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MEETING DE PROTESTATION
(31 Octobre 1905)
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MEETING DE PROTESTATION
(31 Octobre 1905)
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Le Comité de protection et de défense des indigènes a organisé le 31 octobre 1905, d’accord avec le Comité Central de la Ligue des Droits de l’Homme, un meeting de protestation contre les illégalités et les crimes commis au Congo.
Une foule considérable remplissait la Salle de l’Hôtel des Sociétés Savantes.
Passy, membre de l’Institut, présidait.
Il avait à sa droite, Viollet, membre de l’Institut, président du Comité de protection de défense des indigènes, et à sa gauche, Morhardt, secrétaire général de la Ligue des Droits de l’Homme.
Delmont, avocat à la Cour d’appel, a donné lecture des lettres d’excuses de , sénateur ; Ferdinand Buisson, député ; Lucien Hubert, député ; Tarbouriech, professeur au collège libre des sciences sociales, etc.
Puis , trésorier du Comité de protection et de défense des indigènes, annonce que , Abel Lefranc, professeur au Collège de France, et le résident général Hippolyte Laroche, membres du Comité, ont écrit pour s’excuser de ne pouvoir assister à la réunion. Il lit les lettres suivantes de . Gide, professeur à la Faculté de Droit, le Contre-Amiral Réveillère et Michel Bréal :
« Tous mes regrets de ne pouvoir assister à la réunion de demain, Mais je ne rentrerai à Paris que vendredi.
« Il va sans dire que je serai de cœur avec vous en cette circonstance. Nous avions longtemps cru et enseigné que la France avait été plus humaine que les autres pays dans ses procédés de colonisation, mais c’est une illusion chauvine de plus à perdre.
« Votre tout dévoué,
« Je regrette très vivement que l’état de ma santé (et mon âge) ne me permettent pas d’assister au meeting de protestation contre les illégalités et les crimes dont le Congo est le théâtre. Je serai de tout cœur à votre côté.
« C’est une œuvre sa fait le plus grand honneur au Comité de défense et de protection des indigènes.
« Veuillez agréer, etc.
« C’est au président du meeting de protestation que j’écris.
« Il m’est impossible de venir, mais je tiens à m’associer à vous pour dire l’indignation que provoquent chez moi les horreurs commises au Congo. Peut-être les Belges et les Allemands en font-ils autant ; mais les Allemands et les Belges n’ont pas fait la Déclaration des Droits de l’Homme et n’inscrivent pas les mots de Liberté et de Fraternité en tête de leurs actes publics. La première République a décrété l’abolition de l’esclavage. Il serait étrange que la troisième la laisse rétablir.
« Avec tout ce qu’il y a chez nous d’esprits libres, nous protestons et nous sommons le gouvernement d’intervenir.
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membre de l’institut
Mesdames, Messieurs,
Deux mots seulement avant de donner la parole aux orateurs inscrits, deux mots pour bien marquer le caractère et le but de cette réunion.
Son but vous le connaissez, c’est d’obtenir de vous, et je ne doute pas que nous ne l’obtenions tout à l’heure, une protestation énergique, au nom de l’humanité, au nom de la France, contre des abominations qui déshonorent la France et l’humanité. Son caractère, il résulte de la présence des personnes qui m’entourent sur cette estrade. Il y a sur cette estrade, et vous allez entendre tout à l’heure, disant les mêmes choses, du moins vous exprimant les mêmes sentiments, plaidant pour la même cause, des hommes qui, dans les circonstances habituelles de la vie, sont souvent séparés par des différences plus ou moins marquées d’opinions ou de croyances, qui quelquefois même, sans manquer à la courtoisie que se doivent des hommes libres, ont été des adversaires. Ces hommes, aujourd’hui, sont ici réunis, en un faisceau, la main dans la main, pour soutenir la même cause.
C’est qu’il y a des causes qui sont supérieures à tous les dissentiments habituels, des causes qui sont à la fois d’intérêt commun, d’intérêt universel, d’intérêt humain, ou plutôt de devoir universel, de devoir humain. La cause de laquelle on vous entretiendra tout à l’heure est une de celles-là.
Il y a, disais-je à l’instant, des faits abominables. Il y a eu dans ces régions lointaines, où les nations européennes prétendent se disputer le privilège de répandre la civilisation, des actes (il y en a encore) qui sont tout autre chose que le développement de la civilisation, des actes qui semblent n’avoir pour but que de semer, avec la haine des nations euro- péennes, leurs erreurs et leurs vices… (Applaudissements).
De ces crimes, toutes les nations européennes sont également coupables, Mais nous n’avons pas à nous occuper ici des fautes des autres ; c’est assez de faire notre propre confession et notre propre pénitence.
D’où viennent ces égarements abominables ? Est-ce, comme on l’a dit, l’influence du climat, l’isolement, ou n’est-ce pas plutôt, avec des habitudes d’intempérance, qui sont excitées par ce climat, le pouvoir absolu, l’irresponsabilité, et ce détestable préjugé que nous portons tous, plus ou moins au fond de nos cœurs, et qui nous pousse à nous considérer, plus ou moins, individus ou races, comme d’une espèce supérieure à telle ou telle autre catégorie de nos semblables ? Quoi qu’il en soit le mal existe ; il est indéniable. Il a été constaté par des enquêtes officielles ; les gouvernements et les administrations ont fini par s’en émouvoir. L’une de ces enquêtes, la dernière, a coûté la vie à ce grand homme de bien, à ce conquérant pacifique qui avait donné des territoires immenses à la France, sans jamais avoir porté une main violente sur un seul de ses semblables, Brazza (Mouvement et approbation).
Il y a eu des condamnations judiciaires ; il y en aura encore probablement. C’est quelque chose ; ce n’est point assez C’est la punition, la répression tardive et trop souvent insuffisante des crimes du passé. Il faut davantage. Il faut que, par une protestation énergique, par un soulèvement irrésistible de l’opinion publique, vous rendiez impossible à l’avenir le renouvellement de pareils attentats. Il faut, au nom de l’humanité et au nom du patriotisme, que l’on va peut-être nous accuser d’oublier, d’outrager, il faut que vous répudiiez d’une façon définitive des abus qui sont la honte de la civilisation. Non, ce n’est pas, comme vous l’entendrez dire, porter atteinte au drapeau national et l’outrager que de s’apercevoir que des misérables l’ont souillé de sang et de boue. Le patriotisme nous commande au contraire de le laver de ces taches, et de l’en préserver dans l’avenir.
C’est au nom de l’humanité, du patriotisme, que je vous convie, Mesdames, Messieurs, à écouter avec une attention recueillie les orateurs qui vont se faire entende ; à noter dans vos mémoires tous les faits, tous les faits dont vous feront l’exposé. Et, après avoir, dans un ordre du jour qui vous sera proposé, voté un appel énergique aux gouvernements des nations civilisées, vous porterez autour de vous, dans vos familles, dans vos relations, partout où votre parole peut arriver, l’horreur de pareils méfaits (Applaudissements).
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The end
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