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Il n’est pas nécessaire de prouver que cette production posthume n’est pas, comme tant d’autres, un enfant illégitime que l’interêt cherche à illustrer à la faveur d’un grand nom. Le cachet de l’Auteur y est empreint de maniere que personne ne peut s’y méprendre ; Il est peu d’écrivains qui aient réuni à un dégré si éminent, la force & la précision des idées, la vigueur du pinceau, la subtilité de la dialectique, les charmes & l’énergie du stile. David Hume est un des plus grands génies du dix-huitieme siecle. Cet ouvrage ne peut qu’ajouter à sa réputation. Nous sommes assurés par un de ses amis qui nous a communiqué l’édition Anglaise, plusieurs mois avant qu’elle parût dans la Grande-Bretagne, que cette production a longtems mûri dans les papiers de l’Auteur, qui la regardait comme son chef-d’œuvre. Nous ignorons les motifs qui peuvent l’avoir engagé à en renvoyer la publication après sa mort. Peut-être la destinait-il à laver alors sa mémoire des reproches d’impiété qu’on lui a faits pendant sa vie : &, comme sur la fin de ses jours, il aimait extrêmement le repos, peut-être craignait-il qu’elle ne troublât la sérénité de son ame ; en l’engageant dans quelque dispute polémique qu’il haïssait à l’excès. Il paraît avoir voulu se peindre sous le personage de Philow. Ses preuves sur l’existence de Dieu & sur la nécessité de recourir à la révelation à raison des bornes & de l’incertitude des connaissances humaines, nous ont paru telles, (voy. entr’autres les pag. 44. 251-259. 290. 291.) qu’il n’y a que l’orthodoxie la plus acariâtre qui puisse les désavouer. On doit regarder cet ouvrage, tout petit, qu’il est, comme le traité le plus complet de Théologie & de métaphysique qui ait encore paru. Il peut cependant arriver (car où le ressentiment théologique n’est-il pas capable de se porter ?) il peut arriver que le fiel des dévots qui n’aiment pas à se voir peints sous des traits si fidels, envénime les intentions de l’Auteur. Il pourra même arriver que la sainte Inquisition, plus habile à brûler qu’à raisonner, s’avise de regarder toute cette production comme un persifflage impie. Mais quel bon ouvrage la superstition n’a-t-elle pas dévoué aux flammes ? Je crois même que, s’il y avait quelque homme attentif parmi les spectateurs des bûchers qui seront allumés à Rome & à Lisbonne, il verrait Messieurs les inquisiteurs couler doucement un exemplaire de l’ouvrage dans leur poche ; pour le lire à la place de leur bréviaire. Nous ne doutons pas que cet ouvrage ne déssille les yeux aux personnes de bonne-foi, & ne fixe les idées incertaines & flottantes d’un grand nombre de nos Philosophes.
DIALOGUES sur la RELIGION NATURELLE.
a remarqué, mon cher Hermippus, que la coutume assez générale chez les anciens Philosophes, d’employer la forme du Dialogue pour instruire leurs Lecteurs, n’a fait que peu d’imitateurs parmi les modernes & n’a pas même reussi à ceux qui l’ont adoptée. Les raisonnemens exacts & justes qu’on exige actuellement des Philosophes qui veulent faire des découvertes, conduisent natu- rellement à une marche méthodique & didactique, par le moyen de laquelle, on peut, immédiatement & sans préliminaires, exposer le systême qu’on veut prouver & suivre sans interruption le fil des preuves sur lesquelles il est bâti. Il ne paraît gueres naturel qu’un systême soit exposé par maniere de conversation : & lorsque l’Écrivain pour mettre de l’aisance & de la vivacité dans ses Dialogues, & dérober le personnage d’Auteur ou de Lecteur, veut s’écarter de la maniere d’écrire directe, il est sujet à heurter contre un autre écueil, & à jouer le rôle d’un pédant qui donne des leçons à son éleve. S’il veut introduire dans la dispute l’esprit de la bonne compagnie, en l’assaisonnant d’une agréable diversité de matieres & conservant à chacun de ses interlocuteurs un caractere qui soutienne l’équilibre, il perd souvent tant de tems en préparatifs, en transitions, que tous les charmes du Dialogue dédommagent difficilement le Lecteur du sacrifice qu’on a fait de l’ordre, de la précision & de la briéveté.
Avertissement
Il n’est pas nécessaire de prouver que cette production posthume n’est pas, comme tant d’autres, un enfant illégitime que l’interêt cherche à illustrer à la faveur d’un grand nom. Le cachet de l’Auteur y est empreint de maniere que personne ne peut s’y méprendre ; Il est peu d’écrivains qui aient réuni à un dégré si éminent, la force & la précision des idées, la vigueur du pinceau, la subtilité de la dialectique, les charmes & l’énergie du stile. David Hume est un des plus grands génies du dix-huitieme siecle. Cet ouvrage ne peut qu’ajouter à sa réputation. Nous sommes assurés par un de ses amis qui nous a communiqué l’édition Anglaise, plusieurs mois avant qu’elle parût dans la Grande-Bretagne, que cette production a longtems mûri dans les papiers de l’Auteur, qui la regardait comme son chef-d’œuvre. Nous ignorons les motifs qui peuvent l’avoir engagé à en renvoyer la publication après sa mort. Peut-être la destinait-il à laver alors sa mémoire des reproches d’impiété qu’on lui a faits pendant sa vie : &, comme sur la fin de ses jours, il aimait extrêmement le repos, peut-être craignait-il qu’elle ne troublât la sérénité de son ame ; en l’engageant dans quelque dispute polémique qu’il haïssait à l’excès. Il paraît avoir voulu se peindre sous le personage de Philow. Ses preuves sur l’existence de Dieu & sur la nécessité de recourir à la révelation à raison des bornes & de l’incertitude des connaissances humaines, nous ont paru telles, (voy. entr’autres les pag. 44. 251-259. 290. 291.) qu’il n’y a que l’orthodoxie la plus acariâtre qui puisse les désavouer. On doit regarder cet ouvrage, tout petit, qu’il est, comme le traité le plus complet de Théologie & de métaphysique qui ait encore paru. Il peut cependant arriver (car où le ressentiment théologique n’est-il pas capable de se porter ?) il peut arriver que le fiel des dévots qui n’aiment pas à se voir peints sous des traits si fidels, envénime les intentions de l’Auteur. Il pourra même arriver que la sainte Inquisition, plus habile à brûler qu’à raisonner, s’avise de regarder toute cette production comme un persifflage impie. Mais quel bon ouvrage la superstition n’a-t-elle pas dévoué aux flammes ? Je crois même que, s’il y avait quelque homme attentif parmi les spectateurs des bûchers qui seront allumés à Rome & à Lisbonne, il verrait Messieurs les inquisiteurs couler doucement un exemplaire de l’ouvrage dans leur poche ; pour le lire à la place de leur bréviaire. Nous ne doutons pas que cet ouvrage ne déssille les yeux aux personnes de bonne-foi, & ne fixe les idées incertaines & flottantes d’un grand nombre de nos Philosophes.
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The end
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