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Introduction
S'il s'adresse surtout à ceux qui se destinent à la carrière diplomatique, cet ouvrage vise aussi ceux qui veulent ou doivent connaître les clauses principales de ces traités de paix, qui ont amené, dans la configuration de l'Europe, des modifications que ne doivent ignorer ni les diplomates, ni les gens du monde. Notre expérience personnelle nous a montré, dans l'histoire de ces traités, une lacune ou plutôt un défaut commun à presque tous les ouvrages qui en traitent : la sécheresse ou la prolixité.
Notre intention n'a pas été, en écrivant ce Résume historique des principaux Traités de paix, d'apporter quelque document nouveau à cette œuvre déjà faite et si bien faite par nos devanciers, ni même de produire quelqu'une de ces révélations inattendues qui modifient de fond en comble les idées reçues, encore moins de nous jeter dans la mêlée des discussions dont ces traités sont le prétexte, et des rivalités internationales dont ils sont la source. — Pour rester fidèle à son titre : Résumé des
II Introduction
Traités de paix, cet ouvrage ne pouvait être un livre de combat ni. de polémique.
Nous avons voulu, en l'écrivant, résumer les documents déjà produits, et mettre dans un ordre facile à suivre les différents traités qui contribuèrent à faire l'Europe telle qu'elle est, jusques et y compris ceux qui terminèrent les récentes guerres auxquelles il nous fut donné d'assister, soit en spectateurs désintéressés mais attentifs, soit en acteurs énergiques et résolus.
Un historien des traités peut comprendre sa tâche de diverses façons. Les uns se sont surtout appliqués à l'étude des causes; les autres à celle des effets. Les premiers ont fait passer avant tout l'examen des événements dont chaque traité était issu; les seconds se sont attachés plus particulièrement aux résultats. En un mot, ici c'est l'histoire diplomatique du traité qui a fait tort au traité lui-même; et là, c'est le traité qui a pris le pas sur l'histoire de ses origines ou des circonstances dont il est l'oeuvre.
L'inconvénient du premier système est d'écraser le lecteur sous le nombre et l'ampleur des documents, tout en lui voilant le résultat; de heurter souvent ses opinions, en refaisant une histoire qu'il a apprise autrement; d'apprécier les événements, ■ — ■ au risque de le dérouter, — autrement qu'il n'est habitué à le faire, et ainsi de jeter le doute dans son esprit et le trouble dans ses idées. Le second système a le tort, plus grave encore, de se borner souvent à n'être qu'un Recueil d'actes, une suite d'instruments diplomatiques, sans lien entre eux, sans rapport, sans cohésion, et, par là, souvent difficiles à replacer dans leur véritable milieu. L'aridité d'une étude aussi décousue lasse bientôt l'esprit, et réduit le lecteur à ne chercher, dans les ouvrages ainsi s
INTRODUCTION III conçus, que les indications sommaires dont il a besoin, ou les documents qu'il veut mettre en œuvre; ce n'est proprerftent ' qu'un ensemble de matériaux attendant la main de l'ouvrier qui les doit transformer.
C'est là aussi, il faut le reconnaîre, la grande utilité de .ces Recueils, et nous serions ingrats, après en avoir tant usé, de méconnaître l'importance des services qu'ils peuvent rendre. Le Recueil des Traités de M. de Martens, qui nous a été d'un si précieux secours, est le type qui personnifie ce second système. Le premier a été suivi par M. de Garden dans son Histoire des Traités de paix, depuis 1648 jusqu'en 181 5; œuvre considérable, dont nous nous sommes inspiré, et qui a été notre guide préféré dans l'étude des traités passés pendant cette longue période.
Tels stmt les deux systèmes auxquels se rattachent tous les ouvrages qui ont été faits sur cet intéressant sujet. Mais, bonnes pour le compilateur à la recherche d'un document, ou pour le penseur, pour le philosophe qui veut fouiller le dessous des événements, toucher le secret ressort des actions humaines, et analyser les causes de ces grands conflits d'où dépendent souvent le sort et l'existence même des nations, ces deux manières d'écrire l'histoire des traités laissent sans ressources celui qui veut se faire une idée précise de cette longue suite de traités, auxquels nous devons l'Europe telle qu'elle est, et surtout celui qui, se destinant à la carrière diplomatique, a besoin de savoir cette histoire, d'en connaître les traits principaux, et de répondre sur la date de ces documents, sur le nom d.es diplomates qui les ont signés comme sur les principales dispositions qu'ils contiennent.
Aussi, aucun de ceux qui, par goût ou par besoin, ont eu à
IV INTRODUCTION rechercher un traité, n'a oublié les difficultés qu'il a rencontrées, perdu dans le dédale inextricable de ces collections classées le plus souvent au hasard de la publication, dont les volumes s'enchevêtrent dans les volumes, les années dans les années; ou bien obligé de sauter vingt pages et quelquefois plus, avant de trouver le renseignement important qu'il cherche, le point précis qu'il veut étudier.
Rendre ces recherches moins arides et surtout plus promptes, en présentant ces traités dans leur ordre chronologique; faire de l'étude de ces traités un travail moins rebutant et moins long, en expliquant brièvement les origines de chaque guerre, et les résultats de chaque traité; telle est la tâche que nous nous sommes proposée.
Afin d'atteindre ce double but, nous avons fait précéder chacun de ces traités d'une courte introduction destinée à nettement préciser l'époque où il est intervenu, l'origine des difficultés dont il a été la solution, l'état des esprits et les circonstances, de façon à le bien placer dans son milieu, pour ainsi dire, et à l'éclairer de son véritable jour. Un bref commentaire résume pour chacun ses résultats, détermine les effets que produiront les modifications apportées par lui à l'état de choses antérieur, indique les conséquences que la suite montrera : reliant ainsi l'un à l'autre chacun de ces traités, de façon à en faire une sorte de résumé d'histoire diplomatique de l'Europe, depuis 1648 jusqu'à nos jours.
Fallait-il remonter plus haut que 1648? Certes, les traités antérieurs à cette époque ne manquent ni d'importance ni d'intérêt, et les peuples qui leur doivent la paix, la formation de leur territoire, et pour ainsi dire, les premières assises de leur
INTRODUCTION existence nationale, leur trouvent une grande valeur. Mais, outre que le souvenir en est déjà bien effacé, de telles révolutions sont survenues depuis, des changements si profonds ont été apportés dans les rapports des nations entre elles et dans leur composition territoriale, l'état de choses établi par eux a subi de telles modifications, que l'étude n'en offrirait qu'un intérêt purement historique et rétrospectif. Nous avons préféré, sacrifiant tout ce passé qui n'intéresse guère, du reste, que l'Europe occidentale et méridionale, dater notre étude de cette paix de Westphalie qui ouvre à l'Europe une ère nouvelle en la constituant sur de nouvelles bases. L'ordre de choses issu de ce célèbre traité, les nations qif'il constitue et qu'il précise, les rapports qu'il fonde entre elles et l'équilibre qu'il établit forment le point de départ d'une histoire diplomatique qui puise son intérêt plutôt en elle-même que dans le passé.
Enfin, c'est à ce traité que nous devons cette Europe nouvelle où bientôt notre pays prend un rôle que ses magnifiques destinées ne tarderont pas à rendre prépondérant. Telle est la raison qui nous a fait choisir cette date de 1648, pour la mettre en tête de notre étude, et ce traité de Westphalie pour en faire le premier objet de notre analyse.
La Russie a mis sa signature au bas de la plupart des traités que nous aurons à étudier. Nous aurions donc pu, nous plaçant à un point de vue exclusivement national, faire l'histoire de ces traités en prenant pour guide l'histoire même de la Russie. Mais, notre pays n'ayant pas participé à tous ces traités, et surtout aux premiers, il nous a semblé préférable de nous placer à un point de vue plus général et moins exclusif, en conservant à chaque État sa véritable place, suivant l'importance du rôle qu'il jouait, et le degré d'influence qu'il avait sur les événements.
v'i INTRODUCTION
Toulefois, nous avons tenu à consigner dans un chapitre spécial, qui formera la quatrième partie de cet ouvrage, les traités que notre pays a passés pour ses affaires particulières; tels sont ceux qu'il a conclus avec la Suède, avec ses alliés lors du démembrement de la Pologne, et avec la Sublime-Porte. L'inconvénient de cette modification apportée à notre plan général, nous semble compensé par les avantages qui en résultent pour le lecteur russe, au triple point de vue de l'histoire particulière de son pays, de l'historique des relations de la Russie avec ses voisinsimmédiats et de la formation du territoire national.
Notons cependant, qu'en ce qui concerne les traités passés entre la Russie et la Porte, nous n'avons mis à part que ceux": qui ont été conclus exclusivement par ces deux puissances Quant à ceux qu'elles ont signés depuis que leurs relations ont été élevées par les puissances occidentales au rang de questions d'intérêt général européen, et sont devenues la Question d'Orient, ces traités, portant également la signature de ces puissances, ont été étudiés dans leur ordre chronologique, parmi les autres et à leur rang.
Quatre parties composeront donc cet ouvrage. Dans la première, nous étudierons les traités de paix antérieurs à 1789. La seconde comprendra ceux qui ont été engendrés par les: guerres de la Révolution Française et de l'Empire, jusqu'en 181 5. L'histoire des traités conclus depuis 181 5 jusqu'aux traités de San-Stefano et de Berlin, remplira la troisième. Nous avons déjà dit que la quatrième serait consacrée aux traités particuliers à la Russie.
Tel est, dans son ensemble, l'ouvrage que nous avons entrepris.
INTRODUCTION Vil
Le lecteur aurait remarqué, sans que nous l'en eussions averti, que nous ne nous sommes pas borné à l'analyse du traité de paix qui mettait fin aux hostilités. Chacun de ces actes, en effet, a été précédé d'un certain nombre de traités d'alliance ou de paix partielle qui l'ont préparé et qui l'expliquent, et sans la connaissance desquels le traité définitif serait lui-même incompréhensible, ou incomplètement connu. Il remarquera aussi que plus nous nous rapprocherons de l'époque contemporaine, plus nous serons réservé dans nos jugements, plus nous serons bref dans nos appréciations ; notre intention n'ayant pas été, nous le répétons ici, de faire œuvre de polémiste. Lorsque nous aborderons l'étude des événements d'hier, tout chauds encore, hélas! du sang répandu; lorsque nous toucherons à ces questions, dont des peuples frémissants attendent la solution, au gré de leur ambition, de leurs intérêts ou de leurs rancunes, nous nous reprocherions toute parole qui pourrait paraître une flatterie au vainqueur, une insulte au vaincu.
Car c'est une œuvre de bonne foi et d'impartialité que celle que nous avons entreprise pour notre plaisir personnel, et dans le simple désir d'être utile.
Puissions-nous n'être pas resté trop loin du but que nous nous sommes proposé d'atteindre : ne blesser personne, être agréé de tous et servir à quelques-uns !
Nous n'aurions pas dit toute notre pensée, si nous n'avouions que notre dessein a été aussi de rappeler à nos lecteurs, de combien d'efforts, de durs labeurs et de misères héroïquement supportées, est fait le territoire national. Ces traités sont tous le résultat de la Force; mais beaucoup sont des monuments du Droit, car si le Struggle for life est la loi des êtres organisés et de
VIII INTRODUCTION l'individu, c'est aussi la loi des nations. Aucune histoire n'est donc plus propre à enseigner au citoyen qu'il n'est pas une motte du territoire national que n'ait rougie le sang de ses ancêtres, et que c'est à flots qu'il doit être prêt à répandre le sien pour défendre ce patrimoine sacré, si chèrement acquis!
PREMIERE PARTIE
(1648-1789)
GUERRE DE TRENTE ANS. — TRAITÉS DE MUNSTER ET D'OSNABRUCK,
ou TRAITÉS DE WESTPHALIE /^
Sommaire. — Période Palatine : Paix d'Ulm (3 juillet 1620J. — Période Danoise : Paix de Lubeck (22 mai 1629). — Période Suédoise : Paix de Prague (3o mai i635). — Période Française : Traité de Paris (8 février 1 635) . Traitéde Wismar (20 mars i636). Traité de Wesel (21 octobre 1637). Traité de Rivoli (u juillet i635). Traité de Munster (3o janvier 1648). Traités de Westphalie (24 octobre 1648).
TRAITÉ DE WESTPHALIE (1648)
La guerre de Trente ans, au point de vue de l'histoire, et le traité de Westphalie, au point de vue diplomatique, marquent la fin d'un état de choses et l'avènement d'un régime nouveau. Cette longue période d'hostilités fut comme un creuset, où, à la flamme de trente années de combats, les divers éléments dont se composait l'Europe au commencement du xvne siècle, se mêlèrent, se confondirent et se transformèrent. A la faveur de ces événements, les nationalités se précisent, les puissances se forment et s'affermissent, le droit se fonde, l'équilibre s'établit.
La paix d'Augsbourg promulguée par Charles-Quint, prêt à descendre du trône, avait eu pour but de mettre un terme aux guerres de religion que la Réforme avait allumées en Allemagne. Cette paix ne devait être qu'une trêve, mais une trêve qui dura soixante-trois ans. Le réservât ecclésiastique qui interdisait aux titulaires des bénéfices ecclésiastiques, qui passaient au parti protestant, d'y porter les grands biens dont l'Eglise leur avait confié l'administration, fut la source de la guerre nouvelle. Ce principe se heurtait en effet à celui des sécularisations, proclamé par Luther, qui rendait héréditaires, aux mains des titulaires actuels, les domaines jusque-là tenus en usufruit. Divisés, sans discipline, sans chefs, les protestants, assez puissants au nord, s'étaient vus, au midi et à l'ouest, chassés d'Aix-la-Chapelle, de Strasbourg, de Donauwerth, et voyaient avec frayeur la restauration catholique s'accomplir en Allemagne par les efforts du Saint-Siège. Ils éprouvèrent le besoin de s'unir. Mais l'Union évangélique inspira à leurs adversaires l'idée de la Ligue catholique, dont le duc Maximilien de Bavière devint le chef. C'est lui qui, dés l'âge de seize ans, écrivait à sa mère que c'était avec un plaisir indicible qu'il avait appris l'assassinat de Henri III par Jacques Clément. Ce fanatique eut pour second l'archiduc Ferdinand de Styrie, plus tard empereur, qui disait aimer mieux mendier son pain que de souffrir l'hérésie dans ses Etats. Avec de telles hommes, la Ligue catholique ne devait pas tarder à devenir un instrument terrible de guerre religieuse.
En effet, Ferdinand succéda à Mathias, frère de Rodolphe IL Mathias avait forcé son frère, à qui il ne laissait, avec la Bohême, que le titre d'empereur, à lui céder l'Autriche, la Hongrie et la Moravie, et avait accordé aux protestants d'Autriche la liberté de leur culte ; tandis que Rodolphe avait été forcé par un soulèvement des Bohémiens de leur accorder les lettres de majesté qui leur donnaient le droit d'élever des écoles, de bâtir des églises, et de se donner des chefs appelés défenseurs de la foi. Mais, à peine sur le trône, Ferdinand commença la persécution en Autriche; les protestants furent chassés de leurs emplois, leurs églises furent démolies, et l'hérésie fut extirpée. Il annonça ouvertement le projet d'anéantir de même les libertés religieuses de la Bohême. Le comte de Thurn et les défenseurs invoquèrent les lettres de majesté, et, sur la réponse dérisoire qui leur fut faite, l'émeute éclata. Les gouverneurs, réunis à l'hôtel de ville de Prague, furent jetés par les fenêtres. Cet événement, connu sous le nom de Défenestration de Trague, fut le signal de la guerre, (23 mai 1618).
Cette guerre devait, pendant trente ans, ensanglanter l'Europe, et, promenant ses désastres et ses fureurs de l'Escaut au Danube, de la Baltique aux rives du Pô, rappeler véritablement les époques de barbarie. Toutes les principales puissances d'alors furent aux prises; l'Espagne et l'Autriche d'un côté, de l'autre la Suède et la France; et toutes les puissances subalternes, entraînées dans le mouvement, furent forcées de prendre parti pour l'un ou l'autre des belligérants. L'Espagne et l'Autriche entraînaient avec elles les pays catholiques de l'Empire; la France et la Suède eurent pour alliés les Pays-Bas, les ducs de Savoie et de Modéne, et les pays protestants de la confession d'Augsbourg.
Préparée par une foule d'accidents, allumée par une question religieuse, cette guerre fut la dernière lutte soutenue par la Réforme. Elle devint bientôt politique, par suite de l'entrée de la France sur la scène. Le tout puissant ministre qui présidait alors aux destinées de la France, Richelieu, vit dans ces événements l'occasion, tant souhaitée par Henri IV, d'abaisser la maison d'Autriche, Allemande et Espagnole. Il la saisit. Commencée pour la religion, cette guerre devait se terminer par l'abaissement de la maison d'Autriche, la grandeur de la France et le triomphe du principe d'équilibre.
Période palatine : 1618-1625. — Paix d'Uhn (3 juillet 1620). — Au lendemain de la défenestration de Prague, les Bohémiens, sans illusions sur la conduite future de l'Empereur, songèrent à s'organiser pour la lutte. Ils élirent roi de Bohême l'électeur Palatin, chef de l'Union évangélique, gendre du roi d'Angleterre et neveu du stathouder de Hollande; et bientôt Ferdinand V, pressé dans Vienne par le comte de Thurn et par les Hongrois de Bethlen Gabor, songeait à traiter, quand les secours de la Ligue catholique, arrivant enfin, changent la face des choses. De Thurn est obligé de regagner la Bohême; son lieutenant, Mansfeld, est forcé de lever le siège de Vienne; et les intrigues de l'envoyé du roi de France, Albert de Luynes, achèvent de ruiner les affaires du Palatin en détachant de sa cause Bethlen Gabor et les princes de l'Union évangélique, qui signent avec l'Empereur la paix d'Ulm (3 juillet 1620). Les princes unis abandonnaient la cause de l'électeur Palatin, en tant que liée à sa nouvelle royauté, se réservant de venir à sa défense s'il était attaqué dans ses États héréditaires.
La paix d'Ulm laissait donc l'Empereur libre d'attaquer l'électeur Palatin dans la Bohême, et de le faire attaquer dans le Palatinat par d'autres, par exemple, par les princes restés étrangers au traité d'Ulm. C'est aux Espagnols qu'il eut recours pour accomplir cette tâche. Les Bohémiens furent* battus près de Prague, et le Palatinat envahi par le général espagnol Spinola. Vaincue, la Bohême subit la loi d'un vainqueur inexorable. Tous les chefs de l'insurrection furent condamnés à mort, et vingtsept furent décapités. Plus de neuf cents seigneurs furent dépouillés de leurs biens, trente-huit mille familles durent quitter le pays d'où la Réforme était proscrite. L'électeur Palatin s'était réfugié en Hollande; mais l'excès même de cette répression lui fournit de nouvelles armes. N'ayant plus rien à perdre, tous ces seigneurs, tous ces proscrits étaient autant de recrues assurées au comte de Mansfeïd, qui sut faire campagne avec une armée sans solde, et, avec elle, tenir tête à Tilly qu'il bat à Mingelsheim ; il enlève Berg-op-Zom aux Espagnols et ravage la Westphalie. Cependant la diète de Ratisbonne sanctionnait la spoliation de l'électeur Palatin par Frédéric V. Le Haut-Palatinat, entre le Danube et les montagnes de la Bohême, était donné à Maximilien de Bavière, avec la dignité d'électeur; le Bas-Palatinat, sur le Rhin, restait aux Espagnols.
Période danoise : 1625-1630. — Paix de Lubeck (22 mai 1629). — Les affaires de l'électeur Palatin étaient en cet état, et sa cause semblait perdue, quand le roi de Danemark entra en scène. Il voulait devancer, dans son intervention en Allemagne, le roi de Suède, qu'il soupçonnait devoir bientôt prendre part à la lutte. L'Autriche et l'Espagne, en effet, victorieuses et unies, songeaient à porter la guerre sur le terrain politique. Leurs succès leur faisaient rêver de reprendre les projets de Charles-Quint : la réduction de la Hollande et du protestantisme, et la confiscation des libertés allemandes. Appelé par les États de la Basse- Saxe, poussé par l'Angleterre et la Hollande, subventionné par Richelieu, le roi de Danemark commença les hostilités en franchissant l'Elbe à Stade (1625). Mais il eut affaire à un terrible adversaire, Wàttenstein. Il fut battu à Lutter; Mansfeïd le fut aussi à Dessau et s'en alla mourir en Bosnie, et Christian IV fut obligé de traiter à Lubeck (22 mai 1629).
L'Empereur rendait au roi de Danemarck la partie des États qui lui avait été enlevée, à la condition qu'il n'interviendrait plus dans les affaires d'Allemagne, que comme duc de Holstein. Les États de la Basse-Saxe, alliés du roi de Darnemarck, restaient en dehors du traité; le duché de Mecklenbourg, enlevé à ses ducs, était donné Wallenstein.
Période suédoise : 1630-163 5. — Paix de Prague (30 mai 1633). — Quelques mois avant la paix de Lubeck, l'Empereur avait, par l'édit dit « de restitution », enlevé aux protestants tous les biens ecclésiastiques sécularisés depuis la paix d'Augsbourg, tous ceux qui avaient été appropriés au culte protestant; et il les avait attribués, non à leurs anciens propriétaires, mais à ses créatures. Son fils recevait quatre évêchés; les Jésuites le reste. Wallenstein proclamait qu'il ne fallait en Allemagne qu'un empereur, souverain comme l'étaient le roi de France et le roi d'Espagne. Ces desseins étaient de nature à éveiller, non seulement les susceptilités des princes allemands, mais aussi les craintes de la France. Le roi de Suéde, de son côté, occupé à une guerre contre Sigismond, roi de Pologne, voyant qu'il gaspillait ses forces sans profit, et tenté par le grand rôle que Richelieu lui offrait dans les affaires d'Allemagne, où il avait ses coreligionnaires à soutenir et à venger, signa une trêve de six ans avec Sigismond, qui lui laissait la Livonie et les côtes de la Prusse (trêve d' Aitmark, septembre 1629), et se jeta sur l'empire comme un foudre de guerre. Deux années lui suffirent pour conquérir la Poméranie, la Bavière, battre partout les Impériaux et se couvrir de gloire. L'Empereur, tremblant pour sa capitale, rappela Wallenstein qu'il avait disgracié; Gustave Adolphe le bat à Lutzen, mais il meurt au milieu de sa victoire. Ses généraux, Bernard de Saxe- Weimar et le comte de Horn, sont battus à Nordlingen. En présence de ces revers, l'électeur de Saxe, allié des Suédois, renonce à la lutte, et signe avec l'Empereur la paix de Prague.
i° L'Empereur n'accordait qu'une amnistie très limitée à ceux qui s'étaient soulevés et ligués contre lui ; l'électeur Palatin en est exclu.
2° Un grand nombre de comtes d'empire, ceux deLœvenstein, d'Erback, d'Eberstein, de Nassau, de Vied, etc., etc., étaient dépouillés au profit de l'Empereur ou de ses créatures.
4°LadignitéélectoraleetleHaut-Palatinatsontconfirmésau duc de Bavière.
5° L'expectative de la Poméranie, et la succession de ce duché sont confirmées à l'électeur de Brandebourg.
6° Les ducs de Mecklembourg sont rétablis dans leur duché s'ils acceptent la paix.
7° La possession de la Lusace est confirmée à l'électeur de Saxe.
8° Enfin l'électeur de Saxe, — dont les Etats avaient été deux fois sauvés par le roi de Suède, — s'engageait à unir ses forces à celles del'Empereurpour chasser les Suédois.
Période française : 1635-1648. — Traité de Munster (24 octobre 1648). — Avant d'engager les hostilités, Richelieu songea d'abord à nouer un solide faisceau d'alliances.
Traité de Paris (8 février 1635). — Richelieu traita en premier lieu avec les Etats-Généraux des Provinces-Unies des Pays- Bas.
Par ce traité, on convint :
i° D'un partage des Pays-Bas espagnols entre la France et les Etats-Généraux. La France devait avoir Cambrai, la Flandre, l'Artois, le Luxembourg, Namur, le Hainaut. Tout le reste appartiendrait aux Etats-Généraux.
2° On ne ferait ni paix ni trêve que d'un consentement commun.
Traité de Wismar (20 mars 1636). — Le traité avec la Suède fut signé à Wismar.
i° La France devait attaquer les pays héréditaires d'Autriche sur le Rhin, pendant que la reine de Suède opérerait en Bohême et en Silésie. 20 La France paierait un tribu d'un million par an. 30 On ne traitera que conjointement avec l'ennemi commun.
Traité de Saint-Germain-en-Laye (26 octobre 1635). — Richelieu songea à s'attacher le meilleur élève de Gustave Adolphe, Bernard de Saxe Weimar.il fit avec lui le traité de Saint-Germain.
i° Il s'engageait à lui payer un subside de quatre millions par an, à la condition qu'il entretiendrait une armée de 18,000 hommes. 2° Il lui cédait le landgraviat d'Alsace.
Traité de Wesel (21 octobre 1637). — Richelieu voulut aussi se créer des alliances en Allemagne. L'ambassadeur de France, le marquis de Saint- Chaînon t, signa avec le landgrave de Hesse- Cassel un traité d'alliance et de subsides.
Le Landgrave, moyennant 200,000 rixdalers par an, s'engageait à fournir un corps de 10,000 hommes.
Traité de Rivoli (11 juillet 1635). — Comme il projetait de porter la guerre sur toutes les frontières à la fois, Richelieu voulut se ménager des alliances en Italie, destinées à assurer l'influence française dans le Piémont et sur les bords du Pô. Il signa à Rivoli avec le duc de Savoie, Victor Amédée Ier, un traité dans lequel furent compris les ducs de Parme et de Mantoue.
i° On y réglait le commandement des troupes alliées : la direction en était réservée au duc de Savoie.
2° On ne fera ni paix ni trêve que d'un commun accord.
30 On règle le partage du duché de Milan entre le duc de Savoie et le duc de Mantoue.
40 Le roi de France se réservait quelques places et districts du côté du Piémont.
Traité de Paris (17 juin 1641). — Enfin, Jean IV, de la maison de Bragance, ayant été proclamé roi, les Espagnols sont chassés de Portugal; le nouveau roi signe aussitôt à Paris un traité qui lui assure un certain nombre de vaisseaux.
C'est ainsi que, pour assurer le triomphe de sa cause, Richelieu nouait un immense réseau de négociations diplomatiques. « Il faut toujours négocier, disait-il, de prés et de loin »; et, joignant l'exemple au précepte, il concluait, de 1623 à 1642, soixantequatorze traités avec toutes les nations de l'Europe. Mais il avait mieux encore que ces alliances, et que son habileté diplomatique, pour lui assurer le succès; il avait, dans la main, la France pacifiée à l'intérieur et unie, des coffres remplis, une armée nombreuse et disciplinée, prête à s'illustrer sous la conduite de chefs jeunes, ardents et pleins de génie : Bernard de Saxe. Weimar, le comte de Gucbriant d'abord; puis le duc d'Enghien, qui fut plus tard le grand Condé, et enfin Ttirenne. Les Suédois, ses alliés, n'étaient pas moins bien commandés par leurs généraux Banner et Torstenson. Aussi, chaque année de cette guerre se compta pour la France par une victoire. Les coups de foudre de Rocroi, de Fribourg, de Nordlingen et de Lens, établirent définitivement la supériorité de l'armée française sur ses ennemis, et hâtèrent la conclusion des négociations commencées dès 1641, et que Richelieu, surpris par la mort (1642), dût laisser à son successeur, Maqirin, le soin de suivre et de terminer.
Les conférences pour la paix s'étaient ouvertes, dès le 10 avril 1643, à Munster, en Westphalie. Il s'agissait de remanier la carte de l'Europe, après une guerre qui avait duré trente ans; de donner à l'Empire une constitution nouvelle, et de régler le droit public et religieux des nations chrétiennes. Aussi ces conférences furent-elles longues et pénibles. Chaque belligérant y avait envoyé des représentants; et certes, il n'est point de traité qui porte la signature de plus adroits diplomates; mais les meilleurs étaient encore Turenne et Condé, dont l'épée avait simplifié les négociations en rendant la paix nécessaire.
Traité de Munster (30 janvier 1648). — Les premières négociations qui aboutirent furent celles que les Hollandais avaient engagées avec les Espagnols, malgré les clauses du traité de Paris, signé le 8 février 1635 et renouvelé à la Haye en 1644, clauses par lesquelles ils s'interdisaient le droit de traiter séparément. Les Espagnols pensaient qu'une fois débarrassés des Hollandais, il leur serait facile de battre la France isolée, et de reprendre le Portugal et la Catalogne; les Hollandais, de leur côté, craignaient d'avoir les Français comme trop proches voisins et préféraient, en somme, les Espagnols, éloignés, épuisés, et qui ne pouvaient se montrer voisins ni incommodes, ni dangereux. — Le traité, conclu entre l'Espagne et la Hollande, fut signé à Munster, le 30 janvier 1648.
Article Ier. — Le roi d'Espagne reconnaît les Provinces-Unies comme nn État libre et indépendant, sur lequel il renonce à toutes prétentions pour lui et ses héritiers.
Art. 3e. — Chacune des puissances contractantes conserve les villes et territoires dont elle est en possession. — Ce qui abandonnait aux Hollandais leurs conquêtes, c'est-à-dire : Bois-le-Duc, Breda, Berg-op-Zom, Maëstricht, Grave, dans le Brabant ; Hulst et Axel avec leurs dépendances dans la Flandre ; Fauquemont, Dalem dans le Limbourg.
Art. 5e. — Chacun conserve ce qu'il tient dans les Indes orientales et occidentales ; et l'Espagne abandonne aux Hollandais les conquêtes qu'ils ont faites sur le Portugal, pendant que le Portugal appartenait à l'Espagne.
Art. 14e. — L'Escaut et les canaux de Sas et Zwyn, et toutes embouchures de mer y aboutissant, sont tenus clos du côté des Provinces-Unies. — Fermeture qui contribua à l'élévation d'Amsterdam et à la chute momentanée d'Anvers.
Ce traité refroidit encore les dispositions à la paix entre la France et l'Espagne, et les plénipotentiaires français, réunis à Munster, consacrèrent plutôt leurs efforts à faire la paix avec l'Empire et l'Empereur. C'est aussi ce qui les incita à exiger l'introduction dans le traité de la clause, que ni l'Empire ni l'Empereur ne pourront secourir les Espagnols. Toutefois, remarquons que l'Espagne, exclue du traité de Munster entre la France et l'Empire, est comprise dans le traité d'Osnabruck.
Traité de Westphalie (24 octobre 1648). — Le traité de Westphalie, qui se compose des deux traités signés à Munster et à Osnabruck, comprend donc tous les princes de l'Europe, sauf
TRAITE DE WESTPHALIE II
le Pape et le Sultan, et encore le nonce du pape, Fabio Chigi, en est-il le principal médiateur. — Ce traité de Westphalie se compose donc de deux instruments : le traité de Munster entre la France, l'Empire et l'Empereur; le traité d'Osnabruck entre l'Empereur, l'Empire et la Suède. — Ces deux traités n'en forment véritablement qu'un, car toutes les stipulations de l'un sont considérées comme textuellement contenues dans l'autre.
Le congrès d'où sortit le traité de Westphalie se composait de cent cinquante membres. L'énumération en serait trop longue et manquerait d'intérêt; contentons-nous de citer les principaux : — Fabio Chigi, évêque deNardo, nonce apostolique, représentait le pape, et fut l'un des principaux et des plus influents diplomates de ce traité, auquel il prit part comme médiateur et président du congrès; Abel Servien et d'Avaux, représentaient la France; Trautmansdorf, l'Empereur; Oxenstiern, la Suéde; Saavedra, l'Espagne; Contarini, la république de Venise; Paiv, les Pays-Bas, etc.
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The end
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