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Histoire du Canada et des Canadiens français

Eugène Réveillaud · 1884 · Free in the US

265,070 words · about 18 h 34 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1884 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Histoire_du_Canada_et_des_Canadiens_français&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Eugène Réveillaud
Language
French
Published
1884
Length
265,070 words · about 18 h 34 min
Sections
18 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (18)
  1. Front matter about 9 h 17 min
  2. Introduction about 21 min
  3. Chapitre 1 about 37 min
  4. Chapitre 2 about 28 min
  5. Chapitre 3 about 29 min
  6. Chapitre 4 about 53 min
  7. Chapitre 5 about 30 min
  8. Chapitre 6 about 20 min
  9. Chapitre 7 about 24 min
  10. Chapitre 8 about 39 min
  11. Chapitre 1 about 45 min
  12. Chapitre 2 about 26 min
  13. Chapitre 3 about 29 min
  14. Chapitre 4 about 25 min
  15. Chapitre 5 about 38 min
  16. Chapitre 6 about 57 min
  17. Chapitre 7 about 32 min
  18. Appendice about 25 min

Continue:

Front matter

Au lendemain de la fatale guerre de 1870-71, la France s’est, pour un temps, repliée sur elle-même, tout entière à la sensation amère de son désastre. La plaie était vive, douloureuse. La gloire de ses armes, sa prépondérance militaire jusque-là presque incontestée en Europe, ses prétentions à l’hégémonie de l’Occident, sa confiance en l’avenir, sa mission civilisatrice, tout semblait s’être effondré du même coup. Loin qu’elle eût pu réaliser le rêve caressé par plus d’un patriote et ressaisir les limites de la vieille Gaule, — ces frontières du Rhin et des Alpes qu’elle ne retrouva un moment, pendant la Révolution, que pour les perdre presque aussitôt par l’effet de l’ambition effrénée de Napoléon, — le sabre des Tudesques vainqueurs faisait une échancrure sanglante dans sa frontière deux fois séculaire. Le traité de Francfort nous enlevait le trente-septième de notre territoire et le vingt-quatrième de nos hommes. Dure expiation — sans parler de la fleur de notre jeunesse fauchée dans les batailles — pour les erreurs et les abdications dont notre peuple acquérait, mais un peu tard, conscience ! Ce qu’on a appelé « la libération du territoire », honneur du gouvernement restaurateur de Thiers, n’était qu’une libération incomplète, et Victor Hugo, puissant du sentiment national, pouvait, peut encore s’écrier :

Non, remparts, non clochers superbes, non jamais Je n’oublierai Strasbourg et je n’oublierai Metz. L’horrible aigle des nuits nous étreint dans ses serres. Villes ! nous ne pouvons, nous Français, nous vos frères, Nous qui vivons par vous, nous par qui vous vivrez, Être que par Strasbourg et par Metz délivrés. Toute autre délivrance est un leurre… et j’estime Que Verdun est aux fers, que Belfort est victime Et que Paris se traîne, humble, amoindri, plaintif, Tant que Strasbourg est pris et que Metz est captif.

Mais, en attendant cette suprême libération du territoire, la France avait mieux à faire qu’à se vouer aux gémissements stériles. Un peuple qui s’abandonnerait piteusement aux regrets de son étoile assombrie et s’envelopperait dans son désespoir comme dans un linceul, serait un peuple décrépit, indigne de connaître une fortune meilleure. C’est par de viriles résolutions, par des actes et par des efforts constants, par un examen sérieux de conscience, et par les réformes qui s’ensuivent : morales, religieuses, sociales, qu’on peut préparer les revanches efficaces de l’avenir. Grâce à Dieu, la France était blessée, mais non moribonde. Un sang rouge, généreux, circulait encore dans ses veines, capable de cicatriser ses blessures et de rendre à tous ses membres la souplesse et l’énergie. L’œuvre de relèvement national, commencée dès 1872 et poursuivie au milieu de circonstances souvent difficiles, ne s’est jamais arrêtée depuis. C’est d’abord par l’état prospère de ses finances, sous la charge d’impôts presque doublés, que la France, riche du travail accumulé de ses générations économes, a prouvé l’étendue et l’élasticité de ses ressources ; la rançon même des cinq milliards qu’il lui a fallu verser à ses vainqueurs, couverte par une souscription de quarante-deux milliards de francs, lui a fourni l’occasion cette merveilleuse vitalité financière et de reprendre confiance dans l’avenir. Les ruines de la guerre et de la Commune ont été relevées, les maisons détruites rebâties, les pendules volées remplacées ; la charrue a creusé de nouveau les entrailles inépuisables du sol, et en a fait sortir les moissons d’or. Le fléau du phylloxéra, qui a ruiné tant de riches vignobles et menace de tarir l’une des sources les plus fécondes de notre richesse nationale, n’a pu que ralentir, sans l’arrêter, le flux toujours croissant de cette prospérité. Les travaux publics ont reçu une vigoureuse impulsion qui ne cessera que lorsque le réseau de nos voies ferrées aura été complété de manière à atteindre jusqu’au moindre bourg et à rendre aussi faciles que promptes les communications du centre aux extrémités, dans cette étendue de 53 millions d’hectares qui forme aujourd’hui la superficie territoriale de la France. Le rendement des recettes publiques, chaque année supérieur aux prévisions budgétaires du législateur, a rendu possibles quelques légers dégrèvements d’impôts, tout en permettant de doter largement et le budget de l’instruction devenue désormais obligatoire, et le budget de la guerre grâce auquel nous entretenons et exerçons une armée forte, au besoin, d’un million d’hommes, pour la défense de la patrie.

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