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TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE
INTRODUCTION
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- Cher Monsieur Bournand,
Vous venez d’écrire certainement un bon livre pour la jeunesse, un livre réconfortant, puisqu’il nous apprend ce que peuvent l’énergie et le courage mis à la disposition de la science.
Ce sont de beaux exemples que vous retracez dans ces pages. Comme ils font aimer la science, ces hommes courageux qui abandonnent leurs chères habitudes pour affronter la vie rude, hasardeuse, pleine de dangers prévus et imprévus au sein d’une nature inexplorée, et dans un climat meurtrier où la mort guette à chaque pas le téméraire voyageur !
Quelle existence en perspective dans ces terres de désolation ! Et pourtant, elle a quelque charme pour des savants qui se sentent soutenus, pour ainsi dire secoués par le frisson de la nature polaire. Il leur semble aussi que chaque conquête nouvelle sur la nature inconnue est un fleuron de plus ajouté à la glorieuse couronne du progrès scientifique.
Je ne saurais trop engager la jeunesse studieuse à lire ces pages si intéressantes où vous racontez ces curieuses entreprises, ces émouvantes aventures à travers les régions glacées du Pôle Sud. Vous y enseignez à aimer encore davantage ces savants courageux qui se dévouent pour l’humanité.
Je vous adresse, cher Monsieur, mes meilleurs souhaits pour votre œuvre nouvelle et pour vous-même.
Paris, le 19 août 1905.
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Dès longtemps, on s’était inquiété des régions mystérieuses qui entourent le Pôle Nord et il n’est pas, dans l’histoire générale des grands voyages, des vastes explorations et des découvertes géographiques, de chapitre plus émouvant que celui qui se rapporte aux Conquêtes des Pôles.
Le Pôle Nord principalement avait exercé la curiosité des anciens ; le mystère de ces terres inconnues avait déjà sollicité de hardis voyageurs dès la haute antiquité. Nombreux furent ceux qui, des siècles reculés aux expéditions des et des Nansen, à la tragique entreprise d’un Andrée, s’aventurèrent dans ces régions désolées qui semblaient vouloir garder jalousement leurs secrets.
Mais, aujourd’hui, le Pôle Nord n’est plus le seul en vue. Quelques hardis pionniers ont pensé que le Pôle Sud méritait aussi d’attirer les explorateurs courageux, et l’Exploration des régions antarctiques est devenue dans le monde savant une question à l’ordre du jour.
Dans le courant de ces dernières années, plusieurs expéditions, parmi lesquelles il nous faut citer celles de , de , de Otto , du docteur Charcot, etc., qui se sont engagés sur la trace d’illustres devanciers, avec un outillage perfectionné et de puissants moyens, afin de faire d’utiles et belles découvertes et de préciser les contours des terres australes.
Le problème des régions antarctiques est certes beaucoup moins avancé que celui des régions du Pôle Nord, car dans celles-ci, les explorateurs ont pu dépasser le 86 degré parallèle.
Il y a une cause à cela : c’est que, d’une manière générale, les régions glacées du Pôle Sud sont réputées plus froides que les régions du Pôle Nord, la glace semble s’y former en plus grande abondance, la moyenne de limite des glaces flottantes
sur l’Océan du Sud s’avance à 400 kilomètres plus près de l’Équateur que dans l’hémisphère Nord.
Ajoutons que la calotte des Banquises qui ceignent le Pôle Sud est bien plus compacte, plus dure que celle du Pôle Nord.
Il y a là, on le voit, des raisons très sérieuses qui ont empêché de se rendre dans ces régions antarctiques et de s’approcher du Pôle austral aussi près que du Pôle boréal.
Chose curieuse, l’existence d’un grand continent au Pôle Sud, a été toujours admise par les géographes qui, depuis Hipparque, professent le dogme de l’équilibre parfait entre les Terres et les Océans.
« Je crois fermement, disait le grand voyageur anglais Cook, qu’il y a près du Pôle antarctique une étendue de terres où se forment la plupart des glaces répandues dans ce vaste Océan méridional. »
Ce que divers voyageurs ont pu voir depuis dans ces parages, semble appuyer sérieusement cette curieuse hypothèse.
Quoi qu’il en soit, rendons hommage à ces braves qui, du XVI à nos jours, ont songé à découvrir un chemin permettant la conquête du Pôle Sud.
Il faut un courage indomptable, une volonté étonnante, une audace magnifique, on peut le dire, pour aller vivre et lutter dans la désolation du désert polaire.
On ne connaîtra jamais assez les détails des luttes inlassables entreprises par tant de vaillants savants contre les obstacles entassés par la capricieuse nature aux extrémités glacées des pôles.
Il faut une haute valeur morale pour oser se lancer dans de telles entreprises.
« En prenant leur résolution, dit Élisée Reclus, ces courageux navigateurs acceptaient d’avance, soit la putréfaction du scorbut, soit la suffocation dans une tempête de neige ou le broiement entre deux blocs de glace ; il leur fallait pour ainsi dire se plonger dans une mort anticipée, résolus à s’éteindre peut-être obscurément dans quelque prison de glace, sous l’obscurité de l’interminable nuit. »
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Il y a à peine un peu plus de trois siècles qu’eut lieu la première découverte antarctique. Elle fut faite par un marin hollandais et elle est due, d’ailleurs, au hasard, qui fait souvent bien les choses.
On sait qu’à cette époque, les Hollandais venaient de nouer de fructueuses relations de commerce avec les Indes Orientales.
Il y avait eu plusieurs expéditions équipées aux frais des riches marchands d’Amsterdam, et qui avaient accompli avec succès le périlleux voyage des Indes par le Cap de Bonne-Espérance.
Il arriva que, stimulés par ces exemples, des négociants de Rotterdam voulurent à leur tour organiser des expéditions pour les Indes Orientales ; mais écoutant les conseils du célèbre géographe Pierre , ils s’associèrent sous la raison sociale « Compagnie de Pierre » et équipèrent, à leur tour, une belle escadre.
Ne voulant pas faire comme les bourgeois et les marchands d’Amsterdam, ils donnèrent l’ordre au chef de leur escadre de
se rendre aux Indes, non plus par la route du Cap suivie jusqu’alors, mais par la route tracée par Magellan.
À cette époque troublée, on armait — par précaution — en guerre toutes les expéditions commerciales et l’escadre de « l’Expédition des cinq navires de Rotterdam » avait embarqué un effectif de cinq cents hommes, marins et soldats placés sous le commandement supérieur de l’amiral Jacques Mahn et du vice-amiral Simon de Cordes.
C’était le plus petit des bâtiments de cette escadre, le yacht Blyde Boodschap qui devait faire la première découverte des terres australes. Ce navire, qui ne jaugeait que , portait d’équipage, commandés au début de la campagne par Sebald de Weerdt (ou Weert).
Le 26 juin 1598, l’escadre mettait à la voile ; mais ce ne fut que le de l’année suivante, après une pénible traversée, que les cinq navires arrivèrent au détroit de Magellan.
Le chef de l’escadre, Jacques Mahn, était mort en route, et avait été remplacé par le vice-amiral de Cordes qui, à son tour, avait été remplacé par Sebald de Weerdt.
Le yacht Blyde Boodschap avait alors reçu comme commandant Dirck Gherritz, marin expérimenté, qui avait déjà fait vaillamment les voyages au Japon, pour le compte de compagnies portugaises.
Le 8 avril, l’escadre franchissait le goulet du détroit de Magellan.
Des vents violents et contraires ne tardèrent pas à l’assaillir, et le vice-amiral décida d’hiverner dans le détroit. L’hivernage fut rude, et une centaine d’hommes environ périrent en cet endroit.
Enfin, le 3 août, l’escadre pénétrait dans l’Océan Pacifique.
Mais là, ne devait pas se trouver la fin des ennuis, comme on le croyait, et des tempêtes firent subir à la de grosses avaries.
Le yacht Blyde Boodschap fut désemparé, et on ne parvint qu’à grand’peine à le remettre en état.
Un mois plus tard, le , une violente tempête dispersa la petite , et le Blyde Boodschap, jeté violemment hors de sa route, se trouva seul et atteignit le 64 degré parallèle sud, où son commandant, Dirck Gherritz, aperçut avec étonnement une terre présentant des montagnes élevées couvertes de neige, « comme dans le pays de Norvège ».
Cette terre était la première terre découverte de celles qui font partie des archipels et des terres des régions du Pôle Sud.
Dirck Gherritz réussit à gagner une latitude plus clémente, et, quelques semaines plus tard, il parvenait dans la baie de Valparaiso ; mais il n’avait plus à son bord que neuf hommes encore valides.
De son côté, de Weerdt qui se trouvait sur le Troun, cherchait à regagner l’Europe. À quelque distance du détroit de Magellan, dans l’est du cap des Vierges, il découvrit, le , trois petites îles qu’il plaça sur ses cartes par sud, à environ du continent et auxquelles il donna le nom de . Ces îles faisaient partie du groupe qui devait, par la suite, recevoir les noms de Malouines et de Falkland.
Le premier géographe qui ait mentionné la découverte fortuite de Gherritz, est Gaspard van Baerle, qui joignit à la traduction latine qu’il publia, en 1622, de la Historia General de las Indias de Herrera, un résumé des voyages faits au détroit de Magellan.
Avec le dix-huitième siècle, devaient commencer des découvertes sérieuses et les hardis pionniers du Pôle Sud devaient devenir assez nombreux.
En tête, se présente un Français, Bouvet, qui, en 1739, découvrit l’île qui porte son nom.
Puis vinrent deux autres Français, Marion et Crozet, qui, en 1772, rencontrèrent, au cours de leur exploration, un nouveau groupe d’îles qui a également gardé le nom de ses découvreurs.
Le quatrième de ces pionniers que nous avons à citer est encore un Français, le capitaine Kerguelen.
En 1772, il découvrit dans l’Océan Indien austral, la grande île à laquelle il a donné son nom.
Ainsi, on le voit, c’est par quatre noms de voyageurs français que s’est ouverte, à l’avant-dernier siècle, l’ère des découvertes dans les parages des régions antarctiques et que se sont marquées les premières étapes vraiment sérieuses.
Après eux, devait venir un anglais célèbre, le capitaine Cook, qui, de 1773 à 1775, entreprit dans l’Océan Austral, avec les deux navires Adventure et Resolution, trois croisières restées célèbres dans les fastes géographiques.
Dans la première de ces croisières, en janvier 1774, il atteignit vers le sud-ouest de la Terre de Feu le de , ce qui pouvait paraître extraordinaire pour l’époque.
Le grand navigateur fut vivement ému par la vue des paysages polaires, qui firent une profonde impression sur sa vive imagination.
Il décrivit, à son retour, et cela avec perfection, la formation des glaces et leur puissante action. Il eut le pressentiment qu’il existait, par delà, d’autres terres qui furent effectivement découvertes après lui dans la vaste zone mystérieuse.
Mais sa relation écrite n’était certainement pas faite pour encourager le zèle des futurs voyageurs en ces contrées désolées. Il osa même écrire : « Le danger qu’on court à reconnaître une côte dans ces mers inconnues et glacées est si grand, que j’ose dire que personne ne se hasardera à aller plus loin que moi, et que les terres qui peuvent être au sud ne seront jamais reconnues. »
Cook se trompait, et cela heureusement pour la science et la géographie !
Un Russe ouvre la liste des explorateurs célèbres du XIX. , de 1819 à 1821, fit un important voyage de circumnavigation dans les mers australes. Il compléta les découvertes de son grand devancier en découvrant les deux petites îles d’Alexandre et de .
À son tour, un baleinier anglais, nommé Weddell, atteignit
en 1823, à l’aide de ses deux navires Beaufoy et Jane, le parallèle.
Ce fut un heureux résultat qui exerça une espèce de réaction momentanée contre les idées de Cook.
Il avait trouvé un passage libre dans la mer de (longitude 34°) et dans lequel il avait réussi à s’engager.
On rechercha longtemps ce passage dans les mêmes parages.
Un autre Anglais, , en 1830-1832, tenta avec les deux navires Lively et Tula qu’il commandait, des découvertes dans les hautes latitudes du Sud.
Il découvrit les terres Adélaïde, Enderby, Graham.
En 1833, le capitaine Kemp, un Anglais encore, atteignit à l’aide de son schovner Magpie, la terre à laquelle son nom est resté attaché. La terre de Kemp se trouve par le 57° de longitude.
Au cours des deux années 1838, 1839, deux Anglais, les capitaines Balleny et Freeman, à la tête des navires Scott et Sabina, découvrirent les îles Balleny, la côte Clarie, et ramenèrent l’attention des géographes et des hydrographes sur la question, qui paraissait oubliée, des régions antarctiques.
Leur voyage devait avoir un grand retentissement, car ces voyageurs allaient être cause de la reprise de recherches nouvelles.
En effet, à partir de ce moment, les marines françaises, anglaises, américaines, allaient glorieusement rivaliser pour faire de nouvelles découvertes, et, à la même heure, trois grandes expéditions nationales allaient lutter pour de nouvelles explorations.
L’expédition française, composée de deux navires, le Zélé et l’Astrolabe, fut commandée par le célèbre Dumont d’Urville, qui, on le sait, a fait le tour du monde et est mort dans un accident survenu sur le chemin de fer de Saint-Germain.
De son premier voyage, en 1837, l’amiral Dumont d’Urville n’avait rapporté qu’un seul important résultat : la découverte de la Terre Louis-Philippe.
Au cours de son second voyage, il découvrit la Terre Adélaïde, la Côte Clarie (qui avait déjà été aperçue par des Anglais), ce qui ajoutait des découvertes vraiment importantes à la géographie des régions antarctiques.
L’expédition américaine eut lieu en 1839-1840. Elle avait à sa tête le commandant Wilkes, qui avait sous ses ordres trois bâtiments et fit avec eux deux grandes expéditions au milieu de nombreuses difficultés. Il se rendit, d’ailleurs, dans les régions déjà visitées et explorées par le capitaine Balleny et l’amiral Dumont d’Urville.
Au cours de sa seconde expédition, l’explorateur américain découvrit la Terre de Wilkes.
James Ross, le célèbre explorateur anglais, devait voyager à son tour dans les régions antarctiques de 1839 à 1843.
Il avait, d’ailleurs, déjà fait ses débuts d’explorateur dans les mers glaciales du Nord, où il était sous les ordres de son oncle, le commandant John Ross (1829-1833).
La croisière anglaise de l’expédition, dont il avait le commandement et qui était composée des deux navires l’ et Terror, devait être des plus heureuses et des plus fertiles.
Elle fit la découverte de la Terre Victoria ; elle dépassa successivement les latitudes atteintes par Cook et Weddell. Ross découvrit les deux célèbres volcans qui reçurent les noms des deux navires dont nous venons de parler.
Au cours d’une seconde expédition excessivement périlleuse, James Ross atteignit enfin , latitude extrême qui ne devait être dépassée qu’en 1900 par le Norvégien .
Enfin, une troisième fois, le célèbre explorateur anglais devait encore se diriger vers le Sud.
Cette suite de croisières des mers avoisinant le Pôle Sud est restée sans rivale.
James Ross devait aussi s’illustrer dans les régions arctiques à la recherche des restes de l’expédition de sir John Franklin, en 1848. Ce sont ces recherches des restes de Franklin qui l’ont surtout rendu célèbre.
À la suite de Ross, mentionnons l’Anglais Nares, qui, trente années plus tard (en 1873-1874), reprit la suite des voyages vers le Pôle Sud. Il commandait le Challenger, qui fit de nombreuses et remarquables études au point de vue de l’hydrographie, de la botanique et de la zoologie, et enrichit les sciences naturelles de nombreux documents nouveaux.
Depuis une quinzaine d’années, les baleiniers ont étendu leur terrain de chasses aux mers antarctiques. Les baleiniers écossais ont été les premiers à donner l’exemple.
En décembre 1892, un de leurs bâtiments, l’Active, a trouvé de nombreuses baleines. Le docteur Donald a raconté qu’à plusieurs reprises l’Active avait heurté plusieurs de ces cétacés qui sont abondants et peu farouches dans les eaux qui avoisinent l’île de Joinville et celle de .
Un jour, on n’aperçut pas moins de trente de ces animaux. Une autre fois, le docteur Donald vit un balénoptère long de sauter hors de l’eau comme un saumon.
En 1893, le Jason faisait un nouveau voyage dans les terres australes sous la direction du capitaine Larsen.
Le 9 décembre, Larsen découvrait une île qu’il appela Veiro (Île du Temps). L’après-midi du même jour, il passa auprès d’une île qu’il nomma l’Île Robertson en l’honneur de l’un des propriétaires du navire sur lequel il naviguait.
Le surlendemain, 11 décembre, l’atmosphère s’étant éclaircie, il avait la chance de découvrir encore un îlot volcanique qu’il baptisa Lurdenberg Sukkestop.
Débarquant sur la banquise en compagnie de son second, et chaussé de « skis », Larsen et son compagnon atteignirent l’îlot. Ils rencontrèrent de nombreux phoques, et, en ayant tué plusieurs, ils trouvèrent dans l’estomac de quelques-uns les restes d’un poisson ressemblant au merlan.
Tel était l’état des découvertes australes lorsque le commandant de Gerlache résolut de faire une expédition sur le Belgica.
De Gerlache, avec le Belgica (1898-1899), explora le Shetland, le sud de la terre de Graham, et donna une impulsion nouvelle aux explorations de ces régions si peu connues, si mystérieuses, et qui sont cependant si attrayantes.
Nous raconterons plus loin, avec détails, les principaux faits de cette expédition remarquable qui a excité l’enthousiasme du grand géographe Élisée Reclus.
« Tout d’abord, dit-il, constatons le fait qui devra de siècle en siècle ramener le nom de la Belgica parmi ceux des navires qui visitèrent les terres australes : et ses vaillants compagnons sont parmi tous les hommes les premiers qui aient hiverné dans la zone glaciale du Sud au-delà du cercle polaire.
» Pendant treize longs mois ils ont vécu, ou plutôt ils ont réussi à garder le souffle et le mouvement, dans la grande prison de glace, dans la banquise qui dérivait de çà et de là. N’ayant pas eu la chance de trouver, soit la mer libre, soit un promontoire favorablement situé, qui leur permît de passer le long hiver en de meilleures conditions d’économie vitale, il leur fallut rester dans leur navire, mordus par la de glace, entendre sans cesse le craquement des flardes entrechoquées, la rumeur sourde de tout cet univers de fraisis cristallin qui se brise et se regèle, participer jusque dans la moelle des os à tous les chocs que subissait la membrure du navire, travailler constamment à le dégager des situations périlleuses, lui éviter le heurt des blocs et des monts de glace, et s’accommoder le moins mal possible à ce va-et-vient de la dérive, qui les en ligne brisée sur un espace de
En 1900, à son tour, un Norvégien résolut de suivre l’exemple montré par de Gerlache.
, dont nous relatons d’autre part le voyage, se mit à la tête de l’expédition anglaise de la Soulthem-Cross, la Croix du Sud, qui, par terre, dépasse de quarante milles () la latitude que James Ross avait atteinte dans les mêmes parages.
C’était lui qui détenait alors le record vers le Pôle Sud. Son expédition endura aussi parfois de dures souffrances, et les explorateurs ne durent souvent leur salut qu’au hasard.
En août 1901, un vapeur, le Morning, chargé de ravitailler l’expédition anglaise de la Discovery, quittait l’Angleterre.
Le 23 janvier de l’année suivante, il attaquait la banquise antarctique dans le sud de la Nouvelle-Zélande, et, après une lutte gigantesque, arrivait enfin à cette terre Victoria, ce morceau du continent antarctique découvert, il y a près de quatre-vingts ans, par l’Anglais Ross.
Au cours de l’été antarctique, on fit de périlleuses expéditions en traîneau, et, une fois les reconnaissances terminées, les explorateurs s’installèrent pour l’hivernage.
Au prix d’efforts , ils parvinrent ensuite à atteindre, au cours d’une exploration, le de latitude sud. Ils avaient dépassé , qui n’était arrivé qu’à .
Comme nous l’avons déjà vu dans les pages précédentes, une question importante pour la science a été résolue par les récents voyages dans les régions australes.
Les observations faites (comme cela a été fait d’ailleurs aussi dans les régions boréales) ont confirmé ce fait que la terre a connu des froids plus intenses et que les glaces étaient jadis plus nombreuses auprès des pôles.
« Les observateurs, a dit un jour Élisée Reclus, au cours d’une conférence, les observateurs ont aussi mis hors de doute un fait capital dans l’Histoire géologique moderne de notre globe. Les terres qu’ils ont visitées portent toutes les traces d’une extension antérieure des glaciers.
» Les rivages de la Terre de Feu présentent en maints endroits des roches montonnées et des moraines provenant de glaciers disparus ; l’île des États, qui n’a pas un seul champ de glace, offre sur tout son pourtour les marques d’un ancien revêtement de neiges et de névés ; enfin, des terres antarctiques elles-mêmes se trouvent évidemment dans la période du recul des glaces.
» La calotte australe eut aussi des âges plus « glaciaires » que de nos jours, de même que la calotte boréale et probablement à la même époque. »
Aussi, la théorie qui prétend que les ossements ont été amenés là par un cataclysme, est aujourd’hui repoussée par tous les savants.
Un examen attentif démontre que l’époque glaciaire fut d’un caractère tout différent, en Europe par exemple, de celui qu’elle a eu en Asie et en Amérique, et que, tandis que des glaciers recouvraient les montagnes des îles britanniques et les plaines de l’Allemagne, des forêts de pins ombrageaient les îles de l’Océan antarctique, et les éléphants se multipliaient et pâturaient sur les bords d’un océan dont les vagues ne roulaient aucun glaçon !
Beaucoup de choses, d’après les savants de la nouvelle expédition, nous prouvent que l’Archipel antarctique a été submergé dans une période géologique très récente ; en effet, nous savons que des coquillages fossiles, de l’espèce de ceux qui vivent dans les eaux environnantes, se trouvent à des hauteurs assez grandes sur toutes les îles de l’Océan antarctique.
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En 1898, se préparait une expédition anglaise conduite par le Norvégien .
Cette expédition avait été soigneusement organisée par le directeur du Strand Magazine, une des plus grandes revues de la capitale de l’Angleterre.
À la fin de cette même année, s’embarquait sur la Southern Cross (la Croix du Sud) ; il partait de Hobart-Town, la capitale de la Tasmanie, pour se lancer bravement dans l’inconnu de l’Océan polaire antarctique.
Au sud du grand continent australien, se trouve un fragment du continent antarctique découvert par le célèbre navigateur anglais Sir James Ross. C’est la Terre Victoria.
Cette terre est loin d’être facile à aborder, et il y fait dur vivre, car elle est bordée de gigantesques falaises de glaces, hautes parfois d’une centaine de mètres ! Et elle est hérissée de volcans qui sont pour la plupart en activité !
C’est donc vers cette terre ingrate que se dirigeait le chef . Pour y arriver il devait faire une traversée de et sur quel océan !
Douze jours s’étaient à peine écoulés depuis le départ de Hobart-Town, que l’expédition devait rencontrer les premiers glaçons et, pendant un mois et demi, ce fut une terrible lutte de tous les instants. À chaque moment, le navire était menacé d’être mis en pièces, fracassé et coulé. Si pareille catastrophe s’était malheureusement produite, c’en était fait de tous ces braves.
Les provisions auraient été englouties avec le navire et, l’un après l’autre, les hardis voyageurs auraient succombé aux affres de la faim, dans le morne et silencieux désert de glace, loin de tout secours.
Mais il ne faut jamais se laisser aller au désespoir dans la bataille contre les banquises. La victoire, le plus souvent, appartient aux hommes vigoureusement trempés, qui ne connaissent pas la défaillance.
Comme les explorateurs commençaient à se désespérer, une détente se produisit, et, au moment où le Southern Cross semblait perdu, les glaces s’ouvrirent, et, le , l’expédition anglaise réussissait à mouiller devant la Terre Victoria, dans la baie de Robertson.
C’était un grand pas de fait, une petite victoire gagnée ; mais, c’était peu cependant, car les explorateurs n’étaient pas à la fin de leurs peines. Ce n’était même que le commencement. Il fallait maintenant que le hardi Norvégien et ses compagnons dévoués hivernassent sur le continent antarctique.
Il avait été convenu entre ces braves, une fois qu’ils auraient mis pied à terre pour hiverner, que la « Croix du Sud », leur cher navire, reprendrait la mer et rallierait la Tasmanie pour venir les chercher dans un an.
Le chef de l’expédition était hardi et infatigable ; il pensait que, par le mouvement, la vie active, il pourrait réagir contre l’invasion de l’anémie polaire.
Rester dans une tanière de glace, cloîtré, était pour lui insupportable.
profitait de chaque petite occasion favorable, de la plus petite aubaine. Avec quelques compagnons hardis comme lui, il cherchait, par de petites expéditions, à percer l’inconnu du continent antarctique, tantôt cheminant sur la banquise des fjords, tantôt s’avançant prudemment à travers les montagnes et les glaciers.
Et ce n’était pas commode ; il y avait du danger à chaque pas. Un jour, un des Lapons de l’expédition s’étant imprudemment avancé seul sur une de ces dangereuses et sournoises nappes de glace, tomba dans un abîme d’une profondeur de plus de vingt mètres. Il dut d’abord faire de longs efforts pour parvenir seulement à se retourner dans cette espèce de long étau de glace qui l’aurait enserré et broyé s’il avait été obligé d’y rester longtemps. Mais, cela fait, comment sortir de là ?
Le pauvre Lapon ne perdit pas la tête : ne trouvant sur les murailles lisses du puits de glace où il était tombé aucune aspérité, il résolut d’en faire. Il prit dans sa poche un couteau, et, avec patience, il se mit à creuser des gradins dans l’une des parois glacées. Arc-bouté sur ces points d’appui, il s’éleva ensuite, dans la crevasse, absolument comme aurait fait un ramoneur dans une cheminée, et il réussit enfin à sortir de son tombeau de glace et à revenir à la cabane où l’on était bien inquiet de sa disparition assez longue.
« Quelle lugubre solitude que celle où nous acceptions de vivre ! a écrit plus tard un membre de l’expédition. De tous côtés des falaises surplombantes, des rochers à pic, des glaciers livides ; tout ce qui n’est pas pierre est glace ; nulle part une touffe de verdure. Un monde muet et fermé à la vie. Et c’est dans cet isolement épouvantable que nous devions passer un an, séparés du reste du monde, exposés à toutes les rigueurs et à toute l’âpreté du climat polaire ! »
Comme on le voit, la situation n’avait rien de bien tentant, et il fallait avoir une volonté de fer, une énergie à toute épreuve, pour se résoudre à vivre ainsi !
On avait pris la résolution de construire une baraque, une bicoque qui servirait pour tout l’hiver.
On commença par débarquer les matériaux qu’on avait apportés pour la construction.
Comme il n’y avait pas de temps à perdre et que le personnel n’était pas nombreux, tout le monde s’attela à la besogne, et les savants comme les matelots se mirent à l’œuvre.
Et le travail fut rude. On travailla sans , les pieds dans l’eau glacée, le visage fouetté par le vent qui soufflait rude et par rafales
Et ce dur labeur dura une douzaine de jours !
Quand le travail fut accompli, le commandant de l’expédition procéda à une simple mais imposante cérémonie.
Il fit dresser un mât de pavillon et hisser le drapeau au milieu des acclamations, des hourrahs.
Loin du monde civilisé, sur cette terre désolée, ce morceau d’étoffe, plus que jamais représentait le symbole de la patrie bien-aimée !
Lorsque cette touchante cérémonie fut terminée, la Croix du Sud leva l’ancre, pour retourner vers les pays du soleil, vers la civilisation.
Elle laissait à eux-mêmes, pendant une année, les explorateurs, qui allaient demeurer seuls sur cette terre maudite.
Ce fut une minute poignante que celle où ces braves virent s’effacer lentement à l’horizon la silhouette de leur cher navire, la dernière attache au monde civilisé ! Ils prirent alors conscience de leur solitude !
Ces braves étaient dix en tout : le chef de la mission, , le lieutenant et Louis Bernacchi, tous deux désignés comme observateurs, devant s’occuper des études et magnétiques ; un médecin, le docteur ; un commissaire aux vivres, ; deux zoologistes, Nicolaï et Evans ; un cuisinier et deux Lapons.
Quelques autres êtres vivants étaient restés avec eux : nous voulons parler des chiens assez nombreux destinés à être attelés aux traîneaux.
Les explorateurs étaient donc devenus de véritables exilés volontaires sur la terre glaciale.
Ils n’allaient pas tarder à être aux prises avec les rigueurs de l’épouvantable hiver qui règne en ces tristes parages. On était en mars, il est vrai ; mais mars, là-bas, correspond avec le mois d’octobre de notre hémisphère. Et, si chez nous, alors, la chaleur augmente journellement, là-bas, c’est le froid qui devient de jour en jour plus vif et est rendu plus mordant, plus sensible par la violence des vents qui soufflent si souvent en tempête.
Le joli mois de mai de notre région est un triste mois où le gai soleil est remplacé par d’effroyables tourmentes de neige, aussi terribles que les tempêtes de sable qui ravagent, de fond en comble les déserts de l’Afrique.
L’air est rempli dans les régions antarctiques d’une poussière non de sable, mais de microscopiques cristaux glacés qui aveuglent et étouffent. C’est vraiment le simoun des régions glaciales. Et ce vent qui, en Afrique, soulève les tentes, les hommes, les animaux, soulève dans ces pays glacés des glaçons, des quartiers de roches qui deviennent meurtriers et dont il faut à chaque instant se méfier.
Ce sont des ennemis terribles ce vent et ces glaces quand elles se mettent à la danse, et quelle danse ! Sans relâche, la baraque — c’était plus une baraque qu’une maisonnette — était bombardée par une pluie de pierres et de glaçons que le vent et la tourmente faisaient tourbillonner dans l’air comme des cerfs-volants et qui menaçaient sans cesse les hommes.
À certains moments, il n’était pas prudent de s’aventurer . C’étaient, on peut le dire, de véritables coups de bélier que pierres et glaçons donnaient contre l’abri, et, pour y résister, on dut renforcer les parois au moyen de bâches et par une double enceinte de sacs de charbon remplaçant les pierres meulières introuvables, on le comprend sans peine, en cet endroit.
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