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Les Sourds : aux origines d’une identité plurielle

Charles Gaucher, Stéphane Vibert · 2010

88,214 words · about 6 h 11 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Licence: CC BY-NC-ND 4.0 · repository export licence (OAPEN) · Gaucher, Charles, Vibert, Stéphane (2010), Les Sourds : aux origines d’une identité plurielle, open access publisher - licensed CC BY-NC-ND 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0)

Text from OAPEN Library and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Authors
Charles Gaucher, Stéphane Vibert
Language
French
Published
2010
Length
88,214 words · about 6 h 11 min
Sections
3 reader sections
Text
Digital text
Rights
CC BY-NC-ND 4.0 · repository export licence (OAPEN)

 

Contents (3)
  1. Front matter about 4 min
  2. Préface about 4 min
  3. Introduction about 6 h 3 min

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Front matter

Charles Gaucher et Stéphane Vibert (dir.)

Les Sourds : aux origines d’une identité plurielle on Se © nl — O — O a LL a

DT

Préface

Marguerite BLAIS, Ph.D.

Ministre responsable des Aînés et docteure en communication

Des recherches depuis 1995 qui me menèrent à la découverte de ces multiples quêtes identitaires sourdes jusqu’à cette joie immense de constater que de plus en plus de chercheurs du Québec réfléchissent aux identités et à la culture sourdes et se regroupent pour publier le fruit de leurs recherches, tout cela m’inspire et me stimule à poursuivre ma route pour mieux connaître les sourds/Sourds. Les connaissances fines en matière d’identités plurielles et de culture sourde, le développement de la recherche et sa diffusion non seulement contribueront à l’avancement de la science à proprement parler, mais, j’ose le croire, provoqueront une ouverture individuelle et collective face à la différence, pour accepter une identité qui n’est peut-être pas la nôtre, mais qui fait définitivement partie du paysage social et politique d’aujourd’hui : l’identité sourde.

L'identité personnelle me semble complexe à définir. Sommairement, on s’identifie d’abord lorsque l’on se reconnaît dans le regard de l’autre. Cette idée singulière en soi est tout aussi valable pour plusieurs sourds : les Sourds, qui s’identifient à leur langue et à leur culture au détriment de leur déficience, s’identifient également à d’autres lorsque leurs mains et leur corps s’animent et s’expriment avec tout autant de musicalité que les mots et les notes qui s’envolent sur une portée pour les entendants. Manuel Castells définit l'identité comme « le processus de construction de sens à partir d’un attribut culturel ou d’un ensemble cohérent d’attributs culturels qui reçoit priorité sur toutes les autres sources » (1997 : 17). Si les identités construites par « personnalisation » sont sources de sens pour les individus (Giddens, 1991), Castells ajoute qu’elles ne le deviennent que lorsqu'elles sont intériorisées par les individus construisant leur propre sens autour de cette intériorisation. Un individu peut en avoir plusieurs, mais ces « pluri-identités » engendrent des contradictions, voire des tensions, autant dans les idées que l'individu se fait de lui-même que dans la façon d’agir dans la société.

Une identité se construit en s’alimentant à des sources aussi diverses que l’histoire, la biologie, la géographie, la religion, la mémoire collective, etc. Mais les individus et les groupes sociaux transforment ces sources et en modifient le sens en fonction de leurs propres projets culturels ou de leur détermination sociale, ceux-ci s’enracinant dans la structure sociale et dans un cadre espace-temps.

Concernant la culture sourde, celle-ci s’est construite par opposition à un groupe imaginé comme dominant : les entendants qui, depuis des siècles, désirent intégrer des individus et des groupes, sur la base de différences biologique et linguistique. La langue des signes a été longtemps interdite à l’instar d’autres langues minoritaires comme la langue des Hurons, un peuple des Premières Nations. Depuis que les Sourds sont considérés par plusieurs chercheurs comme une minorité linguistique (vers 1975), ils revendiquent davantage leurs manières différentes de communiquer et de vivre. Les valeurs, les perceptions et certains types de préjugés deviennent des éléments constitutifs de la culture sourde, une culture qui s’est construite à partir d’un déni et de malentendus, en opposition au regard du groupe dominant qui juge les sourds inaptes à la communication et réfute leur différence. Les Sourds ont développé une stratégie d’adaptation qui les a menés à se définir autrement à l’intérieur de la société. Au Québec, et ailleurs à travers le monde, la vision qui fait d’un groupe de sourds des membres d’une communauté qui se reconnaissent à travers leurs langues et leur culture propres ne fait pas consensus. Si les Sourds, les malentendants, les devenus-sourds, les implantés, etc., se rejoignent sur le même terrain biologique (celui de la déficience sensorielle), le débat culturel, lui, se déroule en terrain miné. Les tenants de la vision culture — versus les tenants de la vision nature — allèguent que la surdité n’est pas uniquement le constat d’un état physiologique, d’une perte auditive qui se calcule en courbes audiométriques, mais que dans un contexte d’adversité, elle est devenue une force centripète qui unit les membres d’une culture commune, fiers de cette distinction qualificative. Minoritaires dans une société entendante, plusieurs tendent à s’adapter ou se réadapter en communiquant selon les références d’usage des membres de la société majoritaire. Ils veulent s'intégrer, se fondre le plus possible dans la masse et paraître «normaux ». Pourtant, une fraction de ce groupe, les Sourds, se démarque en faisant de la surdité un trait distinctif et significatif par rapport au reste de la société, sourde comme entendante. De plus, ajoutons que des enfants entendants issus de parents sourds sont bilingues, leur première langue acquise étant naturellement une langue des signes. Certains enfants se sentent presque « Sourds », du moins culturellement, et affichent leur identité et leur culture sourdes.

Préface

Le monde des sourds/Sourds est un monde complexe et captivant. La culture sourde est vivante. Les découvertes scientifiques qui légitiment les langues signées des Sourds démontrent que les personnes dépourvues de l’audition peuvent participer pleinement à la vie en société, même si leur existence et leurs modes de vie particuliers s’articulent différemment de ceux des entendants. Je vous convie donc à vous ouvrir à l’Autre, à la différence, et à entreprendre une réflexion en dialogue avec la communauté sourde. Je suis convaincue qu’au-delà de la fascination que plusieurs entendants développent pour les signes, vous découvrirez dans les textes de ce recueil, à l’instar de ces chercheurs québécois et français, un univers fascinant et encore trop peu connu : le monde des Sourds... à notre portée.

Notices biographiques

Blais, M., La culture sourde : Quêtes identitaires au cœur de la communication, Québec, Presses de l’Université Laval, collection « Sociologie au coin de la rue », 2005.

Castells, M., Le pouvoir de l'identité, Paris, Fayard, 1997.

Giddens, A., Modernity and Self-identity : Self and Society in the Late Modern Age. Cambridge, Polity Press, 1991.

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