Front matter
À l’époque où se passèrent les événements singuliers qui forment le fond de ce drame, le monde maritime offrait un spectacle peut-être unique dans ses annales. Le célèbre balai de Hollande n’avait pas encore nettoyé les mers de tout rival ; la marine anglaise s’ébauchait sur le chantier ; la noblesse de France ne voyait dans ses colonies que de vils comptoirs où les cadets de Gascogne pouvaient seuls aller compromettre leur blason. C’est alors que les Espagnols, maîtres des Indes, purent lester leurs galions de lingots d’or et d’argent. Ils avaient exterminé ou soumis les Indiens, et relégué les plus indomptables au fond des bois, loin de leurs carbets incendiés, et ces malheureux nichaient leurs cabanes à la cime des mangliers. Les plus dociles travaillaient aux mines et aux pêcheries de perles pour le compte de l’Espagne. L’inquisition de Madrid régnait sur cent villes dans ces riches de l’Amérique du Sud et des Antilles. Chaque port contenait, lors du début de cette histoire, des flottes de vaisseaux marchands richement chargés pour la péninsule.
Pourtant, depuis plusieurs mois, tous ces navires dormaient honteusement à l’ancre, sans oser s’aventurer en mer. Chose étrange ! l’orgueilleuse et puissante Espagne avait peur de quelques centaines de pirates déguenillés, vautours de la mer Caraïbe, qui avaient choisi pour observatoire un rocher de seize lieues de tour, l’île de la Tortue. Les exploits fabuleux, les miracles d’héroïsme de cette poignée d’aventuriers, négligés ou calomniés par les écrivains espagnols, peuvent seuls faire comprendre la grandeur de cette lutte extraordinaire entre les sauvages flibustiers et l’Espagne, qui se vit menacée par eux au cœur de ses possessions. Les plus merveilleux caractères eurent occasion de se déployer dans le cadre pittoresque qu’offrirent les mœurs étranges adoptées par ces aventuriers.
Nous prions donc le lecteur de ne pas se récrier sur ce qu’il pourrait être tenté de regarder comme des excès d’invention. Nous déclarons avoir été moins hardi que l’histoire. Elle a rapporté des faits que nul romancier n’oserait s’approprier sans redouter le reproche d’invraisemblance.
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The end
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