Read here

« Apprendre la langue de la majorité des Confédérés »

Viviane Rouiller · 2020

136,530 words · about 9 h 34 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Licence: CC BY-NC-ND 4.0 · repository export licence (OAPEN) · Rouiller, Viviane (2020), « Apprendre la langue de la majorité des Confédérés », open access publisher - licensed CC BY-NC-ND 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0)

Text from OAPEN Library and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Viviane Rouiller
Language
French
Published
2020
Length
136,530 words · about 9 h 34 min
Sections
23 reader sections
Text
Digital text
Rights
CC BY-NC-ND 4.0 · repository export licence (OAPEN)

 

Contents (23)
  1. Front matter about 2 min
  2. Chapitre 2: La Discipline Au Sein De Trois Systèmes under 1 min
  3. Chapitre 4: UN ENSEIGNEMENT FACE À L'ACTUALITÉ ET À LA under 1 min
  4. Chapitre 5: La Première Génération De Manuels under 1 min
  5. CHAPITRE 13 : UNE DEUXIÈME LANGUE AU PRIMAIRE, UN ENJEU EUROPÉEN ? sun 317 about 1 min
  6. Introduction about 37 min
  7. Partie 1 Finalités Et Enjeux De Lallemand Scolaire En Suisse Romande about 4 min
  8. Chapitre 1 L’introduction De L'allemand Dans Les Ecoles Romandes about 31 min
  9. Chapitre 2 La Discipline Au Sein De Trois Systèmes Scolaires En Construction about 47 min
  10. Chapitre 3 Les Tribulations De L'étude De L'allemand Au Primaire about 22 min
  11. CHAPITRE 4 UN ENSEIGNEMENT FACE À L'ACTUALITÉ ET À LA DIVERSITÉ DES LANGUES La discipline au tournant du premier conflit mondial about 39 min
  12. Conclusion about 7 min
  13. Partie 2 Le Manuel D’allemand, Un Objet Culturel, Didactique Et Historique about 3 min
  14. CHAPITRE 5 LA PREMIÈRE GÉNÉRATION DE MANUELS (1840-1870) Production et diffusion about 28 min
  15. CHAPITRE 6 DIDACTISATION ET DIVERSIFICATION DES CONTENUS (1870-1900) Investissement de l’État et nouveaux éditeurs about 32 min
  16. Chapitre 7 about 39 min
  17. Chapitre 8 Au Nom D'un Eclectisme Pédagogique (1915-1960) about 34 min
  18. CHAPITRE 9 WIR SPRECHEN DEUTSCH À L'HEURE DU CYCLE D'ORIENTATION (1960-1980) Vers une intégration de l'audiovisuel about 26 min
  19. Chapitre 10 Deux Méthodes Pour Une Étude Précoce De L'allemand (1975-1990) about 52 min
  20. Partie 3 Romandie, Suisse Alémanique, Europe : Exemples De Circulation about 5 min
  21. CHAPITRE 11 INFLUENCES ET EMPRUNTS AU SEIN DES MANUELS D’ALLEMAND Emprunts à multi-échelles dans le cours Rochat- Lohmann! about 39 min
  22. Chapitre 12 La Correspondance Scolaire, Un Vecteur Pédagogique Et Pacifique about 25 min
  23. CHAPITRE 13 UNE DEUXIÈME LANGUE AU PRIMAIRE, UN ENJEU EUROPÉEN ? Une coordination régionale et nationale! about 1 h 40 min

Continue:

Front matter

Education: Histoire et pensée

Exploration

Viviane Rouiller

Chapitre 2: La Discipline Au Sein De Trois Systèmes

Une étude consolidée chez les garçons et accessible AUX MES ER head ice 51 L’affirmation d'une étude et le développement des cursus Modernes una ter nt idees nn Nat and nes 58 L’allemand pour un enseignement professionnel et commercial ... 62

CHAPITRE 3: LES TRIBULATIONS DE L'ÉTUDE DE L'ALLEMAND AU PRIMAIRE u. R 81 Vaud : l'étude de l'allemand comme défense de la minorité ? … 85 Débats sur l'obligation de l'allemand au primaire SEHEVOIS una s ENE e EE EE E EE 89

Chapitre 4: UN ENSEIGNEMENT FACE À L'ACTUALITÉ ET À LA

DIVERSITÉ DES LANGUES u.a. 95 La discipline au tournant du premier conflit MONA S esse ess benne ttes seins diem ee piiesntite nus 95 Langue étrangère et maternelle : les intellectuels s'en mêlent 28884 109 CONCLUSION en aeae RE EE Era 119

Chapitre 5: La Première Génération De Manuels

(1540=1870) reniei aaa 129 Produétionet diffusion isisisi socane ini ine iik 129 La prédominance de l’enseignement grammatical et de la traduchiön. =... een 135

Des contenus culturels universels et une touche de patriotisme 2... sense; 140

Table des matières vii

CHAPITRE 13 : UNE DEUXIÈME LANGUE AU PRIMAIRE, UN ENJEU EUROPÉEN ? sun 317

CONCLUSION ananas 341 CONCLUSION GENERALE van en 345 BIBLIOGRAPHIE nee a e 357 DOUTCÉS: EN een 357 References bibliographiques 4.5.8 368

ANNEXES un. Se en ent tn 381

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage constitue une version remaniée de ma thèse de doctorat en Sciences de l'éducation soutenue à l’Université de Genève en mars 2018.

Je remercie les membres du jury et les deux personnes en charge de l'expertise de ce livre dont les remarques avisées ont permis d'enrichir et de parfaire mon propos.

J'adresse ma profonde gratitude à la Professeure Rita Hofstetter pour m'avoir soutenue et accompagnée dans la réalisation de ce volume, lui étant infiniment reconnaissante pour sa disponibilité, ses conseils éclairés et sa bienveillance à mon égard.

Merci à l’Équipe de recherche en histoire sociale de l'éducation (ERHISE), à l’Équipe de recherche en histoire des disciplines scolaires (ERHIDIS) et au collectif Sinergia pour nos échanges féconds qui ont assurément nourri les réflexions issues de cet ouvrage.

De tendres remerciements pour mes parents, ma sœur et mes amis pour leur soutien inconditionnel et leur présence si précieuse au quotidien.

Enfin, une pensée toute particulière pour deux collegues/amies , Anouk Darme-Xu et Aurélie de Mestral : un merci infini à vous deux pour ce trio que l’on forme, source de tant de réjouissances.

Introduction

S'il est un sujet, à l'échelle du paysage scolaire helvétique, qui revient régulièrement au cœur de l'actualité, c'est bien celui de l’enseignement des langues nationales. À titre d'exemple récent, citons la remise en cause de la stratégie des langues, adoptée en 2004 puis confirmée en octobre 2014 par la Conference suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) et prévoyant l'enseignement de deux langues étrangères dont au moins une langue nationale à l’école primaire déjà. Ainsi, des initiatives populaires émanant des cantons de Thurgovie, Glaris, Zurich et Lucerne, en invoquant des arguments pédagogiques comme la surcharge des élèves ou encore l’inefficacité d’un enseignement précoce, avaient alors émis le souhait de se limiter à l'étude d’une seule langue étrangère. Si la plupart de ces propositions ne se concrétisèrent finalement pas, elles eurent néanmoins pour effet d’engendrer bon nombre de débats, dans la mesure où la suppression éventuelle de l’étude d’une deuxième langue nationale à l'école primaire est systématiquement perçue, par certains, comme un danger quant à la cohésion nationale. Alors que la période récente montre que cette question épineuse relative à l’enseignement d’une deuxième langue nationale à l’école primaire a été principalement soulevée outre-Sarine, l’enseignement de l'allemand en Suisse romande reste néanmoins en proie à des clichés bien tenaces. Une étude souvent perçue comme difficile et peu attractive selon Elmiger (2016) qui ajoute que la motivation à apprendre la langue de la majorité des Confédérés reste toute relative, l'anglais ayant davantage la cote, par son rayonnement international.

Cette ambivalence autour de l’enseignement des langues nationales peut, à priori, paraître paradoxale au regard d’un pays plurilingue tel que la Suisse. Si le terme plurilingue traduit bien la reconnaissance officielle de quatre langues nationales (allemand, français, italien et romanche), il se fonde également sur le principe de territorialité, faisant cohabiter — à quelques exceptions près — quatre entités géographiques unilingues. Aussi ces quatre idiomes - bien que reconnus comme langues nationales par la Constitution fédérale - n’ont-ils, de fait, pas le même statut selon la région linguistique considérée, chacune d’entre elles étant dotée de sa propre langue maternelle et donc de sa propre langue de scolarisation. Par conséquent, les trois autres langues nationales font figure, quant à elles, de langues étrangères. Il revient alors, selon l’article 70 de la Constitution fédérale (Suisse, 1999), à la Confédération et aux cantons d'encourager « la compréhension et les échanges entre les communautés linguistiques », un rôle en grande partie assigné à l'instruction publique dont la gestion, en Suisse, revient essentiellement aux cantons. Pour autant, à partir de 1975, cette question s'était en quelque sorte « nationalisée » à travers les recommandations, édictées au niveau fédéral par la CDIP et promulguant l'introduction généralisée, à l’école primaire, de l'étude d’une première langue étrangère, laquelle devait nécessairement correspondre à l’une des langues nationales. Une réforme dont la réalisation, à la charge des cantons, deviendra effective à l'échelle de l'ensemble d’entre eux vers la fin des années 1990.

Mais alors même que l’enseignement d’une deuxième langue nationale dès l’école élémentaire devenait une réalité sur tout le territoire helvétique, une autre préoccupation occupa aussitôt la CDIP : celle, de trouver une nouvelle solution coordonnée sur le plan national, deux députés zurichois ayant proposé, à l'échelle de leur canton, d'inscrire l’enseignement de l'anglais au cursus du primaire et de faire débuter cette étude avant celle de la deuxième langue nationale. Cela suscita bon nombre de réactions indignées aussi bien à l'échelle des différents cantons que sur le plan fédéral, le fait de privilégier l’enseignement de l'anglais au détriment de celui d’une langue nationale, étant perçu, là déjà, comme contraire aux efforts entrepris jusque-là, dans le domaine de l’enseignement des langues, en vue de renforcer la cohésion nationale et la compréhension entre les régions linguistiques (Acklin Muji, 2003). Ce fut d’ailleurs autour de cet enjeu national et politique que se concentrerent les débats sur l'initiative zurichoise, largement relatés dans la presse, faisant fi des arguments pédagogiques et socioéconomiques avancés par les partisans de cette réforme. Finalement, en 2004, la CDIP adopta une stratégie et un programme de travail pour la coordination à l'échelle nationale de l’enseignement des langues à l’école obligatoire. Alors que les médias avaient fréquemment orienté le débat autour de la question visant à choisir entre l'étude d’une deuxième langue nationale et celle de l’anglais, la décision prise par la

CDIP reposait sur une autre logique, celle de faire figurer l’enseignement de ces deux idiomes au degré primaire, avec la même exigence requise quant aux compétences obtenues à la fin de la scolarité obligatoire. Le choix de l’ordre de l’enseignement de ces deux langues dans le cursus était par contre laissé aux différentes Conférences régionales des directeurs de l'instruction publique, en charge de mener à bien cette nouvelle réforme. En faisant valoir des arguments de nature pédagogique et en privilégiant une solution régionale, la CDIP avait donc réussi à enrayer ce conflit autour de l’enseignement des langues étrangères par ce qui sera nommé ultérieurement le «compromis des langues » (Fuchs, 2014), lequel permit de garantir l’enseignement d’une seconde langue nationale à l’école primaire, tout en s'inscrivant, par le biais de l'apprentissage précoce de l’anglais, dans une perspective plurilingue et interculturelle à plus large échelle. Un consensus qui aura pourtant ses limites, comme l'attestent les quelques exemples plus récents évoqués en préambule, ceux-ci reposant désormais sur l’idée qu’il convient de limiter le cursus du primaire à l’enseignement d’une seule langue étrangère, au nom de considérations principalement pédagogiques.

Outre les tensions latentes entre prérogatives cantonales et fédérales en matière d'éducation, la teneur des débats sur l’enseignement des langues secondes en Suisse au cours de ces 20 dernières années met en lumière toute la complexité des enjeux autour de cette question. Aussi voyons-nous que les discussions revenant de manière cyclique dans la sphère publique se réfèrent toujours aux finalités que l’on rattache à l’enseignement de telle ou telle langue étrangère. Des finalités plurielles, symbolisées par des arguments de nature économique, pédagogique ou encore politique, régulièrement avancés dans les discours legitimant aussi bien l'introduction (le maintien) ou la suppression de l’enseignement d’une langue étrangère, y compris en ce qui concerne une deuxième langue nationale. Autant de motifs, tantôt complémentaires ou tantôt contradictoires, à partir desquels les autorités scolaires sont amenées à trouver un consensus, susceptible de répondre, dans la mesure du possible, aussi bien à une logique propre à l’école qu’à des considérations plus vastes. Une dialectique bien perceptible de nos jours mais qui, à travers un éclairage historique, se révèle, de fait, bien antérieure à un passé récent. Aussi le présent ouvrage! se propose-t-il

1 Ce travail s’est inauguré au sein du projet collectif FNS Sinergia « Transformation schulischen Wissen 1830 » (subside FNS n° CRSIT1-141826), dirigé d’historiciser et de discuter cette problématique en retraçant l’évolution de la discipline scolaire de l'allemand en Suisse romande, à l'aune de son profil singulier : une langue nationale mais enseignée en tant que langue étrangère.

La période choisie pour cette recherche commence dans un contexte bien précis : alors que les révolutions libérales des années 1830, prônant l'éducation pour tous, entraînèrent un large remaniement des systèmes éducatifs, la première constitution de 1848 cristallisa l'existence de la Suisse moderne. Dès lors, il s'agissait pour elle, à l'instar des autres nations européennes du XIX" siècle, d’oeuvrer à la construction et à la promotion d’une identité nationale (Altermatt, Bosshart-Pfluger & Tanner, 1998 ; Herrmann, 2003a ; Im Hof, 1991 ; Thiesse, 2000). Un processus au sein duquel l’école joua un rôle, celle-ci étant utilisée comme un moyen privilégié afin d’éveiller chez la jeune génération aussi bien la conscience que l'appartenance nationales (Criblez & Hofstetter, 1998 ; Valsangiacomo, 2015). Parmi les disciplines scolaires mobilisées à cette fin-là, l’histoire (de Mestral, 2018), l'instruction civique (Ostinelli, Bürgler & Fontaine, à paraître), la géographie (Masoni, 2019), la langue maternelle (Schneuwly, Lindauer, Darme, Furger, Monnier-Silva, Nänny & Tinembart, 2016) et la gymnastique (Czäka, 2017) sont régulièrement citées. De même, sur le territoire romand, l’enseignement de l'allemand, langue de la majorité des Confédérés, s’accompagna également à plusieurs reprises d’un argument national. Dès lors, au vu de l'importance accordée encore aujourd’hui à celui-ci dans le débat public, il nous paraît intéressant d'évaluer l'apport de l'allemand scolaire en Suisse romande dans sa dimension fédératrice à l'échelon national, cela au regard du profil multiculturel, multilingue, multiconfessionnel et fédéraliste du territoire suisse. Outre ces facteurs, il conviendra également, pour ce faire, de prendre en compte la large souveraineté laissée aux cantons en matière d'éducation, des entités territoriales et administratives au sein desquelles peuvent se décliner des sentiments d'appartenance d’un autre degré.

par le professeur Lucien Criblez et rassemblant des équipes des Universités de Zurich (Leading house) et de Genève ainsi que des Hautes écoles pégagogiques de la Suisse du Nord-Ouest, du Tessin et de Zurich. C’est dans ce cadre que nous avons rédigé une thèse sous la direction de Rita Hofstetter et Blaise Extermann.

Toutefois, les enjeux tournant autour de l’enseignement de l’allemand en Suisse romande dépassèrent de loin des considérations strictement nationales pour se rattacher, plus généralement, aux différentes finalités poursuivies par l'étude scolaire de toute langue vivante, étrangère plus particulièrement. Dispensée en tant que telle, cette discipline se dotait ainsi également d’un objectif culturel, terme qu'il faut comprendre comme la transmission de connaissances sur le pays et le peuple dont on étudie la langue (Extermann, 2017a ; Mombert, 2001 ; Verdelhan-Bourgade, Bakhouche, Etienne & Boutan, 2007). Au-delà de ces deux finalités liées au statut particulier de l’enseignement de la langue allemande en Romandie, deux autres furent également rattachées à l'allemand, en vertu de sa nature même, soit une langue vivante. Ainsi, l'argument économique sera, dès le début, hautement mobilisé pour justifier l'enseignement de l'allemand au sein des écoles publiques (Giudici & Grizelj, 2014), lui octroyant, dès lors, aussi une fonction utilitaire. Tout à l'inverse, cette discipline allait, en même temps, recouvrir un objectif formatif, son étude participant à former l'intelligence et le caractère des apprenants (Extermann, 2013), dans le cadre d’une formation humaniste et désintéressée.

Autant de finalités plurielles rattachées à une seule et même discipline scolaire qui constituent la base de notre réflexion, dans la mesure où la coexistence et l'articulation de celles-ci - telle est notre hypothèse — ont assurément joué un rôle nodal dans la transformation et l’évolution de cet enseignement à l'échelle de la Suisse romande.

Une discipline scolaire à l’aune de plusieurs approches et échelles d'observation

L’EVOLUTION EXTERNE ET INTERNE D'UN ENSEIGNEMENT

Sur la base de la problématique esquissée ci-dessus, l'enjeu majeur de cet ouvrage consiste à discuter, d’un point de vue historique, la dialectique entourant la discipline scolaire de l'allemand en Suisse romande au regard des finalités plurielles lui étant rattachées. En ce sens, un certain nombre de questions servent de fil conducteur à notre enquête :

— De quelle manière les différentes finalités assignées à la discipline de l'allemand, tout au long de la période considérée, se complètent, se contredisent, s’entrechoquent et se rééquilibrent? en fonction des acteurs, des publics scolaires et des contextes ?

— Quelles forces en presence — concordantes ou contradictoires — sont à l'origine des initiatives visant à promouvoir l'étude scolaire de l’allemand ou, inversement, à la remettre en question ?

— Comment se traduisent, dans les faits, les réadaptations successives de cet enseignement et quels écarts pouvons-nous percevoir entre les ambitions affichées et les réalisations effectives au sein même de la sphère scolaire ?

— Au regard d’autres aires culturelles, quelles dynamiques intercantonales, internationales et circulatoires participent à redéfinir successivement les contours externes et internes de cette discipline à l'échelle qui nous intéresse ?

Autant de questionnements qui, pour y répondre, suggèrent des approches et niveaux d'analyse pluriels, au regard des divers enjeux que notre objet d'étude recouvre. Les disciplines scolaires, comme le relèvent Schneuwly et Hofstetter (à paraître), en s'appuyant sur Tenorth (1999), se caractérisent à travers leur multifonctionnalite (incluant l’éducation, le contrôle des comportements, la sélection, etc.) et leur multiréférentialité à des pratiques scientifiques et sociétales, de même qu’à des traditions professionnelles, dont seule la prise en compte permet de les comprendre dans leur fonction et leur fonctionnement. Considérant la culture scolaire comme un produit relativement autonome, tout en affirmant que les contenus scolaires qui en émanent se rapportent toujours à des pratiques extrascolaires (scientifiques, politiques, culturelles, manuelles), les deux mêmes auteurs préconisent ainsi une double approche d'analyse. Celle-ci repose sur l'adoption d’un point de vue à la fois externe et interne vis-à-vis du développement et de l’évolution de la discipline scolaire considérée. Deux regards distincts mais complémentaires qui renvoient également à l'idée exprimée par Schneuwly et al. (2016) parlant, pour leur part, d'ordre externe et d'ordre interne. À

2 Par ce terme, nous nous référons à Schneuwly et al. (2016) qui parlent, pour leur part, d’un « rééquilibrage continuel » des finalités rattachées à l'enseignement de la langue première.

partir d’un regard externe émergent ainsi des questionnements autour, entre autres, des discours politiques et publics portés sur la discipline concernée, la place occupée par cette dernière au sein de chaque curriculum, des finalités lui étant assignées, de même que des différentes représentations véhiculées par le biais de son enseignement. Quant au deuxième regard, il porte plus spécifiquement sur l’organisation interne de la discipline, à travers notamment des questions sur les savoirs qui la constituent, la manière dont ils sont structurés et leur mode de transmission.

Souscrivant à ce postulat selon lequel les disciplines scolaires s’inscrivent bien au sein d’un espace en partie codifié par la culture scolaire, tout en recouvrant des enjeux sociétaux plus larges, cet ouvrage ambitionne donc d'étudier l’évolution de l’enseignement de l'allemand en Suisse romande aussi bien dans son organisation externe qu’interne. Une perspective double qui nous permet d'évaluer, pour reprendre les termes de Schneuwly et Hofstetter (à paraître), l'autonomie et la dépendance de la discipline de l'allemand vis-à-vis de facteurs intérieurs et extérieurs à la culture scolaire, afin de saisir et d’expliciter différents ressorts de son évolution.

Pour ce faire, nous optons pour une démarche d'analyse combinant plusieurs approches et échelles d'observation. Aussi cette recherche s’inscrit-elle premièrement dans le champ de l’histoire sociale et culturelle. Prise isolément, l’histoire culturelle s'apparente à une forme d'histoire sociale des phénomènes symboliques et se définit comme une histoire sociale des représentations (Ory, 2008), laquelle étudie une société par ses modes de représentation qu'ils soient artistiques, idéologiques ou qu'ils aient trait aux comportements sociaux (Humm, 2010). En ce sens, l’histoire culturelle s'apparente donc bien à une histoire sociale comme le suggère Prost (1997) qui lie indissociablement les deux. Toutefois, elle consiste en une histoire sociale renouvelée car, au-delà du revenu et du travail, le groupe social est également considéré comme parole et représentation. Si la prise en compte de ces deux dernières dimensions apparaît pertinente, nous rejoignons plusieurs auteurs qui s'accordent sur le fait qu'il convient de ne pas s’y limiter. Aussi est-il crucial d'opérer une contextualisation rigoureuse en prenant en compte les « situations historiques concrètes » au sein desquelles sont activées ces représentations (Walter, 1997) et de considérer que celles-ci résultent d’une construction par des agents, singuliers ou collectifs (Chartier & Fabre, 2006). Par conséquent, il requiert d'aller au-delà des simples représentations et de lier celles-ci à des pratiques, une démarche rendue possible par une approche combinée entre histoire culturelle et histoire sociale, permettant ainsi d'étudier et d’historiciser des « pratiques collectives » (Müller, 2007, p. 25).

Définie ainsi, l’histoire sociale et culturelle nous paraît particulièrement opérante en vue de l'appliquer à l’histoire de l'éducation qui étudie, à partir de la micro-histoire culturelle, des objets « pour mieux mesurer leur imbrication dans des macro-structures, et plus largement dans celle de l’histoire culturelle, qui privilégie les phénomènes de circulation et de diffusion des objets culturels dans la société » (Soubeyroux, 2014, p. 185). Aussi l’histoire sociale et culturelle de l'éducation présente-t-elle l'avantage de varier les niveaux d'analyse et permet, dès lors, de mettre en exergue diverses dynamiques de l’évolution du phénomène étudié, reposant sur une dialectique entre des enjeux à la fois internes et externes à la sphère scolaire. En ce sens, notre recherche se place dans la lignée des travaux de l’Équipe de recherche en histoire sociale de l'éducation (ERHISE) qui privilégie, elle aussi, une approche sociale et culturelle des phénomènes éducatifs en variant les échelles d’observation. Bien que notre étude se centre d’abord sur le territoire de la Suisse romande, notre objectif consiste également à appréhender l’évolution de la discipline de l'allemand dans un contexte plus large, outrepassant ainsi les frontières régionales et nationales. Dès lors, nous nous situons aussi dans le large courant relevant de l’histoire transnationale, croisée, globale ou encore connectée. Des écoles de pensée qui adoptent, certes, des approches diverses mais qui s'accordent toutes sur un point essentiel, celui d'étudier des phénomènes de connexion et de circulation entre plusieurs entités géographiques. De ce point de vue, Droux et Hofstetter (2015) voient dans les phénomènes éducatifs un terrain d'analyse particulièrement pertinent en vue de mettre en lumière de telles dynamiques transnationales, alors même que ceux-ci ont longtemps été présentés comme autant d’entites nationales, étrangères à toute forme d'emprunt émanant de l'extérieur. Dans la même lignée, l'approche des transferts culturels, définie par Espagne (1999) et mettant en évidence des formes de métissage entre plusieurs espaces nationaux, nous semble être un mode tout aussi opérant. Une démarche qui s'applique tout autant à la sphère pédagogique, notamment pour souligner la dimension transnationale inhérente à la standardisation des savoirs scolaires (Fontaine, 2015 ; Hofstetter & Criblez, 2018). Autant d’approches que nous tenons pour complémentaires et sur lesquelles nous nous appuyons afin de mettre en exergue des dynamiques circulatoires ayant entouré et impacté l’évolution de la discipline scolaire de l'allemand en Suisse romande. De par la nature de notre objet d'étude, nous nous situons également dans le champ de l'histoire des disciplines scolaires qui met notamment en lumière la culture scolaire, laquelle s'apparente, selon Julia (1995) à :

Un ensemble de normes qui définissent des savoirs à enseigner et des conduites à inculquer et un ensemble de pratiques qui permettent la transmission de ces savoirs et l’incorporation de ces comportements, normes et pratiques étant ordonnées à des finalités qui peuvent varier selon les époques (finalités religieuses, sociopolitiques, ou tout simplement de socialisation). (p. 354)

S'il y a là la référence d’une culture qui s’acquiert dans le cadre scolaire, Chervel (1998) considère, quant à lui, qu’il s’agit d’une culture spécifiquement scolaire, dotée d’un pouvoir hautement créatif qui, en plus de former les individus, « vient à son tour pénétrer, modeler, modifier la culture de la société globale » (p.71). Pour notre part, si nous ne considérons pas le système scolaire comme simple intermédiaire et transmetteur de savoirs et de règles produits à l'extérieur et que nous lui reconnaissons une capacité constitutive d’une forme de savoirs, nous n’allons cependant pas, comme nous l'avons déjà suggéré, jusqu’à le couper de la culture globale et de la société en général. Ainsi, à l’image de Müller (2007), nous tenons la culture scolaire pour une culture pas complètement autonome de la société mais qui présente néanmoins un caractère qui lui est propre, de par les éléments constitutifs qu’elle élabore (des disciplines et du travail scolaires) et les contraintes pédagogiques et didactiques auxquelles elle est soumise*.

Les disciplines scolaires sont donc produites par et pour la culture scolaire tout en s’accompagnant d’enjeux plus larges qui peuvent être sociaux, culturels ou encore économiques. De ce fait, nous nous basons

3 Nous renvoyons également à Darme (2018) qui met en évidence, à partir du cas de l’enseignement de la grammaire en Suisse romande, que celle-ci se transforme, dans le cadre de la disciplinarisation du français qu’elle contribue également à transformer, sous l'influence de finalités plurielles (maîtrise de l'orthographe, expression et développement de la pensée et de la composition, éducation morale et intellectuelle) et d'acteurs émanant de sphères multiples.

également sur le concept de configurations disciplinaires, mobilisé par Bishop (2013) et dont la reconstitution permet « de rendre compréhensibles des modes de relations entre objets enseignés, structures disciplinaires, finalités éducatives, contextes politiques et sociaux, modèles éducatifs, etc. allant à l'encontre d’une représentation linéaire des transformations éducatives » (p. 61). Cette notion de configuration disciplinaire apparaît comme fondamentale dans l’approche historico-didactique qui permet de saisir et d’expliciter, dans une perspective historique, l’émergence, la contextualisation et la sedimentation? des disciplines scolaires. Dès lors, cette dernière approche, en ajoutant un niveau d’analyse supplémentaire, didactique, nous permet d'étudier l'évolution de la discipline de l’allemand, également dans son organisation interne.

HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT DES LANGUES ÉTRANGÈRES ET VIVANTES

Cet ouvrage s'inscrit dans le sillage de plusieurs travaux ayant déjà traité de l’évolution de l’enseignement des langues étrangères. Extermann (2011, 2013) traite de l’enseignement de l'allemand en Suisse romande entre 1790 et 1940 sous plusieurs dimensions : didactique, politique, culturelle et sociologique. S’interessant à la disciplinarisation de l’allemand au degré du secondaire, l’auteur souligne la difficulté de didactiser une pratique sociale et montre que c’est par le biais de la grammaire que l'allemand se structure progressivement comme une discipline scolaire, sans toutefois suivre une évolution uniforme et sans encombre. En outre, il se penche sur la lente professionnalisation des professeurs d'allemand qui, d’abord soumis à des conditions précaires, bénéficient dès 1890 d’un statut plus stable. La grande richesse de ce travail nous permet ainsi d'extraire bon nombre de repères chronologiques et de

4 Pour ce concept, l'auteure s'appuie sur l’idée avancée par Reuter (2011), qui «envisage le francais comme une matière au sein de laquelle s’articulent différentes disciplines, dans un mouvement qui prend en compte ses variations historiques et sa mobilité selon les contextes d'enseignement » (Bishop, 2013, p- 52).

5 Ace sujet, voir également Schneuwly et Dolz (2009) selon lesquels une discipline peut toujours « être analysée comme un ensemble de couches sédimentées d'objets d'enseignement et de pratiques s’y référant, ce qui est déjà là entrant en interaction avec ce qui vient s'ajouter. Le nouveau est toujours teinté de l’ancien, tout comme l’ancien se renouvelle par le nouveau » (p. 23).

réflexions didactiques que nous proposons d’éprouver au-delà de 1940. Fort de cette étude préalablement menée, ce livre, à travers l'approche méthodologique retenue, s'en veut un prolongement en contribuant également à mettre en lumière de nouveaux aspects relatifs à la discipline scolaire de l'allemand en Romandie, en particulier à travers l’evolution plus récente de cet enseignement, une analyse substantielle des principaux manuels d'allemand successivement utilisés dans les écoles romandes, de même que la prise en compte d’un cursus supplémentaire, le degré primaire. Pour une période plus récente, von Flüe-Fleck (1994) propose une analyse didactique de sept manuels d'allemand utilisés dans les classes romandes au cours de la seconde moitié du XX° siècle en s'intéressant parallèlement aux différentes tentatives d'harmonisation entre les cantons aboutissant à la période de coordination romande au cours des années 1970. Deux versants étayés principalement à l'aune de la sphère scolaire et qui, dans le cadre de cet ouvrage, sont également envisagés à la lumière d’un contexte socio-culturel plus large. À l'échelle de la Suisse alémanique, Giudici et Grizelj (2014) traitent des principales finalités assignées à l’enseignement de la deuxième langue nationale - le français — et montrent que, jusque dans les années 1920, c’est exclusivement la dimension pédagogique et économique qui est avancée pour légitimer son enseignement dans dix cantons helvétiques, la dimension politique et nationale n’intervenant dans le débat que suite à la Première Guerre mondiale.

Basée sur une étude des discours politico-éducatifs et des plans d’études, cette recherche nous sert à poser un regard comparatif avec les autres régions linguistiques de la Suisse et à en confronter les résultats, tout en ajoutant, pour notre part, un niveau d'analyse supplémentaire à travers la prise en compte des moyens d'enseignement. L'histoire de l’enseignement de l'allemand en France a également été l’objet de travaux, à l’image de la recherche de Mombert (2001) qui considère l’évolution de cette discipline à travers ses dimensions institutionnelles, méthodologiques, politiques, sociales et culturelles. S’interessant aux débats scolaires entourant l’enseignement des langues vivantes, à l’affermissement d’une méthode d'enseignement qui leur soit propre, aux représentations de la discipline de l’allemand en France, de même qu'aux différents réseaux transnationaux ayant contribué à l’évolution de celle-ci, cet ouvrage, au regard de notre problématique, constitue une référence majeure. Autre contribution nodale en la matière, sous la direction de la même auteure, le numéro spécial de la revue Histoire de l'éducation (Mombert, 2005) qui s'attache, lui aussi, à mettre en lumière l'évolution de l'allemand scolaire en France durant le XIX" et le XX° siècle, au regard notamment des relations franco-allemandes. Celles-ci octroient à cette discipline une dimension interculturelle singulière au cours d’une période marquée par plusieurs conflits impliquant la France et son voisin germanique. Ces deux études apportent ainsi des éclairages essentiels sur l’évolution de la discipline à l'échelle de la société française en le faisant principalement à travers un regard externe. Aussi notre ouvrage, tout en exploitant et en confrontant leurs résultats au contexte suisse romand, entend-t-il parallèlement insister davantage sur l'organisation interne de la discipline dont la prise en compte, comme énoncé précédemment, nous paraît cruciale pour saisir les ressorts de son évolution.

Si l'ensemble des travaux évoqués jusqu'ici présentent une étroite proximité avec notre propre objet d'étude, nous nous sommes néanmoins également appuyée sur d’autres recherches portant sur l’évolution de l’enseignement d’une autre langue étrangère ou des langues vivantes plus généralement. Parmi ces différentes contributions, les études de Pouly (2007, 2012) qui retracent l’institutionnalisation scolaire, au XIX" siècle, des langues étrangères en général et de l'anglais plus précisément, en comparaison avec des modes d'apprentissage extrascolaires. Souscrivant à la théorie de segmentation scolaire, développée par Ringer (1987, 2003), ces contributions nous offrent une clé de lecture pour appréhender l'introduction et le développement de la discipline de l'allemand au sein des écoles publiques romandes. Enfin, travaillant sur l'émergence et la transformation d’un savoir scolaire, nous retenons également deux ouvrages de référence en matière de l’évolution de la méthodologie de l’enseignement des langues vivantes (Germain, 1993) ou étrangères (Puren, 1988), lesquels s’attachent tous deux à définir les différentes méthodes adoptées au fil du temps dans le cadre d’un tel enseignement. Des recherches complémentaires que nous avons exploitées pour étayer nos propos sur l’évolution didactique que nous donne à voir l'analyse inédite des manuels d'allemand successivement utilisés dans les classes romandes entre 1830 et 1990.

6 Pouly (2012) définit ce concept comme « la subdivision des systèmes éducatifs en filières et en formes dont diffèrent le recrutement social comme le curriculum et les styles pédagogiques » (p. 40).

NATIONALISME ET ENSEIGNEMENT DES LANGUES

L'influence du nationalisme sur les programmes scolaires, en particulier en ce qui concerne l’enseignement des langues, apparaît comme une idée ordinairement admise, dans la mesure où la scolarisation de masse, fruit d’une intervention de la puissance publique dès les années 1830 allant croissant au fil du XX° siècle, est généralement perçue comme un moyen efficient pour promouvoir l'identité et la langue d’une nation donnée (Giudici, 2018). Dès lors, en vertu de la finalité nationale et politique régulièrement assignée à la discipline scolaire de l'allemand en Suisse romande, il nous paraît opportun de définir plus précisément ici les concepts d’Etat-nation, de nationalisme, d'identité nationale et de langue nationale, tels que nous entendons les mobiliser dans le cadre de notre analyse.

Bon nombre d’historiens se sont déjà attachés à renouveler la réflexion autour de l’État-nation en s’attelant à la deconstruction d’un tel concept. Rejetant l’idée répandue selon laquelle la nation est un fait naturel, Hobsbawm (1992) ne la considère ainsi pas comme une entité sociale fondamentale, ni immuable : « Ce n’est une entité sociale que pour autant qu’elle est liée à un certain type d’État territorial moderne, l’État-nation’, et parler de nation ou de nationalité sans rattacher ces deux notions à cette réalité historique n’a pas de sens » (p. 27). Phénomène relativement jeune donc — du moins dans son sens politique — puisque l’idée moderne de nation s’amorça en Europe de l'Ouest au milieu du XVII siècle et allait être l’un des enjeux majeurs du siècle suivant. Connue également sous le nom d’Etat-nation, la nation, dans sa conception moderne, émergea avec la Révolution française lorsque la souveraineté du roi devint celle du peuple. La première caractéristique de l’État-nation - et qui la distingue justement des États nationaux antérieurs — est l'existence d’une entité politico-administrative. Bedarida (1996) rappelle, quant à lui, la nécessité d’un espace territorial donné sur lequel se rencontrent une identité politique, l’État et une identité culturelle, la nation. Une équation à laquelle s'ajoute le peuple et dont découlèrent deux conceptions différentes de la nation : la conception française, issue de la Révolution, et dont l'unité de la nation reposait sur le consentement des citoyens ainsi que sur leur libre adhésion à une entité politique ; la conception allemande, ethniciste et issue du Romantisme, se définissant avant tout à travers le peuple en se basant sur la préexistence de critères culturels, historiques ou linguistiques communs.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…