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DE L’IMPRIMERIE DE D’HAUTEL
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Fable 001
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Une vieille fauvette, et de mauvaise humeur, De sa jeunesse oubliant la folie, Grondoit sa fille avec beaucoup d’aigreur ; Sur ses goûts inconstans, sur sa coquetterie. Vous ne voulez que plaisirs, que chansons, Lui disoit-elle, et votre étourderie Vous empêche toujours de suiyre mes leçons. De mon temps on aimoit l’innocent badinage, Mais jamais on n’étoit volage. Ma mère, contre moi, calmez votre courroux, Oui, je veux faire comme vous : Je retiendrai votre langage Pour le redire un jour à mes enfans. Car je sais que dans tous les temps Mère fauvette en fit usage.
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Fable 002
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Jeune chatte blanche et jolie, Dédaignoit douceurs, complimens De tout chat qui vouloit lui tenir compagnie ; Toujours sa griffe en l’air repoussoit les amans, Et les forçoit bientôt à quitter la partie ; Même dans ces débats chastes et vertueux, Plus d’un minet perdit les yeux. La foule des galans enfin me désespère, Dit-elle un matin à son père ; J’ai fait vœu de virginité, Et pour mieux l’accomplir, vœu de pélerinage ; Accordez-moi la liberté De commencer mon grand voyage : Je prîrai pour votre santé, Et vous me reverrez heureuse autant que sage. Le vieux matou veut arrêter ses pas : Partout, lui disoit-il, vous trouverez des chats Qui, comme ici, viendront vous rendre hommage ; Vous n’y pensez pas : à votre âge, Voyager seule et loin, caprice extravagant ! Leste et vive, elle échappe à sa juste colère, Et la voilà sur la gouttière. Après avoir rapidement Franchi montagne, bois et plaine, Sur le plus vert gazon, voulant reprendre haleine, Elle s’endort profondément ; Et que voit-elle en s’éveillant ? Le mieux fourré des chats, un Angora charmant.
Elle veut mettre entr’eux une forte barrière, En disant le sujet de sa course légère. Le fin matois dans sa barbe sourit ; En causant, en trottant connoissance se fit, Et pour amadouer la gentille étrangère, Il joua le dévot, mais de telle manière Que sur le bon apôtre œil doux elle jeta. Ce Rominagrobis, plus rusé que les autres, Et las de de longues patenôtres, Dit à la belle, et souvent répéta : Femelle qui veut être utile sur la terre, Doit être bonne épouse ainsi que tendre mère, Et d’un ton imposant maint exemple il cita. Sans grimace, sans peur la dévote écouta ; Au bout de quelques jours elle fut moins austère, Puis oublia ses yeux, puis fit courte prière ; Plus de griffes alors mais bien désir de plaire Et l’éloquent prédicateur Obtint sans peine, pour salaire, De notre pélerine et la patte et le cœur. Plus d’une fille a fait la délicate, Même le vœu de renoncer à tout, Qui suivroit, dès ce jour, l’exemple de ma chatte, S’il paroissoit tendre amant de son goût.
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Fable 003
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Comment ne pourrez-vous jamais vous rassembler, Soit au château, soit au bocage, Sans faire un aussi grand tapage ? Où trouvez-vous toujours de quoi rire et parler ? Disoit à ses valets maître brusque et sauvage, Et chaque fête reproduit, Ajouta-t-il, ce maudit bruit. Oh ! que de plats bons mots aujourd’hui l’on va dire ! Son jardinier lui répondit, À quoi sert, monsieur, tant d’esprit ? Le bon sens pour nous doit suffire. Si j’avois et soir et matin, Comme vous un gros livre en main, Que je voulusse enfin m’instruire, Que deviendroit votre jardin ? Défaut de soin peut tout détruire. Adieu vos fruits, vos légumes, vos plants, Vous verriez tout sécher en peu d’instans, Et diriez, en grondant, vous ai-je pris pour lire ? Ignorance et travail, voilà notre vrai lot ; Mais la danse, les jeux, font oublier la peine De la semaine, Et n’oser s’amuser ce seroit par trop sot. Au rebours des messieurs nous jasons sans médire : Et la bêtise qui fait rire A pour nous le prix d’un bon mot.
Ce Jardinier parloit librement, sans rien craindre. Le maître étoit bourru, mais juste en même temps ; De la gaîté, du bruit il cessa de se plaindre, Et comprit le besoin des plaisirs innocens.
Fable 004
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U petit épagneul aimé, doux, caressant, Dans un joli château passoit gaîment sa vie. De trotter, de courir, il lui prit fantaisie Un jour qu’il vit son maître absent. Après mille bonds et gambades, Et fatigué de tous ses tours, Il quitte enfin les promenades, Et vient se reposer auprès des basses-cours. Il y trouve un mâtin, chien d’excellente race, Qu’il avoit rencontré quelquefois en passant, Et qui mangeoit de bonne grâce Un morceau de pain dur, bien noir et bien pesant. Eh ! quoi ! dit l’épagneul, d’où vient donc ta misère ? Notre maître est si riche, il fait si grande chère ; Et tu ne tiens-là sous ta dent Qu’un mets de fort mauvaise mine ! Moi, je vis de poulets, de pain, de pur froment : Pourquoi n’avons-nous pas tous deux même cuisine ? Pourquoi ne pas t’en plaindre, et paroître content ? Je vais sur tout cela te répondre à l’instant, Dit l’autre : à la campagne, ainsi que dans les villes, On traite sans pitié ceux qui ne sont qu’utiles.
Fable 005
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À quoi, vil insecte, es-tu bon, Disoit à la chenille, un très-beau papillon Qui voltigeoit dans un parterre ? Oses-tu te fixer dans un riant jardin, Y respirer le frais, y savourer le thim ? Je te trouve bien téméraire ! Es-tu donc faite, en bonne foi, Pour approcher si près du lis et de la rose ? Cet honneur n’appartient qu’à moi… Pourquoi t’enorgueillir de ta métamorphose, Répliqua la chenille à l’esprit bien sensé ? Je te connois, et ris de ton humeur altière ; Tu fus ce que je suis, et tout le mois passé Tu te traînois sur la poussière, À mes côtés, auprès de ce rosier ; Si tu t’en souvenois, on pourroit l’oublier. L’un de ces jours aussi tu me verras des ailes, J’irai me reposer sur les fleurs les plus belles : Mais, grâce à tes mépris, je songerai souvent, Quand je pourrai voler sur les roses nouvelles, Que je rampois auparavant.
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Fable 006
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Une fauvette jeune et belle, Ma commère la pie, une vieille hirondelle, Sautillant ou volant, arrivèrent un jour Chez la prudente tourterelle, Pour consulter ce cas intéressant l’amour. Linotte du bocage Avoit la plus brillante cour : Les oiseaux du pays, les oiseaux d’alentour, Tous étoient attirés par son charmant ramage ; Tous les cœurs étoient pris par son tendre langage. Le trio voyageur, en renforçant la voix, Crioit… et disoit à la fois : C’est un scandale affreux dans tout le voisinage ! On peut avoir à peine un mâle en son ménage ; Nous voulons la citer aux juges de nos bois. Qu’en dites-vous ? Il faut la retenir en cage, Ou la chasser de notre ombrage. Le ciel me garde de penser Que vous deviez la dénoncer, Reprit la tourterelle ; ah ! perdez cette envie. Fi ? dénoncer !… ce mot seul me fait peur. D’ailleurs, on ne voudroit jamais croire la pie ; Le grand babil trop souvent est menteur. Et toi, décrépite hirondelle, Tu ne fus pas assez sage en ton temps Pour parler contre les amans ;
Et ton scrupule ne décèle Que le regret de tes beaux ans. Quant à toi, ma chère fauvette, Sur le compte d’autrui, crois-moi, deviens discrette ; Tu n’es encor qu’à ton premier printemps ; Ton humeur est vive et légère, Ton sexe est coquet et charmant. La linotte est coupable en cherchant trop à plaire ; Ne peut-il pas t’en arriver autant ? Je conclus qu’à propos il faut toujours se taire.
Fable 007
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Eh ! vous voilà, ma bonne amie, Disoit la babillarde pie À l’hirondelle au retour du printemps Vous paroissez vous bien porter, ma mie, Ainsi que votre époux et vos jolis enfans ? Vous êtes tous heureux, vous faites bon ménage ; C’est assez rare dans ce temps. Contez-moi donc histoires de voyage. Qu’avez-vous vu de curieux, Et rencontré de dangereux ? Dans nos forêts point de nouvelles : Ces criailleurs de geais sont toujours en querelles ; Les avides moineaux dévastent prés et champs ; Les fauvettes enfin chez nous sont infidelles Sans cesse à leurs maris, et même à leurs amans. Non loin de ce chêne où j’habite, Et près de la masure autrefois votre gîte,
Demeurent depuis peu de tendres tourtereaux ; Ce sont de bons voisins, mais de tristes oiseaux : La tourterelle Est douce et belle ; Mais, entre nous, il n’est rien de si sot : Elle reste avec moi toute l’après-dînée, Sans desserrer le bec, sans me dire un seul mot ; Je crois que sans parler elle passe l’année : Avez-vous connu de vos jours Plus insupportable femelle ?… Oh ! oui, repartit l’hirondelle, C’est celle qui parle toujours.
Fable 008
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Deux souris qui trottoient dans un appartement, Regardoient un vieux chien couché bien mollement Sur le duvet d’une élégante chaise, D’un air jaloux, en le considérant, Elles disoient tout haut : Comme il dort à son aise ! Combien cet animal est plus heureux que nous ! Il se défend des chats, des voleurs et des loups, Et si nous évitions les piéges qu’on nous dresse, Malgré nos ruses, notre adresse, De la griffe du chat nous sentirions les coups. Comment ! tandis qu’on nous livre la guerre Pour de méchantes noix ou quelque peu de lard Que nous aurons écornés par hasard, Ce chien vieux et pelé fait la plus grande chère,
Et le lit de son maître est devenu le sien ! Mesdames les souris, interrompit le chien, Vous êtes aujourd’hui d’humeur fort difficile ; De dormir je faisois semblant, Lorsque vous exhaliez contre moi votre bile ; Écoutez, et je vais vous prouver clairement Que vous grondez injustement : Vous passez votre vie à ravager, à prendre, Par gourmandise, ou pour vous divertir, Tout ce qui peut vous convenir. J’ai passé la mienne à défendre Hommes, femmes, enfans et fortune et maisons : Très-sensible aux coups des larrons, Je l’étois encor plus à la voix de mon maître ; Et pour éloigner un fripon. Le bâton Ne m’a jamais fait disparoître ; Je rentrois au logis quelquefois tout sanglant, Mais j’y rentrois vainqueur, aussi fier que content : De vous à moi voilà la différence ; La paix dont je jouis n’est que la récompense De mon zèle et de mes travaux. Cessez de murmurer, respectez ma vieillesse : Qui fut utile en sa jeunesse A le droit d’achever ses jours dans le repos.
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The end
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