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out ce qui paroît à la gloire du Sexe vous eſt dû. Vous en faites, Madame, l’ornement, & vous êtes la preuve la plus convaincante de la bonté de ce petit écrit, dont je viens vous faire hommage. Il eſt né dans le ſein des plaiſirs champêtres, où la raiſon éloignée de tout ce qui peut la ſéduire, instruit l’homme qui la conſulte. Ce ſont les réfléxions qu’elle m’a dictées, que je produis au grand jour. Vous ne deſavoüerez pas, Madame, cet ouvrage qu’elle m’a inſpiré de vous dédier ; vous la connoiſſez, vous l’avez eû toujours pour maître, & la vérité ſa compagne, brille dans tous vos écrits :
La Providence, en vous accordant cette variété de talens que nous admirons en vous, a voulu faire voir, qu’elle choiſit quelquefois dans le Sexe qui paroît le plus foible aux yeux des hommes, des ſujets capa- bles de confondre leur orguëil, & de les inſtruire. Philoſophie, Belles-Lettres, Géométrie, votre génie comprend tout. Vos inſtitutions Phiſiques, vos Diſſertations ſur les forces vives ſont luës des Sçavans. Puiſſe votre exemple, Madame, animer les perſonnes de votre Sexe, leur apprendre à s’élever au-deſſus de cette timide indolence dans laquelle la malignité des hommes les entretient, & leur faire comprendre qu’elles ſont außi capables qu’eux, d’entrer dans le ſanctuaire des Sciences, & d’en pénétrer les myſteres. Heureux le mortel à qui il eſt donné de s’en inſtruire auprès de vous, de profiter de vos lumieres, & d’y vivre dans le ſein de la paix & de la vérité ſi peu connues des humains. Je ſuis avec un profond reſpect,
Madame,
arler en faveur des Femmes, c’eſt traiter une matiere délicate. L’apologiſte du Sexe paſſera toujours pour amoureux ou pour galant. Si je dis que je ne ſuis ni l’un ni l’autre, m’en croira-t-on ? Non ſans doute, & ce ſiécle eſt trop malin pour ne pas me prêter ce caractere. Qu’on en penſe ce qu’on voudra, je ſuis libre, je réfléchis, je produis mes idées. Si la raiſon eſt de mon côté, la Religion ne me deſavoüera pas. Les uns applaudiront à mes réfléxions, pluſieurs les liront en critiques ſéveres, & les faux dévots s’en trouveront ſeuls ſcandaliſés. Les libertins diront que mon ſtile n’eſt pas aſſez voluptueux ; qu’ils ſçachent que ce n’eſt pas pour eux que j’écris. On cherchera à découvrir mon nom, on devinera ; le nom & la condition ne font rien à un ouvrage. J’aime le Sexe comme homme, & je rends hommage à la vérité. Si je décide en faveur des Femmes, la raiſon ſeule m’inſpire. Quand enveloppé comme Horace dans mon manteau philoſophique, je conſidère les Hommes, leur conduite & leurs uſages ; quel contraſte plus ridicule que celui qu’ils me préſentent ! Ils ſe font gloire d’aimer les femmes & d’en être aimés ; biens, repos, ſanté, fortune, ils ſacrifient tout à l’objet de leur amour ; ils s’y ſoumettent, ils lui obéiſſent. Sont-ils en poſſeſſion de l’idole de leur cœur ? Les perfides le regardent d’un œil indifférent, l’aſſujettiſſent à leurs caprices, & le rédui- ſent à une honteuſe dépendance. Les femmes, à les entendre parler, ne ſont faites que pour obéir & pour ſervir à leur amour ; ils ne leur connoiſſent plus d’autre mérite. Maître abſolu, l’homme prétend gouverner tout, diſpoſer de tout, il n’y a que la femme à qui il ne ſoit plus permis d’avoir de volonté, de liberté & d’eſprit ; l’homme ſe conſtitue le chef, & l’épouſe doit lui être ſoumiſe. On débite cette morale ſans la comprendre, & il n’eſt pas juſqu’aux Caſuiſtes, gens odieux & im- portuns, qui n’établiſſent cette ſoumiſſion, comme une vérité dont il n’eſt pas permis de douter. Hommes ingrats & orgueilleux, qui méconnoiſſez les loix du Créateur, qui regardez comme inférieur ce Sexe que Dieu vous a rendu égal en tout ; voyez, liſez ſans prévention ; reconnoiſſez dans les femmes, l’égalité que le Ciel & la nature leur ont donnée. Apprenez en quoi conſiſte votre ſupériorité, quels font vos droits. Aimez vous aſſez, pour regarder comme votre égale, cette partie de vous-même, qui vous doit être chère, puiſqu’elle eſt ſi précieuſe & ſi néceſſaire à l’humanité.
tre créé à l’image de Dieu, c’eſt être doüé d’une ame raiſonnable, libre, intelligente & immortelle ; c’eſt dans l’ordre de la création, avoir reçu de lui une eſpèce de jurisdiction, de domaine & d’empire, pour être le chef & le ſouverain de toutes les créatures. Telles ſont les qualités que le ſouverain maître de l’univers a également aux deux Sexes, compris ſous le nom générique d’homme. Il n’a mis aucun diſtinctif entre l’ame de l’un & celle de l’autre. Adam, dans le nom qu’il donne à ſa femme, reconnoît cette reſſemblance d’égalité ; il la nomme Iſcha, c’eſt-à-dire, l’humaine, celle qui vient de l’homme ; nom Hébreux qui vient de la racine Iſch, qui ſignifie Homme.
J’examine la conduite de Dieu dans la création. Adam qui ſe voit ſeul, ſoupire après une compagne. Ce ſoupir eſt une priere qui engage le Seigneur à l’exaucer ; il lui procure cette créature qu’il déſire, elle doit être ſon amie, ſa compagne, ſon épouſe. Ce ſoupir d’Adam, cet ordre que Dieu obſerve dans la création, nous montrent que c’eſt à l’homme à rechercher la femme, & non pas à elle à le prévenir. Il n’eſt pas bon que l’homme ſoit ſeul (les créatures doivent naître de l’union des deux ) Faiſons à l’homme un aide ſemblable à lui. Un aide, reprend S. Chriſoſtome, digne de lui, de la même ſubſtance que lui, & qui ne lui ſoit pas inférieur. Le Seigneur lui donne la même nature, la même liberté, il la forme également à ſon image. L’homme l’aimera comme lui-même, parce qu’elle eſt comme lui l’ouvrage de la Divinité. Dieu veut qu’il regarde cette femme comme la marque la plus ſenſible de fon amour ; il ne la diſtingue de lui que par le Sexe, diſtinction purement animale, & qui ne peut lui donner le droit de ſe prévaloir ſur un Être auſſi ſpirituel que lui-même. Placée comme Adam dans le Paradis terreſtre, Dieu lui communique la même autorité ſur toutes les créatures ; & cette égalité parfaite les unit par un amour réciproque. Adam aime cette compagne parce qu’il voit en elle ſon ſemblable ; amour naturel qu’il nous a tranſmis. De là cette inclination de ſe réunir, de produire ſon ſemblable, inclination légitime dont aucun dans tel état qu’il ſoit, ne peut étouffer en lui le ſentiment, quoique le déſir même ne lui en ſoit pas toujours permis. La femme paroît être formée d’une maniere plus particulière que l’homme. Celui-ci est formé d’une terre rougeâtre qui est désigné par son nom d’Adam. Mais celle-ci est produite de l’hõme ; Dieu qui est toujours admirable, toujours grand dans ses desseins, prend une côte déja formée, & il fait de cette portion un animal parfait. La matiere de fon corps n’est-elle pas d’autant plus noble, que l’homme est lui-même plus noble que cette terre dont il tire son origine. précieuse différence ne nous est-elle pas marquée dans la génération ? S’ils en ont tous deux les mêmes principes, la fem- me n’y coopere-t-elle pas d’une maniere plus parfaite ? Ne forme-t-elle pas dans ſon ſein cette créature qu’elle nourrit de ſa ſubſtance, & à qui elle donne la perfection de l’humanité ? Combien eſt grande la miſéricorde de Dieu, qui a pu faire, dit . une ſi belle créature d’une ſi petite partie de l’homme, pour jouir enſemble des douceurs d’une agréable ſociété !
ieu envoie à Adam un profond ſommeil, il produit Ève d’une de ſes côtes, il la lui préſente ; Adam la voit & l’aime. Voilà, s’écrie-t-il dans le premier tranſport de ſon amour, l’os de mes os, la chair de ma chair, elle s’appellera d’un nom qui marque l’homme, Virago. L’homme abandonnera ſon père & ſa mère, il s’attachera à ſa femme, ils feront deux dans la une même chair. Quelle union charmante dans ces paroles ! Quelle parfaite égalité ! Dieu ne tire pas femme de la tête d’Adam, elle ne doit pas commander ; il ne la forme pas du pied, elle ne doit pas être ſa ſervante ; il la produit de ſon côté, parce qu’elle doit être ſa compagne. Adam dès qu’il la voit, ſe reconnoît en elle ; c’eſt l’os de ſes os, c’eſt un autre lui-même. Quelles paroles marquent une égalité plus indiſſoluble entre deux perſonnes qui ne doivent faire qu’un même eſprit, comme un même corps. Adam coupable veut-il excuſer ſon péché ? Il avoue cette égalité dans la maniere dont il s’excuſe. Il ne dit pas au Seigneur, cette femme que vous m’avez pour ſervante, m’a engagé dans cette chûte ; mais la femme que vous m’avez pour compagne. Le péché n’a-t-il pas changé cet ordre, m’objectera ici quelque Théologien, dévot ambigu ? Penſer autrement n’eſt-ce pas fronder la Religion & parler un langage profane ? Docteur, qui que vous ſoyez, dites-moi ; ſi le péché a détruit cette égalité, il faut que la femme ait ceſſé après ſa déſobéiſſance, d’ê- tre à l’égard d’Adam, l’os de ſes os, la chair de ſa chair ? L’indiſſolubilité de leur union & de leur égalité fondée ſur ces paroles, n’auroit donc plus dû ſubſiſter ? Mais ſi ces paroles prouvent l’égalité des deux Sexes fondée ſur leur création, leur nature réciproque eſt la fin commune que Dieu s’eſt proposée en les créant, elle ſubſiſte donc encore aujourd’hui. Le péché ne l’a point détruite, il n’a fait qu’affoiblir l’ordre extérieur de cette égalité : Il a diminué les droits civils de la femme ; mais il n’a rien changé dans les qualités eſſentielles à ſon être, ni dans ſon indépen- dance primitive. Il ne l’a pas rendue inférieure à l’homme : Quant aux facultés de l’ame, il l’a ſeulement ſoumiſe en donnant à l’homme une ſupériorité légale & civile ; c’eſt-à-dire, que l’homme a le droit de gouverner & de commander dans l’ordre de la ſociété, & que la femme lui eſt inférieure dans cette partie. Si celui-ci impoſe ſon nom à la femme qu’il épouſe, il n’en a pas été ainſi dès le commencement, & ce n’eſt là qu’un changement extérieur qui regarde le civil. Adam avoit dit en parlant de ſa femme & de ſa poſtérité, qu’elle s’appelle- roit d’un nom qui marquoit l’homme ; il ne lui impoſa celui d’Ève, qu’après ſon péché. Changement qui loin de faire loi, n’a point été ſuivi par les plus grands hommes du peuple Juif ; dont les femmes, ſelon l’Écriture, ſe ſont toujours de leur propre nom.
ieu crée l’homme & la femme dans le Paradis terreſtre ; il leur donne la liberté de manger de tous les fruits, à l’exception d’un ſeul qu’il leur déſigne ; il veut qu’en obéiſſant à cette défenſe, ils reconnoiſſent le ſouverain domaine qu’il a ſur eux. Il fait à Adam ce commandement avant la création d’Ève, qui doit également y obéir : l’Écriture nous le montre quand elle nous dit, que Dieu mit l’homme dans le Paradis terreſtre ; qu’il lui défendit de manger du fruit de vie ; & par une eſpece de réflexion qu’elle ſuppoſe, elle lui fait prononcer ces paroles : Il n’eſt pas bon que l’homme ſoit ſeul, faiſons lui un aide qui lui ſoit ſemblable. Nos Théologiens ſont divisés ſur l’explication de ce point. Les uns ſuppoſent que Dieu a fait en particulier, le même commandement à la fem- me, auſſi-tôt qu’elle fut formée. D’autres diſent gravement, que ſi cet ordre a été imposé à Adam ſeul avant la création de ſon épouſe, c’eſt qu’il étoit le chef, & qu’Ève en répondant à Dieu, avoit pu dire que cet ordre lui avoit été preſcrit, parce qu’il avoit été intimé à ſon chef qui devoit le lui communiquer. Pures conjectures qui ne prouvent rien contre ce que j’avance. Ridicule conséquence pour avilir le Sexe, que d’en conclure que la femme eſt la cauſe de la chûte de l’homme. Qui eſt le plus excuſable ou le plus foible ? Ou d’Adam qui re- çoit un ordre de Dieu même, qui lui déſobéit ſur une ſeule parole ; ou d’Ève, qui ſelon les apparences, connoît cette défenſe, que ſur le rapport de ſon mari : S’il eſt le chef, il doit avoir plus de force & de vertu. Que ne montre-t-il donc ſa ſupériorité par ſa ſageſſe ? Que ne donne-t-il des leçons d’obéiſſance à ſa femme ? Que ne l’abandonne-t-il dans ſa révolte ? Le force-t-elle d’y conſentir ? Cherche-t-elle à le séduire par ſes faveurs ? Elle ne fait que lui propoſer, & mange auſſi-tôt. Lâche complaiſance & qui deshonore la prétendue ſupériorité de l’homme.
Le démon qui veut ſurprendre nos premiers parens, anime les organes du ſerpent pour le faire parler, ſans que cet animal ſçut ce qu’il diſoit. Ève venoit d’être produite ; elle voyoit les animaux qui leur étoient parfaitement ſoumis. Ne pouvoit-elle pas douter, s’il n’y en avoit pas parmi eux quelques uns doués du don de la parole ; ou ſi ce n’étoit pas un Ange, qui par une permiſſion ſpéciale, lui parloit par l’organe de cet animal, pour éprouver ſa vertu ? Elle n’avoit certainement pas alors plus d’idée d’un Ange, que d’un démon. Peut-être même, ni l’exiſtence, ni la chûte de ces eſprits, ne lui étoient-elles pas connuës, pour pouvoir ſe défier de leur malice ? Cette inſinuation de la part d’un ſerpent, devoit à la vérité, la rendre circonſpecte ſur ce qu’elle devoit faire. Adam connoiſſoit la nature des animaux, il leur avoit impoſé des noms. Ève n’avoit peut-être pas été témoin de cette nomination. Le ſerpent s’adreſſe à elle ; pourquoi Dieu, lui dit-il, vous a-t-il défendu de manger du fruit de tous les arbres ? Cette demande eſt équivoque ; elle peut ſignifier, ou que Dieu avoit défendu de manger d’un certain fruit, ou en général de tous les fruits : Il veut lui persuader que tous les fruits étant également bons, l’usage lui doit en être également permis. Que répond Ève ? Rien de plus juste. Nous mangeons du fruit des arbres ; mais pour le fruit de l’arbre qui est au milieu, Dieu nous défend d’en user, de crainte que nous mourions. Vous ne mourerez pas, répond le serpent, vous serez comme des Dieux, le bien & le mal. Ève regarde ce fruit qui lui paroît beau ; flatée par cette promesse, elle en mange. Elle croît si peu être trompée, qu’elle ne dit pas à Adam, un ſerpent m’a parlé, il m’a dit que ce fruit étoit excellent ; elle le lui préſente, & l’imprudent en mange, ſans s’informer ſi Dieu lui a parlé pour lever ſa défenſe. Dira-t-on pour le juſtifier, que c’eſt Ève qui lui préſente le fruit ? Eh ! qui ſçait ſi le ſerpent lui eût parlé le premier, s’il n’eut pas fait envers Ève, ce qu’elle fit à ſon égard ? Si le démon lui parle la premiere, ce n’eſt pas qu’elle ſoit plus foible, plus facile à ſéduire ; c’eſt qu’il veut par elle tenter ſon mari. une preuve encore plus ſenſible, qu’Adam eſt le plus coupable ? C’eſt la conduite que Dieu tient envers lui après ſa deſobéiſſance. C’eſt à lui qu’il s’adreſſe le premier, Adam, où êtes-vous ? Il ne dit pas Ève, parce que vous avez mangé du fruit que je vous avois défendu, que vous avez ſéduit votre mari, que vous l’avez fait tomber, que vous avez écouté la voix du ſerpent, je vous affligerai de pluſieurs maux ; il n’apporte pas pour la condamner, ces différentes raiſons. Sa deſobéiſſance ſeule fait ſon crime & ſa condamnation. Adam eſt le plus criminel, & c’eſt à lui qu’il dit : Parce que vous avez écouté la voix de votre épouſe, que vous avez mangé du fruit défendu… Que nous montrent ces paroles ? Que la défenſe fut intimée à Adam par la bouche de Dieu même, qui lui reproche de l’avoir violée ; & que ſa complaiſance pour ſon épouſe, fait ſon péché. Complaiſance d’autant plus lâche, qu’elle n’avoit employé ni ruſes, ni artifices ; mais qu’elle lui avoit dit ſeulement, que le fruit lui paroiſſoit bon. La tentation à laquelle l’expoſoit une propoſition auſſi ingénue, & à laquelle il ſuccombe, ne marque-t-elle pas bien ſa foibleſſe ? Ève fut trompée, dit Cajètan, par une créature d’une intelligence & d’une ſagacité très-élevée ; circonſtance qui ne ſe trouvant pas à l’égard d’Adam, diminuë beaucoup le crime d’Ève, pendant qu’il aggrave le ſien. Dieu le marque dans toutes ſes paroles. Il ne dit pas, voici Adam & Ève, comme l’un de nous. Cette eſpèce d’ironie eſt pour Adam ſeul. Il le fait ſortir du Paradis terreſtre, Ève en ſort auſſi ; mais c’eſt Adam ſeul qui en eſt chaſſé, ſelon l’expreſſion de l’Écriture. Expreſſion qui déſigne comme le plus criminel, celui auquel elle eſt appliquée. Adam veut-il s’excuſer ? Il fait connoître qu’il comprend les ſuites de ſa faute par ſon excuſe ; mais ſon orgueil lui fait rejetter ſur ſon épouſe, la faute qu’il a commiſe par foibleſſe. Il conçut alors contre elle une averſion ſecrette, qu’il ſemble nous avoir tranſmiſe ; inclination mauvaiſe qui nous fait accuſer les femmes d’être la cauſe de toutes nos foibleſſes, qui nous porte à plaiſanter malicieuſement ſur leur chapitre, & à humilier un Sexe qui nous eſt ſi cher.
La punition d’Ève paroît plus rigoureuſe que celle d’Adam, & un Dieu juſte puniroit-il plus ſévérement le moins coupable ? Les douleurs de l’enfantement ſont à la vérité bien ſenſibles ; mais je trouve que Dieu les tempère par des conſolations qui les rendent plus ſupportables que le châtiment de l’homme. La grace du Sacrement, la conſolation de donner des créatures à la Religion & à l’État, le plaiſir de renaître dans des enfans que la nature nous rend ſi chers, en adouciſſent l’amertume, & compenſent bien ces douleurs qui ſont paſſageres, & peu violentes même dans la plupart des femmes. ne les expoſent que par accident au péril de la mort, puiſqu’il en eſt ſi peu qui en ſoient la victime. La providence, dans ce cas, diſpenſe même du devoir du mariage, celles qui ne peuvent enfanter qu’au danger de leur vie. L’homme, au contraire, eſt condamné à un travail opiniâtre pendant tout le temps de ſa vie, il doit manger ſon pain à la ſueur de ſon front, travailler pour ſa famille : Le gouvernement, le ſoin des affaires, la défenſe des Royaumes & des Villes ſont ſon partage & ſon occupation pénible : Une vie ſi laborieuſe, n’eſt elle pas un martyre conti- nuel, beaucoup plus ſenſible par ſa durée, que la douleur paſſagère de l’enfantement.
a ſeule inégalité qui diſtingue la femme de l’homme, eſt la dépendance civile à laquelle Dieu l’a ſoumiſe, & que je ne trouve bien exprimée que dans . Qu’on ne m’apporte pas pour la prouver, les paroles de la
Vous ſerez ſous la puiſſance de votre mari, & il vous dominera. L’Hébreux & la Vulgate ne ſont pas d’accord ſur ce texte, ils l’expriment d’une maniere qui forme un ſens bien différent, & comme l’une & l’autre interprétation, eſt également reçuë dans l’Égliſe, il ſera toujours permis d’admettre celle qu’on voudra. Le mari eſt le chef de la femme, dit l’Apôtre, comme eſt le chef de l’Égliſe. Comme l’Égliſe eſt ſoumiſe à , les femmes doivent être ſoumiſes à leurs maris La domination que exerce envers l’Égliſe, n’eſt pas
une domination tyrannique. C’eſt un gouvernement plein de ſageſſe & de douceur. Si la femme doit ́être ſoumiſe à ſon mari, comme l’Égliſe l’eſt à cette ſoumiſſion ne regarde que les devoirs & les engagemens du mariage, & elle ne la doit à l’homme, qu’autant qu’elle lui eſt unie. Si elle eſt dépendante, celui qui domine par elle & qui eſt ſon maître, eſt auſſi ſon amant, dit . Elle n’eſt pas la ſervante, mais la compagne de l’homme ; c’eſt un autre lui-même, puiſqu’ils ne ſont qu’une même perſonne dans un même corps. C’eſt une ſoumiſſion reſpectueuſe qui conſiſte dans la déférence, les bienſéances & les égards qu’un égal doit à ſon égal, un ami à ſon ami. Elle n’ôte pas à la femme le droit de commander dans ſa maiſon, de diſpoſer de ce qui regarde le bien de ſon domeſtique, de concert avec un mari ſage & prudent ; ou de ſuppléer à ſon défaut, quand l’entêtement, le caprice, ou la débauche l’empêchent de pourvoir à ce qui concerne le bon ordre. L’union du mariage eſt une union de volonté, une union de corps, une union d’intérêt. L’homme n’eſt pas plus le maître de ſa volonté que de ſon corps, il eſt ſoumis en tous ces points à ſon épouſe, comme elle lui eſt ſoumiſe. Qu’elle injure à la ſainteté du mariage, que de penſer que la ſupériorité de l’homme conſiſte à faire ce qu’il lui plaît, & qu’il ne dépend de ſa femme, que dans la diſpoſition de ſon corps ! Si l’union du mariage ne conſiſtoit que dans cette dépendance du côté du corps, une alliance ſi ſainte ne ſeroit plus qu’une union purement animale. Si les perſonnes mariées ne font qu’un dans une même chair, c’eſt autant par l’union des volontés que par celle des corps. Le lien qui les unit consistant dans cette dépendance respective & mutuelle, il exclut dès-lors tout ce qui respire le despotisme absolu & la servitude, parce qu’il ne peut subsister que par une entiere égalité. L’homme est comptable à son épouse de sa volonté, de ses actions, de ses plaisirs ; parce que son bien, son corps lui appartiennent : Son épouse lui est également comptable en tous ces points. N’est-ce pas de cette dépendance relative que naît le droit que la femme a de répudier un mari adultère, comme il a celui de ſe ſéparer d’une épouſe infidelle. Si l’homme, comme chef, a le droit de commander dans ſon domeſtique, de diſpoſer de ce qui regarde l’ordre de ſa maiſon, l’établiſſement de ſes enfans ; il ne le doit faire que d’intelligence avec ſon épouſe, qui eſt ſon amie & ſa compagne. Si Sara appelloit Abraham ſon Seigneur, c’étoit par reſpect qu’elle lui donnoit ce nom. Abraham ne faiſoit rien ſans ſon conſeil. Il changea même ſon nom, qui étoit Reſcha, en celui de Saraï, qui ſignifie Madame ou ma Princeſſe. Il vouloit l’honorer de ce nom, parce qu’elle l’ap- pelloit ſon Seigneur. Dieu lui-même, dans l’alliance qu’il contracta avec lui, lui ordonna de changer le nom de Saraï en celui de Sara, qui ſignifie Dame ou Princeſſe. Preuve certaine de l’égalité qui ſubſiſtoit entr’eux, & qui ſubſiſte encore aujourd’hui entre l’homme & la femme.
e desire que vous sçachiez que est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, & que Dieu est le chef de On fonde sur ce texte la supériorité des hommes : Examinons la solidité de la preuve. Quel but se propose ici ? Il doit confirmer les Corinthiens dans les réglemens qu’il a preſcrit ſur les bienſéances & la modeſtie que les femmes doivent obſerver dans l’Égliſe. Je deſire, leur dit-il, que vous ſçachiez que l’homme eſt le chef de la femme, & que tout homme qui prie ou qui prophêtiſe ayant la tête couverte, deshonore ſa tête. Quelques femmes dans ces premiers temps, s’imaginoient avoir le droit de prophêtiſer comme les hommes, & elles ſe ſervoient de ce prétexte pour paroître ſans voile. L’Apôtre leur fait voir que l’homme eſt le chef, c’eſt-à-dire le maître, que la femme doit écouter quand il s’agit de parler des myſteres de la Religion, & d’en inſtruire les autres dans l’Égliſe, qu’à lui ſeul appartient ce droit par l’inſtitution de Dieu ; ce n’eſt donc pas la ſupériorité de l’homme en ce qui concerne le mariage, qu’il veut établir ici ; mais le miniſtere divin communiqué à l’homme ſeul. Ce n’eſt pas que Dieu n’ait donné quelquefois le don de prophêtie à des femmes, il l’a accordé à Marie sœur de Moïſe, à Debora, à la femme d’Iſaye, à Anne mere de Samuel, à Holda. Nous voyons dans la loi nouvelle Anne la Prophêteſſe, les filles de Philippe Diacre. Faveurs remarquables que Dieu leur a accordé dans certain temps, pour faire connoître que cette créature lui eſt auſſi chère que l’homme, auſſi capable de traiter les choſes Divines. Si l’Apôtre défend aux femmes de s’ingérer dans le miniſtere, ce n’eſt qu’à l’égard de celles qui n’ayant pas reçu l’inſpiration Divine, s’approprioient ce droit ; il ne leur défend de parler dans l’Égliſe que pour empêcher le trouble & la confuſion.
Vous vous trompez, ſi vous croyez que ordonne aux femmes de porter un voile & une longue chevelure en marque de leur ſoumiſſion. Si l’homme eſt la gloire de Dieu, la femme eſt la gloire de l’homme, ce n’eſt pas parce qu’elle lui eſt ſoumiſe, mais parce qu’elle eſt produite de la chair de l’homme, à qui il eſt glorieux d’avoir fourni la matiere pour produire une créature auſſi noble. Homme, vous êtes la gloire de Dieu, il vous a créé par lui-même, mais il s’eſt ſervi de vous pour créer la femme, & c’eſt en cela qu’elle fait votre gloire. Vous n’avez pas été créé pour la femme, mais la femme a été créée pour vous, pour être votre compagne, pour con- courir avec vous à la propagation du genre humain. C’est dans ce sens, continue l’Apôtre, que l’homme n’est pas sans la femme, & la femme sans l’homme, c’est-à-dire, que quoiqu’il paroisse à l’extérieur & dans le civil une inégalité entre l’un & l’autre, il n’en est pas de même à l’égard de Dieu, qui vous ayant créé égaux, vous a également rachetés. Comme la femme au commencement a été tirée de l’homme, außi l’homme maintenant vient de la femme. Raison admirable qui vous apprend à ne pas vous élever au-dessus d’elle : Si la femme a été produite une ſeule fois de votre chair, la femme a ſur vous cet avantage beaucoup plus précieux, qu’elle concoure d’une maniere plus parfaite à la propagation, parce qu’elle vous donne d’une maniere plus particuliere, l’origine & la naiſſance.
Le voile que éxige des femmes, marque ſi peu leur dépendance, que ce n’eſt que par reſpect pour les Anges, qu’il leur ordonne de le porter dans le Temple. Il demande qu’elles paroiſſent le viſage caché dans l’Égliſe, pour ne pas être l’objet involontaire de la diſtraction que les charmes de leur inno- cente beauté pourroient cauſer aux Miniſtres & aux hommes. C’eſt donc par reſpect pour le Dieu qu’on adore dans les Temples, & par égard à la foibleſſe des hommes, qui pourroient s’occuper des attraits de la créature dans le temps qu’ils ne doivent ſonger qu’au Créateur, que leur impoſe cette obligation. Ce voile eſt une marque de modeſtie & de vertu qu’il éxige d’elles. C’eſt dans cet eſprit qu’il leur dit ; qu’il eſt honorable aux femmes de laiſſer croître leurs cheveux, parce qu’ils peuvent leur ſervir comme d’un voile, pour adoucir l’éclat de leur beauté, par un air de modeſtie qu’ils leur donnent. Il parle ſelon l’uſage de ſon ſiecle, ou conſéquemment à ce qu’il veut perſuader aux femmes, quand il ajoûte, qu’il eſt honteux à l’homme de laiſſer croître ſes cheveux ! La nature ne fait rien d’inutile. Dieu n’a pas donné aux hommes & aux femmes, cette multitude de cheveux qui couvrent têtes, pour que les uns les coupent ou les entretiennent plutôt que les autres. La Religion n’a jamais rien décidé ſur ce ſujet ; elle défend ſeulement le luxe & la vanité. Nous ne faiſons pas un ſujet de con- feſſion aux femmes, de ne pas porter de chevelure pendante, comme le preſcrit ; mais de les entretenir avec trop de ſoin, & d’en faire le ſujet de leur vanité. Les uſages particuliers ont chez les Nations. La longue chevelure chez nos Gaulois, étoit une marque de ſupériorité, le peuple & les ſerfs avoient les cheveux courts, ou la tête raſée. avoit raiſon de parler ainſi dans un temps où les femmes ſeules portoient de longs cheveux. Il devoit alors paroître honteux à des hommes de vouloir affecter un ornement extérieur, qui n’étoit en uſage que chez les femmes.
Quel eſt l’homme raiſonnable qui puiſſe ſe contenir quand il entend le commun de nos Théologiens, établir la ſoumiſſion des femmes ? la fonde-t-il ? Pitoyables preuves que celles qu’ils apportent. Ils l’établiſſent, la loi naturelle, qui veut que celui qui a le plus de jugement & de conduite, gouverne celui qui en a moins. la loi poſitive, qui ſoumet la femme à l’homme, à cauſe de ſon péché. la loi de l’Évangile, qui renouvelle cette obligation. l’ordre de la création, parce que la femme n’a pas été créée la premiere, & que l’homme n’a pas été formé de la femme ; mais celle-ci de l’homme. le droit des gens. De ces cinq raiſons la établie ſur le texte de la Géneſe, texte ſuſceptible de différens ſens, ne prouve rien. La eſt vraie en regardant cette dépendance, comme purement légale & civile. La1, , ſont futiles & ridicules. La1 eſt fauſſe & démentie par la ſeconde ; car ſi c’eſt préciſément en punition du péché, que la femme eſt ſoumiſe, cette ſoumiſſion n’eſt donc pas une ſuite de ſa nature & de ſa création. Maritum habere Dominum, meruit mu- lieris non natura sed culpa. Quand dit que l’ordre naturel demande, que les femmes soient soumises, parce qu’il est nécessaire que la raison du plus foible, céde à celle de celui qui est le plus fort, on nous permettra de ne pas penser comme lui en ce point, ni dans ce qu’il avance ensuite ; que dans la loi de Moïse, il a été permis à un homme d’avoir plusieurs femmes, & non pas à une femme d’avoir plusieurs maris ; ce qui vient selon lui, de ce que ceux qui sont nés pour commander, aiment naturellement la singularité : Un Maître, dit-il, peut bien avoir plusieurs serviteurs, mais un serviteur ne peut servir plusieurs maîtres. Cette raison nullement recevable, pourroit-elle prouver la soumission des femmes ? S’il a été défendu à une femme d’avoir plusieurs maris, n’est-ce pas parce que le commerce d’une seule femme avec plusieurs, est contraire à la fin de la génération ; mais un homme peut avoir plusieurs femmes, parce que le commerce d’un seul, multiplié & partagé entre plusieurs femmes, contribue à la propagation en exerçant leur fécondité. Chez les peuples où la Polygamie étoit en uſage, l’époux ſe partageoit également entre ſes épouſes, il les voyoit tour à tour. Les Rois de Perſe ne ſe diſpenſoient pas même de cette régle. Pour avancer que la loi naturelle qui veut, que celui qui a plus de jugement & de raiſon, ſoit ſupérieur à celui qui en a le moins, ait lieu dans ce point, il faudroit être en état de prouver, que les femmes en ont moins que les hommes ; ce qui eſt abſolument faux. Une pareille théſe feroit peu d’honneur à celui qui la ſoutiendroit ; elle ſeroit la meilleure preuve du peu de bon ſens des hommes qui en deviendroient partisans. Dieu a donné à l’ame de la femme, les mêmes qualités qu’à celle de l’homme ; il lui a par conséquent accordé autant de jugement & de raison. Nulle loi divine ne les a jamais positivement exclu du ministere, ou du gouvernement civil, pour un semblable défaut. Si le Seigneur les a du Sacerdoce, ce n’est ni par défaut de jugement, ni de vertu ; mais par une espèce de bienséance, qu’il attribue ce droit à l’homme. Les exemples de tous les siécles, qui ont produit tant de femmes sçavantes & vertueuſes dans le gouvernement, ſont des argumens on ne jamais, à moins qu’on ne diſe qu’en cela, Dieu a fait une exception dans l’uſage ordinaire ; alors ce ſeroit avouer ce que je ſoutiens, parce que toute exception confirme la régle.
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The end
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