral de l'Algarve appartient, avec la région du bas Guadalquivir et des côtes méditerranéennes de l'Andalousie et de Murcie, à la zone européenne des chaleurs les plus torrides. C'est à bon droit que cette partie de la Lusitanie a reçu des Arabes le même nom que le littoral marocain tourné vers l'Atlantique, et qui, plus tard, devint aussi momentanément la conquête des Portugais: les deux moitiés du vaste hémicycle de côtes étaient pour eux les deux pays de Gharb (Garbe), les deux Algarves ou «régions de l'Occident» situées en dehors de la mer Intérieure. Quoique devenu chrétien, l'Algarve portugais ou d'Aquem-Mar (en Deçà de la Mer) a gardé son vieux nom arabe, de même que dans sa population, restée mahométane jusqu'au milieu du treizième siècle, persistent toujours, en dépit de la langue, les éléments berbers et sémitiques.

Dans le haut Alemtejo, si faiblement peuplé, les villes sont peu nombreuses et sans grande importance: elles ne seraient que de gros villages sans le voisinage de l'Espagne et le commerce de transit dont elles sont les intermédiaires. Crato est de nos jours la station principale sur le chemin de fer qui rejoint le Tage et le Guadiana, de même que sa voisine Portalegre était le grand relais sur la route de terre. Plus au sud, Elvas, où l'on voit un bel aqueduc mauresque à quatre rangs d'arcades, est bâtie en amphithéâtre sur les pentes de sa montagne au milieu de vergers dont on vante les prunes, et couronnée de citadelles, qui passaient au siècle dernier pour un chef-d'oeuvre d'architecture militaire; elles font face à la ville espagnole de Badajoz, ainsi qu'à la place forte d'Olivença, que les traités de Vienne attribuaient formellement au Portugal, mais que l'Espagne n'a jamais voulu rendre. Sur une des montagnes de la serra de Ossa s'élève Estremoz, célèbre dans tout le Portugal par ses búcaros, jarres de terre élégamment modelées et répandant une douce odeur. Montemor, aux vieilles ruines, commande, du haut d'un sommet, l'immense étendue des landes et des bois monotones. Evora, au centre de la province, domine aussi de vastes plaines du haut de sa colline; située jadis sur la grande voie romaine que reliait le bassin du Guadiana à l'estuaire de Lisbonne, Ebura ou Ebora Cerealis était une ville populeuse; au moyen âge, elle devint la deuxième résidence des rois et un lieu de réunion des Cortes: il ne reste de sa grandeur passée qu'un bel aqueduc romain restauré, les fragments d'un temple de Diane à colonnes corinthiennes et d'anciens débris féodaux.

Beja, l'antique Pax Julia ou Colonia Pacensis, n'est guère non plus qu'une ruine du passé, tandis que dans la péninsule formée par le Guadiana et le Chanza, un hameau, naguère inconnu, São Domingos, devient une ville active et commerçante. Les gisements de pyrites de cuivre et d'autres métaux qui se trouvent en abondance dans les montagnes environnantes, prolongement occidental de celles de Rio-Tinto et de Tharsis, sont exploités avec une grande intelligence par des industriels anglais, et, depuis 1859, fournissent annuellement à l'industrie plus de 100,000 tonnes de minerai: elles pourraient en livrer le double; mais leur importance provient surtout du soufre qu'elles contiennent et qui sert à la fabrication de l'acide sulfurique. Les mines de São Domingos, avec leur matériel de magasins, d'usines, de chemins de fer, sont considérées comme pouvant servir de modèle à tous les travaux du même genre. Ce sont elles qui ont rendu son mouvement au bas Guadiana, gardé à son entrée par Castro Marim, l'ancienne place d'armes où se préparaient les expéditions contre les Maures, et Villa Real de Santo Antonio, naguère simple bourgade de pêcheurs. Chaque année, six cents navires viennent franchir la barre pour prendre à Villa Real leurs chargements de minerai. Le village de Pomarão, où vient aboutir la voie ferrée de São Domingos, au confluent du Guadiana et du Chanza, est aussi devenu un vaste entrepôt et un port d'embarquement très-actif.

L'ancienne capitale de l'Algarve européen, du temps des Maures, était la ville de Silves, de nos jours fort déchue et située dans l'intérieur des terres, loin de tout commerce. Faro, la capitale actuelle, a du moins l'avantage d'être bâtie au bord de la mer et de posséder un port bien abrité, mais sans profondeur, d'où les petits navires de cabotage exportent les fruits de toute espèce, et les thons, les sardines, les huîtres, qui font la richesse du pays. Tavira, également défendue des vagues et des vents de la haute mer par un cordon littoral, a les mêmes facilités de commerce et les mêmes denrées d'échange que la capitale: c'est la plus jolie ville de l'Algarve. Loulé, située dans une charmante vallée de l'intérieur, est aussi une cité gracieuse, et lorsque les valétudinaires qui se rendent maintenant à Nice, à Cannes, en Algérie, à Madère, auront appris le chemin de l'Algarve, nul doute que Loulé, Lagos et d'autres localités voisines ne soient considérées comme des «villes d'hiver», propices au rétablissement de la santé. Déjà les thermes ou Caldas de Monchique sont réputés au loin, non seulement par l'efficacité de leurs eaux, mais par la douceur du climat et la beauté des paysages. C'est de là, dit-on, que viennent les meilleures oranges du Portugal [218].

[Note 218: Principales villes de l'Alemtejo et de l'Algarve:

Evora 13,000 hab. Elvas 12,000 » Faro 10,000 » Tavara 9,000 » Loulé 8,500 » Lagos 8,000 » Portalegre 6,500 » Beja 6,600 » ]

V

PRÉSENT ET AVENIR DU PORTUGAL.

Le petit royaume de Portugal n'en est plus maintenant, comme à la fin du quinzième siècle, à se partager le monde avec ses voisins les Espagnols, et c'est même à grand'peine s'il peut retenir en son pouvoir quelques faibles parties de son immense empire colonial d'autrefois. Pour garder le monopole de ses découvertes, le gouvernement portugais avait fait observer le secret le plus jaloux: peine de mort était prononcée contre l'exportation de toute carte marine indiquant la route de Calicut; mais de pareilles mesures ne firent de tort qu'aux Portugais eux-mêmes. En observant un tel secret pour leurs explorations, en veillant sur leurs archives avec tant de soin, ils finirent par oublier leurs propres conquêtes et par s'en interdire l'exploitation: mainte route des mers que leurs navires avaient découverte les premiers dut être retrouvée une seconde fois, et par les navigateurs d'autres nations. D'ailleurs, l'immense rôle de conquérants et de colonisateurs que s'étaient donné les Portugais était trop grand pour un petit peuple sans liberté. La nation fut bientôt épuisée, et d'autres acteurs, les Hollandais, les Anglais, les Français, entrèrent en scène sur ce vaste théâtre du monde que les Portugais avaient voulu garder pour eux seuls. Actuellement ceux-ci possèdent encore en dehors de l'Europe un territoire égal en superficie à vingt fois l'étendue de leur propre patrie, mais qu'est cela en comparaison de ce qu'ils ont perdu?

Les descendants de Vasco de Gama et d'Albuquerque n'ont plus, pour ainsi dire, qu'un pied à terre dans cette péninsule de l'Inde, dont ils ont eu la gloire de découvrir la route marine. Goa, Salsette, Bardez, Damão, Diu, n'ont guère avec leur territoire plus de 4,000 kilomètres carrés, et n'appartiennent au Portugal que grâce à la bonne volonté de l'Angleterre. Macao, à l'entrée de la rivière de Canton, n'était, tout récemment encore, qu'un entrepôt de chair humaine, d'où les traitants exportaient des «engagés» chinois aux plantations du Pérou. Le monde insulaire qui rattache l'Asie au continent australien, et qui fut autrefois le domaine le plus précieux et le plus anxieusement surveillé des Portugais, se trouve maintenant presque en entier en d'autres mains, et les anciens conquérants n'ont plus qu'une moitié de l'île de Timor et l'îlot de Kambing. En Afrique, il est vrai, l'étendue des territoires auxquels prétend le Portugal est fort considérable; et, si l'on en jugeait par les documents officiels, toute la largeur du continent, d'Angola et de Mossamedes à Mozambique et à Sofala, serait une terre lusitanienne; mais cette terre est encore, en grande partie, à connaître, et ceux qui se livrent à ce travail d'exploration ne sont point des Portugais: l'anglais Livingstone est le voyageur auquel la géographie doit la conquête scientifique de ces contrées. Les seuls établissements sérieux qui ne soient pas de simples comptoirs ou des fortins assiégés par les populations sauvages, sont ceux de l'Afrique occidentale, au sud du Congo; mais ils appartiennent pour la plupart à des maisons de commerce hollandaises. Quelques hectares de terrain sur les côtes de la Guinée septentrionale et de la Sénégambie complètent, avec l'île de Santo Thomé, Principe et l'archipel du Cap-Vert, les possessions portugaises de l'Afrique. Quant au Brésil, la riche colonie du Nouveau Monde, il vit, depuis un demi-siècle, d'une vie indépendante, et dépasse de beaucoup la mère patrie en population et en richesse. Enfin, les terres atlantiques de Madère et des Açores, les premières conquêtes des navigateurs de Lisbonne, sont considérées comme partie intégrante du Portugal, et forment des provinces assimilées en droits à celles de la terre ferme. Ce ne sont pas les moins riches, et récemment encore, avant que la conscription n'enlevât la jeunesse de ces îles, elles jouissaient de la plus grande prospérité [219].

[Note 219: Possessions du Portugal:

Superficie. Population en 1871. ATLANTIQUE: Açore 2,581 kil. car. 238,930 hab. Madeira, etc. 815 » 118,380 »

AFRIQUE: Iles du Cap-Vert 4,271 kil. car. 76,000 » Sénégambie 69 » 8,500 » S. Thomé et Principe 1,177 » 23,680 » Ajuda 35 » 700 » Angola, Benguela, Mossamedes 809,400 » 2,000,000 » Mozambique, Sofala, etc. 991,150 » 300,000 »

ASIE: Goa, Salsette, etc. 3,748 kil. car. 474,240 » Damão 403 » 40,980 » Diu 7 » 12,300 » Moitié de Timor et Kambing 14,316 » 250,000 » Macao 3 » 71,740 » _____________________ ________________ Ensemble des possessions 1,827,975 » 3,635,450 » ]

Lorsque le Portugal perdit avec le Brésil la seule partie de son empire colonial qui lui donnât une importance réelle dans l'assemblée des nations, le petit peuple européen se trouvait dans un état de prostration vraiment lamentable. Épuisé par la guerre étrangère, il se débattit encore pendant de longues années dans les dissensions civiles. Ses finances étaient absolument ruinées, et le manque de communications à l'intérieur, de débouchés à l'extérieur, ne permettait pas de ramener la richesse dans le pays par l'exportation des denrées nationales. Le Portugal aurait pu disparaître tout à coup, qu'à l'exception de quelques commerçants anglais, propriétaires des vignobles du Douro, et des contrebandiers espagnols de la frontière, personne, dans le reste du monde, n'aurait eu à se plaindre d'avoir ses intérêts lésés. Encore en 1851 il n'existait dans toute l'étendue du Portugal qu'une seule route carrossable, celle de Lisbonne à Cintra, si l'on peut donner le nom de route à une simple allée de plaisance entre deux palais royaux. D'ailleurs l'état intellectuel de la contrée ne laissait pas moins à désirer que l'état économique. L'ignorance dans laquelle vivaient les Lusitaniens au milieu du siècle était à peu près comparable à celle de leurs voisins du Maroc, au sud du golfe des Algarves. Dans les districts septentrionaux, Vianna, Braga, Bragança, une jeune fille sachant lire était un véritable phénomène. Il est vrai que ces ignorants du Portugal, bien différents de tant de paysans du nord de l'Europe, presque lettrés et pourtant restés grossiers, savent discuter avec modération, parler avec élégance, et même improviser des vers où ne manquent ni le mètre, ni la césure, ni la véritable poésie.

Pendant la durée d'une génération, l'instruction s'est bien répandue; une grande partie de l'espace qui séparait les Portugais des autres nations d'Europe au point de vue de la civilisation matérielle a été comblé, et chaque jour on voit se rétrécir l'intervalle. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, indice de tous les autres progrès d'ordre économique, le pays s'est déjà pourvu d'un réseau de chemins de fer, dont toutes les grandes lignes seront complètes dans un petit nombre d'années [220].Non-seulement Lisbonne sera prochainement reliée à toutes les villes secondaires du Portugal, même à celles de l'Algarve, mais par divers points de la frontière, sur le Minho, le Douro, le Guadiana, elle commence à faire pénétrer ses avenues commerciales dans l'intérieur des Castilles. On s'en est aperçu à l'importance croissante qu'a prise le mouvement des échanges, pendant les guerres civiles qui ont souvent bloqué les ports de l'Espagne situés sur la Méditerranée: Lisbonne et Porto même ont pu remplacer partiellement ces villes de commerce pour fournir des marchandises étrangères à l'intérieur de la Péninsule. D'ailleurs une partie seulement du trafic réel figure sur les registres de la douane; la contrebande est difficile à surveiller sur le vaste développement des 800 kilomètres de frontières montagneuses, et Portugais aussi bien qu'Espagnols se font gloire de tromper la vigilance des carabiniers. La douane de terre coûte au gouvernement beaucoup plus qu'elle ne lui rapporte.

[Note 220: Voies de communication du Portugal, en 1875:

Grandes routes 3,600 kil. Chemins de fer 950 » ]

Le commerce extérieur du Portugal a presque triplé depuis le milieu du siècle, grâce aux lignes de bateaux à vapeur qui fournissent à la navigation environ les deux tiers de son tonnage. Plus de la moitié de ces échanges se fait avec la Grande-Bretagne, pays qui naguère avait même un monopole presque complet du trafic extérieur de la Lusitanie. Il est facile de comprendre, même au point de vue géographique, cette grande influence de l'Angleterre sur le Portugal. Le littoral de ce dernier pays se trouve précisément sur le chemin qu'ont à suivre les navires anglais pour se rendre dans la Méditerranée, au Brésil, au cap de Bonne-Espérance, aux Indes; nul chemin de la mer n'est plus fréquemment pratiqué par leurs flottes. Porto, Lisbonne, sont pour eux des ports de relâche et de ravitaillement. Il était donc naturel que le commerce anglais, avec ses énormes débouchés, s'inféodât les producteurs du littoral portugais et tâchât de fortifier peu à peu son influence par des combinaisons politiques. L'aide que l'Angleterre fournit au Portugal pendant la guerre péninsulaire lui donna un prétexte plausible pour se poser presque en puissance suzeraine et protectrice, et souvent elle abusa de son rôle. Mais actuellement elle n'exerce de prépondérance que par la supériorité de son commerce, et si l'or anglais est le grand élément de circulation sur les marchés du Portugal, la raison en est aux achats si considérables de vins et de fruits de toute espèce qu'y font les négociants de Londres. Ils demandent chaque année des vins pour une cinquantaine de millions [221].

[Note 221: Commerce et navigation du Portugal:

Valeur des échanges, en 1842 100,408,000 fr. » » 1856 203,185,000 fr. » » 1873 307,140,000 fr.

Mouvement des navires, 1871 19,121 nav. jaugeant 3,280,000 tonnes. Flotte commerciale 1873 432 » (17 vapeurs et 415 voiliers), jaugeant 108,350 tonn. ]

L'importance croissante des échanges du Portugal avec le Brésil, qu'unit maintenant un câble télégraphique déposé au fond de l'Océan, est également un phénomène nécessaire causé par le voisinage relatif des deux contrées et par les rapports de parenté, la communauté de traditions qui existent entre les deux peuples. Tous les progrès du Brésil seront, par contre-coup, les progrès de la mère patrie, et l'on peut déjà, sans un grand effort de l'esprit, s'imaginer combien prospère est l'avenir réservé aux populations de la Lusitanie du Nouveau Monde: quand l'esclavage aura disparu, que les fleuves du bassin des Amazones seront bordés de plantations et que des chemins de fer rattacheront les vallées des Andes boliviennes aux ports de l'Atlantique, Lisbonne et Porto auront à servir d'intermédiaires au Brésil et à l'Europe pour des quantités énormes de denrées et de marchandises.

Mais c'est avec l'Espagne, on le comprend, que la solidarité commerciale des marchés portugais doit se faire de plus en plus intime, en dépit des haines originaires et de l'opposition des intérêts dynastiques. A la fin, les deux nations limitrophes ne peuvent que devenir un seul peuple, comme le sont devenus Aragonais et Castillans, Andalous et Manchegos. C'est une question de temps; mais on ne saurait douter que la communauté de vie industrielle et sociale ne finisse par prévaloir, amenant avec elle la fédération politique. Il est seulement à désirer que cette union future se fasse pacifiquement, sans pressions injustes, sans violation des droits de chaque groupe à la libre gérance de ses intérêts spéciaux. Égaux des Espagnols par leur grandeur dans le passé et par leur rôle pendant la période épique du commencement de l'histoire moderne, les Portugais peuvent hardiment se placer à côté de leurs voisins pour les qualités morales.

VI

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION.

Le Portugal est une monarchie héréditaire et constitutionnelle. D'après la loi fondamentale de 1826, dite Carta de ley, et revisée en 1852, le gouvernement se compose des quatre pouvoirs: dirigeant, législatif, exécutif, judiciaire, et de ces divers pouvoirs, deux appartiennent exclusivement à la couronne; celle-ci partage, en outre, le pouvoir législatif avec les deux Chambres, et reste toujours irresponsable. La liste civile s'élève à plus de 3,600,000 francs; en outre, le roi a la jouissance des biens de la couronne et possède de merveilleux joyaux, parmi lesquels le fameux «diamant de Bragance», le plus grand du monde. Il prend le titre de «Majesté très-Fidèle» et se dit comme autrefois «roi des Algarves, seigneur de Guinée et des Conquêtes.» A défaut d'enfant mâle, les filles peuvent hériter du trône. Les ministres du souverain, qui sont au nombre de sept, portent la responsabilité des décisions royales; ils peuvent être mis en accusation par la Chambre dés députés, et doivent alors comparaître devant la Chambre des pairs, constituée en tribunal suprême. Un conseil d'État, composé d'un nombre indéterminé de membres, nommés à vie, assiste le roi dans toutes les affaires d'administration. L'héritier présomptif en est membre-né et prend part aux délibérations dès l'âge de dix-huit ans.

La Chambre des pairs se compose de plus d'une centaine de membres, les uns héréditaires, les autres nommés à vie par le roi, et choisis presque tous parmi les nobles. Les princes de la famille royale siégent de droit dans la Chambre haute et le patriarche de Lisbonne en préside les séances. La Chambre des députés, nommée par le suffrage, est spécialement investie du droit de discussion et de vote sur le budget. Les conditions de cens existent encore pour le corps électoral. D'après la loi de 1852, sont électeurs tous les Portugais âgés de vingt-cinq ans qui payent au moins 5 fr. 55 de contributions directes ou 27 fr 75 de contributions foncières; en outre, «l'adjonction des capacités» a rangé parmi les électeurs, et sans condition de cens, les bacheliers, tous les porteurs de diplômes d'instruction supérieure ou secondaire, les officiers et les prêtres; ceux-ci, de même que les fonctionnaires, les gradés d'université et les gens mariés, ont de plus le privilége de pouvoir voter dès l'âge de vingt et un ans. Le cens d'éligibilité, dont les professeurs sont spécialement exemptés, s'élève à 22 fr. 20 de contributions directes ou 111 francs de contributions foncières. Les électeurs, au nombre desquels sont admis aussi les citoyens de Madère et des Açores, nomment un député par 25,000 habitants; le total des élus s'élève donc à plus de 150. La durée du mandat est de quatre années et la session normale est de trois mois. Une indemnité est attachée aux fonctions de représentant. Le président de la Chambre est nommé par le roi sur une liste de cinq candidats proposés par les députés.

Le pouvoir judiciaire comprend l'ensemble des magistrats du Portugal, depuis le «juge élu» (juiz eleito) de la paroisse jusqu'aux membres du tribunal suprême de la justice, qui siége à Lisbonne. La contrée est divisée en deux grands districts judiciaires, celui de Lisbonne et celui de Porto, qui se subdivisent eux-mêmes en juridictions, correspondant aux circonscriptions territoriales; les îles du cap Vert dépendent du district judiciaire de Lisbonne. Le jury prononce la culpabilité ou la non-culpabilité dans les procès civils et criminels. La jurisprudence portugaise s'inspire à la fois du code français et du vieux droit local représenté par les ordonnances «alphonsines», «manuélines», «philippines». La religion catholique romaine est la religion de l'État, mais l'exercice du culte protestant est toléré dans les villes commerçantes. Les affaires ecclésiastiques sont administrées par le patriarche de Lisbonne, les deux archevêques de Braga et d'Evora et quatorze évêques. L'Inquisition est abolie depuis 1821, et ses revenus, de même que ceux des 750 couvents d'hommes, supprimés pour la plupart en 1834, se sont ajoutés aux recettes nationales; les dernières communautés de moines, qui s'éteignent peu à peu par suite de l'interdiction d'accepter des novices, font retour les unes après les autres au domaine public. La plupart des couvents de femmes ont été également supprimés.

L'armée, qui doit s'élever en temps de guerre ou de commotion intérieure à 70,000 hommes, mais à 32,000 hommes seulement en temps de paix, se compose en réalité des deux tiers de l'effectif normal; elle n'a pas moins de 2,000 officiers pour 20,000 soldats. Naguère les exemptions de service et la pratique du remplacement faisaient peser tout le fardeau de la conscription sur la population pauvre; mais la loi a été récemment modifiée d'après le modèle prussien, pour répartir plus équitablement les charges et donner au pays plus de force défensive. Les forteresses sont nombreuses; mais il n'en reste qu'un petit nombre en bon état de défense; on cite comme les plus importantes: Elvas, Abrantes, Valença, sur la frontière de l'Espagne, et du côté de la mer, le fort de São Julião et la citadelle de Peniche. La flotte ne s'élève plus à mille vaisseaux, comme au temps où le roi Sébastien se préparait à envahir le Maroc; elle est d'une quarantaine de petits bâtiments, dont plus de 20 sont à vapeur. Son personnel est de près de 3,000 marins.

Le budget annuel dépasse 130 millions de francs, et depuis 1834 il s'est régulièrement soldé par un déficit; il en est de même du budget spécial des colonies, qui dépasse 10 millions. Aussi la dette nationale s'élève-t-elle à plus de 2 milliards 130 millions, total vraiment formidable pour un aussi petit pays: c'est environ 500 francs par tête de Portugais. Cependant les ressources de la contrée, auxquelles s'ajoutent la vente des biens nationaux et le produit du monopole des tabacs, se sont accrues plus rapidement que le déficit, et depuis 1875 on a pu renoncer au triste expédient budgétaire qui consistait à opérer des retenues, variant de 5 à 30 p. 100 sur les traitements des employés. Le crédit du gouvernement portugais, qui naguère était au plus bas, a pu se relever peu à peu et ses fonds sont cotés maintenant à près de la moitié de leur valeur nominale.

Les deux anciens «royaumes» de Portugal et d'Algarve se divisent administrativement en 17 districts ou provinces, quoique les anciennes divisions historiques de Minho, Tras os Montes, Beira, Estremadure, Alemtejo, Algarve, se maintiennent encore dans le langage ordinaire. Les districts se divisent eux-mêmes en concelhos, ou «conseils», beaucoup plus grands que la commune française, car ils contiennent en moyenne treize paroisses, ou freguezias, subdivisions à la fois religieuses et civiles.

PROVINCES DISTRICTS SUPERFICIE EN POPULATION KILOM. CARRÉS. EN 1871.

Par. Par Des Des Par prov. distr. prov. distr. Kilom. carré Minho 7,271 971,001 Braga 2,738 321,622 118 Porto 2,291 439,515 192 Vianna do Castello 2,242 209,864 94

Tras os Montes 11,105 365,833 Bragança 6,657 153,738 24 Villa-Real 4,448 212,095 47

Alemtejo 24,387 331,341 Beja 10,869 137,784 13 Evora 7,085 98,053 14 Portalegre 6,433 95,504 15

Beira 23,942 1,294,282 Aveiro 2,909 256,544 88 Coïmbra 3,884 289,266 74 Viseu 4,975 370,171 74 Guarda 5,554 214,363 38 Castello-Branco 6,620 163,938 25

Estremadura 17,800 839,691 Leiria 3,478 181,164 53 Lisbonne 7,460 454,691 62 Santarem 6,862 203,836 31

Algarve 4,850 188,422 Faro 4,850 188,422 39 __________________________________________ Portugal continental 89,355 3,990,570 45 Portugal, avec Madère et les Açores 92,751 4,367,882 47

FIN DE L'EUROPE MÉRIDIONALE

INDEX ALPHABÉTIQUE

A

Abrantes, Abruzzes, Acarnanie, Achaïe, Acheloüs, Achéron, Aci-Reale, Açores, Acqui, Adaja, Adamello (mont), Adda, Aderno, Adige (fleuve), Adra (rivière), Adra (ville), Adria, Ægades (îles), Ægium (Vostitza), Ætoliko, Agosta, Aguas, Agueda, Aguilar, Agujero, Aire (serra do), Aitone, Ajaccio, Alagna, Alagon, Alatri, Alava, Albacete, Albaicin, Albanais, Albano, Albaro, Albegna, Albenga, Alberche, Alcalá, Alcalá de Chisvert, Alcalá de Guadaira, Alcamo, Alcántara, Alcazaba, Alceda, Alcira, Alcobaça, Alcochete, Alcolea, Alconetar, Alcoy, Alcubierre (sierra de), Alcudia, Aldea Gallega, Alemtejo, Aleria, Alexandria, Alexandrie (Alessandria), Alexinatz, Algarve, Algeciras, Algemesi, Alghero, Alhamá (rivière), Alhamá (d'Andalousie), Alhamá (de Murcie), Alhamá (sierra de), Alhamilla, Alhandra, Alhaurin Grande, Alhendin, Alicante, Alicudi, Almada, Almaden, Almagro, Almansa, Almaraz, Almeida, Almenara (pic de), Almería, Almería (rivière), Almijara (sierra de), Almonte, Alora, Alpes, Alphée, Alpujarra, Alsásua, Altabiscar, Alta-Coloma, Altamura, Amalfi, Amarante, Amaxiki, Ambelakia, Amenano (rivière), Amézcuas, Amiata (monte), Ampourdan (l'), Anadoli-Hissar, Ancône, Andalousie, Andía (sierra de), Andorre (val d'), Andria, Andrinople, Andros, Andújar, Angri, Anie (pic d'), Anio (Aniene), Annobon, Ansena, Antela, Antelao (mont), Anteqnera, Antimilo, Antivari, Aoste (vallée d'), Apennins, Apuanes (Alpes), Aquila, Aracena (sierra de), Aragon, Aragon (rivière), Aralar (sierra de), Aran (val d'), Aranda del Duero, Aranjuez, Arba, Arcadie, Arcos de la Frontera, Ares, Aréthuse, Arevalo, Arezzo, Arga, Argentaro (monte), Argolide, Argos, Argostoli, Argyro-Kastro, Ariano, Arnautes, Arno (fleuve), Aroche (sierra de), Arosa, Arpino, Arrabalde, Arrabida (serra de), Arriaga, Arteijo, Ascoli-Piceno, Asinara (île d'), Askyfo, Ason, Aspromonte, Assisi, Asteris, Asti, Astorga, Astroni (parc d'), Asturies, Astypalæa, Ataraya, Aterno, Athènes, Athos, Attique, Ave, Aveiro, Avellino, Averne (lac d'), Aversa, Avila, Aviles, Avintes, Avlona, Avola, Azcoytia, Azizirge, Azpeytia, Azpiroz (col d'),

B

Bacau, Bacchiglione (fleuve), Badajoz, Badalona, Baena, Baeza, Bagnara, Bagni di Lucca, Bagnorea, Baïa, Balagna (la), Baléares, Balestreri, Balkhans, Balta-Lima, Banda di Dentro, Banda di Fuori, Banjalouka, Baragan, Barbastro, Barcellona, Barcellos, Barcelone, Bardenas Reales, Bardez, Barella (la), Bari, Barigazzo, Barlaam, Barletta, Barreiro, Basilicate, Basiluzzo, Basques, Bassæ (temple de), Bastelica, Bastia, Batalha, Bathy, Batuecas, Bayona, Baza, Baza (sierra de), Bazardjik, Baztan (val de), Beira-Mar, Beja, Belgodere, Belgrade, Bellas, Bellem (Belem), Bellune, Belméz (mines de), Bembezar, Benaco (lac de), Bénévent, Benicarló, Beon, Béotie, Berat, Bergame, Berlinga, Bermeja (sierra), Betanzos, Bianco (monte), Bidassoa, Bielopavlitchka, Bientina (lac), Biguglia, Bilbao, Biscaye (Vizcaya), Bisceglie, Bitonto, Blato, Boïana, Bolca (mont), Bolgrad, Bologne, Bolsena, Bomfica, Bonifacio, Bordighera, Borromées (îles), Bosa (rivière), Bosch de la Espina, Bosna, Bosniaques, Bosnie, Bosphore, Botochani, Boumort (sierra de), Bourgas, Bracciano, Braga, Bragança, Braïla, Brenta (fleuve), Brescia, Brindisi, Bronte, Brujula (la), Bucarest, Bukavii, Bulgares, Bulgarie, Búrgos, Buseo, Bussaco, Butrinto, Buyuk-Déré, Buzeo.

C

Cebeza de Manzaneda, Cabo da Roca (Roc de Lisbonne), Cabra, Cabras (sierra de), Cabreira (serra), Cabrera, Cáceres, Cadi (sierra de), Cádiz, Cagliari, Calabres, Calahorra, Calamita, Calares, Calatayud, Calatrava, Calatrava (Campo de), Caldas de Besaya, Caldas de Gerez, Caldas de Monchique, Caldeirão (serra de), Calenzana, Caltafano, Caltagirone, Caltanissetta, Calvi, Calvo (monte), Camaldules (col des), Camero Nuevo, Camero Viejo, Caminha, Camogli, Campagne de Rome, Campanella (cap), Campanie, Campidano, Campobasso, Campo-l'Oro, Campu-Lungu, Candie, Canée (la), Cangas de Onis, Cangas de Tineo, Canicatti, Cantabrio, Capannori, Caparroso, Capitanate, Capoliberi, Capoue (Capua), Capraja (île de), Capri (île de), Caracal, Cap-Vert (archipel du), Carballo, Carcagente, Carcavellos, Carche (sierre del), Cardeto, Cardo, Cardona, Carghese, Carignano, Carlo-Forte, Carmagnola, Carmona, Carolines (îles), Carrara, Carrascal, Carratraca, Carril, Carrion, Carthagène (Cartagena), Carvóeiro (cap), Casale (Casal-Monferrato), Casar, Cascães, Caserta, Cassino, Castagna (monte della), Castagniccia, Castalla, Castelfidardo, Castel-Follit, Castellamare di Stabia, Castellon de la Plana, Castelnovo, Castelvetrano, Castiglione (marais de), Castilles, Castoria, Castro-Giovanni, Castro-Marim, Castropol, Castro-Urdiales, Catalogne, Catane, Catanzaro, Catenaja (Alpes de), Catria, Cava, Cávado, Cavo, Cavour, Cavriana, Cebollera (sierra), Cecina, Cefalù, Centuripe (Centorbi), Céphalonie, Cephissus, Cerignola, Cerigo, Cesena, Cetona (mont), Cettinje, Cezimbra, Chabatz, Chalcidique, Chalcis, Champs Phlégréens, Château-Dauphin (Castel-Delfino), Chaves, Chiana (val de), Cbiavari, Chiclana, Chieri, Chieti, Chimoera-Mala, Chinchilla (sierra de), Chioggia, Chiusi, Chkiperi, Chkipétars, Chkoumb, Cidaco, Cinca, Cinto, Cintra, Circello (Cuante), Cithéron, Cittá di Castello, Cittá-Vecchia, Ciudadela, Ciudad-Real, Ciudad-Rodrigo, Civita-Vecchia, Clitunno (Clitumnus), Clusone (rivière), Cocyte, Coïmbre (Coimbra), Collares, Columbretes, Comacchio (lagune de), Comero, Comino, Comiso, Commabio (lac de), Como, Como (lac de), Compostela, Coucha de São Martinho, Condeça Nova, Coni (Cuneo), Constantinople, Contraviesa (sierra), Copaïs, Copparo, Corato, Corcubion, Cordevole (rivière), Cordoue (Cordoba), Corfinium, Corfou, Corinthe, Corleone, Cornigliano, Corogne (la) ou Coruña, Corse, Corte, Cortona, Cosenza, Cotrone, Covadonga, Craïova, Crato, Crémone, Crète, Crevillente (sierra de), Cuadramon, Cuba, Cudillero, Cuenca, Cullar de Baza, Cullera, Curtea d'Ardgeche, Cyanées, Cyclades, Cyllène (mont), Cythnos (Thermia).

D

Daimiel, Dalias, Damão, Danube, Dardanelles, Darro, Daskalion, Dattilo (Dattolo), Dólos, Demanda (sierra de la), Demotika, Denia, Despeñaperros, Dicté (monts Silia ou), Diu, Djakova, Dodone, Don Benito, Dora Baltea (rivière), Dora Morta, Dora Riparia, Dormitor, Drama, Drin, Duero (Douro), Dukagines, Durango, Durazzo.

E

Ebre (Ebro), Écija, Ega, Égée (mer), Égine, Elhassan, Elbe (ile d'), Elche, Éleusis, Élide, Eljas, Elvas, Embalira, Émilie, Empoli, Enos, Enza (rivière), Éoliennes (îles), Épidaure, Épire, Erasinos, Ergastiria, Erkene, Escorial (l'), Escudo (col d'), Eski-Zagra, Esla, Espagne, Espiel (mines d'), Espinho, Espozende, Estaca de Vares, Estancias (sierra de las), Estella, Estrella (serra), Estremadure, Estremoz, Etna, Eubée, Euripe, Europa (pics d'), Europe, Eurotas (Iri), Euskariens, Evora.

F

Fabriano, Faenza, Falterone (monte), Falticheni, Fano, Farilhãos, Faro, Fasano, Favignana, Felanitx, Felicudi, Fenestrelle, Fermo, Fernando Pô, Ferrare (Ferrara), Ferrol (le), Fidaris, Fiesole, Figueira da Foz, Figueras, Filabres (sierra de los), Finisterre (cap), Fiumicino (Rubicon), Fiumicino (Tibre), Florence (Firenze), Fluvia, Foggia, Fokchani, Follonica, Fontana-Congiada, Fontarabie, Forchia d'Arpaia, Forli, Formentera, Formia, Formoselha, Fossano, Francoli, Frascati, Fresnedas, Frioul, Fucino (lac), Fuligno, Fumajolo, Furado (monte).

G

Gaëte, Galatz, Galaxidi, Galice, Gallego, Gallipoli (Italie), Gallipoli (Turquie), Gallura (monts de la), Gamzigrad, Garde (lac de), Gardunha (serra), Garfagnana (monts de la), Gargano (monte), Gata (sierra de), Gaviarra, Gaya, Generoso (mont), Gênes, Genil, Gennargentu, Gennaro, Gerez (serra de), Gerona, Giara (la), Giarre, Gibraltar, Gigante (el), Gigantinu, Giglio (île de), Gijon, Gioura, Girgenti, Giulia (volcan), Giurgiu, Glieb, Goa, Golo, Gonessa, Gordola, Gorgona (île de), Goritza, Gornitchova ou Nidjé, Gozzo, Grand-Paradis, Granmichele, Gran Sasso d'Italia, Grasso (cap), Grèce, Gredos (sierra de), Grenade (Granada), Grivola (mont), Grosseto, Guadalajara, Guadalaviar, Guadalen, Guadalentin, Guadalete, Guadalevin, Guadalfeo (rivière), Guadalhorce, Guadalimar, Guadalmedina, Guadalope, Guadalquivir, Guadalupe (sierra de), Guadarrama (sierra de), Guadiana, Guadiana menor, Guadiaro, Guadiato, Guara (sierra de), Guardia (la), Guarrizas, Guernica, Guetaria, Gubbio, Gúdar (sierra de), Guègues, Guimarães, Guipúzcoa.

H

Hagio-Rouméli, Haïkanes, Haya, Hélicon, Hella, Hémus, Herculanum, Hermoupolis, Herrerias (mines de las), Herzégovine, Higa de Monreal, Higuer (cap), Histioea, Houchi, Huelva, Huerva, Huesca, Huescar, Hurdes (las), Hydra, Hymette.

I

Íbiza, Ichtiman, Ida (Psiloriti), Idro (lac d'), Ieropotamo, Iglesias, Igualada, Ile Rousse, Ilhavo, Imbros, Imola, Inca, Incudine (monte), Indjé-Karasou (Haliacmon). Insua, Intagliatella, Ioniennes (îles), Ipek, Iraty (forêt d'), Irun, Ischia (île d'), Iseo (lac d'), Isker, Isla, Ismaïl, Isonzo, Ispica, Italica, Italie, Ivrea, Izterbegui.

J

Jabalcon de Baza, Jabalcuz, Jabalon, Jaca, Jaen, Jagodina, Jaizquibel, Jalon, Jandula, Janina, Jantra, Jassy, Játiva, Javalambre (pic de), Jerez de la Frontera, Jesi, Jiul (Sil ou Chil), Júcar, Junto (monte).

K

Kadi-Keuï, Kaïménipetra, Kalamata, Kalameria, Kalogheros, Kambing, Kapaonik, Kara-Gounis, Karlas (Baebeïs), Karyès, Karystos, Kastro (Myrina), Katayothra (Oeta), Katounskà, Kelidhoni, Kezanlik, Khelmos, Kilia, Klementis, Kniatchevatz, Kom, Koniarides, Kortiach, Kossovo, Kotesi, Koundousi, Koutchka, Kragouïevatz, Kraïna, Kramdhi, Krouchevatz, Kustendje.

L

Labbro (monte d), Labchislas, Laconie, Ladon, Lagos, Lamego, Lamia, Lampedusa, Lampione, Lanciano, Langreo, Lanjaron, Laredo, Lario (lac), Larissa, Laróuco, Lassiti (monts), Lastres, Latium (volcans du), Laurion, Lavagna, Lebrija, Leça, Lecce, Lecco (lac de), Lech (Alessio), Legnago, Leiria, Leitariegos, Lemnos, Lena, Lentini, Lentini (lac de), Leon, Leon (isla de), Lépante (Naupacte), Lepini, Lequeylio, Lérida, Lerne, Leso, Leucade (Sainte-Maure), Leuca-Ori, Lezirias, Licata, Licodia di Vizzini, Liébana (vallée de la), Liechanska, Ligurie, Lima (Limia), Limbarra (monts de), Limnicea, Linarès, Linosa, Lioubatrin, Lipari, Liria, Lisbonne (Lisbõa), Lisca-Bianca, Livenza (fl.), Livourne, Lixouri, Liz, Llanes, Llanos del Urgel, Llobregat, Lluchmayor, Loano, Lodi, Logroño, Loja, Lom, Loma de Chiclana, Lombardie, Lorca, Loreto, Losnitza, Loulé, Lousão (serra de), Luarca, Lucena, Lucera, Lucques, Lucrin (lac), Lugano (lac de), Lugo (Espagne), Lugo (Italie), Lunigiana, Lycée (Diaforti), Lyngons (Khassia).

M

Macao, Maccalube, Macerata, Machichaco, Macra (riv.), Maddalena (La), Maddaloni, Madère (îles), Madonia, Madre del Mount, Madrid, Maeztrazgo, Mafra, Magadino, Magaña, Magina, Magnésie, Magra (vallée de la), Maïnotes, Majella, Majeur (lac), Major (Pic), Majorque, Málaga, Malée (cap), Malhão (serra de), Malissores, Malte, Manacor, Manche, Manfredonia, Manresa, Mantinée, Mantoue, Manzanarès, Manzanarès (riv. du), Maragato, Marais Pontins, Marão (serra de), Marchena, Marches, Marciana, Maremme, Marghine, María (sierra de), Mariannes (îles), Marinha Grande, Marino, Maritza, Marmara (mer de), Marmolata (monts), Marsala, Martes (sierra), Martesana, Martin, Masnou, Massa, Mat, Matapan (cap), Mataró, Matese, Mattozinho, Mazzara, Medellin, Medico, Medina del Campo, Medina de Rio-Seco, Méditerranée, Meduna (riv.), Megalo-Kastron (Candie), Megalos-Potamos, Mega-Spileon, Meira (sierra de), Mendaur, Mergozzo (lac), Mérida, Mer Noire, Mertola, Mesas (las), Mésie, Messara, Messénie, Messine, Meta, Météore, Metzovo, Mezquita (serra da), Mezzola (lac de), Midia, Mieres, Miet, Mihailem, Mijares, Milan, Milanovatz, Milazzo, Miletto, Militello, Millis (jardins de), Milo, Mineo, Minglanilla, Miño (Minho), Minorque, Miranda de Ebro, Mirdites, Misène (cap), Missolonghi, Mistra, Modène, Modica, Moldavie, Molfetta, Molise (prov. de), Monastir, Moncabrer, Moncalieri, Moncayo, Monchique (serra de), Mondego, Mondovi, Mondragon, Monegros Monemvasia (Malvoisie), Mongo, Monopoli, Monsant, Monsech, Monseñ, Monserrat (pic de), Monsía (sierra de), Montagnes (Illustres), Montagut, Mont-Blanc, Monte Albano, Monte Cimone, Monte-Cristo (île de), Montemor, Monte Mugello, Monténégrins, Monténégro, Montenero (Elatos), Monte-Nuovo, Montepulciano, Monti Catini, Montilla, Monti Rossi, Montoro, Monza, Moradel (serra do), Moratchka, Morava, Morée (Péloponèse), Morena (sierra), Morron de los Genoveses, Mostar, Mosychlos, Motril, Motterone (mont), Muela de Ares, Muela de San Juan, Mulahacen, Mulhacen (pic de), Mundo, Murcie, Murgie, Muros, Murviedro, Muzza, Mycènes.

N

Nagara, Nalon, Nansa, Naples, Narenta, Naupacte (Lépante), Nauplie, Navarin, Navarre, Navia, Naviglio Grande, Naxos, Nea-Kaïmeni, Neda, Negotin, Neiva, Nemi, Nera, Nerone, Nervi, Nervion, Nethou, Nevada (sierra), Nich, Nicopolis, Nicosia, Ninfa, Niolo, Nisvoro, Nocera, Nola, Nora, Noya, Noto, Novare (Novara), Novi, Novibasar, Nuoro, Nurachi (marais de), Nurra.

O

Obarenes (monts), Ocaña, Ochagavia, Odiel (fleuve), Oeiras, OEta (Katavothra), Oite, Olissopo, Oiz, Okri, Okrida (Lychnidos), Olmeto, Olonos (Erymanthe), Olot, Olto (Olt, Oltu, Aluta), Olympe, Olympie, Olynthe, Ombla, Ombrie, Ombrone, Oneglia, Onéiens (monts), Ontaneda, Orbaiceta, Orbetello, Orco (rivière), Orduña, Orense, Orezza, Orihuela, Oristano, Oro (monte d'), Orobia (monts), Oroch, Orsajo (monte), Orta (lac d'), Ortegal (cap), Orteler (mont), Ortona, Orvieto, Osimo, Ossa (Kissovo), Ossa (serra de), Ostie, Ostiglia, Ostrovo, Osuna, Othrys, Ottajano, Oujiza, Ourique, Ovar, Oyarzun, Oviedo, Ozieri.

P

Padoue, Padron, Pagani, Paglia Orba (Pagliorba, Vagliorba), Paiz do Vinho, Pajares (col de), Palaos (îles), Palazzolo, Palencia, Palerme, Palestrina, Palici (lac dei), Palma (Baléares), Palma (Napolitain), Palma del Rio, Palmanova, Palmaria (île de), Palmarola, Palos, Pamisos, Pampelune (Pamplona), Panaria, Pancorvo (Pancorbo), Pangée (Pilav-Tépé), Pantalica, Pantellaria, Paola, Páramos de Lora, Parapanda, Parga, Parme (Parma), Parnasse, Parnès, Partinico, Pasages, Paterno, Patones, Patras, Pavie, Paxos, Pedroches (los), Pegli, Pelayo, Pélion (Zagora), Pellegrino (monte), Péloponèse (Morée), Pélore (monte), Peña de Francia, Peña de Oroel, Penafiel, Peñagache (sierra), Pañagolosa, Peña Gorbea, Peña Gudina, Peña Labra, Peñalara (pic de), Peña Negra, Peña Prieta, Peña (sierra de la), Peña Trevinca, Pénée, Pénée (Gastouni), Peniche, Peñon de Hifac, Pentélique, Pera, Pera-khova (Geraneia), Perdon (sierra del), Pergusa (lac), Perim ou Perin, Peristeri, Pérouse (Perugia), Pesaro, Pescara, Peschiera, Pescia, Petra, Pezo de Regoa, Pharsale, Pheneos (Phonia), Philippines (îles), Philippopoli (Félibé), Phocide, Phthiotide, Pianosa (île de), Piatra, Piave (fleuve), Piazza Armerina, Picacho de la Veleta, Pico de Urbion, Picos de Europa, Piémont, Pieria, Pietra Mala, Pietra Santa, Pignerol (Pinerolo), Pikermi, Pila (sierra de), Pinde, Pinto, Piombino (monte de), Piperska, Pisans (monts), Pise (Pisa), Pistoja, Pisuerga (rivière), Pitesti, Pittigliano, Pizzighetone, Plaisance (Piacenza), Plasencia, Platani (rivière), Plava, Plaza del Moro Almanzor, Ploïesti, Pô (fleuve), Po di Levante, Po di Maestra, Po di Primaro, Po di Volano, Poestum, Poggio di Montieri, Pollenza, Pollino, Pomaris, Pomarão, Pompéi, Ponte de Lima, Pontevedra, Pontremoli, Ponza, Popoli, Poros, Porretta, Portalegre, Porte de Fer du Vardar, Portici, Port-Mahon, Porto (Oporto), Porto-Cale (Gaya), Porto d'Anzio, Porto-Empedocle, Porto-Ferrajo, Porto-Fino, Porto-Longone, Porto-Maurizio, Porto-Scuso, Porto-Torres, Porto-Vecchio, Porto Venere, Portugal, Portugalete, Potenza, Potes, Potidée, Pouilles (Apulie), Pouzzoles (Puzuoli), Pozarevatz (Passarevitz), Prades (sierra de), Prato, Prato Magno (mont du), Prevesa, Principauté citérieure, Principauté ultérieure, Principe (île), Prinkipo, Prisrend, Pristina, Procida (île de), Prokletia, Propriano, Puente del Arzobispo, Puente la Reina, Puerto de Arenas, Puertollano, Puerto Real, Puerto-rico, Puig de Randa, Puig den Torrella, Punta de Almenara, Puycerda, Pyrgos, Pytiuses.

Q

Quarto, Queluz.

R

Radicofani, Ragusa, Raïtzes, Rañadoiro, Randazzo, Ranera (pic du), Rapallo, Ravello, Ravenne, Recanati, Recco, Reggio (Calabria), Reggio (Emilia), Régille (lac), Reinosa, 876. Reni, Reno (rivière), Resina, Retimo ou Rethymnos, Réus, Rhodope, Rhune, Ribadeo, Riera, Rietchka, Rieti, Rilo-Dagh, Rimini, Rimnik-Sarat, Rimnik-Valcea, Rio, Rioja, Rio-Tinto, Riposto, Rivadesella, Rivarolo, Rocca d'Anfo, Rocca Monfina, Rodosto, Roman, Rome, Roncal, Roncevaux (Roncesvalles), Ronda, Ronda (serrania de), Rosapha, Rosas, Rosas (sierra de), Rossano, Rota, Rotondo (monte), Roumanie, Roumili-Kavak, Rovere, Rovigo, Rtanj, Ruidera, Rumblar, Ruthènes Ruvo.

S

Sabadell, Sacavem, Sagone, Sagonte (Murviedro), Sagra (sierra), Sagres, Saint-Florent, Saint-Jean de Medua, Saint-Marin, Saint-Sébastien, Saint-Vincent, Sainte-Maure (Leucade), Sajambre (vallée de), Salamanque, Salambria, Salerne, Salina, Salo, Salpi, Salsette, Salso, Salso (rivière), Saluces (Saluzzo), Salvada (sierra), Salvaterra, Salvatierra, Samolaco, Samothrace, San Cárlos, San Cárlo de la Rapita, San Cristóbal (sierra de), Andalousie, San Cristóbal (sierra de), Navarre, San Fernando, San Gervas, San Giuliano (monte), San Juan de las Abadesas, San Julia de Loria, San Just (sierra de), San Leone, San Lorenzo, Sanlúcar de Barrameda, San Martin de la Arena, San Martin de Suances, San Pedro, San Pedro (roches de), San Pedro (sierra de), San Pier d'Arena (Sampierdarena), San Pietro, San Remo, San Severino, San Severo, San Stefano, San Vicente de la Barquera, Santa Estephania, Santa Maria, Santa Maria Capua Vetere, Santander, Sant'Angelo, Sant'Antioco, Santañy, Santarem, Santa Tecla, Santiago, Santillana, Santo Domingo (sierra de), Santo Estevão (rivière de), Santoña, Santorin, Santos (sierra de los), Santo Thomé (île de), São Domingos, São João de Foz, São Julião, São Mamede (serra de), Saragosse (Zaragoza), Sarandoporos, Sardaigne, Sarno, Sarria, Sartène, Sassari, Sassuolo, Savigliano, Savone (Savona), Scafati, Schiena d'Asino, Sciacca, Scicli, Scutari, Secchia (rivière), Ségeste, Ségovie (Segovia), Sègre, Segura, Seixal, Sélinonte, Semederevo (Semendria), Senigallia (Sinigaglia), Sept Communes (Sette Comuni), Serajevo, Serbie, Serchio (fleuve), Serès, Seriphos, Serravezza, Sesia (rivière), Sessa, Sestri di Levante, Sestri di Ponente, Setúbal, Seu de Urgel (la). Séville (Sevilla), Sicile, Sienne (Siena), Sil, Sila, Sile (fleuve), Silves, Símeto (rivière), Simopetra, Siphnos, Sitnitza, Skar (Skardus), Skodra (Seutari), Skyros, Slatina, Slivno, Sobrarbe, Sofia, Solfatare (lac de la), Solfatare (volcan de la), Solferino, Soller, Solmona, Solofra, Solsona, Somma-Campagna, Somorrostro, Sondrio, Soracte, Sorraia, Sorrente, Soulina, Sousaki, Spaccaforno, Sparte, Sperchius, Spezia (Cyclades), Spezia (la), Sphakiotes, Splugen (mont), Spoleto, Sporades, Squillace (golfe de), Stabies (Stabia), Stenimacho, Stratio, Strivali (îles Strophades), Stromboli, Stromboluzzo, Strona, Strymon (Karasou), Stymphale, Styx, Subapennins, Subiaco, Succiso (mont de), Sumadia, Sunium (cap), Susana (sierra), Suse (Susa), Suseno, Sybaris, Syra, Syracuse (Siracusa).

T

Tafalla, Tage (Tajo), Tagliamento (fleuve), Talamone, Talavera de la Reyna, Tanaro (rivière), Taormine, Tarazona, Tarente (Tarento), Tarifa, Taro (rivière), Tarragone (Tarragona) Tarrasa, Tartares Nogaïs, Tartari, Tavignano, Tavira, Tavolara (îlot de), Taygète, Tchaugheï, Tchatal, Tchatchak, Tcherkesses, Tchernetz Tecutch, Tekir-Dagh, Tempé, Tempio, Ténare, Ter, Teramo, Tergutjilé, Termini, Terni, Terracine, Terranova, Terranova (lac), Terranova di Sicilia, Terre de Bari, Terre de Labour, Terre d'Otrante, Teruel, Tessin (Ticino), Tharros, Thasopoulo, Thasos, Théaki (Ithaque), Therapia, Therma (Saloniquie), Thermopyles, Thessalie, Thomar, Thrace, Thyamis, Tibi, Tibre (Tevere), Tierra de Campos, Tietar, Timok, Tinos, Tirana, Tirgovist, Tirnova, Tirso, Tirynthe, Titarèse, Tivoli, Tjuprija, Tolède, Tolfa, Tolosa, Tolox (sierra de), Tomor, Topino, Tordera, Toriñana, Tormes, Toro, Toro (monte), Torre de Cerredo, Torre dell Annunziata, Torre del Greco, Torrella, Torres Vedras, Tortone (Tortona), Tortose (Tortosa), Tosal des Encanades, Toscane, Toskes, Totana, Toultcha, Touzla, Trampal, Trani, Trapani, Trasimène, Travnik, Trebbia (rivière), Trebinjé, Trebintchitza, Treize Communes (Tredici Comuni), Tremedal (sierra del), Tresa, Trévise (Treviso), Trichonis (lac), Trikala, Tripolis (Tripolitza), Troja, Trujillo, Tsernitsa, Tsiganes, Tudela, Túdia (sierra de), Turin, Turnu-Séverinu, Turquie d'Europe, Tutova, Tuy, Tymphreste (Veloukhi).

U

Ubeda, Udine, Ujijar, Umbertide, Una, Universales (montes), Urbino, Ustica, Utrera.

V

Valachie, Val Cárlos, Val del Bove, Valdeon, Val de Peñas, Valdoniello, Valença, Valence (Valencia), Valette (La) ou Valetta, Valjevo, Valladolid, Vallongo, Valtierra, Varaita (riv.), Varassova, Vardar, Varese (lac de), Vaslui, Vassili-Potamo, Vasto, Vaudois, Velate (col de), Velez-Blanco, Velez-Málaga, Velez-Rubio, Velino, Velletri, Veloukhi (Tymphreste), Vénétie, Venise, Venta de Baños, Ventotiene, Vera, Verbano (lac), Verbas, Vercelli, Verdoyonta, Vergara, Vérone, Verria, Vésuve, Vettore, Via-Egnalia, Vianna do Castello, Viar, Viareggio, Vicence (Vicenza), Vich, Vico, Vid, Vierzo, Vieste, Vietri, Vigevano, Viggiano, Vigo, Vilkov, Villa do Conde, _Villanova de Portimão, Villanueva de la Serena, Villa Real, Villa Real de Santo Antonio, Villaseca, Vinadio, Vinalapó, Vinaroz, Viscardo (détroit de), Viseu, Viso (mont), Viterbe (Viterbo), Vitoch, Vitoria, Vittoria, Vizzini, Volo, Volterra, Voltri, Vouga, Vourgaris, Vulcanello, Vulcano, Vultur.

Y

Yeguas (sierra de), Yeltes.

Z

Zacynthe (Zante), Zagori, Zaitchar, Zamora, Záncara, Zannone, Zarauz, Zelline (riv.), Zeta, Zezere, Zigüela, Zinzares, Zumaya, Zvornik, Zygos (Lakhmon).

TABLE DES CARTES

1. Frontières naturelles de l'Europe. 2. Relief de l'Europe. 3. Développement kilométrique du littoral des continents relativement à leur surface. 4. Zone isothermique de l'Europe. 5. Populations de l'Europe. (Carte en couleur) 6. Profondeurs de la Méditerranée. 7. Seuil de Gibraltar. 8. Principales pêcheries de la Méditerranée. 9. Lignes de vapeurs et télégraphes de la Méditerranée. 10. Populations de la Grèce. 11. Basse-Acarnanie. 12. Les Thermopyles. 13. Lac Copaïs. 14. Athènes et ses longs murs. 15. Athènes antique. 16. Lacs de Pheneos et de Stymphale. 17. Plateau de Mantinée. 18. Bifurcation du Gastouni. 19. Vallée de l'Eurotas. 20. Euripe et Chalcis. 21. Néa-Kaïméni. 22. Canal de Sainte-Maure. 23. Argostoli. 24. Populations de la Turquie d'Europe. (Carte en couleur) 25. Ile de Crète. 26. Profondeurs de la mer Egée. 27. Formations géologiques de la péninsule de Constantinople. 28. Bosphore. 29. Dardanelles et golfe de Saros. 30. Presqu'île du mont Athos. 31. L'Olympe et la vallée de Tempé. 32. Épire méridionale. 33. Lits souterrains des affluents de la Narenta. 34. Vitoch et massifs environnants. 35. Delta du Danube. 36. Débit comparé des bouches danubiennes. 37. Empire turc 38. Voies commerciales de Constantinople 39. Les Roumains 40. Le Chil et l'Olto 41. Danube et Jalomilza 42. Populations de la Bessarabie moldave 43. Confluent du Danube et de la Save 44. Populations de la Serbie orientale 45. Montenegro et lac de Skodra 46. Rome et l'empire romain 47. Pente de la vallée du Pô 48. Grand-Paradis 49. a. et b. Plaine de débris entre les Alpes et les Apennins, d'après Zollikofer 50. Salses et sources thermales du nord de l'Apennin 51. Anciens glaciers des Alpes 52. La serra d'Ivrea et les anciens lacs glaciaires de la Doire 53. Anciens lacs du Verbano 54. Alluvions de comblement du Lario 55. Coupe de la partie septentrionale du lac de Como 56. Coupe du lac de Lecco, à la bifurcation des branches 57. Section longitudinale du lac de Como 58. Plage et pinèdes de Ravenne 59. Champs de pierres de la Zelline et de la Meduna 60. Ancien cours présumé et cours actuel de la Piave 61. Lagunes de Venise 62. Colonies des vétérans romains 63. Digues et anciens lits du Pô, de Plaisance à Crémone 64. Delta du Pô (Carte en couleur) 65. Communes germaniques 66. Lagunes de Comacchio 67. Pêcheries de Comacchio 68. Issues de la vallée de l'Adige 69. Passages des Alpes 70. Lacs et canaux de Mantoue 71. Palmanova 72. Limite des Alpes et des Apennins 73. Gênes et ses faubourgs 74. Golfe de la Spezia 75. Défilés de l'Arno 76. Monte Argentaro 77. Val de Chiana 78. L'Arno et la Serchio 79. Régions de la malaria 80. Port de Livourne 81. Lac de Bolsena 82. Volcans du Latium 83. Ancien lac de Fucino 84. Lac de Trasimène 85. Marais Pontins 86. Anciens lacs du Tibre et du Topino 87. Delta du Tibre 88. Collines de Rome 89. Civita-Vecchia 90. Vallées d'érosion du versant de l'Adriatique 91. Rimini et Saint-Marin 92. Monte Gargano 93. Cendres de la Campanie 94. Naples et le Vésuve. (Carte en couleur) 95. Instruction comparée des provinces de l'Italie 96. Pompéi 97. Marais de Salpi 98. Port de Brindisi en 1871 99. Tarente 100. Détroit de Messine 101. Profil de l'Etna 102. Cheire de Catane 105. Cônes parasites 104. Trapani et Marsala 105. Port de Syracuse 106. Girgenti, Porto-Empedocle et les Maccalube 107. Partie centrale de l'Archipel éolien 108. Profondeurs de la Méditerranée au sud de la Sicile 109. Port de Malte 110. Profondeurs de la mer au sud de la Sardaigne 111. Détroit de Bonifacio 112. La Giara 113. District d'Iglesias 114. Port de Terranova 115. Navigation comparée des ports d'Italie 116. Voies de communication de l'Italie 117. Jonction sous-marine de la Corse et de l'Italie 118. Profil de la route d'Ajaccio à Bastia 119. Plateaux de la péninsule Ibérique 120. Dehesas des environs de Madrid 121. Densité des populations de la péninsule Ibérique 122. Profil du chemin de fer de Bayonne à Cádiz, à travers la Péninsule 123. Sierras de Gredos et de Gata 124. Steppe de la Nouvelle-Castille 125. Salamanque et ses despoblados 126. Madrid et ses environs 127. Aranjuez 128. Bassins du Guadiana et du Guadalquivir 129. Pente du Guadalquivir 130. Bouche du Guadalquivir 131. Zones de végétation sur le littoral de l'Andalousie 132. Steppe d'Écija 133. Mines de Huelva 134. Cádiz et sa rade 135. Gibraltar 135_bis_. Steppe de Murcie 136. Palmiers d'Elche et jardins d'Orihuela 137. Port de Carthagène 138. Grao de Valence 139. La mer des Baléares 140. Les Pytiuses 141. Port-Mahon 142. Profil du cours de l'Èbre 143. Delta de l'Èbre 144. Steppes de l'Aragon 145. Environs de Barcelone 146. Bancs de Mataró 147. Val d'Andorre 148. Jaizquibel 149. Bilbao et ses environs 150. Azcoytia et Azpeytia 151. Zone de la langue basque 152. Saint-Sébastien 153. Guetaria 154. Guernica 155. Col de Reinosa 156. Pitons d'Europe 157. Rias de la Corogne 158. Santoña et Santander 159. Oviedo 160. Baie de Vigo 161. Chemins de fer de la Péninsule 162. Valeur comparée des échanges dans les ports de l'Espagne 163. Zone de la langue castillane 164. Pluies de la Péninsule 164_bis_. Vallée de la Lima 165. Aveiro 166. Porto et le «Pays du Vin» 167. São João da Foz 168. Estuaire du Tage 169. Peniche et les Berlingas 170. Entrée du Tage 171. Zones de végétation du Portugal 172. Estuaire du Sado 173. Promontoire de Sagres 174. Terrains géologiques de l'Algarve 175. Flèches de Tavira 176. Pays de langue portugaise 177. Télégraphe de Lisbonne à Rio de Janeiro

TABLE DES GRAVURES

I.--La Terre dans l'espace. (Dessin de E. Collin.) II.--Les Alpes Pennines, vue prise de la Becca di Nona ou pic Carrel (3,165 mèt.). (D'après un panorama photographié par M. Civiale.) III.--Vue de Gibraltar, prise de l'isthme de la Linea. (Dessin de Taylor, d'après une photographie.) IV.--Vue du Parnasse et de Delphes. (Dessin de Taylor, d'après une photographie.) V.--Maïnotes et habitants de Sparte. (Dessin de A. de Curzon, d'après nature.) VI.--L'Acropole d'Athènes, vue de la Tribune aux harangues. (Dessin de Taylor, d'après un croquis de M. A. Curzon.) VII.--Le Taygète, vu des ruines du théâtre de Sparte. (Dessin de A. de Curzon, d'après nature.) VIII.--Corfou. (Dessin de E. Grandsire, d'après un croquis fait sur nature.) IX.--Paysans des environs d'Athènes. (Dessin de D. Maillart, d'après des photographies.) X.--Entrée des gorges d'Hagio-Rouméli. (Dessin de E. Grandsire, d'après un croquis fait sur nature.) XI.--Constantinople, vue prise sur la Corne d'Or, des hauteurs d'Eyoub. (Dessin de F. Sorrieu, d'après un croquis fait sur nature par J. Laurens.) XII.--Cavalier musulman d'Andrinople.--Femme musulmane de Prisren.--Habitants musulmans d'Andrinople. (Dessin de P. Fritel, d'après des photographies.) XIII.--Le mont Olympe. (Dessin de Taylor, d'après un croquis fait sur nature, communiqué par H. Heuzey, de l'Institut.) XIV.--Albanais. (Dessin de Valerio, d'après nature.) XV.--Riches Arnautes. (Dessin de P. Fritel, d'après des photographies.) XVI.--Tirnova. (Dessin de H. Catenacci, d'après une photographie.) XVII.--Bulgare chrétien de Viddin.--Dames chrétiennes de Skodra.--Bulgares musulmans de Viddin.--Bulgare de Koyoutépé. (Dessin de P. Fritel, d'après des photographies.) XVIII.--Muletiers turcs traversant l'Herzégovine. (Dessin de Valerio, d'après nature.) XIX.--Valaques. (Dessin de E. Ronjat, d'après des photographies.) XX.--Bucarest. (Dessin de F. Sorrieu. d'après une photographie.) XXI.--Belgrade. (Dessin de F. Sorrieu. d'après une photographie.) XXII.--Vue générale de Rome. (Dessin de L. Français, d'après une aquarelle.) XXIII.--Le mont Viso, vu de San Chiaffredo. (D'après une photographie de M. V. Besso.) XXIV.--Villa Serbelloni, lac de Como, (Dessin de Taylor, d'après une photographie de MM. J. Lévy et Cie) XXV.--Palais de Ferrare. (Dessin de H. Catenacci, d'après une photographie.) XXVI.--Le Mont Rose, vue prise de Galcoro. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. E. Lamy.) XXVII.--Venise. (Dessin de J. Moynet, d'après une photographie.) XXVIII.--Gênes. (Dessin de J. Sorrieu, d'après une photographie de MM. J. Lévy et Cie) XXIX.--Défilés de l'Arno à la Gonfolina à Signa, vue prise à la Tenula. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. G. Matucci) XXX.--Florence. (Dessin de P. Benoist, d'après une photographie de MM. J. Lévy et Cie) XXXI.--Campagne de Rome. (Dessin de A. de Curzon, d'après nature.) XXXII.--Cascade de Terni. (Dessin de Taylor, d'après une photographie.) XXXIII.--Paysans de la campagne romaine. (Dessin de D. Maillard, d'après nature.) XXXIV.--Paysans des Abruzzes. (Dessin de D. Maillard, d'après nature.) XXXV.--Vue générale de Capri, prise de Massa-Lubrense. (Dessin d'après nature, par Niederhaüsern-Koechlin.) XXXVI.--Éruption du Vésuve, le 26 avril 1872. (Dessin de Taylor, d'après M. A. Heim) XXXVII.--Naples. (Dessin de E. Grandsire, d'après une photographie de M. E. Lamy) XXXVIII.--Amalfi. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. Hautecoeur) XXXIX.--Le Châtaignier des Cent chevaux et l'Etna. (Dessin de E. Grandsire, d'après une photographie de M. P. Berthier.) XL.--Palerme et le Monte Pellegrino. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de MM. J. Lévy et Cie.) XLI.--Temple de la Concorde, à Girgenti. (Dessin de Taylor, d'après une photographie) XLII.--Malte.--Vue de la Valette XLIII.--Cagliari. (Dessin de H. Clerget, d'après une photographie.) XLIV.--Vérone. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. Hautecoeur.) XLV.--Bastia. (Dessin de Taylor, d'après une photographie.) XLVI.--Types castillans.--Paysans et paysannes de Tolède.--(Dessin de D. Maillart, d'après des photographies de M.J. Laurent.) XLVII.--Tolède. (Dessin de P. Benoist, d'après une photographie de M. J. Laurent) XLVIII.--Défilés du Tage.--(Province du Guadalajara) XLIX.--Alcázar de Ségovie et vallée de l'Eresma. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de MM. Lévy et Cie.) L.--Vue générale du défilé de Despeñaperros. (Dessin de E. Grandsire, d'après une photographie de M. J. Laurent.) LI.--La sierra Nevada, vue de Baza. (Dessin de Taylor, d'après H. Regnault.) LII.--Brèche de los Gaitanes. (Dessin de F. Sorrieu, d'après une photographie de M. J. Laurent.) LIII.--Types andalous.--Paysans de Cordoue. (Dessin de D. Maillart, d'après des photographies de M. J. Laurent.) LIV.--Vue de l'Alhambra et de Grenade, prise de la Silla del Moro. (Dessin de H. Catenacci, d'après une photographie de M. Laurent.) LV.--Paysans de Murcie. (Dessin de P. Fritel, d'après des photographies de M.J. Laurent.) LVI.--Elche et sa forêt de palmiers. (Dessin de A. de Bar, d'après une photographie de M.J. Laurent.) LVII.--Digue ruinée de Lorca. (Dessin de A. de Bar, d'après une photographie de M.J. Laurent.) LVIII.--Types des Baléares.--Femmes d'Ibiza. (Dessin de E. Ronjat, d'après l'Archiduc Salvator) LIX.--Entrée du Port d'Ibiza. (Dessin de E. Grandsire, d'après l'Archiduc Salvator) LX.--Vue du Monserrat. (Dessin de F. Sorrieu, d'après une photographie de M. J, Laurent) LXI.--Barcelone, vue prise du Monjuich. (Dessin de A. Deroy, d'après une photographie de MM. Lévy et Cie) LXII.--Gorges de Pancorbo. (Dessin de F. Sorrieu, d'après une photographie de M.J. Laurent.) LXIII.--Saint-Sébastien. (Dessin de A. Deroy, d'après une photographie de M.J. Laurent) LXIV.--Entrée de la baie de Pasages. (Dessin de J. Moynet, d'après une photographie de M.J. Laurent) LXV.--Phare de la Tour d'Hercule. (Dessin de A. Deroy, d'après une photographie de M.J. Laurent.) LXVI.--Paysans de la huerta et cigarrera de Valence. (Dessin de P. Fritel, d'après des photographies de M.J. Laurent.) LXVII.--Types portugais.--Paysan d'Ovar.--Femme de Leça.--Paysanne d'Affife (Dessin de D. Maillart, d'après des photographies de M. Ferreira.) LXVIII.--Porto. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. J. Laurent.) LXIX.--Coïmbre. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. J. Laurent.) LXX.--Pont romain d'Alcántara. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. J. Laurent.) LXXI.--Lisbonne. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. J. Laurent.) LXXII.--Couvent des Chevaliers du Christ à Thomar. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M.J. Laurent) LXXIII.--Château de la Penha de Cintra. (Dessin de Taylor, d'après une photographie de M.J. Laurent.)

LISTE DES PRINCIPAUX OUVRAGES CONSULTÉS

La bibliographie complète des contrées de l'Europe méridionnale occuperait des volumes et se trouve d'ailleurs dans les recueils spéciaux. La liste suivante comprend seulement les ouvrages que j'ai consultés avec le plus de fruit, et que la probité, non moins que la reconnaissance, me font un devoir de citer.

Je dois exprimer aussi toute ma gratitude aux personnes bienveillantes qui m'ont aidé de leurs conseils et qui m'ont signalé, soit des omissions à réparer, soit des erreurs à corriger. Je citerai surtout MM. Reyet, Picot, de Mortillet, Manzoni, Albert Heim, Joaquim Torres, le baron Davillier. M. Ernest Desjardins a passé la complaisance jusqu'à revoir la plupart de mes épreuves, et, grâce à ses notes précieuses, des pages entières ont été compètement remaniées.

Dans le volume de la France et dans ceux qui suivront, des notes placées au bas des pages indiqueront les noms des auteurs et les titres précis des ouvrages où j'aurai puisé mes renseignements; les lecteurs pourront ainsi remonter facilement aux sources.

EUROPE

Houzeau, Histoire du sole de l'Europe.--Carl Ritter, Europa.--Kohl, Die geographische lage Hauptstadte Europa's.

MÉDITERRANÉE.

W. K. Smith, the Mediterranean.--Dureau de la Malle, Géographie physique de la mer Noire et de la Méditerranée.--Böttger, das Mittelmeer.

GRÈCE

Archives des Missions scientifiques, mémoires de Burnouf, Mézières, Beulé, Heuzey, Foucart, About, etc.--Leake, Travels in Northern Greece.--Bursian, Geographie von Griechenland.--Puillon Boblaye, Virlet, Expéditions scientifique de Morée.--Bory de Saint-Vincent, Voyage en Morée.--Curtius, Peloponnesos,--Beulé, Études sur le Péloponnèse.--Ludw. Ross, Griechische Inseln.--J. Schmidt, Vulkanstudien. Santorin, 1886 bis 1872.

TURQUIE.

R. Pashley, Travels in Crete.--Raulin, Description physique de l'île de Crète.--G. Perrot, l'île de Crète.--Viquesnel, Voyage dans la Turquie d'Europe.--Ami Boué, la Turquie d'Europe.--Albert Dumont, le Balkan et l'Adriatique.--Lejean, Ethnographie de la Turquie d'Europe,--Von Hammer, Konstantinopel une der Bosporus.--P. de Tchibatchef, le Bosphore.--Heuzey, Voyage archéologique en Macédoine.--Fanshawe Tozer, Researches in the Highlands of Turkey.--Barth, Reisen in der Europäischen Turkei.--Von Hahn, Albanesische Studien.--Hecqard, Histoire et description de la Haute-Ablanie.--Dora d'Istria, Nationalité albanaise.--Fr. Maurer, Reise durch Bosnien.--E. de Sainte-Marie, l'Herzégovine.--Kanitz, Donau-Bulgarien und der Balkan.

ROUMANIE.

Vaillant, la Roumanie.--Bolliac, Mémoires pour serir à l'histoire de la Roumanie.--Fr. Damé, la Roumanie contemporaine.--V. Duruy, De Paris à Bucharest.--Von Rœssler, Romanische Studien.--E. Desjardins, Embouchures du Danube et projet de canalisation maritime.

SERBIE ET MONTENEGRO.

Kanitz, Serbien.--Ubicini, les Serbes de Turquie.--Cyprien Robert, les Slaves de Turquie.--Louis Léger, le Monde slave.--Lejean, Visite au Montenegro.

ITALIE.

Zuccagni Orlandini, Corografia fisica, storica et statistica dell' Italia e delle sue Isole.--Marmocchi, Descrizione d'Italia.--Amato Amati, l'Italia sotto l'aspetto fisico, storico, artistico e statistico.--Taine, Voyage en Italie.--Gregorovius, Wanderjahre in Italien; Geschishte des Stadt Roms,--Ann. di Saluzzo, le Alpi che cingono l'Italia.--Cattaneo e Lombardini, Notizie naturali e civili su la Lombardia.--Lombardini, Pianura subapeninna.--Lombardini, Condizione idraulica del Po.--Martins, Gastaldi, Terrains superficiels de la vallée du Pô.--De Mortillet, Anciens glaciers du versant méridional des Alpes, et Mémoires divers.--Bertolotti, Liguria maritima.--Targioni Tozzetti, Voyage en Toscane.--Salvagnoli Marchetti, Maremme Toscane.--Noël des Vergers, l'Étrurie et les Étrusques.--Beulé, Fouilles et découvertes.--Giordano, Roma e suo territorio.--Ponzi, Histoire naturelle du latium.--De Prony, Marais Pontins.--Ouvrages d'Ampère et de Stendhal, etc.--Davies, Pilgrimage of the Tiber.--Francis Wey, Rome.--Spallanzani, Voyage dans les Deux-Siciles.--Smyth, Sicily ant its Islands.--De Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste.--La Marmora, Voyage en Sardaigne, Description statistique, physique et politique de l'île.--Mantegazza, Profili e paesaggi della Sardegne.--Von Maltzan, Reise auf der Insel Sardinien.--Spano, Itinerario della Sardegna.--Correnti e Maestri, Statistice dell' Italia.

CORSE.

Marmocchi, Géographie de la Corse.--Gregorovius, Corsica.--Pr. Mérimée, Voyage en Corse.

ESPAGNE.

Coello, F. de Luxan y A. Pascual, Reseñas geográfica, geológica y agrícola de España.--Baron Davillier et Gust. Doré, Voyage en Espagne.--De Laborde, Itinéraire descriptif de l'Espagne.--Bory de Saint-Vincent, Résumé géographique de la Péninsule ibérique.--De Verneuil et Collomb, Mémoires géologiques sur l'Espagne.--Fort, Handbook for travellers in Spain.--Fern. Gerrido, l'Espagne contemporaine.--Cherbuliez, l'Espagne politique.--Ed. Quinet, Mes Vacances en Espagne.--Th. Gautier, (Tras los Montes), Voyage en Espagne.--E. Willkomm, die Pyrendische Halbinsel; Strand und Steppengebiet der iberischen Halbinsel.--George Sand, Un Hiver à Majorque.--Ludw. Salvator, Balearen in Wort und Bild.--Bladé, Études géographiques us la vallée d'Andorre.--W. von Humboldt, Urbewohner Spaniens.--Eug. Cordier, Organisation de la famille chez les Basques.--Paul Broca, Mémoires d'anthropologie.

PORTUGAL.

Link und Hoffmannsegg, Voyage en Portugal.--Minutoli, Portugal und seine Kolonien.--Vogel, le Portugal et ses Colonies.--Lady Jackson, Fair Lusitania.--Latouche, Travels in Portugal.

Les publications périodiques où j'ai trouvé les renseignements les plus utiles sont le Bulletin de la Société de géographie, la Revue des Deux-Mondes, l'Auslant, le Globus, la Revue d'anthropologie.

TABLE DES MATIÈRES

CHAP. I. -- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

CHAP. II -- L'EUROPE I. Limites II. Divisions naturelles et montagnes III. Zone maritime IV. Le climat V. Les races et les peuples

CHAP. III -- LA MÉDITERRANÉE I. La forme et les eaux du bassin II. La faune, la pêche et les salines III. Commerce et navigation

CHAP. IV -- LA GRÈCE I. Vie d'ensemble II. Grèce continentale III. Morée ou Péloponnèse IV. Iles de la mer Égée V. Iles Ioniennes VI. Le présent et l'avenir de la Grèce VII. Gouvernement, administration et divisions politiques

CHAP. V. -- LA TURQUIE D'EUROPE I. Vue d'ensemble II. La Crète et les îles de l'Archipel III. Le littoral de la Turquie hellénique; Thrace, Macédoine et Thessalie IV. L'Albanie et l'Épire V. Les Alpes illyriennes et la Slavie turque VI. Les Balkhans, le Despoto-Dagh et le pays des Bulgares VII. La situation présente de l'avenir de la Turquie VIII. Gouvernement et administration

CHAP. VI. -- LA ROUMANIE

CHAP. VII -- LA SERBIE ET LA MONTAGNE NOIRE I. La Serbie II. La Montagne Noire

CHAP. VIII -- L'ITALIE I. Vue d'ensemble II. Le bassin du Pô.--Le piémont, la Lombardie, Venise et l'Émilie III. Ligurie ou rivière de Gênes IV. La vallée de l'Arno, Toscane V. Les Apennins de Rome, la vallée du Tibre, les Marches, et les Abruzzes VI. L'Italie méridionale, provinces napolitaines VII. La Sicile VIII. La Sardaigne IX. La situation présente et l'avenir de l'Italie X. Gouvernement et administration

CHAP. IX. -- CORSE

CHAP. X. -- L'ESPAGNE I. Considération générales II. Plateaux des Castilles, de Leon et de l'Estramadure III. Andalousie IV. Versant méditerranéen du grand plateau de Murcie et Valence V. Les baléares VI. La vallée de l'Èbre, l'Aragon et la Catalogne VII. Province Basques, Navarre et Logroño VIII. Santander, Asturies et Galice XI. Le présent et l'avenir de l'Espagne X. Gouvernement et administration

CHAP. XI. -- LE PORTUGAL I. Vue d'ensemble II. Portugal du Nord. Vallée du Minho, du Doure, du Mondego III. La vallée du Tage, l'Estramadure IV. Le Portugal du Midi, l'Alemtejo de l'Algarve V. Présent et avenir du Portugal VI. Gouvernement et administration

Index alphabétique Table des cartes Table des gravures Liste des principaux ouvrages consultés. Table des matières.

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