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NOTES
SUR
L’HISTOIRE DE LAGHOUAT
Généralités
NOTES
SUR
L’HISTOIRE DE LAGHOUAT
L’oasis de Laghouat est séparée en deux parties par le Djebel-Tisgrarine, ou Rocher des Chiens, dont la direction générale est sensiblement du Nord-Est au Sud-Ouest.
L’oasis Nord s’étend dans la petite plaine quaternaire, comprise entre le Djebel-Ras-el-Aïoun au Nord et le Djebel-Tisgrarine au Sud. Cette plaine, formée par un terrain d’alluvions de la période diluvienne ou quaternaire, présente au pied des montagnes un dépôt de cailloux roulés, empâtés dans du calcaire. À mesure que l’on s’approche de Laghouat, les galets diminuent de grosseur et le calcaire domine. La roche calcaire, d’un blanc jaunâtre, est très dure à l’extérieur ; elle devient friable à une certaine profondeur, et se mélange avec de l’argile grise ou verte. Elle renferme également des cristaux de gypse, qui, en certains endroits, sont assez nombreux pour former des dépôts réguliers.
La terre végétale de l’oasis est argilo-sableuse et d’une épaisseur variable ; mais les terres cultivables sont bien plus importantes dans la partie Nord de l’oasis que dans la partie Sud. Au Nord et à l’Est, des sables, apportés par les vents,
s’accumulent au pied du mur de ceinture, et menacent d’envahir les jardins. Pour les arrêter, on cherche à les fixer en faisant des plantations sur le versant méridional du Ras-el-Aïoun.
Mais l’effet le plus remarquable produit par ces sables est celui relatif aux cours d’eau. Apportés par les vents dans le lit d’une rivière, les sables ne tardent pas à le combler. Tant qu’ils reposent sur un terrain dur et qu’ils forment une couche peu épaisse, l’eau les entraîne dans son cours ; mais, lorsque cette eau arrive en un endroit où se trouvent des masses de sable, elle disparaît pour ne reparaître que lorsque le lit de la rivière se relève suffisamment pour rendre très mince la couche de sable. Ce phénomène est surtout remarquable dans le cours de l’Oued-Mzi.
Le Djebel-Tisgrarine ou Rocher des Chiens présente l’aspect d’un prisme triangulaire reposant par Sa grande. base sur la plaine quaternaire de Laghouat. Sa crête est formée de roches dolomitiques. Dans les carrières, ouvertes dans cette montagne pour l’exploitation de la chaux, on a trouvé des fossiles crétacés, des ammonites principalement. Sur les deux flancs de l’extrémité Nord-Est du Djebel-Tisgrarine, se trouve un gîte minéral composé d’une matière colorée en noir par de l’oxyde de manganèse associé à du gypse et alternant en zones. parallèles avec une matière jaune. Auprès de ce dépôt manganésifère, on remarque du calcaire couleur café au lait, veiné de parties rouges, qui peut être utilisé comme marbre. ;
Les autres montagnes de cette région affectent une forme générale, qui est surtout remarquable dans le Djebel-Milok. Pour se faire une idée exacte de cette montagne, il faut concevoir plusieurs cuvettes elliptiques, de grandeur décroissante, empilées les unes au-dessus des autres ; la cuvette inférieure, la plus. vaste, repose sur un terrain plat, qui sert de base à tout le système, Elles correspondent toutes à des couches crétacées (calcaires, dolomies et gypses) inclinées d’environ 45° sur la base. Dans l’épaisseur des couches crétacées, s’élevant au-dessus de la cuvette inférieure, se trouve une grande fracture, qui permet l’écoulement des eaux. La roche dominante est une dolomie saccharoïde que l’on trouve fréquemment, colorée en rouge par l’oxyde de fer, surtout à la base de la montagne.
Le calcaire constitue la crête du Djebel-Milok ; il est de couleur variable, mais le blanc grisâtre domine ; sa surface extérieure a été polie, par suite de l’action des agents atmosphériques. Il donne par la cuisson de la chaux grasse. Ce calcaire renferme des couches de grès quartzeux, intercalées par assises variables en couleur et en dureté, et donnant fréquemment de bonnes pierres de construction. On y trouve aussi des galets de silex transparents. Sous l’action des agents atmosphériques, les grès se dégradent ; le sable résultant est emporté par le vent, et il se forme alors des sortes de plages couvertes de galets. Sur la rive droite de l’Oued-Metlili, au pied du versant Sud-Est de la montagne, on trouve dans ces grès des couches de marnes crétacées, vertes ou couleur lie de vin, qui se divisent parfois en gros fragments à cassure conchoïdale. L’assise supérieure du calcaire est caractérisée par la présence de couches régulières et étendues de gypse stratifié, blanc et saccharoïde. Une zone gypseuse de dix à quinze mètres d’épaisseur règne sur presque tout le pourtour extérieur de la montagne et est parfaitement visible.
Cette régularité et cette étendue des couches de gypse du Milok se présentent également sur le pourtour extérieur du Djebel-Dakla, du Kef-Metlili et du Ras-el-Aïoun, et sont des caractéristiques de ce terrain qui appartient à la période secondaire (terrain crétacé inférieur). A l’Ouest de Laghouat, le Djebel-El-Haouïta forme, avec le Djebel-Djelouadj et le Djebel-es-Smara, une sorte de cuvette qui présente tous les caractères saillants du -Milok et appartient également à la période secondaire.
Il en est de même du Djebel-oum-ed-Deloua, du Kef-Metlili, du Djebel-Dakla et du Ras-el-Aïoun, qui appartiennent à un système de cuvettes, ayant en un point de leur pourtour un étranglement qui leur donne la forme grossière d’un huit. Cet étranglement correspond à la coupure traversée par l’Oued-Mzi.
Le Djebel-Lazereg, au Nord-Ouest de Laghouat, est constitué en grande partie par un système de calcaires et de dolomies appartenant au système jurassique.
La ville et l’oasis de Laghouat se trouvent sur la rive droite de l’Oued-Mzi, nom que porte l’Oued-Djedi dans cette partie de son cours. Cette rivière, formée par la réunion de deux ruisseaux, l’un descendant du plateau d’Aïn-Mansour, l’autre du Djebel-Raboth, vient de la partie du Djebel-Amour qui s’étend à l’Est du département d’Oran. L’Oued-Mzi coule parallèlement à la mer dans une vallée assez large, limitée au Nord par le Djebel-Amour ; il passe à Tadjemout, où il présente une eau bonne et abondante et se trouve resserré entre les contreforts du Djebel-el-Haouïta, au Sud, et du Djebel-Lazereg, au Nord. Puis il se répand sur un large lit de sable, et disparaît sous terre pour ne reparaître qu’à Recheg, où sa vallée est étroitement resserrée entre le Djebel-oum-ed-Deloua, au Sud, et le Djebel-Milok, au Nord. À la sortie de ce défilé, l’Oued-Mzi disparaît à nouveau pour reparaître en amont de Laghouat, après avoir franchi l’étranglement formé par le Djebel-Ras-el-Aïoun et le Djebel-Dakla. Il se perd à nouveau par suite de l’irrigation des jardins de l’oasis, et traverse le Djebel-Tisgrarine par une brèche faite à hauteur de la ville. L’Oued-Mzi prend alors la direction de l’Ouest à l’Est, passe à El-Assafia et à Ksar-el-Hiran. En cet endroit, le lit de la rivière ne se reconnaît plus que par le courant de l’eau pendant l’inondation, à l’époque des crues, et par l’humidité du sol, qui permet à l’herbe et aux arbres, de résister à l’ardeur du soleil.
À partir de son confluent avec l’Oued-el-Hamar, la rivière prend le nom d’Oued-Djedi, et après avoir passé à Sidi-Khaled, traverse la région sud du Zab, et va se perdre dans le Chott-Melghir. Les Romains connaissaient déjà l’Oued-Djedi et supposaient que ce fleuve était la source du Nil. Voici, en effet, d’après Pline, се qu’en disait Juba : « L’origine du Nil est dans une montagne de la Mauritanie inférieure ; il y forme un lac marécageux, nommé Milidės. Indigné, au sortir de ce lac, de couler dans ces lieux stériles et sur des plaines de sables, il se cache sous terre l’espace de plusieurs journées. Il reparaît bientôt dans la Mauritanie Césarienne, chez les Massésiliens, en s’élançant d’un lac plus considérable que le premier, et offre pour preuves d’identité les mêmes animaux. Après avoir examiné en quelque sorte la civilisation des hommes dans ces contrées, il se cache encore sous les sables, l’espace de vingt journées, jusqu’à ce qu’il atteigne les Éthiopiens Orientaux. Là, sentant qu’habitent des hommes, il jaillit probablement de la source appelée Nigris ; puis servant de limite entre l’Afrique et l’Éthiopie, il coule sous le nom d’Astapus, qui, dans la langue de ces pays, veut dire : eaux sortant des ténèbres. » Ce fleuve, dont par le Juba, n’est autre que l’Oued-Djedi, qui se perd en effet dans le lac Melghir, lequel est à vingt journées environ des sources du Gir. Plusieurs auteurs ont suivi cet errement et, du temps des Romains, l’opinion la plus accréditée était que le Nil prenait sa source dans la Mauritanie. Ainsi, Julius Honorius, qui vivait en 460 après Jésus-Christ, nous apprend que « le fleuve Nilotès a son origine dans le versant méridional de l’Atlas, et s’engouffre dans un lac du même nom qui n’a point d’issue ».
Dans son trajet de 150 lieues, l’Oued-Djedi reçoit un grand nombre d’affluents ; mais leur lit est desséché, l’eau se perd dans les sables et ce n’est qu’au moment des pluies que ces rivières coulent à ciel ouvert. Il se produit alors des crues subites, qui donnent lieu à des inondations fort dangereuses dans ces pays plats, et qui déposent fréquemment des couches de limon, très favorables à la végétation.
Les plus importants des affluents de rive droite sont : l’Oued-Reddat qui, non loin d’Aïn-Mahdi, prend le nom d’Oued-Mkrabet ; il se jette dans l’Oued-Mzi en aval de Tadjemout ; l’Oued-Messaad, qui, sous le nom d’Oued-Guimen, sort du Djebel-el-Haouïta ; il coule d’abord de l’Est à l’Ouest, le long du versant méridional du Djebel-es-Smara et du Djebel-Djelouadj, prend ensuite Ja direction du Nord-Est, passe entre le Djebel-Moudloua et le Djebel-Ras-el-Aïoun, et pénètre par une échancrure du Djebel-Tisgrarine dans une dayat qui se trouve auprès de l’oasis de Laghouat ; en temps ordinaire l’Oued-Messaad n’a pas d’eau, même en hiver ; l’Oued-el-Hamar qui sort du Ras-el-Hamar.
Parmi les affluents de rive gauche, nous pouvons citer : l’Oued-Merzoug, l’Oued-Metlili, qui coule du Nord au Sud entre le Djebel-Milok et le Kef-Metlili ; l’Oued-Demmed, qui sous le nom d’Oued-Hammouïda passe à Messaad, Demmed, El-Hania et El-Bordj ; l’Oued-En-Namous ; l’Oued-Biskra.
Située à quatre cent vingt et un kilomètres d’Alger, sur la rive droite de l’Oued-Mzi, par 0°30’ de longitude orientale et 33°48′ de latitude Nord, la ville de Laghouat se développe du Nord-Est au Sud-Ouest, sur trois collines appartenant à la petite crête dolomitique du Djebel-Tisgrarine ou Rocher des Chiens.
L’altitude de Laghouat est de sept cent quatre-vingt-sept mètres. Le versant nord des collines est couvert de maisons ; celui du Sud, plus escarpé, quelquefois à pic, n’en présente que de distance en distance.
Les jardins s’étendent au Nord et au Sud du Djebel-Tisgrarine qui les sépare en deux groupes bien distincts.
La ville est entourée d’un mur d’enceinte. Deux forts, l’un au Nord-Est, le fort Morand, l’autre au Sud-Ouest, le fort Bouscaren, couronnent les sommets extrêmes des collines sur lesquelles s’élève Laghouat. Sur le mamelon, qui fait suite à celui qui porte le fort Bousćaren, se trouve la Kouba de Si-El-Hadj-Aïssa, le saint marabout à qui Laghouat doit son existence.
Les maisons indigènes sont bâties en mottes de terre argilo-sableuse, que l’on délaye dans de l’eau et que l’on place dans des moules en bois. On obtient ainsi des prismes rectangulaires que l’on fait sécher au soleil. On dispose un premier lit de prismes bout à bout, suivant leur longueur, et on place deux, trois, quatre rangées de prismes, selon l’épaisseur que l’on veut donner à la muraille. Par-dessus, on étend une couche argileuse, gâchée avec de l’eau, puis une deuxième assise de mottes dont les axes sont perpendiculaires à ceux de la première, et l’on continue ainsi toute la muraille, par doubles assises de mottes dont les axes sont respectivement perpendiculaires ; on recouvre enfin les deux parois du mur avec un enduit formé de terre comme le reste ; quelquefois on met un peu de paille hachée dans les mottes pour leur donner plus de solidité. Les maisons n’ont généralement qu’un rez-de-chaussée, et sont recouvertes en terrasses. On emploie comme poutrelles des fragments de troncs de palmier, divisés en plusieurs segments parallèlement à la longueur des arbres. La rareté de combustible autour de Laghouat, rend la fabrication de la chaux très chère, et force les indigènes à employer dans leurs constructions le système que nous venons d’indiquer. Le service du Génie s’est vu, pour le même motif, dans l’obligation de ne pas repousser ce système d’une manière complète ; mais, pour donner plus de solidité aux mottes de terre, il y fait intercaler quelques assises en maçonnerie de pierre et de chaux.
Quand on arrive à Laghouat par la route d’Alger, on aperçoit sur la droite, au pied du Djebel-Ras-el-Aïoun, les ruines du « Vieux Camp », où étaient autrefois installés les éléments de la colonne mobile de Laghouat ; puis, on pénètre dans l’oasis par l’avenue Cassaigne, tracée dans les jardins, et à l’extrémité de laquelle on voit la mosquée Pélissier se détacher toute blanche sur le ciel toujours bleu.
La partie nord de la ville est habitée par les Européens ; de grandes rues à arcades y ont été tracées et des constructions européennes ont remplacé les maisons indigènes. Seul, le quartier du Sud, le Chtett, est resté à peu près semblable à ce qu’il était, le 4 décembre 1852, lors de la prise de la ville.
Laghouat est traversée par l’Oued-Lekhier, dérivation de l’Oued-Mzi, dont les eaux apportent la fertilité dans les jardins, grâce à la construction de plusieurs barrages.
« Un premier barrage arabe, en pierres sèches et terre, dériveles eaux de l’Oued-Mzi et les amène, par une conduite particulière, dans l’oasis Sud à travers l’échancrure sur laquelle est bâtie Laghouat. Un deuxième barrage arabe, situé à une petite distance en aval du précédent et construit de la même façon, dérive les eaux qui ont échappé au premier et les amène, par une deuxième conduite, dans l’oasis Nord. Ces deux barrages n’ont aucune solidité et sont emmenés par les grandes crues. Depuis l’occupation française, un troisième barrage a été construit à l’extrémité du contrefort qui porte Laghouat. Il se compose de sables et de touffes d’alfa maintenues par des piquets. Sur la rive droite, il s’attache directement au rocher dolomitique du , et dévie naturellement les eaux de ce côté pour l’irrigation des terres de l’oasis Sud. Sur la rive gauche, il s’attache à un mur en maçonnerie, placé transversalement au cours de la rivière. »
L’oasis de Laghouat a la plus riche végétation qu’il soit possible de voir. La vigne, le figuier, le grenadier y croissent mêlés à tous les arbres à fruits du midi de la France. On y trouve des légumes en abondance. Mais le roi de cette végétation luxuriante est le palmier, l’arbre au port majestueux, à la tige svelte et élancée, au feuillage toujours vert. Sous son dôme touffu, les plantes les plus faibles croissent à l’abri des ardeurs d’un soleil brûlant, et les arbres fruitiers, entremêlés de vignes aux ceps vigoureux, forment une véritable forêt, un deuxième dôme de verdure, sous le « djerid » des palmiers.
La vraie culture du pays, celle dont les habitants ont le plus de soin, est à coup sûr celle du dattier ; et, bien que la qualité de celui de Laghouat soit inférieure et que les fruits ne puissent se conserver longtemps, cet arbre est cependant d’une grande utilité, puisque ses fruits constituent le fond de la nourriture des habitants, et qu’une récolte abondante dispense de faire des achats et permet de se procurer par voie d’échange les objets qui manquent à Laghouat. |
L’union du palmier mâle et du palmier producteur est facilitée à l’époque de la floraison qui a lieu en mars. L’enveloppe contenant le régime du palmier femelle commence alors à se fendre. On introduit dans cette ouverture une grappe de fleurs mâles contenant la poussière fécondante, et on l’attache de manière qu’une cause quelconque ne puisse la faire tomber. Plus tard, au commencement de juillet, lorsque les fruits commencent à grossir, le poids du régime, gênant la branche qui le supporte et pouvant la faire casser, on a soin de mettre le régime dans une meilleure position, en l’appuyant sur les branches voisines. Les dattes sont mûres en octobre. et les pluies dans ce mois sont funestes pour une bonne récolte ; il en est de même des vents d’Est et du Nord aux mois de mars et d’avril, époque de la fécondation.
Les palmiers commencent à produire dès l’âge de huit à dix ans, et les meilleurs sont ceux qui proviennent des plants.Les semis donnent de mauvais résultats. Chaque année, on élague la rangée des branches inférieures, de sorte que, comptant les rangées de spirales sur le tronc, si toutefois elles restent apparentes, on peut connaître grosso modo l’âge du palmier. La production moyenne, lorsque l’année est bonne, est de huit à dix régimes par arbre.
De la sève du palmier, on retire une Le fade, doucereuse, nommée aguemi. Il suffit pour cela de couper la tête de l’arbre, en ayant soin de faire une incision au cœur. On met un vase sous la gouttière formée par cette incision, et la sève qui en découle donne jusqu’à dix litres de liqueur tous les matins. On peut en extraire ainsi pendant deux mois, à condition de rafraîchir tous les jours la tête du palmier, pour empêcher l’incision de se fermer en séchant. Cette opération est nuisible au dattier, et il ne faut pas la prolonger trop longtemps.
Il y a, à Laghouat, une quinzaine de variétés de dattes, presque toutes de qualité médiocre. Les touadjat et les tizaout sont cependant assez bonnes lorsqu’elles sont fraîches.
Dans les environs de Laghouaton trouve des betoums (pistachiers térébinthes), qui disparaissent peu à peu à mesure que l’on s’avance dans le Sud, et sont remplacés par une espèce de tamaris, à laquelle les Arabes donnent le nom d’atsal. On y voit aussi le sedra (jujubier sauvage), mais les plantes dominantes sont : el-adjerem (salsola ligneuse), remz (salsola ligneuse), rega (hélianthème), djefna (gymnocarpe), gueddem (espèce de gueule de loup), chich (armoise), selian (aristidée graminée) en-neci (aristidée graminée), el-arfedj (Rantherium).
Non loin de Laghouat on trouve quelques bois qui fournissent le combustible nécessaire à la consommation des habitants. À environ seize kilomètres à l’Ouest, il existe sur les bords de l’Oued-Mzi une certaine étendue de terrains couverts de tamaris d’une belle venue ; à l’Est, les bois de Reg, à peu près à la même distance que les précédents, sont également importants. Au Sud de l’oasis, il y a de nombreuses dayas garnies de betoums, qui fournissent un bois de chauffage d’une qualité supérieure.
Le cercle de Laghouat comprend : Laghouat et les ksours d’El-Assafia, Ksar-el-Hiran, El-Haouïta, Aïn-Madhi et Tadjemout ; les tribus des Mekhalif-Lazereg et des Mekhalif-el-Djorb ; l’aghalik des Larbâa. Il est compris entre les cercles de Djelfa au Nord, de Biskra à l’Est, de Ghardaïa au Sud et l’annexe d’Aflou à l’Ouest.
Le cercle est divisé en deux communes : la commune mixte et la commune indigène. Le Commandant supérieur est administrateur de ces deux communes ; il est assisté par un conseil municipal distinct pour chacune d’elles. Elles s’administrent d’après les règles en vigueur pour les communes de plein exercice.
En 1889, la commune mixte de Laghouat avait une population de trois mille huit cent trente-neuf habitants, se décomposant en cinq cent dix-neuf Européens (y compris les Juifs indigènes) et trois mille trois cent vingt musulmans (y compris les Tunisiens et les Marocains). Sa superficie était de deux mille soixante-deux hectares.
La commune indigène avait une population de treize mille quatre cent soixante-trois indigènes musulmans. Sa superficie était de trois millions quatre cent quinze mille hectares, répartis en dix-huit annexes formant des sections spéciales.
Chapitre I
L’histoire des peuples qui ont occupé primitivement la région de Laghouat est enveloppée d’une certaine obscurité. Les Romains eux-mêmes ne connaissaient que très imparfaitement ces contrées où ils n’avaient envoyé que de rares expéditions. Dans le principe, ils avaient donné à toutes les populations du Nord de l’Afrique le nom générique de Numides, c’est-à-dire nomades, nations errantes. Plus tard, cette dénomination ne fut appliquée qu’aux habitants des pays limitrophes des Carthaginois ; ceux des régions de l’Ouest reçurent le nom de Maures. Quant à la région des Hauts-Plateaux, située au Sud de la Numidie et des Mauritanies, ils l’avaient appelée Gétulie. Selon toutes probabilités, Laghouat faisait partie de la Gétulie, dont elle devait être un des points extrêmes. Plus au Sud, se trouvait la Melano-Gétulie.
Des données aussi simples ne purent suffire longtemps aux historiens romains qui s’empressèrent de rechercher l’origine de ces peuples. Procope nous apprend que le Nord de l’Afrique a été peuplé par des nations chassées de la Palestine par les Hébreux. Il estime d’autre part que les Hycsos, conquérants sémites qui ont occupé l’Égypte pendant plusieurs siècles, après avoir renversé la dynastie, en furent chassés par le pharaon Ahmès fer de la dynastie, et qu’une partie des fuyards se réfugia dans le Moghreb et s’y mêla aux populations autochtones.
Il y aurait eu également, à une époque correspondante au XVe siècle avant Jésus-Christ, une invasion de nomades aux yeux bleus et aux cheveux blonds qui venaient de l’Ouest. Salluste, qui s’inquiéta de la formation des peu africains, rapporte à ce sujet des traditions qu’il prétend avoir recueillies dans les livres du roi Hiemsal, « écrits en langue punique ». L’Hercule tyrien aurait entraîné jusqu’au détroit qui porte son nom (Colonnes d’Hercule) des guerriers mèdes, perses et arméniens. Cette armée fut détruite en Espagne et ses débris passèrent le détroit. Les Perses arrivèrent chez les Gétules, se confondirent avec eux, et prirent le nom de Numides. Les Mèdes et les Arméniens se réunirent aux Libyens, qui leur donnèrent le nom de Maures « barbara lingua Mauros, pro Medis, appelantes ».
Il est, en somme, incontestable que « des invasions importantes de peuples asiatiques ont eu lieu à différentes époques dans l’Afrique septentrionale et que cette région a été habitée anciennement par une race blonde ayant de grands traits de ressemblance, comme caractères physiologiques et comme mœurs, avec certaines peuplades européennes », les Ibères et les Celtes. « La race berbère peut avoir subi à différents degrés cette double influence, et il peut exister parmi elles des branches qu’il est possible de rattacher à l’une et à l’autre de ces origines. Mais il n’en est pas moins vrai que, comme ensemble, elle a persisté avec son type spécial de race africaine, type bien connu en Égypte dans les temps anciens, et que l’on retrouve encore maintenant dans toute l’Afrique septentrionale. »
« Il est certain qu’à une époque très reculée, la race berbère s’est trouvée formée et a occupé l’aire qui lui est propre, l’Afrique du Nord. » Sont venues ensuite « des invasions dont l’histoire a gardé de vagues souvenirs, et ce contact a laissé une empreinte dans la langue, les mœurs et les caractères physiologiques » (peuples chananéens et race blonde). « Mais cette action des étrangers a eu des effets plus apparents que profonds, et il s’est passé en Afrique ce qui a lieu presque partout et toujours, avec une régularité qui permettrait de faire une loi de ce phénomène : la race vaincue, dominée, asservie, a, peu à peu par une action lente et imperceptible, absorbé son vainqueur, en l’incorporant dans son sein. »
« Le même fait s’est produit lors de l’invasion des Arabes. » L’élément arabe, malgré son nombre, a été absorbé ; « mais, en se fondant dans la race autochtone, il lui a fait adopter, en beaucoup d’endroits, sa langue et ses mœurs » .
«Malgré les influences étrangères subies, la race autochtone du Nord de l’Afrique est restée libyque, c’est-à-dire berbère. » Les Gétules étaient des Berbères. Avant la conquête romaine, ils étaient entièrement sous la dépendance des rois numides pour leurs approvisionnements en grains.
Mais, cette dépendance, ils la supportaient difficilement ; et Marius, en laissant subsister la Numidie, avait eu soin de nouer parmi les Nomades des intelligences dont Rome put au besoin profiter. Nombre de Gétules étaient devenus ses clients, ou avaient reçu le titre de citoyens romains. César, en réveillant ces souvenirs, entraîna la nation tout entière, et la diversion faite par ce peuple aida beaucoup à la défaite des Pompéïens.
Lorsque les rois maures Bocchus III et Bogud, qui avaient été les alliés de César, moururent sans postérité, Auguste donna à Juba, roi de Numidie, les Maures farouches et les Gétules indomptés. Plus tard, on créa la province romaine de Mauritanie, qui allait jusqu’à l’Oued-Djedi.
M. le capitaine Ragot a signalé l’existence d’un barrage romain sur l’Oued-Djedi à l’Est de Laghouat. En 1857, le docteur Maillefer a trouvé dans cette ville, non loin du fort Morand, une médaille romaine. « C’est un Maxentius, petit bronze, ayant au revers une figure assise dans un temple hexastyle, et autour pour légende :
« Le règne de Maxentius est compris entre les années 308 et 312 de l’ère chrétienne. » Il est vrai que la trouvaille d’une médaille romaine à Laghouat n’implique nullement l’existence d’un établissement romain en cet endroit. Toutefois, il est certain que les Romains furent appelés, au cours des rares expéditions qu’ils firent dans le Sud, à traverser la région de Laghouat. Théodose, en effet, poursuivit Firmus et les Gétules à travers le pays des Isafliens (région montagneuse du Djebel-Sahari) et atteignit le pays des palmiers. Une autre expédition, prudemment exécutée, amena Septimius Flaccus et Julius Maternus dans l’Agisymba, région qui n’est autre que l’oasis d’Aïr, dans le pays des Touareg-Kel-Oui.
Lorsque les Vandales, conduits par Genséric, envahirent le Nord de l’Afrique, les Gétules firent d’abord cause commune avec eux et les aidèrent à saccager le pays (420 après Jésus-Christ). Mais Huméric, successeur de Genséric, ne sut pas les attirer à lui, et ils finirent par se dégoûter tellement de la domination vandale que sous Thrasamond, troisième successeur de Genséric, ils aidèrent les Maures dans leur lutte contre les Vandales.
Lorsque les Arabes, après avoir conquis l’Égypte, s’avancèrent vers l’Ouest sous la conduite d’Ikbah-ben-Nafi, lieutenant du khalifa Marviah (vers 653), ils prirent possession de la Gétulie avant de conquérir le littoral. À cette époque, la région de Laghouat était occupée par des tribus berbères appartenant à la confédération maghraouïenne. Ces tribus maghraouïennes formaient la plus grande branche de la race zénatienne, race très ancienne qui datait de la fondation des Berbères ; elles en étaient aussi la portion la plus brave et la plus puissante.
Les Maghraouïa vivaient sous la tente, et avaient leur terrain de parcours dans le Moghreb central, au Sud du Chéliff. Ils n’avaient jamais accepté franchement le christianisme, et, lorsque les nouveaux envahisseurs les eurent confirmés dans leurs possessions, ils embrassèrent l’islamisme avec sincérité. La nouvelle religion convenait mieux à ces natures sauvages, et leur était d’ailleurs apportée par des gens qui avaient beaucoup de rapports avec eux quant aux habitudes. Ainsi qu’il arrive souvent chez les convertis, ils furent les plus ardents partisans de la nouvelle foi, et ce fut de leur pays que sortirent les premiers Berbères qui la firent accepter aux tribus ignorantes.
De toutes ces invasions successives, il est résulté que deux populations, différentes par leur origine et leur genre de vie, se partagent aujourd’hui le Sahara algérien : les Berbères, qui habitent les ksours, et les Arabes nomades.
Les Berbères sont les autochtones. Ils sont le produit de la fusion des deux peuples primitifs qui habitaient l’Afrique septentrionale : les Libyens à l’Est, les Gétules à l’Ouest, avec lesquels se sont fondus les Romains d’abord, les Vandales ensuite. Les Arabes conquérants ont tout d’abord refoulé la population primitive qui s’est réfugiée dans les montagnes du Tell, le Sahara algérien et même plus au Sud, puisque les Touareg doivent être englobés dans la grande famille des autochtones berbères. Quelques hordes arabes se sont ensuite aventurées dans la zone des oasis et y ont rencontré les vaincus déjà établis sur les parcelles de terre cultivable. Éloignés du littoral, d’où ils eussent difficilement tiré des secours, imbus d’ailleurs d’une antipathie innée pour la vie sédentaire et presque de mépris pour l’agriculture, les Arabes se sont répandus dans les plaines, après s’être emparés d’une partie des terres des oasis, mais en laissant les Berbères paisibles possesseurs des ksours.
Devant cette ingrate nature qui refuse presque de nourrir ses enfants, vaincus et vainqueurs ont compris que leurs différentes aptitudes avaient leur utilité, et devaient être simultanément mises à profit dans l’intérêt commun. La paix a surgi de la nécessité. Le Ksourien a besoin du Nomade, et le Nomade se passerait difficilement du Ksourien.
Les Arabes ne peuvent transporter avec eux dans leurs continuels déplacements leurs provisions et leurs objets précieux ; ils les déposent dans les ksours et les confient aux Berbères qui les habitent. Ces dépôts sont ainsi à l’abri des maraudeurs et des tribus ennemies. Souvent aussi, dans les oasis, le Berbère est fermier, et l’Arabe propriétaire. C’est dans les ksours que l’Arabe se procure des vêtements, des armes, des selles. Les habitants de l’oasis ont besoin des Nomades pour garder leurs troupeaux, pour mettre les ksours en communication et les relier avec le littoral, pour échanger les dattes, produit du Sud contre les céréales, produit du Nord.
Le Tell est le grenier du Sahara, et les habitants du littoral sont forcément les suzerains des peuples du désert. Aussi les Sahariens, convaincus de cette nécessité, disent-ils souvent : « La terre du Tell est notre mère ; celui qui a épousé notre mère, est notre père et notre maître. »
Au commencement du X, il y avait déjà sur l’Oued-Djedi, à l’emplacement actuel de Laghouat, une bourgade occupée par des Berbères qui y menaient une vie de privations, conséquence d’une situation aussi avancée dans le désert. Ce qui leur était indispensable pour vivre leur venait du Zab, où leurs caravanes se rendaient régulièrement. Ibn-Khaldoun nous apprend que ces peuplades se rallièrent au parti nekkarien, et s’enrôlèrent sous les drapeaux de Makhled-Ibn-Keidad, surnommé Abou-Yezid (l’homme à l’âne), chef de ce parti, lorsque vers l’an 936 il traversa la région comprise entre Ouargla et l’Aurès. Il est bien difficile d’indiquer l’époque à laquelle fut fondée. Il semble rationnel d’admettre qu’une très petite bourgade existait de longue date sur cette partie du cours de l’Oued-Djedi, où les Nomades trouvaient toujours de l’eau. Cette bourgade fut souvent détruite et ses habitants dispersés. Toutefois, elle se releva de ses ruines, et sa fondation définitive semble dater des premières années de l’invasion hilalienne (vers 1045). Quelques années après cette invasion, en effet, les Oulad-Salem, chassés du Gourara par des guerres intestines, émigrèrent et vinrent établir leurs tentes sur l’Oued-Djedi, où ils rencontrèrent une fraction des Lar’ouates-Ksel, les Beddara, qui faisaient paître leurs troupeaux en cet endroit et avaient déjà construit quelques abris.
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