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Histoire romaine (Zonaras)

Auteur:Jean Zonaras Xiphilin · 1686 · Free in the US

38,426 words · about 2 h 41 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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About this book

Author
Auteur:Jean Zonaras Xiphilin
Language
French
Published
1686
Length
38,426 words · about 2 h 41 min
Sections
32 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (32)
  1. Front matter about 4 min
  2. MAXIMIN. about 6 min
  3. GORDIEN TROISIÈME DU NOM. about 1 min
  4. PHILIPPE. about 2 min
  5. DÈCE. about 5 min
  6. GALLUS ET VOLUSIEN. about 2 min
  7. ÉMILIEN. about 1 min
  8. VALÉRIEN. about 4 min
  9. GALIEN. about 7 min
  10. CLAUDE. about 2 min
  11. AURÉLIEN. about 2 min
  12. TACITE. about 1 min
  13. PROBUS ET FLORIEN. about 2 min
  14. CARUS. about 3 min
  15. DIOCLÉTIEN. about 9 min
  16. MAXIMIN. about 4 min
  17. CONSTANTIN. about 18 min
  18. CONSTANTIN, CONSTANCE, ET CONSTANT. about 24 min
  19. JULIEN. about 9 min
  20. JOVIEN. about 2 min
  21. VALENTINIEN. about 2 min
  22. VALENS. about 5 min
  23. GRATIEN. about 2 min
  24. VALENTINIEN LE JEUNE, ET THÉODOSE. about 7 min
  25. ARCADIUS, ET HONORIUS. about 4 min
  26. THÉODOSE LE JEUNE. about 9 min
  27. MARCIEN. about 9 min
  28. LÉON LE JEUNE. under 1 min
  29. ZÉNON. under 1 min
  30. BASILISQUE about 3 min
  31. ANASTASE. about 8 min
  32. JUSTIN. about 5 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE ROMAINE

Ecrite par Zonare.

ALEXANDRE FILS DE MAMMÉE.

MAXIMIN.

Alexandre fut tué de la manière que je viens de le dire, après qu’il eut gouverné dix ans l’Empire Romain. Dès que Maximin lui eut succédé, il excita persécution contre les Chrétiens, et commanda de mettre à mort ceux qui gouvernaient les églises, qui avaient reçu le dépôt des saints mystères, et qui dispensaient la parole de la vérité. On dit que ce fut par le désir de se venger d’Alexandre qui avait eu du respect pour les Chrétiens, qu’il donna ces ordres cruels. En effet il était envenimé contre la mémoire de ce Prince, dont il avait autrefois encouru l’indignation, lorsque ayant été choisi par lui pour commander une armée contre les Perses, il se porta lâchement dans la bataille, et fut honteusement défait. On rapporte encore une autre raison de cette persécution, savoir le grand nombre de personnes qu’il y avait dans la famille d’Alexandre, qui faisaient profession de la piété chrétienne. Ce fut en ce temps-là qu’Ambroise qui avait un grand amour pour l’étude des saintes lettres, qui excitait Origène à éclaircir par ses commentaires les divines écritures, et qui fournissait généreusement de son bien pour payer sept hommes qui écrivaient sous lui tour à tour, et un nombre au moins égal de ceux qui en faisaient des copies, et des filles qui excellaient aussi en l’Art de bien écrire : Ce fut dis-je en ce temps là, que l’on croit que cet Ambroise reçût la couronne du martyre avec un prêtre nommé Péototecte.

Maximin ne fut pas sitôt en possession de l’autorité souveraine, qu’il donna avis au Sénat qu’il avait été proclamé Empereur par l’armée. Ce ne fut pas contre les Chrétiens seuls qu’il fit paraître de la dureté. Il en fit paraître aussi contre ses autres sujets, Il était possédé d’un désir insatiable du bien, qui le portai taux injustices, aux violences, aux brigandages, et aux meurtres de sorte qu’il faisait mourir les personnes les plus innocentes. Sa cruauté monta à cet excès de ne pas épargner sa propre femme. Pour cacher la bassesse de son extraction il méprisait les personnes d’une naissance illustre, et n’entretenaient habitude qu’avec ceux qui n’avaient rien que d’obscur, et de méprisable ; ce qui l’exposa à la haine publique. Il fit la guerre aux Germains, et. ravagea leurs terres sans qu’ils osassent paraître pour en empêcher le dégât. Ils parurent pourtant depuis le long des marécages, et y furent attaqués, et défaits par les Romains. Ainsi Maximin retourna victorieux, et emmena avec lui quantité de prisonniers.

Comme il ne songeait qu’aux moyens d’amasser de l’argent de toutes parts, et que pour cet effet il s’emparait contre toute forte de justice du bien de ses sujets, et ne s’abstenait pas même des choses feintes, tout le monde condamna le choix que l’armée avait fait de lui, et ses troupes d’Afrique en prirent occasion d’exciter une sédition, à laquelle elles furent encore portées par ses violences de ceux qui faisaient les affaires dans cette Province : car ils enlevaient le bien des riches sans aucun prétexte, et leur ôtaient ensuite la vie. Les troupes étant donc touchées de l’indignation que leur donnait l’injustice de ses traitements, se saisirent d’un vieux Sénateur nommé Gordien, et lui mirent malgré qu’il en eût, le Diadème, et la robe de pourpre, et le proclamèrent Empereur. Il se rendit à l’heure même à Carthage, où ayant été favorablement accueilli, il écrivit au Sénat pour l’informer de la manière dont il avait été proclamé. Ceux qu’il avait envoyés à Rome ayant mis beaucoup de temps à ce voyage, les Romains se lassèrent cependant de la domination de Maximin, renversèrent ses statues, et dirent contre lui quantité de paroles injurieuses. Se repentant incontinent après de leur entreprise, dont ils ne pouvaient espérer aucun heureux succès pendant que Maximin jouissait d’une parfaite santé, et qu’il avait encore entre les mains la souveraine puissance, ils choisirent parmi les Sénateurs, Maxime, et Albin auxquels ils donnèrent le commandement des troupes. Quelques-uns assurent qu’ils furent proclamés Empereurs par le Sénat, qui ne savait pas encore que Gordien l’eût été en Afrique. Quand Maximin eut appris cette nouvelle, il marcha vers l’Italie faisant de furieuses menaces contre le Sénat. Mais quand il sut que Maxime marchait contre lui, et qu’Albin était demeuré à Rome pour la garder, avec les Maures qu’il avait avec lui, il se hâta de marcher vers Aquilée dans le dessein de s’en assurer. La Ville d’Aquilée est celle que l’on appelle aujourd’hui Venise. Mais ceux de dedans s’étant mis en état de se défendre, il fut obligé de se retirer. Il en vint ensuite aux mains avec l’armée de Maxime, fut défait, et se sauva dans son camp, où ses soldats et ses gardes ayant excité sédition, il sortit avec son fils de sa tente pour les apaiser. Mais à l’instant même qu’ils parurent, ils furent massacrés par la fureur des séditieux. Maximin vécut soixante et cinq ans, et en régna six. Leurs têtes furent coupées, montrées aux habitants d’Aquilée, et portées à Rome, où celle de Maximin fut exposée dans la place publique au haut d’un pieu, afin qu’elle fût vue de tout le monde.

Maxime retourna victorieux à Rome, d’où Albin, le Sénat, et le peuple sortirent pour aller au devant de lui, et pour le recevoir avec des témoignages d’estime, et des acclamations de joie. Ces deux Princes gouvernèrent ensuite l’Empire avec une bonne intelligence, et une grande équité. Mais Ies gens de guerre ne leur voyaient pas volontiers la souveraine puissance entre les mains, parce qu’elle ne leur avait pas été déférée par leur suffrage, mais par celui du Sénat, et du peuple. Ils eurent depuis ensemble des différents qui furent la cause de leur perte. Car les soldats, en ayant eu avis, se saisirent d’eux, les lièrent, les promenèrent ignominieusement par toute la ville » avec de piquantes railleries, et de sanglants outrages. Sur le bruit que les Allemands avaient dessein de les tirer de leurs mains, ils les tuèrent. Maxime était âge de soixante et quatorze ans, et Albin de soixante. Ils ne régnèrent selon quelques auteurs que vingt-deux jours, et selon quelques autres un peu moins de trois mois. Quelques-uns ont écrit qu’après leur mort Pompeian parvint à l’Empire, mais qu’il en fut privé aussitôt, et n’en jouit que comme du plaisir d’un songe. Avant que deux mois se fussent écoulés, il perdit et la puissance, et a vie. Mais comme je n’ai pu apprendre quels furent les auteurs de sa mort, ni quel en fut le sujet, ou les circonstances, je suis obligé de les passer sous silence. On dit que Balbin lui succéda, qu’il ne posséda que trois mois l’autorité souveraine, et qu’il fut tué à l’arrivée de Gordien, qui comme nous l’avons dit, avait été proclamé Empereur en Afrique. Ce Gordien ne fut pas sitôt arrivé à Rome, qu’il y fut attaqué d’une fâcheuse maladie, soit qu’elle procédât de son grand âge, qui était de soixante et dix-neuf ans, ou de la fatigue du voyage, et qu’il y mourut le vingt-deuxième jour de son règne, auquel Gordien son fils lui succéda. Voilà comment quelques-uns assurent que Ies choses se passèrent. D’autres les racontent d’une autre sorte, et disent dès que Gordien eût été proclamé en Afrique, plusieurs se déclarèrent contre lui, et que les deux partis ayant donné combat, celui de Gordien fut défait, avec perte d’un grand nombre de ceux qui le soutenaient, que le jeune Gordien fut trouve parmi les morts, et que le père ne pouvant survivre à son fils, ni surmonter la douleur se procura la mort. Ceux qui tiennent que le vieux Gordien mourut de maladie, et qu’il eût son fils pour successeur, rapportent que son fils fit la guerre aux Perses, et que comme il exhortait ses soldats à se porter en gens de cœur, il tomba de cheval, se rompit la cuisse par sa chute, et fut porté à Rome, où il mourut après avoir régné six ans. Urbain après avoir gouverné huit ans l’église de Rome mourut sous le règne de Maximin, et eut Potien pour successeur. Zebin succéda à Philet dans l’évêché d’Antioche. Pontien étant mort sous le règne du jeune Gordien en la sixième année de son épiscopat, Anteros lui succéda, et mourut lui-même après avoir gouverné fort peu de temps cette église. Flavien fut élu par l’ordre de Dieu pour lui succéder, comme Eusèbe le témoigne. On dit que pendant que les fidèles étaient assemblés pour élire un évêque, Flavien arriva de la campagne sans qu’aucun eût la pensée de lui donner son suffrage, et qu’à l’heure même une colombe s’étant arrêtée sur sa tête, toute l’assemblée s’écria d’une voix qu’il était digne de la charge épiscopale, et le plaça dans la chaire.

Zébin évêque d’Antioche mourut au même temps, et eut Babilas pour successeur. Origène demeurait alors à Césarée en Palestine, où il eut pour auditeurs Grégoire si célèbre par ses miracles, et Athénedore son frère. Africanus historien célèbre fleurissait au même temps.

GORDIEN TROISIÈME DU NOM.

Après la mort du jeune Gordien, un autre de même nom, et qui vraisemblablement était son parent, prit le gouvernement de l’Empire. Il fit la guerre à Sapor fils d’Artaxerce, le vainquit, et reprit Nisibe et Carres que les Perses avaient prises sur les Romains sous le règne de Maximin. Il fut depuis tué à Ctésiphon par la perfidie de Philippe Préfet du Prétoire. Dés qu’il fut en possession paisible de l’autorité souveraine, il avait donné cette éminente charge à Timésocle son beau-père, durant la vie duquel il gouverna l’Empire avec autant de sagesse, que de bonheur. Mais après la mort de Timésocle, il la laissa à Philippe qui pour exciter les gens de guerre à sédition diminua le blé qu’on avait accoutumé de leur distribuer, et feignit en avoir reçu ordre de l’Empereur. D’autres disent qu’il arrêta le blé destiné pour le camp ; de sorte que les gens de guerre étant pressés par la faim se portèrent à la révolte, le soulevèrent ouvertement contre Gordien qu’ils croyaient auteur du mal qu’ils souffraient, et le tuèrent dans la sixième année de son règne, et par ce meurtre ouvrirent à Philippe le chemin à l’Empire. On ajoute qu’aussitôt que le Sénat eût reçu la nouvelle de la mort de Gordien, il déféra la souveraine puissance à Marc le Philosophe, qui avant que de s’y être bien établi, mourut subitement dans son Palais. Sévère Scilien lui succéda, et rendit presqu’incontinent le tribut que les hommes doivent à la nature. Car se sentant malade, il se fit saigner et expira.

PHILIPPE.

Philippe retournant à Rome se rendit maître de la puissance souveraine, à laquelle il associa Philippe son fils. Il termina la guerre des Perses par un traité qu’il fit avec Sapor leur Roi, auquel il abandonna la Mésopotamie, et l’Arménie. Mais ayant depuis reconnu le déplaisir que l’abandon de ces Provinces causait aux Romains, il les reprit sans avoir aucun respect pour son traité. Sapor était, à ce que l’on dit, d’une si prodigieuse stature, que jamais on n’avait vu d’homme qui en approchât. Au reste quand Philippe fut de retour, il parut fort favorable aux Chrétiens, et quelques-uns même se persuadent qu’il embrassa la foi de l’église, qu’il participa à ses prières, et qu’il ne refusa pas de confesser les fautes qu’il avait commîtes, quand il vit que celui qui présidait à l’assemblée, ne l’y voulait admettre qu’a cette condition, et qu’ainsi il subit la loi commune des pénitents. Quelques-uns le croient père d’Eugénie martyre, mais ils se trompent ; parce qu’il est certain qu’elle était fille, non d’un Préfet au Prétoire, mais d’un Préfet d’Égypte, qui renonça à cette dignité pour faire profession publique de la foi, et qui eut l’honneur de recevoir la couronne du Martyre.

Au reste dans le temps que l’Empereur Philippe avait entrepris la guerre contre les Scythes, et qu’il était de retour à Rome, un officier nommé Marin fut proclamé Empereur par les troupes en Mésie. Comme Philippe faisait le récit de cette sédition dans le Sénat, et qu’il en témoignait de l’inquiétude, et du trouble, tous les autres Sénateurs gardant le silence, Dèce prit la parole, et dit qu’il n’y avait rien à appréhender de la proclamation de Marin, parce qu’il était tout à fait indigne de la souveraine puissance, et que les gens de guerre qui la lui avaient déférée, ne manqueraient pas de la lui ôter avec la vie. Ce qui arriva bientôt après, c’est pourquoi Philippe admirant la pénétration de Dèce lui donna charge d’aller en Mésie réprimer l’insolence des rebelles. Il s’exécuta de cet emploi, soutenant qu’il n’était avantageux, ni à l’Empereur de le lui donner, ni à lui de le recevoir. Mais Philippe ayant persisté, il l’ accepta à regret, et ne fut pas sitôt arrivé en Mésie, qu’il y fut salué par l’armée en qualité d’Empereur. Comme il refusait cette dignité, les gens de guerre tirèrent leurs épées, et le contraignirent de l’accepter. Il écrivit à Philippe qu’il ne s’inquiétât point de sa proclamation, et que dès qu’il serait arrivé à Rome, il mettrait bas les marques de l’autorité souveraine. Philippe n’ayant ajouté aucune foi à cette promesse prit les armes, donna combat à Dèce, et fut tué à la tête de son année avec Philippe son fils. Après leur mort tous les Romains se soumirent à l’obéissance de Dèce. Philippe régna cinq ans selon quelques auteurs, et six ans six mois selon d’autres. Il était natif de Bostra, où il bâtit une ville qu’il appela de son nom Philippopole.

DÈCE.

Dèce ayant été reconnu pour Empereur par toutes les troupes, comme je viens de le dire, se rendit à Rome pour y affermir sa puissance, et en même temps en considérant le poids, il la partagea avec Valérien. Ils s’exhortèrent réciproquement à exciter une persécution très violente contre la Religion chrétienne. Quelques-uns disent que ce fut la haine dont Dèce était animé contre Philippe, qui le porta à outrager les fidèles, que cet Empereur avait respectés. Mais de quelque principe que procédât la passion contre nous, il est certain qu’elle fut furieuse. Ce fut sous son règne que Flavien évêque de Rome, Babilas évêque d’Antioche, et Alexandre évêque de Jérusalem reçurent la couronne du martyre. Ce dernier avait combattu dès auparavant pour la défense de la foi : mais ce ne fut qu’alors qu’il reçût la récompense qui lui était due. Ce fut au même temps que le grand Cyprien évêque de Carthage. fit paraître une constance invincible pour la vérité de la Religion. Corneille succéda à Havien dans Rome, un autre Flavien succéda à Babilas dans Antioche, Denys prit le gouvernement de l’église d’Alexandrie, et Mazabanes succéda à Alexandre. dans Jérusalem. Ce fut aussi en ce temps-là qu’Origène fut conduit en qualité de Chrétien devant le tribunal des persécuteurs de l’église : mais il n’y reçût pas la couronne, dont, comme je me le persuade, Dieu le jugeait indigne, à cause de l’impiété de ses sentiments. Il perdit son rang de confesseur, bien qu’il eût souffert des tourments pour la cause de la Foi. Nous avons déjà dit que la grandeur de Ion savoir, et de son éloquence lui ayant inspiré une excessive vanité, au lieu de suivre la doctrine des anciens Pères, il en voulut inventer une nouvelle, tira du faux trésor de son cœur d’exécrables blasphèmes contre les secrets Mystères de la Trinité, et de l’Incarnation, et jeta les semences de presque toutes les erreurs qui se sont élevées depuis. Il enseigna que le fils unique du Père éternel avait été créé, et qu’il n’avait point de part à la gloire, ni à la substance de Dieu.. Il rabaissa le Saint Esprit au dessous du Père, et du Fils, en assurant que le Père ne peut être vu par le Fils, ni le Fils par le Saint Esprit, non plus que le Saint Esprit ne le peut être par les Anges, ni les Anges par les hommes. Voilà les : blasphèmes qu’Origène avança contre la sainte et consubstantielle Trinité ; . Quant à ce qui regarde le Mystère de l’Incarnation, il eut l’impiété de nier que le Sauveur ait pris dans le sein de la Vierge, un corps animé d’une âme raisonnable. Car il prétend par une imagination fabuleuse, que le Verbe était uni à une âme avant la création du monde, qu’il suppose avoir été dès lors, et que dans les derniers temps, il s’est incarné avec cette âme, en prenant un corps dépourvu d’une âme intelligente et raisonnable. Il soutient aussi que le Seigneur a quitté son corps, et que son règne doit finir. Il dit encore que le supplice des démons n’est qu’un supplice temporel, après lequel ils seront rétablis dans leur première félicité. Ainsi il s’imagine que les hommes, et les démons seront un jour purifiés de leurs péchés, et qu’alors ils seront tous réunis. Je ne dirai rien de la manière dont il se figure que cette réunion se fera, non plus que les autres extravagances, parce que je ne les pourrais rapporter sans employer beaucoup de paroles. Voilà ce qui regarde Origène que l’on appelait aussi Adamantius.

Novat prêtre de l’église romaine, donna au même temps commencement à une nouvelle secte nommée la secte des purs, en réfutant la grâce de la pénitence à ceux qui étaient tombés dans l’idolâtrie pendant la persécution, et qui confessaient leurs péchés et offraient de l’effacer par une satisfaction salutaire. On assembla contre lui un Concile dans Rome où Corneille présida, et où il fut résolu qu’on accorderait à ceux qui étaient tombés durant la persécution le remède de la pénitence, lorsqu’ils retourneraient à l’église ; et parce que Novat ne voulut pas consentir à cette décision, les saints Pères le retranchèrent de la Communion, comme un ennemi du salut de ses frères. Eusèbe rapporte sur ce sujet une histoire contenue dans une lettre de Denys évêque d’Alexandrie, dont voici les termes,

" Nous avions parmi nous un ancien fidèle nommé Sérapion, qui avait toujours mené une vie irrépréhensible. Mais étant tombé dans l’idolâtrie, et ayant sacrifié aux démons durant la violence de la persécution, il demanda souvent pardon, sans que personne voulût l’écouter. Étant depuis tombé malade, il demeura trois jours sans voix, et sans sentiment. Étant revenu à lui le quatrième jour, il appela son petit-fils, et lui dit ; jusques à quand me tiendra-t-on ici, que l’on me donne l’absolution, et je vous prie de me faire venir un prêtre. Après cela il perdit encore la parole. L’enfant courut chercher le prêtre, mais il était nuit, et le prêtre était malade. Or comme j’avais ordonné que l’on fit grâce aux mourants qui la demanderaient, et surtout à ceux qui l’auraient demandée en santé, afin qu’ils mourussent dans l’espérance d’être sauvés, le prêtre lui donna une portion de l’Eucharistie avec ordre de la détremper dans de l’eau, et de la mettre dans la bouche du malade. L’enfant s’en retourna, et ce vieillard qui avant qu’il fût à la maison était revenu à lui, lui dit, mon fils, vous voilà de retour, le prêtre n’a pu venir, faites ce qu’il vous a commandé, et me laissez partir de cette vie. L’enfant détrempa la portion de l’Eucharistie, la mit dans la bouche du vieillard, qui mourut presque aussitôt qu’il l’eut reçue. Ne paraît-il pas clairement que Dieu avait conservé en vie jusques à ce qu’il eût obtenu le pardon de sa faute, et qu’étant réconcilié à l’église, il reçut la récompense de ses bonnes œuvres ? "

Voilà ce qui est dans la lettre de Denys.

Au reste Dèce qui était dans une si mauvaise disposition pour les serviteurs de JÉSUS CHRIST, périt misérablement avant que d’avoir gouverné deux ans entiers l’Empire romain. Car après qu’il eut tué un grand nombre de barbares, ou de Goths qui avaient fait le dégât dans le Bosphore, et qu’il eut poussé dans des lieux étroits ceux qui restaient, il refusa de leur faire la composition qu’ils demandaient, et de recevoir le butin qu’ils offraient de rendre, et commanda à Gallus de leur fermer les passages. Gallus s’entendant avec eux leur conseilla de se ranger en bataille le long d’un étang fort profond, et de faire semblant de prendre la fuite. Alors Dèce les ayant poursuivis tomba dans l’étang avec son fils, et avec un grand nombre de Romains, sans qu’ils puissent jamais en être retirés.

GALLUS ET VOLUSIEN.

Il y a des historiens qui donnent deux noms à cet Empereur savoir celui de Gallus, et celui de Volusien. D’autres assurent que Volusien était le nom de son fils son collègue à l’Empire. Quand Gallus eut entre les mains l’autorité souveraine, il fit un traité avec les barbares, par lequel il leur promit un tribut annuel, à la charge, qu’ils ne feraient plus le dégât sur les terres, de l’Empire. Après cela il retourna à Rome, on il déclara Volusien son fils César. Il fut grand ennemi des Chrétiens, excita contre eux une persécution aussi cruelle qu’avait été celle de Dèce, et en fit mourir un aussi grand nombre. Sous son règne recommença la guerre des Perses qui reprirent l’Arménie., d’où s’échappa le Roi Ticidate, dont les fils s’étaient retirés parmi les Perses ses ennemis. Une multitude incroyable de Scythes se répandirent en même temps en Italie, et coururent la Macédoine, la Thessalie, et la Grèce. On dit qu’une partie de ces peuples ayant traversé la Méotide, entra par le Bosphore dans le Pont-Euxin, et ruina leurs Provinces. Il y eut encore d’autres nations qui prirent au même temps les armes pour attaquer l’Empire. Pour comble de malheur une petite sortie d’Éthiopie se répandit en Orient, et en Occident, s’y arrêta quinze ans, et mit la plus grande partie des villes dans une furieuse désolation. Les Scythes étant venus demander le tribut que les Romains avaient promis de leur payer chaque année, prétendirent qu’on leur en retranchait une partie, et menacèrent de s’en venger. Alors Émilien Africain de nation qui commandait les troupes de Mésie offrit de leur donner les sommes que l’on devait aux Scythes, si elles voulaient employer contre eux leurs armes. Ces troupes ayant chargé les Barbares à l’improviste les tuèrent presque tous, pillèrent leur pays, et emportèrent un grand butin. Émilien enflé du bonheur de ce succès, se fit proclamer Empereur par ses troupes, et ayant amassé de nouvelles forces marcha vers l’Italie. Gallus au bruit de sa marche se mit en défense, et les deux partis en étant venus aux mains, ce dernier perdit la bataille. Les vaincus se saisirent de leur Empereur, et de son fils, et les tuèrent, approuvèrent la proclamation d’Émilien, et raffermirent sur le trône. Au reste Gallus ne régna que deux ans, et huit mois.

ÉMILIEN.

Émilien s’étant emparé de la sorte de l’autorité souveraine, écrivit au Sénat pour l’assurer qu’il chasserait les Scythes, de la Thrace, qu’il attaquerait les Perses, et qu’en toutes occasions, il ne combattrait que sous les ordres, et pour le service de la compagnie, et lui laisserait l’autorité, et le commandement. Mais Valérien qui commandait les troupes qui étaient dans la Gaule ne lui donna pas le loisir d’exécuter ses projets. Car à la première nouvelle qu’il reçut de sa proclamation, il se résolut d’usurper lui-même la souveraine puissance, et pour cet effet assembla son armée, et la mena vers Rome. Le parti d’Émilien, ne se trouvant pas en état de résister à une si grande puissance, craignant aussi le malheur et l’impiété d’une guerre civile, et jugeant d’ailleurs Émilien indigne de posséder le pouvoir absolu le fit mourir en la quarantième année de son âge, et avant qu’il eût commandé quatre mois en qualité d’Empereur. Ils se rendirent ensuite à Valérien, et lui déférèrent d’un commun consentement l’autorité souveraine dans la créance qu’il la méritait. Flavien ayant reçu la couronne du martyre sous le règne de Dèce, Corneille le fut chargé du gouvernement de l’église de Rome, dont il s’acquitta avec beaucoup de zèle et de succès l’espace de trois ans. Luce lui succéda, et lui ayant survécu moins de huit ans laissa sa place à Etienne. Celui-ci ordonna que les hérétiques qui retourneraient à l’église ne seraient point rebaptisés mais reçus seulement avec des prières, et l’imposition des mains. On a une de ses lettres adressée à saint Cyprien sur ce sujet. Etienne étant mort deux ans après, Xiste fut placé fur le siège de l’église de Rome. Voilà ce que j’avais à dire des évêques de cette grande ville. Au reste ce fut en ce temps-là que l’hérésie des Sabelliens sortit de Ptolémaïde ville de la Pentapole.

VALÉRIEN.

Valérien s’étant rendu maître de l’Empire avec Galien son fils, excita une violente persécution contre les Chrétiens, de sorte que plusieurs d’entre eux donnèrent de grands combats en divers pays pour la défense de la foi, et remportèrent d’illustres victoires. Les affaires temporelles furent en aussi mauvais état sous son règne que celles de la religion. Les Scythes partirent du Danube, coururent et pillèrent la Thrace, et assiégèrent la célèbre ville de Thessalonique, sans pouvoir pourtant la prendre. Ils jetèrent une si effroyable terreur dans tout le pays, que les Athéniens relevèrent leurs murailles qui avaient été abattues dès le temps de Sylla, et que les habitants du Péloponnèse fermèrent leur isthme d’une muraille depuis une mer jusques à l’autre. Les Perses firent aussi le dégât dans la Syrie, et dans la Cappadoce, et mirent le siège devant Édesse. Valérien n’osa rien entreprendre jusques à ce qu’il eut appris que les habitants d’Édesse avaient fait de vigoureuses sur les Barbares, et avaient remporté sur eux beaucoup de dépouilles. Mais alors il attaqua les Perses avec ce qu’il avait de troupes, et comme ces peuples étaient en plus grand nombre que les Romains, ils les enveloppèrent sans peine, les taillèrent en pièces, prirent Valérien avec ses gardes, et le menèrent à Sapor. Ce Prince superbe le promit qu’il n’y aurait rien dont il ne pût se rendre maître à l’avenir, mais qu’il était maître de l’Empereur, et quelque inhumanité qu’il eût fait paraître jusques alors, il en donna depuis des exemples beaucoup plus étranges. Voila la manière dont quelques-uns disent que Valérien fut pris par les Perses. D’autres assurent qu’étant à Édesse, se mit lui-même entre les mains de ses ennemis par l’appréhension de tomber entre celles des soldats de la garnison, qui se sentant pressés par la disette de vivres, et par la faim avaient excité une furieuse sédition. Il abandonna de la sorte toutes les troupes de l’Empire Romain, ce qui n’empêcha pas néanmoins que la plus grande partie des soldats ne trouvassent moyen de se sauver aussitôt qu’ils eurent découvert sa trahison. Mais enfin soit que Valérien eût été pris par les Perses, ou qu’il se fût rendu volontairement à Sapor, il fut traité par ce Prince avec la dernière indignité. Les Perses n’étant plus retenus par aucune crainte attaquèrent les plus grandes villes, prirent Antioche sur l’Oronte, Tarse la Capitale de Cilicie, et la célèbre Césarée de Cappadoce. Ils traitèrent leurs prisonniers avec une extrême dureté, ne leur donnant qu’autant de vivres qu’il leur en fallait pour conserver un reste de vie languissante, leur refusant l’eau en la quantité nécessaire, et ne les menant boire qu’une fois le jour comme des troupeaux de bêtes. La ville de Césarée qui est une ville fort peuplée, et qui contient à ce que l’on dit jusques à quatre cent mille habitants se défendit longtemps avec beaucoup de valeur sous la sage conduite de son gouverneur nommé Démosthène. Elle ne fut prise qu’après qu’un médecin qui était prisonnier entre les mains des Perses, et qui ne pouvait plus résister à la violence des tourments qu’ils lui faisaient souffrir leur montra un endroit par où ils entrèrent dans la ville, et mirent au fil de l’épée tous les habitant. Démosthène se voyant enveloppé d’une multitude innombrable d’ennemis qui avaient ordre de le prendre vif, monta sur un excellent cheval, et passa au travers d’eux l’épée à la main, en renversa plusieurs, et sortit de la ville. Les Perses ayant eu de si favorables succès coururent tout le pays que les Romains possédaient en Orient, et y firent un épouvantable dégât sans trouver de résistance. Les Romains qui avaient pu s’échapper se rallièrent, et prirent Calliste pour leur chef. Celui-ci ayant remarqué que les Perses couraient de côté et d’autre sans garder aucun ordre, fondit sur eux lorsqu’ils l’attendaient le moins, en fit un grand carnage, et prit les femmes de Sapor avec un riche butin. Le regret de cette perte obligea Sapor à se retirer en son pays, où il emmena Valérien à qui il fit souffrir tous les outrages, et tous les affronts de la plus cruelle captivité. Calliste ne fut pas le seul, qui servit utilement en ce temps-là contre les Perses. Odenat Palmyrenien notre allié en tua aussi un grand nombre qui s’en retournaient par l’Euphrate, et en récompense fut fait chef des troupes d’Orient par Galien. On dit que les Romains en dépouillant les corps des Perses trouvèrent quantité de femmes habillées, et. armées de la même sorte que les hommes, et qu’ils en prirent même quelques-unes en vie. On dit aussi que Sapor ayant trouvé en s’en retournant un grand creux par où les bêtes de charge ne pouvaient passer, il le fit combler des corps des prisonniers qu’il avait fait tuer pour cet effet, et qu’ensuite il fit marcher par dessus les bêtes, et le bagage. Telle fut la tin de Valérien. Xiste gouvernait alors l’église romaine ; Démétrien successeur de Flavien gouvernait celle d’Antioche ; Hyménée gouvernait celle de Jérusalem depuis la mort de Mazabene, et Denys celle d’Alexandrie.

GALIEN.

Galien gouverna l’Empire romain après la prise de Valérien son père. Quand celui-ci partit pour aller faire la guerre aux Perses, il le laissa en Occident, pour repousser les ennemis qui menaçaient l’Italie, et ceux qui pillaient la Trace. Bien qu’il n’eût une armée que de dix mille hommes, il ne laissa pas de donner bataille auprès de Milan à trente mille Allemands, et de la gagner. Il défit au même temps les Erules qui sont de la nation des Scythes, et des Goths, et fit la guerre aux Français.

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