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MM. | DUMAS, doyen,
LACROIX, | rowspan=10 | |rowspan=10 |Professeurs,
BIOT,
Préface
Leeuwenhœck a découvert et Spallanzani a déjà prouvé une fois que certains animaux peuvent revivre après avoir été desséchés. Ce phénomène, déjà tant de fois discuté, et avec des conclusions si opposées, est un fait capital pour la physiologie générale. C’est un problème dont la solution est l’un des élémens de la définition de la vie ; car un animal chimiquement sec est peut-être le seul organisme dont on puisse affirmer que les divers tissus sont réduits à ne plus tenir de leur premier état que leur composition chimique et leurs connexions. C’est cette conviction qui a produit le Mémoire sur les Tardigrades.
Pour qu’une solution affirmative eût toute l’importance possible, il fallait avant tout que l’animal fût bien connu, et que ce ne fût pas un de ces êtres intermédiaires aux deux règnes dont l’organisation ne s’annonce plus que par quelques formes extérieures, et par des phénomènes vitaux d’une nature énigmatique pour la plupart des physiologistes.
Or, les Tardigrades offrent sur ce point toutes les garanties désirables, et peuvent être acceptés avec autant de confiance par les physiologistes qui ont puisé leurs convictions dans l’étude de l’homme et des animaux supérieurs, que par ceux qui s’efforcent de fonder la notion de la vie sur des données fournies par les organismes les moins élevés.
Les Tardigrades, en effet, sont peut-être de tous les vers ceux qui se rapprochent le plus des Articulés proprement dits.
Ils ont des formes parfaitement déterminées, une enveloppe épidermique qui chez quelques-uns est solide et divisée en anneaux, et des membres qui manifestent déjà quelque tendance à présenter des divisions articulées.
Leur peau, outre cette couche épidermique, présente une couche organisée et vivante qui se continue avec l’intestin, et circonscrit avec lui une cavité dans laquelle flotte un liquide qui ne paraît pas différer en importance de celui qu’on a appelé sang chez les Insectes, les Myriapodes, les Crustacés inférieurs, les Arachnides trachéennes, et, en un mot, chez tous les Articulés où le sang ne circule pas dans des vaisseaux. Ce liquide contient des globules qui nous ont présenté une grande constance de composition et de formes chez toutes les espèces que nous avons observées.
La digestion est localisée dans un système d’organes : la préhension des alimens s’exerce par un appareil spécial qu’accompagnent plusieurs glandes ; l’intestin se termine dans un cloaque qui lui est commun avec les organes de la génération.
Ceux-ci comprennent un appareil femelle et un appareil mâle ; l’appareil mâle est constitué par deux testicules et une vésicule séminale, dont les fonctions sont prouvées par la présence de Zoospermes.
Voilà pour les appareils d’entretien de la vie individuelle et de la conservation de l’espèce. Les appareils de relation sont peut-être plus remarquables encore. Ils consistent :
un appareil musculaire formé de près de trois cents muscles. Je dis muscles, parce que leurs formes sont bien déterminées, et leurs connexions d’une constance absolue, et qu’ils n’ont rien de commun, si ce n’est la substance peut-être, avec cette matière organique, contractile en tous sens, et indifférente à toute forme et à toute connexion, que nous a fait connaître dans les organismes inférieurs et qu’il a nommée sarcode ;
un système nerveux très développé, ganglionnaire, et se faisant remarquer surtout par sa tendance à devenir exclusivement sous-intestinal. Chaque muscle reçoit un nerf distinct. Il existe des organes spéciaux pour le sens de la vue, et chez q uelques espèces pour celui du toucher.
Tel est l’animal qui ressuscite. Nous espérons que ce mot ne sera plus taxé d’exagération. Toute dessiccation faite à la température ordinaire souffrait des objections auxquelles l’emploi même du vide sec n’eût peut-être pas complètement répondu. Mais en voyant les Tardigrades périr irrévocablement à une température de 45° si leurs tissus sont pénétrés d’eau, tandis que, desséchés par les procédés qu’emploie la chimie organique, ils peuvent supporter sans périr une température de 75 degrés plus élevée, beaucoup d’esprits ne seront-ils pas disposés à admettre que la revivification n’a, dans l’animal, d’autres conditions que l’intégrité de la composition et des connexions organiques ?
1. Introduction historique
Eichhorn dit avoir vu, , un petit animal très bizarre, dont il n’a donné la description et la figure , sous le nom de Wasserbär (ours d’eau).
Ce nom est celui sous lequel Goeze, , avait décrit et figuré une espèce très probablement différente de celle d’Eichhorn, dans une édition allemande, des Mémoires de Bonnet, sur les insectes. Goeze en a fait mention une seconde fois, , dans le journal scientifique le Naturaliste.
Corti, , s’occupa surtout de la propriété remarquable que possède l’espèce qu’il a observée, de revenir à la vie après avoir été desséchée.
Tel fut aussi le point de vue qui fixa d’une manière toute spéciale, l’attention de Spallanzani. L’animal qu’il a désigné le premier sous le nom de Tardigrade, habite comme celui de Corti, la poussière des toits ; mais rien ne nous autorise à penser que ce soit la même espèce qui a été décrite par ce dernier, sous le nom de Bruccolino (petite chenille). C’est Spallanzani qui, par ses curieuses expériences, a donné aux Tardigrades une importance scientifique que quelques auteurs leur ont depuis vainement contestée. Il est aussi le premier qui, sous un point de vue, restreint à la vérité, et purement physiologique, les ait associés aux Rotifères. Il décrit l’espèce qu’il a observée comme un animal jaunâtre, trois ou quatre fois plus gros que le Rotifère, ayant six jambes, marchant sur le sable avec la lenteur d’une tortue qui rampe ; son corps est granuleux de toutes parts, arrondi à la partie antérieure, offrant à la partie postérieure quatre fils crochus. Ses jambes sont armées aussi de petits crochets. Son opacité empêche d’en pouvoir pénétrer organisation intérieure.
Neuf ans plus tard, , , inséra dans les Archives de Fuesly un mémoire sur un animal du groupe qui nous occupe. Ce travail est accompagné d’excellentes figures ; il renferme des observations pleines d’exactitude et d’intérêt, et surpasse de beaucoup ceux qui l’avaient précédé, et même tous ceux qui l’ont suivi jusqu’à ces dernières années. Aussi, croyons-nous devoir en donner une analyse assez complète.
« Le Bärthierchen, dit , qui a déjà été décrit par Goeze et Eichhorn, sous le nom de Wasserbär, et qui a beaucoup de ressemblance avec le Tardigrade de Spallanzani, a été représenté à tort par Eichhorn, avec . Il est tout-à-fait étranger aux animalcules d’infusion, quoique se nourrissant comme eux de substances végétales. Il n’a point d’antennes. J’ai cru lui voir, comme M. Goeze, deux très petits points noirs vers le museau, là où sont ordinairement les yeux. Le corps n’est qu’un sac transparent, musculeux et ridé, élevé en dessus, obtus devant et derrière, plat en dessous, muni de quatre pattes de chaque côté. Les pattes sont toutes semblable, coniques et terminées par trois ongles très aigus. Les trois premières sont rangées à distances égales ; mais il y a un intervalle entre celles-ci et les dernières, qui, comme aux chenilles, occupent l’extrémité du corps. Je n’ai pu y découvrir d’ouvertures sur les côtés ; quelques plis qui s’y trouvent ne sont sûrement pas des stigmates pour respirer l’air. Certaines boulettes ovales qu’on observe dans le corps de quelques-uns sont des ovaires, et les grains qu’elles renferment, des œufs. Les individus où on les observe sont des femelles ; d’autres qui n’offrent que des amas de petits grains sont des mâles. Le Bärthierchen mue comme d’autres insectes ; on rencontre de ses peaux fines et transparentes, avec les pattes, les ongles, et contenant les ovaires : et ces peaux ne viennent pas d’un animalcule mort ; car j’ai été assez heureux pour prendre sur le fait et pouvoir faire dessiner l’animalcule se détachant de sa peau, et y laissant successivement jusqu’à cinq ovaires, au fur et à mesure des progrès qu’il fait pour en sortir. »
Comme conclusion, , après avoir indiqué quelques points de ressemblance avec les insectes, préfère placer le Wasserbär parmi les Acarus, sous le nom d’Acarus Ursellus.
C’est sous ce nom et avec cette détermination qu’il a été admis par Gmelin, dans son édition du Systema naturæ.
, une espèce nouvelle est décrite par Schranck, qui la désigne sous le nom d’Arctiscon tardigradum. Il la place dans le groupe d’articulés qu’il désigne sous le nom d’Insecta aptera, entre les Pulex et les Acarus. Suivant lui, ce serait le même animal qu’ont décrit Eichhorn et Spallanzani ; mais il lui assigne deux courtes antennes, et seulement deux ongles aux pieds. Il l’a trouvée dans l’eau des fossés, parmi les herbes aquatiques.
, en 1812, a observé dans le sable des gouttières, un animal qu’il regarde comme étant véritablement le Tardigrade de Spallanzani, et je partage en cela complètement son opinion ; car j’ai été assez heureux pour rencontrer en grande abondance l’espèce qui a été bien caractérisée par , et pour pouvoir la comparer avec plusieurs autres, ce que cet habile observateur ne s’était pas trouvé à même de faire. — « Les Tardigrades que j’ai trouvés, dit , ont tous les caractères de véritables insectes. Ils ont six pattes, composées chacune de trois articulations, et terminées par deux crochets. Leur tête, assez semblable au museau d’un dogue, est pourvue de deux yeux latéraux, et armés de bras très courts, situés près de la bouche. La queue offre deux appendices bifurques, engagés chacun dans une membrane transparente, ce qui forme quatre crochets avec lesquels l’Animal s’attache au corps en cheminant. Le corps est parsemé de rides irrégulières qui le font paraître granulé. Vu au microscope, et à la lumière réfractée, il paraît jaunâtre et presque opaque. À l’œil nu (car il est beaucoup plus gros que le Rotifère ressuscitant) ou examiné au microscope à l’aide de la lumière réfléchie, il paraît blanc. » — fait ensuite parfaitement ressortir les rapports nombreux qui existent entre l’animal qu’il a observé, et celui dont la description a été donnée par Spallanzani. — « La différence la plus marquante de son Tardigrade avec le mien, ajoute-t-il, est dans la partie antérieure, qui, dans celui-là est arrondie, et dans celui-ci, se termine par une véritable tête : C’est qu’en effet, il arrive souvent, et surtout lorsqu’il ressuscite, que la tête, raccourcie et ployée sous le ventre, fait paraître arrondie l’extrémité antérieure de l’animal ». Je ferai connaître, dans le cours de ce Mémoire, l’espèce qui est incontestablement celle de Spallanzani et de . Sa taille, presque double de celle de toutes les autres, sauf une, et le remarquable ensemble de caractères qu’elle présente, en font incontestablement l’une des espèces les plus importantes du groupe. Je croyais mon travail terminé, lorsque je la rencontrai, après déjà plus de six mois d’étude, et je n’eus pas plus tôt apprécié les ressources qu’elle m’offrait, que je regardai sans hésiter tout ce que j’avais fait précédemment comme non avenu, ou comme pouvant tout au plus me servir de guide pour l’étude approfondie que j’allais faire de cette nouvelle espèce dans laquelle j’entrevoyais déjà des chances de succès jusque-là tout-à-fait inespérées.
Blainville, et , a parlé du Tardigrade d’après l’observation qu’il avait faite d’un seul individu. Il crut avoir découvert dans sa tête des mandibules. C’est, dit-il, bien évidemment une larve de Coléoptère. Cependant Blainville n’a signalé, dans l’animal qu’il a vu, aucune trace d’antennes, sans quoi je serais fort tenté de croire que ce n’était autre chose, en effet, qu’une larve à peine plus grande que le Tardigrade de Spallanzani et de , et qui se rencontre dans presque toutes les mousses, ainsi que dans le sable des gouttières, mais dont les antennes ne peuvent échapper à aucun observateur. L’individu observé par Blainville était donc, selon toute probabilité, un Tardigrade, mais dont le savant professeur n’a point vu les pattes postérieures qu’avaient déjà décrites et figurées Goeze, Müller, Eichhorn, qu’avait signalées Schranck dans son Arctiscon tardigradum ; ni les filamens postérieurs observés par et retrouvés depuis par .
Jusqu’ici, comme on le voit, la plupart des auteurs qui ont eu occasion de parler des Tardigrades, se sont contentés d’en donner une description plus ou moins étudiée, avec quelques aperçus assez vagues sur leurs rapports et sur la place qu’ils doivent occuper dans la série animale. Nous n’avons pas encore rencontré, si ce n’est dans le travail de Müller, d’efforts sérieusement faits pour pénétrer jusqu’à leur anatomie et à leur physiologie proprement dites. est donc entré dans une voie nouvelle relativement à l’histoire de ces animaux singuliers, par l’étude qu’il en a faite et dont il a publié les résultats ; mais a depuis fait voir que s’était beaucoup trop avancé, et qu’il a attribué au Tardigrade qu’il a observé une perfection d’organisation qu’il est loin de posséder en effet. Suivant l’auteur allemand, en effet, ce ne serait rien moins qu’un Crustacé isopode, dont il fait un genre particulier sous le nom de Macrobiotus, tiré de la remarquable propriété qu’il a de pouvoir conserver presque indéfiniment, quand il est desséché, la faculté de revenir à la vie. a vu et étudié le système digestif ; mais un des résultats du travail que je présente aujourd’hui sera de prouver qu’il s’est trompé dans l’interprétation qu’il a donnée de presque toutes les parties dont ce système se compose. Les erreurs qu’il a commises en assignant au Macrobiotus tout un système circulatoire à canaux propres et jouissant d’une contractilité qui serait le principe des mouvemens qu’exécute le liquide nourricier, ces erreurs, dis-je, sont plus graves encore. Le peu qu’il a dit touchant la respiration et la génération m’a paru exact, mais trop incomplet pour pouvoir jeter quelque jour sur les rapports naturels de l’espèce observée par lui, et des espèces probablement fort nombreuses qui font partie du même groupe.
Le Macrobiotus Hufelandii offre à chaque membre deux ongles bifides. , dans une courte note, insérée dans l’Isis à la suite du mémoire de décrit une espèce à trois ongles, à laquelle il donne le nom de Trionychium ursinum. Je ne crois pas que ce caractère d’avoir un ongle de moins, justifie l’établissement d’un genre distinct de celui de . paraît n’avoir pas connu le travail de Müller, dont il confirme pleinement les belles observations, sans les rendre plus complètes, si ce n’est en ce qu’il considère avec raison comme étant des œufs ce que Müller avait appelé des ovaires ; mais ce qu’il y a surtout de remarquable, c’est que n’ait point saisi les rapports que depuis a établis entre les Tardigrades et ses Infusoires Rotateurs : bien loin de là, c’est parmi les Crustacés, à côté des Lernées, qu’il a cru pouvoir placer son genre Trionychium.
Telle est aussi la place que lui assigne , qui en fait le type d’une famille, à laquelle il donne le nom de Xenomorphidæ. Il restitue au genre le nom d’Arctiscon, que Schranck avait donné à l’espèce observée par lui trente ans auparavant et y reconnaît quatre espèces, d’après les descriptions des auteurs, savoir :
Arctiscon Mülleri, qui serait celle de Goeze, Eichhorn, Müller, Ehrenberg, et qu’a observée lui-même.
Arctiscon Schranckii, qu’a décrite Schranck, et qui pourrait être, suivant , celle de Spallanzani.
Arctiscon Hufelandii, décrite par Schultze.
Arctiscon Dutrochetii. Nous ne pouvons nous défendre d’un certain étonnement en voyant cette dernière isolée de celle de Spallanzani, sans faits nouveaux à l’appui de cette opinion, après le soin qu’avait pris de démontrer (le terme ne nous semble pas exagéré) l’identité des deux espèces.
Un mémoire, publié par sur le même sujet dans les Archives de Wiegmann n’ajoute rien à ce qui précède et se réduit, comme celui de , à une simple discussion synonymique. Il importe pourtant de remarquer que assure avoir observé lui-même l’espèce à trois ongles, le Trionychium ursinum de , qu’il propose d’appeler Arctiscon tridactylum.
Tous ces aperçus n’avaient guère eu d’autre résultat définitif que de bien constater l’existence des animaux singuliers qui vont faire l’objet de ce Mémoire. Aussi, dans la nouvelle édition de ses œuvres, qu’il a donnée , , qui probablement n’ignorait pas les résultats hautement annoncés par , n’en a-t-il pas tenu compte. Son opinion s’est modifiée ; mais cette modification même le reporte jusqu’à Müller, au lieu de le rattacher à aucun des observateurs nombreux dont j’ai essayé d’esquisser successivement les vues. Ayant rencontré dans la mousse des toits une espèce que j’y avais trouvée moi-même dès le début de mes recherches (Emydium), et dont les rapports avec les Tardigrades se manifestent au premier coup-d’œil, bien qu’elle offre certaines ressemblances avec les Acariens. regarda la première espèce comme une larve de la seconde, qu’il n’hésite pas à placer parmi les Acarus, comme l’avait fait Müller pour l’espèce dont j’ai déjà eu tant de fois occasion de parler dans cet exposé historique.
Le dernier travail dont j’aie à rendre compte, est celui de . Cet observateur a signalé les erreurs commises par relativement au système circulatoire. Il a fait voir aussi que son prédécesseur s’était trompé dans l’interprétation de diverses parties du système digestif, et il en a donné une interprétation nouvelle, mais non moins différente de celle à laquelle nous serons conduits, bien qu’elle prenne certainement sa source dans une étude plus attentive et plus délicate des pièces de la bouche. D’un autre côté, si , pour élever le Macrobiotus au rang des Crustacés, lui avait attribué une organisation beaucoup trop élevée, , entraîné par les belles découvertes dont il est l’auteur, sur les organismes inférieurs, paraît refuser au Tardigrade et à ses congénères une importance qui leur appartient en effet dans la série anatomique et physiologique des animaux. Ne s’est-il pas aussi trop méfié de l’exactitude et de l’habileté des nom- breux observateurs qui l’ont précédé, quand il rapporte à l’espèce unique qu’il a observée tous les faits qu’ils ont annoncés, toutes les descriptions qu’ils ont données, ce qui permet de croire qu’il considérait les filamens terminaux décrits par Spallanzani, et vus de nouveau quarante ans plus tard par , les antennes signalées par Schranck, les petits bras que annonce comme existant autour de la bouche de son Tardigrade, l’existence de trois ongles attestée par Goeze, Eichhorn, Müller, Ehrenberg, Perty, Nitzch, comme autant d’erreurs d’observation.
Mais ce qui assure au travail de une place importante dans l’histoire des animaux qui nous occupent, c’est qu’il leur a assigné leurs rapports naturels, en ne craignant pas de les réunir aux Rotifères, c’est-à-dire à ceux de tous les animaux inférieurs dont il devait sembler peut-être qu’on dût les tenir le plus éloignés, pour en former un groupe unique auquel il donne le nom de Systolides. Après deux années presque entièrement consacrées à l’étude de ces êtres singuliers et d’une organisation jusque-là, ou si négligée, ou si vainement débattue ; après avoir établi, je l’espère du moins, d’une manière définitive, la théorie à très peu près complète de tous leurs systèmes organiques ; après avoir découvert dans ces organisations si éloignées de la portée de nos sens livrés à eux-mêmes, un ensemble de faits que rien de ce qu’on avait dit jusque-là n’eût permis d’y prédire sans témérité, je n’en aurai pas retiré d’autre profit pour la classification, que d’avoir fourni de nouvelles données pour fixer sur des résultats anatomiques et physiologiques, une détermination zoologique et des rapports naturels auxquels était arrivé depuis plusieurs années déjà, et qu’il avait établis avec une certitude de jugement à laquelle je suis heureux de pouvoir rendre cet hommage.
2. État actuel du groupe des Tardigrades genres et espèces
Nous admettons donc la classe des Systolides telle que l’a établie , sans en discuter ici les caractères anatomiques, qui ne pourront être fixés d’une manière définitive que lorsqu’on aura déterminé avec quelque certitude, comme nous le faisons, dans ce mémoire, pour les Tardigrades, l’organisation des genres que nous connaissons déjà comme devant en faire partie, et de ceux qui à l’avenir seront appelés à y prendre place. Aux caractères zoologiques assignés par , j’ajouterai cependant un caractère anatomique auquel sa nature même me semble donner une grande importance ; c’est la position de l’ovaire, supérieur à l’intestin, ou, en termes plus précis, situé à la face du corps opposée à l’anus, ou mieux encore, situé à l’opposé du système nerveux ; car ce système, je ne l’ai, il est vrai, déterminé que dans les Tardigrades, et je ne crois même pas qu’il ait encore été réellement aperçu ailleurs ; mais ce que j’ai observé chez ces derniers animaux est tellement complet, et, ce qui est plus important, tellement en rapport avec les lois générales du système nerveux chez les animaux annelés (Annulosa Leach, Mac-Leay), qu’il doit être permis de regarder ce système comme ayant conservé dans la classe, d’ailleurs si naturelle des Systolides, toute l’importance, toute la fixité de formes et de rapports qui le caractérisent dans l’embranchement entier des Annelés. J’ai donc la conviction qu’on reconnaîtra chez tous les Systolides le système nerveux, et qu’il se présentera, chez tous, sous la forme d’une chaîne ganglionnaire médiane sous-intestinale, et opposée à l’ovaire.
Les Systolides constitueront une classe naturelle dont a déjà indiqué les rapports avec les Crustacés et les An- nelides. Mais il ne me paraît pas possible de prévoir ce qu’elle pourra devenir un jour, par le nombre, petit ou grand, d’animaux qui pourront y être réunis. Toutefois, dès aujourd’hui, elle doit être partagée en deux groupes au moins, qui dans l’état actuel des choses me semblent fort naturels.
Le premier comprend les Systolides broyeurs. Il doit être caractérisée par l’absence de membres, par la présence d’un appareil mandibulaire broyeur, et d’un appareil vibratoire plus ou moins développé, et comprend, outre la plus grande partie des Rotateurs, le genre parasite Albertia de .
Le second, auquel appartiennent les Tardigrades, se compose au contraire de Systolides suceurs. Ses caractères sont : l’existence de membres, l’absence de tout appareil vibratoire, l’appareil perforant qui, dans leur bouche, remplace les mandibules des Rotateurs.
Les espèces de ce groupe que j’ai observées me paraissent devoir être réparties en trois Genres caractérisés de la manière suivante :
Tête pourvue d’appendices. Museau complètement conique, sans appendices ni ventouse terminale.
Épiderme demi solide, offrant, surtout à la face supérieure du corps, une division annulaire très manifeste.
Quatre paires de pattes.
Quelques traces de métamorphoses.
Couleur rouge-brun (terre de Sienne). Corps opaque, ovoïde. Sang fortement coloré.
Trompe conique, offrant des traces d’une division en trois anneaux. Tête confusément partagée en trois segmens dont le premier et le troisième offrent de courts filamens sétiformes portés sur des mamelons très courts, et le second un appendice palpiforme mousse et aplati.
Tube pharyngien très grêle ; stylets droits ; bulbe sans charpente intérieure articulée.
Points oculiformes petits, ovalaires, simples et fluides en apparence, de la couleur générale, visibles surtout par la face inférieure du corps.
Tronc divisé en quatre anneaux simples. Quatre longs filamens portés par le premier, dans l’âge adulte (deux en avant, près du bord antérieur, deux à l’angle latéro-postérieur) ; deux à l’angle latéro-inférieur du second ; deux courtes épines à l’angle latéro-dorsal du troisième ; deux filamens beaucoup plus longs que les autres, portés sur l’arrière et près du bord postérieur du quatrième anneau.
Membres partagés en trois segmens, la partie moyenne de l’enveloppe de chacun, mais surtout du second, étant plus fortement colorée et paraissant plus solide que les interstices. Chaque membre est armé de quatre ongles grands et forts, et la paire postérieure porte en outre en arrière une sorte d’éperon sur le bord inférieur du deuxième segment.
Mouvemens excessivement lents.
Taille moyenne à l’âge adulte : 0,30 à 0,33 du bout du museau étendu, au bord postérieur du quatrième anneau, sur 0,12 en largeur.
Œufs à surface lisse, sphérique ou légèrement ovoïde, opaques, de couleur brun-rouge foncé, d’un diamètre de 0,07 à 0,08 (, , ) ; ils sont pondus dans la dépouille de la mère.
Le jeune, au moment de l’éclosion, est long de 0,10 à 0,12 ; il offre seulement les deux filamens antérieurs du premier anneau, et les deux du dernier, et chacun de ses membres ne possède que deux ongles. C’est dans la mue qui a lieu lorsqu’il atteint la taille de 0,16 à 0,18, que les deux autres ongles apparaissent.
Habite la mousse des toits en tuiles. Très commun à Paris.
Nota. Parmi les individus que j’ai rattachés à cette espèce, presque tous ceux que j’ai rencontrés à Paris n’ont, à l’âge adulte, que la paire antérieure de filamens sur le premier anneau.
Probablement un peu plus grand que le précédent. Les deux seuls individus que j’aie jamais rencontrés avaient 0,33 à 0,35.
La première paire de filamens existe seule ; les trois autres sont remplacées par une très courte épine qui se voit également à l’angle latéro-inférieur du troisième, où il n’y avait pas de filament dans l’espèce précédente ; deux longues épines à l’angle latéro-dorsal du second et du troisième anneau (, ).
Les deux ongles médians de chaque pied armés à leur face inférieure d’une épine, visible surtout à la dernière paire.
Tête, appendices céphaliques, segmentation du tronc, membres, éperon de la dernière paire de pattes, couleur, en tout semblables à ceux de l’.
Trouvé dans la mousse d’un toit, à Saint-Maur, près Paris, où il est extrêmement rare.
Trouvé au Muséum d’histoire naturelle, sur la mousse qui recouvre le squelette du Cachalot. Il ressemble complètement à l’espèce précédente ; mais les deux épines postéro-inférieures du premier anneau manquent, celles du dernier sont réduites à un petit tubercule conique, et les épines latérales inférieures des deuxième et troisième anneaux sont convertis en de longs filamens pareils aux filamens antérieurs du premier anneau.
Granulation de l’épiderme dorsal plus sensible que dans les autres espèces, très serrée, disposée suivant des lignes extrêmement régulières.
L’Emydium granulatum pourrait jusqu’à un certain point être considéré comme un passage entre la première et la deuxième espèce, et je ne serais pas très éloigné de les considérer toutes les trois comme de simples variétés d’une seule et même espèce. Je n’ai pu cependant m’empêcher d’être frappé de ce fait que, si d’une part les différences sont faibles, d’une autre part, je les ai trouvées d’une constance absolue chez les individus d’une même localité, ce qui semblerait indiquer qu’elles se transmettent d’une génération à celles qui en descendent, et qu’elles sont par conséquent spécifiques.
Tête portant à sa partie antérieure et latérale deux appendices palpiformes très courts ; bouche terminée par une ventouse entourée de palpes.
Peau molle, coupée transversalement par des sillons, en anneaux de formes variables.
Quatre paires de pattes.
Anneaux du tronc bisegmentés.
Aucune trace de métamorphoses.
En dédiant ce genre à Edwards, c’est moins un hom- mage que j’ai voulu rendre au savant, qu’un témoignage de ma pour l’homme auquel je dois tout : et j’ai choisi de préférence l’espèce qui m’a fourni le plus d’élémens de succès, parce que j’ai cru lui dédier ainsi mon travail tout entier.
Bouche entourée de six petits palpes inégaux disposés symétriquement, décroissant de la partie supérieure à la partie inférieure ; un en dessus plus grand, un en dessous très petit, situés dans le plan médian.
Tête arrondie en avant lorsque le museau est rentré ; points oculiformes assez grands, granuleux. Tube pharyngien très dilaté ; stylets très petits ; bulbe allongé, pyriforme, sans charpente intérieure.
Corps transparent, plus atténué à ses deux extrémités et surtout à la postérieure, que dans aucune des autres espèces.
Sang incolore.
Peau légèrement colorée en brun-jaune.
Membres, les trois paires antérieures à-peu-près égales, la postérieure très courte, ne ressemblant plus qu’à deux mamelons presque sans traces de divisions annuliformes.
Ongles au nombre de quatre à chaque patte, dont deux terminaux simples et en forme de filamens allongés crochus à l’extrémité, portés chacun sur un mamelon distinct ; deux situés en dessous et en dedans, l’antérieur divisé en trois crochets fortement courbés, le postérieur en deux. Les ongles ou filamens terminaux de la quatrième paire sont plus longs que ceux des trois premières.
Mouvemens vifs.
Taille moyenne de l’adulte vivant, 050 à 0,60.
Je n’ai rencontré que deux fois (dans une mousse recueillie en février) les œufs de cette espèce, que j’ai étudiée depuis jusqu’à . Ils sont à surface lisse, opaque : les premiers étaient colorés en brun rouge comme ceux de l’Emydium testudo, mais d’une teinte beaucoup plus légère ; les seconds étaient incolores ; ils avaient 0,08 à 0,09 dans leur plus grand diamètre, 0,07 à 0,08 dans leur diamètre le plus petit, quelquefois même ils sont sphériques. Il y en avait cinq, renfermés dans la dépouille de l’animal. Ayant placé les premiers dans un verre de montre, j’en trouvai deux éclos quatre jours après.
Les petits sont d’une extrême agilité, complètement incolores.
Ils sont longs de 0,25 et ne subissent avec l’âge d’autre changement que leur accroissement suivant toutes les dimensions.
Cette espèce habite la mousse des toits. Elle est abondante à Saint-Maur.
Tête sans appendices. Bouche terminée par une ventouse dépourvue de palpes. Peau molle, divisée seulement par des rides variables. Quatre paires de pattes. — Aucune trace de métamorphoses.
Corps de forme cylindrique transparent et complètement incolore.
Tête arrondie en avant, offrant des points oculiformes petits, mais bien distincts et fortement colorés.
Ventouse, tube pharyngien, stylets, également bien développés.
Bulbe œsophagien soutenu par une charpente solide et formée de pièces articulées.
Membres égaux.
Ongles au nombre de deux, bifides, réunis par une sorte de palmure ; la pointe interne de chacune est elle-même très finement bifide.
Mouvemens assez vifs.
Taille de l’adulte excessivement variable. Chez tous ceux que j’ai observés à Paris, elle était comprise entre 0,30 et 0,40 ; mais à Saint-Maur, j’en ai rencontré des individus dans une mousse recueillie le long des murs du parc, qui avaient , et même . Aussi ai-je eu la pensée de considérer ces derniers comme appartenant à une espèce distincte ; mais il m’a été impossible de leur reconnaître aucun caractère particulier.
C’est la plus commune de toutes les espèces ; on la trouve dans toutes les mousses qui croissent sur les toits, les murs, les pierres isolées, au pied des arbres J’ai pu m’assurer que c’est bien la même qu’à d’écrite , en la comparant avec les individus que contenait le sable de gouttière remis par lui à de Reaumont, et apporté par ce savant à Paris pendant l’hiver .
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