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L’Élève Gilles

André Lafon · 1912 · Free in the US

115,724 words · about 8 h 6 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1912 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=L’Élève_Gilles&action=history). · Wikisource contributors

Text from Wikisource and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
André Lafon
Language
French
Published
1912
Length
115,724 words · about 8 h 6 min
Sections
6 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (6)
  1. Front matter about 2 h 42 min
  2. Texte entier about 2 h 42 min
  3. I about 38 min
  4. II about 31 min
  5. III about 54 min
  6. IV about 40 min

Continue:

Front matter

Copyright by Perrin et 1912.

Je m’appelle Jean Gilles. J’entrais dans ma onzième année, lorsqu’un matin d’hiver, ma mère décida de me conduire chez la grand’tante aux soins de qui l’on me confiait habituellement pour les vacances. J’y devais demeurer quelque temps ; une coqueluche qui s’achevait était le prétexte de ce séjour, à l’idée duquel j’aurais éprouvé bien de la joie, si je ne sais quoi dans sa brusque nouvelle, ne m’eût empêché de m’abandonner à ce sentiment.

Mon père ne parut pas au déjeuner ; j’appris qu’il se trouvait las et prenait du repos. J’osai m’en féliciter, car sa présence m’était une contrainte. Il demeurait, à l’ordinaire, absorbé dans ses pensées, et je respectais le plus possible son recueillement, mais le mot, le geste dont il m’arrivait de troubler le silence, provoquaient sa colère ; j’en venais à jouer sans bruit, et à redouter comme la foudre le heurt de quoi que ce fût. Cette perpétuelle surveillance où j’étais de moi-même me gênait, à table surtout. Il suffisait de l’attention que j’apportais à me bien tenir, pour m’amener aux pires maladresses ; la veille même, à dîner, mon verre renversé s’était brisé en tachant largement la nappe. Le sursaut de mon père m’avait fait pâlir, et mon trouble fut plus grand encore à le voir nous laisser et reprendre, au salon, la sonate qu’il étudiait depuis le matin. Ma mère, qui savait sa tendresse nécessaire à mon apaisement, avait différé de le rejoindre pour s’attarder quelques instants près de moi, puis s’était à son tour éloignée. Demeuré seul avec mes leçons que je n’apprenais pas, j’avais bientôt entendu s’élever sa voix aimable, que mon père voulait chaque soir accompagner au piano ; le chant terminé, il la retenait encore par une série d’improvisations que j’eusse reconnues entre toutes, et ne la laissait revenir que pour me dire de gagner ma chambre, et me souhaiter le bonsoir. Il en avait été ce soir-là comme de coutume, et le concert s’était prolongé fort avant dans la nuit.

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