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Les epiſtres
De Crenne.
Auec priuilege.
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Les epiſtres
De Crenne.
Auec priuilege.
A monſieur le preuoſt de Paris ou ſon Lieutenant Ciuil.
Vpplie humblement Denys Ianot maiſtre imprimeur & libraire demourant à Paris, comme ainſi ſoit que ledict ſuppliant ait recouuert deux petites copies cõpoſées par ma dame Heliſenne qui a compoſé les Angoiſſes D’amours. En l’une deſquelles copies ſont cõtenues pluſieurs epiſtres, tant familieres que inuectiues, & en l’aultre eſt contenu vng ſonge, le tout compoſé par ladicte dame : leſquelles copies ledict ſuppliant feroit voluntiers imprimer, ce qu’il ne veult faire ſans voſtre permiſſion & congé. Ce conſideré, Il vous plaira permettre audict ſuppliant, imprimer & vendre lesdictes copies, & deffenſes faictes à tous aultres Libraires & Imprimeurs, de ne impri- mer ne faire imprimer, vendre ne faire vendre leſdictes copies, aultres que ceulx que ledict ſuppliant aura imprimez, ſur peine de confiſcation des liures qu’ilz auroiẽt imprimez & d’amende arbitraire, & ce iuſques à trois ans : affin que ledict Ianot ſe puiſſe hõneſtement rembourſer des fraiz qu’il luy conuient faire, pour l’impreſſion deſdictz liures, Et vous ferez bien.
Soit faict ainſi qu’il eſt requis, iuſques à deux ans. Faict le . iour D’octobre mil v. c. xxxix.
I. I. De Meſmes.
Occaſion qui plus fort me prouocque de accumuler epiſtres famillieres, & inuectiues, eſt pource que ie me perſuade, qu’elles pourront propiner quelque recreation aux lecteurs, veu la diuerſité des propos en icelles redigez. Car d’autant qu’il eſt croyable, & conceſſible, que vne ſeulle maniere de chant ou vng acte de comedie, qui n’eſt varié, & diuerſifié de perſonnaiges, fait peine aux auditeurs, & ſ’en peult on facilement, tedier & ennuyer. Au contraire. I’eſtime varieté en cella, & aultres choſes eſtres touſiours de ſuaue delectation aſſocicée. Ceſte conſideration me rend certaine, & indubitable, que l’œuure preſent ſera de tous gentilz eſpritz, auec hilarité de cueur acceptée, & meſmemẽt ce les ſtimulera la manifeſte demonſtrance, de ma bonne affection, laquelle eſtant bien conſiderée, ſera cauſe de leur agreable acceptation coroborer. Car des gens prudẽs telle eſt la couſtume, qu’ilz ont entier eſgard à la voulunté de l’aſpirant deſir des personnes, dõt les choſes prouiennent, donnant la diſſimulatiõ premiere au vouloir, que à la valleur, qui eſt choſe ou totallement, Ie me confie, Parquoy ne differeray. Mais premier que de y donner principe, ymiteray le conſeil du diuin Platon. Quant il en ſon thimée que en toutes noz œuures deuõs l’ayde diuine implorer, à bonne raiſon exprime telle choſe : Car ſans la faueur de dieu ne ſeroit en la faculté humaine de parfaire en aulcune choſe vtile. Et pour ce en inuocant icelle diuine clemence, Ie l’obſecre de me vouloir de ſon ayde rendre digne.
La premiere epiſtre.
N ayant recente memoire, O treſchere dame, des vltimes parolles, qu’a ma ſeparation d’auec toy tu prononcas, me priant que ne feuſſe negligente d’uſer enuers toy du benefice litteraire : affin de te manifeſter amplemẽt de mes nouuelles, ſe cõſiderãt pour que tu n’euſſe iuſte occaſion de me increper, pour eſtre plus lente que ton affectée beneuolence enuers moy ne deſireroit, ie t’ay trãſmis ſe caduceateur, pour te certiorer qu’auec proſpere chemin me ſuis reduicte à la maiſon maternelle, à laquelle ay eſté acceptée, auec telle reception, que difficile me ſeroit le narrer de la grande hilarité, dont ma venue a eſté cauſe, pour ce qu’elle eſtoit merueilleuſemẽt deſirée : A l’occasiõ dequoy m’eſtoient appareillées pluſieurs choſes plaiſãtes & delectables, en quoy ſoubz ſemblant de ioyeuſe face, i’ay ſimulé aulcunemẽt me letifier. Mais tu te doibs perſuader pour ferme & indubitable, que le recogiter de toy, enſemble des aultres dames, qui ſoubz ta diſcretiõ ſõt regies & , eſt cauſe de faire abiter & latiter vng acerbe regret à mõ cueur, pour me ſentir priuée de ceſte tant grãde felicité, qui m’eſtoit ĩpartie, en cõtẽplãt voz ſainctes couſtumes. La bonne exemplarité, l’aſſidue reuerence à dieu, les frequentes abſtinences, la virginalle continence, les ſobres parolles, l’eſpargné regard, la continue demeure ſolitaire, le meſuré temps, la diſperſée charité, enſemble le contempnemẽt du monde, l’aſpre penitẽce, l’extreme diligẽce en deuotes oraiſons, & la ſouueraine pacience en toutes voz affaires obſeruée. O que le mediter en cela, me fait iuger voſtre vie heureuſe. Car non obſtãt les fatigues du corps, eſliz en tranquilité d’eſprit, eſperant vne future conſolation, ſans aulcune craincte de la diſſolution du corps. Car iuſte conſcience timeur ne recoipt. Et pource, auoye deliberé de faire perpetuelle reſidence auec vous, ſi par filialle obedience n’euſſe eſté ſtimulée en mon forcé, & non volentaire retour. Mais conſiderãt que qui ne peult faire ce que l’õ veult, il fault faire ce que l’on peult. Ce m’eſt choſe treſurgente de ma faſcherie tollerer. Et puis que de la fruition corporelle ſuis priuée, à la mentalle me cõuiendra auoir recours, & debuez eſtre certaine, que iamais n’y aura diſtance de lieu, cours de temps ne choſe aulcune, qui la ſouuenance de vous toutes treſchaſtes dames, me puiſſe faire en obliuion tourner. Car quant ie penſe que durant le tẽps de noz ſocialles familiaritez, chacune de vous eſgallement vſoit d’une grande promptitude, à me gratiffier. Ie ne puis imaginer comment pourroye ſatiſfaire à l’obligation, dõt ſuis enuers vous tenue, mais combiẽ que en ma poſſibilité ne ſoit, de vous retribuer de recõpenſe cõdigne, ſ’il n’y à il de faulte de feruente affection en moy. Ie ſuis certaine que voſtre de deſirer, eſt biẽ petit, & le poſſeder treſeſpargné, neãtmoins pour n’eſtre à la neceſſité loy aulcune, ſe quelque fois des choſes qui conſiſtent en mõ pouoir auez affaire, preſentemẽt à perpetuité ie les vous offre & ottroye, & faiſant fin à ceſte epiſtre, humble ſupplication vous fays, que ayez de moy memoire en voz ſainctes interceſſions.
La ſeconde Epiſtre.
I oncques lettres ou parolles fidelemẽt referées, eurent vigueur & puiſſãce de pouoir preſter ſalut, la tiẽne ceſte felicité poſſede. Car tu dois croire qu’apres la lecture d’icelle, ma exhibée vne ſouueraine lyeſſe, à l’occaſion que i’ay eu certitude, que ta fortune perſeuere de te faire proſperer. Et ce qui manifestemẽt me le demõſtre, eſt pource que tu me narre, que par parolles de futur, as promiſe en mariage ta treſchere fille vnicque, à vng gentil homme riche, ieune, ſaige, beau & vertueux. Parquoy ſi biẽ tu conſidere, grandement teſforceras de rendre ſempiternelle louẽge à celluy ſeigneur : dont l’eſtre eſt ſans fin preſent, & n’eſt ne preterit ne futur, Puis que de telle grace ta rẽdu digne, comme d’eſperer ceſte aſſemblée coniugale, qui m’eſt cauſe de cõtentemẽt, plus grãd qui ne ſeroit en ma faculté de te pouoir expoſer. Car quãd diſtinctemẽt ie viẽs à recogiter les qualitez, tãt du ieune gentil l’hõme prealegué, que celle de ta fille : I’eſtime, qui bien conſidereroit la prudence, ſcience & honneſteté qui en eulx effuſemẽt reſide (ce que par euidence ſe peult manifeſter, tant en parolles, geſtes que mouuemens) l’on les pouroit facilement iuger eſtre deux creatures fabricquées en l’ãgelicque court. Tu m’eſcrips le temps auquel tu deſire ce mariage celebrer, & me exore, que ne faille de y aſſiſter. Mais ce qui me cauſe quelque , eſt que mon aller vers toy, ne conſiſte en mon pouoir, & quelle eſt l’occaſion ie la te veulx totallement diuulguer, affin d’euiter, que par inaduertãce, tu ne me increpe, en m’acuſant, que petite ſeroit l’amytié que i’aurois en mes parens, ce que tu ne iugeras, apres auoir certitude de ce qui me ſtimule de demeurer. Car i’ay foy indubitable, que ta prudence par iuſtes raiſons, me excuſera, & par ce ne veulx que tu ignores, que n’a pas long temps, que ma mere eſt ſuccõbée en vne inſidieuſe infirmité, qui tant la agitée & perſecutée, que nous auons eſté deſtituez de l’eſperãce de ſõ ſalut. Touteſfois le ſouuerain des cieulx, la tant fauoriſée qu’auec l’ayde des medecins, & phiſiciens elle recouuerte quelque refrigeration à ſon acerbe douleur, qui me perſuade de croire eſtre poſſible ſa gueriſon. Combien que le reſtaurer à l’aage anticque ſoit difficile, & pource qu’il ne luy eſt riens plus conuenable qu’eſt le plaiſir, pour eſtre ceſte inclinée à puſillanimité, pour la retraicte du ſang ſuis certaine que tu n’eſtimeroys mõ abſence luy eſtre vtile. Car tu congnois que ma preſence luy eſt ſi tres agreable, que peult eſtre, eſt occaſion de ſa debile vie corroborer. Ie t’auertis, que tes lettres qui m’ont eſté dirigées, ne luy ay voulu exhiber, pour eſtre timide de la contriſter. Car combien que l’aduertiſſe- ment, de l’utilité de ta fille, luy euſt donné ſingulier plaiſir. Ie ſuis seur qu’auec la delectation, ſe fut conglutinée vne vehemente triſteſſe, pour me pouoir permettre ma tranſmigration en ton chaſteau : & ce eſt la cauſe qui ma prouocquée, de luy occulter ceſte affaire, & differeray de luy vulgariſer : iuſques à ce que ie cõgnoiſſe le temps à luy publier, accõmodé & propice. I’ay entendu par ton feal ſeruiteur, que la fidelle cõmpaigne de tõ filz eſt en caĩcte : & eſpere eſtre deliurée de ſon deſiré fuict, enuiron le temps de la ſolennité nuptialle. Le predict ſeruiteur ma dict, auoir charge expreſſe, de m’inuiter à la regeneration future. Ce dequoy il te plaira m’excuſer, en leur communicquant ceſte preſente : par la quelle ne te veulx narrer pluſieurs choſes, qui ſont dignes d’eſtre en ſilence conſeruées, iuſques ad ce qu’en ta preſence puiſſe aſſiſter. Parquoy donnant repos à la plume, prie le ſaluateur, que continuant ta proſpere felicité, te donne vie, qui ne ſoit moins durable, que fut celle de L’anticque Neſtor.
La .iii. Epiſtre.
Epuis la diſcontinuatiõ que tu as faicte, de me tranſmigrer quelque eſcript, tu as eſté cauſe de faire aſſiſter en ma penſée diuerſes ymaginations, pour ne ſcauoir preſuppoſer l’occaſiõ qui tãt negligẽte ta rẽdue. I’ay quelque fois coniecturé que la diſtãce des lieux, te euſſẽt faicte immemoratiue de l’amytié precedente. Puis apres me recordant de l’anticque couſtume de conuerſation familliere entre nous, Ieſtimoye eſtre impoſible, que tu euſſe la ſy inueterée amytié en obliuion conuertye, parquoy ceſte fãtaſie ſequeſtrée, à vne aultre donnoit lieu, & eſtimoys que fortune par ſa variable mutabilité, te euſt fait ſuccomber en quelque ſiniſtre accident, ou de paſſion de l’ame, ou de indiſpoſition corporelle, & me arreſtant plus en ces vltimes imaginations, que en nulle aultre, aouye vne timeur, accumulée, auec vng affectueulx deſir, d’auoir de toy certaine ſcience. Et pourtant auec telle aſſiduité me ſuis enquiſe, que i’ay eu indubitable notice de ton eſtat, & ce m’eſt aduenu, pource que long temps ya, que à tous mes ſeruiteurs domeſtiques, ay donné expreſſe commiſſion, d’auoir ſollicitude, pour ſcauoir à ceulx qui iournellement de ta region ſuruiennẽt en noſtre cité, ſ’ilz auoiẽt de toy congnoiſſance. Ceſte inquiſitiõ eſtoit à eulx treſfacile à faire, pource que le vulgaire, & plus commun chemin, eſt aſſez proche de noſtre chaſteau : & à raiſon de cela comme ſuruint quelque fois vne dame, tant de nobleſſe, que de beaulté, & honneſteté accompaignée. Laquelle apres auoir eſté de mes gens, auec reuerence & humilité interroguée, declaira auoir de ton eſtat entiere certitude, pour eſtre de toy amye familiere & domeſticque. Et incontinent que aduertie en fuz, allant au deuant d’elle, gracieuſement la ſaluay : & apres qu’vng doulx & begnin ſalut elle m’eust rendu, treſinſtamment luy ſuppliay, de ſe venir en noſtre chaſteau refociler. A quoy la modeſte dame voluntairement ſe cõſentit, & depuis que opulentement à la refection euſmes eſté ſeruies, particulierement de ta proſperité ie m’enquis. Mais plus toſt n’eu au parler de toy donné principe, que la ieune dame commue de muliebre cõpassion ne iecta quelque larmes cordiales : & lors me fiſt recit, de l’infelicité qui depuis quelque tẽps t’eſt interuenue. Et comme i’entendiz procede à l’occaſion de quelque langue maligne, que ſ’eſt efforcé, de iaculer ſon venin, ſur ton integre pudicité. Ie n’euz poinct l’oportunité de m’enquerir plus oultre, à cauſe de quelques gens ſuruenãs, & auſſi pource que la dame ſe voulut licencier. Mais apres qu’elle fut abſentée, la cõſideration de ton ennuy me commẽca fort à affliger, & diſoys à moy meſme : Or es tu certiorée, de ce dont iournellement tu t’enquerois, or ſcez tu dont vient le diſcontinuer de te reſcripre. Certes tu congnois appertement, que celle dont tu aſpirois d’auoir nouuelles, eſt par vehemente douleur ſi perturbée, que cela eſt la totale cauſe, de l’obliuion qu’elle a de toy. Puis apres longue lamentation ie preparay la debile main, à te reſcripre, eſperant te pouoir aulcunement conſoler. Las ie te ſupplie que vueille conſiderer, que la choſe qui ſe ſouffre en compaignie, ne doibt eſtre intolerable : pour certain tu n’es ſeulle, ayant eſté perſecutée, de ceſte pululante detraction. Ne ſcez tu que la chaſte Suzãne de faulx delateurs fut accuſée ? Mais eſtant la de ſa ſincerité bien grande, par faulx rapport, ne ſe peult long temps occulter. Parquoy ſon innocence fut purgée & demonſtrée, ſi cela en ta memoire aſſiſte, facilement ta douleur mitigueras, eſperant que ſi ta purité, on pẽſé contaminer ſi ne pourra on faire, que finablement ne ſe demonſtre ſon irradiente & immaculée blancheur, & de ce tu doibs eſtre ſeure & indubitable, que celle qui anobliſt celluy qui pronuncé ne te derelinquera. O verité tu es bien noble, & auec ce ſi forte, que touſiours tu es ſuperieure. Les ſceleres & meſchãs detracteurs, vulgairement par toy demeurẽt vaincus, & ſont leurs artificielles menſonges approuuées. Certes cõme i’ay entendu, long temps ya, que tu ſeuffre extreme calamité, qui ne peult eſtre tolerée : ſinon auec vne altiſſime patience : & à ceſte occaſion tres vrgente & neceſſaire te ſera d’inueſtiguer en toy, ſi ceſte ſupreme vertu ſe pourra trouuer, & l’ayant trouuée, te fault eſtre vigilante, & ſoliciteuſe à la conſeruation d’icelle : Puis que par ſon moyen, conſolement pourras que la verité vienne en lumiere, & ſi ainſi tu le faiz : manifeſtemẽt tu demonſtreras ta ſapience. Le diuin Platon fut vne fois interrogué, pour ſcauoir quelz ſignes faiſoit indice, du ſcauoir de la perſonne. A quoy il reſpondit : quand par nulle euidence congnoiſtre ne pourras, qu’elle ſe irrite pour iniure qu’on luy infere, & qu’elle ne ſe exaulce point, pour louẽge que l’on luy attribue. A l’heure tu peulx iuger telles perſonnes ſcauãtes. Pour certain ceſte ſentence de tel Philoſophe prononcée, te doibt cauſer vng affectueux deſir, de reſiſter cõtre les exceſſiues paſſions, affin qu’elles ne ſuperent la vertu, ce que i’eſpere que tu feras. Mais ie te prie, que ne vueille ymaginer, que ceſte miẽne epiſtre te ſoit dirigée, pource que ie pretend de te ſatiſfaire auec encre & papier. Car ie te prometz que la faculté me ſera concedée, n’y aura faulte, que vers toy ne me tranſmigre. Car ſi ainſi ne le faiſois, ie ne manifeſteroye parfaicte, l’amytié que ie te porte : Pource que la perſonne qui conſole auec eſcript, pouãt dõner confort auec ſa preſence, ſe declaire auoir eſté amy ſimulé, au precedẽt, & preſte matiere qu’on le tiẽne pour ſoubſonneux ennemy au tẽps futur. Mais ſi iuſques à preſent, amye fidele tu m’as eſtimée, ie te dõneray demõſtrãce ſignificatiue, qu’en tel opiniõ, de moy tu doibs perſiſter : & auec ceſte diliberatiõ, feray fin à la preſente, ſuppliant le premier moteur de toutes choſes, qu’il vueille ta debile vie corroborer.
La .iiii. Epiſtre.
Pres que tes anxietez, m’ont eſté par tes lettres publiées, ce me dõne occaſion de grandement me cõtriſter : car conſiderant ton affliction, ie ſuis de tes peines participãte. Touteſfois tu peulx preſuppoſer, que le trauail que pour ton infelicité ie ſeuffre, n’eſt aulcunemẽt au tiẽ equiparable, pource que l’õ pouroit iuger n’auoir cõparaiſõ, le des perſecutions à la perſonne eſtrange, & le ſouffrir en la perſõne propre. Mais la ou ſõt les amytiez fideles, tu doibs croire que les peines ſõt cõmũes. Tu m’expoſe que tõ prĩce cõceu quelque iniuſte indignatiõ cõtre toy, & ſãs auoir aulcune cõſideration de ta lõgue ſeruitude, ta expulſé de ſa court, de laquelle auec extreme triſteſſe, tu te es ſequeſtré, ce qu’aſſez ſe peult cõiecturer. Mais ſi tu es hõme prudẽt & biẽ cõſiderãt tu te cõſoleras : Car puis que l’inymitié eſt ſans cauſe : tu n’aſ occaſion de ſi vehemẽtement t’anguſtier, & pour t’ayder à tolerer la peine qui te exagite, tu te doibs recorder des parolles que le Philosophe Socrates pronõca : à l’heure qu’il fut au dernier supplice cõdẽné, pource que lors voyant ſa femme pleurer & lamenter, luy demanda quelle eſtoit la cauſe, qui à telz lachrimes la prouocquoit : laquelle reſpondit proferant telles parolles, te ſemble il que ie n’aye occaſion d’eſtre vehementement agitée & perſecutée ? Puis que ie voids qu’iniuſtement l’on te deſtitue de vie. A quoy le ſcientificque Philoſophe fiſt telle reſponſe : ie ne ſcay, O femme, qui te meut d’exprimer telz motz : Mais diz moy, te ſeroit la douleur de ma mort plus facile à tolerer, ſi par mes demerites à ma vie l’on impoſoit fin ? Ces parolles de tel homme prononcées, ne ſe doibuent oublier : Mais doibuent ſeruir d’exemple, à tous ceulx qui ſans iuſte occaſion ſeuffrent peines. Tu diz que ce qui a eſté cauſe d’augmẽter tes douleurs, eſt pource que ceulx en qui totalement tu te confioys, ſe ſont demõſtrez flexibles à te derelinquer : de cela tu ne doibs prendre fort grande admiration. Car comme dict Alanus, au temps de la felicité d’une perſonne & que fortune la conſtitue en aulcun eſtat, Alors trouuera grãde multitude d’amys : Mais quand icelle fortune par ſa mutabilité ſe deſiſte, de le gratifier, ſe retournant au contraire, à l’heure il ne trouuera vng ſeul, qui ſ’efforce de luy eſtre : Et pourtant que ceſte faſcherie vniuerſellement ſe ſouffre, tu la doibs plus facilement ſupporter. Tu diz que la deſeſperance, de te pouoir auec ton prince reconcilier, t’eſt vne fatigue intolerable : Mais tu deburois mediter & penſer, à ce que narre Caſiodorus, au liure des louenges de ſainct Paoul, ou il dict que la condition de malice eſt telle, que d’elle meſme, encores qu’elle n’euſt nulz contrediſans, ſi ſuccombe elle, & ſe vulgarise l’apparẽce de tous. Mais fort differente eſt la cõdition de verité : Car auec aſſiduité demeure tres ſtable, & ſi ferme, que tant plus a de contrediſans, plus ſe exalte & augmente, & à ce propos trouuons en la ſaincte eſcripture que verité eſt ſuperieure de tout. Ie te rememore cecy, à l’occaſion que i’eſtime, que qulques faulx delateurs, ſtimulez de ce deteſtable vice d’enuie, ont de toy quelque choſe ſiniſtre à tõ prince recité, affin de te aliener, & totalemẽt ſpolier de la bonne grace d’icelluy : en laquelle par le moyen de la puiſſance predicte, futurement tu ſeras reſtitué. Mais ſi ceſte beatitude te ſuccede, par aulcũes interceſſiõs ie te obſecre, que ne vſer d’ingratitude, enuers ceulx qui pour ta reintegration aurõt trauaillé. Car ſois certain que d’autant que ceſt ſingulier contentement à l’hõme de veoir ſon ſeruice biẽ employé, d’autant plus luy deſplaiſt vne deſcongnoiſſance, qui pouroit facilemẽt faire d’ũg amy vng ennemy. Tu dis que tu feras diligence, de t’ẽquerir qui ſont ceulx qui ont inſtigué le prince, à vſer de telle crudelité ẽuers toy, eſperant apres en auoir certitude, d’ẽ faire enſuyure vẽgeance en leurs propres perſonnes. Ie t’aſſeure que telles parolles en tes eſcriptz redigez, me cõtriſtẽt extrememẽt, pource que ie cõgnois, que l’hõme qui eſt imitateur de vertu, pour quelque peine qu’on luy infere, ne doibt aſpirer à vindication, & pourtant pour extirper ceſte deliberation irraiſonnable, tu doibs recenſer en ta memoire, ce qui nous eſt exprimé par la bouche du Pſalmiſte, lequel dict : que l’homme de ſang ne verra la fin de ſon aage. C’eſt à dire, que ceulx qui par glaiue anticipent les iours aux aultres, n’y aura faulte que les ſiens ne ſoient anticipez : & encores dict, l’homme de ſang, eſt malicieux & abhominable deuant Dieu, & auec ce nous eſt exhibé & dict par la prononciation de Dauid, ſi tu occis les pecheurs de Dieu, le ſang des hommes ſe declinera à moy. Si biẽ tu recogite toutes ces choſes, Ie ſuis certain, que tu te deſiſteras de ceſte inicque & damnable determination, & en te rendant facile à recepuoir vtile cõſeil laiſſera, la vengeance à celluy, qui à chaſcun eſt iuſte retributeur, auquel ie ſupplie te vouloir ceſte belle vertu de patience conceder.De Crenne.
La .v. Epiſtre.
Omme i’ay eu donné principe, à la lecture de ta lettre, il m’eſt prins compaſſion de toy, pource que ie prenois le commencement de ta miſere, & ay euidence de la fin de ta raiſon. Ceſte choſe ie te narre, à l’occaſion que tu me exhibe ſouffrir vne vehemente paſſion en l’ame, qui procede pour amour : laquelle ne conſiſte en vertu, parquoy la perſiſtãce en icelle de grãde reprehention te rendra digne. O combien le premediter de tes calamitez futures me rend apte, à exceſſiuemẽt me contriſter ? Certes amour comme nous liſons, eſt vng ſonge plein d’erreur, de folye, temerité & inconſideration : Et finablement à ſi extreme miſere, ſes imitateurs conduict, que leurs peines ſe trouuẽt quaſi intolerables. Certainement la perſonne qui de ceſte venimeuſe malice ſe ſent intoxiquée, eſt priuée de repos : & à ceſte occaſion, Dedalus iadis ſouuerain architecteur, fabriqua ſubtilement vng ſimulachre, ou ſtatue de Venus creuſe : laquelle par le moyen de l’argẽt vif qu’il auoit inſeré dedãs icelle, eſtoit touſiours en continuel mouuement. Par cela ſe pouoit interpreter que ceulx auſquelz amour a oſté ce grãd benefice de liberté, ne ſont iamais en trãquillité d’eſpritz. O que c’eſt choſe treſurgente : pour ne ſuccõber en ceſte captiuité, que par bon & vertueux couraige du commencemẽt l’on ſ’eſforce de reſiſter. Car qui du principe faict reſiſtance, plus facilement l’on demeure victorieux, ſelon ce que tu me expoſe. Ie congnois que n’a pas long temps, que de ceſte vanité tu es ſurpriſe : Parquoy encores eſt en ta faculté, de t’en pouoir ſequeſtrer. Tu dis que pluſieurs occaſions t’ĩduyſẽt à perſeuerer en ceſte amour : car tu eſtimes tant de perfections, reſider en la perſõne du poſſeſſeur de tõ cueur, que ſelon ton iugement, il eſt digne d’eſtre aymé d’une déeſſe. Tu dis ſa formoſité eſtre tres excellẽte, & cõme tu puis cõiecturer, tu crois qu’ẽ luy regne vraye obeyſſance, amour integre, & ſouueraine fidelité, & à brief parler, Il te ſemble que ſi à hõme du mõde en aymer fidele, debuoit la poſterité des amoureulx rẽdre grace, que tõ amy ſeroit celluy à qui amour & tous les amants ſeroient debiteurs, pour certain ces tiẽnes ymaginations me font indice, que tu es ignorãte de la condition de pluſieurs hommes qui eſt telle que du cõmencement ilz ſõt fors doulx, & à la fin tres amers : & voyons vulgairement qu’apres qu’ilz ont de leurs dames victoire obtenue, ilz aſpirent à nouuelles conqueſtes, derelinquãt celles qui faignoient à perpetuité vouloir aymer. Regarde les hiſtoires en diuers lieux, tu trouueras la foy violée & enfraincte demeurer. Puis apres les faulx & deſloyaulx pleins de libidinoſité ſe letifient, & reputent bien celluy à qui deception eſt familiere. Ilz ſont vne tourbe de foy rompans, leſquelz nõ recõgnoiſſans les benefices qu’ilz ont des dames receuz, de leur naturelle ingratitude, la ſimplicité femenine ilz payent. Qui fut iamais plus hũble & gracieux pour impetrer mercy que Theſeus, & depuis qu’il eut ac- comply ſon deſir (auquel Adrienne ſatiſfit) en lieu , paſture de loups, proye de ours, viande de Lyons, ſeule la laiſſa, & habandonna, pour aller rauir Phedre ſa seur. Qui montra iamais à dame plus d’euidence d’amytié, que fiſt le pasteur Troyẽ à Oenonne ? Et touteſfois il ne differa de la repudier : Apres que ſon infelice fortune euſt permis le rauiſſement D’helaine. Qui ſe manifesta iamais plus doulx que fiſt Demophõ à ſa tres benigne hoſteſſe Philis ? & non pourtant apres que d’elle ſe fut abſenté, il ne fut obſeruant de la foy iurée de ſon brief retour : Parquoy il fut occaſion de terminer la vie de la prenommée Philis : Laquelle depuis eſtant conuertie en arbre, ſentant la venue de ſon amy, commenca à florir. Qui ſceut iamais vſer de plus grande diſſimulation que fiſt Iason enuers Hiſi- phile : laquelle pour remuneration du bien par elle à luy faict, accompaignée de pleurs & lacrimeux gemiſſemens, la delaiſſa, qui vouldroit faire recit de toutes les dames par les hommes contemnées, trop plus de temps à le narrer ſi comſumeroit, que ne feroit à reſtaurer Rome au premier poinct de ſon anticque empire. Pour certain ſi ces choſes cõſideres, ſi grande confiance tu ne prendras en ce deceptif & frauduleux ſexe viril. Ie te ſupplye que commence à congnoiſtre que qui en eulx ſe fie, de liberté il ſe deſpouille. Medite & penſe que treſfelice eſt la perſonne, qui l’exemple d’aultruy ſe corrige. Et pource efforce toy, contre la violence d’amour, & en reuocquant raiſon, combatz en toy meſmes, te perſuadant que nul ne merite pour victoire, ſi grãde louenge, comme celluy que feruẽ- tement deſire aulcune choſe, & a biẽ ſceu ſuperer ſes appetitz. Fais doncques de ſorte que par magnanimité & vertueuſe diſcretiõ tu ſois en telle beatitude exalté, & ſ’il te ſemble ta poſſibilité n’eſtre ſuffiſante, pour extirper ceſte cupidité, en cela tu t’abuſe : Car autant faict la perſonne qu’elle diſpoſe, pource que noſtre ame n’eſt aultre, qu’vne ſeulle diſpoſition, de laquelle nous faiſons cõme d’une ymaige de cire, que nous pouons ſelon noſtre arbitrale volunté augmenter, ou diminuer, & auec telle facilité, que l’ame ſe contriſte, auec celle meſme ſe peult letifier : noſtre viure n’eſt aultre choſe qu’vng vouloir : & il te inclinera, l’ame condeſcendera. Eſuertues toy doncques de mettre en effect, ce dõt ie te exhorte : & à l’heure tu trouueras que les bonnes ymaginations ſouffriront le- gerement eſtre reduictes, à la droite voye de raiſon : Ce que voyãt tu loueras mon aduis, & iugeras que mõ fidele record t’aura ſeruy de ſouuerain refrigere, & ſur ceſte eſperance feray fin à mes eſcriptz, en obſecrant L’altitonant, que de ſa grace te vueille illuminer.
La .vi. Epiſtre.
I, ſelon ton iugement, tu me repute negligente de te faire diriger quelque eſcript qui ſoit apte, à t’impartir quelque conſolation, de ceſte ymagination tienne, ie m’en contriſte, pource que la faulte à moy ne ſe doibt attribuer. Car aduertye, de l’anxieuſe infortune, qui t’eſt interuenue, plus toſt à l’ignorance, qu’ moy, tu t’en doibs prendre. Car ie te aſſeure, qu’auſſi prõptement que fame qui part tout vole, en mon endroict ſi eſt dilatée. I’ay appareillé ma main : pour te exhiber que non moins eſmerueillée, que deſolée, tes calamitez ie medite : & ce qui me cauſe ſi extreme admiration, eſt pour ce que manifeſtement tu demõſtre, qu’en ta perſonne plus ne reſide vertu : laquelle precedentement i’eſtimoye qu’en toy faire habitation perpetuelle : certes quãd renommée me vouloit cerciorer, que pour auoir grande partie de tes opulences & richeſſes perdues, tu faiſoys indice d’ung damnable deſeſpoir : Ie ne me pouois perſuader, qu’ainſi fuſt, & n’y ay preſté foy, iuſques ad ce que la ſ’eſt eſforcée de pulluler. Et lors cõ- ſiderãt que du tout n’eſt faulx, ce que de pluſieurs eſt diuulgué, fut faicte credule de ta vulgariſée impatience. Pour certain l’on amplement & diſtinctement exprimé, eſtre ſi grande la vehemence de tes acerbes douleurs, que aſſiduelement tu produictz tant de pleurs & de gemiſſemens, qu’il eſt à croire, que ſi tu auoys autant beu d’eaue, elle te ſortiroit de l’eſtomach, & de ton affligé cueur, en grande ſuperabondance diſtileroit. Ie ne ſcay quelle infelicité te excite, de tant te anguſtier & adolorer, pour les choſes vaines & tranſitoires de ce mortel monde, auquel nous ne pouons demeurer guieres de temps, comme commodement le Pſalmographe le exhibe, quãd il dict : Les iours de l’hõme ſont comme feing & fleur, qui promptement ſe fenent & deſſechent. Auſſi tu te deburoys recorder du contemnement, qu’ont faict les ſcauantes perſonnes des richeſſes temporelles. Le Socrates, n’en faiſant aulcune eſtime, les aliena de luy, & les iectant es vndes de Neptune, dict : O deceptiue richeſſe, ie vous veulx noyer, affin que ne me ſubmergez. A ce propos, de deſpriſer telles vanitez, Nous liſons de Byas, qui eſtoit l’ung des ſept Saiges : lequel eſtant habitateur d’une ville nommée Pryenne, La voyant aſſiegée, ſe rendit fugitif. Et lors des ennemys fut interrogué, quelle eſtoit l’occaſion : pourquoy il ne tranſmigroit ſes biens, deſquelz il auoyt grande affluence. A ces parolles telle reſponſe fiſt, Ie ſuis aſſocié de tous mes biens. Ces parolles prononcoit pource qu’il ne reputoit les biens de fortune eſtre biens : Mais ſeulement la vertu & ſapience, qui auec luy reſidence faiſoit. Si ceſte reſponſe eſt digne de perpetuelle memoyre, auſſy ne doibt on oublier celle que feiſt Diogenes, quand le ſublime Alexandre luy demanda pourquoy il faiſoit de luy ſi petit eſtime, Auquel il dict, que du ſerf de ſon ſerf il n’auoit que faire. Alexandre de telle prononciation eſmerueillé, comment telles parolles il vouloit interpreter : & à l’heure Diogenes donna commencement à lui exposer, luy diſant, ie ſuis dompteur de toutes cupiditez & eſt ta ſuperieure, & tu es ſon ſeruiteur, dõc es tu en la ſeruitude de ce qui me ſert. Pour certain ces propos biẽ conſiderez, ilz nous demonſtrent, que pour raſſaſier l’appetit, il ny threſors ſuffiſans : Mais à viure ſelon raiſon, à vng chaſcun vng bien peu ſuffiſt : & pour ceſte cauſe, tres felice & renommé eſt celluy, qui d’ung inſolent & ambicieux appetit, totalement ſe ſequeſtre. A ce propos, tu me pouras reſpondre, que tu ne te ſens de ce vice d’auarice contaminé : & que ſeulement tu aſpiroys à la conſeruation de tes biens, pour ſubuenir à tes neceſſitez, & que n’auois deſir auec ſuperfluité accumuler. Mais te trouuant en indigence, eſt la cauſe qui te ſtimule à latiter en ton cueur intolerable anxieté : Mais encores, que telle fut l’occaſion de ta peine mentale, ſi ne te doibs tu deſeſperer : mais au cõtraire, fault que par magnanime couraige, deſplie les voiles : auecques les rames de ſaige diſcretion t’eſforcant de nauiguer aux vndes de meurs vertueuſes. Si en icelles tu peulx eſtre reduict, à l’heure tu conſidereras que le principiateur de toutes choſes, par indigence, ne nous delaiſſe perir : Aſſez le teſtifie en L’euangile, quand il dict, Voyez les oyſeaulx du Ciel, leſquelz ne labeurent : & touteſfois voſtre pere celeſte les nourrit. Certainement ſi ces diuines parolles, en ta memoire ne comparent, plus ieune de ſens que, d’aage te monſtrera, tu ſces que des aages que par Seruius gramarien, & Varro furent diuiſées, tu en as paſſé pluſieurs. N’as tu pas paſſé enfance puerilité, adoleſcence & ieuneſſe ? Certes à preſent tu es ioinct à l’aage, de laquelle parle le diuin Platon, quand il narre que au temps que les yeulx du corps commencent à affoiblir & diminuer de veue, deuenãt obſcurs, ceſt à l’heure que les yeulx de l’ame ſe cõmencent illuſtrer, de rutilante lumiere. Car à la diminution de la veue corporelle, ſuccede l’aug- mentatiõ de la veue intellectuele, & à ceſte occaſion, ie te exhore, que tu face indice eſtre tel, que l’antiquité de ton aage le requiert. O que celluy eſt digne de loẽge : lequel ſouffrant quelque aduerſité ou perſecution, monſtre vne conſtante face. O cõbien de vertuz ſont latitées, par faulte d’eſtre eſprouuées en pluſieurs notables perſõnes ? Et pluſieurs vices ſõt occultez, pour non auoir moyen de les : au perpetrer deſquelz, aulcuneſfoys quelque vertu diuine met empeſchemẽt. La bõté de l’altiſſime dieu eſt ſi grande, que ſ’il ne tient à nous, touſiours eſt prompte de nous gratifier. Et à ceſte cauſe fidelement ie te cõſeille, à icelle clemẽce te retourner, luy ſupplyant qu’en tes vrgentes affaires, te vueille ayder, & donner patiẽce, & ſi te fault continuer les ſupplycatiõs : Car nonobſtant que l’eternel Dieu ſoit treſliberal & facile à donner. Touteſfois veult il eſtre exoré : & pource nous excite à le prier & requerir, diſant en ſainct Matthieu, demãdez, & on vous donnera, frappez à la porte, & on vous ouurira : Ces Euangelicques parolles ſont ſignificaciues que aſſiduité & frequẽce de prieres, ſont enuers la diuine eſſence tres aggreables. Ceſte conſideratiõ doibt cauſer en toy telle efficace, qu’en te aſſociant de foy, eſperance & charité, tu face vne eſleuation de penſée en Dieu : Et ſi ainſi le faiz, vne conſolation ineſtimable te ſuruiendra, ce que croyant, indubitablement feray fin à mon epiſtre, en implorant celluy : qui ſon ſang precieux ſur le ſalutifere bois reſpendu, que par grace eſpeciale te vueille fauoriſer.
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The end
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