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L’Éducation des adolescents au XXe siècle

Pierre de Coubertin · 1912 · Free in the US

200,080 words · about 14 h 1 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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Licence: PD-US · Published in 1912 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=L’Éducation_des_adolescents_au_XXe_siècle&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Pierre de Coubertin
Language
French
Published
1912
Length
200,080 words · about 14 h 1 min
Sections
43 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (43)
  1. Front matter under 1 min
  2. Volume I about 1 h 57 min
  3. Texte entier about 1 h 57 min
  4. AVANT-PROPOS about 10 min
  5. I about 13 min
  6. II about 5 min
  7. III about 12 min
  8. IV about 4 min
  9. V about 10 min
  10. VI about 8 min
  11. VII about 3 min
  12. VIII about 4 min
  13. IX about 2 min
  14. X about 8 min
  15. XI about 3 min
  16. XII about 2 min
  17. I about 6 min
  18. II about 3 min
  19. III about 5 min
  20. IV about 2 min
  21. V about 3 min
  22. VI about 3 min
  23. VII about 3 min
  24. VIII about 3 min
  25. APPENDICE about 7 min
  26. Volume II about 1 h 43 min
  27. COMMENTAIRE ET CRITIQUE about 37 min
  28. Cours d’Humanités about 21 min
  29. Cours de langues about 1 min
  30. Cours de Sciences about 12 min
  31. L’enseignement par l’aspect about 1 min
  32. Les lectures about 1 min
  33. PRÉAMBULE about 25 min
  34. Texte entier about 1 h 43 min
  35. À propos des Mathématiques about 4 min
  36. Volume III about 1 h
  37. Texte entier about 1 h
  38. AVANT-PROPOS about 6 min
  39. Chapitre I about 20 min
  40. Chapitre II about 16 min
  41. Chapitre III about 5 min
  42. Chapitre IV about 8 min
  43. Chapitre V about 6 min

Continue:

Front matter

(Éducation Physique : La Gymnastique utilitaire.) (Éducation Intellectuelle : L’Analyse universelle.) (Éducation Morale : Le Respect mutuel.)

Volume I

Sauvetage - Défense - Locomotion

par

PIERRE DE COUBERTIN

TROISIÈME ÉDITION

PARIS

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108

1905

La Gymnastique Utilitaire

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Pour paraître prochainement :

des Adolescents au xx Siècle

. — intellectuelle

L’Analyse Universelle

Sauvetage - Défense - Locomotion

par

PIERRE DE COUBERTIN

TROISIÈME ÉDITION

PARIS

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108

1905

Tous droits réservés

À

S. E. THÉODORE ROOSEVELT

Président des États-Unis

Hommage de respectueuse admiration et de sincère gratitude

Ce qui inciterait le plus sûrement à la pratique des exercices physiques, ce serait l’instinct sportif. Si tout adolescent était susceptible de le posséder, il suffirait à l’instructeur d’en encourager le développement et d’en réprimer les excès. Mais tel n’est pas le cas. L’instinct sportif pousse où il veut ; il est parfaitement douteux qu’on puisse le faire naître là où la nature n’en a point déposé le germe ; cette tentative réussira par hasard et échouera la plupart du temps.

Cependant la civilisation a reconnu l’utilité des exercices physiques pour tous.

Que fera-t-elle afin d’amener celui qui est dépourvu d’instinct sportif à s’y adonner ? Les rendra-t-elle obligatoires ? On y tendre mais très lentement ; au-delà des rudiments de la gymnastique scolaire, rien n’est prêt pour une semblable nouveauté. Si la chose advient ce sera dans longtemps. Que vaut d’ailleurs une obligation qui n’est pas appuyée sur une conviction ?

Voilà précisément ce qui a fait défaut jusqu’ici : une base de conviction — ou du moins de conviction suffisamment puissante pour vaincre les influences adverses de l’intérêt ou de l’inertie.

Dans l’antiquité, les exercices physiques ont servi à créer de la beauté artistique et à préparer de la force nationale. Plus tard, on les a préconisés comme moyen d’améliorer et de maintenir la santé individuelle. Mais il est trop visible que, de nos jours, les appels formulés en leur faveur, non seulement au nom de l’art mais encore au nom du patriotisme ou de l’hygiène, ne peuvent être entendus que de façon intermittente et superficielle.

Le culte de la beauté se limite désormais à la jouissance des grands spectacles de la nature et aux transformations esthétiques de la matière. Pour le plaisir et l’instruction de tous, quelques hommes sont admis à dresser des monuments, à créer des œuvres d’art, à organiser des paysages. Demander à la race entière de s’astreindre au long et patient travail nécessaire pour restaurer sa propre beauté serait aussi déraisonnable que de lui conseiller l’abandon spontané de tous les progrès matériels déjà réalisés et le renoncement aux conquêtes nouvelles qu’elle espère. Ce n’est plus Minerve, déesse du calme et de la réflexion, qui règne sur le monde ; c’est Mercure, dieu de l’activité, de la locomotion et du commerce.

Le patriotisme moderne a trouvé son expression définie dans l’établissement du service militaire égal. Précisément parce qu’ils se soumettent avec une généreuse abnégation à cet impôt très lourd, les citoyens se sentent quitte envers la patrie ; à elle d’en faire des soldats pendant les mois qu’ils passent à la caserne ; ils ne sont point disposés à y travailler d’avance. Sans doute, la séduisante perspective subsiste d’une préparation préalable au service s’opérant dès l’école et permettant de réduire la période militaire ; mais, à l’heure où la Suisse elle-même tend à marquer un recul dans cette voie, il serait singulièrement imprudent d’en faire état.

Les hygiénistes ont moins de chances encore de faire prévaloir leurs doctrines. La santé est, par excellence, le bien qu’il faut avoir perdu pour l’apprécier, tant il semble normal et durable. Comment obtenir d’une jeunesse attelée à s’ouvrir, par un travail opiniâtre, des carrières fructueuses, qu’elle prélève sur le temps consacré à cette besogne afin de se livrer à des exercices dont l’indispensable régularité n’est pas pour atténuer le caractère déjà monotone ? C’est une illusion de croire que, même en Suède, son berceau — où, d’ailleurs, l’instinct sportif largement répandu vient seconder ses efforts — la gymnastique scientifique compte d’innombrables disciples ; en général, on recourt à elle pour guérir après avoir reçu les premiers avertissements de la maladie ; et c’est déjà bien beau qu’elle soit digne d’une telle confiance.

Je ne veux pas dire, bien entendu, que l’appui de l’art, du patriotisme et de l’hygiène soit ici sans valeur, mais seulement que leur action est par elle-même tout à fait insuffisante ; la raison l’explique et l’expérience le prouve.

Fort heureusement une notion nouvelle, issue de l’état de démocratie cosmopolite où nous vivons, vient transformer le problème ; c’est la notion utilitaire.

Que seulement le sport constitue une chance de succès dans le struggle for life et il s’imposera sans peine. Or, peut-on douter qu’il n’en soit ainsi ? Si nous nous interrogeons nous-mêmes, afin de savoir quelle est la qualité susceptible d’assurer le mieux l’avenir de nos fils, un instinct avisé répondra que c’est la « débrouillardise ». Imbus de préjugés vénérables, sachant mal discerner dans leur lourd héritage intellectuel le vieillot du génial, les Français auraient peut-être une tendance à s’écrier : qu’on nous forme avant tout, des disciplinés ! Mais ce que réclament à l’envi les autres démocraties et ce que commencent à réclamer de même un certain nombre de nos compatriotes, ce sont des débrouillards.

Il faut s’entendre sur la valeur du mot et sa signification exacte. Un débrouillard, en termes de marine, c’est un fin luron, hardi et de belle humeur, admirablement apte à toutes les besognes subalternes, sachant comme pas un se tirer d’un mauvais pas et retomber toujours sur ses pieds. Ces qualités-là ne sont point à dédaigner mais elles composent un type tout de même un peu court et vulgaire. Sympathiques sous le béret du matelot, on les juge incompatibles avec une culture supérieure et des aspirations sociales un peu élevées ; ou bien, alors, le débrouillard devient l’arriviste : l’être sec et sans scrupules, prompt à tout subordonner à son succès personnel ; celui-là, bien loin d’être le représentant idéal de la société démocratique, en serait, s’il se multipliait, le plus redoutable fléau.

Le débrouillard dont l’époque a besoin ne sera ni un luron ni un arriviste mais, simplement, un garçon adroit de ses mains, prompt à l’effort, souple de muscles, résistant à la fatigue, ayant le coup d’œil rapide, la décision ferme et entraîné d’avance à ces changements de lieu, de métier, de situation, d’habitudes et d’idées que rend nécessaire la féconde instabilité des sociétés modernes.

Pour le former, comptez un peu sur l’enseignement, pas mal sur les voyages, beaucoup sur l’apprentissage sportif.

C’est grâce aux exercices sportifs, en effet, qu’il arrivera à ne se sentir jamais embarrassé en face d’un sauvetage à accomplir, de sa propre défense à assurer, d’un effort à fournir ou d’un moyen de locomotion à utiliser. C’est grâce à eux qu’il prendra confiance en lui-même et se fera respecter par les autres.

Au reste, de tout temps, on a admis les avantages que comporte pour un jeune homme la connaissance des diverses formes de sports ayant trait au sauvetage, à la défense et à la locomotion. Savoir manier un cheval, un bateau — pouvoir se servir utilement d’une épée ou d’un pistolet — se trouver capable de bien placer un coup de poing et un coup de pied — être à même de courir ou de nager à l’improviste et de tenter opportunément un saut difficile ou une escalade audacieuse, ce sont là des éléments d’une supériorité évidente.

Mais jusqu’ici un pareil apprentissage ne semblait accessible qu’à de rares privilégiés. Outre qu’il demeurait nécessaire d’y dépenser beaucoup de temps et beaucoup d’argent, seuls des individus doués de moyens physiques tout à fait exceptionnels étaient jugés capables d’y réussir.

Cette opinion erronée reposait sur l’imperfection des méthodes, lesquelles s’étaient formées empiriquement et sans le secours d’aucune donnée psychologique ni physiologique.

Or on doit considérer que chaque sport procède d’une aspiration ou, si l’on veut, d’une recherche de sensation dominante qui en est comme la caractéristique psychologique et que, d’autre part, il comporte des mouvements essentiels qui en constituent comme l’alphabet ou la clef.

Il est clair que la détermination de ces éléments constitutifs d’un sport doit en simplifier grandement l’apprentissage. Si, par ailleurs, la mémoire des muscles se trouve assez puissante et assez durable pour rendre peu nombreux et surtout peu fréquents les exercices de répétition indispensables à entretenir chez l’adulte ce qui a été acquis par l’adolescent, rien ne s’oppose plus à ce que le vaste programme que j’indiquais tout à l’heure puisse être parcouru avec succès par ceux qui ne jouissent ni de grands loisirs, ni de gros revenus et ne possèdent même pas de dispositions spéciales — c’est-à-dire par l’immense majorité.

On doit faire abstraction des penchants de chacun. Parce que le futur bachelier accuse de bonne heure un goût marqué pour la physique et une aversion profonde pour la géographie, ses professeurs songent-ils à le dispenser de l’une au profit de l’autre ? Afin que sa base d’instruction soit solide, on considère qu’il doit parcourir le cycle complet des connaissances exigées. Quel motif y aurait-il donc d’appliquer aux choses de l’éducation physique un principe différent ? Si un garçon préfère la bicyclette à la boxe, ce n’est pas une raison pour lui permettre de s’adonner exclusivement à la bicyclette et d’ignorer totalement la boxe

Telles sont les idées générales dont s’inspire le présent manuel. La relation des expériences multiples par lesquelles les principes sur lesquels il s’appuie ont été vérifiés et ont cessé d’être des hypothèses ne saurait y trouver place. Il s’agit avant tout, ici, de faire œuvre pratique. Ce ne seront pas, du reste, de savantes dissertations qui permettront de fixer la valeur de la méthode nouvelle mais plutôt le résultat des applications dont elle sera l’objet.

Ce résultat, nous l’attendons avec une confiance entière ; elle découle en partie de l’adhésion et du concours si précieux qui nous ont été donnés par le Président Roosevelt. L’illustre homme d’État américain n’est pas seulement le premier des sportsmen ; il l’est dans ce sens éclectique et avec cette tendance utilitaire si propres à féconder de nos jours le vaste champ de l’éducation physique.

À qui s’adresse

la Gymnastique utilitaire

Elle s’adresse uniquement aux garçons normaux âgés de plus de quatorze ans et déjà assouplis par la gymnastique générale en usage dans les établissements scolaires.

Tous ces termes ont leur valeur. Il va de soi que, par son objet même, la gymnastique utilitaire ne convient pas aux jeunes filles ; par contre elle n’exige nullement chez le jeune garçon une robustesse au-dessus de la moyenne ; le qualificatif « normal » n’exclut pas même les délicats mais seulement les chétifs et, bien entendu, ceux qui ont une infirmité, une tare quelconque, héréditaire ou autre.

Il n’y a lieu d’inscrire qu’une limite d’âge minimum. Si la prudence interdit de descendre au-dessous de quatorze ou tout à fait exceptionnellement de treize ans, rien n’empêche de monter jusqu’à vingt et au-delà. La période préférable est celle qui s’étend entre 15 et 19 ans ; toutefois bien des circonstances et des obstacles peuvent en suggérer ou en imposer une autre.

L’assouplissement préalable est d’une nécessité absolue. Rien à faire avec des êtres non dégrossis dont les membres sont raides et les attitudes gauches. Le dégrossissement direct par le sport ou pour employer une locution plus précise, par l’exercice appliqué, est long, fatigant et donne de médiocres résultats. Les instructeurs militaires ont fini par s’en apercevoir. C’est là le rôle de la gymnastique générale qui a fait de si grands progrès depuis trente ans — tout le monde l’admet maintenant. Mais il ne faudrait pas s’imaginer que cette gymnastique puisse jamais suppléer aux préliminaires de l’équitation, de l’aviron, de la natation… Ces choses-là s’apprennent à part ; les « mouvements » les plus ingénieux, les « attitudes » les plus scientifiques n’y mènent aucunement.

Nous nous abstiendrons soigneusement de choisir entre les différentes écoles qui s’offrent à réaliser l’assouplissement préalable. Leurs homériques disputes ont probablement servi, en fin de compte, la cause du progrès. Mais elles n’ont qu’un intérêt relatif. Parmi les ensembles préconisés ici et là, il en est de bons ; il en est de meilleurs ; il n’en est point d’absolument mauvais. En France, d’intéressants et récents travaux tendent à mettre au point l’éloge exalté des uns et la critique acerbe des autres ; il en est résulté un type de leçon qui, s’inspirant d’un sage éclectisme, répond assez bien aux exigences souvent contradictoires de la physiologie et de la psychologie.

Encore une fois nous n’avons pas à prendre parti. La gymnastique utilitaire réclame des garçons assouplis. Elle n’a pas à déterminer par quelles méthodes on doit les lui préparer.

Objet et divisions

de la gymnastique utilitaire

Son objet est de leur donner la connaissance élémentaire des exercices concourant au sauvetage, à la défense et à la locomotion, en dehors de toute préoccupation d’y exceller ou de s’y classer. Nous avons déjà indiqué ce que nous entendions par ces mots : connaissance élémentaire ; la suite achèvera de le définir clairement. Quant au souci d’atteindre à l’excellence et quant au classement à l’aide duquel on s’efforce d’y parvenir, il va de soi qu’introduits habituellement dans un programme aussi étendu et varié que celui de la gymnastique utilitaire, ils pourraient y engendrer un dangereux surmenage. C’est au professeur à retenir ce qui est nécessaire à l’entretien d’une salutaire émulation et à proscrire avec soin toute tendance au championnat.

Par rapport à son objet, la gymnastique utilitaire se résume donc en trois termes : sauvetage, défense, locomotion. Il y a lieu de distinguer deux formes de sauvetage : à terre et dans l’eau. Les exercices qui trouvent leur application dans le sauvetage à terre sont, la course, le saut, l’escalade, le lancer. Les exercices de sauvetage dans l’eau sont communément désignés par le terme de natation. Mais, pratiquement, ils se subdivisent ; le fait de tomber à l’eau et d’en sortir est distinct de la natation proprement dite qui consiste dans le fait d’y progresser et de s’y diriger.

La défense se compose de deux variétés : les escrimes et le tir. Les escrimes comprennent aussi bien le combat sans armes (lutte et boxe) que le combat avec armes (escrime de la canne, du bâton, du fleuret, de l’épée et du sabre). Le tir comprend le maniement des armes à feu à la cible ou au vol. Le canon n’ayant pas d’application dans la vie individuelle n’a pas à figurer ici ; par contre on peut inscrire le maniement de l’arc encore que cette arme n’ait plus de nos jours d’utilité directe.

La locomotion est animale si elle a lieu à pied ou à cheval, mécanique si l’homme emprunte le secours d’une machine : bicyclette, automobile, bateau, etc…

Par rapport au sujet, la gymnastique utilitaire embrasse deux périodes : l’apprentissage et l’entretien. Nous avons cherché à tenir compte de ce double point de vue, sans vouloir toutefois donner à ces divisions plus d’importance qu’il ne convenait.

Ces quatre exercices que nous avons classés sous cette rubrique, il en est trois qui figurent habituellement dans les concours sportifs : la course, le saut et le lancer. Le caractère dont les revêt, en ce cas, le fait de la concurrence à soutenir et à vaincre en modifie considérablement le rôle et la physionomie.

Même dans les épreuves appelées courses de fond, le coureur tend à aller le plus vite possible et il apporte des soins spéciaux à organiser son départ et à préparer son emballage final. De son côté, le sauteur aspire à dépasser la hauteur ou la longueur acquise par ses émules ; il veille en même temps à ne point manquer aux règlements de convention qui lui sont imposés. Tous deux opèrent, d’ailleurs, sur un terrain préparé et aplani à leur intention. Le lanceur a des préoccupations analogues ; il craint d’empiéter sur les limites artificielles assignées à son élan et c’est le maximum de distance qu’il s’efforce d’établir.

Ces conditions ne se retrouvent pas dans la vie réelle et, par conséquent, la gymnastique utilitaire n’a point à en tenir compte.

La course que nous considérons ici n’est que l’allure pressée, « le trot » de l’animal humain. Cette simple définition en dit l’importance. Que vaut un animal qui ne peut pas se mettre au trot ? Telle est pourtant l’incapacité habituelle à laquelle nous sommes parvenus. Elle est désormais si générale que, volontiers, les gens se demandent, quand passe un coureur, si l’homme est vraiment fait pour courir et si cette allure exceptionnelle n’est pas du domaine des acrobates ou des athlètes de profession.

Les anciens, eux, considéraient le corps humain comme parfaitement apte à la course ; nous savons qu’ils mettaient cette opinion en pratique et ne s’en trouvaient pas mal. Elle est partagée de nos jours par quiconque a observé la structure, non point de quelque grand champion de la piste mais des coureurs ordinaires hindous, nubiens ou japonais, lesquels, sans renouveler les hauts faits cités par Pline, arrivent à s’en approcher. Un tel examen établit, comme l’a dit le Rouhet « avec quelle perfection nos organes de locomotion sont construits au double point de vue de la disposition et de la solidité ».

Il n’en est pas moins vrai qu’aujourd’hui, par la longue accoutumance à n’aller qu’au pas, les civilisés ont beaucoup perdu de leurs moyens à cet égard. L’instinct pourtant subsiste qui, en présence d’un péril à signaler, d’un malheur à éviter, d’un secours urgent à procurer, nous incite à courir. Et le risque est autrement grand pour celui qui, sans aucune préparation, obéit à cet instinct que pour celui qui s’est préparé à y répondre utilement.

Nous ne visons pas, bien entendu, la course de vitesse. Une allure qui ne peut se soutenir de quelques instants n’est pas une allure avantageuse. En outre le coureur de fond fera de la vitesse sur une petite distance, le cas échéant, bien plus facilement que le coureur de vitesse ne fera du fond.

En général, on peut dire que la course « pratique » est celle qui se fait sur 160 à 170 pas à la minute. Si l’on compte le pas moyen à 115, cela donne 187 à 19550 par minute, soit le kilomètre en 5 minutes 43 à 5 minutes 13.

La caractéristique psychologique de la course réside dans le rythme : c’est un exercice d’harmonie. Le contentement y nait de la régularité des foulées et de leur proportionnalité à l’architecture de l’individu. On arrivera peut-être un jour à trouver scientifiquement son propre rythme ; aujourd’hui il y aurait encore trop d’inconnues à dégager de pareilles équations ; mais, en procédant avec prudence, chacun peut déterminer par tâtonnements la cadence favorable.

On y aide en réglant la respiration et en développant l’élasticité ; car ce sont les deux éléments principaux, de la perfection rythmique. La capacité respiratoire importe mais, plus encore, la manière de respirer ; ceux qui ont les narines larges et mobiles se trouvent avantagés par la nature ; encore faut-il qu’ils s’accoutument à bien coordonner les inspirations et les expirations.

De même l’action amortissante des muscles au moment de la retombée du corps s’opère d’elle-même chez les êtres jeunes ; néanmoins le travail la facilite et la perfectionne grandement.

Le « pas gymnastique » constitue un médiocre exercice. C’est une course sautée dans laquelle il n’existe aucune proportion entre le travail dépensé et le résultat obtenu. En tous cas, on ne doit l’employer que sur place ; il peut alors servir, soit tout à fait au début pour préparer brièvement à la course, soit pour la remplacer accidentellement lorsque le mauvais temps ou tout autre motif empêchent de s’y livrer.

Les premiers temps de course se prendront avantageusement sur le gazon ; l’élasticité désirable s’établit mieux ainsi. Mais bien vite on doit aborder les terrains usuels, c’est-à-dire la route et l’à-travers champs. Ce n’est pas au coureur à varier ses allures, c’est au terrain à changer sous ses pas ; par là il fait connaissance avec les hasards et les difficultés, il apprend à évaluer les distances, à modifier sa direction, à se détourner , à choisir d’un regard avisé les endroits où poser le pied, à bien aborder les côtes et les descentes.

Il faut courir d’abord en espadrilles et en vêtements légers ; une fois l’accoutumance obtenue et dès que l’on a pris conscience de son rythme, il est bon de s’habituer à courir parfois en chaussures et vêtements de ville. On doit commencer par des courses brèves n’excédant pas 3 à 4 minutes et s’y tenir pendant quelque temps ; ensuite on progressera rapidement, de minute en minute de façon à atteindre, si possible, le quart d’heure. À moins de dispositions exceptionnelles, il vaut mieux, si l’effort à faire dépasse cette limite, employer la marche rapide.

Entre le saut à la corde qui est un jeu d’enfants et le saut périlleux qui est une prouesse de cirque, il y a place pour une série de sauts fort utiles par les applications qu’ils comportent. Ce sont : le saut en profondeur, le saut en longueur, le saut en hauteur, le saut vertical, les sauts combinés, enfin les trois variétés de sauts à la perche : en profondeur, en longueur et en hauteur.

Ces dénominations ne sont pas excellentes mais il faut y regarder à deux fois avant de débaptiser un exercice et, en tous les cas, on doit être certain que non seulement l’appellation nouvelle sera plus exacte que l’appellation ancienne mais encore qu’elle ne sera ni plus longue ni plus compliquée ni plus revêche à prononcer ou à ouïr.

Le saut en profondeur s’exécute de haut en bas ; le saut vertical, de bas en haut ; le saut en hauteur, en franchissant l’obstacle (barrière, mur ou haie) et en retombant de l’autre côté. De tous, le plus utile à connaître est le saut en longueur car c’est le seul qui ne puisse s’éviter. Vous enjamberez encore tant bien que mal la clôture qui se dresse devant vous ; mais qu’un fossé ou un cours d’eau se creusent sous vos pas, il faudra bien les sauter… ou tourner les talons.

Si l’on place l’un devant l’autre deux genres d’obstacles, par exemple une haie et un fossé, on a un saut combiné. Le saut en profondeur et le saut vertical n’ont d’application que combinés c’est-à-dire lorsqu’un ruisseau, un bourbier, des épines s’étendent au pied du tertre ou du mur d’où l’on part ou bien que l’on veut atteindre. Autrement on s’en tirera par une simple descente ou une escalade et cela vaut mieux ; car ces deux sauts, pris de près, présentent des inconvénients qu’il est inutile d’affronter sans raison ; dans l’un, une chute trop verticale menace le sauteur de déchirures ou de commotions fâcheuses ; dans l’autre, l’assiette difficile à recouvrer soudainement à l’arrivée l’expose à tomber à la renverse.

La caractéristique du saut est l’instantanéité ; il est non seulement inutile mais même nuisible de s’y préparer longuement ; plus l’accomplissement des actes préliminaires est rapide, plus sont grandes les chances de succès. Se décider à sauter, évaluer l’effort à faire, transmettre l’ordre à l’organisme : ces trois opérations successives doivent prendre moins de temps qu’il n’en faut pour les énumérer. La lenteur produit l’hésitation qui engendre la maladresse.

La gymnastique utilitaire proscrit le saut sans obstacles ainsi que l’obstacle fictif, corde ou claie légère piquée dans le gazon et qu’un frôlement renverse. Ce n’est pas la haie qui doit tomber, c’est le sauteur, s’il s’y est mal pris. En roulant sur le gazon ou la terre meuble il ne risque rien et du moins la leçon lui profite. La corde a, en outre, ce défaut de tromper le regard qui en mesure la hauteur aux appuis alors que cette hauteur est moindre au centre ; le sauteur s’habitue de la sorte à réussir par un effort inférieur à son évaluation préalable.

On doit débuter : en longueur, avec le fossé ou la rivière de façon à s’accoutumer à la sensation du vide ou de l’eau sous soi — en hauteur, avec la haie basse formée de lattes de bois entre lesquelles se dressent des genêts ou des branchages dont le contact rudoie le sauteur. Ainsi la nécessité de franchir un minimum s’impose plus clairement aux muscles. Il est très aisé d’établir, avec un peu d’eau et des roseaux, un simulacre de rivière s’étendant sur une longueur de 6 à 10 mètres et allant s’élargissant de 1 mètre 80 à 5 mètres. De même on modifiera facilement la hauteur de la haie en la posant des deux bouts sur des appuis de plus en plus élevés et en dissimulant le bas par des branchages.

Le saut d’une barrière s’opère très utilement en prenant appui d’un bras sur le rebord supérieur et en sautant de côté — très inutilement en le saut de mouton, les jambes écartées. Non seulement l’élégance mais la sécurité recommandent le premier mode de préférence au second. On s’y exercera en prenant d’abord l’appui des deux bras puis d’un seul et en sautant alternativement à gauche et à droite.

Tous ces différents sauts doivent s’exécuter d’abord de pied ferme et, immédiatement après, avec élan. On peut en disposer plusieurs de suite de façon que le sauteur n’ait que le temps et la place de prendre pied entre l’un et l’autre. Aucun exercice ne développera mieux son sang-froid et son à-propos.

L’emploi de la perche permet d’accroître considérablement l’espace franchi. La perche est d’un maniement aisé, hormis pour le saut en hauteur. On commencera par le saut en profondeur depuis 1 mètre en allant jusqu’à 2 et au-delà. Afin d’éviter d’avoir à se servir d’une perche démesurément longue, objet coûteux et difficile à se procurer, on peut disposer au pied du mur un petit monticule suffisant pour y appuyer l’extrémité de la perche ; cela diminuera la longueur obligatoire de celle-ci sans restreindre l’amplitude du saut. En encadrant la rivière entre deux haies on préparera un saut en longueur à la perche tout à fait éducatif. Il ne convient pas de chercher à sauter de grandes hauteurs avec la perche ; ceci est d’une application rare et demande un long entraînement.

Lancer sans viser est dépourvu d’intérêt. Le discobole, certes, fournit de belles attitudes et le moderne putting the weight donne lieu à de curieuses exhibitions de force. Mais toute la valeur sportive que peuvent avoir ces exercices, le premier surtout, ne compense pas, au point de vue auquel nous nous plaçons, l’absence de valeur pratique qui les caractérise.

Pour bien lancer, il faut atteindre. Pour atteindre, il faut s’essayer avec méthode. La sûreté ne s’acquiert que par des exercices répétés.

On doit pouvoir lancer avec les deux bras et avec les deux jambes.

Dans le lancer avec les bras, on fera d’abord usage de balles comme celles dont se servent les collégiens ; elles ont à peu près la grosseur des balles de tennis mais sont plus dures et plus pesantes. Avec ces balles on s’exercera à viser sur des cibles de 1 mètre carré en se plaçant, d’abord, une distance de vingt mètres puis en reculant progressivement de 25 centimètres à chaque série d’épreuves. Lorsqu’on se sera familiarisé avec ce genre de projectiles, on emploiera des balles de cricket qui sont beaucoup plus lourdes. Après s’être placé en face de la cible, on s’accoutumera aussi à viser de côté.

On commencera toujours par le bras gauche ; en règle générale, dans tout exercice à exécuter successivement des deux bras on doit débuter par le gauche ; c’est celui qui se fatigue le plus vite et qui obéit le moins bien ; par comparaison, le travail du bras droit paraît ensuite bien plus aisé ; il en résulte une sorte d’encouragement à prolonger l’exercice. Cette observation s’applique à l’escrime.

Pour le lancer avec les jambes, il convient de se servir du ballon de foot-ball, de préférence le ballon rond — et de chercher à le faire passer entre deux pieux écartés l’un de l’autre en se plaçant d’abord en face, puis de côté, à des distances appropriées et progressives. On peut aussi, au cas où un terrain de dimensions ferait défaut, tirer de plus près sur une cible. Le « dribbling » qui est employé au football consiste à courir plus ou moins vite en gardant le ballon entre les jambes et en le conduisant par des séries de petits coups de pied. Nous recommandons cet excellent exercice qui exige de la retenue et est très propre à développer l’adresse.

Dans le lancer du javelot et du lasso les mouvements du bras et de l’épaule ainsi que la position de la main diffèrent sensiblement de ce qu’ils sont dans le lancer de la balle. Ce sont des exercices qu’il sera avantageux de combiner avec la gymnastique équestre (voir plus loin) après s’y être d’abord essayé à terre. Les dimensions et le poids du javelot peuvent varier. Il est préférable de le prendre long, mince et assez lourd ; 1 mètre 10 à 1 mètre 20 constitue bonne longueur : la pointe doit être bien effilée ; la meilleure cible est une cible en paillasson semblables à celles qui sont en usage pour le tir à l’arc. Le lasso ne devra pas avoir plus de 2 centimètres 1/2 à 2 centimètres 3/4 de circonférence. L’élève en prendra en mains un minimum de 9 à 10 mètres ; la difficulté n’est pas moindre en en prenant une plus petite quantité. Il cherchera à lancer le nœud coulant sur un pieux de deux mètres de haut fiché en terre et dont il s’efforcera de se tenir le plus loin possible. Javelot et lasso se travailleront, bien entendu, des deux mains, tour à tour.

Si les circonstances s’y prêtent et qu’il y ait temps pour celà, on peut aborder le jeu de la fronde. Mais il ne faut pas perdre de vue que cet exercice est toujours assez dangereux pour les assistants et parfois pour le frondeur lui-même. L’utilité en est d’ailleurs contestable.

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