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Défectuosité des aplombs

E. Ceysset · 1877 · Free in the US

11,692 words · about 49 min to read

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Author
E. Ceysset
Language
French
Published
1877
Length
11,692 words · about 49 min
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Contents (4)

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Avant-propos

Pour les amateurs qui cherchent à s’instruire, beaucoup se contentent de la connaissance extérieure du cheval ; combien peu étudient l’animal intérieur et se rendent compte de ces associations sympathiques qui donnent à tous les instruments de la vie une unité d’action et de résultat ! Et cependant, ce n’est que par la connaissance de la loi de subordination et de coordination des fonctions, que l’on peut élucider certaines questions, expliquer certains problèmes confus au premier abord ; celui, par exemple, que nous avons essayé de résoudre et qui est ainsi formulé : Influence de la défectuosité des aplombs dans la Genèse des maladies.

Prenant la synergie fonctionnelle pour base de nos démonstrations, il nous a été possible de prouver que, lorsque l’égalité de répartition du poids du corps sur les membres est altérée ou détruite, cette machine vivante qui s’appelle cheval se ruine de bonne heure, si bonne soit la trempe de ses ressorts. À l’appui de notre dissertation, nous citons quelques exemples, recueillis, pour la plupart, à la clinique de l’École.

Convaincus que les vices d’aplomb sont ordinairement le résultat de soins mal entendus pendant le jeune âge, nous nous sommes appesantis sur la nécessité d’une bonne hygiène pour prévenir le mal. C’est, du reste, ce que nous avons constaté durant nos années d’études, sur des poulains victimes, sitôt après leur naissance, de soins hygiéniques irrationnels.

Les leçons cliniques de notre professeur, M. Lafosse, ont été pour nous d’un grand secours ; nous les avons mises largement à contribution pour faire voir les avantages et tout le mérite qu’il y a à pratiquer l’élevage avec discernement et en dehors d’une aveugle routine.

Prenant pour règle de rester autant que possible sur le terrain solide des faits, nous avons tenté de grouper en un seul tout quelques principes d’hygiène que n’unissaient jusqu’ici aucun lien dogmatique, aucun rapport d’ensemble. Cela nous a permis de présenter, méthodiquement enchaînés et logiquement déduits, quelques préceptes restés trop souvent sans signification pour la science pratique.

Trop heureux si nous pouvons faire ressortir l’importance de l’aplomb régulier des membres chez le cheval qui travaille, faire comprendre au propriétaire-éleveur que, tant qu’il marchera à tâtons, ses intérêts seront compromis ; qu’au contraire « une fois sur d’avoir trouvé le vrai sens des choses, loin d’avoir contre lui les forces de la création, il aura pour ainsi dire, avec le temps, les forces de Dieu lui-même ».

Dans une première partie divisée en deux chapitres, nous étudions les désordres qu’entraîne la défectuosité des aplombs dans les fonctions de l’économie ; dans une deuxième partie, nous indiquons les moyens de les prévenir.

Tel est le sommaire de notre travail.

PREMIÈRE PARTIE

Chapitre Premier Influence Exercée Par La Défectuosité Des Aplombs Sur

1 L’Économie en général ;

2 Les Organes des Cavités thoracique et abdominale.

I

On peut avec raison comparer la machine animale à une machine artificielle dont les rouages, méthodiquement agencés, sont solidaires les uns des autres, tout en ayant chacun un rôle propre. L’économie, elle aussi, à sa loi de subordination et de coordination des fonctions et des organes, en vertu de laquelle un lien de solidarité se forme entre toutes les parties du corps vivant, de manière à grouper toutes les actions pour les diriger vers un but commun : la conservation de l’individu ; mais, par contre, toutes les parties subissent le retentissement des actions auxquelles se trouve soumise l’une d’entre elles. Plus les fonctions chez les animaux deviennent définies, plus aussi elles sont dépendantes les unes des autres, se combinent entre elles, s’intègrent. Le travail, comme on dit en économie politique, est divisé ; mais il est centralisé aussi et coordonné. Un organe ne travaille pas exclusivement pour lui seul ; il a une fonction spéciale, mais cette fonction sert à faciliter, même à rendre possible la fonction spéciale d’un autre ; de là, cette conséquence qu’un dérangement dans les aplombs entraînera une perturbation dans les divers départements de l’économie.

Sous cette rubrique : Bons, beaux Aplombs, on doit entendre la direction des membres la plus capable de garantir pendant le repos la stabilité de la machine animale, sans l’emploi des forces motrices, et qui, pendant l’exercice, permet à ces mêmes forces de déployer la plus grande somme d’énergie. Instabilité du corps, augmentation des efforts musculaires, telle sera la réciproque quand il s’agira d’aplombs défectueux.

Toujours en vertu de la loi du rythme universel, la conséquence de l’excès de fonction c’est l’excès d’usure ; celle-ci apparaît surtout dans les muscles. Leur continuité d’action devenant nécessaire, l’éréthisme s’emparera de ces organes moteurs, lequel, contenant les abouts articulaires, s’opposera peu à peu à cette obliquité qui garantissait la douceur et le moelleux des mouvements, s’il en restait encore des traces. D’un autre côté, l’instinct de conservation porte le cheval à calculer la direction qu’il doit donner à ses membres, soit pour en alléger la fatigue, soit parce qu’il lui est impossible de prendre une autre direction ; il doit alors se trouver lui-même des aplombs de calcul, non-seulement à l’état de repos, mais aussi quand la masse du corps sera déplacée ; il ne le pourra que grâce à des efforts musculaires continuels : de là, souffrance, ruine prématurée, épuisement enfin. Voyez, en effet, un de ces chevaux mal favorisés par la nature : au repos, ses muscles se contractent pour s’opposer à la flexion des leviers osseux, et, si on le force à se mouvoir, il semble hésiter, calculer la direction des premiers pas, et son hésitation à se déplacer serait longue peut-être si le fouet de son maître ne le tirait de cette léthargie nécessaire. Énergie, vivacité, expression dans le regard, tout cela disparaît chez lui ; et pourquoi cela, sinon parce que le corps est épuisé. Chez les animaux, comme chez l’homme, la santé du corps est la condition indispensable au développement régulier des facultés ; pour qu’elles puissent se manifester librement, le corps ne doit être ni malade, ni fatigué, ni souffrant : mens sana in corpore sano.

L’épuisement progressif, voilà la conséquence du travail outré ; et si l’on considère que, la plupart du temps, à cette destruction de l’organisme, ne correspond pas une nourriture suffisamment réparatrice, le dépérissement du sujet n’en sera que plus assuré ; car, n’oublions pas que si c’est par son fonctionnement que l’organisme s’use et se détruit, « c’est par la nutrition qu’il se répare et dure ; que le muscle est une machine qui, non-seulement brûle son combustible, mais renouvelle sa charpente, une machine qui se détruit et se refait à chaque instant ».

L’excès de fonction, avons-nous dit, c’est l’excès d’usure ; mais l’excès de fonction d’un organe A (membre) ne pourra avoir lieu d’une manière permanente qu’à la condition d’un surcroît de fonction dans un ou plusieurs autres organes B, C (poumon, cœur), de l’activité desquels la science dépend. Si cette augmentation s’exagère, il en résultera une perturbation dans les équilibres internes.

Chez le cheval panard, par exemple, les muscles devant agir plus souvent et avec plus d’intensité qu’à l’état physiologique, se fatigueront outre mesure. D’après le principe ci-dessus, un plus grand nombre de mouvements respiratoires sera nécessaire ; de là, prédisposition aux arrêts de transpiration, pleurites, etc. La respiration devenant plus grande, la circulation le deviendra aussi, et, comme ces deux fonctions commandent toutes les autres, des troubles plus ou moins sensibles se feront sentir dans tous les départements de la machine vivante. Si vous attelez au brancard un cheval panard, sa poitrine étroite ne sera pas capable de garantir et de défendre les poumons de l’effet des secousses plus ou moins vives portées sur les côtes par le brancard de la charrette, par suite des cabotages, soit de la part des pierres, des ornières, de l’inégalité des chemins, etc. Chez notre sujet, le resserrement de la poitrine portera en arrière les viscères abdominaux qui nuiront singulièrement au développement du fœtus au moment de la gestation, et si la nourrice a un ventre volumineux, l’élévation des côtes sera plus difficile, la contraction des muscles respiratoires sera plus énergique ; d’où, pression sur le fœtus, pression modérée, si vous le voulez, mais capable de déterminer à la longue l’avortement.

Prenez un à un tous les défauts d’aplomb, et vous verrez que tous entraînent des troubles plus ou moins manifestes dans l’économie entière.

Avons-nous besoin de rappeler que chez les chevaux bas du devant le garrot est exposé à être blessé par la sellette, la queue par le culeron ? que ces animaux sont enclins à tomber, à se couronner, par conséquent ? que les défauts d’aplomb désignés par ces mots : sous lui du devant, panard, cagneux, etc., sont autant de causes qui prédisposent le cheval à se couper, à se blesser, etc. ?

À l’état physiologique, le poids du corps se partage également entre les différentes parties constituantes des colonnes de soutien : os, tendons, muscles. Quand, ces colonnes ne sont pas d’aplomb, cette répartition n’est plus régulière ; de là, surcharge des os, tiraillement des tendons, et le plus souvent ostéite ou nerf-ferrure, synonymes de boiterie. Le cheval n’étant qu’une machine à laquelle on demande la plus grande somme de travail, il est évident qu’il ne sera d’aucune utilité pour nous dès l’instant où la fonction locomotrice sera troublée. Par suite de cette surcharge des os, de ce tiraillement des tendons, l’animal souffre, et à l’écurie, on le voit choisir les interstices du pavé pour appuyer la pince et soulager les tendons, ou bien fléchir tour à tour ses membres pour les laisser reposer, toutes positions que la plupart des propriétaires attribuent à sa paresse, mais auxquels on pourrait appliquer à bon escient ces mots de Laocoon : Quæ tanta insania cives ! Cette souffrance qu’il éprouve, le cheval ne peut l’exprimer ; mais il digère mal, on le voit maigrir, ses forces diminuent, et si, à cette cause, se, joignent l’excès de travail et l’insuffisance de nourriture, l’animal, jeune encore, est usé, décrépit : il appartient à l’équarrisseur. »

Le sujet souffre donc. Or, qu’arrive-t-il lorsque la sensibilité s’exagère, sinon une perte de substance appréciable pour les nerfs ? Le système nerveux épuisé, les vaisseaux se relâcheront ; les globules passant dès lors trop vite, ne céderont point une quantité suffisante d’oxygène aux éléments des tissus et ne leur enlèveront pas assez d’acide carbonique. Ainsi s’expliquent, chez ce cheval, le peu d’activité de la nutrition, l’insuffisance de la circulation et cet état d’abrutissement qui le caractérise ; car, n’oublions pas que le système nerveux n’est pas seulement chargé de porter le mouvement aux autres tissus et de recevoir les excitations, il est aussi le siège des facultés instinctives et intellectuelles. M. Colin a remarqué que le déplacement des forces musculaires n’arrive à son maximum qu’autant que les animaux sont stimulés par la douleur, la crainte, les menaces, les besoins impérieux de la conservation ; ces conditions se trouvent réalisées en une certaine mesure chez le cheval dont les aplombs sont défectueux. Or, quand la contraction des muscles a atteint son plus haut degré, il peut y avoir rupture de ces organes, fracture des os…

Après un repos peu prolongé parfois, ce cheval sera pesant, paresseux, sans forces ; ses membres seront engourdis, ses articulations raides ; il sera bientôt harassé de fatigue, hors d’haleine, suera, se refroidira avec la même facilité, sera en danger imminent de la fourbure, de la fluxion de poitrine, etc. Si, d’un autre côté, vous le surmenez un peu, cet excès de travail peut occasionner la mort subite en déterminant la rupture de l’estomac, du diaphragme ou de quelques gros vaisseaux, même l’asphyxie. Plus que tout autre, il sera exposé aux fièvres aiguës, à cette affection cérébrale, presque toujours mortelle, nommée vertige abdominal. Ce sont surtout les organes locomoteurs qui souffriront de cet exercice ; les articulations perdront leur force et leur souplesse ; les muscles seront frappés d’un genre d’inflammation lente, souvent intermittente, qui constitue un rhumatisme chronique, cause la plus ordinaire, si elle n’est pas la seule, de ce que l’on nomme boiterie de vieux mal sans tares apparentes. Si l’on réfléchit, en outre, que très souvent l’aplomb des membres est le résultat de l’aplomb vicieux du pied, on comprendra que la fatigue des extrémités puisse déterminer l’inflammation lente des capsules articulaires de ce dernier organe (pied) et tant d’autres lésions graves dont le raisonnement seul peut expliquer l’existence.

La rectitude des aplombs est donc chose toujours importante à rechercher. Du reste, tous les auteurs qui ont écrit sur le cheval : Virgile, Pline, Xénophon, Varron, etc., s’en sont préoccupé. Ainsi, Varron, qui vivait à peu près à la même époque que Columelle, veut « pour qu’un cheval soit bon, qu’il ait les jambes droites et égales, les genoux ronds, ni trop grands, ni trop en dedans, et des sabots durs » : cruribus et æqualibus genibus, rotudis ne magnis, nec introrsus spectantibus, ungulis doris. Dans un mémoire de Noyés de Mirepoix, couronné par la société royale de médecine de Prague en 1808, on trouve bon nombre de préceptes relatifs aux aplombs ; entr’autres recommandations, celle de rechercher, sur les chevaux de travail surtout, « des jambes qui garderont l’aplomb autant que possible, » et cela au point de vue de la santé et de la solidité de ces animaux. — Plus près de nous, Perrier et Laisné ont écrit sur ce sujet ; mais ils ne se sont occupés que de l’aplomb du pied dans ses rapports avec la ferrure. Enfin, M. Sanson avoue que « ce serait l’objet d’une belle étude à faire que celle de l’influence qu’exercent sur la conservation, non seulement de l’intégrité des agents locomoteurs de la machine animale, mais encore de l’exécution absolue de ses autres fonctions, les bonnes conditions de l’aplomb de ces mêmes agents. » — L’irrégulière répartition du poids du corps sur les membres est donc nuisible : au service des animaux, à leur solidité, à l’intégrité des fonctions, à la santé en un mot. À la santé, me quand on voit des personnes excessivement mal conformées se porter aussi bien que possible ? Mais réfléchissez, vous répondrons-nous, que le travail, et un travail parfois outré, est la condition sine qua non de l’existence du cheval auquel on ne saurait appliquer ces vers si connus de Lafontaine :

… Qu’on me rende manchot, cul-de-jatte, impôtent …

Telle est, d’une manière générale, l’influence de la défectuosité des aplombs sur l’économie. Malheureusement, il faudra long-temps pour faire adopter ces idées, surtout aux personnes étrangères à la médecine. On ne s’étonnera donc pas si, pour les étouffer, on lance sur elles l’anathème, on les accable de ridicule. Rassurons-nous, car une cause qui n’est combattue que par l’ironie est gagnée devant la science et la raison. A l’expérience et au temps de faire le reste.

II

Spécialisons et voyons les troubles qui surviennent dans les cavités thoracique et abdominale.

1° Cavité thoracique. — La plupart des personnes à qui l’on dirait : votre cheval n’a dû sa fluxion de poitrine, par exemple, qu’au dérangement des aplombs, se révolteraient à l’idée qu’une cause en apparence aussi inoffensive fût capable d’atteindre ce résultat. « Le vétérinaire seul, habitué à juger les effets sympathiques, comprendra comment des fatigues qui n’ont presque pas de relâche peuvent faire éclore telle ou telle maladie, selon les dispositions où se trouvent les organes ». Mais si vous dites à l’incrédule : tout effort musculaire s’accompagne dans les muscles d’un surcroît de mouvement et de décomposition pour l’entretien duquel un apport plus abondant d’oxygène est nécessaire et par suite une suractivité des mouvements respiratoires devient indispensable ; si, ensuite, vous lui faites comprendre que ces conditions se trouvent réalisées au plus haut degré chez les chevaux dont les aplombs sont vicieux, il finira peut-être par vous croire. Peut-être, dirons-nous, car on a vu des hommes faisant autorité dans la science vétérinaire pousser l’incrédulité au point de dire que, verraient-ils les faits, ils ne croiraient pas. Sans doute, le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable ; mais, en présence des faits, peut-on douter encore ?

Prenons, comme exemple, le cheval panard. Le rétrécissement du thorax, aura pour conséquence le rapprochement des coudes. Or, comme chez lui il y a une dépense plus grande de forces, les mouvements respiratoires seront plus nombreux, plus accélérés et plus pénibles, vu la gêne du poumon ; aussi cet organe sera-t-il impressionnable ; le cheval sera court d’haleine, disposé à contracter des affections de poitrine, des maladies aiguës ou chroniques, sujet aux arrêts de transpiration et souvent destiné à périr de phthisie pulmonaire. Un très grand nombre de chevaux panards amenés à la consultation de l’École se trouvent dans ce cas. Interrogez les propriétaires de ces chevaux ; ils vous diront que leurs animaux se fatiguent au moindre exercice, suent au moindre travail, alors même que la bonté de leur appétit ne se dément pas, sont impressionnés par le moindre courant d’air.

Le thorax resserré, le poumon ne petit plus se dilater et s’affaisser comme s’il était libre ; et comme la puissance et le volume du contenu sont en rapport avec l’étendue du contenant, la quantité d’air admise dans les organes respiratoires sera trop faible et il arrivera ce qui a lieu dans le cas de tympanite alors que les viscères abdominaux empêchent le poumon de se dilater : il y aura emphysème. Si avec cette étroitesse de poitrail existent des viscères volumineux, ceux-ci pousseront le diaphragme en avant et gêneront ainsi la respiration. Cette fonction sera donc difficile après chaque repos, et quand la nourriture sera trop abondante, les sujets seront essoufflés et incapables de résister à un travail pénible. La compression si énergique exercée dès lors dans le reste de l’appareil respiratoire, aura pour résultat « de faire refluer l’air vers les trompes, les poches gutturales, la cavité tympanique, d’augmenter la tension de la membrane du tympan au point de déterminer parfois une surdité momentanée. »

D’un autre côté, la plupart des muscles qui font mouvoir les rayons antérieurs prenant leur origine sur une poitrine étroite, ne pourront imprimer aux membres que des mouvements peu étendus. Comme, en outre, le développement des membres est en rapport direct avec la grandeur de la poitrine, nous aurons là autant de causes qui, en rendant la locomotion difficile, prédisposeront les chevaux aux arrêts de transpiration, pharyngite, laryngite, emphysème pulmonaire, pleurite, etc., dernière affection qui attaque de préférence les animaux à poitrine peu spacieuse, ceux surtout que l’on soumet, dans la campagne, aux travaux fatigants de l’agriculture. « Ces animaux (animaux panards) ne sont susceptibles d’aucun travail pénible ; ils sont toujours plus ou moins maigres, secs et exténués. Et comment pourraient-ils, en effet, acquérir de l’embonpoint lorsque les poumons, qui sont le principal organe de la sanguification ~ sont gênés ? ~ L’étroitesse du thorax s’oppose au développement des poumons, et des poumons trop petits annoncent de suite la faiblesse de l’individu, parce que ses organes incluent singulièrement sur l’organisation musculaire. »

Le cheval panard a le pied rejeté en dehors et l’appui ne se fait que d’un seul côté. Le pied souffrira nécessairement de cette répartition inégale de la masse à supporter. Or, Bracy- Clark a vu, dans ces conditions, le poitrail se rétrécir et les organes thoraciques en souffrir ostensiblement. La pratique, du reste, nous montre assez souvent des faits de cette nature.

La capacité de la poitrine étant aussi la mesure du volume du cœur, cet organe, comme le poumon, sera gêné aussitôt que des efforts accéléreront la circulation ; une compression se fera sentir dans toutes les parties de l’arbre circulatoire et, dès lors, pourront se développer des dilatations anévrysmatiques dans les ventricules coïncidant parfois avec l’emphysème pulmonaire. La rentrée du sang veineux dans le thorax et le cœur devenant difficile, les vaisseaux superficiels se gonfleront et, dans les plus grands nombre des cas, les battements de cet organe seront excessivement énergiques. Or, les battements violents du cœur ne sont-ils pas la preuve irréfragable de son fonctionnement pénible, et les maladies dont il est le siège ne sont-elles pas dues le plus souvent à un excès de travail, toutes conditions, on le voit, qui se retrouvent ici ? En médecine humaine, les douleurs morales sont réputées causes efficientes les plus ordinaires des maladies de cœur ; mais le cheval, placé dans les conditions qui nous occupent, souffre lui aussi et souffre moralement ; cette souffrance, il ne peut nous la faire connaître, mais elle existe en réalité.

Quoi de surprenant alors que de regarder un ou plusieurs vices d’aplomb comme cause prédisposante dans la genèse des affections de cœur ? Et puis, lors même que le poumon seul se trouverait compromis, cela ne suffirait-il pas pour apporter le trouble chez son voisin, attendu que chaque partie du corps agit sur les autres par des dérangements moléculaires qu’elle diffuse autour d’elle comme des ondulations ?

En même temps que la circulation veineuse est gênée, il y a reflux du sang vers le sinus crânien et rachidien, lequel soulèvera plus ou moins le cerveau et la moelle ; d’où, apparition de ces affections nerveuses si mal connues jusqu’à ce jour. Si à cela on ajoute cette crainte presque continuelle de butter, on aura peut-être une des causes qui engendrent ces hypersthénies, cette fièvre inflammatoire et autres maladies dont la vraie causalité nous échappe. Ne sait-on pas qu’elle se montre souvent chez des animaux qui ont été en proie à la frayeur et dont l’action des organes moteurs est longtemps soutenue ? Nous ferons encore remarquer que les chevaux étroits de poitrail ont une force de réaction excessivement faible. Témoin un cheval du Gers, confié aux soins de notre confrère M. Lacoste : atteint de bronchite, il passa deux mois et demi dans les infirmeries de l’École, et ne put s’en retourner guéri que grâce aux soins qui lui furent constamment prodigués ; témoin encore un cheval ariégeois qui mit un mois et demi pour jeter ses gourmes. Nos professeurs attribuèrent ce long état maladif à son manque de réaction, que nous mettons, avec raison peut-être, sur le compte de sa mauvaise conformation.

Une autre remarque essentielle à faire est la suivante. On sait que la continuité qui existe entre les squelettes des membres et du tronc s’effectue au moyen de parties molles, musculeuses ou fibreuses qui forment au thorax une sorte de soupente élastique destinée à supporter le premier effort de la pesanteur au moment mi le corps vient à atteindre le sol. Chez le cheval panard, dont les coudes s’appliquent directement contre le thorax, cette connexion entre le membre antérieur et le tronc par voie de continuité du squelette se trouve en partie réalisée ; de là, des ébranlements dangereux pour la structure des viscères intérieurs dans les chocs de la masse du corps contre le sol.

Quelques amateurs se consolent du défaut qui nous occupe dans la persuasion que le cheval n’en est que plus léger ; mais rien ne prouve qu’ils auront raison, alors même qu’ils s’autorisent du grand nombre de chevaux anglais que l’on rencontre panards. Mais, peu nous importe en ce moment la conformation des coursiers d’outre-mer, puisqu’il ne s’agit ici que du cheval qui peut rendre quelque service à l’agriculture.

Achetez un cheval panard, étroit de poitrine, et vous serez bientôt convaincu de votre mauvais choix par le premier travail un peu pénible que vous en exigerez et auquel cet animal n’aura pu résister en aucune manière.

Les mêmes considérations peuvent s’appliquer au cheval cagneux, bas, sous lui du devant, long jointé, en un mot ; tous les défauts d’aplomb porteront plus ou moins le trouble dans la cavité thoracique, soit directement, soit par sympathie. Nous nous attachons surtout aux défauts du premier groupe, et cela, pour faire comprendre à l’acheteur l’importance de la bonne conformation des membres et de la poitrine, lui faire voir combien est juste le précepte des Arabes relatif au choix du cheval : « Choisis-le large et achète ; l’orge le fera venir ». C’est qu’en effet, la force des muscles, le volume des abouts articulaires sont en rapport direct avec la capacité de la poitrine. Ces conditions, tous les chevaux remarquables par leurs bons services les remplissent ; « et si tous ceux qui les remplissent ne parviennent pas à une grande vieillesse en travaillant beaucoup cela dépend, ou de ce qu’ils ont été exposés à des causes particulières de maladies, ou de la faiblesse de quelques-uns de leurs organes secondaires. »

Les défauts d’aplomb diminuant la vitesse (car les pieds, en se portant eu avant, décrivent des arcs de cercle et non des lignes droites), la locomotion devient plus pénible ; par suite, il se fait une plus grande dépense d’éléments anatomiques qui appelle une augmentation de la circulation, et celle-ci, à son tour, entraîne, comme corollaire obligé, l’accélération des mouvements respiratoires ; de là, prédisposition à ces maladies dont une rapide énumération a été faite plus haut.

Il serait intéressant d’enregistrer, au moyen de la méthode graphique, ces troubles de la respiration et de la circulation ; de prendre, par exemple, deux chevaux de même taille, de même sang : l’un, panard, étroit de poitrine ; l’autre, bien d’aplomb, à large poitrail, et de comparer ensuite, à l’aide des tracés, les modifications fonctionnelles ci-dessus produites chez les deux.

Voyons, d’autre part, ce qui se passe du côté de la cavité abdominale.

2° Cavité abdominale. — Il est manifeste que plus un organisme est complexe et plus la coordination en fait un tout dont chaque partie se sert des autres en même temps qu’elle sert aux autres. Or, la physiologie nous apprend que, pour que la nutrition se fasse d’une manière régulière, il faut que l’oxygène de l’air pénètre dans le torrent circulatoire avec les matières organisables puisées dans le tube digestif. Qu’arrivera-t-il dans le cas de cheval panard, serré de poitrine ? C’est que la circulation et la respiration qui tiennent tout sous leur dépendance se faisant mal, aucun phénomène important de l’économie ne pourra s’accomplir, et de ce nombre est la nutrition. Chez ce cheval, il y a une grande somme de travail dépensée ; aussi, l’oxydation destructive, qui est la condition de la synthèse régénératrice, ne pourra plus être convenablement réparée. Inutile de rappeler les expériences de MM. Andral et Gavarret, prouvant que le sang s’appauvrit par le travail excessif. En même temps que le thorax sera comprimé, les viscères de la poitrine subiront une compression plus ou moins grande ; par suite, l’estomac pourra laisser échapper des liquides ou des gaz par l’œsophage, son contenu passera plus vite dans l’intestin, celui-ci se videra avec la même promptitude et ainsi les aliments ne pourront plus subir les métamorphoses nécessaires aux phénomènes nutritifs. Mais, à la longue, il y aura épuisement du côté des puissances respiratoires et de l’intestin ; partant, ralentissement, voire même séjour des aliments dans ce dernier organe ; de là, gastrites, entérites, pelotes stercorales, etc.

Nous avons remarqué, à l’École de Toulouse, que la majorité des chevaux amenés pour des pelotes stercorales avaient, outre une certaine irrégularité dentaire, le vice d’aplomb dont il s’agit… Des hernies inguinales, la chute du rectum, la déchirure de la vessie peuvent aussi se produire. Ignore-t-on qu’une pression violente et soutenue exercée sur les muscles expirateurs peut déterminer l’avortement ? que l’inertie du plan charnu de la matrice est cause parfois du séjour éternel du fœtus dans cet organe, et par suite de cette affection utéro-péritonéale appelée plus vulgairement métro-péritonite ? Et la vaginite, ne l’observons-nous pas sur des chevaux malingres, sujets à des arrêts de transpiration ? Toutes conditions se retrouvant chez le cheval en question.

Il n’y a pas que l’intestin qui soit comprimé ; les organes appendiculaires de l’abdomen, eux aussi (foie, rate, reins), se trouveront dans ce cas et leurs fonctions seront compromises. Pour ne citer qu’un exemple, cette affection, connue sous, le nom de vertige par altération du sang, n’est-elle pas due (c’est ce que l’on croit, du moins) au séjour des aliments dans l’intestin et l’estomac qui, en comprimant le foie, l’empêchent de séparer du sang les éléments de la bile ? Cette compression se fera également dans le cas où le cheval sera sous lui du devant : ici, le diaphragme, refoulé par la masse intestinale, comprimera à son tour les poumons et le cœur.

La compression exercée sur le foie, la veine porte, la veine cave, expliquerait la gêne mécanique de la circulation, et partant la présence d’œdèmes sur certains chevaux mal conformés.

Un cheval sous lui du derrière, long jointé, sera exposé aux renversements du vagin et du rectum, surtout si à ces défauts naturels se joint une mauvaise disposition de l’écurie ; je veux parler de ces trottoirs placés devant la crèche qui rehaussent forcément le train antérieur.

On voit, d’après ce simple exposé, que ce ne serait pas aller trop loin de dire qu’un cheval « dont la cavité thoracique est spacieuse possède toutes les autres conditions de la bonne et belle conformation ».

On peut se demander si les aplombs des membres postérieurs n’ont aucune influence favorable ou défavorable sur la durée de la gestation et le mécanisme de la parturition.

L’observation démontre qu’une jument ouverte du derrière a un large bassin, ce qui est propice au développement régulier du fœtus. Est-elle sous elle et basse du derrière ? « Dans ce cas, le poids du fœtus, entraîné par la déclivité, exerce sur le col de la matrice une action incessante qui le porte à se dilater prématurément, et du col rayonne sur toute la tunique musculaire de l’organe l’influence excito-motrice qui la sollicite prématurément à entrer en contraction (Bouley). De là, avortement. Cette action dilatatrice aura tout son effet si l’écurie est en pente. Nous ajoutons que quand le fœtus aura pris un certain accroissement, il aura à souffrir une certaine gêne de la part des os du bassin sur lesquels il vient se heurter ; que si la bête est sous elle du devant et haute du derrière, la matrice se portera du côté du diaphragme et troublera ainsi les organes thoraciques. On nous objectera peut-être que le plus grand nombre de juments, quoique basses du devant (et les trois quarts le sont plus ou moins), ont mené à bonne fin leur gestation ; mais cette position déclive du train antérieur n’implique pas l’étroitesse de la poitrine. Si cette cavité est ample, les poumons et les autres viscères logés dans son intérieur auront peu ou point à souffrir du refoulement du diaphragme.

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