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Ve CONGRÈS NATIONAL DES PÊCHES MARITIMES DES SABLES-D’OLONNE 1909
IIe SECTION
LA PÊCHE DE LA SARDINE
I
LA PÊCHE DE LA SARDINE
I. — Historique de la pêche de la sardine.
La pêche de la sardine semble avoir été, de tous temps, la principale ressource des pêcheurs bretons.
Au XVIIe siècle, une émigration très importante de pêcheurs méridionaux se produisit en Bretagne.
Elle fut provoquée par Fouquet. Le célèbre surintendant des Finances, après l’acquisition de Belle-Île, y envoya une flotille de 400 barques et 4 chasse-marées. Il détermina une émigration de Languedociens qui instruisirent les Bel-Ilois des procédés de pêche et de fabrication. Cette émigration ne fut pas soudaine et spontanée. Elle revêtit, au contraire, un caractère d’infiltrations continues, réparties sur plusieurs années et qui, des ports du Sud, firent tache d’huile vers le Nord.
Le rapide développement de la pêche de la sardine de Port-Louis jusqu’à Brest attira l’attention du pouvoir royal. Un arrêt de 1715 prohiba l’entrée des sardines étrangères, cette intervention de la législation favorisa puissamment la pêche de la sardine et l’industrie des salaisons.
Mais d’autres facteurs intervinrent encore qui contribuèrent à sa prospérité : l’extrême misère du bas peuple des campagnes et des villes sous l’ancien régime et le niveau très bas de ses moyens d’existence ; l’ouverture des grands débouchés comme les colonies de noirs que l’on nourrissait de salaisons, toujours au meilleur marché possible, et, enfin, le rigorisme des lois canoniques qui prescrivaient le maigre et le carême.
Mais le développement des pêcheries de sardines ne se fit pas sans des hauts et des bas. Deux causes contribuèrent surtout à faire varier les rendements : les différentes guerres maritimes et l’absence ou l’irrégularité des passages de la sardine.
Déjà, en 1745, l’on se servait beaucoup de la « gueldre » ou « menusse », concurremment, d’ailleurs, avec la rogue. Cet appât soulevait de nombreuses récriminations. On lui reprochait de détruire le poisson à venir et de corrompre la sardine pêchée qui fermentait et crevait les barils.
Après la guerre de la succession d’Autriche, en 1748, la pêche de la sardine connut de beaux jours. Des établissements considérables se formèrent en Bretagne, sa production dépassa, de beaucoup, les besoins de la consommation française. Le seul port de Port-Louis exporte, l’année 1749, à destination du Languedoc, près de 17, 000 petits barils. Concarneau, Audierne, Douarnenez, Camaret et autres ports en auraient fourni autant. Après cette période heureuse, la pêche fut nulle dans tous les ports, la sardine avait abandonné les côtes.
De plus, la guerre de Sept ans, de 1756 à 1763, porte un grand préjudice à la pêche qui ne reprit son essor qu’après le traité de Paris. En 1767, les ports de Douarnenez et Audierne, surtout, ont vu s’accroître leur importance ; c’est à cette époque que des industriels, désignés sous le nom de « fabriqueurs de sardines », se sont occupés de saumurer le poisson.
En 1780, on comptait 22 presses de sardines de la rivière d’Etel à celle de Quimperlé ; à Concarneau, 22 autres.
La concurrence étrangère était venue, dans l’intervalle, offrir ses produits dans notre pays. Les Anglais, notamment, débarquaient de la sardine pressée et les marchands languedociens sollicitaient la permission de « tirer » des sardines d’Espagne. Des arrêts probhibitifs étant établis, les pêcheurs bretons réclamaient leur stricte observance.
À la veille de la Révolution, la jauge des bateaux , en France, s’élevait à 3, 000 tonneaux. Dans le Finistère, 4, 958 marins se livraient à cette pêche, dont le produit s’élève à 85, 750 barriques du poids de 170 livres et à 870 barriques d’huile.
Après 1789, les principaux centres d’armements et de pêche étaient Concarneau, Douarnenez et Brest. Chaque chaloupe comptait 4 hommes d’équipage. L’on se servait, comme précédemment, pour appâter le poisson, du « frai » de stockfish, de morue, de cabillaud et de maquereau délayé dans de l’eau de mer, mais, détail qui ne se rencontre plus, l’on tirait les sardines des filets au moyen d’une sorte de raquette.
Comme de nos jours, malheureusement, l’apparition de gros poissons venait entraver la pêche.
En l’an X, Douarnenez arme environ 400 chaloupes et Concarneau 300. La sardine n’apparaît plus à l’île de Sieck, tandis qu’autrefois il s’en faisait une pêche assez considérable.
La sardine est consommée fraiche ou exportée par les chasse-marées, mais la plus grande partie de la pêche est déposée dans les magasins des négociants, salée et soumise à l’action de la presse.
Pour affaiblir le commerce de l’Angleterre, un arrêté de septembre 1803 réduisit le droit sur le poisson étranger, pour la durée de la guerre. La pêche anglaise fut seule exceptée de ce régime de faveur.
En 1814, une ordonnance doubla les droits sur tous les poissons de mer, de provenance étrangère.
En 1835, la pêche favorisa Douarnenez, Concarneau, Audierne. Par contre, en 1839, elle traversa une crise générale qui dut être assez aiguë. Le mauvais rendement de la pêche dut être général sur tous les points de la côte bretonne.
L’industrie de la pêche de la sardine n’eût pris, en Bretagne, son extension moderne, sans une invention qui vient lui donner une impulsion extraordinaire et la faire progresser à pas de géant. L’essor de notre industrie actuelle date, en effet, de la découverte des sardines à l’huile, mode de du poisson infiniment supérieur aux modes précédemment employés par le sel et le vinaigre.
La méthode, imaginée par Nicolas Appert, en 1804, et publiée par lui, en 1811, révolutionna les conditions économiques des côtes sardinières.
Des progrès incessants, des perfectionnements ingénieux vinrent, à différents intervalles, compléter l’idée de Nicolas Appert. L’emploi de l’huile d’olive ou d’arachide, l’usage de boîtes métalliques, l’amélioration de l’art de souder, la fabrication de la sardine sans arête, etc., sont venus, tour à tour, améliorer la qualité des produits obtenus en abaissant le prix de revient.
La première « confiserie de sardines » fut fondée aux Sables-d’Olonne, en 1832, par .
Un événement imprévu se produisit à l’encontre des desseins du courageux novateur.
L’administration des douanes refusa d’accepter, comme caution, pour cette usine, un négociant recommandable. Ce refus insolite irrita les marins qui se mirent en grève, s’abstenant tous, pendant un jour, d’aller à la pêche. Ils prévoyaient, en effet, tous les services que cet établissement de Juette était appelé à leur rendre.
Tout rentra bientôt dans l’ordre et l’exemple de M. Juette fut suivi. D’autres usines s’élevèrent sur certains points du littoral.
En 1834, fit construire à Belle-Île un établissement et, en 1846, un industriel de Nantes vint le concurrencer.
La maison Pellier frères créa son établissement à La Turballe, en 1841.
Actuellement, Concarneau compte 34 usines, Douarnenez 28, Audierne 15, et Camaret 8. Ces usines emploient environ 2, 000 hommes boîtiers et 6, 000 femmes.
Le prix du mille de sardines varie en raison des quantités de sardines pêchées, de leur qualité et aussi en raison du port sardinier. Le temps est loin d’être également un facteur négligeable. Les premiers bateaux arrivés vendent, d’ordinaire, leur poisson à plus haut prix. À l’approche de la nuit, le prix du mille subit un fléchissement très appréciable. Les mareyeurs, qui expédient la sardine en vert, sont les plus forts enchérisseurs. Dans les années de disette, ils sont les rois du marché et se disputent le mille à 40, 50 et parfois 80 francs ; seules, certaines usines, dont la marque fait prime, peuvent aborder de tels prix.
L’unité d’achat est toujours demeurée le mille.
Les acheteurs se réunissent au même endroit et forment un marché, une « bourse » du poisson. Le poisson est transporté par paniers de 200 à l’usine.
Les prix éprouvent de grandes variations d’une année à l’autre et même d’un mois à un autre mois. En 1900, la moyenne du prix du poisson était de 10 francs le mille ; en 1902, 24 fr. 60, et en 1903, 39 fr. 40.
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LA PÊCHE DE LA SARDINE
I. — Historique de la pêche de la sardine.
La pêche de la sardine semble avoir été, de tous temps, la principale ressource des pêcheurs bretons.
Au XVIIe siècle, une émigration très importante de pêcheurs méridionaux se produisit en Bretagne.
Elle fut provoquée par Fouquet. Le célèbre surintendant des Finances, après l’acquisition de Belle-Île, y envoya une flotille de 400 barques et 4 chasse-marées. Il détermina une émigration de Languedociens qui instruisirent les Bel-Ilois des procédés de pêche et de fabrication. Cette émigration ne fut pas soudaine et spontanée. Elle revêtit, au contraire, un caractère d’infiltrations continues, réparties sur plusieurs années et qui, des ports du Sud, firent tache d’huile vers le Nord.
Le rapide développement de la pêche de la sardine de Port-Louis jusqu’à Brest attira l’attention du pouvoir royal. Un arrêt de 1715 prohiba l’entrée des sardines étrangères, cette intervention de la législation favorisa puissamment la pêche de la sardine et l’industrie des salaisons.
Mais d’autres facteurs intervinrent encore qui contribuèrent à sa prospérité : l’extrême misère du bas peuple des campagnes et des villes sous l’ancien régime et le niveau très bas de ses moyens d’existence ; l’ouverture des grands débouchés comme les colonies de noirs que l’on nourrissait de salaisons, toujours au meilleur marché possible, et, enfin, le rigorisme des lois canoniques qui prescrivaient le maigre et le carême.
Mais le développement des pêcheries de sardines ne se fit pas sans des hauts et des bas. Deux causes contribuèrent surtout à faire varier les rendements : les différentes guerres maritimes et l’absence ou l’irrégularité des passages de la sardine.
Déjà, en 1745, l’on se servait beaucoup de la « gueldre » ou « menusse », concurremment, d’ailleurs, avec la rogue. Cet appât soulevait de nombreuses récriminations. On lui reprochait de détruire le poisson à venir et de corrompre la sardine pêchée qui fermentait et crevait les barils.
Après la guerre de la succession d’Autriche, en 1748, la pêche de la sardine connut de beaux jours. Des établissements considérables se formèrent en Bretagne, sa production dépassa, de beaucoup, les besoins de la consommation française. Le seul port de Port-Louis exporte, l’année 1749, à destination du Languedoc, près de 17, 000 petits barils. Concarneau, Audierne, Douarnenez, Camaret et autres ports en auraient fourni autant. Après cette période heureuse, la pêche fut nulle dans tous les ports, la sardine avait abandonné les côtes.
De plus, la guerre de Sept ans, de 1756 à 1763, porte un grand préjudice à la pêche qui ne reprit son essor qu’après le traité de Paris. En 1767, les ports de Douarnenez et Audierne, surtout, ont vu s’accroître leur importance ; c’est à cette époque que des industriels, désignés sous le nom de « fabriqueurs de sardines », se sont occupés de saumurer le poisson.
En 1780, on comptait 22 presses de sardines de la rivière d’Etel à celle de Quimperlé ; à Concarneau, 22 autres.
La concurrence étrangère était venue, dans l’intervalle, offrir ses produits dans notre pays. Les Anglais, notamment, débarquaient de la sardine pressée et les marchands languedociens sollicitaient la permission de « tirer » des sardines d’Espagne. Des arrêts probhibitifs étant établis, les pêcheurs bretons réclamaient leur stricte observance.
À la veille de la Révolution, la jauge des bateaux , en France, s’élevait à 3, 000 tonneaux. Dans le Finistère, 4, 958 marins se livraient à cette pêche, dont le produit s’élève à 85, 750 barriques du poids de 170 livres et à 870 barriques d’huile.
Après 1789, les principaux centres d’armements et de pêche étaient Concarneau, Douarnenez et Brest. Chaque chaloupe comptait 4 hommes d’équipage. L’on se servait, comme précédemment, pour appâter le poisson, du « frai » de stockfish, de morue, de cabillaud et de maquereau délayé dans de l’eau de mer, mais, détail qui ne se rencontre plus, l’on tirait les sardines des filets au moyen d’une sorte de raquette.
Comme de nos jours, malheureusement, l’apparition de gros poissons venait entraver la pêche.
En l’an X, Douarnenez arme environ 400 chaloupes et Concarneau 300. La sardine n’apparaît plus à l’île de Sieck, tandis qu’autrefois il s’en faisait une pêche assez considérable.
La sardine est consommée fraiche ou exportée par les chasse-marées, mais la plus grande partie de la pêche est déposée dans les magasins des négociants, salée et soumise à l’action de la presse.
Pour affaiblir le commerce de l’Angleterre, un arrêté de septembre 1803 réduisit le droit sur le poisson étranger, pour la durée de la guerre. La pêche anglaise fut seule exceptée de ce régime de faveur.
En 1814, une ordonnance doubla les droits sur tous les poissons de mer, de provenance étrangère.
En 1835, la pêche favorisa Douarnenez, Concarneau, Audierne. Par contre, en 1839, elle traversa une crise générale qui dut être assez aiguë. Le mauvais rendement de la pêche dut être général sur tous les points de la côte bretonne.
L’industrie de la pêche de la sardine n’eût pris, en Bretagne, son extension moderne, sans une invention qui vient lui donner une impulsion extraordinaire et la faire progresser à pas de géant. L’essor de notre industrie actuelle date, en effet, de la découverte des sardines à l’huile, mode de du poisson infiniment supérieur aux modes précédemment employés par le sel et le vinaigre.
La méthode, imaginée par Nicolas Appert, en 1804, et publiée par lui, en 1811, révolutionna les conditions économiques des côtes sardinières.
Des progrès incessants, des perfectionnements ingénieux vinrent, à différents intervalles, compléter l’idée de Nicolas Appert. L’emploi de l’huile d’olive ou d’arachide, l’usage de boîtes métalliques, l’amélioration de l’art de souder, la fabrication de la sardine sans arête, etc., sont venus, tour à tour, améliorer la qualité des produits obtenus en abaissant le prix de revient.
La première « confiserie de sardines » fut fondée aux Sables-d’Olonne, en 1832, par .
Un événement imprévu se produisit à l’encontre des desseins du courageux novateur.
L’administration des douanes refusa d’accepter, comme caution, pour cette usine, un négociant recommandable. Ce refus insolite irrita les marins qui se mirent en grève, s’abstenant tous, pendant un jour, d’aller à la pêche. Ils prévoyaient, en effet, tous les services que cet établissement de Juette était appelé à leur rendre.
Tout rentra bientôt dans l’ordre et l’exemple de M. Juette fut suivi. D’autres usines s’élevèrent sur certains points du littoral.
En 1834, fit construire à Belle-Île un établissement et, en 1846, un industriel de Nantes vint le concurrencer.
La maison Pellier frères créa son établissement à La Turballe, en 1841.
Actuellement, Concarneau compte 34 usines, Douarnenez 28, Audierne 15, et Camaret 8. Ces usines emploient environ 2, 000 hommes boîtiers et 6, 000 femmes.
Le prix du mille de sardines varie en raison des quantités de sardines pêchées, de leur qualité et aussi en raison du port sardinier. Le temps est loin d’être également un facteur négligeable. Les premiers bateaux arrivés vendent, d’ordinaire, leur poisson à plus haut prix. À l’approche de la nuit, le prix du mille subit un fléchissement très appréciable. Les mareyeurs, qui expédient la sardine en vert, sont les plus forts enchérisseurs. Dans les années de disette, ils sont les rois du marché et se disputent le mille à 40, 50 et parfois 80 francs ; seules, certaines usines, dont la marque fait prime, peuvent aborder de tels prix.
L’unité d’achat est toujours demeurée le mille.
Les acheteurs se réunissent au même endroit et forment un marché, une « bourse » du poisson. Le poisson est transporté par paniers de 200 à l’usine.
Les prix éprouvent de grandes variations d’une année à l’autre et même d’un mois à un autre mois. En 1900, la moyenne du prix du poisson était de 10 francs le mille ; en 1902, 24 fr. 60, et en 1903, 39 fr. 40.
II. — Les appâts.
Nous ne saurions mieux faire que d’emprunter à M. Rivoal, directeur de l’École de pêche à Douarnenez, les renseignements qu’il a déjà publiés dans le bulletin de la Société de l’Enseignement professionnel et technique des Pêches maritimes. Il a traité la question de telle façon que nous ne pourrions rien ajouter.
« La sardine est attirée dans les filets au moyen d’appâts naturels et d’appâts artificiels dont nous allons étudier les principaux.
« En tête des premiers vient la « gueldre », composée de crevettes et de toutes sortes de poissons infiniment petits. Elle est pêchée en eau très peu profonde sur les plages sablonneuses, dans une serpillière que deux femmes laissent traîner derrière elles tout en marchant.
« Cet appât, dont la sardine est très friande quand on le lui jette tout frais, coûte fort cher. Son prix élevé est dû à sa rarelé relative : deux femmes, en effet, n’en prennent que quelques poignées pendant les heures de marée auxquelles se fait la pêche.
« Il est à souhaiter, pour le repeuplement de nos baies, qu’on interdise le plus tôt possible la capture et la vente de la « gueldre » ; elle ne constitue, après tout, qu’un appât insignifiant, étant données les petites quantités qu’on en peut avoir. Il n’en est pas de même de la rogue, cet autre appât naturel, composé d’œufs de poissons et que l’on trouve abondamment dans tous les pays.
« Il est à remarquer que l’époque de la pêche d’un grand nombre d’espèces de poissons correspond avec l’époque du frai. Nous allons passer en revue les principales pêches qui entrent dans le cadre de notre sujet et nous étudierons les différentes sortes de rogues en indiquant leur pays d’origine, leurs qualités particulières, leur mode de préparation et leurs prix.
« Rogues de morue. — La pêche de la morue se pratique surtout dans la mer de Norvège et sur les bancs de Terre-Neuve. Dans la mer de Norvège, elle se fait à Tromsœ, aux îles Lofoten, Yttersiden, Vikten, etc., ainsi que sur les côtes d’Islande et aux îles Féroë. L’époque pendant laquelle la morue contient de la rogue va de la mi-janvier à la fin d’avril pour la côte de Norvège, de mars à mai pour l’Islande et de mai à juillet pour Terre-Neuve.
« Avant le frai, l’ovaire, que les pêcheurs appellent la poche ou la folle, est énorme et contient des œufs par millions ; il mesure souvent cinquante centimètres de long et plus de quarante de circonférence. Les grandes folles constituent la rogue de première qualité ; la deuxième qualité est faite de folles qui ont commencé à se vider, et la troisième, de folles aux trois quarts vides. En volume, sur 100 unités, les trois qualités sont respectivement représentées par 25, 50 et 25. Voici un tableau donnant pour Bergen, avec la production totale, les prix moyens des trois qualités pour les huit dernières années.
style="font-weight:normal;" | Rogues de Norvège
ANNÉES | PRIX MOYEN | PRODUCTION totale Barils de 125kg
qualité | 2 qualité | 3 qualité
1900 | 80 fr. | 70 fr. | 60 fr.
1901 | 85 | 75 | 65
1902 | 105 | 95 | 85
1903 | 92 | 82 | 72
1904 | 101 | 91 | 81
1905 | 105 | 95 | 85
1906 | 65 | 55 | 45
1907 (15 juin) | 58 | 45 | 32
« Les pêcheurs norvégiens salent leurs rogues dans de vieux barils ; les trois qualités y sont mélangées. Arrivées à Bergen, on les met dans une saumure de densité telle qu’une pomme de terre y doit flotter. Quand elles y ont séjourné deux ou trois semaines, on les trie pour les mettre dans des barils percés de plusieurs trous par lesquels la saumure non absorbée peut s’écouler. Ce mode de préparation, qui est le plus simple du monde, est aussi le meilleur. Malheureusement on ne le pratique ni en Islande ni à Terre-Neuve. Dans le premier pays, nos pêcheurs se contentent de saler leurs rogues et de les mettre en vrac dans la cale pour les transporter en France. Arrivées à Boulogne, Saint-Malo ou Bordeaux, elles sont mises pêle-mêle en barils. Ces rogues constituent un appât inférieur et le pêcheur sardinier ne les achète qu’en désespoir de cause. Malgré l’infériorité de ces rogues, nos armateurs touchent pour elles une prime exorbitante de 20 francs aux 100 kilos, payée par le gouvernement. Disons, en passant, que plusieurs armateurs de Boulogne, Fécamp, Saint-Malo, Binic et Bordeaux se sont décidés cette année, sur les instances de la Fédération des pêcheurs du Finistère, à saumurer leurs rogues à l’arrivée en France. Nous en avons vu dernièrement plusieurs centaines de barils dont l’odeur et l’aspect révèlent un bon appât.
« Rogues de Terre-Neuve. — À Terre-Neuve, les rogues sont mises en barils sans avoir été préalablement triées. À leur arrivée à Bordeaux, elles sont quelquefois repaquées, mais les trois qualités ne sont pas séparées.
« Si les armateurs voulaient bien les saumurer à Terre-Neuve ou même à Bordeaux, elles deviendraient de fort bons appâts. Pour l’instant, c’est une marchandise de qualité et d’apparence très variables : sur un lot de 100 barils, il n’est pas rare de trouver 20 ou 25 barils très défectueux. Ces rogues, ainsi préparées, sont donc pour le pêcheur des marchandises qu’il hésite à acheter par crainte d’être trompé.
« Usage. — Quoi qu’il en soit, la rogue de morue bien conservée est un appât de premier choix pour la pêche de la sardine. Au moment d’en faire usage, le pêcheur met quelques folles dans une baille contenant un peu d’eau de mer ; la rogue y est délayée de manière à former une bouillie de laquelle on a soin d’extraire toutes les peaux ou poches vides. Cette bouillie est jetée à poignée par le patron du bateau sur l’endroit du filet où il veut attirer la sardine.
« Rogue de maquereau. — L’Irlande et le Nord de la France récoltent de la rogue de maquereau pendant deux mois environ, mai et juin. C’est l’appât préféré des pêcheurs du golfe de Gascogne. Comme cette rogue est relativement rare, son prix est plus élevé que celui de la rogue de Bergen ; la différence est d’environ 15 %.
« On la prépare et on l’emploie comme la précédente et, d’ailleurs, comme toutes les autres rogues.
« Rogue de hareng. — Depuis quelques années, l’usage de la rogue de hareng tend à se généraliser. Elle est récoltée de septembre à janvier dans la Manche, la Baltique, la mer du Nord et la mer de Norvège. Généralement pour la préparation de la rogue de hareng on se contente de la saler, bien que le saumurage soit préférable.
« Cette rogue est plus dense que les rogues de morue et de maquereau ; son odeur est également plus forte. Dans une mer agitée ou dans un courant c’est elle qui réussit le mieux, parce qu’en coulant vite elle se disperse beaucoup moins.
« Il est rare que les pêcheurs bretons fassent une journée de pêche d’un bout à l’autre en se servant exclusivement de la rogue de hareng : quelquefois ils la mélangent à la rogue de morue ; le plus souvent ils l’emploient pour « lever » le poisson quand celui-ci stationne au fond de l’eau. Dès qu’il est levé et qu’il monte vers le filet, on lui jette de la rogue de morue à des intervalles plus ou moins espacés jusqu’au moment où il convient de haler le filet à bord ; cela s’appelle boëtter, d’un mot breton qui signifie donner à manger. Ces deux opérations, lever et boëtter, constituent les deux phases ou les deux temps de la pêche.
« La rogue de hareng, dont la récolte est généralement abondante, coûte plus cher, environ les 3/5 du prix de la rogue de Bergen.
« Elle a malheureusement un défaut : la peau de ses folles adhère aux mailles du filet, ce qui nécessite un lavage ou un nettoyage supplémentaires.
« Rogues artificielles. — À Douarnenez, plusieurs appâts artificiels furent inventés et expérimentés. Ils étaient pour la plupart composés de farines, de déchets de poissons, de résidus d’huiles et de légumes broyés ensemble. Plusieurs pêcheurs très dignes de foi m’ont affirmé que ces appâts donnaient des résultats satisfaisants, surtout quand on y ajoutait une poignée de bonne rogue. En somme, leur valeur propre n’était pas très grande ; mais ils offraient le précieux avantage de diminuer la consommation de la rogue dont le prix était très élevé.
« J’ai acquis la conviction que ces divers appâts, dont les plus estimés furent ceux d’Hispa et de Renot, ont été abandonnés parce que les expériences furent faites sans suite ni méthode et aussi parce que les industriels n’ont pas su profiter des premiers résultats acquis pour lancer leurs produits.
« Quoi qu’il en soit, la tentative ne réussit pas et l’idée fut reprise par M. Boutard, de Rouen, qui essaya de tirer parti de l’invention délaissée. Il composa, suivant les formules de Renot, un appât connu sous le nom de morphirogue Boutard. Il a l’apparence du pain de seigle émietté ; son odeur rappelle celle de la rogue naturelle, et, comme celle-ci, il s’égraine dans l’eau. La morphirogue Boutard possède une propriété très précieuse, celle de se conserver en parfait état pendant de longues années, ce qu’on ne peut obtenir des rogues naturelles qui, au bout d’un an, perdent déjà de leurs qualités.
« La morphirogue Boutard connut le succès, comme ses devancières ; comme elles aussi, et pour les mêmes raisons, elle fut vite abandonnée. L’inventeur n’en fabrique plus depuis 1903.
« Roguelle ou rogue Foulon. — Un ingénieur nantais, M. Foulon, reprit sur d’autres bases la fabrication de la rogue artificielle.
« Sous le nom de roguelle, il présenta au Congrès des Pêches maritimes de Bordeaux une rogue ayant l’odeur et l’aspect de la rogue de morue de première qualité.
« Des essais faits à Concarneau, en 1904 et en 1905, donnèrent d’excellents résultats. Aux Sables-d’Olonne et à l’île d’Yeu, la roguelle a aussi été utilisée par quelques pêcheurs.
« Malheureusement la crise sardinière n’incitait pas les marins à faire de nombreux essais ; ils s’en tenaient à la rogue de morue qu’ils considèrent toujours comme le meilleur appât. Son prix de 25 à 30 francs les 100 kilos la rend abordable, sa conservation est presque indéfinie et la fabrication peut être faite au fur et à mesure des besoins.
« Notons que le poisson pêché avec cette rogue se conserve plusieurs jours, sans traces de fermentation.
« Simili-rogue Fabre-Domergue. — En 1905, M. Fabre-Domergue, inspecteur général des pêches maritimes, ému de la détresse des marins-pêcheurs sardiniers à qui les commerçants vendaient la rogue à des prix excessifs, composa un appât ayant la forme, la densité et l’apparence des œufs de morue.
« C’est un mélange de farine de froment, de farine de seigle, de caséine, d’albumine et d’huile de poisson.
« Une expérience incomplète a, dit-on, été tentée à Camare en 1906. Cette année, il conviendra que les pêcheurs en fassent un essai loyal. L’usage d’un tel appât, dont le prix sera à peu près constant sans dépasser 30 francs les 100 kilos, fera infailliblement baisser le coût des rogues naturelles.
« La simili-rogue offre d’ailleurs un grand avantage, c’est qu’on en peut fabriquer autant qu’il en faut, et au fur et à mesure des besoins.
« Farine d’arachide. — Depuis quelques années, la cherté de la rogue a poussé les marins-pêcheurs à employer certaines farines en mélange. Une seule, celle d’arachide, est encore en usage. Son prix moyen est de 20 francs les 100 kilos. La sardine la mange, bien qu’elle n’en soit pas friande. D’ailleurs, la farine d’arachide, que nos marins emploient telle quelle, est un mauvais appât, en ce sens qu’elle fermente dans le tube digestif du poisson et le fait même parfois éclater. On constate, en ouvrant les sardines, que celle qui a mangé de la farine d’arachide n’a pas la chair blanche et parfumée de celle qui a été boëttée à la rogue.
« Il est à souhaiter que cet appât ne soit plus employé, sinon dans les années d’extrême cherté de la rogue ».
III. — Pêche de la sardine de rogue
La durée des campagnes de sardines varie selon la position géographique des ports qui pratiquent cette pêche.
La sardine fait son apparition dans les ports du Sud quelques semaines avant. Les ports du Finistère ne préparent leurs armements pour cette pêche que vers fin mai et de juin. En revanche, ils la continuent jusque fin novembre.
La pêche, dans la baie de Douarnenez, plus abritée contre les tempêtes d’hiver, se prolonge jusqu’à fin décembre.
Lorsque le premier bateau, « le découvreur », a pris de la sardine, les pêcheurs de raies et de maquereaux débarquent leurs engins. Ils remplissent la grande caisse de bois située à l’arrière de leur chaloupe des filets appelés filets de sardines.
Un seul jour suffit pour cette transformation ; le bateau doit être rendu sur les lieux de pêche au premier point du jour. Au lieu de prendre différentes directions et de pêcher sur des bases ou fonds espacés, les bateaux sardiniers naviguent en groupe vers le point de la côte où la sardine a été signalée ou du moins est présumée se tenir.
Plusieurs indices peuvent déceler la présence du poisson : la couleur de la mer, le vol des mouettes, l’intonation de leurs cris, la plongée rapide des oiseaux de mer et surtout la présence des marsouins.
Pour pêcher, on « abat » les mâts et on arme les avirons : deux hommes nagent bout au vent. Lorsque la chaloupe est assurée, le patron se place debout sur la chambre à l’arrière du bateau, il prend un filet du moule qu’il suppose convenable, le jette à la mer et l’attache au moyen d’une corde à l’arrière du bateau. Le filet, par suite de la vitesse imprimée au bateau par les teneurs debout, suit en ligne droite dans le sillage, tout en conservant dans l’eau une position verticale. Le patron jette un mélange de farine et de rogue de droite et de gauche et s’efforce de faire tomber l’appât en véritable pluie. Au bout de quelques jets il s’arrête et observe attentivement la « levée » du poisson. Les rameurs font le moins de bruit possible pour ne pas effaroucher la sardine. Des bulles d’air montent bientôt à la surface de l’eau, c’est le « berven », l’indice certain que la sardine existe à cet endroit et répond à l’appât.
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The end
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