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à l’eſprit de la royne de Nauarre.
ſprit abſtraict, rauy, & ecſtatic, Qui frequentant les cieulx, ton origine, As delaiſſé ton hoſte & domeſtic, Ton corps concords, qui tant ſe morigine A tes edictz, en vie peregrine Sans ſentement, & comme en Apathie : Vouldrois tu poinct faire quelque ſortie De ton manoir diuin, perpetuel ? Et ça bas veoir vne tierce partie Des faictz ioyeux du bon Pantagruel ?
enry par la grace de Dieu Roy de France, au Preuoſt de Paris, Bailly de Rouen, Seneſchaulx de Lyon, Tholouze, Bordeaux, Daulphine, Poictou, & a tous nos autres iuſticiers & officiers, ou a leurs lieutenans, & a chaſcun d’eulx ſi comme a luy appartiendra, ſalut & dilection. De la partie de noſtre cher & bien ayme Rabelais docteur en medicine, nous a eſte expoſe que icelluy ſuppliant ayant par cy deuant baille a imprimer pluſieurs liures : en Grec, Latin, François, & Thuſcan, meſmement certains volumes des faicts & dicts Heroïques de Pantagruel, non moins vtiles que delectables : les Imprimeurs auroient iceulx liures corrompuz, deprauez, & peruertiz en pluſieurs endroictz. Auroient d’auantaige imprimez pluſieurs autres liures ſcandaleux, ou nom dudict ſuppliant, a ſon grand deſplaiſir, preiudice, & ignommie, par iuy totalement deſaduouez comme faulx & ſuppoſez : leſquelz il deſireroit ſoubs noſtre bon plaiſir & volonté ſupprimer. Enſemble les autres ſiens aduouez, mais deprauez & deſguiſez, comme dict eſt, reueoir & corriger & de nouueau reimprimer. Pareillement mettre en lumière & vente la ſuitte des faicts & dicts Heroïques de Pantagruel. Nous humblement requerant ſurce, luy octroyer nos letres a ce neceſſaires & conuenables. Pource eſt il que nous enclinans liberalement a la ſupplication & requeſte dudict Rabelais expoſant, & deſirans le bien & fauorablement traicter en ceſt endroict. A icelluy pour ces cauſes & autres bonnes conſiderations a ce nous mouuans, auons permis accordé & octroyé. Et de noſtre certaine ſcience pleine puiſſance & auctorite Royal, permettons accordons & octroyons par ces preſentes, qu’il puiſſe & luy ſoit loiſible par telz imprimeurs qu’il aduiſera faire imprimer, & de nouueau mettre & expoſer en vente tous & chaſcuns leſdicts liures & ſuitte de Pantagruel par luy compoſez & entreprins, tant ceulx qui ont ia eſte imprimez, qui ſeront pour ceſt effect par luy reueuz & corrigez. Que auſſi ceulx qu’il delibere de nouuel mettre en lumiere. Pareillement ſupprimer ceulx qui faulcement luy font attribuez. Et affin qu’il ayt moyen de ſupporter les fraiz neceſſaires a l’ouuerture de ladicte impreſſion : auons par ces preſentes treſexpreſſement inhibe & deſſendu, inhibons & deſſendons a tous autres libraires & imprimeurs de ceſtuy noſtre Royaulme, & autres nos terres & ſeigneuries, qu’ilz n’ayent a imprimer ne faire imprimer mettre & expoſer en vente aucuns des deſſuſdicts liures, tant vieux que nouueaux, durant le temps & terme de dix ans enſuiuans & conſecutifz, commencans au iour & dacte de l’impreſſion deſdicts liures ſans le vouloir & conſentement dudict expoſant, & ce ſur peine de confiſcation des liures qui ſe trouuerront auoir eſte imprimez au preiudice de celle noſtre preſente permiſſion, & d’amende arbitraire.
Si voulons & vous mandons & a chaſcun de vous endroict ſoy & ſi comme a luy appartiendra, que nos preſens conge licence & permiſſion, inhibitions & deſſenſes, vous entretenez gardez & obſeruez. Et ſi aucuns eſtoient trouuez y auoir contreuenu, procedez & faictes procéder a l’encontre d’eulx, par les peines ſuſdictes & autrement. Et du contenu cy deſſus faictes, ledict ſuppliant iouyr & vſer plainement & paiſiblement durant ledict temps a commencer & tout ainſi que deſſus eſt dict. Ceſſans & faiſans ceſſer tous troubles & empeſchemens au contraire : car tel eſt noſtre plaiſir. Nonobſtant quelzconques ordonnances, reſtrinctions, mandemens, ou deſſenſes a ce contraires. Et pource que de ces preſentes lon pourra auoir a faire en pluſieurs & diuers lieux, Nous voulons que au vidimus d’icelles, faict ſoubs ſeel Royal, ſoy ſoit adiouſtee comme a ce preſent original.
Donne a ſainct Germain en laye le ſixieſme iour d’Aouſt, L’an de grace mil cinq cens cinquante. Et de noſtre regne le quatreieſme.
Par le Roy, le cardinal de Chaſtillon præſent.
M. François Rabelais povr le tiers livre des faicts et dicts heroiqves dv bon Pantagrvel.
onnes gens, Beuueurs treſilluſtres, & vous Goutteux treſprecieux, veiſtez vous oncques Diogenes le philoſophe Cynic ? Si l’auez veu, vous n’auiez perdu la veue : ou ie ſuis vrayement foriſſu d’intelligence, & de ſens logical. C’eſt belle choſe veoir la clairté du (vin & eſcuz) Soleil. I’en demande à l’aueugle né tant renommé par les treſſacrées bibles : lequel ayant option de requerir tout ce qu’il vouldroit, par le commendement de celluy qui eſt tout puiſſant, & le dire duquel eſt en vn moment par effect repreſenté, rien plus ne demanda que veoir. Vous item n’eſtiez ieunes. Qui eſt qualité competente, pour en vin, non en vain, ainſi plus que phyſicalement philoſopher, & deſormais eſtre du conſeil Bacchicque : pour en lopinant opiner des ſubſtance, couleur, odeur, excellence, eminence, proprieté, faculté, vertus, effect, & dignité du benoiſt & deſiré piot. Si veu ne l’auez (comme facilement ie ſuis induict à croire) pour le moins auez vous ouy de luy parler. Car par l’aër & tout ce ciel eſt ſon bruyt & nom iusques à preſent reſté memorable & celebre aſſez : & puys vous eſtez tous du ſang de Phrygie extraictz, (ou ie ne me abuſe) & ſi n’auez tant d’eſcuz comme auoit Midas, ſi auez vous de luy ie ne ſçay quoy, que plus iadis louoient les Perſes en tous leurs Otacuſtes : & que plus ſoubhaytoit l’empereur Antonin : dont depuys feut la ſerpentine de Rohan ſurnommée Belles aureilles. Si n’en auez ouy parler, de luy vous veulx preſentement vne hiſtoire narrer, pour entrer en vin, (beuuez doncques) & propous, (eſcoutez doncques). Vous aduertiſſant (affin que ne ſoyez pippez comme gens meſcreans) qu’en ſon temps il feut philoſphe rare, & ioyeux entre mille. S’il auoit quelques imperfections : auſſi auez vous, auſſi auons nous. Rien n’eſt, ſi non Dieu, perfaict. Si eſt ce que Alexandre le grand, quoy qu’il euſt Ariſtoteles pour Præcepteur & domeſtic, l’auoit en telle eſtimation, qu’il ſoubhaytoit en cas que Alexandre ne feuſt, eſtre Diogenes Sinopien.
Quand Philippe roy de Macedonie entreprint aſſieger & ruiner Corinthe, les Corinthiens par leurs eſpions aduertiz, que contre eulx il venoit en grand arroy & exercite numereux, tous feurent non à tort eſpouentez, & ne feurent negligens ſoy ſoigneuſement mettre chaſcun en office & debuoir, pour à ſon hoſtile venue, reſiſter, & leur ville defendre. Les vns des champs es fortereſſes retiroient meubles, beſtail, grains, vins, fruictz, victuailles, & munitions neceſſaires. Les autres remparoient , dreſſoient baſtions, eſquarroient rauelins, cauoient foſſez, eſcuroient contremines, gabionnoient defenſes, ordonnoient plates formes, vuidoient chaſmates, rembarroient faulſes brayes, erigeoient caualliers, reſſapoient contreſcarpes, enduiſoient courtines, taluoient parapetes, enclauoient barbacanes, aſſeroient machicoulis, renouoient herſes Sarrazinesques, & Cataractes, aſſoyoient ſentinelles, foriſſoient patrouilles. Chaſcun eſtoit au guet, chaſcun portoit la hotte. Les vns poliſſoient corſeletz, verniſſoient alecretz, nettoyoient bardes, chanfrains, aubergeons, briguandines, ſalades, bauieres, cappelines, guiſarmes, armetz, mourions, mailles, iazerans, braſſalz, taſſettes, gouſſetz, guorgeriz, hoguines, plaſtrons, lamines, aubers, pauoys, boucliers, caliges, greues, ſoleretz, eſprons. Les autres appreſtoient arcs, fondes, arbaleſtes, glands, catapultes, phalarices, micraines, potz, cercles, & lances à feu : baliſtes, ſcorpions, & autres machines bellicques repugnatoires & deſtructiues des Helepolides. Eſguiſoient vouges, picques, rancons, halebardes, hanicroches, volains, lancers, azes guayes, fourches fières, parthiſanes, maſſues, haſches, dards, dardelles, iauelines, iauelotz, eſpieux. Affiloient cimeterres, brands d’aſſier, badelaires, paſſuz, eſpées, verduns, eſtocz, piſtoletz, viroletz, dagues, mandouſianes, poignars, couſteaulx, allumelles, raillons. Chaſcun exerceoit ſon penard : chaſcun deſrouilloit ſon braquemard. Femme n’eſtoit, tant preude ou vieille feuſt, qui ne feiſt fourbir ſon harnoys : comme vous ſçauez que les antiques Corinthiennes eſtoient au combat couraigeuſes.
Diogenes les voyant en telle ferueur meſnaige remuer, & n’eſtant par les magiſtratz enployé à choſe aulcune faire, contempla par quelques iours leur contenence ſans mot dire : puys comme excité d’eſprit Martial, ceignit ſon palle en eſcharpe, recourſa ſes manches iusques es coubtes, ſe trouſſa en cueilleur de pommes, bailla à vn ſien compaignon vieulx ſa bezaſſe, ſes liures, & opiſtographes, feit hors la ville tirant vers la Cranie (qui eſt vne colline & promontoire lez Corinthe) vne belle eſplanade : y roulla le tonneau fictil, qui pour maiſon luy eſtoit contre les iniures du ciel, & en grande vehemence d’eſprit deſployant ſes braz le tournoit, viroit, brouilloit, barbouilloit, herſoit, verſoit, renuerſoit, grattoit, flattoit, barattoit, baſtoit, boutoit, butoit, tabuſtoit, cullebutoit, trepoit, trempoit, tapoit, timpoit, eſtouppoit, deſtouppoit, detraquoit, triquotoit, chapotoit, croulloit, elançoit, chamailloit, branſloit, eſbranloit, leuoit, lauoit, clauoit, entrauoit, bracquoit, bricquoit, blocquoit, tracaſſoit, ramaſſoit, claboſſoit, afeſtoit, baffouoit, enclouoit, amadouoit, goildronnoit, mittonnoit, taſtonnoit, bimbelotoit, claboſſoit, terraſſoit, biſtorioit, vreloppoit, chaluppoit, charmoit, armoit, gizarmoit, enharnachoit, empennachoit, carapaſſonnoit, le deualloit de mont à val, & præcipitoit par le Cranie : puys de val en mont le rapportoit, comme Siſyphus faict ſa pierre : tant que peu s’en faillit, qu’il ne le defonçaſt. Ce voyant quelq’vn de ſes amis, luy demanda, quelle cauſe le mouuoit, à ſon corps, ſon eſprit, ſon tonneau ainſi tormenter ? Auquel reſpondit le philoſophe, qu’à autre office n’eſtant pour la republicque employé, il en ceſte façon ſon tonneau tempeſtoit, pour entre ce peuple tant feruent & occupé, n’eſte veu ſeul ceſſateur & ocieux.
Ie pareillement quoy que ſoys hors d’effroy, ne ſuis toutesfoys hors d’eſmoy : de moy voyant n’eſtre faict aulcun pris digne d’œuure, & conſyderant par tout ce treſnoble royaulme de France, deça, delà les mons, vn chaſcun auiourd’huy ſoy inſtantement exercer & trauailler : part à la ſortification de la patrie, & la defendre : part au repoulſement des ennemis, & les offendre : le tout en police tant belle, en ordonnance ſi mirificque, & à profit tant euident pour l’aduenir (Car deſormais ſera France ſuperbement bournée, ſeront François en repous aſceurez) que peu de choſe me retient, que ie n’entre en l’opinion du bon Heraclitus, affermant guerre eſtre de tous biens père : & croye que guerre ſoit en Latin dicte belle, non par Antiphraſe, ainſi comme ont cuydé certains rapetaſſeurs de vieilles ferrailles Latines, par ce qu’en guerre guères de beaulté ne voyoient : mais abſolument, & ſimplement par raiſon qu’en guerre apparoiſſe tout eſpece de bien & beau, ſoit decelée toute eſpece de mal & laidure. Qu’ainſi ſoit, le Roy ſaige & pacific Solomon, n’a ſceu mieulx nous repræſenter la perfection indicible de la ſapience diuine, que la comparant à l’ordonnance d’vne armée en camp.
Par doncques n’eſtre adſcript & en ranc mis des noſtres en partie offenſiue, qui me ont eſtimé trop imbecile & impotent : de l’autre qui eſt defenſiue n’eſtre employé aulcunement, feuſt ce portant hotte, cachant crotte, ployant rotte, ou caſſant motte, tout m’eſtoys indifferent : ay imputé à honte plus que mediocre, eſtre veu ſpectateur ocieux de tant vaillans, diuers, & cheualereux perſonnaiges, qui en veue & ſpectacle de toute Europe iouent ceſte inſigne fable & Tragicque comedie : ne me eſuertuer de moy-meſmes, & non y conſommer ce rien mon tout, qui me reſtoit. Car peu de gloire me ſemble accroiſtre à ceulx qui ſeulement y emploient leurs œilz, au demeurant y eſpargnent leurs forces : celent leurs eſcuz, cachent leur argent, ſe grattent la teſte auecques vn doigt, comme landorez deſgouſtez, baiſlent aux mouſches comme Veaulx de diſme, chauuent des aureilles comme aſnes de Arcadie au chant des muſiciens, & par mines en ſilence : ſignifient qu’ilz conſentent à la proſopopée.
Prins ce choys & election, ay penſé ne faire exercice inutile & importun, ſi ie remuois mon tonneau Diogenic, qui ſeul m’eſt reſté du naufrage faict par le paſſé on far de Mal’encontre. A ce triballement de tonneau, que feray ie en voſtre aduis ? Par la Vierge qui ſe rebraſſe, ie ne ſçay encores. Attendez vn peu que ie hume quelque traict de ceſte bouteille : c’eſt mon vray & ſeul Helicon : c’eſt ma fontaine Caballine : c’eſt mon unicque Enthuſiaſme. Icy beuuant ie delibère, ie diſcours, ie reſoulz & concluds. Apres l’epilogue ie riz, i’eſcripz, ie compoſe, ie boy. Ennius beuuant eſcripuoit, eſcripuant beuuoit. Æſchylus (ſi à Plutarche foy auez in Sympoſiacis) beuuoit compoſant, beuuant compoſoit. Homere iamais n’eſcriuit à ieun. Caton iamais n’eſcripuit que apres boyre. Affin que ne me dictez ainſi viure ſans exemple des biens louez mieulx priſez. Il eſt bon & frays aſſez, comme vous diriez ſus le commencement du ſecond degré : Dieu le bon Dieu Sabaoth, (c’eſt à dire des armées) en ſoit eternellement loué. Si de meſmes vous autres beuuez vn grand ou deux petitz coups en robbe, ie n’y trouue inconuenient aulcun, pour veu que du tout louez Dieu : vn tantinet.
Puys doncques que telle eſt ou ma ſort ou ma deſtinée : (car à chaſcun n’eſt oultroyé entrer & habiter Corinthe) ma deliberation eſt ſeruir & es vns & es autres : tant s’en fault que ie reſte ceſſateur & inutile. Envers les vaſtadours, pionniers & rempareurs ie feray ce que feirent Neptune & Apollo en Troie ſoubs Laomedon, ce que feit Renaud de Montaulban ſus ſes derniers iours : ie ſeruiray les maſſons, ie mettray bouillir pour les maſſons, & le paſt terminé au ſon de ma muſette meſureray la muſarderie des muſars. Ainſi fonda, baſtit, & edifia Amphion ſonnant de la lyre la grande & celebre cité de Thebes. Enuers les guerroyans ie voys de nouueau percer mon tonneau. Et de la traicte (laquelle par deux præcedens volumes (ſi par l’impoſture des imprimeurs n’euſſent eſté peruertiz & brouillez) vous feuſt aſſez congneue) leurs tirer du creu de nos paſſetemps epicenaires vn guallant tiercin, & conſecutiuement vn ioyeulx quart de ſentences Pantagruelicques. Par moy licite vous ſera les appeler Diogenicques. Et ne auront, puys que compaignon ne peuz eſtre, pour Architriclin loyal refraiſchiſſant à mon petit povoir leur retour des alarmes : & laudateur, ie diz infatigable, de leurs proueſſes & glorieux faicts d’armes. Ie n’y fauldray par Lapathium acutum de Dieu : ſi Mars ne failloit à Quareſme. Mais il s’en donnera bien guarde le paillard.
Me ſouuient toutesfoys auoir leu, que Ptoleme filz de Lagus quelque iour entre autres deſpouilles & butin de ſes conqueſtes, præſentant aux Ægyptiens en plain theatre vn chameau Batrian tout noir, & vn eſclaue biguarré, tellement que de ſon corps l’vne part eſtoit noire, l’autre blanche : non en compartiment de latitude par le diaphragme, comme feut celle femme ſacrée à Venus Indicque, laquelle feut recongnue du philoſophe Tyanien entre le fleuue Hydaſpes, & le mont Caucaſe : mais en dimenſion perpendiculaire : choſes non encores veues en Ægypte, eſperoit par offre de ces nouueaultez l’amour du peuple enuers ſoy augmenter. Qu’en aduient il ? A la production du Chameau tous feurent effroyez & indignez : à la veue de l’homme biguarré aulcuns ſe mocquerent, autres le abhominerent comme monſtre infame, créé par erreur de nature. Somme, l’eſperance qu’il auoit de complaire à ſes Ægyptiens, par ce moyen extendre l’affection qu’ilz luy pourtoient naturellement, luy decoulla des mains. Et entendit plus à plaiſir & delices leurs eſtre choſes belles, eleguantes, & perfaictes, que ridicules & monſtrueuſes. Depuys eut tant l’Eſclaue que le Chameau en meſpris : ſi que bien touſt apres par negligence & faulte de commun traictement feirent de Vie à Mort eſchange. Ceſtuy exemple me faict entre eſpoir & craincte varier, doubtant que pour contentement propenſé, ie rencontre ce que ie abhorre : mon theſaur ſoit charbons : pour Venus aduieigne Barbet le chien : en lieu de les ſeruir, ie les faſche : en lieu de les eſbaudir, ie les offenſe : en lieu de leurs complaire : ie deſplaiſe : & ſoit mon aduenture telle que du Coq de Euclion tant celebré par Plaute en ſa Marmite, & par Auſone en ſon Gryphon, & ailleurs : lequel pour en grattant auoir deſcouuert le theſaur, eut la couppe guorgée. Aduenent le cas, ne ſeroit ce pour cheureter ? Auſtresfoys eſt il aduenu : aduenir encores pourroit. Non fera Hercules. Ie recongnois en eux tous vne forme ſpecificque, & proprieté indiuiduale, laquelle nos maieurs nommoient Pantagrueliſme, moienant laquelle iamais en mauluaiſe partie ne prendront choſes quelconques, ilz congnoiſtront ſourdre de bon, franc, & loyal couraige. Ie les ay ordinairement veuz bon vouloir en payement prendre, & en icelluy acquieſcer, quand debilité de puiſſance y a eſté aſſociée.
De ce poinct expédié, à mon tonneau ie retourne. Sus à ce vin compaings. Enfans beuuez à plein guodetz. Si bon ne vous ſemble, laiſſez le. Ie ne ſuys de ces importuns Lifrelofres, qui par force, par oultraige & violence, contraignent les Lans & compaignons trinquer, voire caros & alluz, qui pis eſt. Tout beuueur de bien, tout Goutteux de bien, alterez, venens à ce mien tonneau, s’ilz ne voulent ne beuuent : s’ilz voulent, & le vin plaiſt au guouſt de la ſeigneurie de leurs ſeigneuries, beuvent franchement, librement, hardiment, ſans rien payer, & ne l’eſpargnent. Tel eſt mon decret. Et paour ne ayez, que le vin faille, comme feiſt es nopces de Cana en Galilée. Autant que vous en tireray par la dille, autant vous en entonneray par le bondon. Ainſi demeurera le tonneau inexpuiſible. Il a fource viue, & vene perpetuelle. Tel eſtoit le brevaige contenu dedans la couppe de Tantalus repreſenté par figures entre les ſaiges Brachmanes : telles eſtoit en Iberie la montaigne de ſel tant celebrée par Caton : tel eſtoit le rameau d’or ſacré à la deeſſe ſoubterraine, tant celebré par Virgile. C’eſt vn vray Cornucopie de ioyeuſeté & raillerie. Si quelque foys vous ſemble eſtre expuyſé iusques à la lie, non pourtant ſera il à ſec. Bon eſpoir y giſt au fond, comme en la bouteille de Pandora : non deſeſpoir, comme on buſſart des Danaïdes.
Notez bien ce que i’ay dict, & quelle manière de gens ie inuite. Car (affin que perſonne n’y ſoit trompé) à l’exemple de Lucillius, lequel proteſtoit n’eſcrire que à ſes Tarentins & Conſentinois : ie ne l’ay perſé que pour vous Gens de bien, Beuueurs de la prime cuuée, & Goutteux de franc alleu. Les geans Doriphages aualleurs de frimars, ont au cul paſſions aſſez, & aſſez ſacs au croc pour venaiſon. Y vacquent s’ilz voulent. Ce n’eſt icy leur gibbier. Des cerueaulx à bourlet grabeleurs de corrections ne me parlez, ie vous ſupplie on nom & reuerence des quatre feſſes qui vous engendrerent : & de la viuificque cheuille, qui pour lors les coupploit. Des Caphars encores moins : quoy que tous ſoient beuveurs oultrez : tous verollez crouſteleuez : guarniz de leur alteration inextinguible, & manducation inſatiable. Pourquoy ? Pource qu’ilz ne font de bien, ains de mal : & de ce mal duquel iournellement à Dieu requerons eſtre deliurez : quoy qu’ilz contrefacent quelques foys des gueux. Oncques vieil cinge : ne feit belle moue. Arriere maſtins. Hors de la quarriere : hors de mon Soleil Cahuaille au Diable. Venez vous icy culletans articuler mon vin & compiſſer mon tonneau. Voyez cy le baſton que Diogenes par teſtament, ordonna eſtre près luy porté après ſa mort, pour chaſſer & eſrener ces larues buſtuaires, & maſtins Cerbericques. Pourtant arriere, Cagotz. Aux ouailles, maſtins. Hors d’icy, Caphards de par le Diable, hay. Eſtez vous encores là ? Ie renonce ma part de Papimanie, ſi ie vous happe. G22. g222. g222222. Dauant, dauant. Iront ilz ? Iamais ne puiſſiez vous fianter, que à ſanglades d’eſtriuieres. Iamais piſſer, que à l’eſtrapade : iamais eſchauffer, que à coups de baſton.
auoir entierement conqueſté le pays de Dipſodie, en icelluy tranſporta vne colonie de Vtopiens en nombre de 9876543210. homes, ſans les femmes & petitz enfans : artizans de tous meſtiers, & profeſſeurs de toutes ſciences liberales : pour ledict pays refraichir, peupler, & orner, mal autrement habité, & deſert en grande partie. Et les tranſporta non tant pour l’exceſſiue multitude d’homes & femmes, qui eſtoient en Vtopie multipliez comme locuſtes. Vous entendez aſſez, ia beſoing n’eſt d’aduentaige vous l’expoſer, que les Vtopiens auoient les genitoires tant ſeconds, & les Vtopienes portoient matrices tant amples, gloutes, tenaces, & cellulées par bonne architecture, que au bout de chaſcun neufuieme moys, ſept enfans pour le moins, que maſles que femelles, naiſſoient par chaſcun mariage, à l’imitation du peuple Iudaic en Ægypte : ſi de Lyra ne delyre. Non tant auſſi pour la fertilité du ſol, ſalubrité du ciel, & commodité du pays de Dipſodie, que pour icelluy contenir en office & obeiſſance par nouueau tranſport de ſes antiques & feaulx ſubiectz. Lesquelz de toute memoire autre ſeigneur n’auoient congneu, recongneu, aduoué, ne ſeruy, que luy. Et les quelz des lors que naſquirent & entrerent on monde, auec le laict de leurs meres nourrices auoient pareillement ſugcé la doulceur & debonnaireté de ſon regne, & en icelle eſtoient touſdiz confictz, & nourriz. Qui eſtoit eſpoir certain, que plus toſt defauldroient de vie corporelle, que de ceſte première & vnicque ſubiection naturellement deue à leur prince, quelque lieu que feuſſent eſpars & tranſportez. Et non ſeulement telz ſeroient eulx & les enfans ſucceſſiuement naiſſans de leur ſang, mais auſſi en ceſte feaulté & obeiſſance entretiendroient les nations de nouueau adioinctes à ſon empire. Ce que veritablement aduint, & ne feut aulcunement fruſtré en ſa deliberation. Car ſi les Vtopiens auant ceſtuy tranſport, auoient eſté feaulx & bien recongnoiſſans, les Dipſodes auoir peu de iours auecques eulx conuerſé, l’eſtoient encores d’aduentaige, par ne ſçay quelle ferueur naturelle en tous humains au commencement de toutes œuures qui leur viennent à gré. Seulement ſe plaignoient obteſtans tous les cieulx & intelligences motrices, de ce que plus touſt n’eſtoit à leur notice venue la renommée du bon Pantagruel.
Noterez doncques icy Beuueurs, que la maniere d’entretenir & retenir pays nouuellement conqueſtez, n’eſt (comme a eſté l’opinion erronée de certains eſpritz tyrannicques à leur dam & deſhonneur) les peuples pillant, forçant, angariant, ruinant, mal vexant, & regiſſant auecques verges de fer : brief les peuples mangeant & deuorant, en la façon que Homere appelle le roy inique Demouore, c’eſt à dire mangeur de peuple. Ie ne vous allegueray à ce propous les hiſtoires antiques, ſeulement vous reuocqueray en recordation de ce qu’en ont veu vos pères, & vous meſmes, ſi trop ieunes n’eſtez. Comme enfant nouuellement né, les fault alaicter, berſer, eſiouir. Comme arbre nouuellement plantée, les fault appuyer, aſceurer, defendre de toutes vimeres, iniures, & calamitez. Comme perſonne ſaulué de longue & forte maladie, & venent à conualeſcence, les fault choyer, eſpargner, reſtaurer. De ſorte qu’ilz conçoipuent en ſoy ceſte opinion, n’eſtre on monde Roy ne Prince, que moins voulſiſſent ennemy, plus optaſſent amy. Ainſi Oſiris le grand roy des Ægyptiens toute la terre conqueſta : non tant à force d’armes, que par ſoulaigement des angaries, enſeignemens de bien & ſalubrement viure, loix commodes, gratieuſeté & biensfaicts. Pourtant du monde feut il ſurnommé le grand roy Euergetes (c’eſt à dire le bienfaicteur) par le commandement de Iuppiter faict à vne Pamyle. De faict Heſiode en ſa Hierarchie colloque les bons Dæmons (appellez les ſi voulez Anges ou Genies) comme moyens & mediateurs des Dieux & homes : ſuperieurs des homes, inferieurs des Dieux. Et pource que par leurs mains nous aduiennent les richeſſes & biens du Ciel, & ſont continuellement enuers nous bienfaiſans, touſiours du mal nous præſeruent : les dict eſtre en office de Roys : comme bien touſiours faire, iamais mal, eſtant acte vnicquement Royal. Ainſi feut empereur de l’vniuers Alexandre Macedon. Ainſi feut par Hercules tout le continent poſſedé, les humains ſoullageant des monſtres, oppreſſions, exactions, & tyrannies : en bon traictement les gouuernant : en æquité & iuſtice les maintenant : en benigne police & loix conuenentes à l’aſſieté des contrées les inſtituent : ſuppliant à ce que defailloit : ce que abondoit aualluant : & pardonnant tout le paſſé, auecques oubliance ſempiternelle de toutes offenſes præcedentes, comme eſtoit la Amneſtie des Atheniens, lors que feurent par la proueſſe & induſtrie de Thraſybulus les tyrans exterminez : depuys en Rome expoſée par Ciceron, & renouuellée ſoubs l’empereur Aurelian.
Ce ſont les philtres, Iynges, & attraictz d’amour, moienans lequelz pacificquement on retient, ce que peniblement on avoit conqueſté. Et plus en heur ne peut le conquerant regner, ſoit roy, ſoit prince ou philoſophe, que faiſant Iuſtice à Vertus ſucceder. Sa Vertu eſt apparue en la victoire & conqueſte : ſa iuſtice apparoiſtra en ce que par la volunté & bonne affection du peuple donnera loix : publiera edictz, eſtablira religions, fera droict à vn chaſcun : comme de Octauian Auguſte dict le noble poëte Maro.
C’eſt pourquoy Homere en ſon Iliade, les bons princes & grands Roys appelle ϰοσμήτορας λαῶν, c’eſt à dire : ornateurs de peuples. Telle eſtoit la conſideration de Numa Pompilus, Roy ſecond des Romains iuſte, politic, & philoſophe, quand il ordonna au Dieu Terme, le iour de ſa feſte, qu’on nommoit Terminales, rien n’eſtre ſacrifié, qui euſt prins mort : nous enſeignant, que les termes, frontieres, & annexes des royaulmes conuient en paix, amitié, debonnaireté guarder & regir, ſans ſes mains ſouiller de ſang & pillerie. Qui aultrement faict, non ſeulement perdera l’acquis, mais auſſi patira ce ſcandale & opprobre, qu’on le eſtimera mal & à tort auoir acquis : par ceſte conſequence, que l’acqueſt luy eſt entre mains expiré. Car les choſes mal acquiſes, mal deperiſſent. Et ores qu’il euſt toute ſa vie pacificque iouiſſance, ſi toutesfoys l’acqueſt deperit en ſes hoirs, pareil ſera le ſcandale ſus le defunct, & ſa memoire en malediction, comme le conquerant inique. Car vous dictez en prouerbe commun : Des choſes mal acquiſes le tiers hoir ne iouira.
Notez auſſi, Goutteux fieffez, en ceſtuy article, comment par ce moyen Pantagruel feit d’vn ange deux, qui eſt accident oppoſite au conſeil de Charles Maigne, lequel feiſt d’vn diable deux, quand il tranſporta les Saxons en Flandre, & les Flamens en Saxe. Car non pouant en ſubiection contenir les Saxons par luy adioincts à l’empire : que à tous momens n’entraſſent en rebellion, ſi par cas eſtoit diſtraict en Heſpaigne, ou autres terres loingtaines : les tranſporta en pays ſien, & obeiſſant naturellement, ſçauoir eſt Flandres : & les Hannuiers & Flamens ſes naturels ſubiectz tranſporta en Saxe, non doubtant de leur feaulté, encores qu’ilz tranſmigraſſent en regions eſtranges. Mais aduint que les Saxons continuerent en leur rebellion & obſtination premiere : & les Flamens habitans en Saxe, embeurent les meurs & contradictions des Saxons.
Pantagruel ordre au gouuernement de toute Dipſodie, aſſigna la chaſtellenie de Salmiguondin à Panurge, valent par chaſcun an. 6789106789. Royaulx en deniers certains, non comprins l’incertain reuenu des Hanetons, & Cacquerolles, montant bon an mal an de. 2435768. à. 2435769. moutons à la grande laine. Quelques foys reuenoit à. 1234554321. Seraphz : quand eſtoit bonne année de Cacquerolles, & Hanetons de requeſte. Mais ce n’eſtoit tous les ans. Et ſe gouuerna ſi bien & prudentement monſieur le nouueau chaſtellain, qu’en moins de quatorze iours il dilapida le reuenu certain & incertain de ſa Chaſtellenie pour troys ans. Non proprement dilapida, comme vous pourriez dire en fondations de monaſteres, erections de temples, baſtimens de collieges & hoſpitaulx, ou iectant ſon lard aux chiens. Mais deſpendit en mille petitz banquetz & feſtins ioyeulx, ouuers à tous venens, meſmement bons compaignons, ieunes fillettes, & mignonnes gualoiſes. Abaſtant boys, bruſlant les groſſes ſouches pour la vente des cendres, prenent argent d’auance, achaptant cher, vendent à bon marché, & mangeant ſon bled en herbe. Pantagruel aduerty de l’affaire, n’en feut en ſoy aulcunement indigné, faſché, ne marry. Ie vous ay ia dict, et encores rediz, que c’eſtoit le meilleur petit & grand bon homet, que oncques ceignït eſpée. Toutes choſes prenoit en bonne partie, tout acte interpretoit à bien. Iamais ne ſe tourmentoit, iamais ne ſe ſcandalizoit. Auſſi euſt il eſté bien foriſſu du Deificque manoir de raiſon, ſi aultrement ſe feuſt contriſté ou alteré. Car tous les biens que le Ciel couure : & que la Terre contient en toutes ſes dimenſions : hauteur, profondité, longitude, & latitude, ne ſont dignes d’eſmouuoir nos affections, & troubler nos ſens & eſpritz.
Seulement tira Panurge à part, & doulcettement luy remonſtra, que ſi ainſi vouloit viure, & n’eſtre aulcunement meſnagier, impoſſible ſeroit, ou pour le moins bien difficile, le faire iamais riche. Riche ? reſpondit Panurge. Auiez vous là fermé voſtre penſée ? Auiez vous en ſoing pris me faire riche en ce monde ? Penſez viure ioyeux de par li bon Dieu, & li bons homs. Autre ſoing, autre ſoucy, ne ſoy receup on ſacroſainct domicile de voſtre celeſte cerueau. La ſerenité d’icelluy iamais ne ſoit troublée par nues quelconques de penſement paſſementé de meſhaing & faſcherie. Vous viuant ioyeulx, guaillard, dehayt, ie ne ſeray riche que trop. Tout le monde crie meſnaige, meſnaige. Mais tel parle de meſnaige, qui ne ſçayt mie que c’eſt. C’eſt de moy que fault conſeil prendre. Et de moy pour ceſte heure prendrez aduertiſſement, que ce qu’on me impute à vice, a eſté imitation des Vniuerſités & Parlement de Paris : lieux esquelz conſiſte la vraye ſource & viue Idée de Pantheologie, de toute iuſtice auſſi. Hæreticque qui en doubte, & fermement ne le croyt. Ilz toutesfoys en vn iour mangent leur euesque, ou le reuenu de l’eueſché (c’eſt tout vn) pour vne année entiere, voyre pour deux aulcunes foys : C’eſt au iour qu’il y faict ſon entrée. Et n’y a lieu d’excuſe, s’il ne vouloit eſtre lapidé ſus l’inſtant. A eſté auſſi acte des quatre vertus principales. De Prudence, en prenent argent d’auance. Car on ne ſçayt qui mord, ne qui rue. Qui ſçayt ſi le monde durera troys ans ? Et ores qu’il duraſt d’aduentaige, eſt il home tant fol qui ſe auſaſt promettre viure troys ans ?
De iuſtice : Commutatiue, en achaptant cher (ie diz à credit) vendent à bon marché (ie diz argent comptant). Que dict Caton en ſa meſnagerie ſus ce propos ? Il fault (dict il) que le perefamiles ſoit vendeur perpetuel. Par ce moyen eſt impoſſible qu’en fin riche ne deuieigne, ſi touſiours dure l’apothecque. Diſtributiue : donnant à repaiſtre aux bons (notez bons) & gentilz compaignons : lesquelz Fortune auoit iecté comme Vlyxes, ſus le roc de bon appetit, ſans prouiſion de mangeaille : & aux bonnes (notez bonnes) & ieunes gualoiſes (notez ieunes : Car ſcelon la ſentence de Hippocrates, ieuneſſe eſt impatience de faim : meſmement ſi elle eſt viuace, alaigre, brusque, mouente, voltigeante). Lesquelles gualoiſes voluntiers & de bon hayt font plaiſir à gens de bien : & ſont Platonicques & Ciceronianes iusques là, qu’elles ſe reputent eſtre on monde nées non pour ſoy ſeulement : ains de leurs propres perſonnes font part à leur patrie, part à leurs amis.
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