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Journal des débats

Émile Deschanel · 1865 · Free in the US

10,080 words · about 42 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Émile Deschanel
Language
French
Published
1865
Length
10,080 words · about 42 min
Sections
4 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (4)
  1. Variétés about 12 min
  2. Nécrologie about 25 min
  3. 25 about 6 min
  4. Gallica under 1 min

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Variétés

Qui paye ses dettes s’enrichit… Je veux donc payer aujourd’hui les miennes, quelques unes du moins.

Voici d’abord trois livres, dont deux très remarquables, dus à la plume d’un auteur féminin, caché sous un nom masculin : — Un Mariage scandaleux, Une vieille Fille, les Deux Filles de .

Le mariage scandaleux dont il s’agit est celui d’une jeune demoiselle de la bourgeoisie de province avec un simple paysan. La famille de la demoiselle s’oppose à ce mariage aussi longtemps qu’elle peut, et finit par y consentir. Cette situation est développée avec beaucoup d’art et d’esprit.

C’est, dira-t-on, le thème de Paul et Virginie. Oui, si vous voulez ; cependant il y a plus d’une différence, et d’abord celle-ci, que la scène du roman nouveau n’est pas à l’Île-de-France, mais en France même, dans le Poitou. Le prétendu scandale est donc beaucoup plus grand ici que là, les convenances ou les conventions étant bien plus étroites dans la société soi-disant civilisée de certaines petites localités provinciales que loin du monde et de ses préjugés, au milieu d’une nature vierge.

Moralement égaux par le cœur et l’esprit, Michel et Lucie paraissent placés, socialement et d’après les idées reçues, à une distance infranchissable. Justement il s’agit de la leur faire franchir, et de faire accepter au lecteur cette situation et cette conclusion, en passant par tous les obstacles et par toutes les difficultés dont la peinture a fourni à l’auteur un tableau très varié et très vrai des mœurs de province. Les luttes prolongées des les plus naturels et les plus purs, aux prises avec les bienséances plus ou moins justes, les usages tout-, et aussi avec la malignité, la sottise et l’envie, sont retracées dans ce livre avec finesse, avec vigueur, parfois avec une éloquence simple, courte, sans ombre de déclamation.

Si l’on peut noter, dans la forme, en ce qui regarde le langage rustique de Michel, quelque reflet des romans champêtres de George Sand, cela n’empêche pas qu’il ne faille reconnaître dans tout cet ouvrage un sentiment très vif et très personnel de la campagne et de ses , avec un fonds très riche d’observations directes.

Sans prétendre signaler aucune imitation, on pourrait dire que cette œuvre rappelle plutôt Claude Tillier, l’auteur de l’Oncle Benjamin, ou Balzac dans les Scènes de la Vie de Province, que l’auteur de François-le-Champi.

Quoi qu’il en puisse être de ces parentés ou de ces analogies littéraires, un Mariage scandaleux est, bien évidemment, l’œuvre propre et naturelle de l’auteur. Les mœurs provinciales de la petite bourgeoisie pauvre, qui rougirait de se mésallier avec un paysan, même riche, intelligent et noble de cœur, y sont réellement saisies sur le vif et peintes avec une naïveté bien originale. Il y a des dialogues vrais, , en très bon langage ; beaucoup de finesse et de malice dans un grand nombre de petits tableaux de mœurs ; toutes sortes de jolis croquis bien enlevés ; des épisodes variés et enchaînés avec adresse ; un vif intérêt, et des plus honnêtes ; une source jaillissante de passion vraie et pure, adroitement ménagée dans son cours ; des nuances délicates, des expressions justes et vives.

Ce Michel est aimé aussi d’une jeune et gentille paysanne, pour laquelle il n’a que de l’amitié, et qui est un caractère charmant.

Lucie a une mère romanesque, entichée de sa bourgeoisie, rêvant pour ses deux filles des aventures avec la caste au-dessus d’elles, plutôt qu’un honnête et bon mariage avec la classe au-dessous.

La sœur de Lucie, qui est dans les mêmes idées que sa mère, dépérit désespérée de devenir vieille fille, et meurt désolée de n’avoir pas vécu. Ce dernier caractère est peut-être le plus remarquable du livre.

Il semble que l’auteur en avait eu la première idée en commençant son autre ouvrage, Une vieille Fille, qui, publié en second lieu, a été, je crois, composé le premier. Puis l’idée se serait modifiée à mesure que l’œuvre avançait. Il se trouve, en définitive que celle qu’on nommait vieille fille ne l’était pas autant qu’on le croyait et qu’elle le croyait elle-même. Un amour vrai, honnête et partagé la rajeunit et la métamorphose. Il y a plusieurs pièces sur cette idée-là, qui n’en est pas plus régalante : la Vieille, la Douairière de Brionne, et d’autres encore. En un mot, la Vieille Fille est une œuvre indécise et faible, mais ornée de beaux paysages, ceux de Lausanne et du Léman. L’auteur a un don singulier pour sentir la nature et pour la peindre.

Les deux Filles de sont le troisième ouvrage du même écrivain. Ce roman-ci est par lettres, forme qui a ses et ses avantages : les , ce sont les longueurs ; les avantages, c’est l’agrément du naturel et de la fantaisie. Là encore, ce qui brille par-dessus tout, c’est le sentiment et la peinture vive et fraîche de la campagne. Nous sommes revenus dans le Poitou. Les paysans et la petite bourgeoisie fournissent encore presque tous les personnages de cette comédie, très variée dans ses , très simple au fond.

Le jeune comte William de Montsalvan, fiancé à la plus jeune des deux filles d’un ancien notaire, se met, sans le vouloir et sans s’en douter, à aimer l’autre peu à peu. Il s’est aperçu que sa fiancée chérit surtout en lui son titre : cela l’écœure et le détache. Au contraire, il découvre en l’autre sœur un esprit plus libre de préjugés, une raison plus forte et plus élevée, un caractère décidé, courageux, une âme fière : cela séduit la sienne, qui n’est ni moins noble ni moins généreuse. L’auteur, j’imagine, s’est peint lui-même dans ces deux personnages très . Les coulent à grands flots de la source la plus haute et la plus pure, celle de la justice et de la bonté.

Ce livre-ci n’est pas moins remarquable qu’Un Mariage scandaleux ; on y trouve les mêmes qualités, encore mûries. Il faut qu’on me permette d’en détacher une page, comme spécimen de l’auteur :

J’ai voulu citer sans interruption toute cette page, parce qu’on y peut voir comment, dans ce livre, un joli tableau n’attend pas l’autre : il y en a là quatre ou cinq de suite, qui se succèdent avec une variété agréable et naturelle. Et cela ne s’arrête pas là : on en trouve d’autres encore, tout de suite après.

Mais, par-dessus tout, la beauté du livre, c’est la passion douce de l’amour naissant peinte avec une naïveté suave et pénétrante, ce sont les émotions élevées de deux âmes dignes l’une de l’autre qui se rencontrent dans l’ardeur, du bien, dans l’idéal de la justice et dans une généreuse émulation à en réaliser ce qu’on peut ici-bas.

Homme ou femme, l’auteur est une âme généreuse, un esprit libre et un talent déjà très grand, qui est en train de croître encore.

Une idée analogue à celle d’un Mariage scandaleux a inspiré , lorsqu’il a écrit le livre qui a pour titre : le Roman d’un Homme sérieux. C’est la lutte entre l’amour désintéressé et le calcul égoïste, en présence de la question du mariage. L’idée du livre est dans ces trois lignes « La raison commande de n’épouser qu’une femme qu’on aime et de chercher un bonheur plus élevé et plus pur que celui dont l’argent dispose. » C’est là sans doute pour les gens raisonnables une vérité si évidente qu’elle ne paraît pas avoir besoin de démonstration mais l’a très bien démontrée, en cas que les gens raisonnables ne fussent pas en majorité dans le public de notre temps.

Savinien, le héros du roman, se considère comme un homme sérieux parce qu’après avoir étudié la question du mariage sous toutes ses faces il a pris la résolution de n’épouser qu’une grosse dot ; mais, en dépit de cette belle résolution, son cœur, naturellement honnête, finit par se laisser charmer aux qualités aimables et élevées d’une jeune fille sans fortune ; tel est le fond du sujet.

Peut-être la composition dans son ensemble n’est-elle pas arrivée à un degré suffisant de maturité. Il en résulte quelques situations un peu invraisemblables, non pas au fond, mais dans la manière dont elles sont amenées.

En revanche, des descriptions agréables, des dialogues naturels, des scènes bien menées, recommandent ce nouvel ouvrage d’un écrivain déjà distingué par les suffrages du public et par ceux de l’Académie Française.

Deux caractères sympathiques dominent l’œuvre : la mère de Savinien, pleine de sens, d’honneur, de délicatesse ; la jeune fille aimée, belle, modeste, avec une dignité charmante et les plus nobles .

Cet ouvrage respire l’honnêteté. Il peut (éloge bien rare par le temps qui court) être laissé entre les mains d’une jeune fille. Le satisfait la raison, prouvant que l’homme vraiment sérieux est celui qui sait trouver le bonheur intime, quand même sa femme ne lui apporterait en dot que l’esprit, la vertu et la bonté.

Après et ou , voici .

est du Midi, et l’on sait qu’elle excelle à peindre les contrées et les mœurs de son pays natal. Elle a trouvé là une mine abondante, qu’elle continue d’exploiter avec art. Tout le monde a dans la mémoire les scènes pittoresques et caractérisées du Gardian de la Camargue, et tant d’autres récits. En voici un nouveau qui se recommande par les mêmes qualités que ses aînés ; il a pour titre la Prédicante des Cévennes. Je l’ai lu au milieu, de ces montagnes mêmes qui lui servent de cadre, et j’ai pu contrôler à chaque instant la fiction par la réalité. Les paysages sont aussi vrais que les caractères.

Il y a dans ce récit trois personnages principaux. D’abord une vieille prédicante ou prêcheuse, nommée Marinesque. Pour les , c’est une femme inspirée du Saint-Esprit ; pour les Catholiques, c’est une sorcière vendue au Diable. Elle va, de hameau en hameau, réchauffer le zèle des fidèles. Prêchant les , enterrant les morts, baptisant les nouveau-nés, elle fait, dans les Cévennes, l’office de pasteur.

Toutefois elle-même a choisi et installé dans le village de Lestréchure un jeune pasteur. Il s’appelle Samuel.

D’autre part, une petite fille, nommée Maïa, a été trouvée dans le village catholique de Saint-Martin et adoptée par la paroisse entière. La petite fille est devenue grande ; le jeune pasteur se laisse émouvoir à sa vue. On pressent que Maïa est née de catholiques, qui se retrouveront. Samuel, le pasteur, sera donc pris entre sa foi et son amour. De là, des péripéties émouvantes, où ne manque pas d’intervenir la vieille prédicante Marinesque.

Ce personnage respire une grandeur farouche, qui contraste avec la douceur du jeune pasteur Samuel.

Chacun des deux partis religieux se dispute l’âme de la jeune Maïa, en attendant que sa destinée et sa famille se révèlent. Le curé de Saint-Martin a ondoyé l’enfant. De son côté, la femme-pasteur Marinesque l’a baptisée avec la cendre des martyrs : « Reçois ce baptême, a-t-elle dit, c’est celui que tout enfant du siècle devrait demander aux temps passés. Puisse cette cendre bénie des prophètes et des martyrs te donner la foi ardente qui anima leur cœur ! »

Mais Marinesqùe se dit à part « Si Maïa se trouve être un enfant de nos bourreaux, je puiserai dans ma foi la force de sacrifier le bonheur de Samuel pour faire mon devoir de protestante. »

Pour le , lisez le livre. Le fond, un peu sévère, est égayé, çà et là par de piquantes peintures de mœurs ou de costumes. Voulez-vous savoir, par exemple, ce que c’est que la cagnotte ? C’est le petit bonnet national des femmes , « bonnet sans rubans ni dentelles, qui rappelle par sa forme le bonnet phrygien. Lilas, rose, vert ou bleu, ce petit bonnet d’indienne a pour tout ornement de grands cordons blancs qui le serrent à volonté et se nouent sur le sommet de la tête. Les ont un tel tact pour approprier la nuance et l’arrangement de cette coiffure à leur physionomie, qu’au lieu d’être uniforme, elle présente autant de variétés qu’il y a de types dans les visages. La cagnotte trahit les secrets du caractère aussi bien que ceux de la beauté. De couleur vive et posée comme un casque vainqueur, sur deux bandeaux , elle indiquera une brune impérieuse ; d’un ton pâle et de forme modeste, elle accompagnera un pudique visage aux blonds cheveux. Une cagnotte, dont de lavages ont altéré l’éclat, révèle une misère profonde ; des cordons noués symétriquement sur une étoffe sombre montrent une ménagère économe et soigneuse. Avancée sur le front, la cagnotte appartient à une dévote ; chamarrée de plusieurs couleurs, à un esprit prétentieux ; ornée d’un nœud magistral, à une raisonneuse. Lorsqu’elle ne laisse dépasser qu’un mince filet de cheveux, elle pare une fille douce et sage ; mise sur le sommet de la tête, elle est l’emblème de l’étourderie et de la légèreté. Les avaricieuses ne changent de cagnotte que le dimanche, les coquettes en ont une pour chaque jour de la semaine. Il y a enfin la cagnotte hardie, qui se porte sans cordon ; la laborieuse, à laquelle on attache des mentonnières ; la timide, qui se baisse sur les yeux ; la colère, qui est toujours de travers ; les cagnottes gaies, les tristes ; celles qui ont un air rébarbatif, et celles qui plaisent et attirent. »

Je signale aussi de jolis et détails sur les vers à soie et les .

Tout cela forme un ensemble adroit et séduisant, d’où l’on peut conclure que doit très bien poser sa cagnotte.

Zola est du même pays, fécond en inspirations poétiques et fantaisistes. Les Contes à Ninon sont sa première œuvre.

Quelle est cette Ninon ? Est-ce Ninon la belle, qui sut prolonger sa jeunesse jusqu’à près de quatre-vingts ans ? Est-ce la gentille Ninon d’Alfred de Musset dans ses comédies ? Ni l’une ni l’autre. Cette Ninon est une amie d’enfance du poëte ; je dis poëte, quoique écrive en prose ; mais du poëte il a les qualités et les défauts. Cette Ninon est donc une amie, une amie de ce temps heureux où l’amitié, entre une adolescente et un adolescent, est quelquefois l’aube de l’amour. À ce souvenir, qui n’est plus qu’un rêve, il dédie ses premiers essais. C’est le livre d’un jeune homme et d’un amoureux, pour qui toute la nature n’est qu’amour. C’est Chérubin se faisant homme de lettres et ayant lu Victor Hugo, Alfred de Musset, Hoffmann, Henri Heine ; ce qui ne l’empêche pas de posséder en propre un grand talent de fantaisie humouriste et une vraie originalité.

Ces essais sont de toutes sortes : Simplice, le Carnet de danse, Celle qui m’aime, la Fée amoureuse, le Sang, Sœur des Pauvres, les Voleurs et l’Âne, Aventures du grand Sidoine et du petit Médéric. Il y a, dans ce dernier récit, pages 211 à 219, un discours qui vaut de l’or. J’aime mieux cette ironie à la Micromégas que les teintes un peu mélodramatiques des pages intitulées le Sang. La conversation de Georgette avec son Carnet de danse, le lendemain du bal, est plein de gentillesse et de grâce. Tel autre récit est lyrique, tel autre satirique. Il y a donc de tout dans ces pages ? Oui, de tout. Mais, par-dessus tout, il y a de la fantaisie et du caprice ; c’est la folle du logis qui est maîtresse. Ne demandez pas à la jeunesse d’être sobre et de savoir choisir. Pourquoi choisir, quand tout enchante ? nous donne tout, contes, allégories, rêves, réalités, espérances : il répand l’urne tout entière. Corinne disait à Pindare, son élève : « Prodigue ! au lieu de prendre seulement quelques grains, tu as répandu tout le sac ! » Eh bien Ninon pourrait dire la même chose à , si cette Ninon n’était pas la muse même du poëte. — Eh ! qu’importe ! répondrait-il à quiconque le lui dirait, qu’importe, si tous les grains doivent germer !

Ils ont germé déjà : ce livre est plein de fleurs, et la récolte sera belle, si chaque fleur nous donne un fruit. C’est surtout dans le style descriptif que l’auteur excelle. Il y a là un certain nombre de pages qui sont d’une fraîcheur exquise.

annonce, par ce livre, un talent très littéraire, qui mûrira. Et même certaines parties sont déjà mûres ; dans tel coin, on peut vendanger. Mais Ninon est pressée, et met tout dans la cuve ; la vendange alors est un peu mêlée. Pourtant, lorsque le vin aura coulé et qu’il se sera dépouillé, il aura du bouquet et une jolie couleur.

Nécrologie

cependant elles avaient suffi à un adroit voleur pour s’emparer du nécessaire et disparaître.

Plainte a été déposée au bureau du commissaire spécial de la gare, qui a commencé une information.

— Un dépêche de Brest annonce que l’aviso le Travailleur, venant de Rochefort et ayant à bord les restes de l’amiral Grivel, est mouillé sur rade.

— Mardi prochain, 20 mars, aura lieu à la chapelle du palais de Versailles, en faveur de l’œuvre de patronage des enfants délaissés et des libérés de Seine et Oise, l’exécution de l’Oratorio des sept paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, poème de M. Edouard Laboulaye, sénateur, membre de l’Institut, musique de M. Deslandres, second grand prix de Rome, suivi d’un salut solennel en musique, sous la présidence de l’évêque de Versailles.

MM. Bosquin et Auguez, de l’Académie nationale de musique, , contralto, professeur à l’Ecole française populaire, et MM. Mazalbert, Thual, ténors ; Jolivet et Bésangier basses prêteront leur concours à cette cérémonie, pour le chant ; MM. Mendels, P. Chavy, violonistes ; Prioré, alto ; Fremaieu, violoncelliste ; Dubeuf, contrebassiste ; , harpiste premier prix du Conservatoire ; Turban, clarinette solo de l’Opéra, pour la partie instrumentale.

L’orgue sera tenu par M. E. Renaud.

— On lit dans le Messager du Midi :

Un acte d’insubordination militaire s’est produit place Saint-Hérem, à Clermont, à l’encontre d’un lieutenant du 92 de ligne. Voici l’ordre général que M. Bréard, commandant provisoirement le d’armée, a adressé à cette occasion aux troupes placées sous son commandement :

« Dimanche soir 23 février, six militaires du 36 régiment d’artillerie, en compagnie de plusieurs civils, chantaient, sur la place Saint-Hérem, des chansons de l’obscénité la plus révoltante.

Un officier du 92 régiment d’infanterie voulant, avec raison, faire cesser ce scandale, s’approcha de l’un des artilleurs, l’artificier Braunn, et lui enjoignit de lui donner son nom et son numéro matricule.

Il fut alors assailli par les civils et frappé en présence des artilleurs, qui restèrent impassibles, et répondirent ensuite en se sauvant à la sommation qui leur était faite par l’officier de lui prêter main forte.

En ce moment, deux soldats du 92 de ligne et un soldat de la de commis d’administration, entendant le bruit de la lutte que soutenait l’officier pour maintenir un de ses assaillans, se précipitèrent à son secours et parvinrent à le dégager.

Les six artilleurs qui avaient compromis leur uniforme en causant un scandale public, ont manqué de courage en ne prêtant pas aide à un officier attaqué par plusieurs individus, et ils ont fait acte d’indiscipline en refusant le secours que réclamait un de leurs supérieurs.

En portant ces faits à la connaissance des troupes sous ses ordres, le général commandant provisoirement le d’armée décide que :

Le brigadier Mazière est cassé de son grade ;

L’artificier Braunn, les canonniers Boniface et Moraltrini, sont punis chacun de soixante jours de prison, dont huit de cellule de correction ; les canonniers Clerc et Reizier, de trente jours de prison.

En revanche, le général félicite les nommés Massé et Godeau, du 92 d’infanterie ; Boutin, de la de commis d’administration, qui ont donné l’exemple de la conduite à tenir par tout militaire en pareille circonstance.

Le soldat Godeau est nommé de première classe.

Au quartier général, à Clermont-Ferrand, le mars 1883. »

— Si la partie la plus fertile du Venezuela est le cordon littoral, sa partie la plus pittoresque et la plus originale, c’est certainement ce qu’on appelle le Llanos ou les Pampas de la vallée de l’Apure. C’est le pays du bœuf sauvage, du jaguar et du crocodile ; de ces énormes vipères d’eau que la science connaît sous le nom d’anacondas, et que là-bas on désigne sous le nom de Culebras d’aqua, par opposition au boa constrictor que l’on y appelle Triego Venado par suite de sa capacité d’engloutir un cerf tout entier. C’est le pays aussi des grandes herbes et des vastes solitudes, entrecoupées çà et là d’oasis où s’élèvent d’immenses fermes, sans parler des Indiens pillards qui le parcourent dans tous les sens et de ses propres habitants aussi originaux, plus peut-être que les Gauchos de la république Argentine.

Les habitants sont au nombre de ce qui, réparti sur une superficie de 27 milles carrés, donne seulement 14 habitants par milles carré, soit à peu près 5 habitants par kilomètre carré. Tous les Llaneros se prétendant de vieille souche castillane ; mais ils sont réellement issus du mélange des blancs, des aborigènes et des noirs. Ils forment, dans tous les cas, une race énergique admirablement, adaptée au milieu dans lequel elle s’est placée et propre à soutenir une vie toute de fatigues et de dangers. Jetés sur une plaine en apparence interminable, ils ont à lutter sans cesse non seulement contre les bêtes sauvages et les reptiles vénimeux qui l’infestent, mais encore avec les possesseurs primitifs du sol et des élémens eux-mêmes. Quand ce n’est point avec le jaguar ou la vipère qu’ils ont affaire, ce sont des inondations dont le flot monte avec une effrayante rapidité, qui surviennent, balayent leurs troupeaux et leurs frêles cabanes, ne leur laissant a eux-mêmes, d’autre chance de salut qu’une prompte fuite, au triple galop de leurs rapides chevaux. Aussi bien, dans un pays de cette sorte, le cheval est-il le plus précieux auxiliaire de l’homme : il lui est indispensable ; et rien de plus naturel que le Llanero des savanes de l’Apure soit une espèce de centaure, de même que le Gaucho des bords du Parana.

Le Llanero voit donc dans son cheval l’amie meilleur qu’il ait au monde. Après un pénible voyage, il n’est pas rare de le voir négliger son propre bien-être afin d’assurer celui de son fidèle compagnon, et c’est une idée toute naturelle pour eux que celle qui se trouve exprimée dans les vers suivans d’un des leurs :

Ma femme et mon cheval sont morts ensemble. Au diable ma femme ! c’est mon cheval que je plains.

Les Llaneros se disent chrétiens, et c’est de bonne foi qu’ils se croient tels ; de fait, ce qu’ils appellent leur christianisme n’est qu’un amas de superstitions extravagantes, grossières et puériles. Ils s’imaginent, par exemple, assurer l’efficacité de leurs armes en les décorant de quelques symboles ou devises catholiques.

La croix surmonte leurs poignards et leur épée à deux tranchans, qui diffère bien peu de celles des Espagnols au moyen âge, de même que les Agnus Dei et les grains du rosaire s’enroulent autour de la crosse des armes à feu. Ils se figurent le diable sous la forme d’une espèce de bête fauve avec des cornes, des sabots et des griffes, et ils ont une peur effroyable des espantos, c’est à dire des ombres, des spectres et des feux follets. Ils ont une confiance toute particulière dans les amulettes et ne manquent pas, dans leurs épreuves morales ou physiques, d’invoquer l’intercession des saints, mais pour chaque circonstance ils ne se fient qu’à un seul saint spécial, si l’on peut ainsi dire. Ainsi saint Paul exerce une puissance absolue sur les serpens et les bêtes vénimeuses, tandis que saint Antoine fait rendre des biens volés ailleurs légitimes propriétaires et qu’un troisième sauve des poursuites de la justice les voleurs de grands chemins.

Sommaire du numéro du 15 mars du Magasin d’Education et de Récréation

Kéraban le Têtu (Ahmet prend une énergique résolution), par Jules Verne, dessins de Benett. — La parole en action (Le conférencier), par E. Legouvé. — Un petit héros par Génin, dessins de Slom. — La conversion de Polichinelles, par C. Lemonnier, dessins de Becker. — Une année de collège à Paris (Lege quaseo), par André Laurie, dessins de Geoffroy, — Beaucoup de bruit pour rien, fable anglaise, par Spark, dessin de Becker — Le Commerce, par Maurice Block (chapitre I.

Abonnement d’un an : Paris, 14 fr., départemens, 16 fr. ; union postale 17 fr.

J. Hetzel et C, éditeurs, Paris, 18, rue Jacob.

— Le Tour du Monde, nouveau journal de voyages. — Sommaire de la 1158 livraison (17 mars 1883) :

Exploration du haut Niger, par M. le commandant Gallieni, de l’infanterie de marine (1880 — 1881). — Texte et dessins inédits. — Exploration du lieutenant Vallière dans le Birgo et le Manding. — Onze gravures de Riou.

Bureaux à la librairie Hachette et C, boulevard Saint-Germain, 79, à Paris.

— Journal de la Jeunesse. — Sommaire de la 537 livraison (17 mars 1883) :

Texte : Les Millions de la tante Zézé, par J. Girardin. — La France au Soudan, par Louis Rousselet. — Au pays des pommes, par Ouida. — À travers la France : le château de Coucy, par Anthyme Saint-Paul.

Dessins : Tofani, Vuillier, Taylor.

Bureaux à la librairie Hachette et C, boulevard Saint-Germain, 79, à Paris.

— La Nature, Revue des sciences illustrée, Gaston Tissandier, rédacteur en chef (G. Masson, éditeur, 120, boulevard Saint-Germain, à Paris).

Sommaire du , du 17 mars :

La forêt de cèdres de Teniet-el-Haad, par E. Trutat. — La commission météorologique de Vaucluse. — Bateau rapide de M. Raoul Pictet. — Station magnétique du parc Saint-Maur, par Th. Moureaux. — Instrumens de géodésie dans l’antiquité, par A. de Rochas. — Lampes à pétrole de laboratoire.

Ce numéro renferme 10 gravures et le bulletin météorologique de la semaine.

— Voici le sommaire de la livraison du 15 mars de la Nouvelle Revue, 23, boulevard Poissonière :

Khartoum et le Soudan d’Égypte, par M. Louis Vossion. — Lettres de George Sand à Gustave Flaubert (fin). — Les évolutions du suffrage universel, par M. Léonce de Brotonne. — La carmélite (3 partie), par M. Ernest Daudet. — La famille chinoise, par M. G. — Eug. Simon. — Ils sont là ! par M. L. Brethous-Lafargue. — Revue du théâtre : musique ; par M. Louis Gallet,

— La Lumière électrique, journal universel d’électricité, 51, rue Vivienne, Paris,

Sommaire du numéro du 17 mars :

Transport de la force : les expériences du chemin de fer du Nord ; Cornelius Herz. — Les effets microphoniques (2 article) ; Th. du Moncel. — Effets de la température sur la force électro-motrice et la résistance des piles ; William H. Preece — L’historique de la télégraphie ; Aug. Gnerout. — Application de l’électricité aux chemins de fer (2 article) ; M. Cossman. — Les derniers perfectionnements de la lampe-soleil.

La séance est ouverte à deux heures.

Le procès-verbal de la dernière séance, lu par M. de Rémusat, l’un des secrétaires, est adopté sans observations.

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi portant augmentation des fonds de subvention et d’avances mis à la disposition de la Caisse des lycées, collèges et écoles primaires.

M. le président : Il y a sur l’article 8 un paragraphe additionnel de M. Henry Fournier ; il est ainsi conçu : « Toutefois, la création de ces établissemens ne sera pas obligatoire avant cinq années là où il existe des écoles libres pouvant suppléer provisoirement les écoles publiques. »

M. Henry Fournier développe son amendement.

L’administration, dit-il, agit sans méthode. Je vous demande d’agir suivant une méthode, et celle que je vous propose est rationnelle, si vous n’avez pour but, comme nous, que de propager les écoles. Je demande la prise en considération de mon amendement. (Très bien ! à droite.)

M. Barbey, rapporteur : La commission repousse la prise en considération ; elle estime que la loi sur l’obligation de l’instruction doit être appliquée immédiatement et non pas dans cinq ans.

M. Lambert de Sainte-Croix : Alors, il faut demander immédiatement les 700 millions.

L’amendement de M. Fournier n’est pas pris en considération.

M. le président : L’article 9 est ainsi conçu :

« Lorsque la création d’une école aura été décidée conformément aux lois et réglemens, les frais d’acquisition, de construction et d’appropriation des locaux scolaires ou les frais d’acquisition de l’immeuble, ainsi que les frais d’acquisition du mobilier scolaire, constituent pour la commune une dépense obligatoire. »

» Il est pourvu à la dépense soit par un prélèvement sur les ressources disponibles de la commune, soit par un emprunt contracté à la Caisse spéciale, soit enfin par des subventions du département et de l’État. »

Il y a sur cet article un amendement de M. de Carné ainsi rédigé :

« En cas de refus par le Conseil municipal ou par le Conseil général de pourvoir à l’établissement d’une école, la création n’en peut-être déclarée obligatoire que par une loi.

» Il est pourvu aux dépenses d’acquisition et de construction ou de location des locaux scolaires, ainsi qu’aux frais d’acquisition du mobilier, soit par un prélèvement sur les ressources disponibles de la commune, soit par un emprunt contracté à la Caisse spéciale, soit enfin par des subventions du département et de l’État. »

M. le marquis de Carné développe son amendement.

M. Lenoël combat, au nom de la commission, la rédaction proposée par M. de Carné.

Après avoir entendu M. de Carné et M. Henry Fournier, le Sénat repousse l’amendement par 184 voix contre 92.

M. le président : Quelqu’un demande-t-il la parole sur l’article 9 ?

M. Lucien Brun : Je profite de la présence de M. le ministre de l’instruction publique pour lui rappeler une circulaire de son prédécesseur qui est en contradiction formelle avec la déclaration qu’il a faite hier.

M. le ministre reprochait hier à M. de Fourtou de n’avoir envisagé le projet de loi qu’au point de vue de la construction des écoles sans tenir compte de la faculté qu’il donne d’assurer le service de l’instruction au moyen de la location des locaux nécessaires.

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