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PROSPECTUS D’UNE NOUVELLE ÉDITION.
Ce fut à la fin du XVI que Pierre Pithou conçut le projet de réunir en un corps les écrits de nos principaux historiens. Les deux volumes qu’il fit paraître en 1588 et en 1596 présentaient de nombreuses lacunes. Néanmoins bien des années s’écoulèrent sans qu’on travaillât sérieusement à perfectionner ce recueil.
Il faut descendre jusqu’aux derniers temps du règne de pour voir un plan tracé d’une main hardie par André Du Chesne. D’après ce plan, le nouveau recueil, divisé en deux parties, ne devait pas comprendre moins de vingt-quatre volumes in-folio. L’auteur avait fait ses preuves, et personne ne doutait qu’il n’élevât dans un assez bref délai le monument gigantesque dont il avait amassé les matériaux. Les deux premiers volumes des Historiæ Francorum scriptores coætani virent le jour en 1636. Deux autres étaient sous presse, en 1640, quand Du Chesne, à peine âgé de 56 ans, fut broyé sous la roue d’une voiture. Son fils, François Du Chesne, comprit l’étendue des obligations que lui imposait le nom qu’il portait. Il fit paraître trois volumes des Scriptores en 1641 et 1649. Il serait sans doute allé plus loin s’il eût rencontré les encouragements sur lesquels il avait peut-être quelque droit de compter.
Tome Premier
contenant tout ce qui a été fait par les gaulois, et qui s’est passé dans les gaules avant l’arrivée des françois : et plusieurs autres choses qui regardent les françois, depuis leur origine jusqu’à clovis.
prêtre et religieux bénédictin de la congrégation de saint-maur.
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE M. LÉOPOLD DELISLE
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VICTOR PALMÉ, éditeur des bollandistes
25, RUE GRENELLE-SAINT-GERMAIN, 25.
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Préface
SUR LA
NOUVELLE COLLECTION
DES HISTORIENS
DE FRANCE.
OUS entreprenons d’exécuter un projet formé depuis longtems par les personnes les plus capables de le conduire à sa perfection ; présenté successivement à différens Ministres qui ont cru s’honorer eux-mêmes en le favorisant ; et toujours arrêté par quelque nouveau genre d’obstacles : un projet aussi utile en soi que vaste dans ce qu’il renferme ; le plus important qui puisse être proposé pour la gloire de nos Souverains, et le plus intéressant pour nôtre Nation.
Sur la fin du XVI, Monsieur Pithou conçut le dessein de réunir en un corps les principaux Historiens de France, soit imprimés, soit manuscrits : les années 1588 et 1596 virent paroître les fruits de son travail. Mais comme s’il eût suffi à la France d’avoir donné aux États voisins un exemple, qu’ils s’empressèrent en effet de suivre ; une partie du siècle suivant s’écoula sans que personne entrât dans la carriere que l’illustre Pithou avoit ouverte, et se mît en devoir ou de suppléer à ce qu’il avoit omis, ou de continuer ce qu’il avoit commencé.
, si digne par tant de titres du nom de pere de notre Histoire, publia en 1635 le plan d’une nouvelle Collection plus étendue et plus ample que la précédente. Au lieu que celle-ci composée seulement de deux volumes, l’un in-8, l’autre in-folio, se terminoit à l’année 1285 ; celle-là devoit contenir en quatorze volumes in-folio, toute la suite des anciens monumens de l’Histoire générale de la Monarchie, depuis son origine jusqu’au regne d’Henri . Les deux premiers furent mis au jour en 1636 ; pendant que le troisiéme et le quatriéme étoient sous la presse, un accident funeste enleva l’Auteur dans un âge où il pouvoit se flatter de recueillir toute la gloire que son entreprise lui promettoit. Néanmoins l’édition commencée de son vivant, fut achevée en 1641 par les soins de son fils, qui donna de plus en 1649 un cinquiéme volume, le dernier du recueil le plus complet que nous aïons eu jusqu’à présent.
Ce ne fut qu’en 1676 qu’un Ministre, protecteur des Lettres par cette supériorité de vues qui caractérise l’homme d’Etat, , invita plusieurs Savans assemblés chez lui à conférer en sa présence sur les moïens de perfectionner le projet d’André du Chesne. Par quelle fatalité faut-il que la présomption et la jalousie soient si souvent compagnes de la science, dans les hommes mêmes qui sembloient devoir être le moins susceptibles de l’une et de l’autre : et que les gens de Lettres ne sachent ni soutenir leur avis sans passion, ni attaquer sans aigreur celui des autres ? souffrit impatiemment que le sien n’eût pas prévalu, et la difficulté de le ramener au sentiment qui fut adopté dans les Conférences, rendit inutiles les favorables dispositions du Ministre. Celles de , Archevêque de Reims, soutenues du crédit de , de meurerent de même, quoique par un principe different, sans aucun effet. Le célebre P.Mabillon trouvant dans une humble défiance de soi-même des pour se dispenser d’un travail, dont lui seul peut-être eût été capable, résista constamment aux solicitations du Prélat qui le pressoit de s’en charger.
Enfin, fut nommé Chancelier de France. Les Savans qui n’avoient pas pris moins de part à son élevation que les Ministres de la Justice, sentirent croître leurs forces avec leurs esperances. La Collection de nos Historiens fut une des premières entreprises que leur proposa pour exercer le zéle qu’ils lui montraient. Dans des Assemblées où il présidoit, on délibéra sur la maniere de l’exécuter ; et l’on convint d’un nouveau plan, qui étoit le résultat de plusieurs Mémoires dressés par des personnes choisies. Le laborieux et savant P.le Long, de l’Oratoire, se préparait à le suivre. Qui connoissoit mieux que lui les sources de notre Histoire, après les avoir indiquées dans sa Bibliothéque Historique ? Il s’appliqua tout entier à ramasser les pièces qui devoient entrer dans le Recueil qu’il méditoit : mais il mourut en 1721.
Dans ces circonstances, D.Denys de Ste Marthe fit agréer au Ministère que la Congrégation de S.Maur, dont il étoit Supérieur Général, se saisît d’un projet qu’on avoit lieu de regarder comme abandonné : et dès l’année 1723 il jetta les yeux sur nous pour l’exécution. Nous ne pouvions justifier son choix que par l’excès de notre zéle. Qu’il nous soit donc permis de nous rendre ce témoignage, que l’ardeur avec laquelle nous embrassâmes le travail qu’on nous imposoit, ne s’est jamais rallentie, et que nous n’avons pas cessé d’y rapporter toutes nos études. Le premier volume est déjà imprimé, et le second le sera dans quelques mois.
Dans les Conférences tenues, tant chez que chez Daguesseau, les Savans qui y avoient été appelés, convenoient qu’il falloit donner à la tête du Recueil une parfaite connoissance des Gaulois avant l’établissement des François dans les Gaules. vouloit pour cela qu’on réimprimât la premiere partie de l’Histoire de France de Dupleix, après l’avoir traduite en Latin. Quelque exacte que la suppose , elle ne mérite certainement pas qu’on lui fasse tant d’honneur. D’ailleurs, selon la réflexion de , il ne s’agit pas ici de donner une Histoire, mais seulement de compiler les Actes qui peuvent y servir. C’est aussi ce que nous faisons. Nous donnons des Extraits de tout ce qui se trouve dans les auteurs Grecs et Latins touchant les Gaulois. Pour les Grecs on les imprimera dans leur Langue originale avec la traduction Latine. Nous serons par-là dispensés d’imprimer les Traités particuliers de quelques modernes sur l’origine, les mœurs, les loix, etc. des anciens Gaulois. Nous aurons cependant soin de mettre en note au bas des pages leurs remarques et leurs réflexions, quand elles peuvent servir à éclaircir le texte des anciens Auteurs. Nous n’avons eu garde d’omettre les Commentaires de César sur la guerre des Gaules : mais nous ne nous sommes pas cru obligés de suivre le sentiment de qui vouloit qu’on imprimât aussi la traduction Gréque de Planudes, avec tous les Commentateurs de l’édition de Jungerman, et les autres que Jungerman n’avoit pas vus. Il est inutile de dire les raisons qui nous ont portés à n’être pas en cela de l’avis de : elles se font assez sentir d’elles-mêmes.
Cette partie, qui regarde nos anciens Gaulois, semblerait demander qu’on présentât en différentes Planches les monumens de leur tems, comme les Amphithéatres, les Aqueducs, les Arcs de triomphe, les Bains, les Obelisques, les Tombeaux, les Inscriptions, les Médailles : c’étoit l’avis de Messieurs du Cange et des Thuilleries ; et la chose seroit d’autant plus facile, qu’on trouve la plupart de ces monumens fort bien gravés dans les Antiquités de D.Bernard de Montfaucon. Mais comme ils font partie de l’Histoire des Provinces où ils se trouvent, nous les renvoïons aux Actes de l’Histoire particuliere. Nous mettrons à la tête du premier volume une Carte géographique des Gaules Cisalpine et Transalpine, dressée sur les descriptions des anciens, tant Historiens que Géographes. Nous ferons graver la partie de la Carte de Peutinger, qui regarde la Gaule, et nous la placerons à l’endroit qui lui convient. Le Volume sera terminé par quatre Tables ; la premiere contiendra les noms des villes, des lieux et des peuples ; nous mettrons dans la seconde les noms François des villes, avec les noms Latins ; la troisiéme sera pour les noms des personnes ; la quatriéme pour les matières. On trouvera des notes critiques dans les endroits qui en auront besoin. Nous marquerons en marge, autant qu’il sera possible, les années ausquelles se seront passées les choses énoncées dans le texte. En comptant les années depuis la fondation de Rome, nous ne suivons pas avec le P.Petau le calcul de Vairon ; mais nous suivons, comme Sigonius, celui de Verrius Flaccus, auteur des Fastes Capitolins. Ces deux sentimens d’une année entière, en sorte que ceux qui suivent celui de Varron, mettent la prise de Rome par les Gaulois dans la 364 année depuis la fondation de cette ville ; au lieu que ceux qui suivent le calcul de Flaccus, la mettent dans la 363. Nous traiterons dans cette Préface plusieurs questions qui concernent les Gaulois, et nous en poserons le sujet ci-dessous. La Préface sera suivie d’une Table chronologique, c’est-à-dire, d’Annales Gauloises et Françoises, qui contiendront par ordre des tems les principaux faits dispersés ça et là dans le Volume.
Après avoir exposé ce que nous croions devoir précéder le Recueil des Actes de l’Histoire de France, il faut maintenant que nous parlions du Recueil même. Nous savions que la Collection de du Chesne, qui d’ailleurs finit au regne de Philippe le Bel, étoit très-défectueuse dans ce qu’elle contient ; et que les découvertes faites depuis sa mort avoient tiré de la poussiere des Bibliothèques un grand nombre de Pieces qu’il n’avoit pas connues. Personne n’ignore combien l’Histoire de France s’est enrichie par les utiles compilations des PP.Labbe, d’Achery, Mabillon et Martene, des Bollandistes et de . Notre premier soin a été de tirer des différens Volumes, que ces Auteurs ont publiés, tout ce qui nous a paru appartenir à notre dessein : et bien-tôt encouragés par le succès de leurs recherches, nous avons de notre côté fouillé dans les Bibliothéques qu’ils n’avoient pas eu occasion de parcourir. L’espérance que nous avions conçue d’y trouver des monumens qui leur avoient échapé, n’a pas été vaine ; soit par nous-mêmes, ou avec le secours de nos amis, soit par la bienveillance de plusieurs gens de Lettres, à qui nous faisons gloire d’avoir obligation, nous avons découvert tantôt des Manuscrits qui n’avoient point été consultés par les Editeurs, tantôt des Ouvrages qui n’ont jamais été imprimés. Telle enfin a été notre assiduité au travail, que les matériaux de l’Histoire des deux premières races déjà rassemblés dans nos porte-feuilles et disposés dans leur ordre, sont prêts à être donnés au Public ; et que la Collection de ceux qui concernent l’Histoire de la troisiéme est assez avancée, pour que nous osions présumer de voir la pousser jusqu’au regne de François , si celui qui tient nos jours dans sa main, ne les abrége pas.
Il ne nous manquoit plus pour voir notre confiance égaler notre courage, que d’être éclairés par des lumières supérieures aux nôtres sur le choix de la méthode que nous devions suivre. Graces à la protection dont Monseigneur le Chancelier honore l’Ouvrage et les Auteurs, nous avons eu à cet égard plus de secours qu’il ne nous étoit permis de l’esperer. Ce premier Magistrat du Roïaume nous a fait l’honneur de nous appeller chez lui, et a bien voulu former une Assemblée de Savans pour l’examen de notre projet. C’est dans ces doctes Conférences qu’après avoir discuté en sa présence les différentes vues qui ont été proposées, on s’est arrêté, ou par son inspiration, ou par son choix, à celles qui nous ont dirigés dans le nouveau plan que nous suivons.
Les Savans sont partagés sur l’usage qu’on doit faire des Chroniques qui ne répétent que ce qui se trouve en d’autres Chroniques plus anciennes : les uns voudraient qu’on les donnât toutes entieres : d’autres soutiennent au contraire qu’il n’en faut prendre que ce en quoi elles différent. Ce sentiment est sans doute le meilleur, et c’est aussi celui que nous suivons : car pourquoi donner au Public des Piéces qui n’apprennent rien de nouveau, et qui ne font que grossir le Volume ? Les Annales, par exemple, qu’on attribue à Eginhard, ne font dans les commencemens que copier celles de Loisel : les Annales de S.Bertin copient aussi celles de Loisel et celles d’Eginhard. Il suffit d’imprimer les Annales de Loisel, et de marquer au bas des pages les différentes leçons qui se rencontrent dans les autres. Nous aurions souhaité faire la même chose pour l’Historia Epitomata, qui n’est qu’un abrégé de l’Histoire de Gregoire de Tours, et pour l’Histoire d’Aimoin, qui transcrit Grégoire de Tours, Fredegaire et quelques autres qui l’avoient précédé. Mais comme ces deux Ouvrages sont imprimés dans le du Chesne, et que d’ailleurs nous avons peu d’Actes pour la premiere race de nos Rois, on nous a conseillé de les donner.
pour rendre son Recueil plus commode, a coupé plusieurs de ses Chroniques selon les différens regnes ausquels elles convenoient : bien des gens approuvent cette division, parce qu’on trouve rassemblé tout ce qui concerne chaque regne en particulier : d’autres prétendent qu’une bonne Table chronologique feroit le même effet, et veulent qu’on imprime les Chroniques tout de suite, et qu’on les place sous les regnes où elles finissent. Il y a des inconveniens de part et d’autre : mais le dernier sentiment est sujet à de plus grands. Si nous plaçons nos Chroniques sous les regnes où elles finissent, il n’y a plus de distinction entre les Actes des trois races de nos Rois : car comme les Chroniques vont d’une race à l’autre, parmi les Actes de la seconde race, il s’en trouvera de la première ; et parmi ceux de la troisième, il y en aura et de la première et de la seconde. Pour obvier à cet inconvénient, nous coupons nos Chroniques ; mais moins fréquemment que . Nous prenons d’abord tout ce qui regarde la première race, ensuite ce qui concerne la seconde. Pour ce qui est de la troisieme, nous fixerons des époques, ausquelles nous couperons les Chroniques, comme, par exemple, depuis Huges Capet, jusqu’à la fin du regne de Louis , c’est-à-dire, depuis l’an 987 jusqu’en 1180 : ainsi nos seront moins coupées, et il n’y aura pas autant de divisions que de regnes. Il seroit inutile de nous objecter que des Chroniques ainsi coupées perdent beaucoup de leur force : on ne cherche dans les Chroniques que des faits ; et le plus souvent ces faits n’ont aucune connexion les uns avec les autres. D’ailleurs nous sommes souvent obligés de retrancher de ces Chroniques bien des choses qui nous sont étrangères, et qui n’ont aucun rapport avec notre Histoire : si on peut en retrancher, on peut aussi les diviser. Nous donnerons les Chroniques Françoises de S.Denys, et nous les imprimerons à côté des Auteurs dont elles contiennent la traduction.
Nous ne poursuivrons le Recueil des Actes de l’Histoire générale que jusqu’à la mort de François . Nous mettrons quatre Appendices à la fin de la premiere et de la seconde race, et dans la troisiéme à la fin de chaque époque. Le premier contiendra des Extraits des Vies des Saints, dans lesquelles on trouve une infinité de bonnes choses pour notre Histoire, qu’on chercherait inutilement ailleurs. On donnera en entier les Vies du Roi Sigebert, du Duc Pépin, de S.Leger, et quelques autres Vies qui concernent directement l’Histoire. Le second sera pour les Lettres historiques des Rois, des Papes, des Evêques, des Abbés, etc. On les rangera suivant l’ordre chronologique, à moins qu’on ne trouve plus à propos de joindre ensemble celles d’un même Auteur. On mettra un sommaire à la tête de chaque Lettre. Le troisiéme comprendra les Lois, les Formules, les Constitutions des Rois, des Extraits des Conciles et des Capitulaires, qui auront rapport à l’Histoire et aux Coûtumes. Dans la premiere race, on ne donnera que les Lois Saliques et celles des Ripuaires : on omettra celle des Bourguignons et des Visigots. Nous mettrons dans le quatriéme Appendice les Diplomes de nos Rois, on pourra les continuer jusqu’à Philippe Auguste inclusivement. A l’égard des Chartres des Rois suivans, on en pourra donner celles qui sont les plus considérables, et qui concernent l’Histoire ; comme celles qui regardent les Fondations des Eglises et des Monastères ; les Contrats de mariage, tant des Rois que des Princes du sang ; les Traités de Paix, de Treves et d’Alliance ; les Donations, les Acquisitions, les Réunions à la Couronne, les Appanages, les Testamens des Rois, des Reines et des Princes, et autres semblables Pieces. Pour ce qui est des Diplomes donnés dans des Pays qui ne font plus partie de la Monarchie Françoise, on n’en rapportera que l’inscription et la souscription. Les Diplomes paroissent plutôt appartenir au Recueil des Actes de l’Histoire particuliere des Provinces : cependant il est mieux de les voir recueillis tous ensemble à la fin de chaque race. On y renverra quand on sera à l’Histoire particuliere : car, comme le remarque fort judicieusement des Thuilleries, les Actes de l’Histoire générale et ceux de l’Histoire particuliere, ne doivent faire qu’un seul corps, et servir de supplément les uns aux autres.
Nous accompagnerons chaque Volume de Préfaces, de Notes critiques et de Tables. Nous aurons soin de marquer à la marge les années, quand elles ne seront pas énoncées dans le texte, et de les rectifier, quand il y aura faute. Tout cela manquoit à l’Edition de . On trouve à la vérité des Tables à chaque Volume : mais les connoisseurs tombent d’accord qu’elles auraient pu être mieux faites. Outre les Tables que nous avons dit que nous mettrions au Volume qui concerne les Gaulois, on pourrait en ajouter ici encore deux autres ; l’une serait pour les mots barbares, dont on donnerait l’explication ; l’autre pour les Généalogies des Princes et autres grands du Roiaume, telles qu’elles seraient prouvées par les Actes du Volume. Il y aura au commencement de chaque race une Carte géographique pour représenter les États que nos Rois possédoient. Le Titre de l’Ouvrage, les Préfaces, les Annales ou les Tables chronologiques, et quelques autres choses seront en Latin et en François.
Quoique les Actes des Guerres saintes entreprises en différens tems par nos François, entrent d’eux-mêmes dans l’Histoire générale, cependant comme il les faudrait séparer, si on les mettoit sous les regnes auxquels ils appartiennent, nous avons résolu de les donner tous ensemble, pour qu’ils ne fassent qu’un corps. Outre les Actes que a imprimés, et ceux que a mis dans son quatrième Tome, on en trouve encore dans les Bibliothèques un si grand nombre qui n’ont pas été imprimés, que ce Recueil des Actes qui regardent l’Histoire des Croisades, pourra aller à quatre ou cinq Volumes.
Pour orner et illustrer l’Ouvrage que nous entreprenons, il serait à propos de donner les Antiquités Françoises, et de faire graver pour cet effet les monumens qui nous en restent. On tirerait les portraits des Rois, des Reines, des Princes du sang et autres grands Seigneurs, des Eglises qu’ils ont bâties, des Monasteres qu’ils ont fondés, de leurs Tombeaux, des Edifices publics, et des vieux Livres écrits de leurs tems. Les cabinets des curieux nous fourniraient des Cachets, des Sceaux, des Pierres gravées, des Médailles, etc. Mais l’Ouvrage en cinq Volumes que D.Bernard de Montfaucon vient de donner touchant les monumens de la Monarchie Françoise, nous dispense de ce travail.
Il ne nous reste plus maintenant qu’à prier les Savans de nous faire part de leurs lumières, de nous aider de leurs conseils, et de nous communiquer ce qu’ils auroient de particulier concernant notre dessein. C’est ce que nous attendons de leur amour pour les Lettres, et de leur zéle pour la gloire de nos Rois et de la Nation Françoise.
Après avoir rendu compte de ce que nous avons fait, et de ce que nous devons faire dans la suite, il est à propos de traiter quelques questions touchant les Gaules et les Gaulois, afin que l’on voie ramassé sous un seul point de vûe ce qui est répandu dans le Volume. Nous traiterons . De la Gaule, de ses différens noms, et de ses divisions. . De l’origine des Celtes ou des Gaulois. . Des noms des Celtes et des Gaulois. . De la Langue des Celtes ou des Gaulois. . De la Religion des Gaulois. . Des Mœurs et des Coutumes des Gaulois. . Du Gouvernement des Gaules. . Des Marseillois, et de leur République. . Des Expéditions des Gaulois. . De l’Etat des Lettres dans les Gaules. . Conclusion de cette Préface.
Les chiffres marqués en marges, désignent les pages de ce Volume.
Les Romains ont appelé Gaule Cisalpine et Citerieure la partie de l’Italie de la dont les Gaulois se sont emparé et qu’ils ont habitée. La Gaule Cisalpine a aussi été appelée Togata, à cause qu’on y portait la Toge, habillement des Romains en tems de paix. Dion Cassius ajoute une autre raison, parce que, dit-il, cette Gaule paroissoit plus pacifique que l’autre. Notre Gaule, qui est la Gaule proprement dite, a été appelée par les Romains Gaule Transalpine et Ultérieure, parce qu’elle est au-dela des Alpes par rapport à eux. On l’appeloit encore la Gaule Comata, parce que les Gaulois y portaient les cheveux fort longs. Quelques Auteurs la nomment aussi la Gaule derniere, intérieure et inférieure. La partie méridionale de cette Gaule Transalpine, qu’on nommoit la Gaule ou la Province Narbonnoise, s’appeloit Braccata, à cause de l’usage des Braies. Les Romains qui s’en étaient rendus maîtres long-tems avant Cesar, l’appeloient la Province Romaine. Cesar la nomme notre Province, et Appien l’ancienne Gaule. Elle a encore été appelée Bebrycie ; mais c’est une fable qui a donné lieu à ce nom.
La Gaule Transalpine, dont il est ici uniquement question, était contenue entre l’Ocean, la Méditerranée et les Alpes, et s’étendait depuis les monts Pyrenées jusques au bord du Rhein. Elle était bornée, selon Strabon, au couchant par les Pyrénées, au levant par le Rhein, au septentrion par l’Οcean Britannique, au midi par la Méditerranée et les Alpes. Ces bornes ne sont pas assez exactes : nous la bornons au septentrion par l’Ocean Britannique ; à l’orient par le Rhein, la grande Germanie, la Rhétie et une partie des Alpes avec l’Italie ; au midi par la mer Méditerranée, les Pyrénées et l’Espagne ; à l’occident par l’Ocean occidental.
César qui a réduit le premier la Gaule sous la puissance des Romains, du moins pour la plus grande partie, la divise en trois parties, qui sont la Belgique, l’Aquitanique et la Celtique. Il ne parle pas de la Narbonnoise, parce qu’elle faisoit déjà partie de l’Empire Romain, et qu’il ne fait mention que de la Gaule qu’il avoit subjuguée. La Celtique est, selon lui, séparée de l’Aquitaine par la Garonne, et de la Belgique par la Marne et la Seine : elle commence au Rhone, et elle est contenue entré la Garonne, l’Ocean et la frontiere de la Belgique : elle va même jusques au Rhein par le moien des Sequanois et des Helvetiens. La Belgique commence à la frontiere de la Celtique, c’est-à-dire, à la Seine et à la Marne, et s’étend jusques à la partie inférieure du Rhein. L’Aquitaine est enfermée entre la Garonne, les Pyrénées et cette partie de l’Ocean qui regarde l’Espagne. Tout le reste jusques aux Alpes étoit pour la Gaule Narbonnoise.
Auguste a divisé les Gaules en quatre parties, qui sont la Belgique, la Celtique ou Lyonnoise, l’Aquitanique et la Narbonnoise : et pour rendre ces parties plus égales, il a retiré de la Celtique quatorze Nations qu’il a attribuées à l’Aquitaine, et il a ajouté à la Belgique les Sequanois et les Helvetiens. Pline et Ptolemée ont suivi cette division, dont Strabon parle le premier : et il y a lieu de s’étonner que Pomponius ne la suive pas, puisqu’il est certain qu’il est postérieur à Auguste.
Tacite, en parlant de ce qui s’est passé sous l’Empereur Othon, fait mention des deux Germanies ; les uns pensent que ces deux Provinces ont été démembrées de la Belgique peu après Auguste ; les autres rapportent ce démembrement au regne de Néron.
Il est difficile de marquer au juste le tems des autres divisions : elles auront été faites peu à peu sous différens Empereurs, en sorte que sous Honoré le nombre des Provinces étoit cru jusques à dix-sept. Vopiscus qui écrivoit avant la fin du troisiéme siécle, dit que les tyrans Procule et Bonose avoient attiré à leur parti les Bretagnes, les Espagnes et les Provinces de la Gaule Narbonnoise. Comme la révolte de ces tyrans arriva l’an 280, il paroît que la Viennoise étoit déjà cette année divisée de la Narbonnoise, et qu’elle faisoit une Province particuliere. Une Inscription rapportée par Gruter, page 166, nous apprend que la Sequanoise étoit une Province séparée de la Belgique sous l’Empire de Diocletien. Lactance ou l’Auteur du Livre de la mort des persécuteurs, dit que sous cet Empereur les Provinces de l’Empire furent partagées. Aussi lui attribue-t-on l’érection de la Sequanoise, de la seconde Belgique, de la Novempopulanie et de la Lyonnoise seconde. Il est fait mention de cette dernière dans une Loi du Code Théodosien de l’an 312. On comptoit donc onze Provinces sous l’Empire de Dioclétien. On croit que l’Empereur Constantin en instituant les quatre Préfets du Prétoire de l’Empire, a uni aux Gaules les deux Provinces des Alpes Maritimes et des Alpes Gréques : ce qui feroit treize Provinces.
L’Aquitaine n’était pas encore divisée en deux Provinces en 358 ; car S.Hilaire, en adressant cette année sa Lettre des Synodes aux Evêques de toutes les Provinces des Gaules, ne fait mention que d’une seule Aquitaine. Gruter, page 465, nous donne une Inscription de l’an 362, où Saturnin est appellé Président de l’Aquitaine : ce qui prouve qu’en cette année 362 l’Aquitaine n’étoit pas encore érigée en Province : elle l’aura sans doute été entre cette année et l’année 370, puisque Sextus Rufus, dans l’Abregé des gestes du peuple Romain qu’il composa vers l’an 370, parle le premier de , en faisant l’énumération des quatorze provinces des Gaules. On peut voir cette énumération page 564 de ce Volume.
Ammien Marcellin, qui écrivoit après Rufus, ne nous donne que douze Provinces ; il omet les Alpes maritimes et l’Aquitaine . On ne peut pas dire pour l’excuser, que la Notice qu’il donne des Provinces des Gaules, soit rélative à l’année que Julien vint dans les Gaules : car outre que les Alpes Maritimes faisoient déjà une Province en 355, il paroît qu’il parle du tems auquel il écrivoit : On compte présentement, dit-il, telles Provinces dans toute l’étendue des Gaules. Il faut avouer bonnement que cet Auteur est très-peu exact : car entr’autres fautes qu’il fait en cet endroit, il attribue à la Lyonnoise la ville de Bourges, qui appartenoit à l’Aquitaine ; il donne aux Alpes Gréques Avenches qui étoit de la Sequanoise, et il place dans la Narbonnoise Eause, Métropole de la Novempopulanie.
Le Concile d’Aquilée de l’an 381 parle pour la première fois de la Narbonnoise . croit que cette Province fut érigée en 375 sous l’Empire de Gratien. On met encore sous le régné du même Empereur l’érection des deux Provinces Lyonnoise et Lyonnoise . Si nous joignons ces trois dernieres Provinces aux quatorze dont parle Sextus Rufus, nous aurons le nombre des dix-sept Provinces énoncées dans l’ancienne Notice que nous a donné le P.Sirmond, et dans la Notice de l’Empire Romain. Nous avons imprimé la premiere en entier, et nous avons donné seulement des extraits de la seconde. Il y avoit sur la fin du quatriéme siécle de l’Eglise une division des Gaules en Gaules proprement dites et en Cinq Provinces. Le Concile de Valence en 374 est le premier qui parle de cette division : sa Lettre Synodique est adressée aux bien-aimés Freres Evêques établis par les Gaules et les Cinq Provinces. L’Empereur Maxime écrit en 385 au Pape Sirice qu’il assemblera un Synode ou de toutes les Gaules, ou seulement des Cinq Provinces. Une Loi des Empereurs Arcade et Honoré de 399 est adressée à Proclien, Vicaire des Cinq Provinces. Enfin les Evêques du Concile de Turin en 401 adressent leur Lettre Synodique aux Evêques établis dans les Gaules et dans les Cinq Provinces. Quelles étaient ces Cinq Provinces ? c’est sur quoi les Savans sont fort partagés. Nous nous abstenons de rapporter ici leurs différens sentimens : nous nous en tenons à celui du P.Lacarry, qui croit que ces Cinq Provinces étaient l’Aquitaine, la Novempopulanie, la Narbonnoise, la Viennoise et les Alpes Maritimes. Voiez la Note que nous avons faite sur le titre de la Loi d’Honoré, page 763 de ce Volume. Nous observerons seulement ici, comme nous l’avons fait toutes les fois que l’occasion s’en est présentée, que l’Aquitaine étoit regardée par les Anciens comme un corps séparé des Gaules. Or cette partie des Gaules, qu’on appelloit l’Aquitaine, ne comprenoit pas seulement l’ancienne Aquitaine, mais encore toute l’ancienne Narbonnoise, comme le prouvent les Auteurs de la Nouvelle Histoire de Languedoc. Ainsi il paroît que l’on ne doit chercher les Cinq Provinces, qui faisoient un corps séparé du reste des Gaules, que dans l’ancienne Aquitaine et dans l’ancienne Narbonnoise, comme a fait le P.Lacarry.
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The end
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