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Du perchlorure de fer

A. S.-Louis Guy · 1876 · Free in the US

10,284 words · about 43 min to read

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A. S.-Louis Guy
Language
French
Published
1876
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10,284 words · about 43 min
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ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE

────────

DU

CHAPITRE IPharmacographie.

Sous ce titre, qui vient des deux mots grecs φαρμαϰον, γραφω, je citerai les caractères physiques et chimiques du corps qui nous occupe.

Le perchlorure de fer existe sous les deux états suivants : solide et liquide.

Complétement anhydre, il est volatil, très-déliquescent, soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. La vapeur d’eau le fait passer à l’état de sesquioxyde de fer cristallisé ou fer spéculaire, en laissant se dégager de l’acide chlorhydrique ; ce qui fit supposer à l’illustre Gay-Lussac que le fer spéculaire se forme autour des volcans par la même réaction.

Mais M. H. Deville a expérimenté, avec le talent qui le caractérise, et a démontré l’inutilité du concours de la vapeur d’eau concurremment avec l’acide chlorhydrique, pour expliquer la formation du fer spéculaire des volcans.

Si, en effet, on fait arriver un courant lent, mais régulier, de gaz chlorhydrique dans un tube de porcelaine, porté à la haute température du rouge vif, et dans lequel se trouve du sesquioxyde de fer amorphe, celui-ci est entièrement transformé en fer oligiste semblable, par sa forme, son irisation et son éclat, soit au fer oligiste de l’île d’Elbe, soit au fer spéculaire des volcans.

C’est que parmi les matières gazeuses qu’on rencontre dans la nature, : il en est quelques-unes qui sont des agents minéralisateurs, et qui, sans se fixer sur aucune des substances qu’elles touchent, les transforment ou les transportent, en les transformant, en espèces minérales absolument semblables à celles que nous offre la nature.

Composition | Fer | 34,46

Chlore | 65,54

———

100,00

Solide. — Le perchlorure de fer solide se présente sous forme d’écailles ou lamelles rhomboédriques d’un jaune rougeâtre. Suivant M. Wittstein, sa formule serait la suivante : Fe2 Cl3 + 6 aq…

Il se dissout dans l’eau et donne une dissolution de couleur jaune.

C’est cette dissolution, que l’on obtient en traitant le fer par l’eau régale, ou le sesquioxyde de fer, par l’acide chlorhydrique dissous dans l’eau.

L’alcool et l’éther le dissolvent aussi ; mais l’éther est son meilleur dissolvant et l’enlève à la solution aqueuse.

Liquide. — C’est sous forme, liquide que le plus souvent on fait usage du perchlorure de fer.

Ce liquide, marquant 30° au pèse-sels de Baumé, est épais, sirupeux, d’une couleur jaune lorsqu’il est dilué, rouge brun lorsqu’il est concentré, ayant une odeur rappelant celle du chlore, et, une saveur franchement âpre et astringente. Il peut être acide, basique ou neutre.

Le sesquichlorure de fer neutre doit être préféré aux deux autres.

Étendu de 4 à 5 pour 100 d’acide chlorhydrique, il peut remplacer l’acide azotique dans la pile de Bunsen ; et si, au lieu de l’acide sulfurique, on emploie une dissolution concentrée, de sel, marin, on obtient un courant plus faible que celui fourni par la pile ordinaire de Bunsen, mais plus constant que celui de la pile de Daniel.

Le sesquichlorure de fer jouit de la singulière propriété de décomposer les iodures alcalins et de mettre en liberté leur iode, en passant à l’état de protochlorure (Schwartz).

NaI + Fe2 Cl3 = NaCl + 2FeCl + I

Les bromures résistent.

On a fait de la réaction précédente un procédé d’extraction de l’iode.

Incompatibilités. — Le perchlorure de fer est un agent, un médicament à l’égard duquel le médecin, le vétérinaire doivent se montrer très-sobres de mélanges, car son emploi est incompatible avec celui d’un très-grand nombre de substances. La chimie nous apprend, en effet, qu’il précipite ou est décomposé par :

1° Les sels d’argent ;

2° Les protosels de mercure ;

8° Les alcalins, leurs carbonates et bicarbonates ;

4° Les arsénites et arséniates ;

5° Le borate de soude ;

6° Le tannin et autres substances astringentes,

7° Les gommes ;

8° Les mucilages ;

9° Les extraits végétaux ;

10° Les infusions de plantes ;

11° L’albumine ;

12° La caséine.

Le perchlorure de fer ne doit pas non plus être mis en présence de sels qui, par une double décomposition et cependant sans produire de précipité, en changeraient complètement la nature et formeraient d’autres sels de sesquioxyde sur la valeur desquels on n’est pas encore bien fixé.

Il est évident, en effet, que si l’on formulait une solution contenant du perchlorure de fer et de de soude, elle ne renfermerait que du chlorure de sodium et de l’acétate de sesquioxyde de fer.

Il est donc prudent, pour l’administration interne, de s’en tenir à la potion ordinaire, faite à l’eau distillée et édulcorée au sirop de sucre incolore, en se gardant bien de jamais y mettre du sirop de gomme ou des sirops composés, ni des teintures, qui précipiteraient la substance et, par cela même, en changeraient la composition.

Le sucre, lui aussi, altère le perchlorure de fer, et cela se produit d’autant plus rapidement que l’influence de la lumière et celle de la chaleur sont plus prononcées. Dans ce cas, le perchlorure est réduit et ramené d’abord à l’état de sel ferroso-ferrique, tandis que le sucre s’intervertit sous l’influence de l’acide chlorhydrique mis en liberté. Si l’action se continue, la quantité de protosel augmente graduellement. Aussi le sirop de perchlorure de fer ne doit-il être préparé qu’au moment du besoin, à froid, par simple mélange, et conservé à l’obscurité pendant tout le temps que le malade en fait usage.

Une ancienne préparation ferrugineuse, la liqueur de Bestucheff, nous fournit un exemple analogue. Ce médicament consiste en une solution de perchlorure de fer dans un mélange d’éther et d’alcool. Récemment préparé, ce liquide est d’un beau jaune ; mais, sous l’influence de la lumière, la teinte devient de plus en plus verte, par suite de la réduction du sel ; en même temps, de l’acide chlorhydrique est mis en liberté et forme de l’éther chlorhydrique en réagissant sur l’alcool.

Comme le sirop ; cette liqueur doit être préparée au moment du besoin, et il est plus que probable que son altérabilité, et par conséquent les échecs qui ont du se produire à la suite de son administration, sont cause de l’oubli dans lequel elle est tombée.

CHAPITRE IIPharmacotechnie φάρμαϰον, τέχνη, art.

Dans ce second chapitre, qui a pour titre pharmacotechnie, je me propose d’examiner la préparation, la conservation et les associations diverses du corps qui fait le sujet de mon travail.

Préparations du perchlorure de fer. — 1° On fait passer un excès de chlore sec sur du fer porté au rouge dans un tube de porcelaine… Les deux corps se combinent avec incandescence et le sesquichlorure qui en résulte se sublime en tables cristallines d’un éclat semi-métallique.

2° On dissout l’hématite (peroxyde de fer hydraté) par l’acide chlorhydrique, on évapore doucement jusqu’à siccité.

3° … On oxyde le protochlorure de fer… par l’acide azotique ou l’acide chlorhydrique.

4° On attaque la limaille de fer par l’eau régale.

5° On prend du vieux fer, de n’importe quelle provenance, on le place dans une terrine en porcelaine, on l’arrose d’acide chlorhydrique dissous, et on favorise l’action chimique par la chaleur.

Mais le perchlorure de fer entre dans la composition de plusieurs préparations magistrales et officinales.

Je classerai dans les préparations magistrales : les breuvages et les injections.

Les breuvages ont pour véhicule l’eau miellée ;’et comme substance active, le perchlorure de fer, dont la dose varie suivant les indications. Une chose qu’on ne doit pas oublier, c’est que les breuvages magistraux dans lesquels entre le perchlorure de fer ne doivent pas être préparés trop de temps avant de les employer, car les matières sucrées agissent sur le sesquichlorure qu’elles ramènent à l’état de protochlorure. Les injections, elles, ont pour véhicule l’eau distillée ou une décoction légère de mauves, de guimauves. (Malva sylvestris. Altea officinalis.)

Parmi les préparations officinales, je signalerai les suivantes :

1° POMMADE AU PERCHLORURE DE FER

♃ ou P. Perchlorure de fer solide | 1 | gramme

Axonge | 8

Fac secundum artem. — Incorporez très-intimement et à froid les deux substances au moyen d’un mortier et d’un pilon non métalliques.

2° SOLUTIONS TITRÉES DE PERCHLORURE DE FER

Ces préparations peuvent varier à l’infini. Je me bornerai à citer celles que renferme le Codex :

Perchlorure à 30° Baumé. | Aqua stillata | Titre.

20 | grammes | 5 | grammes. | 25° | Beaumé.

20 | 10 | 20°

20 | 20 | 15°

20 | 40 | 10°

Dans une étude spéciale du perchlorure de fer, je ne saurais aller outre sans citer les formules de deux liqueurs dans lesquelles ce composé entre pour une grande part, liqueurs fabriquées par M. Rodet, qui les recommande aux médecins et vétérinaires, à l’effet de neutraliser la plupart des virus et des venins chez l’homme et chez les animaux.

3° LIQUEURS ANTIVIRULENTES DU DOCTEUR RODET, DE LYON

Ces liqueurs sont au nombre de deux : l’une caustique, l’autre non caustique.

LIQUEUR CAUSTIQUE

♃ ou P. Eau distillée | 32 | grammes

Perchlorure de fer | 16

Acide chlorhydrique | 8

F.s.a. — Mettez d’abord l’eau dans un flacon, ajoutez ensuite et successivement le perchlorure de fer et l’acide chlorhydrique.

LIQUEUR NON CAUSTIQUE

?? ou P. Aqua stillata | 32 | grammes

Perchlorure de fer à 30° | 16

Acide citrique | 5

Acide chlorhydrique | 5

F. s. a. — Mettez d’abord l’eau dans un flacon, ajoutez ensuite l’acide citrique qui est très-soluble et ne met pas longtemps à s’y dissoudre ; puis, successivement, mélangez à cette solution le perchlorure et l’acide chlorhydrique.

CHAPITRE IIIPharmacodynamie φάρμαϰον, δύναμις.

Dans ce chapitre, j’examinerai la médicamentation et les effets.

Médicamentation. — Jusqu’ici, le perchlorure de fer n’a presque été employé que pour l’usage externe : à cet effet, des pommades plus ou moins actives, des dilutions servant pour lotions ou injections. Depuis quelque temps, le perchlorure de fer a pris place parmi les médicaments destinés à l’usage interne. C’est tantôt sous forme de breuvages, tantôt sous forme de boissons qu’il est administré. Sous cette dernière forme, il faut que les doses soient très-faibles.

POSOLOGIE | Grands ruminants | 8 | à | 16 | gr.

Solipèdes | 6 | à | 10

Petits ruminants et porc | 2 | à | 3

Carnivores | 0,25 | à | 0,50

Lorsqu’on administre ces doses en boissons, il est bon de les diluer dans une grande quantité d’eau qu’on pourrait blanchir avec une poignée de son et un peu de farine d’orge.

Effets. — Je distinguerai les effets du perchlorure de fer en externes, internes et généraux.

Effets externes. — Le perchlorure de fer, même dans un état de concentration, ne produit pas d’effet bien marqué lorsqu’on l’applique sur la peau saine. Son action se borne à condenser, resserrer, tanner l’épiderme, à le rendre en quelque sorte imperméable. Si, au contraire, on applique le perchlorure de fer sur le derme dénudé, sur les muqueuses, sur les solutions de continuité, il en est tout autrement.

M. le docteur Salleron, auteur d’un mémoire sur l’emploi du perchlorure de fer contre la pourriture d’hôpital et l’infection purulente, a observé que lorsque ce médicament est appliqué sur une plaie suppurante il y détermine aussitôt une action coagulante si énergique, que le coagulum formé ressemble à une fausse membrane ou à une eschare, ce qui a fait croire à une action caustique qui n’existe pas, puisqu’il n’y a jamais perte de substance. Le perchlorure de fer n’est pas un agent irritant, aussi ne produit-il pas immédiatement de douleur lorsqu’on l’applique ; cependant, au bout de quelques heures, l’action désorganisatrice par coagulation qu’il exerce sur la membrane pyogénique ou plutôt sur les bourgeons charnus dont l’ensemble constitue la membrane pyogénique, cette action désorganisatrice provoque une douleur peu persistante, c’est vrai, mais néanmoins assez vive.

« De plus, il détermine, sur toutes les surfaces où on l’applique, une action attractive, une sorte de mouvement d’exosmose, que l’on a comparée à celle que produisent les épispastiques, quoiqu’elle soit bien différente par sa nature et son mécanisme, et qui a pour effet de faire affluer à l’extérieur la sérosité contenue dans les vaisseaux ou extravasée dans les tissus malades, ce qui ne tarde pas à les dégorger et à exercer sur eux une action condensante des plus remarquables. L’action du perchlorure de fer diffère donc totalement, par son mécanisme, de celle des autres astringents, bien que le résultat définitif soit identique. » Tabourin.

Le pansement de presque toutes les solutions de continuité trouve dans le perchlorure de fer un agent précieux sous plusieurs points de vue. On a remarqué, en effet, que ce remède exerce sur ces plaies et sur toutes les surfaces où on le dépose, trois actions importantes : une action hémostatique, une action antipyogénique et une action antiputride.

Un mot maintenant sur les effets internes ; je m’étendrai un peu plus longuement sur les effets généraux.

Effets Internes. — Introduit dans le tube digestif, le perchlorure de fer y provoque des semblables à ceux qu’on remarque à l’extérieur. Dans la bouche, même lorsqu’il est dilué, ce médicament produit une action styptique des plus marquées. La sécrétion du mucus et de la salive s’arrête, la muqueuse buccale se dessèche, se décolore, se crispe, le pharynx et l’œsophage se resserrent vivement, la déglutition devient difficile, pénible, laborieuse. Arrivé dans l’estomac, le perchlorure de fer y développe des effets divers : d’abord, il stimule ce viscère, précipite la digestion, réveille ou augmente l’appétit, etc. Mais si l’on prolonge trop son usage, des phénomènes opposés se manifestent : l’estomac s’irrite, l’appétit diminue, le dégoût apparaît, la soif devient plus vive, les carnivores et le porc vomissent, la digestion languit, soit parce que le suc gastrique ne se sécrète plus en quantité suffisante, soit parce que l’estomac, resserré, raccorni, revenu sur lui-même, ne jouit plus de son énergie primitive et naturelle. Dans les intestins, on voit apparaître des phénomènes à peu près analogues : d’abord la digestion et l’absorption y sont plus complètes, plus actives ; mais bientôt le mucus et le liquide entériques ne sont plus sécrétés en aussi grande quantité, non plus que la bile et le suc pancréatique ; les tuniques de l’intestin reviennent sur elles-mêmes et diminuent le calibre du tube intestinal ; la marche des aliments est lente ; les défécations sont retardées, la consistance des excréments augmentée. La mort peut suivre ces fâcheux effets du perchlorure de fer si l’on n’administre pas bientôt des boissons mucilagineuses, des laxatifs, des purgatifs salins, etc.

Après quelques jours de l’emploi du perchlorure de fer à l’intérieur, on observe constamment que les excréments ont pris une teinte brune plus ou moins foncée. Les uns expliquent cette coloration noire des matières fécales par la combinaison du tannin des aliments avec le fer, combinaison qui donne naissance à du tannate de fer, principe colorant de l’encre. Les autres attribuent cette coloration à la présence du gaz acide sulfhydriques qui, se formant en permanence dans les intestins, se combinerait au fer pour former des sulfures de fer. Ces deux hypothèses sont également admissibles.

Effets généraux. — Malgré ses propriétés astringentes, le perchlorure de fer est peu à peu absorbé et passe dans le sang. C’est à dater du moment où cette absorption s’effectue avec facilité, et où une espèce de courant à molécules ferrugineuses s’établit dans le fluide circulatoire, que les effets généraux et essentiels de cette préparation martiale apparaissent avec toute leur netteté.

Comme tous les ferrugineux, le perchlorure de fer stimule le tube digestif, donne de la force aux organes ainsi qu’une suractivité au système nerveux ; comme eux, il a la vertu précieuse de restituer au sang les qualités plastiques s’il les a perdues, et de les augmenter, de les exagérer même, s’il est à l’état physiologique. Le perchlorure de fer a pour ce liquide nutritif une sorte d’affinité particulière, et à mesure que ses molécules arrivent dans le torrent circulatoire, il augmente rapidement la quantité de l’hématosine, et, par suite, le nombre et la proportion des globules sanguins.

Il ne faut pas oublier que le médicament qui fait l’objet de mon travail n’agit ainsi que par suite du fer qu’il renferme.

En acceptant le fait comme démontré, à quoi le fer doit-il cette propriété inestimable de régénérer les globules sanguins ?

La réponse à cette question me paraît assez facile. Le fer doit cette propriété à sa présence normale et constante dans la matière colorante renfermée dans ces corps microscopiques ; en effet, comme le fait observer M. Liébig, les globules de sang renferment une combinaison de fer qui ne se rencontre dans aucune autre partie du corps. Cette combinaison agit avec les divers réactifs employés comme un composé oxygéné de fer. Les recherches de M. Lecanu ont démontré que le fer existait pour un dixième dans les cendres de l’hématosine. Un autre fait qui démontre très-bien la présence du fer dans le sang, c’est l’extraction de l’oxyde de fer du sang par les acides minéraux. Aujourd’hui, du reste, il n’y a plus aucun doute, aucune contestation à ce sujet.

Ce n’est pas seulement comme tonique énergique qu’agit le perchlorure de fer, mais bien encore comme analeptique, car il fournit directement au sang un principe naturel assimilable et dont le rôle paraît être des plus importants dans la vie nutritive des animaux. Reste maintenant à expliquer le mécanisme par lequel il procrée de la matière colorante et, partant, des globules sanguins. Répondre catégoriquement à une demande de cette nature m’est impossible. Aussi me bornerai-je à quelques hypothèses plus ou moins admissibles que ne rejette pas la science.

Dans la première de ces hypothèses, on admet que le perchlorure de fer donne à l’appareil digestif la force d’extraire des aliments les principes nécessaires à la restauration des propriétés plastiques du sang. Basée sur la petite proportion de fer contenue dans le sang, cette supposition n’explique pas bien pourquoi la proportion des globules augmente, même à l’état normal, par l’emploi du médicament en question.

Dans une autre hypothèse, que j’appellerai chimique, M. Mialhe prétend que le fer concourt directement et chimiquement à la formation des globules. « Le sel ferrique absorbé et l’aluminate de soude contenu dans le sang se décomposent mutuellement ; il se produit un nouveau sel de soude et de l’albuminate de fer, véritable base du cruor ; c’est donc par l’accomplissement d’un fait chimique des plus simples, par une double décomposition, que le globule sanguin, ou, pour mieux dire la trame du globule, prend naissance. »

M. Pize est le premier médecin qui ait attiré l’attention des praticiens sur l’action sédative qu’il exerce sur le cœur ; mais, chose étonnante, tout en ralentissant la course du sang, il donne de la force au pouls. Cette observation, faite la première fois sur l’homme, par M. Pize, se trouve confirmée sur les animaux et surtout chez les ruminants.

M. Méran explique cette modification remarquable du pouls en admettant que le perchlorure de fer diminue le calibre des capillaires sains et, par suite, la vitesse du sang qui en parcourt le réseau.

CHAPITRE IVPharmacothérapie (φαρμαϰον, θεραπεία)

Dans ce quatrième et dernier chapitre, je passerai en revue les effets curatifs du perchlorure de fer, et d’après la connaissance des effets physiologiques déjà cités, je formulerai les indications de leur emploi dans le traitement des maladies.

Le perchlorure de fer ne peut pas être considéré comme un médicament ancien. Néanmoins, sous les noms divers de teinture nervine de Bétuschef, de gouttes d’or du général Lamotte, etc., il a joui pendant près de la moitié du siècle dernier, d’une réputation et d’une vogue fabuleuses. Il était même parvenu à acquérir la périlleuse célébrité d’une panacée universelle. Mais arriva, comme pour beaucoup d’autres médicaments, la période de décadence. Tant de monuments analogues se sont écroulés, parce que quelques pierres ne résistaient pas au temps, entraînant dans une ruine complète et commune les bonnes choses aussi bien que les mauvaises.

Il n’est donc pas étonnant que ce remède tant employé ait été laissé ensuite complètement dans l’oubli.

Alors qu’il jouissait d’une si grande vogue de 1725 à 1780, le perchlorure de fer n’était autre chose qu’une simple dissolution de ce sel dans l’éther ou la liqueur d’Ofman ; on le vendait au poids de l’or.

Abandonné jusqu’en 1852, il fit de nouveau son apparition dans l’officine du pharmacien. ; mais il fallut pour cela qu’un habile docteur lui préparât les voies. Ce fut Pravaz père, de Lyon, qui le préconisa comme moyen de coaguler le sang dans les anévrysmes. Les discussions qui eurent lieu pour ou contre, à l’Académie de médecine, firent connaître le perchlorure de fer plus encore que ne l’avait fait celui qui l’avait retiré de l’oubli, lui assurèrent son ancienne vogue et lui rendirent de nouveau une importance qui va sans cesse croissant dans l’une et dans l’autre médecine.

Le perchlorure de fer, comme du reste beaucoup d’autres agents thérapeutiques, présente la remarquable et en même temps très importante de produire des effets curatifs beaucoup plus nets et plus prononcés que les effets physiologiques.

Ses indications thérapeutiques, soit externes, soit internes, sont très-nombreuses. Aussi ai-je cru utile de les classer en six groupes :

Dans le premier groupe, j’envisagerai le remède comme hémoplastique ; Dans le second, comme antiputride ; Dans le troisième, comme antipsorique ; Dans le quatrième, comme antivirulent ; Dans le cinquième, comme astringent coagulant ; Dans le sixième, comme hémostatique.

Hémoplastique. — On appelle hémoplastiques tous les agents qui augmentent la proportion des globules du sang, qui rendent ce fluide plus plastique. Le perchlorure de fer jouit de cette précieuse vertu, et dans la médecine de l’homme, on la met à profit pour toutes les maladies anémiques, cachectiques, etc. Dans la médecine des animaux, l’histoire du médicament n’a pas été faite ; mais d’après les résultats obtenus chez l’homme, tout porte à croire, et je suis même persuadé que le perchlorure de fer aurait de bons effets dans le traitement de l’anémie, de l’hydrémie ou cachexie aqueuse des grands et petits ruminants, maladies caractérisées par un appauvrissement considérable du fluide nutritif. Il serait d’un utile secours dans les affections typhoïdes et gangréneuses de tous les animaux, dans la fièvre pétéchiale du porc. Combiné aux diurétiques, je crois que s’il ne guérissait pas les hydropisies générales, il en enrayerait au moins la marche. M. Saint-Cyr, professeur à l’école vétérinaire de Lyon, l’a administré aux chiens convalescents de la cynose, pour remédier à l’état anémique où ils tombent si souvent après le passage de cette crise d’âge. Les succès qu’il a obtenus doivent tendre à le faire employer après toutes les maladies qui affaiblissent les animaux, par exemple, après les opérations sanglantes, extirpation de tumeurs, etc., etc. Ce traitement tonique, reconstituant l’organisme, est bien moins coûteux que la plupart des autres traitements par le quinquina, etc., etc.

Les doses déjà indiquées peuvent être modifiées suivant l’espèce, la taille des animaux auxquels on les administre. Une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est de ne pas en trop prolonger l’usage ; une bonne méthode consiste à l’administrer pendant quinze jours, de cesser pendant un temps égal, puis recommencer, etc., jusqu’à complète guérison, jusqu’à ce que les muqueuses reprennent leur couleur rosée physiologique.

L’homme peut être quelquefois atteint d’une sorte de fièvre éruptive, le plus souvent épidémique, peut-être contagieuse, ayant pour principaux caractères des sueurs abondantes et une éruption papulo-vésiculeuse. Cette maladie, désignée sous le nom de suette miliaire (Febris purpurata miliaris), a été traitée par M. Daudé avec le perchlorure de fer.

Après avoir expérimenté, le plus souvent sans succès, toutes les méthodes de traitement préconisés contre la suette, M. Daudé a donné à ses malades le perchlorure de fer d’après les formules suivantes :

♃ Perchlorure de fer à 30° | 60 | gouttes.

Eau de menthe | 60 | grammes.

Sirop simple | 60 | —

Eau distillée | 30 | —

À prendre par cuillerées à bouche toutes les heures.

S’il existe des signes d’embarras gastrique, il administre d’abord un émétique. Lorsque les malades sont d’un tempérament nerveux et impressionnable, il modifie la potion de la manière suivante :

♃ Perchlorure de fer | 20 | gouttes.

Sirop d’éther | 20 | grammes.

Eau de menthe | 40 | —

Eau distillée de tilleul | 90 | —

Le perchlorure de fer, administré de la sorte, a produit, d’après M. Daudé, les effets suivants :

En moins de vingt-quatre heures les sueurs torrentielles sont diminuées, le pouls devient progressivement moins large et moins mou, l’épigastralgie se calme, les malades se sentent soulagés et fortifiés.

L’éruption miliaire a manqué dans six cas ; elle ne s’est montrée qu’au bout de sept jours dans huit autres cas. Les paroxysmes ou accès observés par la plupart des praticiens dans la suette ne se sont pas montrés lorsque le perchlorure a été administré dans le début.

Les malades ne répugnent pas, d’ordinaire, à l’emploi du perchlorure de fer. Aucun de ceux que M. Daudé a soignés suivant sa nouvelle méthode n’a succombé. Il n’a jamais vu la maladie enrayée, mais, dit-il, j’ai eu le bonheur de voir céder ces symptômes formidables qui caractérisent la suette ; et en face d’une affection dégagée de ces sueurs profuses, qui usent si vite l’économie, j’ai pu la combattre par les moyens appropriés, car, dans la suette, les sueurs, quoique symptôme de la maladie, sont la source d’une indication majeure et pressante de traitement.

M. Daudé ajoute, d’ailleurs, et c’est une restriction importante, qu’il n’a pas eu l’occasion d’expérimenter sa médication en temps d’épidémie, et qu’il n’a traité que des cas sporadiques.

MM. Echel et Biffardoy l’emploient de préférence à toutes les autres préparations martiales, à titre de médication ferrugineuse.

Certainement, on trouve des ferrugineux dont l’action est et plus prompte et plus efficace que celle du perchlorure de fer ; mais une chose qu’il ne faut pas oublier dans notre médecine, c’est que nous devons guérir et guérir à bon marché. Sous ce rapport, le perchlorure de fer, qu’on n’emploie qu’à petites doses, est un médicament qu’on peut se procurer à peu de frais.

ANTIPUTRIDE. — Le perchlorure de fer joue aujourd’hui un rôle prépondérant dans le traitement des solutions de continuité graves. C’est, en effet, un agent antiputride et antipyogénique… C’est un topique excellent qu’on emploie souvent dans les plaies sanieuses, ichoreuses, d’une teinte blafarde. Lorsque, dans les maladies charbonneuses, gangréneuses, surgissent des plaies de mauvaise nature, les dilutions de perchlorure de fer sont bien indiquées en lotions. On pourrait l’essayer un peu plus concentré sur les plaies, les ulcérations morveuses, farineuses, sarcomateuses, carcinomateuses, etc.

Dans la médecine humaine, toutes les plaies compliquées sont traitées avec avantage par le perchlorure de fer.

L’affection à la fois ulcéreuse et gangréneuse qui attaque en quelque sorte épidémiquement les solutions de continuité anciennes ou récentes des hommes rassemblés en grand nombre dans un lieu insalubre, la pourriture d’hôpital, en un mot, a été efficacement traitée avec la solution de perchlorure de fer, par M. le docteur Combay, que cette maladie présentât, soit la forme ulcéreuse, soit la forme pulpeuse, soit la forme hémorrhagique, etc.

M. Zundel, vétérinaire à Mulhouse, n’a qu’à se louer de l’emploi du perchlorure de fer mêlé à la glycérine dans le traitement des crevasses nées sous l’influence de la malpropreté, lorsque, par exemple, pour abreuver les chevaux, on les fait entrer dans des eaux vaseuses au fond desquelles des matières organiques se putréfient.

Antipsorique. — Depuis peu de temps, on a reconnu au perchlorure de fer une nouvelle propriété.

M. Laurent, vétérinaire à Forbach, se basant sur ce qui se pratique en médecine humaine depuis déjà quelque temps, a eu promptement raison des maladies de la peau, si opiniâtres chez le chien, par l’emploi d’une dilution de perchlorure de fer ; c’est surtout contre les affections herpétiques, les dartres humides, l’eczéma des bourses, le lichen agrius… Il est probable qu’on obtiendrait le même succès dans les gales localisées du chien. M. Mégnin, vétérinaire militaire, dit avoir obtenu, à cet égard, un succès complet.

On a employé beaucoup de médicaments pour combattre le crapaud. Tous ont eu des succès à la longue, mais tous aussi ont eu des insuccès. Mais que dirait-on d’un moyen qui, à lui seul, remplirait toutes les indications que comporte le traitement de cette affection, telles que : coagulation instantanée des produits sécrétés ; retour prompt au volume normal des tissus hypertrophiés ; retour prompt à la sécrétion normale ; sécurité complète dans l’emploi, l’agent en question n’étant pas caustique et, par conséquent, pas De plus, comme cet agent est parasitaire par excellence, il donne une guérison complète et sans récidive.

Certainement, ce médicament serait le bienvenu. Eh bien ! je me permettrai de dire que cette épithète appartient de droit au perchlorure de fer.

En effet, le perchlorure de fer est héroïque contre le crapaud. Mégnin est le premier qui l’ait employé contre cette affection. C’est lui qui, le premier, a cru que la maladie est causée par un cryptogame microscopique, qu’il propose de nommer keraphyton batracosis. Se basant sur les propriétés reconnues du perchlorure de fer comme antipsorique, il l’employa dans le crapaud et n’eût qu’à se louer des succès qu’il en obtint. D’autres praticiens distingués l’ont suivi dans cette voie et s’en sont aussi très-bien trouvés. Le traitement est des plus simples enlever les parties de corne décollées et placer sur la partie de membrane tératogène mise à nu un large gâteau d’étoupes imbibées du perchlorure ferrique. Les substances médicamenteuses seront maintenues en place par un pansement à éclisses.

Le perchlorure de fer rend également de grands services dans diverses maladies sécrétantes de la peau. Il n’est applicable qu’à la période décroissante de ces maladies. C’est surtout dans les formes lymphatiques que le perchlorure décèle toute sa puissance, et notamment dans les formes rebelles et limitées.

L’efficacité du traitement des eaux aux jambes par le perchlorure de fer n’offre aujourd’hui aucune prise à la critique. Aussi ces divers résultats heureux devraient-ils engager les praticiens à user de ce médicament contre l’ulcère interdigité du bœuf, le piétin du mouton. Pour cette dernière maladie, il est bon de rappeler que le procédé Malingier est le meilleur lorsque la presque totalité du troupeau est atteinte. Le traitement par le perchlorure de fer serait trop dispendieux et n’est applicable que pour les cas isolés de piétin. Quand la maladie règne à l’état épizootique, mieux vaut l’eau de chaux, dans laquelle on force les animaux à tremper les pieds. Le perchlorure de fer détruit, d’après M. Mégnin, et très-rapidement, tous les parasites de la peau. Mais, sous ce rapport, notre médecine offre des médicaments à meilleur marché, qui sont tous aussi efficaces, tels que l’huile de cade, de cévadille.

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